
Sign up to save your podcasts
Or


Après trois ans sans directeur musical et le départ surprise de Gustavo Dudamel, l'Opéra de Paris a trouvé son nouveau maestro : Semyon Bychkov. Un choix unanime des musiciens annoncé le mois dernier qui s'est posé sur ce chef américain né en Russie, actuellement directeur musical de l'Orchestre Philharmonique Tchèque. Pourquoi avoir accepté ce poste, en quoi ce rôle consiste-t-il pour lui, et quels sont ses projets dans la grande maison ? Il nous répond ce matin.
Amours impossibles, duels, jalousie et désespoir sur fond de campagne russe : inspiré du roman de Pouchkine, Eugène Onéguine de Tchaïkovski est sur la scène de l'Opéra Garnier jusqu'au 27 février sous la baguette de Semyon Bychkov, animé d'un vif enthousiasme : "Eugène Onéguine est le premier opéra que j'ai dirigé. J'étais encore étudiant au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, qui s'appelait alors Léningrad. Pendant cette saison, j'ai pu diriger l'opéra une vingtaine de fois : quel privilège pour un jeune homme de 20 ans ! C'est l'un de mes premiers amours, avec La Traviata et Carmen", raconte notre invité.
La production de l'Opéra de Paris s'appuie sur une mise en scène de l'acteur et réalisateur britannique Ralph Fiennes, bien connu du grand public notamment pour son rôle de Voldemort dans la saga Harry Potter. Il signe ici sa première mise en scène d'opéra. "C'est un vrai shakespearien, et un ami de très longue date. J'avais vu le film Onegin (1999), réalisé par sa sœur Martha Fiennes et dans lequel il incarnait le personnage éponyme. J'ai été frappé par sa capacité à pénétrer une culture qui n'est pas la sienne. Il y avait quelque chose d'authentique, et je comptais sur lui pour proposer une vision fraîche de cette œuvre. Dans sa réponse positive, j'ai senti à la fois de la joie et de la terreur, celle du défi !"
Toutes les représentations sont complètes, l'opéra de Tchaïkovski fait un triomphe chaque soir et le chef n'a pas hésité à faire monter l'orchestre sur scène au moment des saluts il y a deux jours, un geste rare : "A l'opéra, l'orchestre est très audible mais presque invisible dans la fosse, pourtant c'est lui qui est le moteur du spectacle. C'est donc tout à fait justifié de leur demander de monter sur scène à la fin pour apprécier à quel point ils sont aimés par le public", explique le futur directeur musical de l'Opéra de Paris.
Au fil du temps et des occasions musicales, Semyon Bychkov a noué une relation de confiance avec l'Orchestre de l'Opéra de Paris, dont il apprécie la singularité : "Ce qui me touche énormément, c'est la qualité impressionnante de cet orchestre qui a sa propre identité, son visage singulier. Rares sont les orchestres qui se différencient des autres et dans un monde devenu très homogène, il m'importe de protéger la singularité de chaque collectif", affirme-t-il.
Il faut dire que le chef connaît bien l'orchestre, depuisTristan et Isolde de Wagner en 2008 à l'Opéra Bastille puis au Japon l'année suivante, une expérience marquante pour les musiciens. Plus récemment, le chef était à la baguette d'Elektra de Strauss en 2022. Et c'est lors du Festival Ravel à Saint-Jean-de-Luz que Semyon Bychkov a réalisé l'attachement que lui vouaient les musiciens de l'Opéra de Paris : "Ils n'ont pas cessé de venir vers moi, collectivement et individuellement, pour me demander de prendre le poste de directeur musical. C'était avec une sincérité et un enthousiasme qui m'ont beaucoup touché."
L'absence de directeur musical depuis trois ans à l'Opéra de Paris explique que l'on se pose la question."La maison a très bien tourné sans directeur musical, reconnaît notre invité. Mais il y a une multitude de choses qui se passent dans la vie interne de l'institution, et beaucoup d'équipes de domaines différents qui se coordonnent. C'est immense et très complexe et le résultat final dépend de ce travail. Le directeur musical collabore à ce travail collectif", explique Semyon Bychkov, qui ne prendra ses fonctions qu'à partir de 2028. Etant déjà engagé à Prague, il ne veut pas cumuler les mandats, même si de nombreux chefs le font : "Vous savez, techniquement tout est possible ! Mais sérieusement, à quoi cela sert-il ?, réagit notre invité. Chaque poste que j'ai occupé a été le centre de ma vie, tout le reste est secondaire, car chaque institution est unique. C'est une famille dans laquelle il faut s'investir pleinement pour s'intégrer. Et pour cela il faut du temps. Ce n'est que de cette manière que l'on peut espérer avoir un impact. La décision d'attendre 2028 a donc été évidente pour moi", explique le chef d'orchestre.
Le 24 février, quatre ans jour pour jour après le début de la guerre en Ukraine, le natif de Leningrad ayant fui l'URSS dirigera Eugène Onéguine au Palais Garnier. Il avait été l'un des premiers musiciens à s'exprimer sur le sujet à l'époque. "Ça me brise le cœur. Cette guerre dure déjà depuis plus longtemps que le conflit entre la Russie et l'Allemagne d'Hitler durant la Seconde Guerre mondiale. Des millions de vies perdues ou déplacées, des civils qui ont dû s'enfuir ou qui sont forcés de vivre sans chauffage et électricité... Le pays est en train d'être détruit par la Russie qui avait annoncé que le but de cette opération militaire était de démilitariser et de dénazifier l'Ukraine. Pourtant ce sont eux qui se comportent de cette façon-là. Mon cœur est brisé, et je rêve de la fin de cette guerre."
Eugène Onéguine de Tchaïkovski est sur la scène de l'Opéra Garnier jusqu'au 27 février et sera diffusé en direct sur France Musique le 7 mars.
Dans le couloir, c'est le nom de la nouvelle pièce signée Jean-Claude Grumberg dans laquelle Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo incarnent un couple de personnes âgées dont le fils de quarante-cinq ans revient s’installer chez eux. Un nouveau défi que le comédien relève sur la scène du Théâtre Hébertot à Paris avant d'apparaître prochainement à l'écran dans Mauvaise Pioche de Gérard Jugnot et Une femme aujourd’hui de Robert Guédiguian. Alors, théâtre ou cinéma ? Le comédien répond : "Sur un plateau de cinéma, on ne fait que répéter : nous ne sommes jamais en représentation. Sur une scène, nous sommes en représentation."
Jean-Pierre Darroussin se remémore ses premières découvertes musicales, enfant, à Courbevoie. "À la maison, nous n’avions aucun livre ou autre, et puis, un jour, un tourne-disque est arrivé et il a fallu l’alimenter. Le premier disque a été un album d’ouvertures d’opéra. Mais, auparavant, il y a eu la radio, se souvient le comédien. C’était intime, la maison était petite et n'avait que deux pièces. Mes premiers souvenirs de musique, c'est peut-être Édith Piaf à la radio. C’est ce qui m'a marqué".
Comédien mélomane, capable de chanter sur scène ou dans un film quand la situation le demande, Jean-Pierre Darroussin a-t-il déjà pensé à s'essayer véritablement à la musique ? "Quand j'étais plus jeune, je chantais un petit peu dans des groupes de rock, mais ça n'a jamais été sérieux, nous répond-il. C’était mieux que je fasse du théâtre. J'aime bien chanter, mais je chante pour moi et cela suffit. Vis-à-vis de l’opéra, continue-t-il, je n’ai quasiment aucune connaissance réelle puisque, très vite, après avoir découvert Rossini grâce à ce disque, j’ai été emporté par le courant des Beatles et des Rolling Stones !"
Le comédien raconte encore sa rencontre avec l'écriture du dramaturge Jean-Claude Grumberg : "C'est une écriture pleine de complicité avec le spectateur. Il y a toujours ce sourire narquois et tendre vis-à-vis des personnages. Pour eux, c’est un moment fatidique, explique-t-il. Il y a cet enfant qui arrive chez eux à 45 ans et qui se refuse à toute explication. C’est une forme de bilan avec beaucoup de dérision".
Dans son travail, le comédien ne laisse rien au hasard, construisant ses personnages jusqu’au moindre détail : "C'est une accumulation de petites choses qui sont énormes pour moi-même, même si elles ne sont pas tojours perçues par les spectateurs. Quand on découvre un texte ou quand on entend une musique, on n'imagine pas le nombre d'heures de travail derrière".
Une adéquation entre le texte et le comédien qui se traduit par des critiques positives et des représentations affichant complet. "À la fin de la représentation, on se prend la main dans le noir au moment de saluer et nous avons cette satisfaction, ensemble, d'avoir touché le public, de l'avoir fait rire et de l'avoir ému. Nous savons que nous avons produit cela ensemble, on se regarde et, oui, on a parfois l'œil mouillé", confie Jean-Pierre Darroussin.
Dans son nouveau disque sorti le 6 février sous le label Peewee, Keyvan Chamirani est accompagné de son frère également percussionniste Bijan Chemirani, du pianiste de jazz Benjamin Moussey et de la violoniste classique Yvlin, rencontrée à Berlin. Un album qui porte le nom mystérieux de Tales of NAR pour "Tales of New Ancient Rythms".
"Nous avons choisi ce titre en référence au disque New Ancient Strings de Ballaké Sissoko et Toumani Diabaté dans lequel ils créent un nouveau répertoire autour de la kora - instrument traditionnel né en Afrique de l’Ouest - raconte Keyvan Chemirani. Ici, c'est la même idée : nous utilisons des éléments de langage de la tradition iranienne, de la métrique de l'Inde et de tout le Moyen-Orient pour former un répertoire actuel. NAR, ce sont donc les initiales de ces trois mots, continue le musicien, mais cela signifie aussi 'la grenade' en turc, une montagne dans le sud de l'Iran… Il y a donc plein de petits jeux de mots et de miroirs dans ce titre", explique-t-il, avant d'évoquer l'une des pistes de l'album intitulée "Le soleil se couche (sur cette civilisation)" : "Il y a un sentiment de nostalgie chez beaucoup d’Iraniens qui ont l'impression d’avoir été une grande civilisation et d'avoir perdu cette grandeur. Je trouve dommage de ne regarder que le passé et pas le présent."
Souvent accompagné de musiciens baroques comme le luthiste et théorbiste Thomas Dunford, Keyvan Cherimani aime rappeler les liens entre musiques orientales et musique baroque : "J’entends beaucoup de liens entre la musique baroque et la musique orientale : la délicatesse, le rapport à l’improvisation, la chaleur des instruments et les cordes." Il poursuit : "Je suis un musicien qui a travaillé le zarb, mais qui le confronte avec tout ce qu'il rencontre. Finalement, on a cette chance, en France, d'avoir des musiciens qui viennent de partout dans le monde et avec des langages différents."
Fils du grand musicien iranien Djamchid Chemirani disparu il y a trois mois, Keyvan Chamirani doit sa passion pour la musique à ce père "plus Iranien que les Iraniens", maître du zarb et des percussions persanes : "J'ai surtout vécu l'Iran à travers mon père qui, quand il est arrivé en France pour faire des études de mathématiques un peu avant la révolution, est vraiment resté dans les coutumes de l'époque. Je suis un 'vrai-faux Iranien' d'une certaine manière" raconte le musicien. Keyvan Chemirani ajoute encore : "ma jeunesse à Manosque fut un curieux mélange, et aujourd'hui c'est assez génial de voir ces cultures s'entrechoquer, de voir comment on les digère et comment on construit sa vie avec cela".
A propos de l'Iran, il déplore la répression sanglante que traverse le pays depuis le début de l'année : "Que de tristesse. Cette région du monde est marquée par une sorte de malédiction et on se sent désemparé."
Musique, maestra ! Pour la quatrième fois, Speranza Scappucci est à la tête de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris : la cheffe italienne dirige Un Bal masqué de Verdi en ce moment à Bastille, avec notamment l'une des stars lyriques mondiales : la soprano russo-autrichienne Anna Netrebko. Au printemps, elle sera à la baguette de la version française de Lucie de Lammermoor de Donizetti avec Sabine Devieilhe dans le rôle-titre. Une musique qui coule dans les veines de cette romaine de 52 ans nommée cheffe invitée principale depuis la rentrée au Covent Garden de Londres.
Jusqu'à fin février, la cheffe italienne dirige pour la première fois Un Bal masqué à l'Opéra Bastille. "J'aime cet opéra car il est très contrasté : nuit, mystère et conspiration côtoient de grandes mélodies qui s'ouvrent comme un rayon de soleil. Il faut parfois réussir à créer la sensation que quelque chose de dangereux émane peu à peu d'une tonalité majeure", explique la cheffe d'orchestre. Un Bal masqué s'inscrit dans une saison particulièrement verdienne pour Speranza Scapucci, qui faisait ses débuts à Covent Garden comme cheffe invitée principale avec les Vêpres siciliennes en septembre 2025, puis à l'Opéra de Strasbourg avec son premier Otello en novembre.
En 2022, Speranza Scapucci faisait ses débuts à l'Opéra de Paris avec I Capuleti e i Montecchi de Bellini, suivi de Don Pasquale de Donizetti en 2023, et de Madame Butterfly de Puccini en 2024. La musique italienne constitue en effet la plus grande part de son répertoire :"Si j'aime particulièrement la musique italienne, c'est que j'apprécie étudier le rapport entre parole et musique : la poésie, la structure du livret... C'est bien plus facile lorsqu'on travaille dans sa propre langue !", réagit Speranza Scapucci.
Speranza Scapucci dirige Un bal masqué de Verdi à l'Opéra Bastille jusqu'au 26 février. Elle sera à l'Opéra Comique du 30 avril au 10 mai pour la version française de Lucie de Lammermoor de Donizetti, avec notamment Sabine Devieilhe, Etienne Dupuis et Léo Vermot-Desroches. La cheffe d'orchestre sera également à la Scala de Milan du 27 juin au 17 juillet pour la version italienne de cette même œuvre, avec notamment Pene Pati dans le rôle de Sir Edgardo di Ravenswood.
C'est un hymne à la liberté de créer : dans À pied d'œuvre, son nouveau long-métrage en salle demain, Valérie Donzelli raconte le parcours d'un photographe à succès qui choisit de quitter le confort d'une vie bourgeoise pour écrire et qui, face à l'incompréhension de ses proches, glisse peu à peu dans la pauvreté. Quinze ans après l'énorme succès de La guerre est déclarée, son second long-métrage, la réalisatrice et actrice adapte pour la deuxième fois un roman autobiographique et rend hommage à celles et ceux qui abandonnent tout pour leur art.
Au lendemain du lancement d'une rétrospective qui lui est consacrée à la Cinémathèque française et à la veille de la sortie de son huitième film, lauréat il y a quelques mois du prix du meilleur scénario à la 82e Mostra de Venise, Valérie Donzelli évoque le milieu dans laquelle elle a grandi : "Je viens d'une famille d'artistes italiens, peintres et sculpteurs. Mon père a grandi dans la précarité absolue parce que mon grand-père vivait de son métier de façon très précaire. J'ai vu un grand-père toujours heureux de faire ce qu'il aimait et un père souffrir de cette pauvreté enfant et adolescent. Il m'a d'ailleurs plutôt découragée de choisir une voie artistique et il n'était pas très content quand j'ai arrêté mes études", raconte notre invitée.
Pourtant, Valérie Donzelli a fait le choix de l'art et de la liberté artistique, deux thématiques au coeur de son film - et du livre de Franck Courtès qui a inspiré cette adaptation au cinéma. Le personnage de Paul Marquet, incarné par Bastien Bouillon, choisit de tout abandonner pour mettre l'écriture au centre de sa vie. Il tombe progressivement dans la précarité au fil de petits boulots indignement payés qu'il trouve sur une plateforme en ligne. "Dans son livre, Franck Courtès explique à la fois la difficulté de ce métier et l'ubérisation du monde dans lequel on vit, explique Valérie Donzelli. Par ailleurs, je me suis complètement identifiée au personnage sur le rapport à la création, la difficulté à accoucher de quelque chose. C'est un travail semé d'embûches, on y croit et en même temps on doute. C'est aussi un plaisir parce que quand on arrive à écrire ou quand on a une idée, on est tellement rempli de bonheur qu'on arrive à supporter des choses difficiles. Je me suis rendue compte que je ressentais la même chose et j'ai eu envie de faire un film qui raconte le travail à tous ces endroits", précise-t-elle.
Dans A pied d'œuvre, le personnage de Paul Marquet est incarné par Bastien Bouillon, acteur très demandé depuis quelques années au cinéma et avec lequel Valérie Donzelli collabore depuis longtemps. "Ce que Bastien a de singulier, dit-elle, c'est qu'il disparaît derrière ses personnages. C'est très rare, c'est très mystérieux, je ne sais pas du tout comment il opère cette mue, ce n'est même pas forcément une volonté première mais il incarne les personnages de l'intérieur. Il a une intériorité extrêmement forte." Une intériorité qui se dessine progressivement dans le film à travers la voix off du personnage superposée aux notes du piano de la bande originale. Valérie Donzelli ajoute : "C'est un acteur très plein et ça se voit quand on le filme, il bouillonne de l'intérieur, il est extrêmement réel. J'ai donc pensé à lui parce que je connais sa personnalité, sa sensibilité, sa pudeur, et tout cela transparaît dans le personnage de Paul Marquet en amenant quelque chose de très important pour moi : l'empathie."
Fidèle à ses acteurs, donc, mais aussi à la musique, qui occupe toujours une place singulière dans ses films. Ici par exemple, le Trio pour piano et cordes n°2 de Schubert se mêle à une bande originale de piano solo signée Jean-Michel Bernard, que le compositeur a improvisée au montage. "Je voulais une musique qui soit le petit cœur battant du personnage, sa petite musique intérieure", rapporte Valérie Donzelli qui a aussi très souvent recours à la musique classique dans sa filmographie, Bach notamment. Comment ces musiques interviennent-elles dans l'écriture du scénario ? "Je me fais toujours une petite playlist quand j'écris mes films et pour A pied œuvre, il y avait essentiellement de la musique classique, beaucoup Bach et les morceaux de variété française." En effet, on croise "Foule sentimentale" d'Alain Souchon, "Joe le taxi" de Vanessa Paradis et "Le vieux couple" de Serge Reggiani. Autant de musiques chères au cœur de Valérie Donzelli qui, si elle ne joue pas d'un instrument, adore chanter et prête notamment sa voix à la chanson d'Alex Beaupain pour le film La Belle Vie de Virginie Wagon. L'écriture d'une comédie musicale lui ferait-elle envie ? "C'est mon rêve", confesse-t-elle.
A pied d'oeuvre de Valérie Donzelli, en salle ce mercredi 4 février 2026.
Après Steve Reich et Olga Neuwirth ces deux dernières années, le Festival Présences à Radio France célèbre le compositeur Georges Aperghis du 2 au 8 février. Au programme de cette édition 2026 : 28 des 250 oeuvres du compositeur, dont quatre créations mondiales et six créations françaises. Georges Aperghis, qui vient d'avoir 80 ans, envisage ces treize concerts comme une occasion de faire le point sur son travail :"Ce festival est une manière de regarder pour une fois vers le passé, de constater la manière qu'ont mes œuvres de prendre de l'âge et de les mettre en contact avec les jeunes compositeurs qui sont programmés, réagit notre invité. Cela me permet aussi de réfléchir à ce que je veux composer dans le futur", continue-t-il. Je suis très heureux de pouvoir faire entendre certaines pièces récentes au public français comme le Concerto pour accordéon et d'autres pièces pour grands ensembles", ajoute Georges Aperghis.
Le compositeur franco-grec s'est notamment fait connaître pour le grand intérêt qu'il porte aux mots et à leur musicalité propre: "C'est l'éruption de la vie quotidienne dans la musique", explique-t-il en évoquant Récitations (1978), l'une de ses œuvres les plus connues, qui s'appuie sur une combinaison virtuose de phonèmes jusqu'à créer une sorte de langage imaginaire. "Cet intérêt pour la langue m'est venu de mon arrachement à la Grèce pour venir en France en 1963, se souvient notre invité. J'ai toujours beaucoup aimé la langue française, et le fait qu'elle ne soit pas ma langue maternelle m'a permis d'acquérir une distance et de jouer avec des morceaux de mots. Je ne pourrais pas le faire en grec car cette langue m'est trop proche, trop chargée émotionnellement, c'est la langue de mon enfance". Le compositeur fait alors de la langue la matière première de sa musique, jusqu'à faire parler les instruments de musique, souvent de manière virtuose : "La virtuosité n'est pas un but, explique Georges Aperghis, mais écrire des partitions difficiles permet de créer une tension constante dans la pièce, de manière à ce que l'interprète soit obligé de sortir de son confort. Il faut qu'il sorte de la seule lecture de la pièce, que son corps se mette à vibrer avec l'instrument". C'est le cas par exemple dans sa pièce pour contrebasse Obstinate (2017-18) dédiée à Florentin Ginot, dans laquelle le musicien se bat contre la tension des cordes de son instrument, ce qui implique tout son corps dans l'interprétation.
Georges Aperghis suit la jeune génération de compositeurs et compositrices, notamment lors des académies d'été de Darmstadt (Internationale Ferienkurse für Neue Musik) et souhaite la mettre en garde contre "une sorte d'académisme qui s'installe chez les jeunes. L'avant-garde, comme on disait dans les années 1950-60, devient maintenant quelque chose de très poli et polissé. J'essaie d'attirer leur attention sur le fait qu'il faut aller vers des choses qui n'ont jamais été faites, explique notre invité. Je pense que c'est lié au peu d'occasions que ces jeunes compositeurs ont de se mettre en avant : une appréhension du futur s'installe alors", conclut Georges Aperghis.
Le Festival Présences se tient à Radio France jusqu'au 8 février.
C'est sur les bords de Loire que la Folle Journée a démarré ce mercredi : cinq jours d'immersion musicale à Nantes avec 300 concerts et 2300 artistes pour le festival de musique classique le plus fréquenté de France et même d'Europe. Sa 32e édition se consacre aux fleuves : du Rhin au Danube, du Mississipi au Fleuve Jaune, comment ont-ils inspiré compositrices et compositeurs ? Le Trio Karénine nous emmène du côté de la Volga, tandis que le chef et clarinettiste Paul Meyer vogue sur le Rhin avec l'Orchestre de Mannheim qu'il emmène en Loire-Atlantique.
A Nantes, le Trio Karénine sera en concert à Nantes à 10h30 Salle Cantabile, et Paul Meyer à 19h à la Salle Orphée.
C'est le grand rendez-vous de l'année consacré à la musique pour le cinéma : la soirée du Prix des Auditeurs France Musique-Sacem. Elle se tiendra demain soir à l'Auditorium de Radio France, avec la création d'une œuvre commandée pour l'occasion à Jérôme Rebotier, lauréat du prix 2025 pour sa partition du film Le Comte de Monte-Cristo. Le prix 2026, lui, sera officiellement remis à la compositrice Laetitia Pansanel-Garric pour sa bande originale du film d'animation Hola Frida. Un hommage à Francis Lai sera aussi proposé par l'Orchestre Philharmonique de Radio France et par le compositeur franco-libanais Gabriel Yared, également lauréat de ce prix France Musique-Sacem en 2008.
Pour Laetitia Pansanel-Garric, être lauréate du Prix des Auditeurs France Musique - Sacem 2026 représente une sorte de rêve, puisque la récompense en est une commande de Radio France pour une œuvre qui sera créée l'année prochaine : "Ce prix représente la possibilité d'écrire pour grand orchestre, d'avoir accès aux grandes formes musicales. J'imagine un scherzo ou bien un thème et variations. C'est une sorte de cadeau de la vie dont je compte bien profiter !", se réjouit la compositrice, récompensée pour la musique du film Hola Frida qui raconte l'enfance de l'artiste-peintre mexicaine Frida Kahlo, marquée par le handicap.
La construction de ce film lui a inspiré une stratégie musicale : "Pour mettre en musique le quotidien de la petite Frida dans les rues de Mexico City, j'ai voulu faire cohabiter trois partitions : celle du folklore - en donnant à entendre la présence des orgues de barbarie, des accordéons, des musiciens -, celle de l'imaginaire - une partition plus onirique qui soit écrite de manière impressionniste, et celle de la narration", explique Laetitia Pansanel-Garric, qui trouve dans les films d'animation l'occasion d'écrire de manière plus fantaisiste et de s'exprimer harmoniquement : "J'ai la sensation que l'on peut y convoquer une énergie harmonique plus audacieuse et colorée, parce que l'animation a besoin de vie et de profondeur, une profondeur qui s'acquiert par le travail de l'image lorsqu'il s'agit de prise de vue réelle."
La commande de Radio France proposée aux compositeurs lauréats du Prix des Auditeurs France Musique - Sacem de la musique de film est une occasion pour eux de composer sans image. "Cela va me permettre de renouer avec un langage que j'ai dû quitter en sortant de mes études au CNSM de Lyon, où j'ai beaucoup écrit pour des ensembles de solistes. Je prends cette commande comme un cadeau, et j'ai envie d'écrire aussi pour moi, tout simplement, raconte Laetitia Pansanel-Garric. Je donnerai certainement un titre à cette pièce, car lorsqu'on est formaté à écrire pour l'image, on a besoin d'un programme pour générer une émotion et une forme musicale", continue-t-elle.
Pour Jérôme Rebotier, lauréat 2025, le concert du 30 janvier sera la date de la création mondiale de sa pièce pour orchestre Melancholia, dans laquelle le compositeur a voulu représenter le face à face entre l'humain et la musique : "On y entend tous les états par lesquels on passe lorsqu'on essaie de maîtriser la musique que l'on compose, ce qui n'arrive jamais vraiment, ce qui produit alors une certaine mélancolie. Ce terme est en fait assez fort : auparavant, la mélancolie désignait une forme de dépression forte qui impliquait un mélange d'euphorie, de tristesse et de violence. C'est cette confrontation que j'ai voulu montrer dans cette pièce, qui se décline en une dizaine de tableaux", explique le compositeur, qui prépare également un Requiem pour 100 voix et orchestre ainsi qu'un cycle de pièces pour piano d'après des chorals de Bach. "Ces chemins sont ceux de mon enfance, car j'ai étudié la musique classique jusqu'à mes douze ans. Plus tard, je suis passé par le jazz, le rock et la pop. La musique de film m'a finalement ramené vers le classique, puisque l'image m'inspirait ce style de musique. J'écris des pièces classiques depuis un certain temps, mais je suis plutôt connu pour mes musiques de film."
Gabriel Yared, compositeur oscarisé franco-libanais, sera présent à ce concert dédié à la musique de film pour rendre hommage à Francis Lai, dont il admire l'écriture : "Lorsque j'ai découvert Francis Lai à l'âge de 16 ans, j'ai tout de suite aimé la manière dont ses mélodies coulent. Les thèmes sont extrêmement importants dans la musique de film, c'est ce qu'on retient toujours. Chez Francis Lai, il y a toujours une mélodie incroyable, soutenue par des harmonies peu conventionnelles, et un rythme très asymétrique, qui pourtant coule de source. C'est cette innocence et ce génie que je trouve chez lui, auxquels je vais essayer de rendre hommage demain soir. Donc j'ai écrit une pièce de musique personnelle, qui entourera les thèmes principaux de Francis Lai", annonce le compositeur, qui se réjouit par ailleurs de la situation actuelle de la musique de film avec la nomination aux Oscars de nombreux compositeurs européens : le français Alexandre Desplat, le suédois Ludwig Göransson, l'allemand Max Richter et les deux brittaniques Jonny Greenwood et Jerskin Fendrix : "L'Europe, très malmenée en ce moment, peut être fière de ce palmarès, tant elle brille par son omniprésence grâce à ses compositeurs", conclut Gabriel Yared.
C’est la nouvelle étoile du lyrique. Et une étoile prolifique, puisque, après un disque Purcell avec Le Consort en mai 2025, Paul-Antoine Bénos-Djian participe cette fois-ci à Masques, un album du Café Zimmermann consacré à un autre grand nom du baroque : Vivaldi. En outre, en mars, le contre-ténor incarnera Orlando dans l’opéra éponyme de Haendel à l’Opéra de Lausanne avant d'enchaîner sur une tournée à travers l’Europe avec l’Ensemble Pygmalion.
Si Paul-Antoine Bénos-Djian multiplie aujourd'hui les rôles, les projets et les disques, c'est que le chanteur semble avoir franchi une étape dans sa carrière : "C'est vrai que les enregistrements discographiques se sont multipliés ces derniers temps, confirme-t-il, j'ai pu égayer ma curiosité avec d’autres types de répertoires." Le contre-ténor, qui a d'abord étudié la percussion et le droit avant de se consacrer entièrement au chant, est aujourd'hui un chanteur recherché : "Quand je regarde le chemin parcouru, je suis très fier. Je sais qu'il me reste encore énormément de chemin à parcourir et que ça n'est jamais gagné, mais je suis content de ce qui se passe, confie-t-il. Je commence à avoir le luxe de pouvoir faire des choix. Bien que, dans l’ensemble, ils se fassent naturellement et naissent d’affinités".
Comment le contre-ténor d’origine montpelliéraine a-t-il trouvé et apprivoisé son timbre ? Il explique : "Cela a été évolutif : j'ai eu une mue plutôt tardive, vers seize ou dix-sept ans. J'ai alors exploré ma voix de poitrine, de basse, de baryton et de ténor". C'est finalement en travaillant comme ténor et en allégeant sa voix qu'il s'est dirigé vers la tessiture de contre-ténor : "Il y avait à la fois ce plaisir-là et la réminiscence de la voix d'enfant. On m’a dit qu’il y avait un répertoire entier pour ces types de voix, ce que j'ignorais." À propos de son timbre qualifié par certains critiques de "charnu", ou même de "terreux", Paul-Antoine Bénos-Djian précise : "C’est en partie lié aux gènes. J’ai une voix parlée plutôt grave et je pense que la voix d'alto est le reflet de cela. La voix de fausset est un peu le miroir de ma voix parlée".
Si aujourd'hui c'est le répertoire baroque qui occupe le plus clair de son temps, le contre-ténor ne cache pas son appétit d'autres styles : "C'est drôle parce que, dès que je chante du baroque, j'ai envie d'aller vers d'autres types de répertoires et, ensuite, le baroque me manque. J’ai un rapport un peu contradictoire avec ce répertoire. De plus, continue-t-il, il y a des rôles pour contre-ténors qui sont absolument magnifiques, notamment en création contemporaine, qui est, aujourd'hui, foisonnante".
From the publisher's feed