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Or


Il ne s'arrête jamais : à l'affiche cette semaine au Théâtre de Caen, avant une tournée qui le mènera de Rennes à Versailles, en passant par la Rochelle, Paris et Amiens, Vincent Dumestre et son ensemble – le Poème Harmonique – présentent une version presque inouïe de L'Avare, de Molière, mis en musique par le compositeur baroque italien Francesco Gasparini. "La musique force à adapter beaucoup de choses", souligne le chef, "on ne peut pas déclamer des vers comme au théâtre : la musique ralentit l'histoire, elle la resserre et la transforme." L'intrigue se concentre donc autour de deux chanteurs principaux : Pancrazio, interprété par le baryton Victor Sicard, prend la place d'Arpagon, et Fiammetta, dont on adopte le point de vue, chantée par Eva Zaïcik, condense plusieurs personnages féminins. "On retrouve vraiment l'Avare de Molière", insiste Vincent Dumestre, mais la pièce est renouvelée par la musique : "C'est passionnant de voir comment on passe d'une œuvre théâtrale à une œuvre théâtrale en musique."
Derrière cette recréation se dessine un pan entier de l'histoire de l'opéra. En réalité, "il ne s'agit pas d'un opéra, mas d'intermezzi", précise Vincent Dumestre, qui se dit "très heureux de découvrir par là un répertoire très particulier." Ces petites pièces, insérées entre les actes d'opéras plus sérieux, portent en elles la mémoire des personnages comiques qui, au XVIIe siècle, partageaient encore la scène avec les héros tragiques. En effet, à Venise, du temps de Monteverdi, l'opéra réconciliait encore "le tragique et le comique dans une œuvre lyrique" explique-t-il, mais "peu à peu, on enlève les personnages comiques, les nourrices et les personnages drôles : c'est la naissance de l'Opéra seria."
Gasparini, que Vincent Dumestre considère comme "l'inventeur du principe de l'intermezzo", tente avec L'Avare de réintroduire ces figures dans les opéras, "par la petite porte : non plus dans l'œuvre, mais dans ces intermèdes qui vont entrelarder l'Opera seria." Il rappelle que le public du XVIIe siècle "adorait vivre plusieurs histoires en même temps : on n'allait pas voir un spectacle, on allait dans une soirée où il y avait des ballets, de l'orchestre, ça durait des heures, des dizaines d'heures, parfois une nuit."
Il y a vingt-deux ans, Vincent Dumestre réinventait déjà Molière avec Le Bourgeois gentilhomme, dans une mise en musique de Jean-Baptiste Lully cette fois et mis en scène pour l'occasion par Benjamin Lazar. "J'ai beaucoup appris avec ce parcours commencé presque par hasard", dit-il en évoquant les prémices de l'Opéra français. Il ajoute, en écoutant le dernier acte d'Armide, dernière tragédie du compositeur français, dont il donne aujourd'hui des versions de concert : "Lully ouvre sur le XVIIIe siècle, il annonce presque Rameau, et cette passacaille dit tout de ce qui va se passer ensuite." Au sommet de son panthéon personnel, il place pourtant un Anglais, Henry Purcell : "Pour moi, c'est le plus grand compositeur baroque, c'est le plus grand, le plus prolixe et le plus génial !"
"Je ne suis jamais sûr de moi", glisse-t-il finalement, en attendant la recréation de son Avare demain soir : "C'est peut-être ça qui me fait avancer d'ailleurs." Entre l'Italie, la France, l'Angleterre et bientôt la Pologne, Vincent Dumestre poursuit ainsi, avec passion, son exploration de ces sources parfois oubliées de la musique du XVIIIe siècle.
Victor Aviat était un musicien discret : hautboïste passé par la Karajan-Akademie à Berlin, il intègre en 2005 l'Orchestre du Festival de Budapest, sous la direction d'Iván Fischer. Il était aussi chef d'orchestre et peintre, auteur, compositeur et interprète de chansons, et semblait multiplier les voies artistiques sans jamais s'exposer. "C'était le contraire d'un carriériste," indique son beau-père, Emmanuel Krivine, à l'occasion de la parution d'un disque-portrait en hommage à Victor Aviat, disparu l'an dernier des suites d'une maladie foudroyante.
Dans un texte intitulé Aux jeunes musiciens, Victor Aviat dénonçait "la glorification de l'interprète" et la musique "devenue un art de performance". Il n'avait pas de compte sur les réseaux sociaux et se tenait à distance des circuits médiatiques. "On aime la musique pour se tenir derrière elle, pas devant," résume Emmanuel Krivine, qui reconnait par là une forme de filiation. "Je l'ai peut-être influencé sans le savoir", suggère-t-il.
Emmanuel Krivine rencontre Victor en 1989 : "Il devait avoir sept ans", se souvient-il, lorsque sa mère, la violoniste et altiste Anne Maury, remplaçait à l'Orchestre de Toulouse où Emmanuel Krivine était en résidence. "Il venait aux répétitions, aux concerts puis nous avons travaillé ensemble, il m'a même assisté au Conservatoire de Paris, et un jour, il a repris le concert à ma place", raconte notre invité.
Dans le livret du disque, Iván Fischer parle d'un véritable "polymathe", ce que confirme Emmanuel Krivine : "Il était doué pour tout – le piano, la peinture, les échecs, le billard, même pour grimper dans les arbres !" Dans ce coffret hommage, on découvre aussi que Victor Aviat chantait, des textes de sa plume qu'il a mis en musique en jouant lui-même de tous les instruments : "Je ne savais pas qu'il avait une voix aussi émouvante, confesse Emmanuel Krivine, je redécouvre vraiment le bonhomme."
La maladie affrontée à Berlin n'a pas entamé l'élan créateur de Victor Aviat : "Il avait déjà tout préparé pour cet album, tout masterisé, déclare Emmanuel Krivine, qui conclut : "J'espère que mon public, qui me suit depuis 1975, appréciera cette musique."
Il y a six ans, le chef quittait la direction de l'Orchestre national de France avant le terme de son mandat. Aujourd'hui retiré des scènes, il affirme, presque sans nostalgie : "Si elles me manquent, c'est névrotique. Je pense qu'elles ne me manquent pas." Il avoue ne plus tellement aller aux concerts, mais écoute "beaucoup d'orgue. J'ai toujours voulu être organiste" – comme si, pour lui, la direction d'orchestre n'avait été "qu'un succédané d'orgue."
À 78 ans, Emmanuel Krivine esquisse aussi timidement son propre portrait, en filigrane : "J'ai souvent dit que le podium n'était pas un piédestal, ni pour l'orchestre, ni pour le chef, ni pour le public. Le chef d'orchestre est là pour que la musique traverse." Il ajoute enfin, implacable : "Il faudrait que tous les chefs d'orchestre soient au service de la musique."
À 48 ans, Oksana Lyniv est sur tous les fronts : l'Ukrainienne est aujourd'hui l'une des cheffes les plus demandées des scènes internationales. Cheffe principale invitée à l'Orchestre symphonique de Kiev, fondatrice de l'Orchestre symphonique des jeunes d'Ukraine, elle a aussi été pendant plusieurs années la directrice musicale du Théâtre communal de Bologne, en Italie. Ce soir, elle fera ses débuts à la tête de l'Orchestre de Paris, un mois après les avoir faits avec l'Orchestre national d'Île-de-France, et quelques semaines avant de diriger pour la première fois l'Orchestre national de France. En parallèle, la cheffe trouve le temps de présider le jury de la quatrième édition de La Maestra – concours international de femmes cheffes d’orchestre –, et de sortir un disque, le mois prochain, enregistré avec l'Orchestre symphonique de la Radio de Leipzig. Au programme de cet enregistrement chez Pentatone, trois concertos pour la main gauche, écrits pour le pianiste Paul Wittgenstein.
Lorsque la guerre éclate et surgit dans sa vie, le 24 février 2022, Oksana Lyniv est à Bologne. Sa famille lui envoie sur son téléphone des photos de ses petites-nièces de 3 et 4 ans : "C'était en hiver, se souvient-elle, elles portaient des pulls épais, des bonnets, des gants... Elles n'arrivaient pas à dormir et devaient se mettre à l'abri à cause des attaques aériennes." Elle conclut : "Les enfants n'ont plus d'enfance."
Cette conscience de la guerre traverse aussi le prochain disque d'Oksana Lyniv, Manu Sinistra, consacré aux concertos pour la main gauche composés par Ravel, Prokofiev et Bortkiewicz pour Paul Wittgenstein, pianiste autrichien mutilé pendant la Première Guerre mondiale. Pensé avec le pianiste ukrainien Illia Ovcharenko, originaire de Tchernihiv, le programme de cet album constitue le témoignage d'une grande foi en l'avenir : "C'est beaucoup plus fort et plus important que les mauvaises nouvelles, que la destruction et la guerre", insiste la cheffe d'orchestre. Elle évoque également la région de Kharkiv, d'où venait Sergei Bortkiewicz, compositeur exilé à Berlin puis à Vienne après 1914 : "C'est une région qui souffre beaucoup aujourd'hui des attaques russes." Oksana Lyniv parle aussi "des amorces de la musique folklorique ukrainienne dans ce concerto. C'est aussi un morceau symbolique sur ce disque."
Quand elle prend la tête de l'Orchestre du Théâtre communal de Bologne en 2022, Oksana Lyniv devient la première femme à diriger un théâtre lyrique italien : "C'était un grand honneur pour moi, mais aussi une très grande responsabilité", rappelle-t-elle. En 2021, elle avait été la première femme à diriger un opéra de Wagner à Bayreuth, où elle reprendra la barre cet été du Vaisseau fantôme. Vingt ans plus tôt, au Concours de direction Gustav Mahler à Bamberg, elle était déjà "la seule femme en finale". Elle ajoute : "À l'époque, on ne pouvait pas encore rêver d'un concours de direction d'orchestre pour les femmes" comme celui qu'elle préside cette semaine à la Philharmonie de Paris.
Cette année, Oksana Lyniv est en effet à la tête du jury de la quatrième édition de La Maestra, seul concours international de direction d'orchestre réservé aux femmes : "Pendant des siècles, les femmes ont été mises à l'écart, constate-t-elle. Avec ce concours, nous pouvons pallier à ce défaut et nous concentrer sur elles." Aussi, en pionnière, elle espère maintenant pouvoir ouvrir les portes et contribuer à changer les choses "pour que celles qui viennent ensuite aient un parcours plus simple."
Sans doute la seule personne à diriger cette saison quatre des cinq orchestres symphoniques de la région parisienne, Oksana Lyniv est demandée partout dans le monde - de Paris à Leipzig, de Bayreuth au Metropolitan Opera mais aussi en Amérique du sud et en Espagne où elle débutera en mars. Comment tenir ce rythme de voyages, concerts et répétitions souvent courtes – "parfois seulement deux ou trois" ? Il faut tout de suite "établir le contact avec les musiciens", confirme-t-elle. Ce lien, la cheffe le cherche "dans l'inspiration, le tempérament et cet amour de la musique" partagé avec les orchestres. Elle se sent ainsi très heureuse avec l'Orchestre de Paris et parle avec joie et impatience de leur première : "J'ai vraiment hâte d'entendre notre concert ce soir !"
Nommé aux Victoires de la Musique Classique 2025 dans la catégorie Révélation soliste instrumentale, le jeune altiste Paul Zientara vient nous parler de son premier album autour de Brahms et de ses deux Sonates pour alto et piano op. 120, enregistrées avec le pianiste Arthur Hinnewinkel. Deux pièces à l'origine pour clarinette avant d'être réécrites en 1895 pour l'alto et qui constituent aujourd'hui l'un des piliers du répertoire de l'instrument.
Avec ce premier disque, Paul Zientara s'attaque à un sommet du romantisme : "C'était une sorte de défi d'enregistrer ces sonates comme premier CD et de proposer le regard de jeunes musiciens sur cette œuvre de maturité." Avec Brahms et la musique de chambre, l'altiste explore les sonorités de son instrument, son caractère enveloppant voire mélancolique : "Ce sont des sonates de fin de vie, de maturité, très méditatives et poétiques, explique-t-il. On a l'impression que Brahms n'a rien à prouver, il n'y a pas forcément d'effets de virtuosité, c'est de la musique pure".
Enregistré avec le pianiste Arthur Hinnewinkel, d'abord camarade de classe de Paul Zientara au lycée Racine puis au Conservatoire de Paris, ce disque est le fruit d'une longue relation amicale : "On s'est rencontré en jouant ensemble, explique l'altiste*, enregistrer avec un ami, ça change tout, c'est vraiment génial !".
Au-delà de Brahms, Paul Zientara explore d'autres horizons musicaux, comme soliste ou chambriste. "Je suis très sensible au répertoire de l'alto, explique-t-il. Il y a encore plein d'œuvres à découvrir et plein d'œuvres contemporaines à commander pour l'élargir." Un amour pour son instrument qui remonte à l'enfance, lorsque son professeur lui fait découvrir l'alto en même temps que le violon : très vite, il se dit séduit par "ce son très rond, très chaud, très grave".
Ayant travaillé avec de grands noms comme Lawrence Power ou Gérard Caussé (dont il est aujourd'hui l'assistant à l'Ecole Normale de Musique de Paris), son parcours est marqué par une autre rencontre, celle de Renaud Capuçon. "Je l'ai rencontré pendant une masterclass il y a cinq ans, explique notre invité. Pour moi c'est un musicien très complet, qui est évidemment un extraordinaire violoniste mais aussi chef d'orchestre, directeur artistique..." Paul Zientara a eu l'occasion de partager la scène à plusieurs reprises avec le musicien dont il dit qu'il est un mentor pour lui : "Il m'a énormément apporté !"
C’est d’abord un album de voyage que Baptiste Herbin donne à entendre avec son dernier disque, Los Arregladores : en compagnie du percussionniste argentin Minino Garay, ils nous emmènent à l’autre bout du monde, explorer les sonorités latino-américaines dans un programme qui mêle leurs propres compositions à des standards. Sorti en décembre, l’album Side by Side, fruit d’une amitié de vingt ans avec le saxophoniste Michael Cheret, rend quant à lui hommage au grand Gerry Mulligan.
Malgré une annulation de visa qui l'empêche de se produire aux États-Unis pour sa tournée, Baptiste Herbin garde le sourire : "Il faut rebondir, penser positivement et aller de l'avant. Ce sera pour une prochaine fois !"
En attendant, il continue de voyager en musique dans son nouvel album, vers l'Argentine, le Pérou ou la Bolivie : "Les voyages, ça forme la jeunesse, mais ça forme aussi l'être humain et son domaine musical, ça construit vraiment son identité." Il ajoute : "Quand on se déplace, on a les odeurs, on a le goût, on a aussi le sonore, la musique, la langue." À l'origine de ce disque avec Minino Garay, "il y avait l'idée de raconter des histoires sud-américaines et de rendre hommage à différents arrangeurs qui viennent du monde entier", explique-t-il.
Alors qu'il commence la musique à l'âge de quatre ans, Baptiste Herbin découvre les plaisirs de l'improvisation et "cette recherche de l'harmonie et de l'instant présent." Passé par une formation classique au Conservatoire de Paris, le musicien continue de se construire avec Bach, Debussy et Ravel, tout en rappelant la nécessité pour lui "d'aller voir ce qui se passe ailleurs et dans les autres cultures, pour pouvoir agrandir son âme", conclut-il.
Baptiste Herbin retrouve également Michael Cheret pour Side by side, un disque d'hommage à Gerry Mulligan, mais aussi Harry Carney ou Maceo Parker, de grands noms qui ont participé à former sa vocation pour le saxophone : "Ce son m'a vraiment happé, explique-t-il, avec ce projet on s'amuse un peu chacun."
"La mort n'est pas discrète. Elle entre dans nos vies avec fracas" écrit-t-elle dans son dernier livre, Je marche vers elle, à paraître chez Albin Michel la semaine prochaine. C'est un récit intime, un hommage rendu à sa grande sœur, Hélène Gagarine, disparue en septembre dernier. Au Théâtre de Poche-Montparnasse, elle reprend les mots de George Sand pour répondre aux œuvres de Frédéric Chopin et au pianiste Erik Berchot, les mardis, mercredis et jeudis à 21h.
Filles d'immigrés de la noblesse russe, arrivés en France après la révolution de 1917, les sœurs Macha et Hélène Gagarine ont toutes deux construit leur carrière dans le milieu culturel, l'une sur les planches, l'autre en coulisse, en tant que monteuse et productrice : "C'était une femme remarquable, petite vie et grand personnage ! ", s'exclame Macha Méril. À la mort d'Hélène, elle reprend la plume et dresse son portrait en rassemblant quelques souvenirs. Elle explique : "Je voulais fixer ma mémoire, écrire les détails de tous ces instants et les dernières semaines de sa vie."
Sur scène, au Théâtre de Poche-Montparnasse, elle interprète des textes de George Sand, en duo avec le pianiste Erik Brechot. Macha Méril retrouve chez Sand la façon d'être révolutionnaire de sa sœur, ainsi que sa sensibilité : "J'adhère à tout ce qu'elle me dit, c'est comme si c'était moi qui parlais. Elle est juste, elle est droite, elle dit les choses exactes." L'écrivaine pourrait d'ailleurs être panthéonisée cette année : "Il était temps ! Nous les femmes sommes toutes extrêmement redevables de George Sand : c'était une femme d'avant-garde, qui pressentait ce que le monde allait devenir." L'histoire de Sand est intimement liée à la musique, de par sa relation avec Frédéric Chopin. "C'était un très grand amour : ils s'observaient, s'influençaient, mais ils se stimulaient aussi."
Comme George Sand, Macha Méril a elle aussi vécu une relation avec un célère musicien et compositeur : Michel Legrand. "Je pense que c'est un privilège de vivre avec un créateur." Depuis sa disparition en 2019, Macha Méril s'efforce de faire vivre son héritage, avec le Prix Michel Legrand qu'elle a elle-même créé en 2020. "Je tiens beaucoup à faire ce prix, parce que Michel était très modeste, raconte-t-elle. Il n'aurait jamais voulu faire un prix à son nom, mais il souhaitait soutenir les compositeurs de musique de film, avec l'arrivée de toutes ces plateformes comme Amazon Prime Video et Netflix, qui achètent de la musique au kilomètre, et ne demandent plus aux compositeurs de faire des musiques car ça coûte trop cher."
Cette année, le Prix se tiendra en juin à La Mothe, la maison de Michel Legrand, où Macha Méril espère "faire un jour une petite Villa Médicis pour les compositeurs de musique de film."
Super nana, Les vacances au bord de la mer, La Boîte de jazz… Autant de tubes qui ont marqué les années 70 et 80, tous chantés par Michel Jonasz. Le jazzman de 79 ans surnommé "Mister Swing" est encore en activité et est actuellement en tournée en France. L'occasion de porter sur scène son dernier album, qui reprend ses propres chansons en version soul.
C’est pour ses titres aux influences jazz, pop et blues que l’on connaît Michel Jonasz qui, pourtant, se dit amateur de musique classique, et particulièrement de Sergueï Rachmaninov. Comment cette musique l'accompagne-t-elle ? "J'écoute de la musique classique quand j’écris des textes, explique-t-il. Elle renferme une grande force et de grandes émotions, qui déclenchent en moi l'envie d’écrire." L'auteur-compositeur-interprète ne joue cependant pas lui-même, n'ayant jamais appris le solfège :"Je le regrette, mais je suis incapable de lire une partition. J’en sais juste assez pour composer une chanson, en somme, écrire une ligne mélodique, des accords et un texte. Mon école, c’est le rock, le blues ; dans ce milieu, on n’apprenait pas le solfège. Ma famille a des origines hongroises, j’ai donc aussi été influencé par la musique tzigane. Mais c’est Ray Charles qui m’a donné envie de faire du piano et de la musique".
Ecrire tant de chansons demande-t-il un grand effort ? "Je prends beaucoup de plaisir à écrire et à composer, et je n’ai pas l’angoisse de la page blanche. Enfant déjà, je m'amusais à me mettre au bureau pour écrire, cela n'a donc jamais été une difficulté pour moi, réagit le chanteur. Il s'agit simplement de bien se préparer : être dans un endroit calme et agréable, seul, habillé confortablement. Si à la fin de la journée, je n’ai écrit qu’une phrase ou deux, je ne me fâche pas pour autant avec l’inspiration. Si cela ne vient pas, ce n'est pas grave, explique Michel Jonasz, pour qui le fondement du travail réside dans le texte. "Je peux reprendre des textes pendant des années. La musique, elle, doit venir vite car c’est plus physique".
En tournée dans les plus grandes salles de France, accompagné de musiciens tels que le batteur Manu Katché et le pianiste Jean-Yves d’Angelo, Michel Jonasz revisite ses tubes en version soul, une musique "difficile à définir", reconnaît notre invité. "Ray Charles était certainement le père de la soul music, de la même manière que Marvin Gaye, Aretha Franklin ou Otis Redding". Dans leurs pas, Michel Jonasz reprend ses chansons selon ce style, d'abord pour les interpréter sur scène. "Encore aujourd’hui, j’ai toujours la même jubilation sur scène, car je me suis programmé pour cela. J’ai commencé à faire de la musique avec des copains, dans des groupes de rock : j’avais ce plaisir physique de chanter et de jouer. Quand je monte sur scène, c’est comme si j’avais 18 ans. Je n’ai pas le trac, ou, en tout cas, pas le mauvais trac, celui qui m’éloigne de la joie de chanter. Avec l’expérience, cela n'est plus que jubilatoire", se réjouit notre invité.
Julien Behr semble amorcer un virage dans sa carrière, se dirigeant vers des rôles de plus en plus dramatiques. Le ténor sera à l'affiche de Jeanne d'Arc au bûcher d'Arthur Honegger le 20 février avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France à la Maison de la Radio et de la Musique. Du 22 au 30 mars, il sera Faust à l'Opéra Royal de Versailles et, du 29 mai au 6 juin, le ténor interprètera Alfredo dans La Traviata à l'Opéra de Nice.
La quarantaine passée, le ténor constate pour la première fois un changement dans sa tessiture. Une nouvelle mue pour Julien Behr ? Le musicien le voit différemment : "C’est un renouveau dans ma carrière. Quand on arrive à la quarantaine, la voix s’arrondit, se durcit, se solidifie ; elle a plus de puissance, explique-t-il. Je le vis avec délectation parce que j’ai chanté du répertoire plus léger avant et que ce changement m’ouvre à différents challenges. Ma voix assume beaucoup mieux des partitions plus lyriques ; elle projette et remplit mieux les espaces qu’avant".
Ce changement de voix impacte directement sa carrière. "Ma voix est en très bonne santé et évolue bien. Cela donne des idées aux producteurs, qui veulent me confier des rôles plus engageants d’un point de vue vocal et dramatique", indique le chanteur. Lui qui a approché le monde de l’opéra grâce à une maîtrise lyonnaise en parallèle de ses études de droit, avait déjà chanté un air de Don José dans Carmen à l’époque. L’an dernier, en mai 2025, c’est en tant que titulaire du rôle qu’il chantait à nouveau cette œuvre, avec l’Orchestre Royal du Château de Versailles. Mais pour le chanteur, pas de quoi s'enorgueillir. "Je n’ai pas particulièrement de rêves. Je prends les opportunités quand elles se présentent à moi, répond-il. Don José est un rôle génial à faire, d’autant plus en tant que Français, car je peux goûter chaque mot du livret".
Pour les chanteurs, la voix est un instrument particulièrement compliqué à entretenir avec les années. "La voix est un instrument très fragile, raconte Julien Behr. Nous observons tous les jours des chanteurs qui se fatiguent." Mais alors, comment l’éviter ? "Le choix du répertoire est essentiel dans nos carrières. Celles-ci doivent tenir une vingtaine ou une trentaine d’années, rappelle le chanteur. La technique est essentielle, mais le choix des rôles est tout aussi important. Nous pouvons vite nous brûler si nous ne gardons pas une certaine distance avec le rôle et si nous devons lutter avec des orchestres trop grands pour nous".
Julien Behr constate de moins en moins de productions chaque année, des restrictions de plus en plus drastiques du côté des salles, mais aussi des ensembles et autres structures du secteur du spectacle vivant. "Nous sentons que les théâtres – et même les grands théâtres – tirent la langue. Et, c’est le cas dans le monde entier, alerte le chanteur. Même de grands artistes réputés disent avoir peur de l’avenir parce qu’ils constatent que leur planning est particulièrement vide pour les années à venir. Je m'inquiète surtout pour les jeunes qui arrivent, car nos conservatoires forment toujours autant de personnes. Je me demande ce que l'avenir leur réserve, quand je vois les théâtres annuler beaucoup de choses et faire encore moins de levers de rideaux qu'avant".
Pour autant, les salles et les festivals affichent encore de très hauts taux de remplissage. "C’est un art qui fascine et qui passionne encore beaucoup de gens : nos salles sont pleines. Certains se plaignent même de ne pas pouvoir trouver de billets, et cela parce qu’il n’y a pas suffisamment de levers de rideau. Il faut donc continuer ce combat et convaincre les tutelles de continuer à soutenir l’opéra et la musique", conclut Julien Behr.
Il disait de lui-même qu’il était "dispersé". Et pour cause, Michel Portal était à la fois clarinettiste, accordéoniste, saxophoniste, bandonéoniste, improvisateur et compositeur ! Récompensé par trois Césars pour ses musiques de films, ce musicien né à Bayonne en 1935 nous a quittés ce jeudi 12 février 2026.
Au micro d’Yvan Amar dans une série de Grands Entretiens donnée en 2019, Michel Portal raconte son enfance basque entre la France et l’Espagne, lui qui a appris la musique dans l’harmonie bayonnaise où travaillait son père et lors des fêtes du samedi soir qu’il appréciait tant. Cet enfant qui n’aimait pas l’école, qui préférait rire et inventer des histoires deviendra l’un des plus grands musiciens de jazz de France. Encouragé par ses amis et sa famille à continuer la musique, Michel Portal a persévéré, malgré la difficulté de pratiquer un instrument à l'époque dans une ville comme Bayonne.
Inclassable, le musicien multi-instrumentiste évoque son rapport particulier au jazz et au classique : "J’étais un caméléon, naviguant dans deux univers lointains. J’ai vécu ma vie entre deux eaux. C’était difficile à vivre car je n’avais pas le même comportement selon que je jouais du classique ou du jazz. Mais ces deux pôles m’aidaient à survivre dans la musique."
Le musicien explique avoir travaillé davantage le classique, le jazz lui permettant d’être plus libre. "J’ai mis beaucoup de temps à comprendre le tempo, l’expression du classique, explique-t-il. Je me suis rendu compte que j’interprétais Mozart comme un enfant grâce à Erna Berger et Wilhelm Furtwängler, qui m’ont fait remarquer que mon jeu était académique et trop rapide. Ils m’ont demandé pourquoi je jouais aussi vite, se souvient Michel Portal, comme si je voulais montrer ce que je savais faire au lieu de simplement jouer. Ils m’ont dit de prendre le temps et l’espace, ils m’ont conseillé d’être plus tranquille."
Plus que de simples collègues de musique, l'accordéoniste Richard Galliano et le clarinettiste Paul Meyer ont été des amis de Michel Portal. "Michel est toujours vivant par sa musique, s'émeut Richard Galliano. Nous nous sommes rencontrés grâce à l’amour de la musique. Un jour, notre agent nous a conseillé d’aller ensemble à un concert à Nantes. Nous nous sommes jetés à l’eau et cela a très bien marché. C’était le début de notre association." En mai 1996, Richard Galliano et Michel Portal enregistraient l'album Blow up, paru l'année suivante. Le disque sera sacré "Meilleur album jazz" aux Victoires de la musique classique et du jazz en 1998. "Il faut dire que c’est le propre du jazz de se jeter à l’eau et ce jour-là on a bien nagé ! Nous étions tellement satisfaits du rendu que l’on n’a même pas mixé le disque. Michel a été la plus grande expérience humaine et musicale de ma vie".
Lui aussi clarinettiste, Paul Meyer a toujours été impressionné par la sensibilité de Michel Portal, en musique et en dehors. "Nous jouions le même instrument, donc il y avait une connivence, explique le musicien. Michel était un conteur : il racontait des histoires en musique. Il avait une grande sensibilité, il voyait à travers les gens. Quand il jouait, c’était son âme qui parlait. La musique était vivante avec lui, qu’il joue du classique ou du jazz. Il voulait débusquer la musique, il la cherchait partout."
Ce n’est pas son premier disque, mais c’est bien le premier qu'elle dédie exclusivement à la musique anglaise. Geneviève Laurenceau propose An English Violin, un album consacré à Edward Elgar, William Walton et Rebecca Clarke, mais aussi à Guirne Creith, compositrice britannique née en 1907 dont le répertoire fut oublié pendant un temps puis redécouvert à sa mort en 1996. Geneviève Laurenceau interprète l'une de ses grandes œuvres et la seule qui nous soit parvenue : son Concerto en sol mineur pour violon et orchestre, composé en 1936 et ici enregistré avec l’Orchestre de Picardie.
Dans ce disque à paraître le 13 février 2026 chez NoMadMusic, Geneviève Laurenceau dresse un portrait de l’Angleterre au tournant du XXe siècle, choix étonnant pour celle qui nous indique n’avoir joué que très peu de musique anglaise durant ses études : "Benjamin Britten est pour moi l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, mais je ne l’ai découvert que tardivement quand j’ai joué son concerto avec l’Orchestre de Toulouse, regrette-t-elle. Je trouve beaucoup de langage, de sensualité, de noblesse à la musique anglaise, de la pudeur chez Elgar, un monde fantastique chez Rebecca Clarke… La musique anglaise m’évoque aussi des paysages : de grandes campagnes et de grands horizons".
Pour la grande majorité, les compositions de Guirne Creith sont encore perdues. Le manuscrit du concerto, retrouvé par sa famille à sa mort dans un magasin de partitions à Londres, est la seule trace écrite qu'il nous reste de la compositrice britannique. De celui-ci, un premier enregistrement a été réalisé par Lorraine McAslan et le Royal Scottish National en 2009. Un oubli général de cette compositrice bien difficile à expliquer. "Peut-être qu'elle ne savait pas ranger ses affaires et qu'elles ont été perdues mais il est aussi possible qu'une femme compositrice, contrairement à un compositeur, n'ait pas eu pas quelqu'un auprès d'elle qui prenne soin de ses affaires, qui les range et qui en fasse la promotion ensuite", indique la violoniste.
Comment Geneviève Laurenceau s'est-elle intéressée au travail de Guirne Creith ? "Je faisais des recherches par hasard sur le répertoire anglais et j’ai trouvé ce concerto. Cela a été un coup de foudre. J’ai aimé ce violon qui chante et qui prend des couleurs très variées." , explique-t-elle.
La violoniste reprend même contact avec les enfants de Guirne Creith dans le cadre de ses recherches. "Je pense que ça devait être une sacrée bonne femme ! s’exclame-t-elle. Elle a écrit ce concerto à 25 ans, étudiante et déjà grande pianiste. À cette époque, les femmes composaient plutôt de la musique de chambre, mais elle, a choisi d’écrire un concerto ! Elle a eu une vie rocambolesque : après un accident à la main, elle a arrêté le piano et a commencé le chant, puis est devenue chanteuse professionnelle et professeure de chant", conte Geneviève Laurenceau. La violoniste nous conte les mille vies de Guirne Creith entre voyages en France, œnologie, peinture et écriture. "Pour chacune de ses vies, elle s’est choisi des noms différents. Mais je ne sais pas encore tout, il existe beaucoup de mystères autour d’elle", finit d'expliquer Geneviève Laurenceau.
Les femmes compositrices sont de plus en plus présentes dans les programmes de concerts et de disques, et on les redécouvre notamment grâce à la recherche d'artistes comme Geneviève Laurenceau. Une démarche militante ? "J'ai souhaité jouer le Concerto de Guirne Creith car l’œuvre m’a plu, et je l'aurais jouée avec le même plaisir s’il avait été écrit par un homme. Toutefois, faire en sorte que les femmes soient entendues au même titre que les hommes est un travail extraordinaire et très à propos qui fait partie d’un très beau mouvement".
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