Mission encre noire

Mission encre noire

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Mission encre noire episodes

  • Émission du 8 mars 2016

    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 213. C’est la dernière de Carnets Noirs à Mission encre noire, Morgane ayant décidé de prendre un peu de temps pour d’autres projets. Mais ce n’est probablement qu’un au revoir. Et pour cette dernière carte blanche, nous vous faisons un cadeau tout en nous faisant très plaisir en recevant Benoit Bouthillette qui nous parle de son dernier roman L’heure sans ombre, publié en 2015 aux Éditions Druide.

    Il nous en dit plus sur son personnage, Benjamin Sioui, le flic chaman, sur Cuba, mais aussi sur son rapport à l’écriture.

    Une magnifique rencontre !

     

    Extrait :

     

    « C’est pire que ce que je pensais. ¿Dónde están los niños? Disparus. Nombreux. Sans laisser de trace.

    Des dizaines. Partout dans l’île. Merde. Tous leurs dossiers encore ouverts, des dizaines d’enfants évanouis dans la nature. Il faut donc compter le double de parents rongés par le doute, plongés dans le désarroi, et imaginant le pire. Mais c’est le doute, le pire de tout. Pire que la vérité la plus cruelle. Le doute, ça laisse place à l’espoir, et rien n’est plus douloureux que de se sentir trahi par un faux espoir. C’est le sentiment d’abandon total. »

    1 hr 1 min
  • Émission du 8 mars 2016
    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 213. C’est la dernière de Carnets Noirs à Mission encre noire, Morgane ayant décidé de prendre un peu de temps pour d’autres projets. Mais ce n’est probablement qu’un au revoir. Et pour cette dernière carte blanche, nous vous faisons un cadeau tout en nous faisant très plaisir en recevant Benoit Bouthillette qui nous parle de son dernier roman L’heure sans ombre, publié en 2015 aux Éditions Druide.
    Il nous en dit plus sur son personnage, Benjamin Sioui, le flic chaman, sur Cuba, mais aussi sur son rapport à l’écriture.
    Une magnifique rencontre !
     
    Extrait :
     
    « C’est pire que ce que je pensais. ¿Dónde están los niños? Disparus. Nombreux. Sans laisser de trace.
    Des dizaines. Partout dans l’île. Merde. Tous leurs dossiers encore ouverts, des dizaines d’enfants évanouis dans la nature. Il faut donc compter le double de parents rongés par le doute, plongés dans le désarroi, et imaginant le pire. Mais c’est le doute, le pire de tout. Pire que la vérité la plus cruelle. Le doute, ça laisse place à l’espoir, et rien n’est plus douloureux que de se sentir trahi par un faux espoir. C’est le sentiment d’abandon total. »
    0 min
  • Émission du 1 mars 2016

    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 212 Éric vous propose de feuilleter deux livres aux goûts de révolte et de résistance au programme ce mardi soir. Histoire de la Violence d'Édouard Louis paru en 2016 aux éditions du Seuil est son deuxième roman. En finir avec Eddy Bellegueule ayant déjà marqué de son empreinte l'année 2014, il est fort à parier que celui-ci ne nous laisse pas non plus indifférent. Comment analyser froidement les causes et les conséquences sur un être humain et une société, le fait qu'une banale soirée de Noël, placée sous le charme d'une rencontre au bout de la nuit, s'achève en tragédie insurmontable ? Que s'est-il passé cette nuit-là ?

    Extrait:« De toute façon même les regrets ne pouvaient plus me sauver. Je l'ai compris quand, à cause de la fatigue et de la tournure que prenait la nuit j'avais dit au deux agents de police que je regrettais et que je voulais tout interrompre, rentrer chez moi. Le policier avait ricané. Son rire n'était pas malveillant, c'était plutôt cette espèce de rire qu'on oppose à un enfant qui dit une aberration. Il s'était calmé, s'était éclairci la gorge et avait déclaré: «Mais ça ne dépend plus de vous monsieur, je suis désolé. C'est à la justice maintenant que ça appartient.». Je ne comprenais pas ce soir-là comment mon récit pouvait ne plus m'appartenir (c'est à dire qu'à la fois j'étais exclu de ma propre histoire et que j'y étais inclus de force puisqu'on me forçait d'en parler, continuellement, c'est à dire que l'inclusion est la condition de l'exclusion, qu'elles sont une seule et même chose, et que même, peut-être, l'exclusion précède l'inclusion, du moins que l'exclusion me révélait à elle seule, et la première dans l'ordre de ma conscience, le destin dans lequel j'étais inclus, l'histoire de laquelle je n'avais plus le droit de m'extraire).»

    Petit piment d'Alain Mabanckou paru en 2015 aux éditions du Seuil, est un jeune orphelin de Loango au Congo Brazzaville autour des années 60-70. Élevé jusqu'à l'adolescence dans un orphelinat, attaché aux bons soins du prêtre Papa Moupelo, l'arrivée en fanfare de la toute jeune révolution socialiste au Congo, va modifier profondément les règles du jeu. Encore une fois, Alain Mabanckou retrace l'histoire contemporaine de son pays natal. Laissez-vous prendre par le récit envoûtant des péripéties de la vie mouvementée de Petit piment, jeune orphelin de Pointe-Noire. Drôle, tendre et lucide, voici un magnifique portrait d'une certaine Afrique.

    Extrait: « Bonaventure et moi avions nos lits au bloc 4 avec huit autres camarades qui dormaient comme des loirs cette nuit où je me levai sur la pointe des pieds pour me rendre jusqu'au bloc 6 où je répandis cette poudre de petits piments dans la nourriture que ces gloutons de jumeaux mettaient de côté sous leurs lits superposés et mangeaient vers minuit ou une heure du matin. Je savais où ils la cachaient et il m'était très facile de m'étaler par terre juste devant leur bloc, de tendre mon bras droit, d'ouvrir le couvercle de l'assiette en palstique et de répandre tous mes petits piments à l'intérieur.»

     

    32 min
  • Émission du 1 mars 2016
    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 212 Éric vous propose de feuilleter deux livres aux goûts de révolte et de résistance au programme ce mardi soir. Histoire de la Violence d'Édouard Louis paru en 2016 aux éditions du Seuil est son deuxième roman. En finir avec Eddy Bellegueule ayant déjà marqué de son empreinte l'année 2014, il est fort à parier que celui-ci ne nous laisse pas non plus indifférent. Comment analyser froidement les causes et les conséquences sur un être humain et une société, le fait qu'une banale soirée de Noël, placée sous le charme d'une rencontre au bout de la nuit, s'achève en tragédie insurmontable ? Que s'est-il passé cette nuit-là ?
    Extrait:« De toute façon même les regrets ne pouvaient plus me sauver. Je l'ai compris quand, à cause de la fatigue et de la tournure que prenait la nuit j'avais dit au deux agents de police que je regrettais et que je voulais tout interrompre, rentrer chez moi. Le policier avait ricané. Son rire n'était pas malveillant, c'était plutôt cette espèce de rire qu'on oppose à un enfant qui dit une aberration. Il s'était calmé, s'était éclairci la gorge et avait déclaré: «Mais ça ne dépend plus de vous monsieur, je suis désolé. C'est à la justice maintenant que ça appartient.». Je ne comprenais pas ce soir-là comment mon récit pouvait ne plus m'appartenir (c'est à dire qu'à la fois j'étais exclu de ma propre histoire et que j'y étais inclus de force puisqu'on me forçait d'en parler, continuellement, c'est à dire que l'inclusion est la condition de l'exclusion, qu'elles sont une seule et même chose, et que même, peut-être, l'exclusion précède l'inclusion, du moins que l'exclusion me révélait à elle seule, et la première dans l'ordre de ma conscience, le destin dans lequel j'étais inclus, l'histoire de laquelle je n'avais plus le droit de m'extraire).»
    Petit piment d'Alain Mabanckou paru en 2015 aux éditions du Seuil, est un jeune orphelin de Loango au Congo Brazzaville autour des années 60-70. Élevé jusqu'à l'adolescence dans un orphelinat, attaché aux bons soins du prêtre Papa Moupelo, l'arrivée en fanfare de la toute jeune révolution socialiste au Congo, va modifier profondément les règles du jeu. Encore une fois, Alain Mabanckou retrace l'histoire contemporaine de son pays natal. Laissez-vous prendre par le récit envoûtant des péripéties de la vie mouvementée de Petit piment, jeune orphelin de Pointe-Noire. Drôle, tendre et lucide, voici un magnifique portrait d'une certaine Afrique.
    Extrait: « Bonaventure et moi avions nos lits au bloc 4 avec huit autres camarades qui dormaient comme des loirs cette nuit où je me levai sur la pointe des pieds pour me rendre jusqu'au bloc 6 où je répandis cette poudre de petits piments dans la nourriture que ces gloutons de jumeaux mettaient de côté sous leurs lits superposés et mangeaient vers minuit ou une heure du matin. Je savais où ils la cachaient et il m'était très facile de m'étaler par terre juste devant leur bloc, de tendre mon bras droit, d'ouvrir le couvercle de l'assiette en palstique et de répandre tous mes petits piments à l'intérieur.»
    0 min
  • Émission du 16 février 2016

    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 211 Attache ta tuque ! Dans leur récent ouvrage, les trois auteurs présentés par Éric, vous parlent de leur Québec. Carl Bergeron Voir le monde avec un chapeau paru en 2016 aux éditions du Boréal prends le parti de nous raconter une année de sa vie, ici, au Québec. Dandy ouvertement déclaré et assumé, l'écrivain met sa plume éloquente et incisive au service d'un ouvrage mi-journal, mi essai, des plus acide et pamphlétaire.

    Extrait:

    « Je tombai alors sur un camarade qui, lui, se dirigeait en sens inverse vers l'université. Je m'empressai de lui livrer mon appréciation de Stendhal. Il m'écouta avec amitié et sourit à mon panégyrique, mais pour un temps. Mon excitation étant de toute évidence plus qu'un enthousiasme de passage, son regard se voila d'un nuage noir, puis il me demanda, avec un air de Thomas: « Tant que ça ?» Oui, tant que ça. Je frémissais comme une feuille. Je ne jouais pas la comédie.

    Si j'appris une chose à l'université, c'est bien la fausseté de l'amitié intellectuelle entre étudiants.»

    Nous avions déjà présenté Solomon Gursky en 2015, Mordecai Richler est de nouveau traduit par le même duo en charge de la réédition des oeuvres de l'écrivain: Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Avec Joshua qui vient de paraître aux éditions du Boréal, nous partons à la rencontre d'un personnage qui a tout pour ne pas réussir dès le départ dans la vie. Malgré un père escroc, une mère qui descend des beaux quartiers pour tenter sa chance dans le strip tease, il saura faire face à l'adversité et sera promis à une brillante carrière de journaliste sportif. L'histoire ne s'arrête pas là, bien sûr. D'autant plus que nous sommes à Montréal avant et après 1976, le Québec n'a déjà plus le même visage.

    Extrait:

    « Si je choisis ces gens-là, expliqua Alvaro à un journaliste, ce n'est pas parce que je les crois meilleurs que les autres. C'est parce qu'ils ont des choses à dire. Celui qui se lève tous les matins et se rends à l'usine pour fabriquer des outils ou je ne sais quoi d'autre, que va-t-il m'apprendre de la vie ? Je n'ai rien contre ces pauvres diables, mais on ne peut pas faire la conversation avec eux, à moins de parler de foot ou des femmes.»

    Les éditions La Peuplade ont publié en 2015 Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel, un roman qui se classe parmi les 100 meilleurs livres recommandés par vos libraires sur l'année achevée. Pour ma part, je le range directement avec Panik de Geneviève Drolet, c'est dire ! Une jeune enseignante partage le quotidien des gens du Grand nord du côté de Salluit. Elle converse avec l'esprit d'une amie disparue étrangement quelque part autour du Fjord. Elle nous raconte sans plus de cérémonie, la vie des gens, là haut, leurs drames et leurs passions. Nous fonçons à toute vitesse dans les trous et les crevasses de ce Grand Nord pour prendre des nouvelles d'endroits dont personne n'a entendu parler. La lecture de ce magnifique roman crépite encore longtemps dans les mémoires une fois la dernière page consumée.

    Extrait:

    « Vous étiez plusieurs à rêver de la jolie Maata, plusieurs à vouloir goûter sa peau fine, son cou gracieux, la pointe de ses cheveux noirs effleurant délicatement sa nuque. Maata, seize ans à peine, Maata chatouillant vos désirs du bout de ses doigts de petite fée, Maata n'a jamais révélé le nom des hommes qui ont connu son corps, mais les murmures du village ont porté la nouvelle d'une maison à l'autre, puissants comme les vents d'automne. Tout le village parlait de toi, parce qu'on ne peut pas se faire de jardin secret, ici, tu n'as pas pu creuser un trou dans la terre gelée et y cacher ton amour immense, y enterrer ton coeur de guerrier, silencieusement, aux pieds de Maata.»

     

    0 min
  • Émission du 16 février 2016
    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 211 Attache ta tuque ! Dans leur récent ouvrage, les trois auteurs présentés par Éric, vous parlent de leur Québec. Carl Bergeron Voir le monde avec un chapeau paru en 2016 aux éditions du Boréal prends le parti de nous raconter une année de sa vie, ici, au Québec. Dandy ouvertement déclaré et assumé, l'écrivain met sa plume éloquente et incisive au service d'un ouvrage mi-journal, mi essai, des plus acide et pamphlétaire.
    Extrait:
    « Je tombai alors sur un camarade qui, lui, se dirigeait en sens inverse vers l'université. Je m'empressai de lui livrer mon appréciation de Stendhal. Il m'écouta avec amitié et sourit à mon panégyrique, mais pour un temps. Mon excitation étant de toute évidence plus qu'un enthousiasme de passage, son regard se voila d'un nuage noir, puis il me demanda, avec un air de Thomas: « Tant que ça ?» Oui, tant que ça. Je frémissais comme une feuille. Je ne jouais pas la comédie.
    Si j'appris une chose à l'université, c'est bien la fausseté de l'amitié intellectuelle entre étudiants.»
    Nous avions déjà présenté Solomon Gursky en 2015, Mordecai Richler est de nouveau traduit par le même duo en charge de la réédition des oeuvres de l'écrivain: Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Avec Joshua qui vient de paraître aux éditions du Boréal, nous partons à la rencontre d'un personnage qui a tout pour ne pas réussir dès le départ dans la vie. Malgré un père escroc, une mère qui descend des beaux quartiers pour tenter sa chance dans le strip tease, il saura faire face à l'adversité et sera promis à une brillante carrière de journaliste sportif. L'histoire ne s'arrête pas là, bien sûr. D'autant plus que nous sommes à Montréal avant et après 1976, le Québec n'a déjà plus le même visage.
    Extrait:
    « Si je choisis ces gens-là, expliqua Alvaro à un journaliste, ce n'est pas parce que je les crois meilleurs que les autres. C'est parce qu'ils ont des choses à dire. Celui qui se lève tous les matins et se rends à l'usine pour fabriquer des outils ou je ne sais quoi d'autre, que va-t-il m'apprendre de la vie ? Je n'ai rien contre ces pauvres diables, mais on ne peut pas faire la conversation avec eux, à moins de parler de foot ou des femmes.»
    Les éditions La Peuplade ont publié en 2015 Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel, un roman qui se classe parmi les 100 meilleurs livres recommandés par vos libraires sur l'année achevée. Pour ma part, je le range directement avec Panik de Geneviève Drolet, c'est dire ! Une jeune enseignante partage le quotidien des gens du Grand nord du côté de Salluit. Elle converse avec l'esprit d'une amie disparue étrangement quelque part autour du Fjord. Elle nous raconte sans plus de cérémonie, la vie des gens, là haut, leurs drames et leurs passions. Nous fonçons à toute vitesse dans les trous et les crevasses de ce Grand Nord pour prendre des nouvelles d'endroits dont personne n'a entendu parler. La lecture de ce magnifique roman crépite encore longtemps dans les mémoires une fois la dernière page consumée.
    Extrait:
    « Vous étiez plusieurs à rêver de la jolie Maata, plusieurs à vouloir goûter sa peau fine, son cou gracieux, la pointe de ses cheveux noirs effleurant délicatement sa nuque. Maata, seize ans à peine, Maata chatouillant vos désirs du bout de ses doigts de petite fée, Maata n'a jamais révélé le nom des hommes qui ont connu son corps, mais les murmures du village ont porté la nouvelle d'une maison à l'autre, puissants comme les vents d'automne. Tout le village parlait de toi, parce qu'on ne peut pas se faire de jardin secret, ici, tu n'as pas pu creuser un trou dans la terre gelée et y cacher ton amour immense, y enterrer ton coeur de guerrier, silencieusement, aux pieds de Maata.»
    0 min
  • Émission du 9 février 2016

    Mission Encre Noire Tome 16 Chapitre 210 Aujourd’hui à DésOrienté, une émission vraiment spéciale, car Jean-Pierre vous présente Naguib Mahfouz, un des auteurs les plus marquants de la littérature arabe moderne, avec une carrière qui s’étend sur près de 60 ans et qui a donné le jour à plus de 50 romans et recueils de nouvelles, carrière aussi qui lui a valu le Prix Nobel de Littérature en 1988. À l’émission, nous nous penchons sur Karnak Café, paru en langue arabe en 1974 et disponible en français depuis 2010 aux éditions Actes Sud, Babel. L’histoire se déroule au Caire, capitale égyptienne, vers la fin des années 1960, en pleine période nassérienne.  Mahfouz y fait un compte rendu amer du nouveau socialisme arabe, à travers l’histoire de 3 étudiants, trois amis dont la vie bascule après un passage dans les geôles du pouvoir. Roman politique, roman troublant, il demeure un ouvrage d’actualité, 40 ans après sa publication, parce qu’il met en exergue les dissensions au sein d’une société qui, d’une part aspire à une révolution, et de l’autre, toute l’impasse politique et social qui l’empêche. 

     

    Extrait:

    Je découvris le Karnak par hasard. J’étais allé porter ma montre à réparer, rue Mahdi, et devais la récupérer quelques heures plus tard. Puisqu’il me fallait attendre, je décidai de tuer le temps en admirant les bijoux et bibelots exposés dans les boutiques qui bordaient la chaussée. Ce fut au cours de ma promenade que je tombai sur ce café. Et, malgré son exiguïté et sa situation en retrait de la rue principale, il devint dès ce jour-là mon repaire favori. Il est vrai que j’hésitai un instant sur le seuil, jusqu’à ce que j’aperçoive, assise à la caisse, une femme. Une femme d’un certain âge, mais qui gardait l’empreinte d’une beauté passée. Ses traits fins et nets caressèrent les fibres de ma mémoire et firent jaillir le flot des souvenirs. J’entendis résonner l’écho d’un tambourin, un parfum d’encens titilla mes narines, un corps ondula, celui d’une danseuse orientale! Oui, c’était elle, l’étoile de l’Imad Addine, Qurunfula, la star, le rêve incarné des florissantes années 1940. 

    Éric profite de l'actualité littéraire des dernières semaines pour présenter deux auteurs incontournables. Je soussigné Mahmoud Darwich paru en 2015 aux éditions Actes Sud/l'orient des livres de Ivana Marchalian, comme son titre l'indique est l'occasion rêvée de découvrir le fameux poète. Un livre entretien avec la journaliste libanaise Ivana Marchalian qui réussi à approcher en douceur l'écrivain, encore réticent à donner des entrevues en 1991. La Palestine est au coeur de cette oeuvre immense, ses textes interprétés et chantés par des millions d'arabes dans le monde sont des symboles de la liberté et de la révolution. Mahmoud Darwich décédé en 2008, recevra des obsèques nationales à Ramallah.

    Extrait: 

    Ma mère, c'est ma mère. Si je pouvais défaire sa taille et sa chevelure de la malédiction des symboles, je le ferais. Oui, j'ai laissé mon visage dans son mouchoir, car loin d'elle, je perds mes rêves. Et lorsque, de toute la tragédie qui se déroule dans et autour de mon pays, je ne revendique que le mouchoir de ma mère, je recouvre ma véritable personnalité, une image conforme à ce que je suis et non telle qu'elle a été définie par le grand crime commis dans mon pays d'une part, ni par l'héroïsme d'autre part.

     

    Paru aux éditions Mémoire d'Encrier en 2016. Sur Fanon, le second ouvrage est à porter à l'initiative de Bernard Magnier, journaliste français et conseiller littéraire au théatre du Tarmac à Paris. Lors d'une représentation en 2013 de l'oeuvre de Franz Fanon, Les damnés de la terre, une invitation a été lancée à une trentaine d'écrivains (es):

    Comment parler de l'immense héritage de l'écrivain Franz Fanon aujourd'hui ? Comment nous faire vivre et vibrer à la lecture de ses mots ? Comment faire ressentir la brûlure matricielle de la découverte de ses textes initiatiques ?

    Franz Fanon, c'est cette lumière dans les ténèbres de la colonisation. Mort en 1966, il aura cherché toute sa vie, dans le combat, à libérer l'homme, pour le salut commun. Né en Martinique, résistant de la première dans la France occupée, il sera combattant du côté du FLN algérien.Son oeuvre reste diablement d'actualité. C'est avec ferveur et admiration que ces trente auteurs(es) replacent Franz Fanon dans le débat actuel et de la plus brillante façon possible: du bout de leur plume, originale, personnelle et militante. 

    Extrait:

    Et si Saint-John Perse, autre antillais, m'émerveillait par la beauté de sa poésie et son univers, l'heure était à l'attachement à Franz Fanon qui nous incitait avec son écriture enflammée jusqu'à contester Léopold Sédar Senghor à cause de sa proximité avec le président habib Bourguiba. Ses deux esprits, pères de leur nation, adhéraient à la francophonie, à l'internationale socialiste, se comportaient avec modération à l'égard de l'ancien colonisateur. Sans laisser de place au doute, nos convictions prenaient fait et cause pour Fanon: voilà un martiniquais qui choisit de devenir Algérien par amour de la justice. Grand frère et défenseur des opprimés. Comment ne pas le faire figurer dans notre panthéon ? Fallait-il pour cela sacrifier l'immense poète qu'est Senghor ? Trop pressés pour apprécier les oeuvres à leur juste valeur !

    1 hr 1 min
  • Émission du 9 février 2016
    Mission Encre Noire Tome 16 Chapitre 210 Aujourd’hui à DésOrienté, une émission vraiment spéciale, car Jean-Pierre vous présente Naguib Mahfouz, un des auteurs les plus marquants de la littérature arabe moderne, avec une carrière qui s’étend sur près de 60 ans et qui a donné le jour à plus de 50 romans et recueils de nouvelles, carrière aussi qui lui a valu le Prix Nobel de Littérature en 1988. À l’émission, nous nous penchons sur Karnak Café, paru en langue arabe en 1974 et disponible en français depuis 2010 aux éditions Actes Sud, Babel. L’histoire se déroule au Caire, capitale égyptienne, vers la fin des années 1960, en pleine période nassérienne.  Mahfouz y fait un compte rendu amer du nouveau socialisme arabe, à travers l’histoire de 3 étudiants, trois amis dont la vie bascule après un passage dans les geôles du pouvoir. Roman politique, roman troublant, il demeure un ouvrage d’actualité, 40 ans après sa publication, parce qu’il met en exergue les dissensions au sein d’une société qui, d’une part aspire à une révolution, et de l’autre, toute l’impasse politique et social qui l’empêche. 
     
    Extrait:
    Je découvris le Karnak par hasard. J’étais allé porter ma montre à réparer, rue Mahdi, et devais la récupérer quelques heures plus tard. Puisqu’il me fallait attendre, je décidai de tuer le temps en admirant les bijoux et bibelots exposés dans les boutiques qui bordaient la chaussée. Ce fut au cours de ma promenade que je tombai sur ce café. Et, malgré son exiguïté et sa situation en retrait de la rue principale, il devint dès ce jour-là mon repaire favori. Il est vrai que j’hésitai un instant sur le seuil, jusqu’à ce que j’aperçoive, assise à la caisse, une femme. Une femme d’un certain âge, mais qui gardait l’empreinte d’une beauté passée. Ses traits fins et nets caressèrent les fibres de ma mémoire et firent jaillir le flot des souvenirs. J’entendis résonner l’écho d’un tambourin, un parfum d’encens titilla mes narines, un corps ondula, celui d’une danseuse orientale! Oui, c’était elle, l’étoile de l’Imad Addine, Qurunfula, la star, le rêve incarné des florissantes années 1940. 
    Éric profite de l'actualité littéraire des dernières semaines pour présenter deux auteurs incontournables. Je soussigné Mahmoud Darwich paru en 2015 aux éditions Actes Sud/l'orient des livres de Ivana Marchalian, comme son titre l'indique est l'occasion rêvée de découvrir le fameux poète. Un livre entretien avec la journaliste libanaise Ivana Marchalian qui réussi à approcher en douceur l'écrivain, encore réticent à donner des entrevues en 1991. La Palestine est au coeur de cette oeuvre immense, ses textes interprétés et chantés par des millions d'arabes dans le monde sont des symboles de la liberté et de la révolution. Mahmoud Darwich décédé en 2008, recevra des obsèques nationales à Ramallah.
    Extrait: 
    Ma mère, c'est ma mère. Si je pouvais défaire sa taille et sa chevelure de la malédiction des symboles, je le ferais. Oui, j'ai laissé mon visage dans son mouchoir, car loin d'elle, je perds mes rêves. Et lorsque, de toute la tragédie qui se déroule dans et autour de mon pays, je ne revendique que le mouchoir de ma mère, je recouvre ma véritable personnalité, une image conforme à ce que je suis et non telle qu'elle a été définie par le grand crime commis dans mon pays d'une part, ni par l'héroïsme d'autre part.
     
    Paru aux éditions Mémoire d'Encrier en 2016. Sur Fanon, le second ouvrage est à porter à l'initiative de Bernard Magnier, journaliste français et conseiller littéraire au théatre du Tarmac à Paris. Lors d'une représentation en 2013 de l'oeuvre de Franz Fanon, Les damnés de la terre, une invitation a été lancée à une trentaine d'écrivains (es):
    Comment parler de l'immense héritage de l'écrivain Franz Fanon aujourd'hui ? Comment nous faire vivre et vibrer à la lecture de ses mots ? Comment faire ressentir la brûlure matricielle de la découverte de ses textes initiatiques ?
    Franz Fanon, c'est cette lumière dans les ténèbres de la colonisation. Mort en 1966, il aura cherché toute sa vie, dans le combat, à libérer l'homme, pour le salut commun. Né en Martinique, résistant de la première dans la France occupée, il sera combattant du côté du FLN algérien.Son oeuvre reste diablement d'actualité. C'est avec ferveur et admiration que ces trente auteurs(es) replacent Franz Fanon dans le débat actuel et de la plus brillante façon possible: du bout de leur plume, originale, personnelle et militante. 
    Extrait:
    Et si Saint-John Perse, autre antillais, m'émerveillait par la beauté de sa poésie et son univers, l'heure était à l'attachement à Franz Fanon qui nous incitait avec son écriture enflammée jusqu'à contester Léopold Sédar Senghor à cause de sa proximité avec le président habib Bourguiba. Ses deux esprits, pères de leur nation, adhéraient à la francophonie, à l'internationale socialiste, se comportaient avec modération à l'égard de l'ancien colonisateur. Sans laisser de place au doute, nos convictions prenaient fait et cause pour Fanon: voilà un martiniquais qui choisit de devenir Algérien par amour de la justice. Grand frère et défenseur des opprimés. Comment ne pas le faire figurer dans notre panthéon ? Fallait-il pour cela sacrifier l'immense poète qu'est Senghor ? Trop pressés pour apprécier les oeuvres à leur juste valeur !
    0 min
  • Émission du 26 janvier 2016

    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 209 Au programme de cette émission: Tristan Malavoy publie Le nid de pierres paru en 2015 aux éditions Boréal. Pour son premier roman, l'auteur nous invite en Estrie dans le village qui l'a vu grandir. Traversé de légendes abénaquises aux charmes hypnotiques, il défait peu à peu la toile des secrets tus et emprunte des détours audacieux et poétiques pour découvrir les richesses spirituelles nichés au plus creux de notre territoire.

    Extrait: «Ces dernières années, je passais des saisons entières sans y penser. Instantané tombé au fond de mes souvenirs. Je croyais la page tournée pour de bon. La disparition de notre camarade, en sixième année. La période sombre qui avait suivi. Mais j'aurai dû m'y attendre: tout comme la distance, le temps qui me sépare de cette histoire s'est rétréci comme une peau de chagrin. Le mystère est là, tout près, entier. Je l'entends battre sous mes tempes.»

    Éric présente également Le rêve du retour, un roman de Horacio Castellanos Moya paru en 2015 aux éditions Métailié.C'est au début des années 90 que le gouvernement du Salvador et la guérilla entament des négociations pour mettre fin à la guerre civile. Une occasion rêvée pour Erasmo Aragon, journaliste salvadorien exilé au Mexique pour regagner son pays d'origine. Las, Dans l'attente de son départ, une terrible angoisse le force à consulter d'urgence un étrange médecin, ancienne gloire de la bourgeoisie salvadorienne.

    Extrait: «J'y ai pensé sans arrêt, je me suis dit que c'était idiot, que les événements étaient récents, trop récents, que je ne pourrais pas empêcher de tout déballer quand je serais allongé, hypnotysé et à la merci des questions de don Chente, le mieux était que je l'appelle la veille et que j'invente n'importe quel prétexte pour ne pas venir au rendez-vous, c'est ce que je me suis dit, mais j'ai laissé le temps filer jusqu'au mardi soir sans oser l'appeler, comme paralysé, réellement anesthésié et sans volonté à la suite des événements qui avaient effacé mon week-end et perturbé mon sens de la mesure.»

    Longtemps annoncé et attendu à Mission encre noire, Rescapé, le premier roman de Jean-Pierre Gorkynian est paru en 2015 aux éditions Vlb. Youssef Awad, 29 ans, est un apprenti écrivain. Il empile dans la boîte au pied de son bureau toutes sortes de textes écrits la nuit, dopé, angoissé et parfois jusqu'à l'épuisement. Né québécois d'origine syrienne au pays de l'hiver, Youssef tutoie ses vulnérabilités, courtise les djinns et tente de saisir son impossible muse. Embarquez-donc à bord de son Transiciel pour savourer un premier roman réussi et sélectionné parmi les 10 finalistes du prix Archambault 2016. 

    Extrait: «Je rencontre rarement quelqu'un. Si ce n'est, au hasard, des sirènes. Celles-là, quand je les entends au loin, je le consigne dans mon carnet et je vire de bord. Le soir venu, seul dans l'immensité, je range la grand-voile. Couché sur le pont, je prête l'oreille aux vagues de l'océan qui ramènent sur mon bateau le doux écho de l'infini. À l'aube, je prends le chemin de retour, manoeuvre courageusement le Transiciel contre vents et marées, jusqu'à retrouver les rayons du soleil qui osent se glisser dans ma chambre. Et je prépare le café.»

    1 hr 1 min
  • Émission du 26 janvier 2016
    Mission encre noire Tome 16 Chapitre 209 Au programme de cette émission: Tristan Malavoy publie Le nid de pierres paru en 2015 aux éditions Boréal. Pour son premier roman, l'auteur nous invite en Estrie dans le village qui l'a vu grandir. Traversé de légendes abénaquises aux charmes hypnotiques, il défait peu à peu la toile des secrets tus et emprunte des détours audacieux et poétiques pour découvrir les richesses spirituelles nichés au plus creux de notre territoire.
    Extrait: «Ces dernières années, je passais des saisons entières sans y penser. Instantané tombé au fond de mes souvenirs. Je croyais la page tournée pour de bon. La disparition de notre camarade, en sixième année. La période sombre qui avait suivi. Mais j'aurai dû m'y attendre: tout comme la distance, le temps qui me sépare de cette histoire s'est rétréci comme une peau de chagrin. Le mystère est là, tout près, entier. Je l'entends battre sous mes tempes.»
    Éric présente également Le rêve du retour, un roman de Horacio Castellanos Moya paru en 2015 aux éditions Métailié.C'est au début des années 90 que le gouvernement du Salvador et la guérilla entament des négociations pour mettre fin à la guerre civile. Une occasion rêvée pour Erasmo Aragon, journaliste salvadorien exilé au Mexique pour regagner son pays d'origine. Las, Dans l'attente de son départ, une terrible angoisse le force à consulter d'urgence un étrange médecin, ancienne gloire de la bourgeoisie salvadorienne.
    Extrait: «J'y ai pensé sans arrêt, je me suis dit que c'était idiot, que les événements étaient récents, trop récents, que je ne pourrais pas empêcher de tout déballer quand je serais allongé, hypnotysé et à la merci des questions de don Chente, le mieux était que je l'appelle la veille et que j'invente n'importe quel prétexte pour ne pas venir au rendez-vous, c'est ce que je me suis dit, mais j'ai laissé le temps filer jusqu'au mardi soir sans oser l'appeler, comme paralysé, réellement anesthésié et sans volonté à la suite des événements qui avaient effacé mon week-end et perturbé mon sens de la mesure.»
    Longtemps annoncé et attendu à Mission encre noire, Rescapé, le premier roman de Jean-Pierre Gorkynian est paru en 2015 aux éditions Vlb. Youssef Awad, 29 ans, est un apprenti écrivain. Il empile dans la boîte au pied de son bureau toutes sortes de textes écrits la nuit, dopé, angoissé et parfois jusqu'à l'épuisement. Né québécois d'origine syrienne au pays de l'hiver, Youssef tutoie ses vulnérabilités, courtise les djinns et tente de saisir son impossible muse. Embarquez-donc à bord de son Transiciel pour savourer un premier roman réussi et sélectionné parmi les 10 finalistes du prix Archambault 2016. 
    Extrait: «Je rencontre rarement quelqu'un. Si ce n'est, au hasard, des sirènes. Celles-là, quand je les entends au loin, je le consigne dans mon carnet et je vire de bord. Le soir venu, seul dans l'immensité, je range la grand-voile. Couché sur le pont, je prête l'oreille aux vagues de l'océan qui ramènent sur mon bateau le doux écho de l'infini. À l'aube, je prends le chemin de retour, manoeuvre courageusement le Transiciel contre vents et marées, jusqu'à retrouver les rayons du soleil qui osent se glisser dans ma chambre. Et je prépare le café.»
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Mission encre noire parle de littérature tous les mardis soir en direct à 19h00 sur Choq.ca et vous donne l'envie de lire

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