Oublieuse Postérité

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Oublieuse Postérité episodes

  • EP 37 : RENE DAUMAL - Deux grandes aventures (Le Mont Analogue, 1952)

    Cet épisode est le quatrième d’une série consacrée au Grand Jeu. Il peut être écouté indépendamment des deux précédents.

     

    Le Mont Analogue de René Daumal est loin d’être un roman oublié. Certains le considèrent (plus ou à moins à raison) comme un roman culte ou un chef-d’œuvre. Il est en tout cas un roman très attachant, à la construction symbolique, sous-titré par son auteur-même : roman d’aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques.

     

    Valcrétin de Régis Messac, réédité en 2023 aux Éditions la Grange Batelière, est un roman tout aussi attachant construit d’une manière presque strictement identique à celui du poète du Grand Jeu. Un narrateur raconte l’exploration qu’il mène avec un professeur, d’une île au large du Chili, île inconnue jusqu’alors, sur laquelle on aurait découvert une « population de dégénérés, craintifs et sociables », espèce de nains grotesques, sorte de gibier humain au visage « hideux, affreux, goitreux, déformé, grimaçant avec des yeux exorbités, une bouche en four élargie par un rictus perpétuel, baveuse et sanguinolente. »

     

    Dans le même Pacifique Sud, à quelques milles tout au plus, se trouve l’île sur laquelle se déploie le Mont Analogue, cette montagne sacrée dont l’existence a été conjecturé par Théodore, le narrateur du roman de Daumal, dans un article qu’il voulait presque parodique. Dans ce dernier, après diverses explications d’ordre spirituel, il propose l’existence d’une montagne bien plus grande que l’Everest, celle qui unie Terre et Ciel, à la fois « accessible par sa base mais dont le sommet resterait inaccessible à jamais. » Il croyait faire une boutade mais il reçoit un jour une lettre du professeur Sogol qui croit aussi à l’existence de cette montagne…

     

    Fleur miraculeuse d’un côté, fleur vénéneuse de l’autre. Roman de l’élévation mystique d’une part et de la dégénérescence suprême de l’autre, d’une sortie de la grotte et d’une entrée dans cette dernière, d’un langage dont il faut se délivrer et d’un autre qui se délite, ces deux romans qui n’ont, à ma connaissance, jamais été confronté méritaient qu’on les lie enfin, d’autant plus que leurs conditions de rédaction et leur destin posthume sont très proches…


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    26 min
  • EP 36 : PIERRE MINET - "En dérive vers l'absolu" (La porte noire, 1946)

    Cet épisode, qui est le troisième d’une série consacrée au Grand Jeu, peut être écouté indépendamment des deux précédents. Leur écoute pourrait toutefois lever le voile sur certains aspects ou événements survolés dans ce podcast.

     

    Pierre Minet (1909-1975) surnommé phrère fluet par Roger Gilbert-Lecomte et René Daumal, est le moins connu des simplistes. Il fut toutefois le plus précoce, publiant en 1928, un recueil de poèmes, Circoncision du cœur, un roman, L’homme Mithridate, puis un autre roman, Histoire d’Eugène, en 1930.

     

    Vinrent, de concert ou presque, l’amour et la maladie, qui l’éloignèrent presque irrémédiablement de la littérature. Toutefois, il y revint en 1946 avec un nouveau roman, La porte noire, qui met en scène deux jeunes hommes épris d’absolu, Etienne Ablavet et Julien Molaine (les doubles de Gilbert-Lecomte et Daumal), créateurs de l’éphémères mouvement Agonie en 1924, organe du pessimisme intégral, morts dans l’anonymat le plus total presque aussitôt.

     

    C’est Charles Vadé, qui les connut bien, qui demande au narrateur, nommé Pierre Minet, un écrivain bourgeois (aux antipodes de ce que fut le bohème surréaliste Minet), de mener l’enquête sur les circonstances de la mort d’Ablavet et de Molaine, car lui ne peut plus le faire : il va mourir…

     

    Or, Ablavet et Molaine se sont immergés si bas en eux qu’ils ont découvert, au bord de leur propre conscience, la porte noire, celle qui mène vers l’absolu, celle qu’un rire macabre protège toutefois des simulacres et des ersatz…

     

    D’ersatz ou de véritables poètes « sans forme humaine », il sera aussi question dans Le cheval volant (1943) de René Laporte et Un témoin (1962) de Roger Bésus, deux autres romans qui mirent en scène des poètes « en dérive vers l’absolu » et qui, peut-être, réussirent à passer de l’autre côté de la porte noire, vers…


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    28 min
  • EP 35 : LE GRAND JEU (2/?) - La dislocation (1929-1933)

    Cet épisode est le second d’une série consacrée au mouvement poétique Le Grand Jeu. Il est conseillé d’écouter le premier pour avoir l’entendement complet de la grande et tragique épopée de ces poètes.

     

    Le 11 mars 1929, au bar du Château, André Breton et une vingtaine de surréalistes attendent les membres du Grand Jeu. Le pape du surréalisme, qui a initié cette réunion en prenant pour prétexte le sort fait à Trotski en URSS, ne va pas se livrer à une entrevue de conciliation comme il était initialement prévu mais bien au procès du Grand Jeu.

     

    Il reproche à Gilbert-Lecomte sa posture dans une affaire de tract antimilitariste avec les étudiants de Normal Sup, accuse le groupe entier de mal utiliser le mot « Dieu », accuse enfin, pire que tout, Roger Vailland d’avoir écrit un éloge à propos du préfet Chiappe, « épurateur de la capitale », dans Paris-Midi où il travaille pour subvenir à ses besoins.

     

    Les membres du Grand Jeu son abasourdis. Pour conclure sa tirade, Breton exige de Daumal et Gilbert-Lecomte l’exclusion de Vailland. Ces derniers refusent mais ne défendent pas pour autant leur phrère de toujours. Les mots ne viennent pas. L’amitié bégaye, balbutie… Il ne tombe des bouches que des blocs de honte. Vailland ne réagit pas. Il est anéanti. Ce sera peut-être la plus grande désillusion de son existence.     

     

    Pour autant, les membres du Grand Jeu trouvent des alliés, notamment en la personne de Georges Ribemont-Dessaignes ou encore Robert Desnos. Le tour de force des surréalistes pour détruire ces jeunes poètes qui les concurrencent ne fonctionne que partiellement. Tout pourrait encore fonctionner.

     

    Mais dans l’ombre, des déesses noires s’emparent peu à peu des hérauts du Grand Jeu. L’amour éloigne Pierre Minet, la drogue consume Roger Gilbert-Lecomte, la mystique indienne ravit René Daumal et la désillusion dévore Roger Vailland…


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    26 min
  • EP 34 : LE GRAND JEU (1/?) - Les phrères simplistes (1923/1929)

    On connait bien René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland, on connait moins Pierre Minet, André Delons, Hendrik Cramer, Monny de Boully, André Gaillard, Claude Sernet… Pourtant, tout, de près ou de loin, ont participé à la plus grande aventure métaphysique de la littérature française que fut Le Grand Jeu, cette revue d’avant-garde qui connut trois numéros entre 1928 et 1930.

     

    Ils étaient quatre lycéens à l’origine, quatre phrères simplistes comme ils aimaient à appeler leur groupe : Gilbert-Lecomte, Daumal, Vailland mais aussi Robert Meyrat. Le premier, au regard bleu astral tourné vers l’intérieur, était Coco de Colchyde ou Rog Jarl, le second, sorte de bonze venu de Chine ancienne, Nathaniel, le troisième, timide, apeuré, frêle, François, le quatrième, inquiétant, absolu, Le Stryge…

     

    Ensemble ils ont composé de la poésie et tenté une aventure intégrale jusqu’aux confins de la conscience, à la recherche d’une vérité prénatale qui aurait peut-être sauvé leur innocence. Mais pour parvenir vers cet au-delà qui est autant un en-deçà, il fallait succomber à tout : alcool et drogue, même les plus dangereuses. C’est ainsi qu’on devient un ange aux ailes trop lourdes.

     

    Le 1er mai 1925, lors de la manifestation des travailleurs à Reims, où ils vivent tous, Gilbert-Lecomte et Daumal remarquent un adolescent blondinet plus jeune qu’eux qui ennuie les ouvriers en scandant des slogans de l’Action Française. Ils tombent sous le charme, vont l’accoster. Ils viennent de rencontrer celui par lequel Le Grand Jeu verra le jour, leur cinquième phrère, fifi, le phrère fluet, c’est-à-dire, Pierre Minet.

     

    Cet épisode est le premier d’une série consacrée au Grand Jeu, à ses héros des abîmes, ses œuvres inachevées, ses sacrifiés et ses repentis car « Le grand jeu est irrémédiable ; il ne se joue qu’une fois. Nous voulons le jouer à tous les instants de notre vie. C’est encore à « qui perde gagne ». Car il s’agit de se perdre. »


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    30 min
  • EP 33 : YVES VELAN - Technique et impasse (Je, 1959)

    Yves Velan est un auteur qui publia peu. Entre 1959 et 2018 il n’écrivit que quatre romans dont un publié de manière posthume, Le narrateur et son énergumène, sans cesse retravaillé depuis des décennies. En revanche, il fit paraitre de nombreux textes en revues et journaux, comme l’éditorial marquant du premier numéro de la revue Rencontre en janvier 1950 (mais aussi une critique du roman La jeunesse d’Elias de Pierre Neyrac (!) mais la revue est introuvable…).

     

    Yves Velan fut de ces auteurs intransigeants, durs avec eux-mêmes, écrivant, déchirant, recommençant. Je, qui fut publié au Seuil en 1959, son premier roman, est par exemple, de l’aveu même de l’auteur, la tentative de retranscription romanesque de Crainte et Tremblement de Soren Kierkegaard, la mise en application des théories de Jean-Paul Sartre dans Qu’est-ce que la littérature et une recherche d’efficacité politique dans le sillage de la trilogie U.S.A de John Dos Passos.

     

    Il faut dire qu’Yves Velan est Suisse, du canton de Vaud, ce canton protestant qui parle le Français. Il crève de la pondération de sa région. « Suis-je le seul vivant au milieu d’un peuple de cadavres ? » s’interroge d’emblée Friedrich en se promenant dans Nyon, entre Genève et Lausanne, qui devient bien vite dans l’esprit écartelé de ce pasteur une nouvelle Sodome.

     

    C’est que l’histoire de ce pasteur déchiré par le péché de chair et une aspiration sociale n’est que l’émail du roman. Velan n’a pas voulu raconter le combat d’un homme, sa disgrâce et sa possible rédemption, mais bien voulu écrire le roman qui réveillerait du coma la Suisse romande. Il a avant tout fait acte social et politique avant même de faire don de sa sensibilité.

     

    Y est-il parvenu ? Le roman est-il vraiment « un des livres le plus important depuis la Libération » comme l’a écrit Roland Barthes ou seulement une démonstration de maîtrise et, ce faisant, un roman religieux sans âme ? Cet épisode répond à ces questions tout en les confrontant au roman Le grand scandale d’Hubert Gonnet qui évoque aussi la disgrâce d’un homme d’église.


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    27 min
  • EP 32 : JEAN BLOT - "La littérature est un clair de lune" (Le soleil de Cavouri, 1956)

    OP – Épisode 32 : « La littérature est un clair de lune » (Le soleil de Cavouri (1956), Jean Blot)

     

    En 1920 à Moscou un jeune homme assiste à l’une des dernières lectures publiques du poète Alexandre Blok qui mourra quelques mois plus tard à quarante ans. A la fin de la conférence, ce jeune homme d’à peine vingt ans, ému, timide, s’approche du poète et lui dit toute son admiration, lui avoue qu’il écrit des vers et finit par lui révéler qu’il s’appelle aussi Blokh mais avec un h terminal. Alexandre Block rit gentiment et l’encourage à persévérer. Le jeune homme, en sortant, jure qu’il appellera son fils, s’il devait en avoir un, Alexandre.

     

    La victime de ce complot qu’on pourrait croire ourdi par la littérature elle-même, naitra le 31 mars 1923 à Moscou – erreur grave et irréparable nous dit l’auteur qui aura le bon sens de quitter l’URSS un an plus tard avec ses parents. Voilà donc la famille immigrant à Berlin. Voilà la famille arrivant en France. Voilà Alexandre grandissant dans une école où il a pour professeur Marcel Arland, puis au Royaume-Unis où il commence à apprendre l’Anglais en plus du Français et du Russe.

     

    Alexandre Blokh est Russe et juif. Aussi, quand Hitler déclenche l’opération Barbarossa le 22 juin 1941, lui est sa famille se cachent du côté de Lyon. Surgit alors un cousin, le cousin Margolin qu’évoque Lucien Rebatet dans Les décombre, qui le fait entrer dans la résistance et lui sauve la vie en lui donnant des papiers. Désormais Alexandre Blokh s’appellera Jean Blot.

     

    Alors qu’il est devenu traducteur pour les Nations unies, il va faire paraitre en Français, gardant son nom de guerre, son premier roman grâce à l’aide d’Albert Camus qu’il considèrera toute sa vie comme l’un des plus grands hommes qu’il a rencontré – il a pourtant rencontré des centaines d’écrivains dans sa vie, devenant aussi secrétaire international du Pen club.

     

    Son œuvre très vaste (une quarantaine d’ouvrages), qui va du roman à l’essai, de la biographie au récit de voyage, du poème aux mémoires, est presque inépuisable. C’est au versant romanesque et à deux de ses romans, Le soleil de Cavouri et Obscur ennemi qu’est consacré cet épisode, mes deux romans préférés de l’auteur où la mémoire, la fascination et le mensonge mènent tout droit vers « cet être de l’au-delà (…) qui est l’essence la plus pure de la poésie russe. »

     

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    25 min
  • EP 31 : PIERRE DEBRAY - Une histoire de la boue (Le Dieu des Violents, 1946)

    La postérité de Pierre Debray n’est pas encore éclatante. De l’aveu même de ses meilleurs commentateurs, il manque à l’auteur un livre fort, un livre qui aurait fait date et qu’on n’oublierait pas après sa lecture. Pourtant il en a écrit une dizaine et publié un nombre colossal d’articles dans diverses revues des années 40 jusqu’à la fin de sa vie en 1999.

     

    A vrai dire, sa postérité romanesque est encore plus invisible. En effet, les meilleurs commentateurs (Gérard Leclerc, Axel Tisserand, Humberto Cucchetti…) de Debray s’attachent à son œuvre d’intellectuel, d’essayiste et non à celle du romancier. C’est que Pierre Debray n’écrivit qu’un seul roman, le premier livre qu’il publia, en 1946, à vingt-quatre ans : Le Dieu des Violents.

     

    Ce livre publié au Portulan la même année qu’Heureux les pacifiques de Raymond Abellio est tombé dans un total oubli, pourtant, à bien des égards, il mérite d’être redécouvert, à la fois pour ses qualités (qui sont aussi ses défauts) et pour l’étrange métaphore de l’existence de l’auteur. En effet, le destin de Madeleine contient déjà celui de Pierre Debray.

     

    Elle qui vient d’apprendre le suicide de son frère, Claude, quitte le couvent qu’elle venait d’intégrer et va tout faire pour se livrer à la boue, pour se dissoudre en elle car elle se sent désormais « étrangère à tout » – elle et Claude s’aimaient d’un amour trouble. Elle cherche à arriver au bout d’elle-même, cet absolu macabre, et pour ce faire devra trahir, élevant ainsi la trahison à une sorte d’acte métaphysique par excellence.

     

    Placé sous les tutelles perceptibles de Camus, Bernanos et Malraux, ce roman qui mêle quatre thèmes – psychologique, politique, historique et métaphysique – comme l’écrit Daniel-Rops dans sa courte préface, tente de se frayer une voie singulière à l’ombre de si grands pairs, une voie boueuse, bien sûr, en compagnie d’autres romanciers comme Green, Richaud ou Gonnet.


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    26 min
  • HS 02 : MICHEL DEL CASTILLO - L'ordre et le pardon (La nuit du Décret, 1981)

    Michel del Castillo est décédé en décembre 2024. De père français (comme le titre d’un de ses livres), de mère espagnole, plus sûrement d’abandons sans frontière, c’est Dostoïevski qui deviendra sa seule patrie et ses romans sa famille. Il le rencontre quand il est adolescent, qu’il revient d’un camp en Allemagne, grâce à un religieux. Quand Michel del Castillo aura soixante-ans, il le remerciera dans une sorte d’essai autobiographique intitulé Mon frère l’Idiot.

     

    La nuit du Décret est l’un des romans les moins directement intimes de Michel del Castillo. Du moins en apparence car de nombreux épisodes, bien que transformés par l’auteur, puisent à la même source : la mémoire, souvent hasardeuse, rarement heureuse. Le mince filet qui salit les pages est âcre, amer, boueux. Toute la littérature de Michel del Castillo est ainsi : étouffante, sombre, d’une culpabilité véhémente ou plutôt que la véhémence de l’auteur combat et exalte.

     

    Avelino Pared est sans doute le plus grand policier d’Espagne. On ne peut que louer son talent, sa manière à la fois simple et odieuse d’obtenir les confessions, de prouver une culpabilité dont il est convaincu puisque chaque bête du bon Dieu est fautive. Il croit en la Loi, l’œil de Dieu, et récuse le pardon, la piteuse arme du Christ. L’un et l’autre ne peuvent cohabiter chez un policier.

     

    Santiago Paredo, dit Santi, est muté de Murcie à Huesca, la ville de Pared. Avant même de s’y rendre, Pared commence son travail : il hante de plus en plus le jeune policier. Santi cherche à comprendre cet homme si brillant qu’on peint pourtant comme une sorte de diable. C’est que Santi aussi est un policier qui croit en la loi, c’est qu’il est aussi un homme qui ne peut en regarder un autre sans le soupçonner.

     

    Une vérité immonde se cache dans ce polar métaphysique affreusement sombre, désespéré, implacable. 


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    26 min
  • EP 30 : HENRI POLLES (1/2) - Dans mon capharnaüm (Toute guerre se fait la nuit, 1945)

    Dans son Journal d’un raté, Henri Pollès écrit : « « Il me reste une consolation : je crois que je finirai par détenir le record du plus grand nombre de refus d’éditeurs parisiens. J’attends que des concurrents se présentent ; je les défie tous. Le recordman de l’insuccès. » Il est fort possible que cette formule soit vraie tant ce Breton de Tréguier a écrit, tant il a envoyé, annoncé, sans que le projet ne voie le jour.

     

    Henri Pollès (1909-1984) est un immense oublié des lettres françaises. Son œuvre protéiforme, parfois tragique, souvent historique et politique, tendre, drôle, émouvante et même novatrice voire extrême (dans la forme plus que le fond) a pourtant tout pour satisfaire n’importe quel type de lecteur.

     

    Dans ce premier épisode du diptyque que je lui consacre pour le second anniversaire d’Oublieuse Postérité ce sont principalement son Journal d’un raté, cocasse témoignage de sa vie littéraire et parfois conjugale (mais pas que), et Toute guerre se fait la nuit, puissant roman métaphysique sur la guerre d’Espagne qui retiendront notre attention.

     

    Deux livres aux antipodes l’un de l’autre dans lesquels on retrouve pourtant la même aisance désordonnée, le même goût du bon mot mais aussi un irrémédiable sens du tragique et une grande affection pour ses personnages. Tous ces éléments se retrouvent d’ailleurs dans la vie de l’auteur qui amassa tout au long de sa vie plus de trente-milles ouvrages, brochures et objets qu’il légua à la ville de Rennes quelques années avant de périr dans l’incendie de sa maison…

     

    Destin dramatique, destin presque grotesque à l’image des circonstances éditoriales qui donnèrent simultanément vie et mort à Toute guerre se fait la nuit qui aurait dû gagner le Goncourt.


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  • EP 29 : RENE ROGER - La seconde peau du rêve (Le diapason de l'orage, 1945)

    L’orage ne s’arrête plus. Les eaux montent. Le grand déluge semble vouloir recouvrir la forêt dans lequel le narrateur a trouvé refuge depuis trois ans afin de fuir la civilisation. Un jour, du haut de son observatoire, il remarque un voyageur égaré à l’orée de son domaine. Le narrateur le croit mort mais va tout de même à sa rencontre. Il découvre alors un homme littéralement imbibé d’eau, dont le corps même ne semble plus fait que d’eau.

     

    L’ayant sauvé, ils vont partir à la recherche de Mineline qui vit seule sur la falaise dans son laboratoire dédiée à l’observation et l’étude des espèce marines les plus rares, celles des abysses. L’orage ne cesse toujours pas. Ils partiront ensuite en direction du marais dans lequel s’est replié Murcille, la sœur de Mineline, après avoir vécu quelques années dans un couvent pour se préserver de la tentation.

     

    C’est aux sources gothiques et romantiques qui firent la réputation du Château d’Argol que René Roger va chercher son encre. Maurice Nadeau fut presque le seul à voir en 1945, à la sortie du Diapason de l’orage, la puissance torrentielle de ce roman. Il compara d’ailleurs son auteur à Julien Gracq et écrivit divers articles dont un dans lequel il déplore le fait que « les jurys timorés « ne distingueront pas un auteur qui s’abreuva à une inspiration surréaliste. »

     

    Julien Gracq lui-même évoque ce roman dans ses Lettrines : « Le plus singulier exemple de l’infortune de ces ouvrages que l’auteur attaque brutalement en cosmique majeur est celui d’un livre publié peu après la guerre, injustement négligé à l’époque, et dont j’ai oublié le titre. Il commençait par la description en soixante pages – ruisselante, éclaboussante, superbe, vraiment épique – d’une pluie diluvienne. » René Roger n’a d’ailleurs rien à envier à son style.

     

    Il n’y a plus qu’à construire son arche de lecteur et se lancer sur les flots pour lire, après Au Château d’Argol (et dans une moindre mesure Handji de Robert Poulet) un roman d’inspiration surréaliste très réussi.


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    30 min

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Oublieuse Postérité est un podcast littéraire bimensuel qui s'écoute comme une série d'aventure narrée à la première personne par un naufragé romanesque qui lutte pour sa survie dans un océan sans mémoire qui a englouti toutes ses idoles, océan duquel émergent quelques silhouettes inquiétantes, inconnues et peut-être salvatrices... S'en approchant, le narrateur va découvrir un continent oublié de la littérature du XXème siècle et, ébahi, va partager ces chefs-d'oeuvre pour se venger de l'oublieuse postérité.