🎙Po Na Biso

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By Ebuteli et le Groupe d'étude sur le CongoNewsNews Commentary
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🎙Po Na Biso episodes

  • Listes provisoires des Ă©lecteurs : nouvelle occasion ratĂ©e par la Ceni pour un processus Ă©lectoral crĂ©dible ?

    « En lieu et place d’un affichage, la consultation des listes provisoires des électeurs se fera auprès d’un agent appelé « préposé à l’affichage » affecté à cette tâche au niveau de chaque antenne de la Ceni ». C’est la décision prise par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et rendue publique le lundi 9 octobre. 

    Comment comprendre cette mesure dans un contexte pré-électoral marqué par le manque de confiance envers la Ceni et le processus électoral en général ?


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    4 min
  • PrĂ©sidentielle 2023 : l’opposition arrivera-t-elle Ă  trouver un candidat commun ?


    Il ne reste plus que deux jours avant la clôture du dépôt des candidatures à l'élection présidentielle, prévue le 20 décembre de cette année. À l’heure de l’enregistrement, le vendredi 6 octobre à 17 heures de Kinshasa, 13 candidats avaient déjà déposé leurs candidatures. Celle du chef de l’État, Félix Tshisekedi, est encore attendue. Comment le paysage politique se dessine-t-il à travers les candidats désormais en lice pour la présidence ?

    Bonjour ! Je m’appelle Joshua Walker. Je suis le directeur de programme du Groupe d’étude sur le Congo. Nous sommes le vendredi 6 octobre. Vous écoutez le 39e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer, chaque semaine, un sujet de l’actualité congolaise.

    Les contours de l'élection présidentielle de cette année commencent finalement à se dessiner. Si le président Félix Tshisekedi n’a pas encore officiellement déposé sa candidature, il a déjà été investi le 1er octobre comme candidat officiel de l’Union sacrée de la nation (USN). Qui sont les autres candidats importants ?

    Il y a d’abord Moïse Katumbi, homme d’affaires et ancien gouverneur de l’ex province du Katanga. En 2018, il a été exclu de la présidentielle. Cette année, la proposition de loi dite « Tshiani » –qui vise à interdire à tout Congolais pas né d’un père et d’une mère congolais de devenir président, qui pourrait l'exclure –n’a toujours pas été examinée par l’Assemblée nationale. Bien qu’il ait multiplié récemment des tournées de redynamisation de son parti politique, Ensemble pour la République, Katumbi pourrait surtout s'appuyer sur des relais au sein des regroupements politiques dont il est proche pour essayer de rivaliser avec la grosse machine électorale de l'USN.

    La présence du docteur Denis Mukwege, désormais aussi candidat, risque de changer les calculs. D’abord, il n’a jamais formellement participé à la politique, à la différence des autres candidats majeurs. Inscrit comme candidat indépendant, il bénéficie toutefois du soutien du regroupement politique Alliance des Congolais pour la refondation de la nation (ACRN). Réputé mondialement grâce à son activisme contre les violences sexuelles et ses nombreux prix et distinctions dont le prix Nobel de la paix de 2018, le docteur Mukwege attirera nécessairement une attention de l’étranger sur la transparence et la crédibilité du processus électoral en RDC. Ceci a déjà commencé avec la forte médiatisation à l’échelle internationale de sa candidature. Si sa renommée internationale pourrait constituer un atout pour sa candidature, son défi sera de pouvoir monter une mobilisation en RDC à la même échelle que sa réputation à l’étranger.

    Pour sa part, l’ancien candidat malheureux de 2018, Martin Fayulu, a aussi déposé sa candidature pour le scrutin de 2023. Mais son entrée semble contredire sa position de ne pas déposer les candidatures de ses partisans aux législatives, provinciales et municipales suite au refus de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de procéder à un audit crédible, selon lui, du fichier électoral. Il compte sur sa popularité à Kinshasa et dans certaines autres provinces, mais sa posture sur le processus électoral semble avoir fragilisé sa coalition. Martin Fayulu n’est pas le seul à candidater à la présidentielle sans candidats aux autres élections. Le parti de Marie-José Ifoku, la seule femme jusque là dans cette course, n’a pas non plus présenté de listes à ces autres élections.

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    6 min
  • Pourquoi un nouveau gouverneur militaire au Nord-Kivu

    Le 16 septembre, le général Peter Cirimwami a été nommé gouverneur intérimaire du Nord-Kivu. Cette décision est intervenue après le rappel à Kinshasa du général Constant Ndima qui occupait ce poste depuis plus de deux ans. Comment comprendre cette nomination au moment où une décision du président de la République est attendue sur une possible levée de l’état de siège ?

    Bonjour et bienvenue dans ce 38e épisode de la saison 3 de Po Na GEC">Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC)">Groupe d’étude sur le Congo (GEC), centre de recherche de l’Université de New-York, et d’Ebuteli">Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Je suis Reagan Miviri">Reagan Miviri, analyste sur la violence à Ebuteli">Ebuteli.

    Deux raisons peuvent expliquer la nomination d’un nouveau gouverneur au Nord-Kivu : le massacre de plus de cinquante civils par les militaires à Goma">le massacre de plus de cinquante civils par les militaires à Goma le 30 août dernier et la volonté de donner un nouveau souffle aux opérations militaires.

    En effet, avec le tollé qu’a suscité le massacre, il était politiquement risqué de maintenir le gouverneur Ndima à son poste. Il a été rappelé à Kinshasa à l’issue de l'enquête  menée à Goma par la délégation conduite par le ministre de l'intérieur, Peter Kazadi. Sa possible responsabilité dans cet événement a été mentionnée pendant ladite enquête . En plus d’être gouverneur, il était en charge des opérations militaires au Nord-Kivu. Dans le procès en flagrance sur la tuerie qui se poursuit devant le tribunal militaire et la cour militaire du Nord-Kivu, certaines parties ont demandé sa comparution">certaines parties ont demandé sa comparution en tant que témoin ou renseignant à défaut de le voir comparaître comme prévenu.  

    Pour éviter un vide à la tête de la province, le gouvernement avait deux options : soit un intérim assuré par le vice-gouverneur policier, aux côtés de qui il aurait fallu nommer un militaire chef des opérations. Soit nommer un nouveau gouverneur militaire cumulant la fonction administrative et les opérations militaires. La première option a été envisagée avec la nomination du général Ychaligonza à la tête des opérations. Cependant, le gouvernement ne semblait pas satisfait.. 

    C’est finalement le général Peter Cirimwami qui a été nommé  gouverneur militaire ad interim. Cet officier supérieur originaire du Sud-Kivu a commandé plusieurs opérations au Nord-Kivu depuis des années. Il était notamment commandant des Opérations Sokola I contre les ADF. Il a aussi combattu le M23 en 2012 et lors de la prise de Bunagana en 2022.

    L’une des premières actions du nouveau gouverneur a été de se rendre sur la ligne de front vers Kibumba">Kibumba puis à Mushaki dans le territoire de Masisi d’où il a annoncé le redéploiement des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans cette zone, où elles n’étaient plus présentes depuis le cessez-le-feu de février et l'arrivée du contingent burundais de la force régionale. De retour à Mushaki, les FARDC n’ont pas encore été impliquées dans des affrontements. Cependant, le M23 n’est pas loin et les risques d’accrochages ont augmenté.

    Le gouverneur Cirimwami a, de plus, réuni les leaders de plusieurs groupes armés à Mubambiro. Officiellement, il les a appelés à rejoindre le programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS). Néanmoins ces mêmes groupes ont combattu aux côtés des FARDC contre le M23 et l’armée rwandaise. Cela rend leur démobilisation incertaine tant que ce conflit est en cours.

    Au final, une reprise des affrontements directs entre FARDC et M23 paraît de plus en plus probable. Dans son discours à l’assemblée générale des Nations unies, le président Tshisekedi a écarté toute possibilité de dialoguer avec le M23. Ce mouvement rebelle pourrait essayer de perturber le déroulement des élections pour se faire entendre. Le ministre des Affaires étrangères a enfoncé le clou : si le M23 ne quitte pas Bunagana pour se pré-cantonner, il y aura des actions militaires, a-t-il affirmé.

    4 min
  • Ituri : pourquoi les dialogues de paix ne suffisent pas

    À l'issue du sommet">sommet de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), le 21 avril 2022, les chefs d’États présents avaient décidé de la mise en place de pourparlers de paix entre le gouvernement de Kinshasa et les groupes armés actifs dans l’est du pays. À la suite de cette recommandation, une série de dialogues ont été organisés en 2022 à Nairobi sous les auspices d’Uhuru Kenyatta, l’ancien président kényan.


    Fin mai et début juin 2023, un autre dialogue réunissant quatre groupes armés de l’Ituri a été organisé sous la supervision du général Peter Cirimwami, alors commandant de la 32e région militaire de l’Ituri.

    À  la fin de chacun de ces pourparlers, les groupes armés ont non seulement accepté de renoncer aux violences, mais aussi d’adhérer au Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS). En dépit de ces engagements, sur le terrain, les violences se poursuivent. 

    Bonjour et bienvenue dans ce 37e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo, qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Agenonga Chober, chercheur principal pour les Uélé. Nous sommes le vendredi 22 septembre 2023.

    Il faut rappeler que le processus de Nairobi a été organisé sur fond de la reprise des hostilités du Mouvement du 23 mars (M23).


    Mais, le gouvernement congolais a exclu des négociations directes avec le M23, tout en décidant de poursuivre le dialogue avec d’autres groupes armés. Lors de la troisième session de pourparlers, fin novembre -et début décembre 2022, une feuille de route pour ramener la paix dans l’Est de la RDC et mettre en œuvre le PDDRC-S">feuille de route pour ramener la paix dans l’est de la RDC et mettre en œuvre le PDDRC-S a été adoptée. Parmi les groupes armés représentés à ces pourparlers, trois venaient d’Ituri ">trois venaient d’Ituri : la Force de résistance pacifique en Ituri (FRPI), la Force patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC) et la Coopérative pour le développement économique au Congo (Codeco).

    Ces trois groupes armés se sont engagés dans un autre dialogue de paix à Aru">Aru en Ituri fin mai 2023 où ils ont été rejoints par le Mouvement d’autodéfense populaire en Ituri (MAPI).

    Au terme de ce nouveau dialogue">dialogue, ces groupes armés ont encore une fois accepté de cesser avec les hostilités, d’adhérer au processus DDR, de faciliter la libre circulation des personnes, de leurs biens, et le retour des personnes déplacées.

    Pourtant, quelques jours plus tard, au moins 46 déplacés">46 déplacés du site de Lala en territoire de Djugu ont été massacrés par les rebelles de la Codeco qui poursuivaient les combattants de la milice rivale, Zaïre, qui s’y étaient retranchés. S’en ai suivi des représailles et contre représailles meurtrières de ces deux milices contre les civils.  

    Pourquoi, alors, les violences continuent-elles malgré les différents dialogues de paix ? 

    On peut d’abord relever que la crise du M23 a poussé le gouvernement congolais à dégarnir des positions militaires à Djugu pour renforcer les unités des FARDC au Nord-Kivu. Ceci semble avoir créé un vide sécuritaire que les rebelles actifs en Ituri ont cherché à combler pour à la fois percevoir des taxes et exploiter l’or, ce qui explique leur présence dans la zone minière située au Nord de Bunia en territoire de Djugu.


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    5 min
  • Descente turbulente de Congo Airways : quelles leçons apprendre ?

    Depuis le 11 septembre, le dernier avion opérationnel de Congo Airways est cloué au sol. Désormais, pour relier Kinshasa aux autres provinces du pays, les voyageurs se voient souvent contraints d’emprunter des itinéraires passant par d’autres villes internationales. Pour reprendre ses activités, la seule compagnie aérienne nationale aurait besoin de plus de 30 millions de dollars"> 30 millions de dollars. L’effondrement de Congo Airways, en à peine huit ans d’existence, reflète les dysfonctionnements de la gouvernance en République démocratique du Congo (RDC): gestion défaillante, absence de vision et de priorités claires, et corruption omniprésente.

    Bonjour ! Je m’appelle Jacques Mukena. Je suis chercheur principal en gouvernance à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 36e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New-York.

    Nous sommes le vendredi 15 septembre 2023

    Il y a tout juste un an, Chérubin Okende, ancien ministre des Transports de la RDC, aujourd’hui décédé, décrivait la situation de Congo Airways comme « une faillite qui ne dit pas son nom">une faillite qui ne dit pas son nom ». Ses paroles, loin d’être exagérées, évoquaient les multiples défis auxquels la compagnie était confrontée, que ce soit financièrement, techniquement ou en termes de ressources humaines. À titre d’exemple, en 2017, deux ans seulement après sa création, Congo Airways employait près de 400 personnes">près de 400 personnes - un nombre d’employés disproportionné par rapport à sa flotte de trois avions. En 2021, une enquête">enquête de l’Inspection générale des finances (IGF) avait également révélé des irrégularités marquantes : paiements injustifiés s’élevant à des millions de dollars en faveur de fournisseurs et d’autres entités publiques, détournements de fonds publics, mauvaise allocation des ressources, et une série d’autres problèmes financiers et de gestion.

    Les multiples tentatives pour corriger le cap de Congo Airways, et plus largement du secteur aérien congolais, ont échoué. Il y a d’abord celle de créer une nouvelle compagnie, Air Congo, qui a finalement été mise de côté car ne faisant pas l’unanimité">l’unanimité au sein du gouvernement.

    D’autres efforts, tels que des partenariats envisagés avec Kenya Airways puis la société américaine A&M Development, n’ont pas abouti. L’un des motifs principaux de ces échecs est le lourd passif financier de Congo Airways. À cela s’ajoute une décision gouvernementale de plafonnement des tarifs aériens. Bien que louable en théorie, cette mesure a davantage entravé la rentabilité de Congo Airways, surtout après la suspension des vols réguliers">suspension des vols réguliers pendant trois mois à cause du Covid-19.

    Mais, au-delà de ces défis managériaux et opérationnels se cachait un problème plus profond et plus corrosif, qui caractérise la grande majorité des entreprises publiques congolaises : la corruption. Les révélations de malversations reconnues par Pascale Mwema, ancien directeur général de Congo Airways, concernant des détournements massifs, ont illustré  la dégradation interne. Il ne s’agissait pas simplement d’une entreprise confrontée à des défis opérationnels et financiers conjoncturels ; c’était surtout une entité où la corruption s’était inscrite comme mode de gestion.

    Lorsque les annulations de vols par Congo Airways devenaient répétitifs, il était évident que la compagnie était à bout de souffle. Le reste de sa flotte, déjà clouée au sol pour des raisons techniques, était un signe palpable de la paralysie dans laquelle se trouvait la compagnie aérienne.

     

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    4 min
  • Goma : un massacre et des questions brĂ»lantes

    Sur les vidéos, des soldats de la garde républicaine, surarmés, déplacent plus d’une dizaine de corps ensanglantés de civils. Ce sont eux-mêmes qui viennent de les tuer, avec leurs armes de guerre. Les scènes qui se sont produites à Goma, le mercredi 30 août, dépassent l’entendement. Elles illustrent les profondes défaillances de l’armée congolaise, et de son leadership politique, qui devraient amener à un sursaut.


    Bonjour et bienvenue dans le 35e  épisode de la saison 3 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence à l’Institut Ebuteli, et cette semaine, nous nous intéressons au massacre de civils par des membres de l’armée congolaise à Goma.


    Au centre de cette tragédie, il y a un mouvement politico-religieux présent depuis quelques mois dans la capitale du Nord-Kivu, la Foi naturelle judaïque et messianique vers les nations. Son message, teinté de mysticisme, est ultra-nationaliste. Il appelle notamment au départ de la Monusco, ainsi qu’à celui de tous les étrangers, y compris la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est et des ONGs internationales. 


    Cette secte avait déjà organisé des manifestations à Goma, comme le 30 juin dernier. Des chèvres y avaient été sacrifiées. Certains de ses membres portaient des bâtons et autres armes contondantes. Néanmoins, aucun incident violent n’avait été rapporté.


    Son leader, Ephraim Bisimwa, avait appelé à une nouvelle manifestation, le 30 août, visant notamment les emprises de la Monusco et qui avait été interdite par le maire de la ville. La veille du jour J, il avait réitéré son appel au rassemblement. Le message était à nouveau étrange. Il y évoque le sacrifice de ses adeptes. Mais il ne contenait pas d’appel direct à la violence.

    Pourtant, selon la chronologie que nous avons pu établir, la tuerie de ses partisans a débuté dès 4 heures du matin environ, lorsque la garde républicaine est intervenue à la radio de la secte, pour procéder à des arrestations. Dès cet instant, la répression paraît disproportionnée : au moins six fidèles sont tués.


    Après ce premier incident, un policier, qui ne participait apparemment pas à l’opération, est appréhendé par des fidèles, qui le lynchent. L’essentiel du massacre a eu lieu plus tard, à l’église de la secte, lorsque les soldats de la garde républicaine ouvrent le feu sur les fidèles, incendient l’église, et déplacent les corps des victimes dans ce qui ressemble à une tentative de dissimuler leur forfait.


    Au total, 56 personnes ont été tuées et 75 blessées selon le bilan communiqué par l’auditeur supérieur du Nord-Kivu le 5 septembre. Ce bilan diverge toutefois encore de celui du ministre de l’Intérieur, Peter Kazadi, qui a avancé le nombre de  51 personnes tuées en conférence de presse le lendemain. 


    C’est, quoi qu’il en soit, le massacre de civils le plus important perpétré par les services de sécurité dans l’Est de la RDC sous Félix Tshisekedi.

    Cette ampleur a pourtant tardé à être reconnue par les autorités, ainsi que par la Monusco. Leurs communications ont dans un premier temps minimisé, justifié, voir attribué la responsabilité du massacre à la secte, ou à sa supposée manipulation par le Rwanda. Pourtant, aucune arme de guerre n’a été retrouvée parmi les fidèles. Cela souligne que l’exécutif et la mission de l’ONU se sont laissés, à minima, manipuler par les informations fournies par les FARDC.


    Il a fallu attendre que des vidéos de l’incident soient diffusées sur les réseaux sociaux, remettant radicalement en cause la crédibilité de cette version, pour que le président Tshisekedi décide, à partir du 1er septembre, de l’envoi d’une délégation ministérielle à Goma pour éclaircir l’affaire, et que des militaires soient jugés.


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    5 min
  • Nouvelles mises en place de Tshisekedi dans la magistrature : purge ou calcul Ă©lectoraliste ?

    Six magistrats révoqués, plus de 40 autres démis d’office de leurs fonctions, sans compter les deux cas de démission volontaire et plusieurs mises à la retraite. La série des ordonnances présidentielles lues à la Radiotélévision nationale congolaise, le lundi 28 août, ressemble à un véritable coup de balai dans la magistrature. Est-ce une manifestation de la volonté du président Félix Tshisekedi d’extirper de la justice ses brebis galeuses ? Ou s’agit-il d’une manœuvre politicienne à quatre mois des élections générales ?

    Bonjour,

    Je m’appelle Trésor Kibangula. Je suis analyste et directeur du pilier politique à Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 34e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo, centre de recherche indépendant basé à l’Université de New-York, et d’Ebuteli, son partenaire de recherche en RDC. Chaque semaine, ce podcast donne notre point de vue sur une question d’actualité en RDC.

    Nous sommes le vendredi 1er septembre 2023.

    La révocation récente de six magistrats et la démission d’office de plus de 40 autres de leurs fonctions par Félix Tshisekedi peuvent interroger quant à leurs motivations profondes. Cette série de mesures apparaît comme une réponse à l'urgence de lutter contre la corruption et de rétablir la confiance dans un système judiciaire, très souvent décrié. D'ailleurs, dans ces différentes allocutions, Tshisekedi n’a cessé de clamer son insatisfaction à l’égard du travail de la justice. Dans son discours sur l'état de la nation de 2021 par exemple, le chef de l’État s'est même indigné du fait que la justice n’a pas été à mesure de poursuivre efficacement le travail de l’Inspection générale des finances. Il a même soutenu que la justice « détruit notre nation »">détruit notre nation » dans un entretien avec sa porte-parole.

    Il est cependant difficile d'ignorer le contexte politique dans lequel ces ordonnances présidentielles interviennent. À quatre mois des élections générales, la nomination de nouveaux magistrats dans les cours et tribunaux pourrait avoir des implications majeures sur les contentieux électoraux à venir. Cette dualité soulève la question complexe de savoir si ces décisions sont guidées par une volonté sincère de purification du système judiciaire ou si elles servent d'outil politique pour consolider le pouvoir du président Tshisekedi et influencer les décisions judiciaires à des fins politiques.

    D'un côté, la lutte contre la corruption au sein de la magistrature est une démarche nécessaire pour rétablir l'intégrité et l'efficacité de la justice congolaise. Les efforts pour éradiquer les pratiques illicites et restaurer la confiance du public sont essentiels pour renforcer l'état de droit et promouvoir une société équitable. La révocation des magistrats impliqués dans des affaires de corruption - à l’instar du cas d’un conseiller à la cour d’appel condamné définitivement pour faux en écriture -, ou dans les affaires de viol - cas d’un juge de tribunal de paix ">affaires de corruption - à l’instar du cas d’un conseiller à la cour d’appel condamné définitivement pour faux en écriture -, ou dans les affaires de viol - cas d’un juge de tribunal de paix - pourrait ainsi être considérée comme un signal fort en faveur d'une justice indépendante et éthique.

    D'un autre côté, la question de savoir si certaines de ces mesures sont également motivées par des considérations politiques doit être prise en compte. Le renforcement de l'appareil judiciaire à l'approche des élections peut être perçu comme une tentative d'influencer le processus électoral en contrôlant les organes chargés de trancher les contestations électorales aux niveaux national, provincial et local. Déjà la composition de la Cour constitutionnelle - juridiction chargée de trancher les contentieux de la présidentielle et des législatives - est contestée par l'opposition politique qui réclame, depuis 2020, sa restructuration. 


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    6 min
  • Avons-nous besoin d’une nouvelle Constitution en RDC ?

    Samedi dernier, le professeur Isidore Ndaywel a présenté le projet d’une nouvelle Constitution de la République démocratique du Congo. Cet historien, aussi connu pour son rôle à la tête du comité laïc de coordination dans les mobilisations pour le respect de la Constitution, justifie sa proposition par le constat de la crise démocratique persistante, « le pillage sauvage des ressources » et la menace à l'intégrité du pays. Pour Ndaywel, cette nouvelle Constitution répond au besoin « d’assurer la sauvegarde de la Nation et marquer un tournant décisif dans le cheminement [des Congolais]». Mais est-ce opportun aujourd’hui de faire cette proposition ?

    Bonjour! Je m’appelle Fred Bauma. Je suis analyste et directeur exécutif d'Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence. Vous écoutez le 33e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio d’Ebuteli et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de l’Université de New-York.

    Ce n’est pas la première fois que le professeur Ndaywel se livre à cet exercice. En février 2020, il avait déjà avancé l’idée d’une révision constitutionnelle sans pour autant mettre l’accent sur le mandat du président de la République qui suscite beaucoup d’attention en RDC, comme dans d’autres pays africains.

    En fait, cette nouvelle proposition de Ndaywel a deux mérites : elle ramène l’intellectuel congolais au centre de l’animation du débat politique, dans un pays où le débat public est dominé par des querelles politiciennes. Ndaywel propose aussi des solutions claires, quoique discutables. En effet, dans l’introduction qui accompagne la proposition et qui est publiée dans la revue Congo-Afrique, Isidore Ndaywel revient sur les défis politiques, économiques et sécuritaires auxquels fait face la RDC depuis plusieurs années. En proposant une nouvelle constitution, il offre une opportunité de débattre sur la structure de l'État congolais et son objet ultime. Ndaywel s'inscrit ainsi dans la même ligne que Delly Sesanga, qui, au lendemain des élections contestées de 2018, introduisit une pétition de révision constitutionnelle">pétition de révision constitutionnelle. « Il y a des faiblesses, nous souhaitons les corriger, pas détricoter les textes », déclarait">déclarait Sesanga en 2019.

    Cependant, la question de la révision constitutionnelle et a fortiori celle d’une nouvelle constitution est un tabou au sein de l’opinion congolaise et de la classe politique. Pas par désaccord sur la réalité des dysfonctionnements de l'État et nécessité de grandes réformes des institutions, mais par crainte que le débat constitutionnel ne soit instrumentalisé au bénéfice d’un camp politique et contre l’intérêt général. Cette crainte est d'autant plus grande lorsque le débat constitutionnel survient en période électorale. Comme le reconnaissent les éditeurs de la revue Congo-Afrique, la proposition Ndaywel « coïncide hélas avec une certaine rumeur au sujet d’une éventuelle Constitution en cours d’élaboration par le parti au pouvoir ». Plutôt que de renforcer la cohésion nationale et de conduire à un débat republicain sur l’avenir de notre commune patrie, la proposition Ndaywel risque donc d’être perçue, à tort ou à raison, comme une proposition partisane, dont le but est de servir les intérêts d’un camp politique. La proposition d’instaurer un double et unique mandat présidentiel de neuf ans risque de renforcer cette perception et cristallise toute l'attention. Ceci pourrait être vu comme une manière d’offrir au président actuel un troisième ou même un quatrième mandat.

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    5 min
  • RDC : le dĂ©but de la fin de l'Ă©tat de siège ?

    Ce mercredi, une table ronde réunissant des représentants de l'Ituri et du Nord-Kivu a annoncé une proposition unanime : la levée de l'état de siège. Ils ont transmis ce message au président Félix Tshisekedi, qui décidera alors de la voie à suivre. Que faut-il penser de cette réunion et de son résultat ?

    Bonjour et bienvenue dans ce 32e épisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) et d'Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d'éclairer un sujet d'actualité en RDC. Je suis Jason Stearns, directeur du GEC. Nous sommes le vendredi 18 août 2023.

    La table-ronde sur l'évaluation de l'état de siège, qui était attendu depuis longtemps, a été convoquée par le président Tshisekedi et animée par son premier ministre Sama Lukonde. L'état de siège est impopulaire, en particulier dans ces deux provinces - dans un sondage GEC/Ebuteli/BERCI de janvier de cette année, 86 % des répondants de l'Ituri et 74 % de ceux du Nord-Kivu ont déclaré que la situation n'avait pas changé ou s'était aggravée depuis la proclamation de l'état de siège en mai 2021. Face à ce mécontentement, il est clair que le gouvernement a pris l’initiative de cette table ronde parce qu'il est prêt à envisager l'abandon de l'une de ses initiatives phares">l'une de ses initiatives phares. Il avait initialement justifié cette situation exceptionnelle  en disant qu'il ne faisait que répondre aux demandes des élus  de ces provinces.  Il est probable que ces assises serviront également de couverture au changement de cette mesure.

    Est-ce que l'état de siège a donc été un échec ?

    Selon le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), un projet du GEC et d’Ebuteli, les niveaux de violence dans ces deux provinces sont aussi élevés qu'ils l'ont été depuis le début du projet en 2017. Au Nord-Kivu, en grande partie à cause de l'émergence du M23, le nombre d'assassinats de civils a été 46 % plus élevé au dernier trimestre 2022 que la moyenne de 2020, qui était déjà une année violente. En Ituri, où le Baromètre a commencé son travail juste avant l’instauration de l'état de siège, la violence a connu une escalade spectaculaire au cours de la première année du régime militaire, suivie d'un déclin puis d'une recrudescence au début de l'année 2023. Quelles que soient les causes complexes et multiples de ces tendances, il est clair que l'état de siège n'a pas pu arrêter cette spirale. Au vu des rapports faisant état de détournements massifs de fonds et du soutien apporté par les FARDC aux groupes armés, il semble que le gouvernement ait même aggravé le problème.

    L'état de siège était une réponse inadaptée au problème de la violence dans l’est. Il a consisté principalement à restreindre les libertés civiles et à remplacer les administrateurs par des militaires. Mais la violence à l'Est n'a jamais été causée par un excès de libertés, ni par des autorités civiles nuisibles. L'un des principaux moteurs de la violence – la corruption rampante et les rackets au sein des forces armées - n'a été qu'exacerbé par le manque de redevabilité et de transparence qui a accompagné le régime militaire dans les deux provinces.

    Au contraire, il est probable que Tshisekedi ait pris ces mesures spectaculaires en partie comme un geste symbolique, pour signaler qu'il est prêt à prendre des mesures radicales pour faire face au conflit. C'était également un moyen de s'attirer les faveurs des hauts gradés de l'armée, un groupe qui devait ses positions et ses rangs en grande partie à son prédécesseur et rival, Joseph Kabila.

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    4 min
  • RDC : la guerre du M23 se poursuit entre groupes armĂ©s

    Depuis le déploiement des contingents de la force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est  (EAC) dans le petit-nord de la province du Nord-Kivu au mois de février 2023, il y a eu très peu d’affrontements directs entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et le Mouvement du 23 mars (M23).

    Mais cela ne veut pas dire que le conflit est à l’arrêt. Désormais, l’essentiel des combats a lieu entre les rebelles du M23 et d’autres groupes armés.

    Pourquoi ce choix tactique ?

    Bonjour et bienvenue dans ce 31e épisode de la saison 3 de Po Na GEC">Po Na GEC, capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC)">Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ébuli institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente chaque semaine d’éclairer un sujet d’actualité en RDC. Je suis Henry-Pacifique Mayala, coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Nous sommes le vendredi 11 août 2023.

    Depuis le mois d’avril, le M23 concentre la majorité de ses troupes dans les chefferies de Bwito et Bashali à plus de 70 kilomètres au nord-ouest de la ville de Goma, près des territoires de Walikale et Lubero. Cette zone apparaît comme un nouvel épicentre de violences alimentées par le M23. Sa principale position est établie à Kibarizo, dans le territoire de Masisi. A 4 heures de marche de là, à Miyanja, les FDLR ont récemment établi un de leurs nouveaux bastions.

    Le plus récent incident est survenu le matin du dimanche 6 août lorsque les combattants M23 ont attaqué le village de Katsuba en encerclant les sous villages de Marangara et Runzenze dans la chefferie de Bwito où ils ont tué onze personnes dont neuf civils et deux combattants FDLR.

    Cette nouvelle dynamique semble démontrer que la principale cible du M23 est désormais les FDLR,  et les groupes armés alliés issus de la communauté hutu. Depuis le déploiement des forces de l’EAC en février, le KST a documenté au moins 42 attaques lancées par le M23  contre des Nyatura CMC  tandis que les groupes armés hostiles au M23 l’ont attaqué à 23 reprises. Au total, au moins 111 civils ont été tués dans la zone.

    Pourquoi ce revirement dans les dynamiques de conflit Ă  l'est de la RDC ?

    Alors que les confrontations directes entre les FARDC et le M23 sont très peu envisageables, au moins pour l’instant, du fait de l’interposition de la force régionale de l’EAC, le conflit semble se poursuivre entre groupes armés.

    Ceci interpelle sur la  pertinence du mandat et l'efficacité des forces de l’EAC dans la résolution de ce conflit.

    Il est possible que le M23 mène cette campagne contre les FDLR et ses alliés à la demande de son parrain rwandais.

    On peut aussi se demander si, en l’absence de perspective de règlement politique du conflit, le M23 n’a pas pris le parti de défendre directement ses intérêts.

    À l’instar de Miyanja, plusieurs autres villages proches des zones de déploiement du M23 revêtent une importance historique pour la communauté tutsie qui y a vécu. Certains des réfugiés tutsis congolais actuellement au Rwanda affirment être originaire de cette zone. Si leur retour était envisagé, ils pourraient vouloir y revenir, dans le cas où les FDLR en seraient chassés.

    La réponse exacte à ces questions demeure dans la tête de Sultani Makenga, le chef militaire de cette rébellion.

    En attendant la suite, vous pouvez recevoir Po Na GEC sur votre téléphone, chaque vendredi, en envoyant « GEC » ou « Ebuteli » au +243 894 110 542.  À la semaine prochaine.


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    5 min

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Chaque vendredi, Ebuteli et le Groupe d'étude sur le Congo (GEC) vous proposent « Po Na Biso (anciennement Po Na GEC) ». Il s’agit d’une capsule audio en format court (4 minutes maximum) qui résume, explique et donne le point de vue du GEC et d'Ebuteli sur les questions d’actualité en République démocratique du Congo.

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