En Europe, des milliers de décharges oubliées continuent de hanter les paysages… et de polluer silencieusement. Selon une vaste enquête menée par Reporterre avec The Guardian, Investigate Europe et Watershed Investigations, au moins 28 % de ces anciens dépôts de déchets seraient situés en zones inondables. Un chiffre alarmant, quand on sait que ces sites relarguent métaux lourds, microplastiques et substances toxiques dans l’eau et les sols.
Une étude de 2021 estime qu’il pourrait exister jusqu’à 500 000 décharges oubliées en Europe. Faute de cartographie officielle fiable, des journalistes et chercheurs ont entrepris un travail inédit : croiser bases de données, enquêtes de terrain et prélèvements. Résultat : plus de 61 000 décharges géolocalisées, dont près d’un tiers exposées aux inondations. Un risque qui augmente avec le changement climatique, comme le rappelle Kate Spencer, professeure de géochimie environnementale à l’université Queen Mary de Londres : des dizaines de milliers de sites potentiellement non étanches peuvent contaminer les eaux souterraines, les rivières et, à terme, la chaîne alimentaire.
En France, l’ampleur est tout aussi préoccupante. En agrégeant différentes bases, les enquêteurs ont pu localiser précisément 23 400 décharges connues ou oubliées. À cela s’ajoutent environ 8 000 autres, dont la localisation exacte reste inconnue, même pour le BRGM. Selon les estimations, l’Hexagone compterait entre 35 000 et 105 000 décharges communales historiques, fermées entre 1994 et 2005. Une note confidentielle de l’époque de Valéry Giscard d’Estaing évoquait déjà 40 000 sites.
Jusqu’en 2005, beaucoup de communes se contentaient de « réhabiliter » ces décharges sous une simple couverture de terre, parfois sans réelle étanchéité, explique Hélène Roussel, cheffe de projet à l’Agence de la transition écologique. Aujourd’hui, avec la montée des eaux, les déchets refont surface. « Il faudrait dépolluer, et vite. Mais en dehors du littoral, aucun programme national n’est prévu », alerte-t-elle.
Le danger le plus immédiat s’appelle le lixiviat : un liquide toxique issu de la dégradation des déchets, chargé selon les cas de métaux lourds, microplastiques, amiante, PFAS — ces polluants persistants surnommés “polluants éternels” —, pesticides ou résidus médicamenteux. En cas de pluie ou d’inondation, ce cocktail s’infiltre dans les sols, les rivières, parfois jusque dans l’eau potable. En Europe, au moins 9 400 décharges seraient situées dans des zones de captage d’eau potable ; 2 300 en France.
Contactés, le ministère de la Transition écologique, la Commission européenne et le BRGM n’ont pas répondu aux questions.
Les Déchéticiens
Rapport
Carte des décharges européennes
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