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Or


Le culte des ancêtres est un commun culturel à de très nombreuses cultures du continent africain. Celui-ci aurait été diffusé lors des migrations bantoues qui eurent lieu à partir de 1500 avant Jésus Christ. Dans le cas du nord du Mozambique, la culture bantoue se serait imposée lors de la dernière phase de leur exposition, au cours du premier millénaire après Jésus Christ.
« La transe (transport spirituel) est un état modifié de conscience impliquant d'abord un dédoublement, le vécu d'une division ou multiplication de personnalité (corps/âme, esprit propre/esprit étranger...), ensuite un automatisme psychologique, l'impression de subir certains phénomènes psychiques (autonomie de l'âme, incorporation d'un esprit...) » (Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, 2008)
« Elle (la transe) correspond grossièrement à une sorte de « décharge énergétique », impliquant un vécu de rêve éveillé et un décrochage par rapport aux modes ordinaires de communication et de présentation du soi. Le champ sémantique et sociologique de ce phénomène est large : les conduites d’altération de la personnalité, susceptibles de traitements psychiatriques, la possession ou les expériences chamaniques dans les sociétés traditionnelles, la suggestion hypnotique ou la dissociation. À certains égards, les expérimentations médiumniques, spirites ou télépathiques, associées à la sorcellerie, à la magie et à diverses formes d’ésotérisme ont été et sont encore des pratiques interférant avec ce processus et baignant dans des systèmes de représentations et des doctrines. (…) Les rituels favorisant l’activation d’états seconds de la conscience et du corps sont en relation avec plusieurs formes de sociabilités, qu’elles soient urbaines, rurales, modernes ou traditionnelles, et différents niveaux de la pensée sociale (opinions, attitudes, représentations, croyances, idéologie, doctrines, mythes) » JM Seca, La pensée sociale, 2009
Le rituel du Mokutcho a évolué au cours du temps. La cérémonie à laquelle j’ai eu l’opportunité d’assister est le produit des évolutions de l’histoire et des changements successifs des contextes.
Les traditions Lomwé ont été influencées par les différentes phases de l’histoire que le territoire de Zambézia a traversé, des invasions arabes au XVeme siècle à la colonisation portugaise au XIXeme siècle pour finir sur la période de mondialisation actuelle.
Une illustration de ces changements successifs se trouve dans l’évolution du sacrifice au cours du temps. Les doyens Lomwé racontent que leurs grands-parents avaient assisté à des sacrifices humains dans le cadre du Mokutcho ou lors d’enterrements d’autorités coutumières. Le sacrifice d’animaux sauvages capturé lors des chasses villageoises semble avoir été la norme au cours du siècle passé. Avec l’interdiction progressive de celle-ci (à partir des années 1930) et surtout suite au déclin des population non-humaines du parc (années 1980/1990), le sacrifice a été contraint de se réinventer. Les dons alimentaires sont aujourd’hui sa forme ultime.
Le sacrifice est une manière d’établir un lien entre les mondes sensibles et spirituels. Traditionnellement chez les Lomwé il était associé à la mort, la passerelle entre les deux mondes était donc à ce moment-là lisible. Dans sa forme actuelle, ce lien est moins évident mais le sens de cette action reste inchangé.
"Le sacrifice permet donc de forger un rapport de contiguïté entre des entités initialement dissociées, une opération utile dans une ontologie analogiste où tous les existants sont des singularités entre lesquelles des passerelles doivent être établies. En effet, l’analogisme joue en permanence sur cette nécessité d’établir des relations, des connexions dans un monde où elles sont friables et transitoires." P.Descola, 2015
Ressources bibliographiques:
Entretien de P.Descola
Les chefs coutumiers des communautés de la zone tampon sont nommés par les autorités publiques pour des mandats à durée indéterminée. Ces « lideres » communautaires occupent un rôle traditionnel en même temps qu’un rôle de représentant de l’autorité publique.
Un des fondements de la guerre civile du Mozambique (1977-1992) a été l’opposition entre les valeurs « modernes » d’obédience communiste portées par la jeune génération de S.Machel du sud du pays et les pensées plus traditionnalistes des ethnies du nord du pays.
Une manière de garantir la paix et l’unité du pays a été la fusion entre les structures modernes mises en place par le FRELIMO à la suite de l’indépendance et la construction des sociétés traditionnelles. La figure des « régulos », ces chefs coutumiers érigés au rang de garant locaux de l’autorité de l’Etat est à ce titre emblématique : ils ont été intégrés à l’appareil d’état à la suite de la guerre alors même qu’ils s’opposaient à celui-ci au cours du conflit. Leur nomination a été une manière de garantir la paix sociale.
La présence des régulos lors de cette cérémonie illustre cette double dimension de leur fonction : ils portent le costume fourni par le pouvoir mais participent à une cérémonie renvoyant aux cultes ancestraux.
La musique est le liant entre le monde sensible et spirituel. Plus le moment de la communication entre les deux mondes se rapproche, plus celle-ci prend de l’importance. Les refrains lancinants qui sont entamés, le sifflement régulier du sifflet et les flots de paroles basses s’accordent avec les échos étouffés qui se perdent dans la pierre sombre. La musique donne une tonalité mystérieuse à cette attente.
Les inselbergs sont des reliefs isolés escarpés qui dominent un paysage. Dans le parc National de Gilé ces derniers sont en granit.
Leur présence ancestrale joue en rôle culturel important dans l'imaginaire des communautés de la zone tampon. Au cours des guerres d’indépendance et civile ils servaient de repères aux réfugiés cachés dans le parc et d’objectif d’attaque pour les différentes forces en présence. Cependant de nombreuses formations rocheuses sont réputées comme enchantées, celles-ci se dérobant fortuitement aux yeux des divers attaquants. Ainsi, l’emplacement de Nipale était une énigme pour une majeure partie de la population. Ce n’est que récemment que les cérémonies traditionnelles y ont lieu ouvertement et qu’y sont conviés des personnalités aux affinités différentes des communautés de Malema.
La végétation qui pousse sur les inselbergs est différente de celle qui pousse dans le miombo. Celle-ci est capable de pousser dans des milieux plus pauvres et moins propices à la vie. Elle profite de toutes les aspérités pour croître et capter les nutriments accumulés dans les rainures de la roche. Le minéral offre un support unique à cette végétation.
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