Pour Augustin Grandgeorge, responsable des initiatives développement au Forum de Paris sur la paix, "il ne s'agit absolument pas d'être alarmiste." Contrairement à une situation comme celle de 2022, où les "stocks de blés Ukrainiens étaient bloqués et où on a eu des chocs immédiats", "les stocks céréaliers sont bons". "Le prix du riz a même baissé", précise Marion Jansen, " et le soja a juste augmenté un tout petit peu".
Les deux invités s'accordent sur l'idée qu'il "faut faire attention aux mots". "Un banquier central ne parlera jamais d'inflation", ajoute la Directrice de la direction des échanges et de l'agriculture à l'OCDE. Ce genre de prophétie autoréalisatrice serait d'autant plus grave "sur les prix alimentaires, où l'effet serait encore pire". "Nous préférons certainement utiliser le mot d'incertitude", dit-elle encore, "mais pas seulement alimentaire, l'incertitude est plus large, car le fait le plus immédiat, c'est sur les prix du pétrole, donc ça affecte toute l'économie." Et l'autre facteur, ajoute Augustin Grandgeorge, "c'est le coût des engrais", qui sont "des dérivés, en grande partie, du gaz et du pétrole."
Le système-monde de l'engrais
En effet, "tout producteur de gaz peut être un producteur d'engrais azoté", ces dérivés d'ammoniaques "sont eux-mêmes des dérivés de gaz naturel liquéfiés", explique le spécialiste. Et, d'après Marion Jansen, si certains pays comme les Etats-Unis "en font aussi, mais l'utilise chez eux", nombre de pays du golfe sont à la fois "producteurs et exportateurs, parce qu'ils ne produisent pas des produits agricoles". Quant aux "engrais phosphatés, notamment marocains", leur production dépend du souffre, "Un résidu du pétrole quand on le raffine". Or, "50% du souffre mondial est produit dans cette région-là, autour du détroit d'Ormuz."
Or, dans ce système agricole interconnecté, les plus à risque sont "les pays du Sud, principalement d'Afrique de l'Est et d'Asie du Sud-Est". Dans le cas de l'hémisphère Nord, Marion Jansen explique que les engrais étaient "déjà utilisés avant la crise d'Hormuz : si nous avons la chance d'une bonne récolte, alors ça ira pour les prix aussi". Mais dans le cas de pays comme "le Yémen, le Soudan du Sud, le Nigeria ou la Somalie", contraste Augustin Grandgeorge, "on aura besoin de ces engrais dans les prochaines semaines, les prochains mois". Si le détroit n'est pas débloqué, les projections les plus alarmistes évoquent un effondrement des rendements céréaliers de près de 50% dans certaines régions, et l'exposition possible de 45 millions de personnes à une insécurité alimentaire aigüe.
Références sonores de l'émission :
Lily Albino Akol, ministre de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire du Soudan du Sud, fait état de la sécurité alimentaire du pays - AFP – 29 avril 2026.Nicolas Baverez, économiste et essayiste, sur les risques de pénuries dans le monde - Boursorama – 27 avril 2026.En 2024, Marc Fesneau, alors ministre de l'Agriculture, parlait de l'agriculture comme "arme géopolitique" - Europe 1 – 2 février 2024.