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C’est en compagnie de Piotr Tchaïkovski que Radio Classique vous propose de passer la soirée de ce dimanche.
Né en 1840 et décédé en 1893 à l’âge de 53 ans, Tchaïkovski s’est livré totalement dans toutes ses œuvres. Il a aussi un été un éternel insatisfait : « J’ai passé toute ma vie à regretter le passé et à espérer en l’avenir, n’étant jamais satisfait du présent » a-t-il dit. Vous pourrez entendre ses principales œuvres, de son Scherzo à la russe, son opus 1 joué par Alexandre Kantorow, à l’une de ses dernières œuvres, la Symphonie n°6 « Pathétique » dans l’interprétation de l’Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé par Herbert von Karajan en 1984.
Au programme également de cette soirée, Roméo et Juliette, Ouverture-fantaisie par l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg dirigé par Vladimir Ashkenazy, la Suite d’orchestre du Lac des Cygnes par l’Orchestre Symphonique de Chicago sous la direction de Sir Georg Solti en 1988, ou encore les célèbres Polonaise et Valse d’Eugène Onéguine par la Staatskapelle de Dresde sous la direction de James Levine, ainsi que le Concerto pour violon par Maxim Vengerov avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Claudio Abbado. Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez.
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C’est au début du mois, les 2 et 3 octobre, que l’Orchestre national de Lille a fait sa rentrée sous la direction de Joshua Weilerstein.
L’invité de ce concert d’ouverture était Bertrand Chamayou qui a interprété le Concerto pour la main gauche de Ravel. Cette soirée proposait également un détour par New York avec les Three Dances Episodes de la comédie musicale On the Town de Bernstein et Harlem de Duke Ellington. Elle s’achevait par le mythique Oiseau de feu de Stravinsky. Ce concert enregistré au Casino Barrière de Lille sera présenté par Laure Mézan.
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Un tableau peint au début du XVIIIe siècle, représentant un opéra de Jean-Baptiste Lully à l’Académie royale de musique de Paris, sera proposé aux enchères par Christie’s le 18 novembre. Il s’agit d’une très rare iconographie permettant de découvrir l’intérieur de ce théâtre, ancêtre de l’Opéra de Paris, détruit par un incendie en 1763.
En 1673, après la mort de Molière, sa troupe est contrainte de quitter la salle qu’elle occupait au théâtre du Palais-Royal à Paris. Jean-Baptiste Lully, qui avait la mainmise sur la musique sous Louis XIV, décide alors d’y installer l’Académie royale de musique dont il avait le privilège depuis 1672. Lully fait transformer la salle par Carlo Vigarani qui l’aménage en s’inspirant des théâtres d’opéra italiens.
L’architecte et scénographe italien s’attaque d’abord à la scène dont il agrandit le proscenium, installe des cintres ingénieux tandis qu’au sol des trappes sont aménagées. Il prévoit aussi une fosse spacieuse pour l’orchestre. Côté salle, il aménage trois espaces destinés au public : le parterre, derrière lequel il fait construire un amphithéâtre en bois avec des banquettes (pour les spectateurs assis), et trois rangs de loges.
Les recherches de la musicologue Barbara Nestola suggèrent que le tableau, mis en vente par Christie’s le 18 novembre à Paris, illustre une représentation de Bellérophon, l’opéra de Jean-Baptiste Lully sur un livret de Thomas Corneille et Bernard de Fontenelle. Cette oeuvre, réalisée par un peintre non identifié au début du XVIIIe siècle est un témoignage rare, puisque jusqu’à présent, la seule iconographie permettant de connaître l’intérieur de la salle de l’Académie royale de musique, détruite par un incendie en 1763, est un tableau de Gabriel de Saint-Aubin peint en 1761.
L’œuvre proposée par la maison de vente parisienne dans le cadre d’une nouvelle édition de « The Exceptional Sale », présente une composition qui accorde la même place tant à la scène qu’à la salle. Selon Barbara Nestola, elle donne ainsi un aperçu détaillé des différentes parties du théâtre, de droite à gauche : la scène (l’acte III, qui se déroule dans le vestibule du temple d’Apollon avant le sacrifice), où se tiennent les interprètes; la fosse, où se situe l’orchestre; le parterre, où sont les spectateurs debout; les loges, où trouvent place les spectateurs assis.
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Le tableau montre également avec brio cette vivacité côté public, presque en juxtaposition avec les postures statiques des chanteurs sur la scène. Le regard des spectateurs ne converge d’ailleurs pas collectivement vers cette dernière.
Le public pourra découvrir gratuitement cette œuvre, estimée à 40.000 euros, du 13 au 18 novembre chez Christie’s, 9 avenue Matignon (Paris 8e)
Philippe Gault
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La motion de censure déposée par La France insoumise n’a pas réuni les voix nécessaires pour renverser le gouvernement. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a échappé à la censure à 18 voix seulement. Invité de la matinale, Dominique Reynié, politologue, livre une analyse de la situation politique française et du rôle désormais affaibli d’Emmanuel Macron.
Pour Dominique Reynié, la crise dépasse le simple rapport de force entre majorité et opposition. Elle révèle un épuisement du système politique : « Aujourd’hui, nous avons un pouvoir présidentiel qui n’a plus aucune assise : il n’a pas de majorité, il n’en aura pas dans le futur, il n’a aucun soutien de l’opinion… Son Premier ministre reconnaît lui-même qu’il ne peut pas vraiment exercer le pouvoir et s’en remet à des députés incapables de former une majorité. En quelque sorte, nous sommes pour la première fois dans une situation où le pouvoir se vide. » Un vide institutionnel inédit, selon lui, où ni le président, ni l’Assemblée, ni les partis ne semblent en mesure d’exercer une autorité politique réelle.
Chaque formation agit désormais en électron libre, sans stratégie commune ni capacité de gouverner : « Aucun parti politique ne peut prétendre maîtriser la situation ou orienter la politique du pays. Tout est laminé. » Cette impuissance collective ouvre la voie à un risque majeur : le désengagement massif des citoyens. « Le risque est que les Français considèrent qu’il n’y a plus aucune issue du côté de la politique organisée et institutionnalisée. Elle fonctionne sans nous, sans majorité, sans appui du président élu. »
Selon Dominique Reynié, ce que la France vit actuellement ressemble à l’effondrement du modèle politique de la Ve République. « C’est la fin d’une pièce centrale qui était un pouvoir politique fort, placé entre les mains de certains par le suffrage universel, et répondant devant les électeurs. Tout ceci est littéralement épuisé aujourd’hui. » Pour le politologue, l’élection présidentielle, censée être le cœur battant du système, en est devenue le poison : « elle empêche tout compromis, elle amène tous les acteurs à jouer pour eux-mêmes, seuls, une partition totalement narcissique. »
L’absence de censure, loin d’être une victoire pour le gouvernement, illustre selon l’invité de David Abiker un « accord de survie » au détriment du pays : « l’accord de non-censure se fait sur le dos du pays des générations futures, sur le dos des jeunes… Eux, qui ne s’intéressent pas toujours à la politique, n’ont pas eu le temps ou la possibilité de saisir qu’ils étaient véritablement sacrifiés. » Faut-il alors craindre une poussée inexorable du Rassemblement national ? Le politologue tempère : « il ne faut pas toujours penser que le RN va triompher. Dans la situation actuelle, nous pouvons avoir une France qui se retire et qui dit : « je sauve ma mise, je n’y crois plus. » C’est l’abstention. Certains quittent le jeu électoral pour faire de la politique autrement, dans la rue, par la protestation. » Un désengagement démocratique qui fragilise encore davantage les institutions.
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Pour Dominique Reynié, le système politique français est à bout de souffle : « il n’est plus en mesure de générer une solution. Ce que l’on peut imaginer, c’est une grande cassure, douloureuse et même traumatisante, mais c’est la possibilité d’une refondation. Cela ne viendra pas d’un parti ou d’un chef élu au suffrage universel. »
Daphnée Cataldo
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A l’occasion de la sortie de son album Pianosong », Alexandre Tharaud sera, ce vendredi 17 octobre à 20h, l’invité du Journal du Classique.
Il n’a jamais caché, bien au contraire, son amour pour la chanson française, voue une immense admiration pour Barbara et a déjà eu l’occasion de partager la scène avec Camelia Jordana ou encore Dominique A. Alexandre Tharaud a choisi de consacrer tout un album à ce genre qu’il revisite ici seul au piano ou accompagné par l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine et Pierre Dumoussaud avec la même sincérité que lorsqu’il interprète le répertoire classique.
Il se confiera ce soir sur son amour pour la chanson et sur le caractère intime de sa démarche. Car de cet album plein de tendresse, émane un doux parfum de nostalgie, de celle qui fait ressurgir des souvenirs enfouis de l’enfance.
Alexandre Tharaud donnera ce programme en concert le 23 octobre à l’Auditorium de Bordeaux, le 17 décembre à Lyon et le 12 janvier à la Philharmonie de Paris.
Laure Mézan
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Les statistiques sont formelles, un Français sur deux a déjà fait des recherches sur sa famille. Jean-Louis Beaucarnot le sait par expérience, un jour ou l’autre, on est rattrapé par le déclic de la généalogie et l’envie d’en savoir plus sur ses ancêtres et sur ses origines. Ce jour-là, on commence à chercher sur Internet, et patatras, le virus est pris ! Il ne reste qu’à se procurer d’urgence le Dictionnaire amoureux de la généalogie, véritable bible pour le généalogiste qu’il soit en herbe ou confirmé.
Elodie Fondacci s’est entretenue avec Jean-Louis Beaucarnot
Elodie Fondacci : Jean-Louis Beaucarnot, bonjour. Vous êtes généalogiste, on peut même dire que vous êtes le pape en la matière.
Jean-Louis Beaucarnot : (rires) Je ne bénis qu’à la sortie !
E.F : (rires) D’accord, on s’occupera de ça après l’interview ! En tout cas, vous avez contribué à la démocratisation de cette discipline en animant à la radio pendant des années des émissions pour expliquer, notamment, aux Français l’origine de leur patronyme. Et vous ajoutez aux nombreux livres que vous avez déjà publiés un passionnant Dictionnaire amoureux de la généalogie qui, sans être tout à fait un guide pratique, va quand même donner beaucoup de clés (vertes ou pas d’ailleurs)*, à ceux qui ont envie d’en savoir plus sur leurs ancêtres.
Je dis démocratisation, parce que la généalogie n’a pas toujours intéressé les Français. Avant les années 80, elle n’enthousiasmait que les spécialistes, pas le grand public.
J-L.B : Oui, mais ça commence à remonter à très loin, justement. Maintenant, la démocratisation est acquise. Vous dites que j’y suis pour quelque chose ou pour beaucoup… c’est bon pour les chevilles d’entendre ça, mais c’est vrai que tout a changé. Le paysage a changé, les conditions de travail ont changé, le public a changé. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui s’intéressent à la généalogie, ce ne sont pas les mêmes personnes qui en font. Mais, par contre, la recherche, la passion, l’addiction même, sont toujours là. L’émotion est toujours là en face d’un document d’archives ; la joie de retrouver enfin l’ancêtre qu’on a tant cherché, d’identifier et de localiser enfin le cousin que l’on cherche depuis 20 ans. A ce niveau-là, rien n’a changé.
E.F : Alors vous, la passion, c’est vraiment ce qui vous définit ! Vous êtes un généalogiste compulsif ! A peine, par exemple, le pape Léon XIV nommé, vous vous précipitez sur son arbre généalogique.
J-L.B : Alors attention, je me précipite, mais d’autres se précipitent aussi ! C’est toute une communauté qui se met en branle ! Mais c’est vrai que j’ai passé une nuit blanche à remuer ciel et terre avec d’autres généalogistes, pour essayer rapidement de comprendre d’où venait ce nouveau pape, qui l’avait fabriqué.
On pourrait dire : « ça c’est du voyeurisme ». (D’ailleurs, parce que je voulais que les entrées de ce Dictionnaire soient un petit peu titillantes, j’ai mis une entrée « Voyeurisme »). Mais en fait, je ne crois pas. Parce que faire la généalogie de Léon XIV, établir son arbre généalogique, – ce qu’on a fait en quelques jours -, a permis de retracer l’histoire de sa lignée, qui n’était pas anodine du tout, avec un grand-père qui a une vocation à laquelle il renonce pour quitter la Sicile et aller vivre sa vie en Amérique, une grand-mère qui va rejoindre le tirant des carmélites. Tout ça, ça compte ! Ce n’est pas du voyeurisme. Ça permet au contraire d’expliquer un parcours, de mieux comprendre une personnalité.
Pour tous les dictionnaires que j’ai faits durant ces dernières années en amont des élections sur les hommes politiques, c’est pareil. Ce n’est pas du voyeurisme. Ces hommes politiques qui ne livrent qu’une partie d’eux-mêmes, quand on explore leur généalogie, ça permet de mieux les comprendre, de mieux les situer, de mieux comprendre leurs engagements et leurs choix. Ces hommes politiques que l’on voit souvent comme des arrivistes, eh bien, l’étude de leur généalogie les humanise. Ça permet de les faire tomber de leur piédestal et de les rendre beaucoup plus humains et beaucoup plus sympathiques.
E.F : Oui, on lit effectivement dans votre dictionnaire qui il y a dans la lignée d’Emmanuel Macron ou de Dominique Strauss-Kahn, par exemple.
J-L.B : L’ancêtre tenancier de maison close que j’ai découvert en 2011, contre toute attente, à Dominique Strauss-Kahn… L’ancêtre bagnard d’Emmanuel Macron, même s’il est loin, etc… Rien n’est anodin. On arrive toujours par la généalogie à éclairer le présent et éventuellement l’avenir.
E.F : On a quand même chacun énormément d’ancêtres ! Nos parents ont deux parents chacun, qui ont eux-mêmes deux parents, etc. Donc assez vite, à la neuvième génération, on a déjà 512 ancêtres et à la dixième génération, c’est encore davantage !
J-L.B : Et ça devient des centaines de milliers d’ancêtres à une certaine époque ! Arithmétiquement parlant, – c’est une progression géométrique, on n’y peut rien -, nous avons des centaines et des milliers d’ancêtres. Et surtout des centaines et des milliers d’ancêtres identifiables, puisque, pour les familles originaires de l’Hexagone, quel que soit le milieu, on peut remonter dans la bonne moyenne jusque vers les années 1630/1650, c’est-à-dire à la fin du règne de Louis XIII et au début du règne de Louis XIV !
Il y a toujours des exceptions évidemment (enfants abandonnés, enfants trouvés, etc…) mais pour 999 familles sur 1000, on peut ! Donc, pour un Français ou une Française de 30 ans aujourd’hui, on a déjà des milliers d’ancêtres identifiables, souvent dans des régions différentes.
Alors forcément, entre généalogistes, on pratique l’échangisme. L’ « échangisme », – j’en ai fait une entrée du Dictionnaire – en généalogie, ça veut dire qu’on partage nos recherches. On s’échange des ancêtres, on s’échange des cousins, on s’échange des fichiers GEDCOM, qui sont des fichiers informatisés de généalogie. Et le cousin éloigné que vous découvrez au hasard d’un surf sur Internet ou sur Généanet ou sur Philae, vous allez prendre contact avec lui en quelques secondes souvent, et vous allez dire avec lui : « Ben voilà, il y en a un qui a fait un travail sûr telle branche, sûr telle autre. On va se compléter et on va associer tout ça. » Et c’est la magie des échanges de fichiers !
E.F : Vous dites que dans une famille sur dix quasiment, il y a aujourd’hui quelqu’un qui s’intéresse à la généalogie.
J-L.B : Aujourd’hui oui.
E.F : C’est incroyable comme chiffre. Comment expliquez-vous que la généalogie soit une passion française à ce point depuis quelques années ?
J-L.B : Passion française. Pourquoi française ? C’est parce que la France est hyper privilégiée. Elle offre un terrain hyper privilégié pour les généalogistes en ce sens que c’est la France qui a les archives les plus anciennes, les mieux conservées, les mieux tenues et les plus gratuites d’accès. Dans tous les autres pays, quand on veut un acte, il faut payer. En France, c’est gratuit. Et aujourd’hui, avec la numérisation, on n’a plus besoin, quand on est originaire du Pays basque, d’aller aux archives départementales des Pyrénées-Atlantiques. Non, si on habite Strasbourg, on peut trouver en un clic, la nuit ou le jour, ce que l’on cherche. La plupart des sites d’archives départementales, qui étaient les grandes destinations des généalogistes et qui le demeurent d’ailleurs, proposent en effet aujourd’hui en ligne l’essentiel des archives dont le généalogiste a besoin, tout au moins dans un premier temps.
E.F : Vous écrivez, le chiffre m’a frappé, que la France a 4500 kilomètres linéaires d’archives papier ! C’est plus long que le Danube !
J-L.B : En effet, lorsque l’on évoque des kilomètres ou des mètres linéaires d’archives, il s’agit bel et bien de documents rangés sur des rayonnages de bibliothèque. Donc oui, si on les mettait bout à bout, cela donnerait ce chiffre extraordinaire et ça offre justement aux curieux en histoire des familles comme en histoire des villages ou autres, des possibilités de recherche formidables.
E.F : Cela inclut ce qu’on trouve dans les églises, les actes de baptême…
J-L.B : Oui, mais tout ça, c’est dans les registres qui ont été déposés dans les mairies et ensuite aux archives départementales. On ne va plus dans les églises aujourd’hui, on ne travaille plus ainsi. On n’a plus besoin de profiter de l’énorme travail par exemple qu’avaient accompli les mormons*. Et là, je balaie dans ce Dictionnaire un peu toutes les idées reçues. Non, vous ne serez pas tenus d’aller chez les Mormons. Non, vous ne serez pas tenus d’aller dans les églises. On n’est même presque plus obligé d’aller aux archives aujourd’hui. Non, la particule n’est pas un signe de noblesse. Non, l’orthographe des noms n’existe pas, n’a jamais existé, jusqu’aux héritages et aux fruits de l’école de Jules Ferry. S’appeler Dupont avec un T ou Dupont avec un D, comme les héros à moustache de Tintin, ça ne veut rien dire. Ce n’est pas parce qu’on ne s’écrit pas pareil qu’on n’est pas cousins.
E.F : Est-ce que vous trouvez que la numérisation a énormément changé cette espèce d’art de la chasse au trésor qu’était la généalogie ?
J-L.B : Non, je ne trouve pas tant que cela. Parfois, on me dit, ça dépoétise. C’est faux. La généalogie, c’est une chasse au trésor, comme vous le dites. C’est une enquête. C’est de l’addiction, comme je disais tout à l’heure. On est prêt à tout pour retrouver l’ancêtre, ou pour retrouver l’acte concernant l’ancêtre. Et qu’on le cherche dans des archives papier ou sur Internet dans les archives numérisées, finalement, il n’y a pas une grande différence. Le principe de la recherche est toujours le même. Et c’est ça qui vous coince.
Et je dis toujours qu’il y a deux catégories de gens. Il y a des gens qui sont faits pour faire de la généalogie et d’autres qui ne sont pas faits. Ceux qui sont faits pour faire de la généalogie, c’est ceux qui aiment CHERCHER. Qui peuvent passer des heures, des jours, des nuits, des mois, des années à chercher. Peu importe les efforts qui seront à faire, ils ne comptent pas leur temps. Et c’est en cherchant qu’on trouve. Et c’est en cherchant – on apprend sur le tas – qu’on devient un bon chercheur. Et Internet est génial à ce niveau-là, parce qu’Internet, – les moteurs de recherche comme Google ou autres- , permet de chercher. Or, celui qui n’aime pas chercher, qui ne veut pas consacrer du temps à une recherche, que ce soit pour n’importe quoi sur Internet aujourd’hui ou pour ses ancêtres, ne sera pas un bon généalogiste. Il ne saura pas chercher. Au moindre obstacle, il trébuchera. Il baissera les bras, il se laissera décourager. S’il n’est pas fait pour chercher, il ne fera pas un bon généalogiste. Ça, c’est très clair.
E.F : Alors vous, vous étiez fait pour chercher. Vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit.
J-L.B : Oui. Mais je ne suis pas le seul. Il y a beaucoup de vocations très précoces de jeunes ados. Les déclics sont très divers d’ailleurs. Certains ados tombent dedans en voyant un arbre généalogique sur la guerre de Cent Ans dans leur livre d’histoire, ou se mettent à essayer de comprendre comment marchent les rois de France, qui était Louis XIV par rapport à Louis XV, etc. Ils font l’arbre généalogique des rois de France, et puis de là, ils vont passer à leur famille. C’est parce qu’ils étaient faits pour faire de la généalogie.
Finalement, il n’y a pas d’âge, mais il arrive toujours un moment dans la vie où l’intérêt pour la généalogie se manifeste. Souvent, ce déclic survient lors du décès des parents. Mais ça peut être aussi un déménagement, un changement de situation, un divorce. Toute rupture vous pousse à vous remettre en question, et souvent ça va être du côté de la généalogie que vous allez aller. D’ailleurs, je raconte dans ce dictionnaire une petite anecdote que j’aime bien citer, et que j’ai vécue. J’ai commencé, comme vous le disiez, à 11 ans. À 17 ans, je vais chez un vieux cousin pour l’interroger. Il me donne d’ailleurs des trucs formidables que j’aurais mis des mois et des années à chercher et à trouver sans son aide. Bref, ce jour-là, passe le petit-fils, qui a un an de plus que moi, qui conduit et qui vient emprunter les clés de la BMW de son grand-père pour reconduire sa petite nénette à la gare. Le grand-père lui dit « Ah, voilà, je te présente un de tes cousins éloignés qui fait de la généalogie. » Le gars me regarde comme un fossile. Il prend les clés et il fiche le camp. J’avais très bien compris ce regard, ça en disait long. 40 ans après, je dédicace des bouquins à la fin d’une conférence et quelqu’un vient, quelqu’un qui a 65, 70 ans, et qui me demande : « Voilà, Pouvez-vous me dédicacer ? Mais on se connaît, on s’est déjà rencontrés ». C’était le gars à la BM !! Et il me dit : « Ben oui, à l’époque, je m’en fichais complètement et je vous ai pris effectivement pour un ringard ». Mais depuis, il avait été rattrapé par le déclic, il avait perdu le grand-père, il avait perdu le père. Et puis, ses enfants lui avaient dit un jour : « Mais papa, il faudrait nous raconter ». Et résultat, il était aussi passionné que moi ! Quand on met le doigt dans l’engrenage, en général le corps y passe tout entier.
E.F : On parle depuis peu de temps finalement de psycho généalogie. C’est-à-dire l’idée que des traumatismes vécus par des aïeux pourraient éclairer la psychologie, la vie et l’existence des gens. Qu’est-ce que vous pensez de cette science ?
J-L.B : Je pense d’abord que je ne suis pas psychogénéalogiste. Il faut que chacun reste dans ses compétences. Mais j’ai assisté au début de la psychogénéalogie, à ses définitions, et j’ai toujours été très séduit. Même s’il faut relativiser. Pour moi, la psychogénéalogie c’est d’abord une « psy light », qui n’est jamais destructrice, qui, au contraire, permet de comprendre, de se resituer, de s’accepter, de s’intégrer. En psychogénéalogie, il n’y a pas que les traumatismes. La psychogénéalogie essaie de mesurer et de comprendre un héritage. Un héritage familial. Et essaie de situer et de préciser les personnes qui font partie de la parenté, d’hier ou d’aujourd’hui, et de voir les rôles, les jeux que chacun joue, etc. La psychogénéalogie, c’est quelque chose de très positif, mais de très complexe aussi. Il y a de plus en plus de psychogénéalogistes qui s’installent, de cliniciens qui font de la thérapie aussi. Il y a des progrès très nets. Ça, c’est quelque chose qui n’existait pas, effectivement, lorsque j’ai découvert la généalogie, lorsque je me suis lancé dans les émissions radio.
EF : Autre grand changement, l’ADN.
JLB : J’étais sûr que vous allez me poser la question !
Les recherches ADN sont interdites en France, on le sait. ( Pourquoi ? C’est un grand débat. J’aurais des choses à dire là-dessus, mais ce n’est pas le sujet. ) En tous les cas, la recherche ADN a provoqué une troisième révolution généalogique.
La première révolution, – j’en suis peut-être un peu à l’origine – , ça a été la génération des personnes qui, dans les années 80, ont commencé à se ruer sur les archives. Problèmes identitaires, recherches identitaires, on veut savoir qui on est, peut-être pour mieux savoir où on va. Inquiétude devant l’avenir, etc. Après, très longtemps, on m’avait dit : Tu verras, tout ça, ça va s’arrêter. Dans 20 ans, on va passer à l’an 2000. Tout le monde va lancer les ancêtres par-dessus l’épaule. Puis on ira danser, on ira faire autre chose. Eh bien non, ça ne s’est pas fait. Pourquoi ? Parce que la généalogie a été sauvée par le gong à ce moment-là. Et le gong c’est Internet. Internet a été la cause de la deuxième révolution. Je me rappelle de Frédéric Mitterrand qui me disait : « Oh, tes généalogistes, c’est exaspérant, ils polluent Internet. Dès qu’on tape un nom de famille, on arrive d’abord sur des sites généalogiques. » Et bien oui, parce que, justement, c’est en tapant son nom de famille, comme ça, pour voir ce qu’on disait de vous par exemple, qu’on arrivait sans très bien comprendre comment, sur des arbres généalogiques en ligne, avec des gens qui avaient porté votre nom, qui étaient dans des villages, qui avaient des professions, etc… et qu’on se disait : Mais qui sont-ils par rapport à moi ? Et quand on était fait pour faire de la généalogie, ben voilà ! On faisait plouf dans la marmite ! Donc, la deuxième révolution, c’est la révolution d’Internet. On a profité de tout ce que la génération précédente avait fait, qui avait fléché, qui était passé au coupe-coupe dans les archives, qui avait monté des bases extraordinaires sur lesquelles on travaille aujourd’hui. On a mis ces bases en ligne. On a eu des contacts et des échanges beaucoup plus faciles. Internet, c’est magique ! Il y a des sites généalogiques – surtout Généanet et Philae-, qui sont extraordinaires, et qui vous permettent en deux clics de trouver ce que vous mettiez souvent deux mois ou deux ans à trouver autrefois. Donc, sauvée par le gong d’Internet, la généalogie s’est maintenue. Avec une nouvelle génération a informatisé à tout crin, qui s’est davantage peut-être s’intéressée – puisque les ancêtres, maintenant, on commençait à les connaître – aux cousins, a organisé des cousinades, etc. Ça, c’était au début des années 2000.
Et puis au moment où on aurait pu penser que tout ça s’essoufflerait, et bien, la génération suivante, a été piégée par le début des tests ADN ! (Jusqu’au temps où les grands fournisseurs des tests ADN en France fournissaient les Français. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, il faut avoir son adresse à l’étranger pour pouvoir se faire livrer un test ADN). Mais à l’époque c’était possible, et des tas de jeunes l’ont fait parce qu’un de leurs copains l’avait fait. Il suffisait de se grattouiller la langue et d’envoyer ça à un laboratoire pour trouver ses origines ethniques. (D’ailleurs, les origines ethniques, je ne peux pas développer, mais ce n’est pas ce qui est important. Elles sont faussées, non pas parce que les laboratoires travaillent mal, mais parce que les panels sur les Français ne sont pas assez fournis et assez fiables.) Mais bref : avec les origines ethniques, on découvrait aussi les correspondances génétiques, c’est-à-dire les cousins génétiques. Et c’est comme ça qu’une nouvelle génération qui n’avait jamais pensé à faire de la généalogie a découvert la discipline ! Et quand ils étaient faits pour faire de la généalogie, ils l’ont fait. Donc, il y a trois révolutions en généalogie, une tous les 20 ans.
E.F : J’imagine que la généalogie pourrait avoir quelque chose de nauséabond… Vous voyez ce que je veux dire, quand vous dites « chercher des racines identitaires », on pourrait chercher pour de mauvaises raisons. Or, finalement, quand on fait un test ADN, on s’aperçoit au contraire qu’on a tellement d’ancêtres divers que c’est plutôt l’ouverture qui prime !
J-L.B : Ça vous donne au contraire une philosophie, ça relative beaucoup de choses ! Et aujourd’hui, quand je propose des origines de nom de famille ; et bien autrefois, j’avais des descendants d’Auvergnats qui ne savaient pas qu’ils étaient Auvergnats. (Aujourd’hui, ils le savent en général. On connaît les origines, quand on est originaire de France.) Mais par contre, je vois arriver, à côté des Auvergnats, de moins en moins nombreux, je vois arriver de plus en plus nombreux, des Malgaches, des Sénégalais, des Maghrébins, qui ont un nom ! Et derrière ce nom, il y a des racines, parce que, ne nous leurrons pas, quand on me disait, « Que veut dire mon nom ? », c’était « D’où je viens ? » la vraie question, parce que les noms conduisaient toujours dans une région, les noms conduisaient toujours à des racines.
Donc, aujourd’hui, on a cette ouverture et on voit par exemple, il y a une « entrée école » pour la généalogie à l’école parce que la généalogie est un outil pédagogique très intéressant. Il permet aux enfants d’avoir des tas d’ouvertures sur des tas d’aspects, mais surtout, il est souvent pratiqué pour faciliter les intégrations dans les banlieues un peu difficiles. Faire venir l’enfant issu d’une minorité avec sa généalogie, son arbre généalogique, ses ancêtres, tiré de la mémoire orale, en général, et le confronter aux petits descendants de Français qui ont des généalogies issues de mémoires écrites, remontant peut-être plus loin, etc. Mais ça montre que chacun a une histoire, que chaque famille a une histoire, que toute famille a une histoire, que toute histoire est respectable, parce que cette histoire, elle s’est toujours faite avec des efforts, dans la peine, parfois les larmes et le sang, mais sans être trop dramatique à ce niveau-là, on se rend compte qu’en tous les cas, tous les parcours sont intéressants, tous les parcours sont passionnants.
E.F : Être généalogiste, c’est évidemment faire un travail micro, puisqu’ on s’intéresse à une famille, mais assez vite quand même, on en tire des enseignements macro.
Ce que j’ai trouvé passionnant, c’est que vous expliquez que la généalogie permet de saisir de façon assez fine la façon dont fonctionne l’ascenseur social. Toutes les familles, même les plus nobles, ont un ancêtre modeste.
J-L.B : Ça m’a toujours passionné. Avant de découvrir la généalogie, j’entendais parler de l’histoire de Rome. Eh bien… Ce qui m’intéressait déjà, ce n’était pas l’histoire de la Rome des Augustes et des Césars, c’était l’histoire de la Rome qui montait.
Voir les familles monter dans la société, grimper dans l’échelle sociale. Voir comment le petit laboureur du XVIIe siècle arrive à être l’ancêtre d’un grand de ce monde, d’un directeur du CAC 40 ou d’un ministre en place, etc…, c’est passionnant. Voir la progression sociale ! Sachant que les choses ont beaucoup changé. Sous l’Ancien régime, l’ascenseur social était lent. Changer de statut social prenait trois, quatre, cinq, six générations le plus souvent. Le laboureur devenait marchand, c’est-à-dire maquignon. C’était la piste de décollage. Et puis, il fallait plusieurs générations pour continuer à progresser.
Après, tout s’est accéléré, avec l’apparition au XIXe siècle et surtout au début du XXe siècle, de la profession d’instituteur. Là, on s’est mis à pouvoir progresser sur l’échelle sociale en seulement trois générations. Si vous regardez bien, quand on étudie les familles qui ont réussi avant 1900, il y a toujours un marchand à l’origine. Avec peut-être dans l’ombre, un oncle curé qui avait donné un peu d’instructions à un neveu ou à un petit frère et qui lui a permis de prendre l’ascenseur social, de décoller.
Mais, après, très vite, c’est le personnage de l’instituteur qui va se retrouver quasiment systématiquement dans plein de familles. Dans les personnages du monde politique, eh bien, je ne sais plus le chiffre exact, mais c’est un sur trois qu’un grand-père ou un arrière-grand-père est instituteur !
E.F : Vous parliez des patronymes. Effectivement, les patronymes ont toujours des origines géographiques. Vous dites même qu’il y a toujours le village originel.
J-L.B : Souvent, c’est le village où il y a le cimetière. Cimetière qui soit dit en passant est un paradis pour le généalogiste ! Se promener dans un cimetière, c’est découvrir l’histoire d’un village. On comprend tout dans un cimetière. Selon les tombes, si elles sont riches ou pauvres, selon le plan au sol, on comprend tout. Et vous avez toujours un village où il y a le quart des tombes qui porte le nom qui vous intéresse.
E.F : J’ai été extrêmement amusée de voir que la…
J-L.B : Ah, je me suis amusé en écrivant.
E.F : Mais ça se sent, et c’est très communicatif. J’ai donc été amusée en découvrant que la généalogie n’est pas seulement due à la curiosité. Il y a des raisons fiscales en fait qui ont présidé à son invention !
J-L.B : C’est vrai que pendant longtemps, la généalogie a été un outil de revendication sociale parce que sous l’Ancien Régime, les nobles étaient exemptés d’impôts, (enfin je la fais très courte, je schématise). Et donc pour ne pas payer d’impôts, il fallait prouver qu’on était noble, et apporter ses quartiers, ses ancêtres, pour prouver que ce n’était pas d’aujourd’hui, qu’on ne profitait pas d’un système, qu’on n’était pas des usurpateurs et que c’était une réalité. C’est ce qui fait que, (autre gain pour le généalogiste), on dispose aujourd’hui dans les archives, de documents fiscaux comme les « rôles de taille », c’étaient les rouleaux sur lesquels on enregistrait les personnes payant la taille, qui était l’impôt que payaient la plupart de nos ancêtres autrefois en France. Et ces rôles de taille vont nous donner d’abord des instantanés, des photographies, des radiographies des villages. On peut faire de la démographie, faire plein d’études sur l’histoire d’un village à partir de rôles de taille. Ça nous permet de nous voir dans un village où nos ancêtres se situaient. Ça nous permet parfois d’aller beaucoup plus loin. Je disais tout à l’heure 1630-1650, parce que c’est là que nous conduisent les registres paroissiaux, l’ancêtre de l’état-civil. Mais après, il y a les archives notariales, qui parfois nous permettent d’aller plus loin. Et puis parfois, justement, même pour des familles très très modestes, vous avez des archives fiscales. Je suis en train de faire une préface pour un ami qui a retranscrit les Cherches de Feux du Charolais du XIVe siècle. Les Cherches de Feux, ce sont les recherches de foyers pour pouvoir les imposer. Ça, c’étaient les ducs de Bourgogne qui avaient fait ça. Ils l’ont fait plusieurs fois. Une fois pour constituer la dot d’une fille qu’ils voulaient marier un prince important. Et puis, une autre fois pour payer la rançon de leur fils qui avait été fait prisonnier pendant les croisades. Ca a généré des archives dont on dispose encore aujourd’hui et qui sont fabuleuses. Sauf qu’il faut être paléographe pour aller les déchiffrer. Et ça, cet ami a eu l’immense mérite de tout retranscrire. Avec ça, si vous êtes de cette région-là, eh bien, vous allez faire un bond directement de 2025 à 1374 et voir que vos ancêtres étaient originaires de tel petit village précis. C’est fabuleux !
E.F : Planté au milieu de votre dictionnaire, évidemment, il y a le mot arbre, auquel on s’attend. Mais il y a d’autres mots nettement plus inattendus !
J-L.B : J’ai en effet essayé de trouver des mots un petit peu insolites. Par exemple, BD : j’ai une entrée la généalogie de la BD. Pourquoi n’y a-t-il que des oncles et des tantes, jamais de parents dans l’univers de Mickey, Donald ou Picsou ? Pourquoi n’y a-t-il jamais de filiation chez Hergé ? C’est une question intéressante.
J’ai une entrée « Sous-marin », parce que pendant des années et des années à Paris, on allait travailler sur les registres des arrondissements de Paris, les registres des états-civils, qui étaient tout en haut du Palais de justice, dans les greniers, avec des cursives et des escaliers en métal. On s’ y promenait à la lampe de poche. Il y en a qui arrivaient même à se faire enfermer pendant la nuit pour pouvoir travailler !
Il y a une entrée « Toboggan ». Non, les généalogistes ne vont pas dans les squares pour descendre avec les petits-enfants. Mais ils prennent des « toboggans » généalogiques, ce sont des filiations sur lesquelles on tombe assez facilement à partir du XVIIe siècle, qui vont vous conduire immédiatement sur des grands ancêtres qui vont être souvent des têtes couronnées, Saint-Louis, Louis VI le Gros, Charlemagne, etc. On peut dire aujourd’hui que, je dirais, deux Français sur trois descendent de Louis VI le Gros, qui est un carrefour, qui est un nœud généalogique. Voilà, il y a tout un vocabulaire, un langage désuet, un langage plein de charme. Et tout ça participe au charme de la généalogie.
E.F : Autant d’entrées qui sont d’excellentes entrées en matière pour justement ceux qui veulent s’intéresser à la généalogie. Merci infiniment Jean-Louis Beaucarnot d’être venu aujourd’hui.
J-L.B : Merci de m’avoir reçu. Au revoir Elodie.
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Longtemps présenté comme le parangon de toutes les vertus royales, Louis IX, sanctifié de bonne heure, présente aussi des défauts que l’historiographie ne cesse de souligner.
Une éducation à la dure : « Plutôt mort que pécheur »
Louis n’est d’abord pas destiné au trône, mais la mort prématurée de son frère aîné le propulse au devant de la scène à l’âge de 14 ans. Blanche de Castille, sa mère, prend son éducation en main, et ne se laisse pas facilement attendrir. Cette reine d’origine espagnole, au tempérament de fer, n’hésitait pas à châtier durement son fils et lui répétait régulièrement qu’elle « préférait le voir mort que pécheur ». Une méthode d’éducation radicale qui forgea le caractère inflexible du futur roi saint.
Louis IX échappe à un kidnapping à 12 ans
Quand Louis VIII meurt en 1226, son fils n’a que 12 ans. Blanche, veuve et enceinte, prend la régence avec l’idée de sauvegarder la grandeur du trône de son fils. Les grands barons, révoltés à l’idée d’être dirigés par une femme d’origine étrangère, tentent d’enlever l’enfant-roi ! Louis doit se réfugier au château de Montlhéry tandis qu’une foule de Parisiens vole à son secours, alertés par Blanche. L’échec de cette capture ne va pas décourager les comploteurs, qui nouent une alliance avec le roi d’Angleterre, Henri III. La reine, bien conseillée, tient bon. Pour mater les révoltes, elle utilise la ruse, les armes, et la diplomatie.
Le roi qui sautait à l’eau tout armé
Lors de la septième croisade en 1249, à l’arrivée devant Damiette en Égypte, Louis IX stupéfie son entourage. Alors que ses conseillers veulent le retenir sur le navire, le roi saute lui-même à la mer, « tout armé comme ses hommes », lance à la main, pour être le premier à fouler la terre égyptienne. Un geste d’un courage fou qui galvanise ses troupes.
Un roi prisonnier et humilié
En Egypte, les Croisés font face à la puissante citadelle de Mansourah. Le frère du roi Robert d’Artois se lance imprudemment à l’assaut du fort, il est immédiatement tué. L’impensable se produit : le roi de France est fait prisonnier après une lutte sans merci. Cette humiliation sidérante oblige Louis IX à rendre la ville de Damiette et à payer une rançon « astronomique ». Un épisode traumatisant qui marquera profondément le souverain.
Une piété extrême : le vendredi est le jour de la flagellation du roi
De retour d’Orient, transformé par ses épreuves, Louis IX développe une piété extrême. Il est hanté par la crainte du péché et poursuivi par la culpabilité d’avoir échoué à libérer Jérusalem, il multiplie les privations et se refuse tout plaisir. Chaque vendredi, dans le plus grand secret, il demande à un prêtre de le fouetter pour expier ses péchés. Même ses confesseurs tentent de le raisonner, mais rien n’y fait. Le roi s’abîme dans les mortifications.
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Saint-Louis était aussi un roi impitoyable, lui qui s’est défini comme le sergent de Jésus Christ. Les juifs sont victimes de mesures brutales : biens saisis, obligation de porter la rouelle, Talmuds brûlés…
À Césarée, il fait mettre au pilori un orfèvre coupable de blasphème en lui accrochant autour du cou les boyaux et la fressure d’un porc. Plus tard, il fait marquer au fer rouge sur les lèvres un bourgeois parisien coupable du même crime, provoquant un scandale, même à l’époque.
Franck Ferrand
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Dans son livre, L’Honneur des miens, Christian Curtil raconte comment son grand-père Walter Betcke, président de Deutsche Grammophon en 1932, a résisté à toutes les manœuvres de Joseph Goebbels pendant le Troisième Reich et a sauvé le célèbre label allemand qui représentait pour lui « l’universalité de la culture ».
Le livre signé Christian Curtil, paru aux éditions Plon fin septembre, est avant tout, comme l’indique son titre L’Honneur des miens, un hommage à ses grands-parents qui se sont opposés au pouvoir nazi jusqu’à la fin de la Deuxième guerre mondiale. Mais il raconte surtout comment son grand-père Walter Betcke, président de Deutsche Grammophon (DG) à l’époque, a tout fait pour éviter que la société soit mise au pas par les dirigeants du Troisième Reich.
Ex-directeur juridique du grand label allemand, Walter Betcke en est nommé président en 1932, trois semaines seulement avant la prise de pouvoir des nazis et l’avènement de Joseph Goebbels, proche d’Adolf Hitler, qui deviendra l’un des hommes les plus puissants du Troisième Reich. Durant tout son mandat, jusqu’en 1945, le ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande n’aura de cesse de soumettre Deutsche Grammophon et son dirigeant à son obsession de vouloir fusionner la maison de disque avec la Société nationale de Radiodiffusion afin de contrôler la diffusion de la musique, mais aussi pour s’approprier les bénéfices de l’industrie du disque afin de financer les immenses besoins du ministère.
Pour tenter d’arriver à ses fins, Goebbels n’hésita pas a employer tous les moyens mis à sa disposition et aux méthodes les plus radicales. Ayant échoué à rattacher DG de manière informelle au ministère de la Propagande, il multiplia les pressions sur son président, l’obligeant notamment à prendre la carte du parti national-socialiste (NSDAP, futur parti nazi) ce qui posa, on l’imagine, des problèmes à Walter Betcke, y compris après la libération.
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Mais c’est surtout sur le terrain juridique, contrôlé en grande partie par le pouvoir nazi, que s’est jouée la survie de la maison de disque, créée à Hanovre en 1898. Alors que Goebbels l’accusait de « s’opposer aux intérêts majeurs du Troisième Reich » et avait privé DG de contrats de paiement de droits, Walter Betcke, ancien avocat, n’eut d’autre recours que d’intenter en 1935 un procès à l’encontre de la Société de Radiodiffusion d’État contrôlée par le ministère de la propagande.
Une procédure qu’il perdit en première instance et en appel, mais gagna en 1936 devant le Reichsgericht (cour impériale). Pendant ce temps, lui et sa famille ont dû subir intimidations, descentes de la Gestapo et menaces de déportation.
Le livre de Christian Curtil fourmille également d’anecdotes détaillées sur le contexte historico-politique que son grand-père a su habilement appréhender pour sauver son entreprise. Comment par exemple, avec sa femme, il a abrité chez lui des employés juifs de DG ou pourquoi la Société de Radiodiffusion allemande diffusa le deuxième mouvement de la 7e symphonie d’Anton Bruckner le 30 avril 1945, juste après la mort d’Adolf Hitler.
Interdit après la fin de la guerre de reprendre la direction de l’entreprise pendant un an (à cause de son adhésion, pourtant contrainte, au NSDAP en 1933) Walter Betcke fut totalement blanchi et redevint président de Deutsche Grammophon en 1946, jusqu’à sa retraite en 1965.
Philippe Gault
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L’Allemagne, préoccupée par la menace grandissante de drones russes dans l’espace aérien européen, envisage de renforcer son armée et d’accroître le nombre de réservistes par le biais d’un nouveau service militaire, anticipant ainsi une possible attaque du Kremlin. Invité de la matinale, Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre et auteur de Le sens du commandement (Cerf), s’exprime sur les moyens des forces françaises à se défendre.
Pierre Schill dresse un constat sans détour : la Russie a considérablement renforcé son arsenal militaire au cours des dernières années. « Cet empire s’est armé, a acquis des armes formidables au cours de la décennie passée, en voulant faire peser sur ses voisins l’intimidation de cette puissance. Ce pays, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, qui en principe doit défendre la souveraineté et le droit international, a décidé d’attaquer son pays voisin pour le plier à sa volonté. » Une dynamique inquiétante, selon le général, puisque Moscou consacre aujourd’hui une part colossale de ses ressources à la guerre et à son armée.
Confiant dans les capacités actuelles de l’armée française, l’invité de David Abiker souligne néanmoins la nécessité d’une adaptation permanente : « nous sommes prêts pour aujourd’hui et nous avons à nous préparer pour demain. […] Il faut s’adapter à ce monde qui vient, à ce qui va survenir dans les prochains mois, les prochaines années. » La modernisation constante de l’armée est donc au cœur de la stratégie nationale, portée par la loi de programmation militaire et des investissements accrus du gouvernement. « Le budget des armées est un marqueur de la volonté de notre pays de se défendre et de soutenir son ambition de peser sur les affaires du monde et d’avoir un leadership en Europe […]. Le président de la République souhaite que les objectifs fixés pour 2030 soient tenus pour 2027. »
Pour Pierre Schill, la guerre en Ukraine agit comme un révélateur : « Nous sommes en train de connaître une bascule géostratégique qui s’accompagne d’évolutions sociales, culturelles, technologiques absolument formidables. » Si les innovations militaires, telles que les drones, le numérique, ou encore la robotique, transforment les modes d’action, elles ne changent pas la nature profonde du combat : « les tranchées, la boue, la peur demeurent. Ce sont la force morale, la cohésion, la fraternité d’armes des unités qui font la différence. »
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Face à ces défis, Pierre Schill plaide pour une armée capable d’évoluer à tous les niveaux : « Il y a un enjeu à innover concrètement tous les jours, à tous les niveaux et pas seulement une innovation qui viendrait d’en haut et qui s’imposerait en bas. » Le commandement, selon lui, repose désormais sur l’agilité, la confiance et la capacité à donner du sens à l’action collective. « L’armée française est prête. Nous irons sur les remparts de notre pays et de l’Europe, avec les moyens que nous avons. » Par ailleurs, le chef d’Etat-major salue l’engagement des nouvelles générations : « 20 000 jeunes rejoignent nos rangs tous les ans. Ils ont soif de servir leur pays et de peser sur leur destin. »
Daphnée Cataldo
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Holly Hyun Choe, jeune cheffe d’orchestre sud-coréenne, a été nommée directrice musicale de l’Orchestre national de Cannes. À partir de la saison 2026/2027, elle succèdera à Benjamin Lévy pour un mandat initial de quatre saisons.
Debora Waldman (Avignon), Johanna Malangré (Picardie) et Marta Gardolińska (Lorraine) ne seront bientôt plus les trois seules femmes directrices musicales d’un orchestre national en région parmi la trentaine recensés en France. À partir de la saison prochaine elle seront rejointes, dans cette encore trop courte liste, par Holly Hyun Choe, nommée à la tête de l’Orchestre national de Cannes où elle succèdera à Benjamin Lévy, titulaire du poste depuis 2016.
La jeune cheffe d’orchestre sud-coréenne de 35 ans a développé une relation particulière depuis ses débuts avec la formation cannoise qu’elle avait dirigé notamment dans l’ouverture de Cosi fan tutte de Mozart en juin 2024. Selon le communiqué de la direction, elle retrouvera le public cannois le 22 mars 2026 pour un concert consacré à des œuvres de Mozart, Dimitri Chostakovitch et Grażyna Bacewicz au Théâtre Debussy – Palais des Festivals et des Congrès, avant de présenter au printemps sa première saison à l’Orchestre national de Cannes.
Née en Corée du Sud et élevée à Los Angeles, Holly Hyun Choe a appris en autodidacte la clarinette à l’âge de 13 ans avant de partir étudier la direction d’orchestre au New England Conservatory de Boston, puis à la Hochschule de Zürich avant d’être nommée cheffe assistante à l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich où elle travailla pendant deux ans auprès de Paavo Järvi.
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Outre l’Orchestre national de Cannes en 2024, la cheffe coréenne, demi-finaliste du concours La Maestra en 2020, a déjà dirigé en France, notamment l’Orchestre de Picardie en 2022 et dernièrement l’Orchestre de Paris en avril à la Philharmonie de Paris. Actuelle cheffe principale de l’orchestre de chambre allemand Ensemble Reflektor et artiste associée de celui de Genève depuis 2023, Holly Hyun Choe a également été nommée à la direction musicale de l’Orchestre de la Radio Norvégienne à partir de janvier prochain.
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