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Or


Vingt ans plus tard, quelles sont les leçons du plus long procès de l'histoire judiciaire française ? Les enseignements de ce procès sont-ils encore prégnants dans la France de 2018 ? Pour la première fois, un documentaire remet en perspective ce grand procès avec ceux qui l’ont vécu. Avocats, historiens, parties civiles et rescapés ont accepté de revenir sur les moments clefs du procès tout en réfléchissant aux nombreuses leçons de ce procès hors-norme : ultime acceptation de notre passé vichyste, nécessaire devoir de mémoire ou affirmation du devoir de désobéissance, leurs réponses enrichissent, au bénéfice du «20 ans plus tard», cette page unique de notre histoire.
Retrouvez le dossier complet spécial "procès Papon 20 ans" sur le site France 3 Nouvelle aquitaine
Ce documentaire est réalisé par Stéphane Bihan
Avec la participation de :
Serge Klarsfeld, avocat et historien
Diffusion : le dimanche 25 novembre 2018 16h30 au Mémorial de la Shoah
Le 30 octobre 2014, Marceline Loridan-Ivens est sur la scène du Forum des images à Paris. Lors d’un dialogue avec le réalisateur Yves Jeuland, elle évoque sa vie "balagan". La vie d’une jeune fille juive de quinze ans, arrêtée avec son père le 29 février 1944, et sa déportation.
Après guerre, Marceline hante les caves de Saint-Germain-des-Prés. Elle rencontre le cinéma, puis le cinéaste Joris Ivens. Avec lui, elle part en Chine, au Vietnam, sous les bombes. Elle s’engage, se trompe quelquefois, déplace les montagnes.
La captation de cette soirée, créée comme un documentaire en public, est jalonnée de photos, d'extraits d'archives et de films, et enrichie de musiques et chansons, françaises et yiddish, interprétées par Éric Slabiak et ses musiciens.
En octobre 2013, à l'initiative de Jean-Marie Besset, alors directeur du Théâtre des 13 vents à Montpellier, Marceline, Éric Slabiak et moi avons imaginé une sorte de documentaire en direct : La vie balagan de Marceline Loridan-Ivens. Après deux soirées montpelliéraines, une troisième représentation était programmée un an plus tard à Paris, le 30 octobre 2014 au Forum des images, en partenariat avec le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme. Presque trois heures d'entretien, de films, de chansons...
Lors de la soirée à Paris, à l'initiative de Laurence Herszberg, le Forum des images a procédé à une captation à quatre caméras. Plus de trois ans plus tard, alors que Marceline sort en janvier 2018 son troisième livre (L'amour après, Grasset) et s'apprête à fêter son 90e anniversaire, j'ai souhaité me replonger dans ces heures-là.
Yves Jeuland
Diffusion : lundi 15 octobre 2018, 23h45 sur France 3 Grand Est
Au soir de sa vie, Marceline Loridan-Ivens revient sur son parcours dans une rencontre cinématographique nourrie d’archives filmées, de photographies inédites et du témoignage de ses proches.
Rescapée des camps nazis, camarade de déportation de Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens fut après la guerre une femme engagée et une réalisatrice passionnée de cinéma.
Femme libre, Marceline fut aussi un témoin du XXe siècle au côté du cinéaste Joris Ivens, dont elle fut la compagne.
Extrait
J'ai été quelqu'un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d'être triste et rire quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais je change. Ce n'est pas de l'amertume, je ne suis pas amère. C'est comme si je n'étais déjà plus là. J'écoute la radio, les informations, je sais ce qui se passe et j'en ai peur souvent. Je n'y ai plus ma place. C'est peut-être l'acceptation de la disparition ou un problème de désir. Je ralentis.
Alors je pense à toi. Je revois ce mot que tu m'as fait passer là-bas, un bout de papier pas net, déchiré sur un côté, plutôt rectangulaire. Je vois ton écriture penchée du côté droit, et quatre ou cinq phrases que je ne me rappelle pas. Je suis sûre d'une ligne, la première, «Ma chère petite fille», de la dernière aussi, ta signature, «Shloïme». Entre les deux, je ne sais plus. Je cherche et je ne me rappelle pas. Je cherche mais c'est comme un trou et je ne veux pas tomber. Alors je me replie sur d'autres questions : d'où te venaient ce papier et ce crayon ? Qu'avais-tu promis à l'homme qui avait porté ton message ? Ça peut paraître sans importance aujourd'hui, mais cette feuille pliée en quatre, ton écriture, les pas de l'homme de toi à moi, prouvaient alors que nous existions encore. Pourquoi est-ce que je ne m'en souviens pas ? Il m'en reste Shloïme et sa chère petite fille. Ils ont été déportés ensemble. Toi à Auschwitz, moi à Birkenau.
L'Histoire, désormais, les relie d'un simple tiret. Auschwitz-Birkenau. Certains disent simplement Auschwitz, plus grand camp d'extermination du Troisième Reich. Le temps efface ce qui nous séparait, il déforme tout. Auschwitz était adossé à une petite ville, Birkenau était dans la campagne. Il fallait sortir par la grande porte avec son commando de travail, pour apercevoir l'autre camp. Les hommes d'Auschwitz regardaient vers nous en se disant c'est là qu'ont disparu nos femmes, nos soeurs, nos filles, là que nous finirons dans les chambres à gaz. Et moi je regardais vers toi en me demandant, est-ce le camp ou est-ce la ville ? Est-il parti au gaz ? Est-il encore vivant ? Il y avait entre nous des champs, des blocs, des miradors, des barbelés, des crématoires, et par-dessus tout, l'insoutenable incertitude de ce que devenait l'autre. C'était comme des milliers de kilomètres. A peine trois, disent les livres.
Ils n'étaient pas nombreux les détenus qui pouvaient circuler de l'un à l'autre. Lui c'était l'électricien, il changeait les rares ampoules de nos blocs obscurs. Il est apparu un soir. Peut-être était-ce un dimanche après-midi. En tout cas, j'étais là quand il est passé, j'ai entendu mon nom, Rozenberg ! Il est entré, il a demandé Marceline. C'est moi, je lui ai répondu. Il m'a tendu le papier, en disant, «C'est un mot de ton père».
Revue de presse
«Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas», lui a dit un jour son père, alors qu'à Drancy, au début de l'année 1944, ils attendaient, parmi des centaines, des milliers d'autres Français juifs, le convoi qui allait bientôt les emmener vers l'est...
Marceline Loridan-Ivens signe Et tu n'es pas revenu, soixante-dix ans de remémoration sans un mot en trop. Elle a 86 ans et elle regrette le temps qui passe. Pas celui qui la rapproche de sa propre fin ; non, c'est bien plus grave ; elle regrette le temps qui la ramène aux pires heures de sa jeunesse, le temps de l'antisémitisme éternel et réinventé, le temps de la violence barbare, le temps des rejets, celui de ces enfants d'aujourd'hui qui font grincer leur stylo pour ne pas entendre son témoignage sur Auschwitz-Birkenau. Si certains mots ne sont plus audibles, gravons-les sur des feuilles de papier, pixélisons-les dans des mémoires informatiques ! Ceux de Marceline Loridan-Ivens, mis en scène par Judith Perrignon, ont une force exceptionnelle. Il faudrait les lire entouré du recueillement qui convient, mais en fait peu importe : dès la première ligne, le silence se fait, plus rien ne compte jusqu'à la dernière ligne, et ces mots, nul ne pourra les oublier. On a pu croire qu'après Primo Levi, après Robert Antelme, après Claude Lanzmann, tout était dit. Marceline Loridan-Ivens nous prouve le contraire. La force de son texte, c'est cette colère et cette douleur intactes, amplifiées même par "ce temps qui ne passe pas", pour reprendre le beau titre de J.-B. Pontalis. (Patrice Trapier - Le Journal du Dimanche du 1er février 2015)
Soixante-dix ans après, elle publie donc ce petit livre d'une rare intensité, écrit avec la complicité de la romancière Judith Perrignon. Et tu n'es pas revenu s'adresse à son père, qui, lui, n'a pas échappé aux bourreaux nazis d'Auschwitz-Birkenau. Imprimé par Grasset à 13.000 exemplaires, il a très vite attiré de nombreux lecteurs. Il faut dire que Marceline est infatigable et combative : son esprit libre et sa verve ont séduit tous les médias. Son témoignage est d'une force extraordinaire...
Marceline Loridan-Ivens, malgré la noirceur des événements, fuit tout pathos. (Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 19 février 2015)
Inconsolable et gaie, telle est Marceline Loridan-Ivens, la petite fille qui revint des camps. Ce voyage au coeur de l'enfer qu'elle écrit avec la journaliste Judith Perrignon, est porté par cette puissance que seule la gaieté, même contrariée, sait offrir. Voici le petit livre d'une grande dame. Plus qu'un témoignage, c'est une oeuvre littéraire. 110 pages qu'on lit en retenant son souffle. Marceline Loridan-Ivens avait 15 ans lorsqu'elle fut arrêtée avec son père par la Milice. Elle est revenue des camps de la mort. Pas son père. Soixante-dix ans après les faits, elle lui écrit. Une lettre qu'il ne lira pas et qui dit, sur un ton pudique et calme, l'indicible...
Inconsolable et gaie : et c'est ainsi que Marceline est grande. (François Busnel - L'Express, février 2015)
Présentation de l'éditeur
M.L.-I.
Biographie de l'auteur
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Émission de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présentée par Stéphane Bou et Juliette Senik, avec la collaboration de Rachel Rimmer, chaque dimanche de 13h à 13h30.
« Mémoires Vives » met en lumière les nombreuses initiatives en lien avec la mémoire de la Shoah et la transmission du judaïsme. Elle donne chaque semaine la parole aux hommes et aux femmes qui oeuvrent pour tisser à travers le temps et les générations les liens d’une mémoire ancrée dans les réalités contemporaines et soucieuse de l’avenir.
La Fondation soutient la recherche sur les persécutions antisémites et la Shoah, en France comme à l’étranger
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