
Sign up to save your podcasts
Or


Cette semaine dans roule galette , je vous propose un détour par une compilation : Post Punk Volume 01, publiée par Rough Trade .
Les compilations de ce type occupent une place un peu particulière dans les milieux musicaux. Elles sont souvent regardées avec méfiance par les puristes, qui leur reprochent de simplifier des scènes complexes, de transformer des contextes historiques en simple esthétique ou en musique d’ambiance, voire de fabriquer des récits un peu artificiels. Pourtant, ce sont aussi souvent ces compilations qui permettent réellement à la musique de circuler, de passer d’une génération à une autre, et parfois même d’ouvrir des portes vers des groupes ou des labels qu’on n’aurait jamais découverts autrement.
Par ailleurs , cette compilation est réalisée par un label dont on ne met plus en doute les capacités à repérer les artistes et chansons importantes . Les magasins Rough trade de Londres, de Tokyo ou à une époque révolue de Paris, restent ou restaient des passages obligés pour tous fans de musiques indépendantes . J’ai pu subrepticement , prendre des photos de Paul Weller au rough trade Portobello , voire des showcases au rough trade east ou encore croiser un jeune Ivan Smagghe derrière le comptoir rue de Charonne .
Dans le cas de Post Punk Volume 01, l’intérêt est justement de ne pas réduire le post-punk à quelques clichés : la noirceur, les guitares froides ou l’héritage direct de Joy Division. Ici, le post-punk apparaît surtout comme une zone de frottement entre plusieurs musiques : le funk, le dub, le disco mutant, les percussions africaines, l’expérimentation électronique ou encore certaines formes très minimales de musique de danse.
On y retrouve évidemment des groupes historiques comme Liquid Liquid, The Pop Group, A Certain Ratio ou ESG, mais aussi des groupes beaucoup plus récents pour l’époque, comme The Rapture, The Futureheads, Gramme ou Les Georges Leningrad.
Et finalement, cette cohabitation fonctionne assez naturellement. Elle montre surtout que le post-punk n’a jamais complètement disparu. Ses formes rythmiques, son goût pour les lignes de basse répétitives, les tensions dissonantes, les grooves bancals ou les structures déconstruites ont continué à réapparaître régulièrement sous d’autres formes.
Il paraît d’ailleurs difficile de nier à quel point le paysage rock actuel reste marqué par cet héritage, parfois jusqu’à transformer certains de ses codes en véritable formule. Depuis une bonne dizaine d’années, toute une partie de la scène indépendante continue de réactiver cet héritage, de Fontaines D.C. à Viagra Boys, en passant par Black midi , qui reprennent cette idée d’une musique à la fois tendue, physique, répétitive et volontairement instable.
Plus qu’un simple style identifiable, le post-punk apparaît alors peut-être comme une méthode : prendre les structures du rock, les ouvrir aux rythmes, au dub, à la danse, au bruit, à la répétition, et faire cohabiter tout cela dans quelque chose qui reste volontairement déséquilibré.
C’est cette circulation-là que propose finalement cette compilation : non pas une archive figée du début des années 80, mais une cartographie beaucoup plus mouvante, où différentes générations continuent de dialoguer entre elles.
On commence avec Delta 5 – Mind Your Own Business, qui cristallise une dimension essentielle du post-punk : l’émergence de groupes où les femmes occupent une place centrale, non seulement comme présence mais comme prise de parole directe. Le morceau fonctionne à la fois comme geste musical sec et comme déclaration, avec une dimension féministe explicite portée par le texte et l’attitude .
On poursuit avec les Georges Leningrad , et leur imparable George 5 . Groupe montréalais du début des années 2000 , , le groupe proposait des performances hilarantes ou l’absurde se mêlait à une énergie sauvage , bien avant que l’imagerie ne soit reprise par les très hype Angine de poitrine .
Avec Public Image Ltd – Careering, on est dans une logique différente : chaque élément suit sa propre trajectoire. La basse, la batterie, la voix et les guitares ne cherchent pas à fusionner mais à coexister dans un système fragmenté, typique de cet album imparable qu’est le monstrueux METAL BOX , où la tension vient justement de la séparation des éléments.
The Rapture – Out of the Races and Onto the Tracks marque ensuite la réactivation du post-punk au début des années 2000 dans sa dimension la plus physique et dansante. L’énergie est frontale, immédiate, construite sur une logique de tension rythmique et de répétition directement héritée des formes post punk initiales
Enfin, Scritti Politti – Skank Bloc Bologna renvoie à une période encore expérimentale du groupe, très éloignée de leur évolution ultérieure. Ici, la structure reste éclatée, dub, et volontairement instable, loin de toute forme pop stabilisée.
Après le ralentissement et les textures dilatées de Kruder & Dorfmeister, je vous propose cette semaine un retour à quelque chose de beaucoup plus sec, plus instable, presque rugueux : Sextet d’A Certain Ratio.
Au début des années 80, A Certain Ratio évolue dans l’orbite de Factory Records à Manchester, au même moment que Joy Division et toute une scène post-punk en mutation. Mais très vite, le groupe prend une direction différente : moins tournée vers la noirceur et la frontalité, beaucoup plus attirée par le rythme, le corps et la danse.
Avec A Certain Ratio, on est finalement bien plus proche des expérimentations de 23 Skidoo, du funk tendu de Gang of Four, des explorations rythmiques de Liquid Liquid, ou encore du mutant disco de l’écurie ZE Records.
Publié en 1982, Sextet prolonge une transition déjà amorcée sur To Each..., album enregistré dans le New Jersey et lié, au moins symboliquement, à l’ouverture du groupe vers la scène new-yorkaise. Mais là où To Each... restait encore relativement peu marqué par cette expérience, Sextet semble cette fois en avoir pleinement absorbé les influences.
Pour ce disque, Simon Topping abandonne en grande partie le chant au profit de Martha Tilson, rencontrée à New York et qui donnera son nom à l’album. Le groupe poursuit également sa route sans Martin Hannett à la production, estimant qu’il les faisait encore trop sonner comme Joy Division.
À première écoute, on pourrait presque parler de funk ou de musique de club : basse très en avant, percussions, cuivres, groove omniprésent. Les influences jazz et afro-cubaines s’affirment davantage. Mais, comme souvent chez A Certain Ratio à cette période, quelque chose résiste.
Le point central du disque tient dans cette contradiction permanente : tout semble vouloir fonctionner comme une musique de danse, mais rien ne se met réellement en place de façon confortable. Les grooves sont serrés, précis, mais constamment perturbés par des éléments dissonants, des interventions imprévues, des décalages entre les instruments.
La basse joue un rôle structurant, mais elle ne crée pas de stabilité. Les percussions invitent au mouvement, mais dans un cadre instable. Les voix apparaissent souvent distantes, fragmentées, presque fantomatiques, comme si elles refusaient de s’intégrer pleinement au flux rythmique.
Ce qui en ressort n’est pas une fusion entre funk et post-punk, mais plutôt une friction constante entre ces deux logiques. Le funk apporte le corps, le post-punk impose la contrainte. Et entre les deux, aucune résolution.
Même dans ses moments les plus “dansants”, Sextet ne produit jamais de relâchement. Le disque maintient une forme de tension continue, où le mouvement existe sans jamais devenir fluide.
C’est sans doute ce qui le rend encore aujourd’hui difficile à classer : une musique qui emprunte au dancefloor ses outils, mais en refuse systématiquement la détente.
On ouvre avec Lucinda, qui pose d’emblée presque tous les éléments du disque : basse très en avant, groove sec, tension permanente, et la voix de Martha Tilson, à la fois distante et presque désincarnée. Une excellente entrée en matière pour comprendre comment A Certain Ratio fait glisser le funk vers quelque chose de beaucoup plus étrange.
Sur Knife Slits Water, ce qui frappe surtout, c’est cette impression de forces contraires. La basse semble pousser le morceau vers l’avant, avec quelque chose d’assez rapide et mobile, tandis que la batterie, portée par un delay très présent, agit presque comme un frein, en étirant constamment le rythme. C’est sans doute ce qui donne au morceau son caractère aussi hypnotique et instable.
Day One apporte une respiration relative dans le disque. Son plus clair, piano plus présent, guitare funk légèrement psychédélique, percussions scintillantes : on entend déjà apparaître une couleur plus jazz et plus ouverte. Les cuivres n’arrivent que plus tard, presque comme une perturbation, pour venir troubler cet équilibre avec quelque chose de beaucoup plus étonnant .
Avec Rialto, l’album bascule vers une zone plus flottante et plus sombre. Le groove se relâche légèrement, les textures deviennent plus étirées, et on entend apparaître une influence dub plus marquée, dans la manière de traiter l’espace et les résonances. C’estun morceau plus diffus, presque en suspension. Ce type de traitement annonce le maxi suivant qui sortira sur le nom de Sir Horatio 1 mois plus tard .
Below the Canal termine le disque dans quelque chose de beaucoup plus vaporeux. La basse se dénude, la batterie s’allège, et l’ensemble perd en tension pour devenir plus diffus. Les cuivres et la voix traitée participent à une impression plus urbaine et déformée, comme un paysage sonore de ville perçu à distance, entre sirènes et circulation lointaine.
À la fin des années 90, Kruder & Dorfmeister sont déjà un cas étrange dans la musique électronique.
Ils n’ont toujours pas d’album au sens classique du terme, mais leur nom circule depuis plusieurs années dans toute une partie de la scène européenne. Leur apparition s’est faite par étapes : d’abord des productions locales à Vienne, puis l’EP G-Stoned en 1993, qui attire l’attention avec une esthétique déjà très identifiable, jusque dans son détournement de la pochette de Bookends de Simon & Garfunkel. Ensuite viennent les mixes, dont leur passage remarqué dans la série DJ-Kicks en 1996, qui élargit encore leur audience.
Mais c’est en 1998 que leur trajectoire se cristallise avec The K&D Sessions.
Officiellement, il s’agit d’une compilation de remixes réalisés sur plusieurs années. En réalité, le disque va rapidement dépasser ce statut administratif pour devenir un objet autonome, identifié comme une œuvre à part entière. Et c’est là que se joue une ambiguïté centrale dans leur travail : ils ne produisent pas des morceaux originaux au sens traditionnel, mais ils finissent par produire quelque chose qui est perçu comme un album.
Leur méthode est assez caractéristique. Dans la plupart des cas, ils partent de morceaux existants — issus de scènes très différentes, allant du hip-hop au drum’n’bass en passant par la pop ou la musique électronique — et ils les déconstruisent radicalement. Le principe n’est pas d’ajouter des éléments, mais de retirer, d’isoler, de recomposer. Dans certains cas, ils ne conservent qu’une voix ou un fragment mélodique, autour duquel ils reconstruisent entièrement la structure sonore.
Le résultat est reconnaissable : des morceaux ralentis, épaissis, souvent débarrassés de leur tension initiale, avec un travail important sur les basses, les résonances, et les espaces laissés entre les éléments. Une forme de musique qui n’est ni vraiment ambient, ni vraiment dub, ni vraiment trip-hop, mais qui emprunte à chacun de ces territoires sans s’y fixer.
Ce positionnement devient d’autant plus visible dans le contexte de la fin des années 90. La musique électronique est alors fragmentée : la techno continue de se durcir ou de se fonctionnaliser, la french touch domine une partie du paysage club, et le trip-hop a déjà installé ses codes plus sombres et cinématographiques. Kruder & Dorfmeister se situent à côté de ces dynamiques. Ils ne cherchent ni la tension maximale, ni le choc, ni même la construction de morceaux au sens classique.
The K&D Sessions va pourtant rencontrer un succès important. Le disque circule largement en dehors des circuits strictement club : cafés, bars, appartements, espaces d’écoute domestiques. Il devient rapidement associé à des contextes très précis, souvent liés à la fin d’activité plutôt qu’à son déclenchement. Une musique que l’on met quand les choses ralentissent déjà.
Ce glissement va aussi produire une lecture dominante du disque. Très vite, il est rangé dans une catégorie floue — downtempo, lounge, chill-out — qui tend à lisser la nature réelle du travail effectué. Car si l’écoute peut donner une impression de continuité fluide, presque décorative, la construction interne est beaucoup plus précise. Chaque remix repose sur des choix de réduction et de recomposition très contrôlés, où l’espace sonore est travaillé autant que les éléments eux-mêmes.
Avec le temps, cette tension entre sophistication de production et usage “d’arrière-plan” va définir la réception du disque. Il est à la fois très reconnu et souvent sous-écouté dans ses détails.
C’est probablement ce qui explique sa persistance. The K&D Sessions n’est pas un disque qui impose une trajectoire d’écoute stricte. Il s’inscrit dans des situations. Il accompagne des états déjà amorcés : une journée qui se termine, un déplacement qui s’arrête, une activité qui se relâche.
Le disque a souvent été rangé dans la catégorie des musiques d’ambiance, utilisées dans les cafés ou les après-midis sans urgence. Mais cette fonction d’arrière-plan rejoint, d’une certaine manière, une idée plus ancienne de la musique comme environnement — celle que Brian Eno formulait déjà avec Music for Airports : une musique qui ne demande pas d’attention frontale, mais qui modifie la perception du lieu où elle se trouve.
Je vous propose une formule un peu différente cette semaine , avec d’abord, l’écoute du morceau original , puis la version remixée de Kruger & Dorfmeister , bien plus parlant pour comprendre le travail des autrichiens . On démarre avec Roni Size Reprazent et son classique drum and bass heroes revisité ensuite en version Long Loose bossa par les autrichiens
on écoute spechless du duo autrichien Count basics , extrait de leur deuxième album moving in the right direction , puis la version Drum and Bass de Kruder & Dorfmeister
le titre Going Under des anglais de Birmingham rockers hi fi , extrait de leur second album Miss mash , puis la version remixé , le main mix , du duo autrichien
le très énergique Bug powder dust de Bomb the bass, qui apparaît sur le 3 eme album du projet de TOm Simenon , Clear, puis la version totalement revisité de Kruger & Drofmeister
Pour cloturer cette semaine , le Rollin On Chrome d’aphrodelics . Groupe de hip hop autrichien . Ici , on part dans une mise en abîme complète puisque le titre d’aphrodelics est déjà un remix de Being boiled de Human League , dont Kruder & drofmeister on complètement enlevé toute référence dans leur wild motherfucker dub .
Cette semaine , dans roule galette , je vous propose un disque pour rouler vers le soleil. Je sais, ça peut sembler un peu paradoxal quand le prix de l’essence atteint des sommets que nous n’aurions jamais imaginé dans nos pires cauchemars, et que le groupe vient de Norvège, pas exactement le pays le plus connu pour ses plages tropicales.
Mais peu importe, Kings of convenience des Kings of Convenience , vous apportera forcément un sentiment de bien être et rendra votre trajet si agréable que vous en oublierez les embouteillages, les kékés se prenant pour K 2000 dans leur golf Bon Jovi , vous pourriez même sourire en allant à la pompe à essence . Pour un peu , cette experience pourrait être utilisée pour relancer les ventes de véhicules .
Ce disque regroupe en réalité une série de titres issus de leurs premiers 45 tours norvégiens. Des morceaux enregistrés à la fin des années 90, diffusés de manière assez confidentielle, puis rassemblés ici dans une forme d’album de transition. Certains de ces titres réapparaîtront ensuite, légèrement retravaillés, sur Quiet Is the New Loud, qui les fera connaître internationalement l’année suivante.
À l’époque, cette compilation sort notamment via des circuits indépendants, avec une circulation assez fragmentée selon les territoires. Ces versions originales restent aujourd’hui INTROUVABLES en streaming, et les premières éditions physiques se vendent à prix d’or .
Kings of Convenience est un duo formé à Bergen par Eirik Glambek Bøe et Erlend Øye. Tous deux chantent et jouent de la guitare, même si la plupart des morceaux sont portés par la voix d’Eirik. Ils se connaissent depuis longtemps, ayant joué ensemble dans des groupes plus électriques, avant de réduire progressivement leur musique à l’essentiel : deux guitares, deux voix, presque rien d’autre.
Cette évolution se fait lentement, par étapes, jusqu’à cette esthétique entièrement acoustique, fondée sur l’épure et l’équilibre. Tout repose sur la respiration entre les voix, sur la précision des accords, sur une forme de fragilité assumée.
Le disque s’inscrit dans une idée simple mais radicale : faire de la sobriété un choix esthétique total. À contre-courant de beaucoup de productions de l’époque, il installe un calme durable comme position musicale.
Dans cet univers, les influences affleurent sans être mimées : on pense parfois à Simon & Garfunkel, parfois à certaines formes de folk britannique, notamment à Belle & Sebastian mais sans jamais que cela devienne une imitation. C’est une musique qui regarde ailleurs, mais qui avance à très petite vitesse , parfait pour partir vers le soleil et économiser en carburant .
Kings of convenience, la compilation éponyme paru chez Kindercore, c’est le disque de la semaine dans roule galette .
Pour démarrer cette semaine , je vous propose Failure, un titre sorti en single . Faiseur apparait ici , donc dans une version amputée de trompettes ou de violoncelle comme sur les versions ultérieures . Il n’en garde pas moins son efficacité , avec cette batterie assez rare chez les Norvégiens . Un titre presque épitaphe, l’échec est toujours la meilleure façon d’apprendre , gardons cela en tête , pour des lendemains qui chantent.
Aujourd’hui, Brave New World, un titre qui n’apparaît pas sur Quiet Is the New Loud. On est sur quelque chose de plus frontal que d’habitude. Le duo joue sur une séparation des voix : l’une porte le récit, l’autre incarne une forme de voix intérieure. Et cette voix intérieure est dure, elle attaque : menteur, lâche, incapable de saisir ce qui est là.
Le “brave new world” n’a rien d’utopique ici. C’est plutôt une ironie froide : le monde est présent, mais inaccessible. Trop de vitesse, trop de brouillard mental pour y entrer vraiment.
I Don’t Know What I Can Save You From revient dans une autre version. Ici, tout est dans l’arrivée de quelqu’un après des années de silence. Pas de grande reconstruction narrative : juste une porte qu’on ouvre, et une proximité qui réapparaît sans explication.Ce qui domine, c’est l’incapacité à se positionner : pas de rôle clair, pas de solution. Juste une présence. Et cette phrase simple, presque neutre, qui dit l’essentiel : aucune idée de ce qu’il est possible de réparer ou d’aider.
English House est un morceau à part, presque hors du temps dans l’ensemble. On y entend une écriture plus proche de Simon & Garfunkel dans l’esprit, notamment dans certains passages a cappella. L’image est simple : une maison anglaise froide, traversée par l’hiver, où le dedans ne protège jamais complètement du dehors.Le regard reste fixé sur l’extérieur : oiseaux, avions, sons du soir. Tout passe, tout circule, et le narrateur reste dans cet entre-deux, attiré par ce qui est dehors sans jamais vraiment en sortir.
Enfin, Parallel Lines clôt la semaine. Une version épurée, sans les éléments de piano présents sur la version album. Il reste une structure très légère, portée par les voix et une mélancolie stable. Une cymbale vient ponctuer l’ensemble, sans jamais le rompre.
Comme une grande partie de mes découvertes musicales, j’ai connu The Durutti Column par l’intermédiaire du Hit du Snob, cette émission présentée par Patrick Félix sur RVN, Radio Voix du Nord, vers 1985.
Je dis “vers”, car j’ai de plus en plus de difficulté à dater précisément ces moments d’écoute, l’oreille collée au transistor pour ne pas faire trop de bruit. Si les souvenirs deviennent plus flous, l’impact de Durutti Column, lui, est resté intact.
Chaque jour, du lundi au vendredi, Patrick Félix égrainait l’actualité musicale en provenance d’Angleterre, de Belgique ou des États-Unis, pour un classement bien plus proche de ceux de John Peel que de ceux de Marc Toesca. Aucun risque d’y entendre Peter et Sloane ou Jean-Jacques Goldman. Un véritable havre de paix. Un refuge anti -beauf .
Je découvre donc, par cet intermédiaire, l’EP Tomorrow, sorti début 1986. À l’époque, j’ai peu d’argent : les disques sont comptés, pesés, mesurés, avec parfois quelques écarts dus à l’impulsivité. Mais pour Durutti Column, je suis sûr de mon coup. J’avais déjà entendu ce morceau dans l’émission et j’en appréciais la mélancolie, ce chant fragile, presque susurré.
Une nuit, alors que je m’étais endormi, comme souvent, la radio allumée — ce qui impliquait un achat régulier de piles — je fus réveillé par cette chanson. Pas brutalement, mais comme par une présence singulière et douce. Une sensation étrange, entre présence et absence, une forme de saudade, entre rêve et réalité, qui s’est installée en moi toute la journée suivante, malgré un ciel D’hiver parfaitement radieux.
Quelques jours plus tard, j’allais acheter le disque à la Boucherie Moderne.
Un disque que j’ai épuisé, sans jamais parvenir à l’écœurement.
Bien avant les mails, j’avais même écrit à Patrick Félix pour obtenir des informations sur la discographie. Il me répondit quelques semaines plus tard en me citant The Return of the Durutti Column, LC, Another Setting et Without Mercy. Parmi ceux-ci, le premier sur lequel je suis tombé fut LC.
LC reste, sans conteste, mon album préféré du groupe. Le premier album, souvent cité, notamment pour sa pochette en papier de verre et la production de Martin Hannett, trouve moins grâce à mes yeux.
J’apprendrai beaucoup plus tard que LC figure parmi les albums favoris de Brian Eno. ce qui , en soi-même est un argument bien plus convaincant qu’une tentative de chronique balbutiante d’un adulescent attardé.
Pour cet album, Vini Reilly s’éloigne volontairement de la production de Hannett . C’est aussi le premier disque sur lequel il travaille avec celui qui deviendra son acolyte pour le restant de sa carrière, le batteur Bruce Mitchell , issue du jazz . La pochette est réalisée par l’épouse de celui-ci , Jackie Mitchell.
La majorité des titres sont issus d’ une cassette enregistrée sur un 4 pistes , dans la chambre de Vini Reilly, une nuit où il se sentait inspiré , en une prise, solo . Le lendemain , l’inénarrable Tony Wilson , boss de Factory , écoute cette cassette et ne veut pas la rendre à son auteur , il juge qu’il faut en faire un album . L’album est enregistré en 2 jours et demi , mixage compris . Bruce Mitchell dit qu’il s’agit généralement des secondes prises , la première servant à une courte répétition . Viny Reilly y voit principalement les défauts, notamment le souffle du Roland space echo .
Bien que l’album soit en grande partie instrumental , ce qui était plutôt inhabituel pour moi à l’époque , il s’est subtilement installé dans mon imaginaire musical , façonnant mes écoutes ultérieures , comme une espèce de mètre étalon . Ce n’est évidemment pas quelque chose que j’ai conscientisé immédiatement , mais bien plus tard, quand j’ai été capable d’y voir des réminiscences de son jeu de guitare si particulier , chez des groupes de post rock , ou quand encore plus tard, dans mon magasin de disques on me demandait de faire découvrir un disque , il n’était pas rare que je propose ce LC de Durutti Column .
Je n’ai rien à vendre aujourd’hui , je garde précieusement les différentes versions de cet album qui a été réédité , agrémentés de nombreux titres bonus , j’ai juste à vous partager un de mes disques favoris , dans Roule Galette LC par the Durutti Column .
Pour démarrer, je vous propose Sketch for dawn version 1 , nous écouterons la version II demain .
Le titre ouvre l’album et permet immédiatement de se familiariser avec le jeu de batterie de Bruce Mitchell et les guitares cristallines Vini Reilly . Il fait partie des rares titres chantés de sa discographie , Tony Wilson de Factory ayant deux objectifs , persuader Simon Topping d’A certain ratio de reprendre le chant avec son groupe , et inversement , demander à Vini Reilly d’arrêter de le faire . Sa voix , pourtant noyée dans le mix , fait partie intégrante de la fragilité du tire , même si celui-ci représente l’un des morceaux les plus uptempo de l’album .
L’autre version de Sketch for dawn , bien plus sombre et introspective que celle d’ouverture . L’ensemble est assez étouffé, le piano électrique, venant toutefois contrebalancer la mélancolie inhérente à la basse .
Nous poursuivons avec Jaqueline , morceau instrumental dédié à l’épouse de Bruce Mitchell , peintre , qui a réalisé la pochette de l’album , et celle du ep Deux triangles . Sorti à la même période .
Aujourd’hui, Never known , un de mes titres favoris , celui qui, avec Tomorrow a déclenché mon amour pour Durutti Column , celui-là même que je jouais aux clients qui me demandaient d’écouter l’album . Un titre à écouter en roulant , lunettes de soleil , pour se protéger à la fois des rayons du soleil et des larmes qui pourraient révéler l’ irrépressible mélancolie qui s’emparera de vous à l’écoute de celui-ci .
Pour terminer , l’impeccable The missing boy , un des classiques de The durutti Column . Avec lips that would kiss et sleep will come il s’agit du troisième titre de Vini Reilly dédié à Ian Curtis , le chanteur de Joy Division , dont on dit que Vini Reilly serait l’une des dernières personnes à l’avoir vu avant son suicide .
Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’album Panopticon d’Isis.
On change légèrement de terrain, un peu plus musclé que d’habitude. Rien ne me prédestinait à écouter Isis un jour.
En ce qui concerne l’évolution des goûts musicaux, plusieurs écoles existent.
Il y a bien sûr une écoute qui reste ancrée dans des repères de genre, qui fait que l’on revient souvent aux mêmes territoires, avec le risque de tourner un peu en rond, de reproduire une certaine habitude d’écoute.
Il y a aussi l’école des tendances, celle où l’on suit ce qui émerge au fil des médias, qu’ils soient mainstream ou plus indépendants, avec leurs “next big thing” qui passent et s’oublient parfois assez vite.
Étant relativement peu sensible aux critiques musicales, j’ai longtemps fonctionné par l’école label, celle qui fait que l’on creuse un sillon proposé par une maison de disque une fois avoir repéré un ou deux disques intéressants : ça a longtemps été le cas avec des labels comme Factory, 4AD, Beggars Banquet, Domino, Thrill Jockey, Sarah Records dont nous parlions récemment, Ché, Rocket Girl, Creation, Warp, Arbouse, Particule system , Prohibited, Lithium… Je pourrais en citer des dizaines.
Sans être un complétiste, l’entrée dans la découverte musicale s’est souvent faite par cet intermédiaire, ce qui permettait d’élargir peu à peu son univers musical.
Puis il y a les recommandations, qu’elles viennent d’ami-es ou de lectures d’interviews, car les artistes citent régulièrement leurs influences. À force, quelques noms finissent par s’installer dans votre lexique mental musical, et vous êtes alors plus disposé à tenter l’écoute d’un groupe sur lequel vous n’auriez pas misé un kopeck quelques semaines plus tôt.
Et puis il y a ces disques qui vous sortent un peu de votre zone de confort, sans doute parce que vous en avez découvert d’autres auparavant, et qui vous ont permis d’être plus ouvert. Des disques passerelles, qui font le lien entre genres, qui balaient les a priori et bousculent vos certitudes.
Panopticon d’Isis est définitivement de ce dernier type.
En 2004, on peut dire globalement, sans trop mentir, que j’ai un peu le sentiment d’avoir fait le tour du post-rock, que le énième renouveau du post-punk (celui du début des années 2000, avec Interpol, The Rapture…) me donne plus envie d’aller piocher chez les fondateurs, et que le trip-hop est devenu source de disques de plus en plus formatés.
J’en ai fini avec la pop, je n’ai pas encore redécouvert la chanson française, je ne suis pas encore mûr pour le jazz, ni pour les musiques groove… Je commence un peu à m’ennuyer dans les quelques milliers de disques à la maison.
Je reçois, un peu par hasard, via Southern Records, ce disque d’Isis, dont j’avais lu quelques fois le nom dans des interviews du groupe Aereogramme, qui le citait régulièrement. Une bonne recommandation, en quelque sorte.
Un peu rassuré , je décide donc d’y jeter une oreille, qui saigne très vite lorsque j’entends le chant hurlé, assez rédhibitoire à la première écoute , moi qui viens de l’école fluette Sarah, des vocalises de Morrissey ou des lamentations de Robert Smith. Heureusement, Aaron Turner se calme assez vite, et surtout, les plages instrumentales sont bien plus importantes que les moments chantés . Je trouve même un titre totalement instrumental que je pourrais diffuser dans l’indie sociable… Ce morceau, “ALTERED COURSE ”, a été ma porte d’entrée dans Isis, Panopticon.
Un titre incroyablement évocateur, un voyage à lui seul, qui me transporte toujours autant plus de 20 ans après son écoute.
Au fur et à mesure des écoutes, la voix apparaît nettement moins gênante, et à y écouter de plus près, le côté guttural est peu présent sur le disque, comparativement aux précédents albums que j’ai découverts à reculons.
Le titre de l’album n’est pas anodin . Il renvoie directement au concept de panoptique, théorisé par Michel Foucault : une structure où tout peut être observé en permanence. Et c’est intéressant parce que ça colle assez bien à l’expérience d’écoute. On est à la fois dedans — pris dans les masses sonores — et en train de regarder comment tout ça s’organise, comment ça se construit.
C’est peut-être ça, un des point clés de ce disque : il arrive à être à la fois immersif et analytique. On peut s’y perdre, ou au contraire suivre très précisément ce qui se passe.
Ce qui frappe, assez rapidement, c’est la manière dont le groupe construit ses morceaux. Pas logique couplet / refrain , la construction est beaucoup plus progressive, presque architecturale, rapprochant cela du post-rock de Godspeed You! Black Emperor, Mono ou Mogwai. Les morceaux avancent par blocs, par strates, avec des montées, des plateaux, des effondrements. Et surtout, rien n’est là par hasard : chaque partie prépare la suivante.
Il y a aussi cette idée de tension permanente. Une tension qui ne passe pas uniquement par la saturation ou la puissance, mais aussi par l’attente, par les silences, par les moments plus calmes. Par moments, on est presque du côté de Pink Floyd dans la manière de faire durer une ambiance, de laisser un motif s’installer.
Mais en même temps ( n’y voyez aucune référence à Macron ) ça reste un disque très physique. Il y a du poids , de la matière. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette lourdeur n’écrase jamais tout. Elle est toujours contrebalancée par autre chose : une nappe de claviers , des guitares ambiantes , une respiration, un détail qui vient déplacer l’écoute .
La production joue un rôle énorme là-dedans — le travail de Matt Bayles notamment. Le son est à la fois massif et très lisible. On peut entendre chaque couche même dans les moments les plus denses. Et ça donne une impression assez particulière : à la fois quelque chose de très large, presque comme une vue aérienne , et en même temps quelque chose de proche, finalement assez intime.
Dans la discographie du groupe, Panopticon arrive après Oceanic, qui avait déjà posé beaucoup de bases. Ici, cependant , tout est un peu plus maîtrisé, un peu plus précis, au regret des fans des premières heures . Les angles sont moins bruts, les transitions plus fluides. On a vraiment l’impression d’un groupe qui affine son langage
On peut entendre des rapprochements avec des approches plus post-rock dans la gestion des montées et des crescendos. Mais là où certains groupes s’arrêtent à une formule simple — montée lente puis explosion — ici les morceaux prennent des directions plus complexes, avec des ruptures, des détours, des changements de climat
Un disque passerelle, donc, entre le post-rock que je connaissais bien , mais aussi le post punk de Cure (la référence à Disintegration est flagrante ) et le post-metal que j’ai découvert par la suite avec Cult of Luna, Neurosis ou Amenra.
Pour démarrer , je vous propose ALTERED COURSE , donc , cet instrumental qui pourra vous permettre de découvrir ce groupe , si ce n’est déjà fait, sans avoir à se confronter au chant guttural .
Un titre comme une traversée aérienne , sous orage , qui nous oblige à changer de cap . Le groupe pilote dans un ouragan avant de rentrer en douceur soutenu par une batterie magistrale , ossature de cette pièce incontournable du disque . De la furie au désespoir d’avoir survécu .
So did we, démarre l’album . Le texte parle d’un cycle assez simple :
affaiblissement / mise à nu
perte de sens / déshumanisation , vision mécanique de la vie
chute dans une forme d’innocence ou de liberté
usure par le temps
puis résistance
C’est un texte plus existentiel , qui indique une forme de résistance après s’être endormi dans un système qui nous dépasse .
In fiction , est sans doute le titre qui fait le plus ouvertement penser à The Cure pour la basse très proche de celle de Désintégration . Un morceau plus ambient , qui se durcit au fur et à mesure de son évolution . Le titre évoque la manière dont on se raconte des histoires pour se projeter, mais où ces histoires finissent toujours par révéler ce qu’on est vraiment.
Syndic calls , est un morceau totalement porté par une batterie à nouveau incroyable , intro très space poursuite de wills dissolve, cela montre comment il est difficile d’extraire des titres isolés tant cet album est pensé comme un tout .Syndic calls évoque un monde plus si dystopique que cela . On est clairement dans la logique du panoptique de Foucault , le syndic appelle ton nom …
surveillance
intériorisation du contrôle
impossibilité d’échapper au regard ou à la contrainte
Un break déchirant à la guitare de michael Gallagher , vers 4 MINUTES 15 , puis la batterie reprend les reines de cette traversée dans un monde paranoïaque , les guitares ambiantes de MichaeL GALLAGHER rappellent son travail sous le pseudo MGR ( mustard gas and roses ) . IS it the last day ? Un morceau qui décrit un monde déjà sous pression, presque après la catastrophe, où une forme d’autorité vous appelle, vous expose, et finit par s’installer en vous. On ne subit plus seulement le contrôle : on le porte.
Grinning mouth qui cloture cet album viendra clôturer notre écoute du disque
Le texte parle d’un système où :
le pouvoir fabrique ou exploite la peur
les individus sont intégrés dans cette mécanique
la réalité devient floue
le discours dominant sature l’espace, mais la vérité circule autrement
On est dans une ambiance de :
contrôle par la peur
désinformation ou saturation de l’information
perte de repères entre vrai et faux . Toute ressemblance avec la période actuelle ne serait que purement fortuite .
Cette semaine, dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’album Against Perfection d’Adorable.
C’est la première fois dans l’histoire de Roule Galette que je profite de cette émission à des fins promotionnelles, puisque nous recevrons en concert privé le chanteur d’Adorable le 19 avril. L’occasion était trop belle de se replonger dans cette madeleine de Proust que représente cet album.
Démarrer son premier concert le jour de la guerre du Golfe, dans un pub nommé Tic Toc : vu comme ça, 35 ans plus tard, on peut se dire que la carrière d’Adorable sentait la scoumoune à plein nez.
Pourtant, les débuts discographiques du groupe avec le single Sunshine Smile démarrent sous les meilleurs auspices. Après une signature chez Creation Records, le single se retrouve propulsé “Single of the Week” dans le NME, journal faiseur et dé- faiseur de gloires à l’époque.
S’ensuit un second single moins concluant (de l’aveu même du chanteur et guitariste Piotr Fijalkowski), qui contribue à écorner l’image du groupe, décrit comme arrogant. Un troisième single, devenu un classique du groupe, Homeboy (qui ressortira d’ailleurs cette année dans le cadre du Record Store Day), n’attire que peu l’attention des médias. Le quatrième single, Sistine Chapel Ceiling, est lui aussi classé “Single of the Week” au début de l’année 1993, juste avant la sortie de leur premier album, Against Perfection.
Bien que les singles se classent tous dans le top 5 des charts indie, les ventes ne décollent pas. Les relations avec la presse se compliquent, en partie à cause de l’attitude du groupe en interview.
À l’époque, de nombreux groupes critiquaient ouvertement la musique du moment et en ressortaient comme des anti-héros admirables. Adorable, eux, passaient pour des crétins, des gosses de riches parlant de cinéma français et de Proust tout en méprisant leurs pairs.
Lors de leur première interview pour le NME, ils furent qualifiés de « groupe pop le plus arrogant » et de « profiteurs prétentieux, individualistes et imbus d’eux-mêmes ». Le Melody Maker ne leur accorde aucune interview et les chroniques sont désastreuses.
Si la presse détestait leur attitude, Alan McGee, lui, l’adorait et s’efforçait de promouvoir le groupe sous cet angle, produisant des photos promotionnelles où figurait un panneau “Arrogant”. Un t-shirt “Adorable Arrogant, le groupe que vous adorez détester” est même proposé.
Pour parachever ce malentendu, le groupe est rapidement consterné lorsqu’il arrive aux États-Unis pour promouvoir l’album. Cette publicité a traversé la Manche, et ils doivent arracher des affiches pour la promotion de leur tournée, eux qui pensaient arriver là en redémarrant sur de nouvelles bases.
Par ailleurs, le distributeur américain est en désaccord avec Creation, qui a signé dans leur dos un deal avec Sony, et le groupe est utilisé comme souffre-douleur dans leurs règlements de comptes.
Bref, on fait difficilement pire comme contexte pour promouvoir un album.
Par ailleurs, le groupe arrive à une période de fin de règne du shoegaze et avant l’apogée de la Britpop, ne rentrant pas véritablement dans les cases que les journalistes aiment utiliser pour décrire un artiste.
Musicalement, le groupe revendique plutôt un héritage d’Echo & the Bunnymen, des Psychedelic Furs ou encore de The Jesus and Mary Chain, des références nettement plus eighties.
Against Perfection, à la base intitulé Against Nature, puis Against Creation, a pourtant tout d’un disque qu’on ne saurait réduire à ce que la presse en a fait. Il présente un excellent équilibre entre chansons tendues, hits en puissance et morceaux plus introspectifs.
Le groupe sort dans la précipitation en 1994 un second album, Fake, toujours très intéressant mais moins immédiat. Ils sont virés malhonnêtement de Creation, ce qui amènera Noel Gallagher à confier à Alan McGee que renvoyer Adorable avait été l’une de ses plus grosses erreurs, tandis que d’autres artistes, comme Ash, Slowdive et Brian Jonestown Massacre, ont tous exprimé leur admiration pour le groupe.
L’album gagnera, bien après la séparation du groupe, en reconnaissance. Le groupe s’est reformé pendant une semaine en 2019 pour une série de concerts uniques qui ont affiché complet en un temps record, se produisant dans des salles plus grandes qu’à leur apogée pour clore proprement le chapitre Adorable.
Si les trois membres du groupe ont poursuivi d’autres carrières, Pete Fij a continué dans la musique avec son frère Krystof, ex-Bardots, au sein du projet polak chez One Little Indian, avant de mettre sa carrière en pause. Il revient des années plus tard pour deux magnifiques albums en collaboration avec Terry Bickers, ex-House of Love.
En 2026, il annonce un nouvel album solo pour juillet et passera par chez nous pour une date unique en France le 19 avril. Vous pouvez nous contacter pour plus d’informations via notre site internet.
Pour démarrer cette semaine, je vous propose d’écouter A to Fade In.
Un morceau devenu emblématique d’Adorable, qui porte en lui quelque chose de très simple et très fort à la fois. Il y a dans ce titre une forme de nostalgie immédiate et instinctive.
Et c’est exactement ce que ce morceau m’évoque, parce qu’il me renvoie à la première fois où j’ai vu le groupe, à Paris, au Rex. Une nuit qui s’est terminée bien après le concert, à attendre le premier train vers 6 heures du matin, à moitié affalés dans les sofas de cette boîte , épuisés, avec juste une bière à 30 francs pour faire durer la nuit.
Au-delà de cette image, le morceau parle de mémoire, de ce qui s’efface, de la peur de disparaître, et de cette envie très simple, presque enfantine, de continuer à exister, de rester visible. Un titre profondément triste qui a clôturé tous les rappels lors de la reformation du groupe en 2019 .
Sistine Chapel Ceiling est le quatrième single d’Adorable. Il a été élu “single of the week” et sort juste avant l’album, contribuant en partie à sa reconnaissance.
Le morceau démarre sur une basse très marquée, assez eighties, qui peut rappeler Echo & the Bunnymen, puis une batterie plus nerveuse, très typée début des années 90.
C’est un titre énergique, qui porte aussi une idée simple : celle de vouloir s’extraire du réel, de prendre de la hauteur, de se décaler de ce qui nous entoure.
Cut #2 est un titre qu’Alan McGee aurait voulu sortir en single, sans que cela ne se fasse finalement.
Le morceau parle de mots qui dépassent la pensée et qui blessent profondément. Des phrases dites sans réfléchir, mais qui marquent durablement.
Dans le contexte du groupe, on peut aussi y voir une forme de réponse indirecte à la presse, notamment au Melody Maker, même si le morceau reste avant tout universel dans son propos.
Musicalement, c’est un titre assez tendu, qui monte en intensité jusqu’à des guitares plus apocalyptiques, avec cet effet de sirène qui renforce ce sentiment d’urgence émotionnelle.
Breathless clôture l’album Against Perfection. Un morceau plus intime, presque épique, avec une dimension très romantique.
Peu joué en concert à l’époque, il a pourtant trouvé une nouvelle place lors des concerts de reformation de 2019, où il a servi de titre de clôture.
C’est un morceau qui a progressivement gagné le statut de favori auprès des fans, et qui est aujourd’hui souvent cité parmi les meilleurs titres du groupe.
Il a cette qualité rare des grands morceaux de fin d’album : celle de donner immédiatement envie de réécouter l’ensemble, comme une boucle naturelle.
Et les concerts de 2019 ont justement provoqué ce même effet : l’envie immédiate de se replonger dans la discographie courte mais dense du groupe.
Nous clôturons cette semaine avec l’immense “Homeboy”, leur tube qui ne fut pourtant jamais un tube, laissant le groupe dans une totale incompréhension.
Le morceau est porté par une rythmique tribale et une basse énorme, avec ce refrain à hurler : “You’re so beautiful”.
Un titre qui me ramène inévitablement à leur dernier concert en 1994 à Bruxelles, puisqu’ils l’avaient joué deux fois. Une virée mémorable, pour notre premier trajet en voiture hors frontière, sans GPS ni carte routière. Deux heures à tourner avant de finalement trouver le VK.
C’est là, avant le concert, qu’un fan nous apprend qu’il s’agirait du dernier concert du groupe. Étonnés, soulagés — nous devions les voir le lendemain à Paris — et profondément déçus, la rumeur se confirme dès l’entrée sur scène.
Piotr, d’un français approximatif, annonce alors : “Ce soir, Adorable n’existe plus.”
Une dure réalité, celle d’un groupe rattrapé par des ventes médiocres. Je me souviens d’ailleurs avoir rencontré Robert, le guitariste, à l’issue du concert. Il nous confiait avoir été viré de Creation, que le label se concentrait désormais sur Oasis, qu’il trouvait excellent… et que, finalement, c’était sans doute mieux ainsi.
Nous n’aurons pas eu à subir des albums décevants au fil des années.
Adorable, le groupe qu’on aurait adoré aimer pour longtemps, s’efface le 11 novembre 1994, jour de l’armistice.
Si ce n’est pas la scoumoune, ça…
Cette semaine dans Roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir , l’album BBH 75 , de Jacques Higelin .
Oui , je sais , les disques des séventies ne sont pas tous sortis en 1975 ! C’est vrai qu’après Julos Beaucarne, Vassiliu et Neu ! , on pourrait se poser la question ? Pourquoi donc, il ne propose que des disques sortis en 75 ! Pas la peine d’appeler ma psy, Je vous rassure, je ne fais pas une fixette sur cette année . D’ailleurs, ce disque d’Higelin , bien que nommé BBH 75 est sorti en 1974 , il existe même quelques exemplaires promos avec le titre BBH 74 .
Faire une chronique sur Higelin sur Saravadio me parait tellement évident que je me demande comment je n’en ai pas encore fait auparavant . Higelin représente pour moi une sorte de Sainte trinité : le père, le frère et l’esprit libre .
Le père , d’abord, car je l’ai découvert au moment du décès du mien . Le frère , ensuite, car c’est mon grand frère disparu trop tôt , qui me l’a fait découvrir , et pour l’esprit libre , ça se passe de commentaires .
Commençons déjà par lui rendre hommage pour le nom de cette webradio : sans l’écoute de tiens , j’ai dit tiens , un soir de 1979 , je n’aurais jamais pensé à m’intéresser à la musique , au label Saravah , à Brigitte Fontaine et Areski , à l’écoute tardive de radios fm, l’oreille collée au transistor .
Ensuite , les rares lectures de biographies d’artistes que j’aime se concentrent principalement autour de lui . C’est un être qui a forgé ma pensée , mes idées , mes idéaux , mon rapport aux gens , au travail , à la politique .
Higelin m’a accompagné une grande partie de ma vie , et même si je l’écoute beaucoup moins qu’auparavant , je ne boude pas une réécoute de ses disques Saravah , de Aï , de champagne, Caviar, No man’s land , alertez les bébés ou Higelin 82 .
Mais revenons à BBH . Si l’on se réfère à sa discographie , son dernier album date de 1971 : le magnifique , bien que bancal , crabouif . Entre 71 et 73, , Higelin s’installe en communauté à St Ouen avec Catherine le Forestier, puis dans les Alpes de Haute Provence à Noyers sur Jabron près de Sisteron . Là , par l’intermédiaire de Valérie Lagrange , il fait la rencontre de Simon Boissezon , guitariste taciturne et incroyablement doué qui a notamment joué dans docdaïl avec Ticky Holgado .
A l’époque, la dernière apparition scénique d’Higelin a été une catastrophe . C’était en ouverture de Sly and the Family Stone , à l’Olympia en juillet 73 . Débarquant avec son accordéon , il est rapidement hué par le public . Vexé, Higelin quitte la scène en leur disant : je reviendrai, mais pas tout seul . Le lendemain , il file aux puces de Saint -Ouen , s’achète un jean et un blouson de cuir ,se rase les sourcils . Exit la barbe de 3 jours, les chansons folk expé période Saravah : place à l’urgence rock et au combat .
Avec Boissezon aux guitares et basses et Charles Benarroch à la batterie et percussions , ils fondent BBH pour les initiales des 3 musiciens .
A celles et ceux qui s’étonnaient de cette mue de 74 , Higelin a plus tard reconnu qu’il écoutait déjà pas mal de rock à l’époque et que le changement n’était pas si étonnant que cela . Il évoque les Stones, les Beatles, Bowie, Marc Bolan …
Higelin, qui n’a plus de contrat avec une maison de disques depuis 71 , cherche une nouvelle écurie et trouve le soutien du directeur artistique Claude Dejacques , dont nous avons déjà parlé sur le roule galette consacré au percussions de Gainsbourg, pour une signature chez EMI .
Musicalement, BBH 75 est un mélange d’énergie rock et de poésie libérée. On y retrouve des riffs percutants, une base rythmique qui frappe sans cesse et une série de chansons où la voix d’Higelin n’hésite jamais à aller vers une expression brute. Ce n’est ni de la chanson traditionnelle, ni du rock progressif. On est dans quelque chose de beaucoup plus brut, proche de l’électricité des Stooges ou du MC5, une forme de proto-punk avant l’heure , voire de la folie psychédélique de Funkadelic .
L’album vend relativement peu ,8 000 EXEMPLAIRES, mais il marque terriblement les esprits . Il est souvent considéré comme l’un des premiers disques réellement rock en France , il a été classé dans les 100 meilleurs albums français par les inrockuptibles !!! Même la girouette Manoeuvre le classe finalement parmi les disques Français importants . Plus sérieusement , on peut considérer que ce disque a ouvert la voix à la scène rock française de la fin des années 70 avec des groupes comme Téléphone, Starshooter, ou encore Bijou . L’album a par ailleurs souvent été cité comme fondateur par des gens aussi divers que Gérard Blanchard, Cali , Rodolphe Burger ou encore Charlélie Couture .
On a commencé avec “Paris-New York, New York-Paris”, une entrée en matière trompeuse : une attente presque tranquille à Orly qui bascule progressivement vers quelque chose de plus dur, plus urbain, jusqu’à l’explosion finale. Un morceau qui résume à lui seul la tension du disque, entre récit, ironie et décharge électrique.
On a ensuite traversé “Œsophage Boogie, Cardiac Blues”, avec ce son de guitares volontairement crado, presque sale, qui vous saute à la figure. Là, plus de doute possible : Higelin est en train de faire un vrai disque de rock, porté par l’énergie brute du trio.
Puis “Chaud Bizness Chaud”, où il démonte sans détour le monde du show-biz. Un thème très présent à l’époque — on pense à Jean Yanne — mais ici porté par un son énorme, grâce notamment au travail de Roger Ducourtieux, avec ce jeu de panoramique qui donne l’impression d’un chaos parfaitement maîtrisé.
Avec “Est-ce que ma guitare est un fusil”, on est au cœur du personnage Higelin : une écriture organique, presque physique, et un groove impressionnant, construit avec peu de moyens mais une intensité maximale. Un classique, tout simplement.
Et puis on a terminé avec “Une mouche sur la bouche”, respiration acoustique dans un disque tendu et urbain. Un moment suspendu, presque paresseux, qui montre déjà son goût pour capter le réel, le vivant, jusque dans les sons extérieurs.
Cette semaine dans roule galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir la compilation temple cloud , du label Sarah records .
Lors d’un récent épisode de roule galette sur les Peel sessions de movietone , nous avons eu l’occasion de parler de Bristol , et c’est sans doute cela, qui m’a donné envie de réécouter cette madeleine de Proust que représente le label Sarah records . Un label extrêmement important pour moi , qui a marqué une certaine forme d’affranchissement d’avec les courants musicaux que j’écoutais jusque là , pour faire vite disons le post punk ou la new wave , pour partir vers des contrées plus pop … L’évolution de la musique dans la seconde moitié des années 80 ne me correspondait plus vraiment , j’étais hermétique au virage de plus en plus musclé de l’EBM , les prémices de la scène ACID me laissait de marbre,l’indus ne me parlait pas plus que çaet l’évolution du rock gothique comme les sisters of Mercy était d’un kitchissime ridicule . En dehors des legendary pink dots , Il n’y avait guère que les Jesus and mary chain et toute la scène naissante C86 qui m’intéressait … c’est à peu près à cette époque que date mon divorce d’avec le mouvement cold wave/gothique/post punk corbeau) .
Les années Sarah , correspondent à mon arrivée à l’université , un début d’émancipation qui permettait d’accepter une sensibilité plus affirmée , moins dictée par le besoin d’être ou de paraitre normal . Sarah records, avec ses chansons acnéiques post pubères , a été un compagnon de chemin pendant toutes ces années post lycée .
Pour comprendre cette compilation, il faut remonter à 1987 à Bristol, quand deux passionnés de musique créent un label indépendant appelé Sarah Records. Ses fondateurs, Matt Haynes et Clare Wadd, sont eux‑mêmes issus de la scène fanzine anglaise de la fin des années 80 : avant Sarah Records, ils animaient des fanzines comme Are You Scared To Get Happy? et Kvatch, supports critiques et passionnés qui étaient accompagnés parfois de flexidiscs. Ce contexte explique d’emblée ce que ce label défendait : pas de stratégie commerciale, plutôt une culture de la musique indépendante pensée par et pour les fans, avec une communication personnelle, un souci de cohérence et une proximité forte avec les artistes.
Sarah Records s’inscrit dans une époque où l’indie britannique se redéfinit. Quelques années avant, en 1986, la compilation C86 publiée par NME avait contribué à définir une esthétique indie jangly et guitaristique, que beaucoup de groupes de la fin des années 80 prolongeront. Le label se réclame également de la jeunesse écossaise « the sound of Young Scotland » , référence aux labels fast , ou encore Postcard , le label d’Orange Juice.
Le label de Bristol prolonge et enrichit cette esthétique avec une éthique DIY inspirée du punk rock , un sens de la débouille clairement assumé , des puristes pop , sans aucun besoin d’artifices , ni volonté d’apparaitre cool ou hype . Par ailleurs , choisir un prénom de fille comme nom de label était un acte assez rare dans un univers dominé par les hommes . Sans être ouvertement féministe, Sarah records a toujours eu en son sein un nombre important de femmes musiciennes , chanteuses à une époque où cela restait encore rare .
Musicalement, Sarah Records publie des groupes et des projets qui seront emblématiques de l’indie pop britannique : The Field Mice, The Orchids, Another Sunny Day, Heavenly, Blueboy, The Wake, Brighter ou encore St. Christopher. Ce sont des artistes qui, souvent en 7 pouces , explorent des mélodies sensibles, des guitares claires et des voix expressives, avec une touche d’émotion qui échappe à une simple étiquette de pop « mignonne ». Le terme “twee pop”, souvent collé à ce son, a été explicitement rejeté par les fondateurs du label, car il sous‑estimait leur démarche artistique et pouvait porter une connotation péjorative.
En 1990, Sarah Records publie Temple Cloud: A Sarah Compilation. Il ne s’agit pas d’un classique best‑of retrospectif sorti bien après coup, mais d’une compilation officielle conçue par le label lui‑même, qui rassemble des titres jusqu’alors dispersés sur des singles 7 pouces, ou 45 tours si vous préférez . Ces titres n’avaient pas été intégrés dans les rares albums originaux des artistes concernés, et les regrouper permettait de les faire mieux connaître à un public plus large. La compilation elle‑même comprend 16 morceaux représentatifs de la première période du label compris entre les références 13 et 28 du label. Elle fait suite a shadow factory , la première compilation du label s’occupant des 12 premières références .
Le titre Temple Cloud fait référence à un village près de Bristol, rendu familier pour beaucoup par le trajet du bus 376 qui reliait Bristol à Wells et passait par cet endroit. C’est une image simple, proche, presque quotidienne, qui correspond bien à l’esprit du label : une pop pensée pour l’écoute au quotidien, pour les trajets, les moments de réflexion et de découverte personnelle. En ce qui me concerne , elle correspondait plutôt à mes trajets Lille -Lens en autobus .
Pour une fois , la France ne fut pas en retard sur la reconnaissance du label , aidé en cela par la distribution des disques par Danceteria , créé par les fondateurs de la boucherie moderne à Lille. Les Field Mice ou Blueboy ont joué leurs plus gros concerts en France .
Sarah Records poursuivra son projet jusqu’en 1995, date à laquelle il cesse volontairement ses activités après la sortie de sa centième référence. Cette fin n’est pas le résultat d’une faillite ou d’un désintérêt : les fondateurs ont décidé de mettre un terme au projet plutôt que de le laisser dériver vers une dynamique commerciale ou administrative qu’ils jugeaient incompatible avec leurs principes.
Aujourd’hui encore, Sarah Records est cité comme une référence majeure dans l’histoire de la pop indépendante britannique, non seulement pour sa musique, mais pour sa manière d’être — un projet artistique cohérent, une résistance à la marchandisation et une attention particulière à l’égalité créative. Deux livres (popkiss et these things happen ont été publié , et un documentaire vidéo my secret world est également disponible . Les références se revendant à prix indécent sur discogs, heureusement des labels comme LTM , Cherry red ou colourful Storm ont réédité quelques un de leur disques , ce qui n’a pas pour autant fait baisser la côte des premières références .
Pour démarrer la découverte ou redécouverte de cette compilation , je vous propose un titre de the wake , Carbrain .
Ce titre est intéressant à plusieurs points , car the Wake est le premier groupe signé chez SARAH qui a déjà sorti des disques sur un gros label . The wake était membres de l’écurie Factory , label de Joy division new order , durutti Column ou Section 25 . A l’époque le groupe était accusé de suivre un peu trop l’évolution Joy division/new order , sans développer leur propre identité . Après un hiatus de quelques années ils réapparaissent sur Sarah et peuvent en cela être emblématique de l’évoultion du post punk vers des terrains plus pop , plus indie , quand une autre partie de la scène a suivi un courant plus indus , ou alors a suivi le courant house …
On les retrouve ici avec le titre Carbrain , face B du 45 tours crush the Flowers .
Aujourd’hui , song Six des Field Mice . Les Field mice, sont incontestablement le groupe le plus connu de l’écurie Sarah records . Ils ont été soutenus par Bernard Lenoir qui leur a consacré une white session et par les inrockuptibles avec le titre sensitive, leur Hit, qui a été placé dans une compilation . Le morceau song six, est loin d’être le plus connu du groupe, il figure, sur la la face B des 45 tours the Autumn store . On ne le retrouve ni sur la compilation du groupe parue chez SARAH ni sur celle parue chez Shinkansen ( le label post Sarah de Matt Haynes ) . Il s’agit pourtant d’une chanson intéressante et qui garde toute sa pertinence actuellement , face à une vague affligeante de masculinistes . La chanson critique le comportement sexiste et agressif de certains hommes. Elle parle des hommes qui harcèlent les femmes, qui confondent domination et autorité, ou qui sont insensibles et cruels. L’auteur exprime à la fois du dégoût et de la honte pour le genre masculin, en se distanciant de ces comportements et en soulignant le contraste avec ce qu’est un homme respectueux et doux.
Aujourd’hui , un autre classique du label , you should all be murdered de another Sunny Day , le projet d’Harvey Williams , musicien qu’on retrouvera dans plusieurs formations du label ( Field mice, blueboy ) ou sous son propre nom . La compilation London weekend d’Another Sunny Day peut se targuer d’être le disque le plus recherché de ma discothèque avec des tarifs absolument démentiels , alors qu’une version cd est sortie , agrémentée de Bonus tracks pour 10 fois moins cher . La folie du capitalisme que dénonçaient les fondateurs du label , les prend à leur propre piège . You should all be murdered exprime une haine intense et violente envers certaines personnes , notamment celles qui parlent trop , alors autant se taire et écouter you saoul all be murdered .
Une autre chanson emblématique du label , St Chistopher, avec all of a tremble . St. Christopher est un groupe d’indie pop britannique formé à York en 1984. Le groupe s’articule principalement autour du chanteur et compositeur Glenn Melia, qui en restera le seul membre constant pendant toute son histoire . Ils publieront quatre singles
un mini-album 10 pouces intitulé Bacharach (1990)n mais sortiront de nombreux autres disques sur des labels comme Vinyl Japan , slumberland , parasol ou élefant …
All of a tremble fut asussi beaucoup diffusé par l’intermédiaire des inrocks et de Bernard Lenoir . C’est un groupe cité à plusieurs reprises par Dominique A , à ses débuts . Certains commentateurs ont comparé certaines intonations vocales de Melia à Scott Walker, notamment dans la dimension dramatique de son chant.
Pour finir , Noah’s ark de brighter , chanson qui clôture cette compilation . Ce trio de Worthing a publié quelques-uns de ses singles les plus délicats entre 1989 et 1992 : around the world in 80 days , Noah’s Ark, et aussi un mini album Laurel . On retrouve ici cette signature claire et sensible du label : guitares cristallines, voix mélancoliques, mélodies directes post pubères dans leur sincérité.
Bien sûr le choix, comme toujours fut difficile , et ne saurait représenter , n’en déplaise aux détracteurs du label , la diversité des approches S’il ya indéniablement un unité Sarah records dans la discographie du label , il y également différents styles qui n’ont pas été diffusés … du shoegaze de Secret chine ou éternel à. La pop groovy des Sugargliders en passant par le punk de Boyracer ou l’élégance de the Orchids … l’occasion de revenir sur ce label lors d ‘un autre épisode de roule galette
Au début des années 70, l’Allemagne de l’Ouest voit apparaître une scène musicale très particulière que la presse britannique appellera plus tard le krautrock. Ce terme est d’ailleurs plutôt réducteur, parce que les groupes concernés n’avaient pas forcément l’impression de faire partie d’un même mouvement. Mais ils partageaient une idée : rompre avec le rock anglo-américain traditionnel, avec ses structures blues, ses formats classiques, et inventer une musique plus libre, plus expérimentale, plus ancrée dans le présent.
Parmi ces groupes, on trouve par exemple Can, Faust, Cluster, ou encore Amon Düül II. Mais l’un des projets les plus radicaux et les plus influents reste Neu!.
Neu! est fondé en 1971 à Düsseldorf par deux musiciens : Klaus Dinger et Michael Rother. Tous les deux ont brièvement fait partie de Kraftwerk à ses débuts. À l’époque, Kraftwerk n’est pas encore le groupe électronique que l’on connaît aujourd’hui ; c’est plutôt un laboratoire sonore où se rencontrent rock expérimental, improvisation et musique contemporaine.
Dinger et Rother quittent rapidement Kraftwerk pour développer leur propre vision. Leur idée est assez simple mais très radicale : créer une musique basée sur la répétition, sur le mouvement continu, presque comme une route qui défile sans fin. Klaus Dinger développe alors ce qui deviendra l’un des éléments les plus célèbres du groupe : le rythme motorik. C’est un battement très régulier, très droit, souvent joué à tempo moyen, qui donne une sensation d’élan permanent. Ce n’est ni vraiment du rock, ni vraiment de l’électronique, mais une sorte de pulsation mécanique et hypnotique.
Après leur premier album en 1972, Neu! enregistre très rapidement un second disque : Neu! 2, qui sort en 1973. Ce deuxième album est devenu presque aussi célèbre que le premier, mais pour une raison assez particulière.
La moitié du disque contient de nouveaux morceaux dans la continuité du style du groupe : longues pièces répétitives, guitares planantes de Michael Rother, et le fameux rythme motorik de Klaus Dinger. Mais le groupe se retrouve alors face à un problème très concret : les nouvelles idées ne viennent pas immédiatement , le budget du label est épuisé et ils n’ont plus assez d’argent pour enregistrer de nouveaux titres pour la seconde face.
Plutôt que d’abandonner le projet, ils prennent une décision assez radicale : remplir la face B en manipulant les morceaux de la face A. Ils passent certains titres en vitesse accélérée, d’autres au ralenti, certains sont passés à l’envers ou transformés par le montage. À l’époque, ce genre d’idée est assez inédit dans le rock. Ce qui était au départ une contrainte financière devient finalement une expérimentation sonore très audacieuse.
Mais après ce disque, la situation devient compliquée pour le groupe. Les ventes restent modestes et les tensions artistiques entre Dinger et Rother commencent à apparaître.Ils tentent une tournée en incluant Moebius et rodelius de cluster mais ça ne fonctionne pas . Les deux musiciens prennent alors des chemins un peu différents. Michael Rother se consacre à son autre projet, Harmonia, qu’il forme avec Cluster, et commence aussi à travailler sur sa carrière solo. De son côté, Klaus Dinger développe des idées plus directes, plus énergiques, qui annoncent déjà l’esthétique qu’il explorera plus tard avec son groupe La Düsseldorf.
Pendant presque deux ans, Neu! reste donc en sommeil. Ce n’est qu’en 1975 que les deux musiciens se retrouvent pour enregistrer ce qui deviendra leur troisième album, Neu! '75.
Et cette période de séparation se ressent clairement dans le disque. Plus que les précédents, il donne l’impression de rassembler deux visions musicales différentes.
La première moitié de l’album correspond plutôt à l’univers de Michael Rother : une musique atmosphérique, planante, presque contemplative, où les guitares se déploient lentement sur des rythmes souples. C’est une musique très ouverte, presque cinématographique, qui influencera beaucoup de musiques ambient et post-rock des décennies suivantes.
La seconde moitié de l’album est beaucoup plus brutale et directe. Là, on entend surtout l’influence de Klaus Dinger. Les morceaux deviennent plus nerveux, plus électriques, presque agressifs. Le titre “Hero”, par exemple, est souvent considéré comme une sorte de préfiguration du punk, deux ans avant l’explosion du mouvement en Angleterre.
Cette opposition entre les deux faces du disque donne à Neu! ’75 un caractère très particulier : c’est à la fois un album contemplatif et un album presque proto-punk. Deux visions différentes de ce que peut être le rock expérimental des années 70.
Même si Neu! n’a jamais connu un grand succès commercial, leur influence est immense. Leur manière d’utiliser la répétition et la pulsation a marqué des artistes très différents : David Bowie et Brian Eno pendant la période berlinoise, mais aussi plus tard des groupes comme Stereolab, Sonic Youth ou toute une partie de la scène indie et électronique.
Aujourd’hui, Neu! ’75 reste l’un des disques essentiels pour comprendre comment, au milieu des années 70, certains musiciens européens ont commencé à imaginer une autre façon de faire du rock : moins centrée sur la virtuosité, plus basée sur le rythme, la texture et l’hypnose sonore.
Nous allons démarré cette semaine , non pas avec ISI , qui ouvre l’album , mais par le premier morceau de Neu ! que j’ai entendu : seeland . C’était chez un chez un disquaire Londonien , le fameux Selectadisc, remplacé depuis par Sister Ray , dans Berwick street à Londres, et immortalisé sur la pochette du deuxième album d’Oasis , what’s the story morning glory .
C’était lors d’une de ces journées marathon à Londres . Lever 5 heures pour rejoindre le port de calais , prise d’un billet piéton à l’arrache pour 5 francs .traversée maritime où l’on ne pouvait s’empécher de faire une référence à la croisière s’amuse .
Arrivée à la gare de Douvres pour prendre un fameux English breakfast en attendant le train qui nous amenait à Londres . Une fois sur place, achat de la one Day travel card , puis le circuit commençait , principalement autour de Berwick et Oxford street, même si on aimait bien démarrer à Marble arch , car ça me rappelait une chanson de Blueboy , que j’adorais . Selectadisc n’était pas forcément le disquaire où l’on passait le plus de temps , on cherchait plus les disques de secondes mains , type Mister CD , bien plus intéressants financièrement , le marché de la seconde main étant nettement plus important en Angleterre qu’en France . Chez Selectadisc , c’était plus pour combler la liste de disques neufs que l’on avait remplie en feuilletant Magic, les Inrocks , l’indic … ou le NME acheté à Douvres . On regardait assez peu les disques autres , freiné par notre budget déjà bien trop conséquent au regard de notre salaire . Mais comme ces disquaires étaient nettement mieux rangés que les capharnaüm de master cd , on y restait quand. Même un peu histoire de se reposer mentalement … Je me souviens notamment avoir découvert là -bas l’album de radar Bros sur lequel on reviendra un de ces jours dans roule galette . Mais revenons , à ce NEU ! 75 . Je regarde les bacs, quand ma tête se laisse emportée par ce SEELAND , douceur hypnotique suffisamment marquante pour que je calme un peu ma frénésie de recherches dans les bacs à cd ( oui , nous étions vers 1996 ou 97 et le vinyle n’était pas redevenu la nouvelle poule aux oeufs d’or de l’industrie musicale) . Je garde ça en tête ,en me disant que je demanderais bien ce qui passe en ce moment au vendeur , mais partagé entre timidité et faiblesse linguistique, je préfère attendre un peu .
Toujours en direct de Selectadisc, je trippe comme un malade sur le nouveau tire que je découvre , Leb Whol . titre Est ce parce que je suis heureux de retrouver un peu de repos en pensant à tout le reste des disquaires qu’il nous reste à faire ? Aurons nous assez de temps pour aller à Camden ? Il ne faut pas oublier de passer chez Reckless ,… Ah , et j’aimerais bien voir le fameux cheapo cheapo records évoqué dans the gift #2 sur the last supper des bollock Brothers … je sais que c’est dans soho , mais je ne sais pas où exactement …
Ces notes de pianos sur fond de métronome réverbéré me font complètement oublié où je suis . Pour un peu , j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté comme Souchon , à contempler la folie autour de moi . La mer arrive et m’emporte, je ne suis plus là . Leb Wohl , Neu! , c’est extrait du disque de la semaine dans roule galette .
Une guitare vient me réveiller de ma douce torpeur . C’est signe qu’il faut repartir , je finalise mes achats , un dernier tour du côté des Virgin prunes ou de Bauhaus , quelquefois que je trouverais une bizarrerie que je n’ai pas . Ce nouveau morceau me fait aussi carrément trippé … ça me fait penser à Stereolab ou aux faith’healers … Je vais aller chercher aussi par là avant de passer en caisse . Mon anglais ne s’étant toujours pas amélioré depuis 1/4 d’heure, je vais devoir affronter le vendeur pour lui demander ce qui est en train de passer … je lui donne mes pochettes vides pour qu’il aille chercher les références tout en buvant son mug de thé ( il était quasi impossible de voir un disquaire sans un mug de thé ! ) et je me lance … euh … could you show me the sleeve of what we are listening to ? , ce à quoi il se marre en me disant : you won’t see a lot ! Effectivement, une pochette noire avec ces 3 lettres NEU et ce point d’exclamation , en blanc , comme un tag . Ah mais c’est ça NEU ! Je l’avais tellement de fois lu dans des interviews sans savoir ce dont il s’agissait ! J’apprends par la même occasion que ça se prononce Noï et pas neu comme NEUNEU , bien que c’est vraiment l’impression que j’ai de moi en découvrant ce groupe aussi fondamental dans ces circonstances … Il me demande You take it ? Et de lui de répondre oh Yes, of course ! . Hero , c’est le titre qu’on écoute aujourd’hui .
On poursuit l’écoute du disque de la semaine NEU!75 avec ISI . Changement de lieu , changement de temp et d’espace , nous somme de retour à Calais , le moment favori où l’on peut enfin commencer à écouter tout ce qu’on a glané dans cette journée marathon . Il est pas loin de minuit, on récupère la voiture sur le parking du port et je fouille dans mes sacs pour chercher ce disque de NEU ! qui me fait bien plus envie que tout les autres disques que j’ai achetés ce jour là .
C’est ainsi que j’expérimente sur l’A26 le fameux trip autoroutier en écoutant du krautrock .
A moins d’aller en Allemagne, l’A26 est incontestablement , la meilleure autoroute du secteur pour écouter NEU !
Oubliez l’A1 qui bouchonne toutes les 2 kilomètres . Il n’ya pas mieux que l’A26 vers minuit - 1 heure du matin pour découvrir ISI de NEU ! . Les synthès et piano sont apaisants et vous donneraient presque envie de saluer les deux voitures que vous doublez . La batterie métronomique joue le rôle de régulateur de vitesse absent de la voiture , c’est régulier et on avale les kilomètres dans une sorte de béatitude insouciante . On en oublierait presque la fatigue et le trou dans le budget que cette journée vient de créer … NEU! ISI , c’est extrait du disque de la semaine dans roule galette .
Pour finir cette semaine , arrive le choix crucial de choisir entre E-Musik et After eight les deux morceaux restants sur l’album de NEU! 75. On choisira after eight , car c’est lors de ce trip anglais que j’ai découvert NEU ! After eight , ça fait tellement plus anglais, on se retrouverait presque dans une tea room , mais en fait , pas du tout , … Il est pas loin de deux heures du matin , nous sommes rentrés à bon port, le temps de s’affaler sur le clic clac pour regarder tous ces disques achetés en dégustant un Dillon Ananas sur glace , on retourne sur ce disque de NEU ! Qui finalement reste le seul dont je me souvienne parmi tous . Comme une impression que ce disque m’accompagnera , longtemps , avec toujours la même incrédulité devant l’énergie , l’inventivité , la paix et la fureur qui ressortent de cette écoute .
On découvrira les autres disques de Neu! au hasard des brocantes où je trouverais coup sur coup le premier NEU ! Et l’incendie de Brigitte Fontaine et Areski chez Byg , mais ça , c’est une autre histoire qu’on écoutera peut être une fois prochaine dans roule galette .
From the publisher's feed