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Cette semaine dans Roule Galette, Je vous propose un album un peu plus récent que d’habitude puisque sorti en 2022 . Oui , nous ne sommes pas que des passéistes , adeptes du c’était mieux avant , il nous arrive encore d’acheter ou d’écouter des disques récents , même si , nous devons bien l’avouer, l’actualité a une sérieuse tendance à un formatage qui nous laisse globalement indifférent .Appelez cela le syndrome du vieux con si vous le souhaitez, peu importe .
Nous voici donc avec un disque sorti en 2022 chez textile records mais qui s’occupe d’une période qu’on chérit particulièrement , celles des années 90 avec les Peels sessions de Movietione .
Vous pensiez bien qu’il y aurait un piège !!!
Au milieu des années 1990, alors que la Grande-Bretagne est dominée par l’exubérance médiatique de la Britpop, une poignée de groupes de Bristol développe à l’écart une scène musicale radicalement différente. Discrète, expérimentale et profondément indépendante, elle repose moins sur un style commun que sur une sensibilité partagée, nourrie par des liens d’amitié, une géographie commune et une approche intuitive de la création. Au centre de ce réseau se trouvent plusieurs formations étroitement liées — Movietone, Flying Saucer Attack, Crescent ou encore The Third Eye Foundation — qui formeront l’un des noyaux les plus singuliers du DIY britannique des années 1990.
L’histoire commence à Bristol, autour de Kate Wright, Rachel Coe et Matt Elliott, qui se rencontrent au Cotham Grammar School. Très vite, les répétitions improvisées dans un cabanon de jardin donnent naissance à leurs premiers projets musicaux. Dans cet environnement où personne ou presque ne lit la musique, les morceaux se construisent de manière intuitive, à partir d’images, d’atmosphères ou de sensations évoquées par Wright pour orienter les arrangements. Les références sont multiples — folk anglais, jazz, expérimentations sonores, poésie beat — mais la démarche reste instinctive et collective.
Formé au milieu de cette constellation d’amis musiciens, Movietone développe un langage musical très personnel : une musique lente et atmosphérique où les guitares fragiles, les cordes, la clarinette ou les textures improvisées se mêlent à la voix délicate et énigmatique de Kate Wright. Les influences peuvent rappeler par moments la lenteur mélancolique de Galaxie 500, la retenue du troisième album de The Velvet Underground ou certaines formes de folk minimaliste, mais le groupe reste difficile à situer dans un courant précis.
Autour d’eux gravite toute une communauté créative. David Pearce fonde Flying Saucer Attack, projet mêlant folk pastoral et guitares saturées enregistrées sur quatre pistes, tandis que Crescent, mené notamment par Matt Jones, développe un rock expérimental austère qu’on espère vous faire découvrir à l’occasion d’un autre épisode de roule galette . De son côté, Matt Elliott s’oriente vers des paysages sonores plus sombres avec The Third Eye Foundation, influencés par le dub, le trip-hop et la drum & bass qui imprègnent la ville de Bristol.
Dans ce contexte foisonnant, Movietone enregistre plusieurs sessions pour l’émission radio de John Peel sur BBC Radio 1 entre 1994 et 1997. Ces enregistrements capturent le groupe à un moment charnière de son évolution : une formation encore proche de ses origines DIY, mais déjà engagée dans un processus d’expérimentation sonore qui caractérisera ses albums suivants.
Plus largement, l’histoire de Movietone et de leurs contemporains illustre une autre facette de la musique britannique des années 1990 : un réseau souterrain d’artistes travaillant en marge des tendances dominantes, privilégiant l’intuition, les collaborations et des méthodes d’enregistrement souvent rudimentaires. Cette approche — parfois jusqu’à enregistrer en extérieur pour capter les sons de l’environnement — a contribué à produire une œuvre qui, loin des modes de son époque, semble aujourd’hui totalement intemporelle.
Cette semaine, nous écoutons les Peel Sessions de Movietone, révélant l’évolution du groupe entre 1994 et 1997. Lundi, « Mono Valley » montre déjà leur esthétique : voix de Kate Wright intégrée, rythmique discrète et superposition instrumentale, avec un geste sonore saisissant, le verre brisé. Mardi, « Stone », plus noise et abrasif, renvoie aux racines lo-fi du groupe, à l’époque de Lynda’s Strange Vacation.
Mercredi, « Chocolate Grinder », futur « Night of the Acacias », illustre le style mature de Movietone : tempos hypnotiques, structures ouvertes et influence dub. Jeudi, « The Voice Came Out of the Box and Dropped into the Ocean», futur « Useless Landscape », met en avant leur approche minimale et impressionniste, où instruments et voix circulent librement.
Enfin, vendredi, « Hydra», enregistré en 1997 et repris sur The Blossom Filled Streets (2000), montre l’esthétique aboutie : instrumentation aérée, instruments acoustiques et piano, atmosphère contemplative, proche de sa version définitive.
Cette semaine, une fois n’est pas coutume , nous ne célébrons pas un album , mais une compilation . Et qui plus est , une compilation posthume : Now, that’s what i call quite good des housemartins .
Les Housemartins s’ils restent relativement peu connus en France est un groupe britannique qui a marqué la seconde moitié des années 80 avec un son unique mêlant pop mélodique, soul et gospel, tout en inscrivant leur musique dans un contexte social très précis.
Formé à Hull en 1983, le groupe est composé de Paul Heaton (chant), Stan Cullimore (guitare), Norman Cook (basse, futur Fatboy Slim) et Hugh Whitaker (batterie).
Leur musique reflète le contexte des années 80 en Angleterre : une société sous Thatcher, marquée par des inégalités et des tensions sociales , notamment la grève des mineurs de 1984 . Musicalement , ils sont des contemporains des Smiths, avec qui ils sont souvent comparés. Mais là où les Smiths explorent une mélancolie urbaine et froide, les Housemartins apportent une chaleur et un souffle humain grâce à leur inspiration gospel et soul, créant un contraste étonnant avec leurs paroles parfois sociales ou ironiques.
Leur album et singles regorgent de petites merveilles : Think for a Minute, par exemple, n’est pas un morceau énergique mais une réflexion mélancolique sur l’apathie et la déconnexion des gens autour de soi, un appel à s’arrêter, observer et réfléchir qui ne peut faire qu’écho à Saravadio . Les chansons combinent humour, conscience sociale et tendresse, ce qui peut expliquer leur originalité et leur influence durable.
Les Housemartins se font surtout connaître grâce à leur troisième single Happy Hour (1986), qui leur donne une visibilité importante dans le circuit pop britannique.
Mais c’est avec Caravan of Love (1986), une reprise a cappella des Isley-Jasper-Isley, qu’ils atteignent la consécration : leur unique numéro un au Royaume-Uni. Ce morceau est entièrement chanté, avec des claquements de doigts pour le rythme et une influence gospel très marquée.
Aucun instrument ne joue ici : c’est la voix qui porte tout le morceau, et l’effet est saisissant, presque intemporel. Caravan of Love est devenu un symbole de fraternité et de solidarité, un hymne simple et direct qui tranche avec le reste de la pop de l’époque.
Le groupe se distingue aussi par son engagement politique et social , à l’instar de ses contemporains tels Billy Bragg , Bill Pritchard ou encore les Redskins . Paul Heaton et ses partenaires abordent dans leurs chansons des thèmes comme l’injustice sociale, la pauvreté et la solidarité, tout en gardant un ton accessible et mélodique. Leur discographie est courte mais intense (2 albums et une dizaine de singles) et même après leur séparation en 1988, Paul Heaton continuera à marquer la scène britannique avec les Beautiful South et ses projets solo. Norman Cook quant à lui deviendra célèbre grâce à Beats international puis sous le pseudo de Fatboy Slim.
Les morceaux que nous allons écouter cette semaine reflètent bien cette double identité : mélodique, réfléchie, parfois humoristique, et toujours empreinte de cette âme gospel/soul qui fait la signature du groupe.
Cette semaine dans Roule Galette, on écoute cinq morceaux des Housemartins, groupe anglais des années 80 à la croisée de la pop et de la soul. On commence avec Happy Hour, qui derrière son rythme joyeux dénonce le harcèlement des femmes et le malaise social dans les pubs britanniques, reflet des observations de Paul Heaton. Flag Day, leur premier single, mêle humour et critique sociale, en montrant la différence entre bonnes intentions et actions concrètes pour aider les autres. Avec Think for a Minute, le groupe observe le déclin de la convivialité et de la solidarité, invitant à s’arrêter pour réfléchir aux transformations de nos relations quotidiennes. He Ain’t Heavy, He’s My Brother, reprise emblématique, célèbre la fraternité et l’entraide, rappelant que porter quelqu’un n’est jamais un véritable fardeau. Enfin, Caravan of Love transforme la reprise des Isley-Jasper-Isley en gospel minimaliste a cappella, où les voix seules transmettent un message d’unité, de solidarité et de critique sociale, évoquant l’Angleterre des années Thatcher. Ces cinq titres montrent la capacité des Housemartins à combiner mélodie, émotion et engagement dans des textes qui restent profondément actuels.
Salut à toutes, et tous .
Cette semaine dans roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir l'album voyage de Pierre Vassiliu.
J’ai longtemps hésité pour ce nouveau roule galette : pas par rapport au disque en lui-même , mais parce que je pensais mettre en avant une des deux compilations parues chez Born bad à la fin des années 2010 pour évoquer le moustachu et dont les éléments biographiques seront en partie utilisés pour évoquer l’artiste .
C'est également par l'intermédiaire d’une compilation que j'ai découvert Pierre Vassiliu , une compilation en cassette parue chez universal dans la série Master série.
C’était au milieu des années 80. L'artiste n'était plus trop connu mais quand j'ai découvert cette cassette, je me suis rendu compte que beaucoup de titres m’étaient familiers et que si aucun n’avait eu le succès de qui c’est celui-là , il restait malgré tout beaucoup de titres connus : amour amitié, j’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport, l’incroyable film , je lui téléphone … On ne peut pas vraiment parler d’un one hit wonder . Vassiliu a toujours été là , sans l’être, en dilettante, faisant quelques réapparitions à l’occasion de sorties de 45 tours , tentant de relancer une carrière par essence chaotique .
Dans la biographie qui accompagne la sortie chez Born Bad , on parle de malentendu. En ce qui concerne pierre Vassiliu, c'est effectivement bien vu . Sa carrière , a marché , un peu à la manière d’un Jean claude Dusse .
Pierre Vassiliu est généralement connu par beaucoup pour ce tube de 1973 , la reprise de Chico Buarque .
C’est bien évidemment réducteur , d’autant plus quand on sait que cette chanson , à la base , était destinée à être la face B du 45 tours , Film , incroyable déambulation en talk over dans le bois de Boulogne , qui lui vaudrait en 2026 une manif de wokiste, ou pire le soutien des fans de Pascal Praud arborant un T shirt « on ne peut plus rien dire » .
Vassiliu a démarré sa carrière aux débuts des années 60 , à contre courant de la vague Yéyé , dans un registre chanteur comique , amoureux des rimes grivoises , amoureux de Brassens et Boby Lapointe .
Au début 70 , il signe chez Barclay son premier album , dans un registre plus personnel , Amour amitié , principalement à la guitare acoustique , qui l’éloigne de son image de chanteur comique . Un second suit en 72 , Attends , plus varié , avec un titre brésilien qui préfigure la reprise de Chico Buarque . Musicalement , on peut voir des points communs avec William Sheller ou Veronique Sanson , dans les arrangements . L’album ne marche pas plus que le précédent .Barclay le contraint alors à sortir des singles .
Puis en 73 ,arrive le tube , qui c’est celui là , vendu à plus de 300 000 exemplaires qui le replace à nouveau dans ce registre de chanteur comique . La maison de disque sort un peu en catastrophe, un album Je suis un pinguouin , en fait , plutôt une compilation constituée de 45 tours de l’époque . Ce succès imprévu , permettra à Vassiliu de continuer à vivre sereinement , comme il avait commencé déjà à le faire, dans sa maison , dans le lubéron , où amis , femmes , gens de passages , musique , alcool et drogues , forment un quotidien , assez symptomatique des années 70 .
L’album voyage parait en 1975 , après une période gueule de bois qui fait suite au succès imprévu , avec une pochette de Jean Michel Folon . A l ‘intérieur , on aperçoit Vassiliu , en tenue d’Adam , scrutant l’horizon désertique . Si les textes peuvent questionner au regard de notre vision de la société et des rapports hommes femmes , en 2026 , ils doivent forcément être recontextualiser dans cette période . Par ailleurs d’autres textes de Vassiliu pourraient totalement servir de contre exemples à ses éventuels détracteurs (comme pourquoi , le vent souffle où il veut et quand il veut , alentours de lune )
L’album est enregistré en avril 75 , au studio B chez Barclay , en compagnie d’Olivier Bloch lainé ( déjà repéré chez Brigitte Fontaine ) Patrick Beauvarlet , choriste d’Yves Simon , ici à la batterie et par ailleurs auteur d’un disque très réussi en 1976 intitulé Quelle Belle soirée ( on ne sait pas s’il s’agit d’un hommage à Michou !! ) , Claude Engel et son frère Marcel , Claude a notamment réalisé plusieurs albums avec Gotainer , a joué dans Magma et avec Bernard Lubat , amis aussi dans Rosebud avec Jean Schulteis et Georges Rodi .Ce meme George rodi qu’on retrouvera plus tard dans Arpadys assure les claviers .
Musicalement , c’est assez varié , allant du funk de Herbie Hancock aux rythmes latins en passant par le magnifique le vent souffle ou il veut et quand il veut au piano ., mais laissons vous découvrir ceci , car comme on l'entend dans la bande originale du film UNE FILLE ET DES FUSILS :
« De toute façon la musique , c’est fait pour être écouté, c’est pas fait pour en parler ...dont acte . On en écoute donc 5 titres .
On démarre la semaine avec le titre d’entrée , Pierre Bats ta femme . En guise d’ouverture d’album , un jingle annonce, un voyage imprévu avec Pierre Vassiliu .
On peut entrendre le chanteur avec sa troupe dans un train après une nuit qu’on imagine visiblement éthylique et enfumée . Arrive sur cela un des morceaux les plus ouvertement funk de sa discographie , avec un clin d’oeil très appuyé à Herbie Hancock . Le Groove est imparable , Pierre Vassiliu raconte comment , en rentrant ( tard forcément) chez lui il découvre la maison vide , sa femme l’ayant quitté pour suivre l’huissier , et les choeurs de répondre, Pierre Bats ta femme , détonnant avec le thème du mari abandonné. Avant tout procès qui pourrait être fait à la radio pour diffusion de ce titre, nous tenons à recontextualiser ce titre pour en saisir le 25ème degré . Il va sans dire que nous ne prônons à aucun moment la violence conjugale , d’ailleurs, tous les titres de l’album de Pierre Vassiliu sont crédités au nom de son épouse de l’époque , Marie .
On poursuit le voyage de Pierre Vassiliu avec ce Monsieur j vous sers quoi , samba halte dans un buffet de la gare où Vassiliu joue un serveur nazillard , dépassé par la folie ambiante de cette tablée joyeusement bordélique .
Puis, déshabille toi . « Déshabille-toi » est un exemple du ton décalé et humoristique de Vassiliu dans les années 70. La chanson raconte une rencontre amoureuse, avec des dialogues et situations volontairement exagérés . A celles et ceux qui crieraient à la phallocratie , rappelons que l’album , est entièrement crédité à sa compagne de l’époque, Marie Vassiliu . Voilà , qui vient un peu complexifier la compréhension du personnage .
Ensuite , seul . balade qui évoque l’incommunicabilité dans le couple , comment faire face à un homme qui s’enferme dans ses pensées et ses actes , devant sa compagne impuissante ,elle ne le comprend plus , un texte qui laisse présager de sa future rupture avec Marie .
Pour finir l’écoute de cette album , le magnifique Le vent souffle ou il veut et quand il veut , magnifique déclaration d’amour . Dans un couple qui vacille ,
Le titre reprend une image célèbre de l’Évangile selon Jean (3:8) : « Le vent souffle où il veut… », symbole de liberté et d’incontrôlable. Pierre Vassiliu l’utilise ici pour évoquer le destin, les forces de la vie et l’imprévisibilité des chemins que nous suivons.
Dans la chanson, il s’adresse à Marie, sa compagne à l’époque, et parle de leur vie à deux, de leurs enfants et des moments partagés. Les paroles capturent un instant d’intimité et de tendresse, tout en laissant transparaître la conscience que la relation ne durera pas.
C’est une déclaration d’amour poétique et lucide, méditative et poignante, qui combine complicité, mélancolie et acceptation des forces qui dépassent l’homme.
Voici quelques anecdotes et citations d'un groupe culte que j'adore The Velvet Underground & Nico" Parcourons l'album à travers 5 titres qui m'ont marqué.
Jérôme Bailly
Je vais finalement finir par appeler cette chronique « j’avais tort Victor » (oui, j’ai beaucoup regardé Les Feux de l’amour !) plutôt que Roule Galette, tant la reconnaissance de mes erreurs passées sert d’intro à beaucoup de mes présentations.
Roule Galette, cette semaine, est consacré aux Teenage Fanclub et à leur magnifique Bandwagonesque de 1991.
Quand je dis « erreur passée », n’allez pas croire par-là que je détestais ce disque à sa sortie, loin de là !!! C’est même un disque que j’ai énormément écouté à l’époque, à tel point que j’avais plusieurs T-shirts du groupe, et que l’un d’eux a même fini sur les épaules d’un de mes anciens élèves dans le cadre d’une série de romans-photos que nous avions créée ensemble à l’époque ; ce qui a toujours tendance à me faire sourire. J’espère que ça a poussé certains à écouter le groupe !
Il faut dire qu’il n’était pas rare que, pendant la récréation, je parle à mes élèves en leur demandant ce qu’ils pensaient du dernier album de Labradford ou de Teenage Fanclub. Ça avait toujours quelque chose de drôle de voir leur réaction face à un adulte supposé être un référent et qui agissait comme une espèce d’adolescent attardé. Je les ai quand même bien bassiné avec mon space rock, Mogwai, les Cranes ou autre Placebo.
Peut-être était-elle là, cette erreur passée… Avec le recul, je ne le pense pas. Dussé-je être mis au pilori de « bien-pensants zemmourristes » qui crieraient au scandale de grand remplacement variétoche par une musique décadente, même pas française. Si c’est ça, c’est décidément pas une erreur !!!
Non, si j’évoquais l’erreur, c’est celle qui m’a tenu éloigné de la ressortie des Teenage Fanclub en vinyle lorsque je tenais mon magasin.
Bien évidemment, je n’avais pas raté les sorties des premiers albums, mais je regardais ça avec une certaine incompréhension : racheter un disque en vinyle alors que je l’avais déjà en CD… J’ai laissé cela aux quelques clients intéressés et ai récupéré une partie de ces disques au moment de la fin du magasin et, bien évidemment, Bandwagonesque ne figurait pas dans les reliquats. Je persiste toujours à croire que c’est le cas, mais, quand même, je ne boude pas mon plaisir lorsque je mets un disque sur la platine le dimanche matin… Et là, tout récemment, je me disais que Bandwagonesque, j’aimerais bien l’écouter en vinyle, tout en continuant à bosser sur d’autres trucs. Et j’ai justement trouvé une copie neuve encore moins chère que ce que je payais à Sony à l’époque pour le magasin.
Le résultat ??? Reçu ce matin, écouté 4 fois, 2 raquettes de badminton pétées en air guitar, des courbatures de partout, mais une BANANE que je n’avais pas eue depuis bien longtemps !
Quel disque ! Seul December me paraît légèrement en dessous du reste, mais chaque morceau est prétexte à une nouvelle frénésie d’air guitar prépubère…
J’ai trouvé un remède contre mon arthrose et ma neurasthénie. Écouter Bandwagonesque et se rêver à croire qu’on a encore 23 ans !
Certes, c’est de courte durée, mais, bon, étant donné le peu de sources de contentement en ce moment, je dois bien avouer que je PRENDS ! Et que je vous les prescris, par là même, pour cette semaine de Roule Galette !
Teenage Fanclub est un groupe écossais formé à Glasgow en 1989 par Norman Blake, Raymond McGinley et Gerard Love. Dès le départ, ils se sont fait remarquer pour leur son mélodique, mélange d’indie pop à la C86, de pop lumineuse, parfois de noisy pop, avec des guitares claires et des harmonies vocales directement inspirées de Big Star et des Beach Boys.
Leur troisième album, Bandwagonesque, est sorti en novembre 1991 sur Creation Records au Royaume-Uni, et sur Geffen aux États-Unis. Il a été enregistré à Liverpool avec le producteur Don Fleming, et représente un tournant dans leur son : chaque titre combine mélodie, énergie et texture sonore, donnant un ensemble cohérent et captivant, à la fois léger et puissant.
À sa sortie, l’album a été salué par la critique. La revue Spin l’a même élu Album of the Year 1991, devant Nirvana et R.E.M., soulignant l’impact qu’il a eu sur la scène indie et alternative.
L’album a ouvert au groupe une audience internationale, notamment aux États-Unis, où des singles comme Star Sign, What You Do to Me ou The Concept ont largement tourné sur les radios alternatives. Aujourd’hui encore, Bandwagonesque est considéré comme un classique de la pop alternative des années 90, mêlant énergie indie et harmonies soignées, et reste une référence pour de nombreux artistes à venir.
Cette semaine, dans Roule Galette, on a parcouru Bandwagonesque de Teenage Fanclub à travers cinq titres.
On a démarré avec Pet Rock, évidence immédiate, riff frontal, énergie brute, le disque qui s’ouvre sans demander la permission.
On a continué avec I Don’t Know, le seul titre signé Raymond McGinley, plus long, plus étiré, où le doute et l’hésitation s’installent sans jamais casser l’élan mélodique.
Puis Star Sign, sorti en single, morceau faussement léger, qui joue avec les signes, les superstitions et le quotidien, tout en laissant le temps faire son travail.
Ensuite Alcoholiday, écrit par Norman Blake, où l’incertitude sentimentale, la confusion et le flou intérieur s’expriment dans une forme plus introspective, sans perdre la tension ni la mélodie.
Et pour finir, Is This Music?, instrumental ironique et presque héroïque, qui referme l’album sur une question simple, mais définitive.
Cette semaine, dans Roule Galette, je vous propose un disque un peu plus moderne que mes recommandations habituelles :
Christophe — Les Vestiges du chaos.
Oui, je vous vois déjà vous marrer.
Christophe ? Ce mec qui cartonnait alors que j’étais même pas né.
Tu parles d’une modernité incarnée !
Et comme souvent, vous auriez tort, Victor.
Pas parce que j’ai toujours raison — quoique — mais parce que vous n’avez sans doute jamais écouté ce disque.
Quand on est ado, on a tendance à maudire son époque. Pas par simple dégoût de sa génération comme tout bon ou toute bonne acnéique que l’on fût, ni par fascination d’un temps révolu… non, c’est bien plus prosaïque que ça.
Avoir 13 ou 14 ans, au début des années 80, en province, c’est devoir se farcir des boums et leurs interminables séries de slows, tous plus nazes les uns que les autres — joli pléonasme.
Et parmi eux, il y en avait un qui me mettait particulièrement mal à l’aise : succès fou de Christophe.
Outre le fait que je le trouvais ringard, les paroles étaient à des années-lumière de ma réalité, ce qui me le rendait encore plus antipathique.
Moralité : rejet total de l’artiste pendant une bonne partie de ma vie.
Je l’ai rangé dans la case des ex-gloires des sixties, celles que je ne voulais ni connaître ni comprendre.
Il faut dire que les come-back de la fin des années 70 et du début des années 80 sentaient souvent la naphtaline industrielle :
les maisons de disques qui essoraient les artistes comme des wassingues — oui, je suis du Pas-de-Calais — pour les faire rentrer à tout prix dans l’époque.
Sheila en hard rock, Dalida en disco, Françoise Hardy funky, Ange qui lâche le prog pour le hard FM…
Le relooking années 80 a fait des dégâts.
Alors même quand Christophe a été réhabilité plus tard, je n’ai pas voulu entendre.
Même Bevilacqua, même l’adoubement Inrocks, même cette volonté évidente de ne pas recycler son patrimoine comme tant d’autres. Même Bashung reprenant Christophe, même Christophe reprenant Bashung, le vernis craquelait un peu… Mais rien n’arrivait à faire vaciller Force Rose en un claquement de doigts ! Oui, dans BioMarc, j’étais Force Rose.
Christophe est longtemps resté un chanteur pas pour moi.
Je pouvais admettre aimer Les Paradis perdus.
Pas plus.
Et puis il y a eu sa mort, pendant le Covid.
Et ce live sur Arte, à la Villa Medici à Rome — Villa Aperta.
Des versions qu’on retrouve, presque à l’identique, sur l’indispensable album Intime.
J’ai d’ailleurs longtemps hésité à choisir Intime pour Roule Galette.
Mais une réécoute récente de Les Vestiges du chaos a tout changé.
Christophe est un artiste que je découvre à rebours, alors autant commencer par son dernier album.
Et comme souvent dans ces cas-là, je comprends trop tard comment je suis passé à côté.
En exergue de l’intégrale parue en 2021, quelques mois après sa disparition, on peut lire :
« On sait qu’on peut être plus satisfait et être mieux,
qu’il y a toujours mieux.
Alors je cherche toujours. »
C’est un extrait de Je cherche toujours, le morceau qui clôt Bevilacqua, son disque de retour.
Et rétrospectivement, ça ressemble presque à une épitaphe, une fois qu’on a enfin accepté de bousculer tous ses a priori.
Les Vestiges du chaos, paru en 2016, est le dernier album studio original de Christophe.
Il ne s’agit pas d’un retour sur ses succès des années 60 ou 70, ni d’une réinterprétation de son travail précédent.
C’est un disque long à venir, mûri pendant presque sept ans, construit par fragments, textures et atmosphères, plutôt que par un récit linéaire ou un tube attendu.
L’album mêle électronique, rock, nappes synthétiques, guitares et cordes, avec la voix de Christophe qui peut être fragile, distante ou simplement instrumentale parmi d’autres sons.
Chaque morceau possède sa couleur propre : certains s’étirent, d’autres passent furtivement, aucun ne prétend être le centre de l’album.
Christophe a collaboré avec des figures anciennes et nouvelles : Jean‑Michel Jarre co-écrit le morceau-titre, Alan Vega apparaît sur Tangerine, et l’ombre de Lou Reed plane sur Lou. Il y a bien sûr Christophe Van Huffel, ex-Tanger, à la production, avec qui il avait commencé à travailler sur l’album Aimer ce que nous sommes.
Mais pour autant, l’album n’est pas un disque d’hommages : ce sont des vestiges, des traces, des présences suggérées dans le texte et le son.
Les textes explorent l’amour, le désir, la solitude, la mémoire, les nuits blanches, toujours sous forme d’images ou de fragments, jamais de récits explicites.
Pris morceau par morceau, l’album peut sembler éclaté ; pris dans son ensemble, il déploie un arc discret, un fil qui relie les fragments sans les hiérarchiser.
En fin de compte, Les Vestiges du chaos est un disque de fin de parcours, respectueux de son temps, mais hors mode, qui avance malgré tout, sans bilan, sans nostalgie, sans conclusion définitive.
Cette semaine, nous avons exploré Les Vestiges du chaos de Christophe, à travers cinq morceaux :
Définitivement, qui ouvre l’album avec son univers trip hop sensualo-dark, synthé basse et vocoder, déclaration d’intention intime et expansive.
Stella Botox, coécrite avec Laurie Darmon et produite par Botox, oscille entre séduction et distance, tension et délicatesse, énergie et subtilité.
Tangerine, duo avec Alan Vega, contraste par sa couleur vocale et s’inscrit dans l’univers texturé et moderne de l’album.
Les Vestiges du Chaos, le morceau-titre coécrit avec Jean-Michel Jarre, fait converger chaos intérieur, souvenirs et traces du temps, dans une esthétique électro-dark hypnotique.
E Justo, qui clôt l’album sur une note introspective, avec la voix parlée d’Anna Mouglalis et un récit intime d’initiation, offrant un épilogue poétique et personnel.
On se retrouve très vite pour un nouvel album à découvrir ou redécouvrir dans Roule Galette.
Comment continuer après Spiderland sans s’y dissoudre ? Toute l’histoire de The For Carnation part de cette impasse. Après la fin de Slint en 1991, Brian McMahan s’éloigne durablement de la musique, marqué par l’intensité du disque et par sa réception tardive mais écrasante. Il faudra des années, des collaborations ponctuelles — notamment avec Will Oldham — et deux disques encore fragmentaires (Fight Songs en 1995, Marshmallows en 1996, réunis ensuite sur Promised Works) avant que le projet ne trouve une forme stable.
Paru en 2000 sur Domino, The For Carnation est le premier et unique véritable album studio long format du groupe. Six morceaux seulement, tous longs, tous bâtis sur une extrême retenue. McMahan s’entoure enfin d’un groupe fixe et prend le temps : près de trois ans pour assembler ces compositions, largement façonnées par l’improvisation en studio. Rien ici ne cherche la démonstration. Une idée par morceau , explorée jusqu’à épuisement.
Comparer l’album à Spiderland est inévitable, mais largement stérile. Là où Slint jouait sur la rupture et la violence contenue, The For Carnation travaille l’effacement. Les tempos sont médiums, les guitares minimales, la voix presque murmurée, traitée comme un instrument parmi d’autres. Le silence n’est plus une tension annonciatrice, mais une matière première. On pense à Talk Talk période Laughing Stock, à Bark Psychosis, à Labradford , ( c’est d’ailleurs lors du concert de Labradford à Reims que j’ai entendu la première fois cet album) voire à la rigueur métronomique de Shellac, débarrassée de toute agressivité.
Enregistré à Los Angeles mais traversé par un froid presque abstrait, l’album appartient pleinement à cette fin des années 90 où le post-rock ralentit le binaire jusqu’à l’asphyxie. Un disque sans singles, sans relief immédiat, qui se refuse à toute séduction. Il demande du temps, de la patience, une écoute nocturne et solitaire.
Plus qu’un retour, The For Carnation ressemble à une acceptation : celle d’un héritage impossible à dépasser, mais aussi d’une autre manière d’exister musicalement. Un disque de retrait, de doute et de maturité, dont la discrétion même explique sans doute la persistance.
Après Spiderland, la voie la plus “logique” aurait été soit la répétition, soit la surenchère, soit la fuite dans autre chose. McMahan ne fait rien de tout cela. Il revient, lentement, presque à reculons, et ce qu’il produit avec The For Carnation n’est pas un dépassement, ni une réponse, ni une réconciliation. C’est un constat.
L’album ne cherche jamais à sublimer la douleur. Il ne transforme pas la tristesse en beauté rédemptrice, ni la résignation en sagesse. Il s’installe dans un état intermédiaire, extrêmement inconfortable : celui où l’on continue à vivre, à penser, à ressentir, sans croire que cela mène quelque part.
C’est là que la dépression devient presque ontologique. Pas spectaculaire, ni romantique. Une fatigue profonde, lucide, tenue. Et avoir la force de faire cela après Spiderland demande paradoxalement une énergie considérable : accepter de ne plus être “central”, de ne plus être violent, de ne plus être décisif.
Puis s’effacer n’est pas un échec ici. C’est presque la dernière cohérence possible. Continuer aurait signifié trahir cet état, ou le recycler. Se taire, c’est prolonger le geste.
C’est pour ça que le disque est si dur à encaisser :
il ne promet rien, ne console pas, ne prépare aucune sortie.
Il dit simplement : voilà ce qui reste quand on a tout compris mais rien résolu.
Emp Man’s Blues
Le disque s’ouvre sur une évidence sonore : la basse. Répétitive, ancrée, elle structure tout le morceau et impose un poids presque physique. Autour d’elle, voix et arrangements avancent par retrait. Les cordes, tardives, n’apportent ni apaisement ni élévation, mais étirent l’espace, comme un décor vidé de toute narration. Un morceau d’acceptation sombre, où la perte devient un état durable.
Snoother
Snoother explore la distance consentie. Le lien existe encore, mais sous conditions, dans un équilibre fragile où le silence devient une forme de soin. La musique épouse cette retenue avec douceur, et la voix féminine introduit une intimité supplémentaire sans rompre la tension. L’amour n’est pas effacé, simplement maintenu à distance pour ne pas être abîmé.
A Tribute To
Ici, la dynamique change. La batterie installe une pulsation nette, régulière, presque hypnotique. Ce n’est ni lent ni contemplatif, mais une transe rythmique contenue. La dramaturgie naît de la répétition et de la retenue : rien n’explose, tout est sous pression. Le texte, fragmentaire, évoque l’exil et la menace diffuse. Une marche intérieure, tendue, sans résolution.
Tales from the Crypt
Le morceau s’ouvre sur une promesse rassurante aussitôt vidée de son pouvoir. Lorsque McMahan prend la parole, il ne s’agit plus de croyance, mais de fatigue et de besoin de proximité. Tenir, être tenu, retarder la chute. Le texte évoque une compassion épuisée pour ceux qui continuent malgré tout. Aucun salut, seulement des gestes minimaux pour rester debout.
Moonbeams
Moonbeams s’attarde sur les traces laissées par des violences anciennes. Enfances brisées, rôles imposés, mémoire inscrite dans le corps. Les gestes de survie persistent, même quand les causes se sont effacées. La question centrale ne cherche pas de coupable : elle constate le dommage. Le morceau décrit un état d’après, sans réparation possible, seulement la tentative de comprendre où l’on se tient désormais.
Dans leur ensemble, ces cinq pièces dessinent une œuvre de tension contenue et de tristesse profonde, sans catharsis ni résolution, mais tenue par une force discrète et constante.
Sorti en 1984, Ocean Rain est le quatrième album d’Echo & The Bunnymen.
Il arrive après Porcupine, à un moment où le groupe de Liverpool a déjà trouvé son identité, son public, et une reconnaissance critique solide. Mais plutôt que de capitaliser sur l’énergie tendue et parfois abrasive de ses disques précédents, Echo & The Bunnymen choisissent ici une autre voie : celle de l’ampleur, de la gravité et d’une forme de romantisme assumé.
L’enregistrement de Ocean Rain se déroule en partie au Studio des Dames, à Paris. C’est un choix important, presque symbolique. Le groupe souhaite s’extraire de son environnement habituel et travailler dans un cadre plus ouvert, plus cinématographique. Pour la première fois, ils intègrent un orchestre à grande échelle — une trentaine de musiciens — avec des arrangements de cordes signés Adam Peters. Will Sergeant expliquera que l’objectif n’était pas d’ajouter des cordes pour faire “joli”, mais de les intégrer comme un élément central du son, au même titre que la guitare ou la section rythmique.
À cette époque, Ian McCulloch affirme vouloir chanter autrement. Il prend davantage soin de sa voix, retravaille certaines prises après les sessions parisiennes, et adopte un registre plus posé, plus solennel. Les textes s’éloignent du quotidien pour explorer des thèmes plus larges : l’amour, la foi, la fatalité, la nuit, la perte. Il n’y a pas de narration continue, mais une forte unité d’atmosphère, presque liturgique par moments.
Ocean Rain n’est pas un album de rupture brutale, plutôt un disque de bascule. Il ralentit le tempo, épaissit les textures, élargit le cadre. À sa sortie, certains y voient un excès de sérieux, d’autres un sommet de maturité précoce. Avec le temps, l’album s’impose comme l’un des grands disques du groupe, et comme une œuvre majeure de la pop britannique des années 80 — dense, sombre, romantique, et profondément cohérente.
Le groupe sort ensuite un album éponyme en 1987 , qui deviendra leur meilleure vente bien que l’inspiration n’y est plus .
Cette semaine, Ocean Rain s’est déployé comme un disque de clair-obscur, où le romantisme n’exclut jamais la lucidité.
On a ouvert avec The Killing Moon, premier single annonciateur de l’album et morceau emblématique du groupe. Une porte d’entrée idéale : tension nocturne, fatalité assumée, orchestration élégante. Tout y est déjà, et tout y restera.
Avec Thorn of Crowns, Echo & The Bunnymen brouillent volontairement les pistes. Derrière son apparente gravité se cache un jeu ironique sur l’image de McCulloch, un pied de nez aux lectures trop sérieuses et à la posture du poète maudit qu’on voulait lui assigner.
Nocturnal Me ramène ensuite la nuit au centre du disque : un espace d’introspection et de fusion, fait d’images paradoxales et d’incantations plus sensorielles que narratives. Un romantisme épique, détaché du réel, qui a trouvé une seconde vie bien au-delà de l’album.
Avec Angels and Devils, le groupe s’écarte franchement du climat d’Ocean Rain. Influences Velvet Underground assumées, approche plus sèche, presque conceptuelle : un contrepoint brut, référencé, qui éclaire en creux le raffinement orchestral du reste du disque.
Enfin, Ocean Rain referme la semaine sur une forme d’abandon conscient. Un morceau où l’échec n’est plus combattu mais reconnu, où la tempête est intérieure, récurrente, inévitable. Une conclusion apaisée, résignée, à la hauteur de l’élégance sombre de l’album.
Un disque cohérent, tendu entre lyrisme, distance ironique et lucidité émotionnelle, qui continue de s’imposer comme l’un des sommets du groupe.
Dans mon passé de disquaire, il y a finalement peu de disques que je vendais bien . Même quand celui -ci marchait , si j’arrivais à en vendre 5 exemplaires , c’était déjà une réussite. Les conditions de vente étaient tellement compliquées , qu’il fallait trouver un équilibre difficile à tenir entre audace et rengaine . Au final , quand j’y repense , peu ont passé la barre des dix .Parmi ceux ci , un me revient facilement à l’esprit : Le premier album de Fumaca Preta , paru chez soundway en 2014 .
Un disque en qui je croyais et que je suis parvenu à placer à l’usure … tant et si bien qu’on venait ensuite me le demander alors qu’il n’était plus disponible en vinyle .
Le label soundway était déjà , à la base, gage de qualité . Du moins à cette époque …Petit à petit , les productions se sont espacées, les sorties se sont concentrées sur les maxis et la qualité , en dehors du mauskovic dance band m’ont moins intéressé . Leurs fabuleuses compilations , après avoir fait la part belle au Funk heavy des années 70 , ont classiquement parcouru les années 80 et ont perdu de leur intérêt à mes yeux .
Mais revenons à Fuma preta …
Leur premier album , que j’écoute toujours avec autant de plaisir apparait comme sorti de nulle part ou presque . La formation est déjà en elle -même complètement improbable , Alex Figueira , un batteur portugo vénézuélien exilé en Hollande , deux membres de the Grits (Stuart carter à la guitare et James Porch à la basse ) , the gris est une formation funk de Brighton et auteurs de deux albums qui donneraient la danse de Saint Guy à tous les neurasthéniques et enfin Joel Stones, disquaire et digger spécialisé dans la musique brésilienne psychédélique , qui ne restera que le temps de cet album , même s’il revendique l’origine du nom du groupe , chante et écrit sur tout celui - ci .
Comme ça , je fais genre, je sais , mais je dois bien avouer que , quand l’album a débarqué dans les bacs en 2014, aucun de ces zigs ne m’étaient familier , pas plus que leur musique d’ailleurs . Il faut dire que niveau musique , nous ne sommes plus dans le melting pot , mais dans un joyeux bordel foutraque .
A l’intérieur d’un même morceau on peut passer de Pierre Henry à Black Sabbath en passant par Os Mutantes . On saute aisément de rythme tropicalia à un rythme binaire punk … autant dire qu’il y a autant de barrières dans ce disque que de cheveux sur la tête à Kojak . (Pour celles et ceux qui ne seraient pas âgés et qui n’auraient pas eu l’immense joie de connaitre la série Kojak , je vous spoile vos recherches google , il est chauve ! ) .
Ce joyeux foutoir n’a pourtant rien d’un accident. Fumaça Preta ne donne jamais l’impression de chercher l’effet ou la provocation gratuite. Le disque peut paraitre excessif, parfois épuisant, souvent jubilatoire, mais il est toujours tenu par une énergie commune : celle du corps. Leur concert à la péniche de Lille me le rappelle . Il est la seule et unique fois de ma vie où j’ai dansé le Pogo ! A plus de 50 ans ! Je crois que ça se passe de tout autre explication .
Leur musique est faite pour être vécue physiquement, dans la sueur, dans la répétition, dans la saturation. On est loin de toute idée de folklore, de carte postale ou de “mélange des cultures” bien propre sur lui. Rien n’est poli, rien n’est mis à distance , à moins de fuir le concert .
Dix ans après sa sortie, ce disque n’a rien perdu de sa force. Il n’a pas été digéré, ni récupéré, ni rangé dans une époque. Il garde ce côté indomptable, presque ingérable, qui fait qu’on y revient sans jamais avoir l’impression d’en avoir fait le tour.
Encore une fois , il sera bien difficile d’établir une sélection représentative du disque , mais ça devient une habitude que vous commencez à supporter . On espère qu’elle vous pousse à aller plus loin dans la découverte ou redécouverte du disque .
Fumaca Preta , album du même nom est le disque de la semaine dans roule galette !
Todo Pessoa.
Je vous propose de démarrer la semaine à bord de l’embarcation TODO PESOA . Vous allez embarquer dans une croisière chacha psychédélique.
Un truc qui avance tranquille sur un fleuve, mais un fleuve peuplé de dinosaures. Des dinosaures cools, hein… mais évidemment sous substances.
On part dans un Groove un peu bancal . On se doute que la croisière risque d’être bizarre . Ça chaloupe, ça ondule, ça te berce et ça te désoriente en même temps.
On est clairement dans une ambiance tropicalia, mais passée à travers un filtre psyché, comme si le décor fondait doucement autour de soi. Heureusement , des chants féminins rassurants nous accompagnent .
On a l’impression qu’un animal joue du saxophone saturé. Alors pas la grenouille de Love Is All — même si l’image n’est pas loin — plutôt un animal de la jungle. Un truc tropical, poilu, vaguement inquiétant, mais sympa quand même.
Todo Pessoa, c’est un morceau qui ne va nulle part, mais qui vous emmène loin.
Une dérive sous acide, version carte postale d’un ami dont vous n’aviez plus de nouvelles depuis 3 décennies , il est devenu le Indiana Jones déguisé en Servietsky .
Eu Era Um Cão démarre comme une ballade sur le Nil.
Un motif très arabisant, lancinant, presque incantatoire. Évidemment sous substance.
Ça ondule, ça serpente profondément psyché.
Puis rupture.
Un riff killer surgit, quelque part entre Black Sabbath et un heavy funk bien épais. Le fleuve disparaît d’un coup.
On débarque à terre.
Des cocktails magiques bouillonnent de partout , un vaudou nous souhaite la bienvenue .
Tout le monde fait la fête sur une plage étrange. Mi Ibiza, mi Bal des Vampires.
Festif, foutraque et un peu inquiétant.
Le genre de soirée où tu te réveilles le lendemain en te demandant qui est ton voisine et pourquoi tu portes ce manteau de fourrure …
Sur Tire Sua Máscara, changement de substance.
Le groupe a dû tomber sur un stock d’ecsta en plein milieu de ses périples.
Ils mettent la main sur une TB-303, et là, ils partent dans un jam improbable, quelque part entre Lords of Acid et Tom Zé, comme si tout ce beau monde finissait par croiser Lee “Scratch” Perry en fin de soirée , pour redescendre en douceur …
avec Amor Tece Dor. , ça démarre comme premier baiser , mais plus proche de la version de testikul atrophy que celle d’hélène et les garçons …
Imaginez un peu la scène , Cricri a été drogué à son insu , se prend pour Alain Deloin dans Paroles, paroles , sauf qu’on ne comprend pas les paroles ! Il est devenu le fils caché de Santana et Jimi Hendrix . Les filles le consolent et le cajolent pendant que José expérimente ses nouveaux sons sur son Synthé spatial …
On termine la semaine avec le morceau emblématique de Fumaca Preta , celui qui donne son nom à l’album et au groupe …
Dès les premières secondes, on pense immédiatement à Black Sabbath. Un riff lourd, poisseux, menaçant, qui semble annoncer quelque chose de frontal et massif. Et puis, très vite, tout se dérègle.
Le riff s’arrête net, comme coupé au couteau, pour laisser place à un maelström électronique presque pierre-henryesque. Des sons trafiqués, distordus, des voix passées à la moulinette, qui donnent l’impression de sortir d’un monstre cybernétique sous substances, quelque part entre laboratoire expérimental et cauchemar industriel.
Et là-dessus déboule un type qui hurle comme un forcené, porté par une rythmique basique, quasi punk, primitive, sans nuance. Ça cogne, ça crie, ça sature. Puis, sans prévenir, tout s’arrête de nouveau.
Retour au riff d’ouverture, ce riff killer, imparable, comme si rien ne s’était passé.
Un cri surgit alors — FUMACA PREEEEETTAAAAAAAA — repris par des chœurs féminins, presque voluptueux, presque sensuels, en total contrepoint de la violence précédente.
Tout est là.
Les ruptures, les collisions, l’absence totale de logique apparente
Joyeux merdier !
Cette semaine dans roule galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir Chandeleur septante cinq de Julos Beaucarne .
A dire vrai, découverte ou redécouverte, peu importe, ce roule galette, prenez le comme un voeu en ce début d’année qui démarre déjà tellement mal .
Une découverte qui ne pourra que, je l’espère, vous bouleverser, si toutefois , vous possédez encore un lopin d’âme à reboiser . Un message qui peut paraître bien utopiste , voire révolutionnaire face à la barbarie, la cruauté , la folie des hommes , le cynisme , les certitudes , le pouvoir, les chiffres, le calcul ,les bénéfices ,la rentabilité , le consumérisme , l’oubli , le déni climatique, que sais-je encore , remplissez vous même cet édito par tous les mots noirs qui défilent quotidiennement sous nos yeux et nos oreilles sans que cela nous émeuvent plus que cela : il reste tant à combattre pour que l’amour prenne racine .
Pour ma part, j’ai découvert , très tardivement Julos Beaucarne . Il représentait le chanteur de médiathèque , que j’ai longtemps ignoré , par paresse intellectuelle , celle qui consiste à catégoriser sans savoir. Un moyen de défense tellement courant de nos jours . Cette découverte tardive n’en a été que plus bouleversante .
Certains disques naissent d’un élan , d’autres d’un effondrement. Chandeleur septante-cinq est de ces derniers . C’est un album bien éloigné de toute volonté de projet , c’est un disque comme une nécessité. Quelque chose qu’il a fallu faire pour continuer à respirer, à parler, à rester vivant.
LE 2 février 1975 , Julos Beaucarne perd brutalement sa compagne, Louise, assassinée.
Le choc est immense, irréparable.
Chandeleur septante-cinq, porte cette absence en lui .
Pas sous la forme d’un journal de deuil explicite, plutôt comme une vibration permanente, une fragilité assumée qui traverse tout le disque.
La Chandeleur n’est pas une fête triomphale. Elle annonce une lumière encore faible, hésitante, une promesse fragile de jours qui rallongent sans garantir quoi que ce soit.
Il ne s’agit pas de renaissance spectaculaire, plutôt d’un retour possible, lent, presque incrédule, vers quelque chose qui ressemble à la vie.
Musicalement, tout est dépouillé. Acoustique, sobre, sans effets. La voix ne cherche pas à dominer, elle se tient à hauteur d’homme. Les chansons avancent avec précaution, comme si chaque mot devait être pesé, vérifié, mérité. Il n’y a ni plainte appuyée, ni colère explosive. La douleur est là, mais tenue, contenue, transmutée en attention au monde.
Ce disque ne raconte pas la tragédie, il en est traversé. On sent que quelque chose s’est brisé, mais aussi qu’il reste une volonté obstinée de ne pas sombrer dans le cynisme, ni dans le renoncement.
La douceur qui s’en dégage n’est jamais une fuite. Elle agit comme une forme de résistance intime et morale : continuer à aimer à tort et à travers , à regarder, à dire, malgré tout.
Dans un paysage musical des années 70 souvent dominé par les postures, les certitudes et les récits héroïques, Chandeleur septante-cinq occupe une place à part.
Ni variété, ni rock, ni chanson à message , si ce n’est celui de l’amour. Un disque qui ne cherche pas à expliquer le monde, mais à y rester relié.
Ce n’est pas un album qui console au sens facile du terme. Il accompagne. Il rappelle que la lumière n’efface pas la nuit, mais qu’elle permet parfois de ne pas s’y perdre complètement.
Un disque de maintien, de persistance, de résilience — qui continue de parler longtemps après, précisément parce qu’il ne cherche jamais à imposer son sens.
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