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Or


Pour clôturer cette année sur une note de saison , nous ne résistons pas à l’envie de vous partager cet album qui accompagne cette période depuis plus de 25 ans maintenant : Low Christmas .
Autant dire que les fêtes de fin d’année, pas plus que les autres jours de l’année , d’ailleurs , ont un parfum de gaudriole à la maison !
Je suis autant fan de Low que je ne le suis pas de Noël , des injonctions à l’achat , au bonheur feint et à la célébration religieuse .
Mais je ne suis pas à une contradiction près .
ll y a des gens pour qui Noël déclenche un compte à rebours vers la joie. Et puis il y a les autres. Ceux pour qui décembre arrive comme une vague froide, avec son lot de bilans bancals, de fatigue accumulée et cette étrange mélancolie qui s’invite sans prévenir. Qu’on le veuille ou non, les lumières, les vitrines, les “tu fais quoi pour les fêtes ?” réveillent quelque chose — un mélange de nostalgie et de solitude qu’on préfèrerait ne pas subir .
C’est peut-être pour ça que certains disques collent mieux que d’autres à cette période. Pas les machins scintillants ni les clochettes hystériques, mais ces albums qui prennent Noël comme il est vraiment : un moment où tout ralentit, où les souvenirs grattent un peu, où le silence pèse plus que d’habitude. Un Noël à hauteur d’humain, vulnérable, parfois triste, mais profondément honnête.
Christmas est un Mini album paru en 1999 chez Tugboat, une sous division de Rough trade . A l’époque, le duo à la scène comme à la ville Alan Sparhawk et Mimi Parker , est accompagné par le bassiste emblématique, Zak Sally . A l’époque, le groupe commence à se créer une communauté de fan à travers l’Europe et les États Unis , avec leurs concerts lents et quasi cérémoniaux, qui clouent le bec à celles et ceux qui confondent concerts et fête de la bière en Bavière .
Quiconque a pu voir le groupe en concert à cette époque en ressort forcément enthousiaste , retourné , avec une foi en l’être humain , qu’on croyait avoir oublié à jamais . Le groupe privilégie la lenteur, la sobriété et la tension intérieure sur l’agressivité ou l’exubérance, et le groupe a su intégrer sa foi mormone sans en faire un argument musical ostentatoire.
L’album est né d’une approche simple et sincère : cinq compositions originales et trois reprises emblématiques de Noël, enregistrées de manière dépouillée, avec des voix claires et des guitares et percussions minimalistes. Ces choix reflètent non seulement l’identité artistique du groupe, mais aussi leur volonté de proposer un moment de calme et d’introspection au milieu de la frénésie de décembre. Les morceaux étaient ensuite joués sur scène dans le cadre de petites tournées américaines et européennes, renforçant leur réputation de groupe capable de créer une atmosphère contemplative et introspective , même en concert .
Lundi – Just Like Christmas
Le coup d’envoi est léger et tendre. Les guitares minimalistes, la voix douce et les clochettes subtiles installent immédiatement l’esprit de l’album : Noël vu sans artifices, simple et sincère.
Mardi – Long Way Around the Sea
Low ralentit le tempo pour une balade introspective. Voix posée, instruments réduits à l’essentiel, le morceau évoque un voyage intérieur et une contemplation calme, presque méditative.
Mercredi – Silent Night
Une reprise dépouillée, où Mimi Parker chante accompagnée uniquement d’une guitare. La pureté de la mélodie et la sobriété des arrangements créent un moment suspendu, profond et émouvant.
Jeudi – Little Drummer Boy
La chanson traditionnelle se transforme en rêverie sombre et lente. Le tambour est discret, la guitare flottante, et les voix enveloppantes, offrant une atmosphère introspective et poignante, loin des versions festives classiques.
Vendredi – One Special Gift
On termine sur ce titre original, doux et presque chuchoté. La simplicité des arrangements et la voix posée donnent une sensation de calme et de vulnérabilité, concluant l’album sur une note intimiste et sincère.
Sorti en 1993, Giant Steps des Boo Radleys est le troisième album du groupe , un album qui échappe à toute classification rapide.
Originaire de Liverpool, Le groupe, s’y affranchit totalement des codes du shoegaze et de la pop indépendante pour livrer un objet Musical DIFFICILEMENT IDENTIFIABLE : dense, mouvant, changeant, parfois déroutant, mais toujours pertinent.
La première impression à l’écoute du disque est la variété des textures : guitares saturées mouvantes un peu à la my bloody valentine , comme sur leur album précédent ( everything’s alright forever) , mais jamais figées dans le mur de son ; la basse est profonde, souvent teintée de dub ; on y entend aussi des cuivres qui surgissent comme dans une fanfare psychédélique ; de la flûte, des bois, des chœurs, et des effets de studio qui éclatent de partout.
On peut entendre dans ce disque autant un héritage Beatles ouvertement cités dans the white noise revisited — pour le goût des formes éclatées, des ruptures et des harmonies — qu’un amour assumé pour le reggae, la pop orchestrale, même des clins d’oeil à Morricone .
L’audace du groupe réside dans cette manière de mélanger les genres sans jamais perdre son fil. Les morceaux changent de direction, se stoppent net, repartent ailleurs, glissent d’un univers à l'autre sans prévenir. On passe du calme absolu à la saturation la plus folle, d’un couplet à la Carpenters à une tempête noise, d’une ballade acoustique à un passage de dub brumeux ou à des envolées de cuivres dignes d’un générique de western psychédélique.
Malgré cette complexité, la voix de Sice reste claire et distincte dans le mix, ce qui fait déjà une différence avec beaucoup de groupes de la même époque. On comprend les mots, on entend
l’intention, on repère les mélodies — même quand tout autour explose ou se déforme.
L’album accueille également plusieurs invités, venus de formations voisines de la scène indé : chanteuses, musiciens de cuivres, collaborateurs qui donnent encore plus d’ampleur au projet.
À sa sortie, Giant Steps a été salué comme un choc. Select l’a élu album de l’année. NME et Melody Maker l’ont classé parmi les grandes réussites de 1993. Pourtant, sa reconnaissance est restée essentiellement critique : c’est un disque culte, un disque respecté, un disque consulté, mais pas un disque « populaire » au sens grand public. Et c’est peut-être mieux ainsi : il garde ce statut d’ovni, de laboratoire pop parfaitement assumé.
Son titre renvoie à Coltrane — pas pour copier le jazz, mais pour signaler la démarche : repousser les limites, ne rien s’interdire, construire un album comme une aventure. Giant Steps n’est pas un disque à écouter d’une oreille distraite : c’est un album à plonger dedans pour découvrir quelque chose qui nous aurait échappé .
Trois décennies plus tard, il reste fascinant. Non seulement il n’a pas vieilli, mais certains passages semblent presque annoncer des directions que prendra la pop expérimentale bien après lui.
Le groupe se sépare en 1999 , avant de refaire surface en 2022 sans la présence de martin Carr , guitariste et songwriter du groupe . Ils étaient récemment en tournée qui est passée par Tourcoing . Ils passeront en février 2026 au Poche à Béthune .
Cette semaine DANS Roule Galette, je vous propose la compilation Bambara Mystic Soul, une sélection de morceaux enregistrés au Burkina Faso dans les années 70, à l’époque de l’ancienne Haute-Volta.
Une compilation qui a joué un rôle de détonateur et m’a permis de m’ouvrir à tout un pan de musique que je ne connaissais pas ou plutôt que je ne cherchais pas à connaître , bien ancré dans mes rassurantes certitudes . Avant ce disque , j’écoutais du rock indépendant sous toutes ses formes , de la chanson française, de la folk , des musiques électroniques et une dose importante d’ambient . Les grooves africains, la soul et le funk, je n’y prêtais pas vraiment attention.
Cette compilation a été mon premier vrai contact délibéré avec ces sons : elle m’a ouvert les oreilles à des univers sinon étonnants , du moins nouveaux pour moi , et qui pouvaient être à la fois hypnotiques, dansants et profondément addictifs.
Ce disque m’a permis de découvrir une musique dans ce qu’elle a de plus riche et de plus diversifié. On y retrouve des influences mandingues, des rythmes afro-latins, des touches psychédéliques, de la funk et de la soul, le tout dans un son brut, presque “raw”, qui restitue l’énergie et la vitalité de cette scène musicale. Les imperfections de l’enregistrement, les cassures de bande ou les voix un peu détachées, loin d’être un défaut, renforcent ce sentiment d’authenticité et de proximité.
Avec cette compilation qui a ouvert la voie pour moi à tant d’autres , je comprends que je ne peux pas réduire cette musique à ces termes réducteurs de “musique africaine” ou “world music”. Chaque morceau a sa propre couleur, son propre groove, et raconte une histoire qui lui est propre, ancrée dans un contexte social, culturel et politique.
C’est aussi une compilation qui témoigne du travail remarquable d’un label : Analog Africa. Pendant longtemps, j’avais une idée plutôt négative des compilations :synonymes de recyclages, de fonds de tiroirs , à visée purement mercantiles , elles évoquaient pour moi les pitoyables publicités pour la plus grande discothèque du monde . Autant dire, qu’une fois encore , j’avais tort , Michel . Ses compilations m’ont permis de faire la distinction entre la sélection et le DJ set , entre deux objectifs différents mais pas forcément incompatibles .
La sélectionna été minutieusement pensée , remis en contexte, souvent accompagné d’un livret riche de 30 à 40 pages qui explique l’histoire de l’artiste, de la scène locale, des conditions d’enregistrement et des influences musicales. C’est une plongée dans l’histoire de la musique burkinabè des années 70, avec toutes ses tensions, ses innovations et ses expérimentations.
Pour moi, cette compilation a été un pont entre mes anciennes écoutes et une ouverture nouvelle. J’ai commencé à écouter des choses que je n’aurais jamais imaginé aimer : du heavy funk, de la soul psychédélique, des grooves hypnotiques et des percussions traditionnelles revisitées. Et petit à petit, j’ai compris que cette musique racontait des histoires, portait des émotions et des témoignages que je n’avais jamais rencontrés auparavant.
Quand j’ai ouvert mon magasin de disques, je me suis naturellement tourné vers ce type de labels — Analog Africa, Soundway, Soul Jazz — pour proposer à d’autres ces compilations. Parce que, sans ce travail de réédition et de mise en lumière, ces artistes seraient restés quasiment invisibles, et leur musique perdue. Cette semaine,JE VOUS PROPOSE BAMBARA MYSTIC SOUL entre tradition et modernité, entre énergie brute et finesse mélodique, qui témoigne d’une scène rare et fascinante.
Cette semaine, on s’est plongé dans la compilation Bambara Mystic Soul du Burkina Faso, et on a traversé cinq titres qui montrent vraiment toute la richesse de cette scène.
Lundi, on a commencé avec “Bar Konou Mousso” d’Amadou Ballaké & l’Orchestre Super Volta. Un morceau qui raconte la vie nocturne, les bars, les rencontres, avec ce groove cru et vivant typique de Ballaké.
Mardi, on a écouté “Kodjougou” d’Abdoulaye Cissé. Là, on est dans quelque chose de plus tendu, plus nerveux, porté par un riff de guitare qui frappe comme un appel. Un morceau qui dégage une vraie urgence.
Mercredi, c’était “Dambakalé” de Compaoré Issouf. Plus sensuel, plus dansant, presque charmeur. Un titre qui fonctionne par son swing et son ambiance enveloppante.
Jeudi, on a retrouvé Amadou Ballaké avec “Renouveau”, un morceau marqué par son mélange d’influences — afro-latin, mandingue, funk — et ce côté un peu hanté lié aux imperfections de la bande d’origine.
Et vendredi, on a terminé avec “Katougou” de Richard Seydou Traoré & Les Vadou du Flamboyant. Un morceau festif, riche en percussions et en énergie, qui montre l’ampleur rythmique de la scène burkinabè.
Si rien ne va, comme le suggère Billy Nancioli dans sa chanson avec Baden powell , faites comme moi : Wouah !
Cette semaine DANS ROULE GALETTE , je vous propose un disque pour faire wouah , avec Eden Ahbez et son disque eden’s island paru en 1960 .
Je ne pourrais donc vous dire que je l’ai acheté à sa sortie puisque je n’étais pas né .
Eden Ahbez est ce compositeur plutôt mystique qui vivait pieds nus dehors en Californie, dont le mode de vie aurait influencé le mouvement Hippie .
On lui doit « Nature Boy », le standard chanté par Nat King Cole qui lui a permis d’être à l’abri financier , bien qu’il dut partager avec Herman Yablokoff , qui revendiquait être l’auteur de cette chanson .
Peu importe, de toute façon, puisque Eden ahbez prétendait pouvoir vivre avec 3 dollars par jours .
Un remède claque ton bec aux adeptes des mêmes couperets : on n’est pas chez les bisounours ou autre marmotte ... qui profusent sur les réseaux sociaux lorsque des décérébrés sont à cours d’argument dans notre course contre le consumérisme .
L’album eden’s island mélange spoken word, exotica, jazz très feutré, percussions primitives, chants presque murmurés et sons naturels. Ahbez y construit une sorte de fable douce sur un retour à la nature, une vie simple, presque ascétique. On est entre disque concept, manifeste pacifiste et rêve éveillé.
Il y parle d’harmonie, de solitude choisie, de paix, de beauté, avec une naïveté qui devient sa force.
Musicalement, c’est un mélange de mélodies minimalistes, de percussions légères, de flûtes, guitares tranquilles, et de textes parlés d’un calme presque hypnotique. Le disque flotte quelque part entre exotica classique (Martin Denny), proto-ambient, et poésie beat. C’est un album qui n’appartient à aucun style, mais qui a influencé plein de musiciens des décennies plus tard.
C’est aussi une curiosité : un disque totalement hors du monde, hors du temps, et qui reste étrangement moderne dans sa manière de mêler atmosphère et narration.
Lundi – Eden’s Island
Entrée en matière calme et dépouillée : voix chuchotée, percussions légères et flûtes. Ahbez nous fait visiter son île intérieure, un lieu de paix et de simplicité, presque manifeste pacifiste.
Mardi – The Wanderer
Portrait d’un vagabond volontaire, libre et observateur. Quelques percussions et flûtes accompagnent sa voix tranquille qui raconte sa philosophie nomade.
Mercredi – Full Moon
Méditatif et contemplatif, le morceau évoque la lune comme guide naturel. Les instruments doux posent une atmosphère de calme et d’observation.
Jeudi – Banana Boy
Plus léger et joueur, Ahbez y décrit la vie simple d’un garçon vivant de fruits et de soleil. La voix souriante reflète la douceur et l’insouciance du disque.
Vendredi – La Mar
Clôture de la semaine avec cette odyssée métaphorique : un petit bateau emporté par la tempête, vertige et chaos avant l’apaisement. La musique reflète le mouvement des vagues et du vent, un moment contemplatif et aventureux qui résume l’esprit d’Eden’s Island.
Aujourd’hui, dans Roule Galette, je vous propose de découvrir — ou redécouvrir — l'album d'Alain Bashung Play blessures, paru en 1982.
Ce n’est pas facile de parler de cet album à plusieurs égards. D’abord, parce que Bashung est Bashung : un artiste qui plaît à beaucoup de monde, des plus béotiens aux plus spécialistes. Comme on ne sait jamais à qui s’adresse une chronique, et étant donné les chiffres d’écoute stratosphériques de cette webradio, il faut penser stratégique pour trouver l’angle d’attaque — super coupant.
Ensuite, parce qu’il a beaucoup été cité par des artistes comme étant un album phare du rock français : on ne voit pas trop ce qu’on pourrait dire de plus.
Par ailleurs, c’est un album qui positionne tout de suite la personne qui le revendique comme étant un « spécialiste », ce que je ne suis pas, ou un exigeant, ce que je ne suis pas beaucoup plus. Il existe un fan de Bashung pour chaque album… Le fan de Play blessures est un fan de cold wave, ce à quoi je ne peux me résumer.
Et puis, il y a cette querelle interne qui mine la direction de Saravadio à l’évocation d’un album de Bashung à chroniquer pour Roule Galette…
Ricky le Cosmonaute ne jure que par Novices, quand Hala Hata claironne que Fantaisie militaire est indépassable, là où Christophe pense que L’Imprudence est ce qu’il a fait de mieux.
En tant que grand dictateur de notre webradio, j’ai donc, en accord avec moi-même, tranché dans le vif : ce sera Play blessures. Quitte à provoquer la rupture.
Ça tombe bien, Play blessures est un disque de rupture.
Pour Bashung, d’abord, en plein doute après le succès tardif qui lui tombe sur la gueule.
Après quatorze années de galère, et alors qu'il s'apprêtait à rendre les armes, le succès de Gaby oh Gaby et de Vertige de l'amour lui fait craindre d’être enfermé dans le star-system, à enchaîner les tournées et les plateaux télé.
Le succès ne l’apaise pas : il le bouscule. Il se sent piégé, paniqué. Alors il casse tout. Il veut passer à autre chose pour rester libre.
Play blessures est un disque de groupe — peut-être le premier de sa discographie.
Avec KGDD, ils ont commencé à écumer les salles et à travailler ensemble sur Pizza, avant que Gaby n’explose, offrant finalement deux tubes coup sur coup : Gaby et Vertige de l’amour.
Fin 81, il est au fond du trou.
La musique du film Le Cimetière des voitures d’Arrabal sert de terrain d’expérimentation, qui sera les prémices de Play blessures.
En studio, il faut désapprendre et travailler sur les ambiances, les improvisations.
Pour les textes, après une phase "yaourt", Bashung les coécrit avec Gainsbourg — lui aussi au fond du trou après sa rupture avec Jane Birkin — dans une ambiance de travail éthylique, avec pour QG la cour d’un bistrot à proximité de la régie Renault.
L’album qui en ressort est un disque sombre, expérimental, qui divise et fait perdre une partie de son public.
On s’éloigne très fortement du côté américain pour plonger dans la cold wave anglaise du début de la décennie.
Sur la pochette, on y voit Bashung dans une ambiance exotica, taper sur des congas — en référence au titre original de l’album, Apocalypso, abandonné car déjà pris par The Motels sur leur album All Four One — au profit de Play blessures, extrait des paroles de Lavabo.
Disque de rupture, donc.
Pour Bashung, mais aussi pour moi.
Ce disque marque mon affranchissement d’avec mon frère. Il symbolise la période où je deviens new wave, après avoir découvert quelques mois auparavant The Cure, B-52’s, Talking Heads, Depeche Mode, Grace Jones…
Bashung, que mon frère pouvait encore supporter du temps de Gaby ou Vertige, devient infréquentable : il joue un personnage qu’il n’est pas, sa voix est trop forcée, on n’y croit pas.
Qu’importe, je me plonge dans Play blessures pour voler de mes propres ailes.
Et disque de rupture pour Saravadio, puisque trois animateurs tambourinent à la porte pour réclamer leur quinzaine !
Believe I’m Goin Down... (2015) marque un tournant tranquille dans la carrière de Kurt Vile. L’Américain, ancien membre de The War on Drugs, y délaisse les guitares abrasives de ses débuts pour un ton plus posé, intime, presque domestique. C’est un disque d’introspection, entre folk cotonneux et rock nonchalant, porté par une écriture à la fois lucide et paresseuse — dans le bon sens du terme.
L’album avance à pas lents, dans un équilibre subtil entre mélancolie et détachement. Vile y parle de fatigue, de doutes, du besoin de ralentir, souvent avec humour et autodérision. Les arrangements restent simples — guitare acoustique, batterie feutrée, touches d’orgue ou de slide — mais forment un univers très cohérent, à la fois flou et précis, comme un après-midi trop long.
Un disque de retrait plutôt que de conquête, qui capture l’art de ne rien forcer — ce qui, chez Kurt Vile, devient presque une philosophie.
Cette semaine, nous avons suivi Kurt Vile dans son univers folk-rock intimiste et légèrement décalé. De l’errance désabusée de I'm an Outlaw à la contemplation des petites choses du quotidien dans Dust Bunnies, chaque morceau explore des états d’esprit flottants, mélancoliques ou rêveurs. Les titres comme That's Life, Tho et Wild Imagination nous emmènent dans des réflexions sur la résilience, l’onirisme et la vie intérieure, tandis que All in a Daze Work laisse l’impression d’un flottement, suspendu entre confusion et introspection. Au final, l’album trace un chemin tranquille mais intense, où le temps semble s’étirer et où la musique devient un miroir des pensées et des souvenirs.
Tank , Bedtime for Rio
Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir — ou de redécouvrir — Bedtime for Rio de Tank.
Tank est le projet du bassiste brestois Christophe Mével. Bedtime for Rio est le troisième album du groupe, après 66° Nord, paru en K7 chez Diesel Combustible, et Upwards at 66°N, sorti en CD chez Earworm.
Ce disque a d’ailleurs bénéficié d’une double sortie : en vinyle chez Earworm et en CD chez Alice in Wonder, avec des pochettes différentes mais une tracklist identique.
C’est pour moi un de ces disques passerelles — ceux qui m’ont permis de m’ouvrir à d’autres styles que je ne connaissais pas à l’époque. Il est en ce sens particulièrement symptomatique du post-rock, dans sa capacité à fusionner des genres.
On pense évidemment au krautrock pour le côté motorique et kosmische, à l’ambient de Brian Eno ou David Sylvian, mais aussi à Ganger pour la basse omniprésente , voire au Simple Minds de Empires and Dance , influence avouée de Christophe Mevel .
C’est un disque dont je n’ai cessé de vanter les mérites, aussi bien dans mes émissions de radio qu’en tant que disquaire, lorsqu’il m’arrivait d’en croiser un exemplaire d’occasion — que je mettais aussitôt de côté pour quelques clients privilégiés.
Bedtime for Rio , en plus d’être excellent de bout en bout a deux autres avantages :
il n’est pas disponible sur les plateformes de streaming (ou presque, à part sur Bandcamp),
et il ne comporte que cinq titres : Nous allons donc l’écouter tout au long de la semaine, un titre par jour, pour prendre le temps de s’imprégner de cette atmosphère singulière — froide mais apaisante , planante mais trippante .
Pour démarrer la semaine, nous écoutons Rose de Basalte, premier titre de Bedtime for Rio.
À la première écoute, j’y ai entendu un mélange entre Jean-Michel Jarre et le générique de Temps X : électronique froide, planante, hypnotique. Un rythme obsédant qui pose immédiatement l’univers post-rock et kosmische de Tank, parfait pour se laisser transporter.
Gulfoss est un titre motorik, dans la lignée du maxi Gunnar Alternative sorti quelques mois plus tôt chez Earworm.
Répétitif à souhait, avec une basse obsédante qui déraille et des synthés spatiaux, il nous embarque dans un road trip façon Space Invaders, rythmé par une pulsation à la Klaus Dinger. 13 minutes de transe space motorik.
Nord Nord-Ouest intrigue avec ses synthés rappelant des cris de mouettes, sa rythmique en contretemps, et des accélérations qui font sauter le morceau dans tous les sens . Trompettes et samples s’invitent dans la fête, et tout s’élance dans une descente tourbillonnante.
Ishellir est le seul titre joué en groupe. On y entend des samples d’un pilote d’avion survolant un paysage. Guitares comme si Labradford passait ses guitares dans un filtre hawaïen , batterie aux balais jazzy, cuivres free et synthé . aérien .
Pour finir , Troll , un morceau motorik à la Neu! . 9 minutes de transe hypnotique . Imparable .
PORTRAIT OF DAVID : these days are hard to ignore , 2001 Racing Junior /Glitterhouse/Talitres
Cette semaine dans Roule Galette, je vous emmène en Norvège avec Olaf Fløttum, alias Portrait of David, et son unique album These Days Are Hard to Ignore, sorti en 2001 chez Racing Junior et distribué plus tard en France via Glitterhouse/Talitres.
Olaf Flottum est un musicien qu’on a pu voir derrière le projet krautrock Salvatore mais aussi dans le très mélancolique the white birch . Depuis quelques années , il s’est concentré sur la bande originale de film notamment dans les films de Joachim Trier , sous son propre nom
C’est après le récent visionnage d’Oslo 31 Août , que son disque sous le pseudo Portrait of david , s’est rappelé à moi .
C’est un disque profondément intimiste, enregistré avec des moyens réduits, dans la salle à manger de Fløttum lui-même, avec l’aide d’amis proches dont Helge Sten de Motorpsycho pour la production. On y retrouve le souci du détail et de l’orchestration : piano, quelques cordes et petites touches discrètes créent un univers feutré, fragile et pourtant plein de présence. On imagine aisément la neige dehors, la lueur du jour disparaissant lentement, le craquement d’une cheminée, et les discussions tardives qui ont façonné ces morceaux.
These Days Are Hard to Ignore est un disque de repli sur soi, de contemplation et d’introspection. Les paysages scandinaves, la solitude et la mélancolie s’y mêlent, évoquant des moments suspendus, comme ceux que j’ai vécus moi-même sur un lit d’hôpital, après une opération, écoutant ces chansons au crépuscule en regardant la campagne et le ciel tomber. C’est un album qui installe une atmosphère douce-amère, à la fois apaisante et pénétrante, où l’ écoute devient un voyage intérieur.
Musicalement, on peut penser à The White Birch l’autre projet d’Olaf Flotum , à Sylvain Chauveau dans ses moments les plus intimistes, ou encore à Max Richter .
Mais au-delà de ces références, c’est surtout la sensibilité de Fløttum et son approche minimaliste qui marquent l’album, et qui le rendent unique.
These days are hard to ignore est le disque de la semaine dans roule galette .
Nine Day Wonders démarre sur un brouillard sonore où émerge un piano lent, minimal et répétitif. La voix, lente et fatiguée, presque parlée, rappelle certains morceaux introspectifs de Perry Blake ou de Vincent Gallo, et renforce la dimension intime du morceau.
Le violon et le violoncelle d’Ole Henrik Moen accompagne cette atmosphère subtile, ajoutant des nuances délicates et un sentiment de flottement. Le morceau se divise en deux parties : la première, avec ce climat suspendu, et la deuxième introduit un sifflement étrange, indéfinissable, qui accentue la mélancolie de la pièce.
Nine Day Wonders parle d’enfance et de souvenirs perdus, avec une mélancolie diffuse et contemplative.
Beautiful Flimsy Kite glisse doucement comme un balancement doux en rocking-chair chair , guitare et percussions minimalistes, synthé mélancolique et piano viennent souligner cette rêverie suspendue. La slide guitar ajoute une touche presqu’aquatique et dépressive, tandis que les paroles racontent la perte d’un objet précieux, métaphore de souvenirs fragiles et flottants.
Constant Flow s’écoule en toute simplicité, synthé lointain, guitare acoustique et voix presque instrumentale, toutes enveloppées de reverb et d’écho. La mélodie minimaliste et flottante rappelle Sigur Rós, mais avec une retenue subtile et intime, comme un murmure qui glisse au fil du temps.
Sweet Thief nous plonge à nouveau dans l’atmosphère du rocking chair. Piano et guitare se mêlent comme un très lointain blues scandinave, éclairé à la bougie, intimiste et fragile. La voix, douce et posée, accompagne les images de solitude contemplative du texte : observer le monde évoluer depuis une chaise, laisser filer le temps, et rêver qu’un « sweet thief » vienne subtiliser ces instants. Un morceau absolument magnifique, suspendu entre mélancolie et poésie tranquille.
David’s portrait clôture parfaitement la semaine . On retrouve cette guitare folk minimaliste et les sons de synthé légèrement présents comme une brise. La voix se pose comme un souffle sur les souvenirs de l’enfance : « I slept like a child in the arms of the horseman… ». On a l’impression d’être dans un conte raconté doucement, avec des bruits de vent et un souffle d’air qui traverse l’espace musical. La dimension introspective et méditative de l’album atteint ici son apogée, laissant l’auditeur suspendu entre nostalgie et émerveillement.
Cette semaine dans Roule Galette, on revient à une époque où Simple Minds n’avait rien de FM, ni d’arène rock, ni de tubes radiophoniques. Empires and Dance est leur troisième album, sorti en 1980 sur Arista, et c’est probablement le plus froid, le plus radical et le plus européen de leur discographie.
C’est un disque qui sent encore la sueur des clubs post-punk, mais qui regarde déjà vers la sophistication électronique et les paysages industriels d’une Europe en mutation. Un disque qui aurait pu sortir sur Factory ou sur Mute, tant il évoque à la fois Joy Division, Magazine, Ultravox période John Foxx, et le krautrock motorik de Neu!.
Jim Kerr et ses compagnons y jouent une musique de transe urbaine : section rythmique exceptionnellement inventive , guitares tranchantes, synthés menaçants, voix sombre à moitié halluciné. Tout y semble à la fois dansant et désincarné, obsédé par la répétition, la vitesse, la tension.
C’est l’un de ces albums-ponts entre le rock et l’électronique, entre le charnel et le mécanique.
Enregistré en une dizaine de jours dans un studio gallois, produit par John Leckie (Radiohead, Marc Seberg), Empires and Dance est aussi le disque où Simple Minds trouve vraiment sa personnalité — celle d’un groupe européen, plus influencé par Berlin que par Londres.
Si vous pensiez encore que simple minds ne se résumait qu’à un titre, le discutable Don’t you , il est grand temps pour vous d’écouter ce roule galette consacré à leur album de 1980 , empires and dance .
Nous démarrons cette semaine avec le glacé et sombre today i died again : Jim Kerr parle ici de l’aliénation individuelle, de la perte de mémoire et d’identité,et de la chute des systèmes (politiques, sociaux, moraux).C’est une chanson froide, presque dystopique. Simple Minds y dépeint un monde vidé de sens, où mourir chaque jour est devenu normal.
C’est à la fois poétique, triste, et d’une lucidité glaçante et surtout terriblement d’actualité .
“Celebrate” parle d’un monde déshumanisé, où :l’amour est rare, les gens vivent comme des soldats ou des automates,la société célèbre la surface plutôt que le sens,
et la seule chose qu’il reste à “célébrer”, c’est la survie elle-même.C’est une critique à la fois politique et existentielle : Simple Minds montre ici une humanité moderne prise entre le confort matériel et le vide spirituel.
Capital City décrit la vie urbaine comme un organisme vivant et impitoyable, où les habitants suivent un rythme mécanique, parfois violent, et où l’identité individuelle se fond dans la pulsation de la ville.C’est un portrait abstrait et sensoriel de la métropole moderne, à la fois fascinante et oppressante.
Thirty Frames a Second est une méditation sur la régression, la perte d’identité et la désorientation dans le monde moderne. Le narrateur voit sa vie et la société revenir en arrière comme un film inversé, confronté à l’angoisse, au chaos et à la fragilité de l’existence.
“This Fear of Gods” plonge dans l’angoisse et l’aliénation de l’homme face au divin. La peur des dieux n’est pas seulement celle du jugement, mais la désillusion éprouvée lorsqu’on attend un dieu qui ne se manifeste pas comme espéré. Les images de violence, de luxure et de souffrance reflètent alors les conséquences de la condition humaine sous le regard d’un sacré absent ou inattendu. La répétition des voix, des cris et des visions traduit cette angoisse intime et universelle, rappelant que l’homme porte seul la responsabilité de ses illusions et de ses actes.
Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir le premier album des Canadiens de DO MAKE SAY THINK sorti en 1998.
C’est un disque qui marque le début d’un parcours instrumental fascinant, entre post-rock et jazz contemporain, avec des touches électroniques et des arrangements très ouverts. D’abord paru en autoproduction, il bénéficie rapidement d’une ressortie sur le label montréalais Constellation.
Pas forcément l’album le plus connu du groupe, il fait partie des premières références du label , relativement peu connu à l’époque.
Si le second album, Goodbye Enemy Airship the Landlord Is Dead, a marqué les esprits et fait désormais partie des classiques du label, le premier mérite pourtant que l’on s’y replonge. Ce disque pose déjà les bases du son du groupe :
les compositions sont longues, souvent construites en crescendo, et donnent l’impression que chaque instrument est à la fois libre et parfaitement en dialogue avec les autres on note une capacité à créer des atmosphères où chaque écoute peut révéler de nouveaux détails, même après de nombreuses écoutes.. La batterie est complexe et fluide, les entêtantes lignes de basse s’entrelacent avec des guitares et des claviers très spatiaux,
Moins immédiat, il reste pourtant fascinant et varié. Du dub au jazz en passant par le post-rock, c’est surtout le travail sur l’espace sonore qui est absolument époustouflant. Un disque qu’on ne saurait vous conseiller d’écouter sur un système sonore digne de ce nom, et certainement pas sur une simple enceinte Bluetooth. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un changement de configuration hi-fi que je réécoute souvent cet album, comme étalon de mon système audio. La profondeur dans le placement des différents instruments fait que chaque écoute est nouvelle. Oscillant entre subtilité et intensité, l’album se construit titre par titre, tout en créant un univers cohérent et immersif.
Avec le temps, il est devenu mon album préféré du groupe. Pourtant, les premières écoutes ne laissaient pas présager que je le réécouterais 25 ans plus tard. Sans doute trop jazz, trop éloigné du son de Godspeed que je recherchais à l’époque, c’est un disque que j’ai depuis souvent fait découvrir. Par essence, il s’agit du disque que je mets dans le lecteur CD et laisse défiler. Il est impossible qu’on ne vienne pas me demander ce qui est en train de passer.
Vus à de nombreuses reprises en concert — qui peuvent varier d’ennuyeux à inoubliables — j’ai le souvenir d’une prestation au festival de Dour, en tout début d’après-midi, absolument solaire et intense. Un shoot de bonheur, de luminosité et de groove.
Pour démarrer , le somptueux Disco and Haze , qu’on imagine , ils ont du consommer à profusion pendant l’enregistrement . Le titre démarre sur ces bidouillages rappelant les pales d’un hélicoptère avant que des grincements de guitares inquiétants ne viennent créer ce maelström épais et assourdissant , avant q’une guitare wah wah , toute sage ne vienne nous soulager . Relayée par une autre guitare aérienne , puis par une basse répétitive , elle repart progressivement en tension dans une explosion free jazz/post rock démentielle . A écouter fort , très fort .
Aujourd’hui , je vous propose le’espalace , mélange d’espace et de palace , un titre qui pourrait évoquer spacemen 3 dans l’utilisation des synthès farfisa , les guitares convient hendrix sous spacecake et michael gottsching sous acide , le tout accompagné de percussions tribales , le’espalace est ma foi , un endroit bien fréquentable . L’antithèse de Claude Challe .
Aujourd’hui , prenons l’autouroute 420 , bien plus sinueuse que l’autoroute de l’enfer du célèbre australien en culotte courte . Highway 420 , on se l’imagine relativement vide , vers 5 heures du matin , quand la rosée , laisse peu à peu apparaitre un magnifique ciel , et une circulation qui s’intensifie au fur et à mesure qu’on approche une ville . On respire à nouveau une fois ce chancre citadin . On peut alors , attaquer des reliefs qui s’étirent . Incroyable basse élastique , réverb de guitare très fifties , cuivres et claviers discrets nous amènent à bon port , même si les conducteurs sont sous substances .
Dr Hooch est le morceau du jour . Nous ne savons pas qui est ce Dr Hooch , ni ce qu’il prescrit comme breuvage , mais on rêverait de le rencontrer . Basse omniprésente à faire pâlir n’importe quel groupe de dub , batteur inventif … A prendre 3 fois par jour pendant un mois .
Pour clôturer la semaine , the Fare to get there , le prix pour y parvenir , long titre de plus de 19 minutes , qui nous rappelle que le disque est avant conçu comme un trip , dans tous les sens du terme . Laissez vous guider dans ce long dub spatial répétitif et sinueux.
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