Séances de l'Académie des sciences morales et politiques

Séances de l'Académie des sciences morales et politiques

By Institut de FranceSociety & Culture
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Séances de l'Académie des sciences morales et politiques episodes

  • Les matières premières de la souveraineté
    Dans cette intervention, Érik Orsenna revient sur l’importance fondamentale des matières premières et sur le déni de réalité longtemps entretenu en France, qui a contribué aux délocalisations industrielles. Il affirme que l’eau est la plus stratégique d’entre elles et l’illustre à travers plusieurs exemples géopolitiques majeurs : le Nil, bouleversé par la construction du barrage de la Renaissance en Éthiopie, le Tigre et l’Euphrate dominés par la Turquie, ainsi que les grands fleuves issus du Tibet alimentant des centaines de millions de personnes. Ces cas montrent le déplacement des rapports de force vers l’amont des fleuves et soulignent le rôle croissant de l’hydro-diplomatie. Face aux effets des barrages sur les deltas, notamment au Bangladesh, Érik Orsenna insiste enfin sur la nécessité d’une gestion de l’eau fondée sur l’interdisciplinarité.
    1 hr 47 min
  • La terre est-elle surpeuplée ?
    Dans sa conférence, G.F. Dumont rappelle que la peur du surpeuplement est très ancienne : bien avant l’apparition du terme, des penseurs comme Platon, Botero ou Malthus exprimaient déjà la crainte d’un excès d’hommes par rapport aux ressources disponibles. Contrairement aux idées reçues, la forte croissance de la population mondiale ne vient pas d’une explosion de la fécondité, mais de la transition démographique, marquée par une chute de la mortalité et un allongement de l’espérance de vie. G.F. Dumont souligne également que l’analyse du lien entre population, développement et ressources ne permet pas de conclure à un surpeuplement global, car ce sont surtout les institutions, la gouvernance, l’innovation et le capital humain qui déterminent le niveau de développement, bien plus que la densité de population. Enfin, il insiste sur le fait que les projections démographiques montrent un net ralentissement de la croissance, voire un futur dépeuplement dans certains pays, ce qui confirme selon lui que la véritable question n’est pas le nombre d’habitants, mais la manière dont les sociétés gèrent leurs territoires et leurs ressources.
    2 hr
  • Géopolitique du sport. Une autre compréhension de la puissance et du monde
    Révélateur de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être, le sport constitue un « fait social total » qui révèle la nature profonde des sociétés et transcende largement le cadre du simple divertissement. L’approche du sport par la géopolitique constitue ainsi une autre grille de compréhension du monde.Par essence, le sport est politique et géopolitique à toutes les échelles. Il s’affirme comme un outil de gouvernance, un levier géopolitique et un instrument de pouvoir flexible et efficace. Depuis l’ère moderne et la relance des Jeux Olympiques, le sport ne cesse d’être un enjeu, un moyen et un révélateur des relations internationales depuis la décennie 1930. La géopolitique du sport permet en cela de mesurer et de comprendre l’expression de la puissance étatique dans toutes ses dimensions dans le sport, avec le sport et par le sport.
    1 hr 54 min
  • Géopolitique des religions
    La géopolitique des religions étudie l’influence des religions dans les mutations mondiales, ni surestimée ni occultée. Longtemps marginalisé par l’idéologie de la sécularisation, ce facteur est revenu au premier plan depuis la révolution iranienne (1979), Samuel Huntington et le choc des civilisations et le 11 septembre.La géopolitique des religions analyse les religions comme puissances en interaction avec les États, leurs territoires et les migrations qui recomposent sans cesse les paysages religieux. Elle distingue influence « voulue » (discours officiels) et influence réelle (effets concrets), comme l’illustre le faible impact des appels religieux sur la fécondité en Russie ou en Iran.Les religions sont aussi « représentées » par le politique, instrumentalisées pour légitimer des projets nationaux : hindutva de Modi en Inde, intégralisme catholique de Vance aux États-Unis. Elles nourrissent soft power, rivalités géopolitiques, persécutions et radicalismes.La géopolitique des religions scrute également leur rôle dans les organisations internationales, l’opposition à l’Occident, la montée des fondamentalismes et la progression du djihadisme, notamment en Afrique, où pourrait émerger un futur califat.La discipline vise à anticiper ces dynamiques : ni réduire la religion à un résidu du passé, ni la fantasmer en menace absolue.Ressource spirituelle, identitaire et politique, la religion demeure une force structurante des sociétés et un enjeu incontournable des relations internationales.
    1 hr 47 min
  • Les eaux continentales : ressources et problèmes de gestion
    Laurent Touchart commence en évoquant la question du volume total de l’hydrosphère et de sa mesure. Un consensus scientifique s’est établi autour d’un chiffre stable, évalué à 1 386 000 000 km3 d’eau. Largement diffusée par l’US Geological Survey, cette estimation trouve en réalité ses origines dans les travaux de géographes russes et austro-allemands des années 1920 à 1950. Les méthodes pionnières – bilans climatiques pour l’école austro-allemande, quantification des eaux souterraines et des pertes par transpiration pour l’école soviétique – avaient déjà fourni des résultats très proches de ceux obtenus aujourd’hui. L’essor des technologies de télédétection et de gravimétrie satellitaire (programme GRACE, 2002-2017) a permis de raffiner les mesures des nappes, glaciers et océans, mais sans modifier de façon significative les ordres de grandeur. La conclusion est claire : les chercheurs du milieu du XXe siècle avaient déjà atteint une précision remarquable, et le volume global d’eau terrestre apparaît comme invariable à l’échelle humaine.
    1 hr 42 min
  • Les villes, terres des hommes ?
    L’intervenante défend tout d’abord la place légitime de la géographie parmi les sciences morales et politiques. Discipline des mœurs, la géographie s’attache à comprendre comment les sociétés habitent et façonnent l’espace ; science politique également, elle éclaire les logiques de la vie collective dans la cité. Trop souvent mal enseignée et réduite à une discipline annexe de l’histoire, elle gagnerait à être réhabilitée pour sa capacité à rendre intelligibles les mutations contemporaines. Parmi celles-ci, la plus décisive est la révolution urbaine survenue au cours du XXè siècle : depuis 2008, l’humanité est majoritairement citadine, une première dans l’histoire. Ce basculement s’est produit en Europe dès le XIXe siècle avec la révolution industrielle, et le point de bascule se produit en France dans les années 1930. Il a bouleversé paysages, modes de vie et catégories statistiques. L’opposition traditionnelle entre ville et campagne, matérialisée dans le paysage par les remparts ou illustrée par la fable du rat des villes et du rat des champs, tend aujourd’hui à s’atténuer, même si elle continue d’éclairer l’histoire sociale et spatiale.
    1 hr 47 min
  • Un point chaud du globe : la péninsule coréenne
    Valérie GELEZEAU analyse la complexité de la frontière coréenne à travers l’exemple de projets de développement sud-coréens planifiés pour la période 2000-2030, et la manière dont ceux-ci se sont heurtés à la persistance de la division politique. Malgré l’ouverture partielle des années 2000, la circulation transfrontalière est restée marginale, et les slogans de la réunification ont fonctionné davantage comme une injonction contradictoire que comme un horizon réalisable.La cartographie officielle montre une frontière densément aménagée, sillonnée de réseaux de transport et ponctuée de projets économiques et touristiques : aménagements fluviaux, valorisation des littoraux, développement des zones montagneuses. Cependant, la réalité est bien différente : les infrastructures d’échange mises en place (routes réouvertes à l’est et à l’ouest, zones spéciales de Kaesong et de Bongamgang) ont été refermées. Si certaines zones nord- coréennes restent accessibles aux visiteurs étrangers (russes, chinois) et locaux, aucune structure d’intégration durable n’a subsisté.
    1 hr 40 min
  • Géographie et géopolitique
    Yves Lacoste est le géographe qui a osé utiliser le terme de géopolitique pour parler des conflits. Pour Yves Lacoste la géographie est fondamentalement un savoir stratégique. Le retour de la géopolitique commence en 1979, avec l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, mais aussi la chute du shah et l’installation d’une théocratie en Iran. La fin de la guerre froide (la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’URSS) a fait des États-Unis le grand vainqueur de la guerre froide, confirmé par sa victoire lors de la première guerre du Golfe et la défaite de Saddam Hussein, victoire dont les conséquences géopolitiques ont été l’attentat du 11 septembre 2001. En 1993, le géographe, Yves Lacoste, définit la géopolitique comme l’analyse des rivalités de pouvoirsur desterritoires pour en prendre, ou en garder, le contrôle, et celui des populations comme des ressources. La géopolitique est un savoir, une méthode d’observation, un mode de raisonnement fondé sur la superposition et l’articulation de différents niveaux d’analyse spatiale (raisonnement diatopique) pour comprendre et expliquer des évènements conflictuels. De même la recherche des causes plus ou moins anciennes de ces conflits nécessite de conduire un raisonnement en historien (diachronique). C’est donc la combinaison des raisonnements diatopique et diachronique et la prise en compte des représentations contradictoires, vraies ou fausses mais mobilisatrices, que se font les acteurs du ou des territoires en jeu qui caractérisent la méthode scientifique géopolitique. À l’issue de sa communication Béatrice Giblin a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.D. Levitte, Y. Gaudemet, S. Sur, R. Brague, H. Gaymard, J.C. Trichet, J. de Larosière, G. Guillaume.
    2 hr 1 min
  • Droit et géographie
    La matinée du 2 juin 2025 s’est attachée à interroger les articulations entre le droit et la géographie, deux disciplines dont les connexions, bien que profondes, demeurent trop rarement explorées de manière systématique. L’initiative, saluée comme inédite, visait à susciter un dialogue interdisciplinaire fécond entre deux sociétés savantes fondées au XIXe siècle, entre juristes et géographes, autour des enjeux spatiaux du droit et de l’influence normative sur les territoires. Dans son propos introductif, Bernard Stirn, Secrétaire perpétuel de l’Académie, a rappelé que si le droit entretient depuis longtemps des affinités naturelles avec l’histoire — comme en témoigne la célèbre formule de Montesquieu : « il faut éclairer l’histoire par les lois et les lois par l’histoire » —, ses liens avec la géographie ont été beaucoup plus ténus. Pourtant, la pensée de Montesquieu elle-même appelait à considérer les lois comme relatives « au physique du pays », au climat, au sol et aux modes de vie. À cette fin, Bernard Stirn a proposé de renouveler l’approche du droit en affirmant la nécessité de « l’éclairer par la géographie et d’éclairer la géographie par le droit ». La géographie constitue un éclairage nécessaire du droit. La délimitation des domaines publics, la détermination des frontières étatiques ou encore l’application territoriale des normes juridiquess’appuient sur des considérationsspatiales comme en témoigne la portée toujours actuelle de l’ordonnance de Colbert de 1681 sur le rivage maritime, enrichie par la jurisprudence Kreitmann du Conseil d’État (1973), ainsi que le rôle structurant du droit international dans la définition des zones maritimes (eaux territoriales, ZEE, haute mer). De même, Bernard Stirn a souligné l’importance croissante de l’extraterritorialité des normes, notamment à travers les traités internationaux, les régimes juridiques régionaux comme l’Union européenne ou encore la diffusion de modèlesjuridiques(common law, charia, droit romain, droit chinois). Le droit, dès lors, se projette au-delà des frontières nationales, dessinant une cartographie normative en constante expansion. En retour, le droit contribue puissamment à structurer l’espace géographique. Il en organise l’occupation à travers le droit de l’urbanisme (depuis la loi Cornudet de 1919 jusqu’à la loi SRU de 2000) et participe à la protection de l’environnement et des paysages par le biais de normes dédiées (lois Montagne, Littoral, Air, Eau, Charte de l’environnement). Le droit de l’environnement en particulier illustre cette interpénétration croissante des logiques juridiques et géographiques, dans un contexte de préoccupations accrues pour le changement climatique et la biodiversité. Dans son intervention, François Molinié, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation et président de la Société de législation comparée, a poursuivi cette réflexion en insistant sur le rôle central du droit comparé comme lieu de convergence entre le droit et la géographie. Rappelant la pensée de Montesquieu, il a souligné que les lois, pour être pleinement comprises, doivent être situées dans leur contexte historique, culturel et géographique. À l’instar des géographes, les juristes construisent des typologies, élaborent des classifications (droit continental, common law, droit musulman, droit coutumier) et utilisent des représentations cartographiques des systèmes juridiques.
    1 hr 39 min
  • Louis XIV géographe et aménageur du territoire
    Au plafond de la galerie des Glaces, Louis XIV figure en empereur romain, recevant de Minerve la carte de la vallée du Rhin. Les cartes sont alors rares, imparfaites, et la cartographie ne fait pas encore partie de l’outillage mental commun. Le XVIIe siècle marque toutefois un tournant, exprimant un besoin croissant de cartes et un progrès dans la représentation de l’espace. Le territoire français sous le règne de Louis XIV ne se définit pas encore géographiquement mais historiquement, politiquement et juridiquement : c’est un royaume, une communauté de sujets, non une forme colorée sur une carte. L’espace royal correspond à la somme des seigneuries vassales du roi suzerain. Progressivement, les limites du royaume se linéarisent. La France du XVIIe siècle se distingue par une certaine cohérence géographique : 450 000 km², 20 millions d’habitants, et un territoire plus homogène que ceux d’autres princes européens. Même si subsistent une quarantaine de principautés enclavées et une Lorraine rendue à son duc après occupation, l’ensemble forme un bloc géographique relativement uni.Les conquêtes militaires de Louis XIV ont profondément modifié la géographie du royaume. La France cherche à desserrer l’encerclement exercé par les Habsbourg, présents en Espagne, en Franche-Comté, en Alsace et aux Pays-Bas espagnols. La paix de Westphalie (1648) puis les traités comme celui des Pyrénées (1659) ou de Nimègue (1678) permettent de mieux sécuriser le territoire. Vauban, ingénieur militaire, propose une stratégie de « pré carré » : un espace bien délimité, sans enclaves, avec des frontières cohérentes et continues. Enfin, l’expansion géographique ne se limite pas à l’Europe : Louis XIV engage aussi la France dans la colonisation. La monarchie établit une géographie impériale par sa présence en Amérique du Nord, aux Antilles, dans l’océan Indien et en Inde. Bien que Louis XIV ait cherché à dominer la nature pour faire resplendir sa grandeur, certaines de ses actions, telles que les réformes forestières et la gestion des espaces, préfiguraient des préoccupations environnementales qui résonnent encore aujourd’hui. Les cartes et la cartographie ont joué un rôle essentiel dans cette entreprise, contribuant à l’organisation de l’espace et à une meilleure compréhension géographique du royaume.
    1 hr 40 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.