Simone et les philosophes

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Simone et les philosophes episodes

  • ÉPISODE 11 Saison 1 : Thérapie anti-sexismes (4). Se refaire une culture

    Comment se débarrasser des préjugés liés aux genres en se cultivant mieux ?

    Pour écouter la version audio, cliquez en bas de cet article.


    Librairie des femmes à Paris

    L’objectif de ce quatrième exercice n’est plus de nous faire prendre conscience de ces dissymétries – comme c’était le cas pour les 3 premiers exercices – mais de modifier en acte nos représentations ! Et pour cela, il va falloir stimuler notre curiosité et remuer nos méninges car le programme de cet exercice est indéfini – et tant mieux car il est passionnant – : nous allons nous refaire une culture!

    Introduction de l’exercice

    Une culture, vous en avez déjà une, me direz-vous ! Et vous avez raison. De sorte que si je vous demande de fermer les yeux et de vous représenter des figures passées ou actuelles du monde de l’art, du domaine de la science, de la sphère politique, de l’histoire de la littérature… Si je vous invite à penser à des philosophes aussi… vous devriez vraisemblablement en avoir quelques noms ou quelques visages rapidement en tête. Et si je vous invite à penser à quelques grandes figures héroïques, qu’elles soient historiques ou mythiques, j’imagine que certains noms et visages vous parviennent aussi à l’esprit.

    Tiens, mais au fait : combien de femmes parmi toutes ces figures ? Et combien d’hommes ? Je ne prends pas beaucoup de risques en supposant qu’il y a – parmi ces figures – pas mal d’hommes. Au point qu’on pourrait croire que je vous ai invité·e à penser à des hommes artistes, scientifiques, philosophes etc. Mais non, je n’ai utilisé aucune formule masculine qui aurait pu orienter vos représentations. J’ai parlé de « figures » de tel ou tel domaine de notre culture.

    Voilà, vous y êtes : la culture qui se retrouve dans nos têtes est une scène sur laquelle coexistent ceux que nous avons coutume d’appeler les « grands hommes », étant plus ou moins entendu que les grandes femmes de notre grande culture ne sont pas assez grandes pour avoir des premiers rôles.

    N’est-ce pas étrange tout de même que la culture soit dévouée au culte des grands hommes ? Les femmes – qui représentent une bonne moitié des êtres humains – n’ont-elles pas créé, inventé, découvert, exploré, théorisé ? Enfin, si c’était le cas, on se souviendrait d’elles non ?

    Alors la culture que nous avons apprise et que nous continuons d’apprendre non seulement est faite d’hommes bien sûr admirables et exceptionnels, mais elle illustre ce qu’il en est de la femme, à savoir plusieurs choses qui sont autant de préjugés assez courants : n’ayons pas peur de les expliciter.

    • premier préjugé : si la culture est faite d’hommes c’est que ce sont les hommes qui font la culture, tandis que les femmes sont commandées par leur nature, leurs instincts les dévouant aux soins du mari et des enfants. En d’autres termes, la nature de l’homme est de faire progresser la culture, tandis que celle de la femme est de soigner les hommes qui font avancer la culture. Dans ce préjugé là, plus courant qu’il ne vous y paraîtrait en m’écoutant résumer ainsi la chose, on prend acte du fait que la femme a presque toujours été cantonnée à la sphère domestique mais on le justifie par sa destination naturelle.
    • second préjugé courant : les femmes ont beau se démener, elles ne sont pas aussi fortes que les hommes. Pour tout un tas de raisons qu’on voudra bien avancer : elles sont physiquement plus faibles – ce qui en matière de culture est fondamental – , ou moins organisées (ce fameux mythe de la femme irrationnelle, loin de la rationalité des hommes auquel l’histoire est à elle seule le meilleur contre-argument), ou moins talentueuses, ou moins courageuses, moins ambitieuses, etc. etc. Dans ce second préjugé, on oublie que les femmes on...
    • 27 min
    • ÉPISODE 10 Saison 1 : Qu’est-ce que le comique ? « Le rire » de Bergson

      Ce qui est comique pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Alors qu’est-ce qui est comique? Qu’est-ce qui nous fait rire? Pour attaquer cette question, nous allons aborder un ouvrage dont nous avions déjà lu un extrait dans un épisode précédent. Il s’agit d’un recueil de Bergson qui rassemble trois articles sous le titre « Le rire ». Dans cet ouvrage, Bergson dégage un certain nombre d’éléments essentiels au comique autour d’un fil directeur dont je vous propose ici une reconstitution didactique.

      Pour écouter cet épisode (18 mn), cliquez en bas de cet article.

      Texte de l’épisode

      Que la vie est légère quand elle est assaisonnée d’humour : quelqu’un vous fait rire et vos soucis s’envolent. Mais que l’humour peut être lourd lorsqu’il est mauvais, voire même violent : les mauvaises blagues rejouent sans toujours en avoir l’air les clichés les plus humiliants. Et si vous avez le malheur de ne pas rire à ces propositions comiques peu raffinées, on vous accusera très sérieusement de ne pas avoir d’humour et de voir rouge à tort et à travers. On pourra toujours avoir le rire jaune et amer, ou encore préférer l’humour noir, mais en tout état de cause, mieux vaudrait continuer à rire pour voir la vie en rose.

      Vous le voyez, définir le comique n’est pas si simple : ce qui est comique pour l’un ne le sera pas nécessairement pour l’autre, surtout s’il se sent la cible de la farce. Alors qu’est-ce qui caractérise le comique et pourquoi est-il si ambivalent ?

      Pour Bergson, le rire a une signification sociale. Dit autrement, le rire est une pratique sociale qui pointe du doigt un certain geste, une certaine attitude, un certain comportement alors considéré comme comique. En présentant comme essentielle la signification sociale du rire, Bergson souligne 3 choses :

      1/ seul l’humain peut être comique. Un paysage n’est pas risible, et quand un animal l’est – comme on en voit régulièrement des vidéos sur le web – c’est que l’animal adopte alors des attitudes similaires à des attitudes humaines. Le trait comique est donc spécifiquement humain.


      Parc Mozaïc à Houplin-Ancoisne

      2/ Mais qu’est-ce qui caractérise le comique ? Car il y a moult formes de comique et la question est de savoir si qqch leur est commun. Bergson propose ceci : ce qui est comique procède toujours d’une forme de raideur, qui nous fait penser à une mécanique. Le comique est du « mécanique plaqué sur du vivant ». Et c’est cette thèse – assez surprenante – que Bergson va déployer en traversant les différentes formes de comique : le comique de caractère, de situation, de mots, etc. Mais avant de détailler cette thèse, passons au troisième point, pour l’avoir à l’esprit.

      3/ C’est que le rire est social en ce qu’il sanctionne – à sa façon – un manque d’attention, attention aux circonstances et aux usages, attention exigée par la vie et par la société. Ainsi Bergson écrit-il que le rire est une « brimade sociale », il tient en éveil le individus qui, pour ne pas susciter le rire, vont être attentifs en vue d’avoir les gestes les plus utiles et les plus appropriés aux circonstances. C’est ce qui explique que, dès l’enfance, nous avons peur de laisser échapper de nous des gestes risibles.

      Donc 1/ le comique est humain, 2/ il tient toujours dans une forme de raideur qu’on va essayer de comprendre, et 3/ le rire qu’il suscite a une fonction sociale en soulignant cette raideur excentrique du comportement, qui a failli aux réquisits ordinaires de la vie en société.

      « Cette raideur est le comique, et le rire est le châtiment.

      Alors revenons sur cette thèse pour la comprendre. Qu’est-ce que signifie cette idée, à savoir que le ressort du comique, c’est la raideur d’un geste qui apparaît comme automatique ? Ce qui nous fai...

      19 min
    • ÉPISODE 9 Saison 1 : Pourquoi le langage déforme-t-il les choses? La réponse de Bergson

      Pourquoi éprouvons-nous si souvent que les mots manquent, déforment ou appauvrissent le réel? Comment les mots nous conduisent-ils à avoir une vision réductrice des choses et de nos propres vécus? Pour connaître la réponse de Bergson en écoutant cet épisode de 10 minutes (exactement!), cliquez en bas de cet article.

       

      Voici l’extrait de Bergson abordé dans cet épisode:

      Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s’insinue entre elle et nous, et en masquerait la forme à nos yeux si cette forme ne se dissimulait déjà derrière les besoins qui ont créé le mot lui-même.

      Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu. Quand nous éprouvons de l’amour ou de la haine, quand nous nous sentons joyeux ou tristes, est-ce bien notre sentiment lui-même qui arrive à notre conscience, avec les mille nuances fugitives et les mille résonances profondes qui en font quelque chose d’absolument nôtre ? Nous serions alors tous romanciers, tous poètes, tous musiciens. Mais, le plus souvent, nous n’apercevons de notre état d’âme que son déploiement extérieur. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe.

      Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et, fascinés par l’action, attirés par elle pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes.

       

      Texte de l’épisode

      Nous disons souvent que les mots nous manquent, que nous ne connaissons pas le terme adéquat pour exprimer ce que nous voulons exprimer. Mais les mots que nous connaissons ne sont pas de simples outils qu’on aurait à mobiliser volontairement, indépendamment de notre pensée qui serait antérieure à leur usage. En réalité, nous pensons avec des mots et ces mots travestissent le réel. C’est ce travestissement que Bergson évoque dans ce très bel extrait.

      « Pour tout dire, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. » Cela signifie qu’avant même de formuler des énoncés, nous regardons les choses à travers les mots qui servent à les désigner. Ainsi, quand je regarde des objets dans une pièce, je vois un ordinateur, une table, une chaise, une lampe etc.: je perçois les objets en les rangeant immédiatement dans des catégories, des genres. Au fond, je vois des catégories, non des objets aux caractéristiques singulières. Comme l’écrit Bergson, « les mots (à l’exception des noms propres) désignent tous des genres. » Ils soulignent la fonction générale de l’objet dont la singularité est par conséquent occultée.

      Parce que nos besoins l’exigent, parce que nous avons besoin d’agir en vue de notre utilité, nous ne nous rapportons le plus souvent aux choses qu’en vue de leur possible instrumentalisation. Nous ne voyons dans les choses que ce qui nous est utile, leur fonction, leur étiquette. Nous ne voyons les objets qu’à travers notre besoin de les manipuler. Ce besoin d’étiquetage est à l’origine du l...

      11 min
    • ÉPISODE 8 Saison 1 : Exercice anti-sexismes (3). Devenez acteur / actrice

      Jouez à inverser les rôles… le temps d’une partie. À lire et/ou à écouter!

      Pour écouter la version audio, cliquez en bas de cet article.

       

      Introduction de l’exercice

      L’objectif de ce troisième exercice est de nous faire passer un cap dans la mise en pratique des convictions égalitaires que nous avons, au moins en théorie, et je vous propose de le faire de la manière la plus légère qui soit : c’est-à-dire en jouant.

      Avec l’exercice n°1, vous avez sans doute pu relever des situations où des rôles et des pratiques étaient fréquemment adoptés de manière dissymétrique par les hommes et les femmes. Ces situations sociales sont à chaque fois singulières et ne vous fournissent bien sûr pas un scénario figé de ce qui arriverait toujours et partout pour tout individu ! Mais des récurrences se laissent observer – d’ailleurs les statistiques en témoignent – et, en aiguisant votre regard, vous avez noté des pratiques saillantes que vous n’aviez pas nécessairement perçues auparavant avec la même attention. Sans doute avez-vous observé des codes jusqu’alors invisibles, et pourtant notoires dans les interactions pour peu qu’on les observe. Sans doute avez-vous songé que ces codes sociaux encourageaient des formes de mépris à l’égard des projets, talents, désirs, fragilités propres à tout individu, femme ou homme.

      À ce stade, deux erreurs radicalement contraires sont à éviter :

      1. Première erreur : justifier ces récurrences par des différences biologiques, en occultant tous les cas qui contrediraient cette prédétermination supposée. Par exemple, observant que, dans vos réunions professionnelles, ce sont des femmes qui servent plus souvent le café et manifestent davantage d’hospitalité, on dira que le fait d’être une femme sur un plan biologique la prédispose à être plus attentive aux autres que ne le sont les hommes. On justifiait l’esclavage des Noirs de cette façon – en les considérant naturellement prédisposés au travail forcé que ne le sont les Blancs – , chose qui nous paraît aujourd’hui tout à fait absurde. Ce type d’inférence naturaliste est assez évidemment erroné, mais ce sont de nombreuses erreurs de ce type qui aveuglent les gens et gouvernent les foules. C’est la caractéristique de ce qu’on appelle l’opinion : souvent, elle est vague, biaisée, donc fausse, mais elle circule précisément parce qu’elle est vague : tout le monde peut trouver un cas qui la valide.
      2. Seconde erreur : opposer toutes ces situations dissymétriques à un monde fictif où l’égalité se confondrait avec une homogénéité parfaite, c’est-à-dire où tous les individus seraient identiques. On aura alors vite fait de s’écrier que cette égalité hommes-femmes est à redouter, qu’ainsi l’émancipation des femmes est une notion futile et contradictoire, car elle uniformiserait l’humanité, qui n’est pourtant belle que par sa diversité. L’erreur ici est de confondre tout simplement l’égalité des libertés, des chances et des droits, avec la prescription d’un moule uniforme prétendument viril. Ça n’a pas de sens : au contraire, ce que la résistance au sexisme permet, c’est la valorisation de la diversité des êtres humains, quel que soit leur genre, leur personnalité, leur culture, leur projet, leurs désirs etc.
      3. Un élément émancipateur déterminant sur un plan pratique est de faire circuler les rôles, non nécessairement de miser sur leur suppression. Cela signifie que, dans les situations que vous avez pu observer comme dissymétriques, les rôles ne sont pas rattachés aux personnes, donc non plus à des genres, mais qu’ils sont induits par les situations elles-mêmes. Aussi, si l’on a l’habitude d’avoir du café à une réunion, il faut bien que du café soit fait et servi, et que qu...

        23 min
      4. ÉPISODE 7 Saison 1 : Qu’est-ce que la famille ? (2)

        En quoi la famille est-elle traversée et instrumentalisée par des intérêts et des normes qui la dépassent? Comment penser et repenser la famille en accordant une place centrale aux identités et libertés individuelles de ses membres?

        Ce seconde épisode aborde des analyses sociologiques et critiques, ainsi que des enjeux éthiques de la réflexion qu’il importe de relancer sur cette réalité aux multiples aspects qu’est la famille. Il en va de l’émancipation, indissociablement individuelle et collective, et aussi de la tendresse propre à toute pratique adoptive.

        Références bibliographiques:

        • Elizabeth Badinter, L’amour en plus
        • Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique
        • Gabrielle Radica, Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirs
        • Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction
        • Aristote, Les politiques
        • Rousseau, Du contrat social (ch. 2)
        • Hegel, Principes de la philosophie du droit
        • Pour écouter ce second épisode (23 mn), cliquez en bas de l’article.

          Pour les abonnés, le texte intégral du podcast sera inséré dans le numéro 2 de Simone et les philosophes.

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          24 min
        • ÉPISODE 6 Saison 1 : Qu’est-ce que la famille ? (1)


          Avancer grâce aux différences

          Aussi omniprésente soit-elle, la famille n’est pas si facile à définir qu’elle n’en a l’air.

          La « famille politique », la « famille de cœur », et même cette grande famille de l’humanité au sein de laquelle nous sommes tous frères comme disait Épictète… toutes ces expressions semblent être des métaphores de quelque chose qui serait « la famille » prise au sens propre. Alors qu’est-ce que « la famille »? Entre le schéma restreint de la famille nucléaire et le riche éventail de configurations familiales possibles, qu’est-ce qui fait une famille ? Qu’est-ce qui empêche qu’on parle de famille pour telle ou telle configuration et au nom de quoi? Où commence et où s’arrête la famille ?

          Cette première partie vise à travailler la définition de la famille, à la fois par le détour de l’histoire de la philosophie et par l’exploration libre des polarités contradictoires et sans doute communes à toutes les familles.

          Références bibliographiques:

          • Elizabeth Badinter, L’amour en plus
          • Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique
          • Gabrielle Radica, Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirs
          • Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction
          • Aristote, Les politiques
          • Rousseau, Du contrat social (ch. 2)
          • Hegel, Principes de la philosophie du droit
          • Pour écouter ce premier épisode (21 mn), cliquez en bas de l’article.

            Pour écouter ensuite le second épisode, cliquez sur l’article suivant.

            Pour les abonnés, une version intégrale du texte sera insérée dans le numéro 2 de Simone et les philosophes.

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            22 min
          • ÉPISODE 5 Saison 1 : Où est la démocratie ? La réponse de Martha Nussbaum

            Les citoyens font la démocratie. Mais l’histoire montre qu’ils peuvent aussi la défaire en soutenant des mesures contraires à l’égalité et à la liberté de tous. Le vote ne suffit donc pas à définir la démocratie. Où s’exerce la démocratie si ce n’est pas seulement dans les urnes et les batailles politiciennes? Ne commence-t-elle pas en nous, dans la capacité que nous avons de préférer le respect d’autrui à nos peurs? et comment cultiver cette capacité si fragilisée par de multiples discours anxiogènes?

            Dans Les émotions démocratiques. Comment former le citoyen du XXIe siècle?, la philosophe américaine Martha Nussbaum montre comment le combat pour les valeurs démocratiques se joue d’abord en nous-mêmes et devrait constituer l’enjeu prioritaire des programmes d’éducation. Un livre à lire et à méditer pour prendre conscience de la responsabilité de chacun dans la vie d’une démocratie. Les initiatives émancipatrices ont leurs germes en nous-mêmes.

            [Le lien renvoie vers un site de librairies indépendantes. Vous pouvez aussi trouver votre libraire près de chez vous.]

            Musique: Filu&Dina

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            20 min
          • ÉPISODE 4 Saison 1 : Exercice anti-sexismes. Imaginer des histoires
            Introduction de l’exercice

            La première séquence de cette chronique consiste à imaginer l’inversion des situations et procède en trois exercices : le premier visait à déverrouiller notre regard sur la réalité sociale telle que nous la vivons quotidiennement. N’hésitez pas à le relire ou le réécouter : plus le regard est entraîné à renverser les proportions et les rôles, plus des aspects du réel que nous pouvions négliger ou occulter apparaissent sous un jour nouveau. Par le renversement imaginaire des situations, nous ouvrions notre regard aux multiples dissymétries qui ne nous apparaissaient pas auparavant ou qui nous semblaient très ordinaires, « normales ».

            Mais constater la dissymétrie nous conduit souvent à l’accepter. Au lieu de l’interroger, on recourt souvent à de vieilles rengaines qui viennent couper court à la remise en question : « si les choses se passent ainsi, c’est que les personnes impliquées le veulent bien »… Nous disons ainsi que ce qui est est ce qui doit être, puisque rien n’aurait empêché qu’il en soit autrement. C’est là un préjugé bien simpliste, que nous répétons parce que nous l’avons souvent entendu. Nous gagnerions pourtant à acquérir d’autres gestes pour mieux comprendre les situations!

            Dans ce deuxième exercice, c’est cette difficulté que l’on cherche à pallier en vue de ne pas refermer les yeux sur les inégalités observées: il s’agit de comprendre en quoi la dissymétrie sociale que vous percevez est un fait qui, quelles que soient ses apparences, est le résultat de toute une histoire où, au fil des encouragements et découragements, valorisations et dévalorisations, l’individu s’est forgé certaines capacités et certaines peurs aussi. Celles-ci définissent pour lui une grille de comportements qu’il n’a pas choisis librement : par l’adoption spontanée du mimétisme et par l’intériorisation de censures multiples, nous nous retrouvons avec un pouvoir d’agir qui est intimement structuré par les normes de notre environnement social. De sorte que lorsque nous voulons faire autre chose que ce qu’on attendait et attend encore de nous, nous pouvons peiner à en acquérir la capacité réelle, surtout si on ne rencontre aucun soutien. Nous le comprenons très bien pour nous-mêmes, mais dans nos interactions quotidiennes, nous oublions de l’appliquer aux autres. Plutôt que de s’en remettre à la violence ordinaire du « si elle fais ceci ou cela, c’est parce qu’elle l’a bien voulu », on rapporte la situation de la personne aux attentes du milieu social dans lequel elle gravite. Il ne s’agit pas d’en faire une victime, mais de comprendre que ses choix et ses renoncements sont liés à une histoire complexe. En imaginant un récit vraisemblable qui rende compte de l’actuelle dissymétrie, on peut comprendre plus finement la quantité indéfinie des facteurs sociaux et historiques qui ont participé à l’actuelle répartition des rôles, des prises de parole, et des multiples dissymétries que vous observez.

            C’est ce type d’imagination narrative que Virginia Woolf, dans son magnifique texte Une chambre à soi, mobilise avec génie lorsqu’elle dessine l’histoire qui aurait pu être celle de la petite sœur de Shakespeare. Si la sœur de Shakespeare, dotée du même don et de la même passion que lui pour la poésie, l’écriture et le théâtre, avait tout mis en œuvre pour vivre de son art, les obstacles qu’elle aurait rencontrés dans sa rébellion l’auraient rendues folle, à moins qu’elle ne se soit décidée à renoncer à son projet. Vous trouverez une version audio de cet extrait, enregistré par mes soins (d’humble non-comédienne) dans un article bonus en cliquant ici.

            En se figurant les attentes et les interdits rencontrées par les femmes dès leur nai...

            18 min
          • Bonus : la petite sœur de Shakespeare

            Complément de l’exercice n°2 de la thérapie anti-sexismes.

            Voici un enregistrement de l’extrait d’Une chambre à soi de Virginia Woolf, dans lequel l’écrivaine imagine ce qu’aurait vraisemblablement pu être l’histoire de la talentueuse petite sœur de Shakespeare.

            Cliquez en bas de cet article pour l’écouter.


            V. Woolf Une chambre à soi (trad. Clara Malraux)

             

             

             

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            32 min
          • ÉPISODE 3 Saison 1 : Exercice anti-sexismes. Renverser pour mieux voir

            Introduction de l’exercice

            Songez à un cube placé devant vous. Combien de faces voyez-vous? et combien de faces possède un cube? Comment se fait-il que nous voyions un cube alors que nous n’en voyons pas les 6 faces? Cet exemple du philosophe allemand Edmund Husserl illustrait cette thèse: quand nous percevons un objet, notre sensation ne suffit pas. L’imagination ( ici, des faces cachées du cube, celles que nous ne voyons pas) intervient par sa capacité d’anticipation à l’égard de ce qui n’est pas actuellement vu. Notre perception est intentionnelle au sens où elle vise un horizon qui structure notre champ perceptif. Dans l’acte de percevoir, notre conscience projette nécessairement des images d’aspects du réel qui ne sont pas actuellement sentis par nos sens.

            Quel rapport cette idée a‑t-elle avec notre sujet? Dans les situations que nous vivons, ce que nous percevons combine pour partie des sensations, pour partie des images que nous projetons à partir de ce que nous désirons, redoutons et croyons. Ces images sont produites comme automatiquement. Vous n’avez pas besoin de réfléchir longuement pour percevoir un cube. La réflexion viendra seulement si des représentations ultérieures venaient contredire votre premier jugement. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous trompons souvent: notre regard est comme automatiquement réduit par un ensemble d’attentes correspondant à nos préjugés. À partir d’un même contenu visible, spontanément et sans nous en rendre compte, notre regard occulte certaines caractéristiques et ne voit que celles qui confirment nos anticipations, c’est-à-dire nos attentes ou nos craintes (la crainte étant à sa façon une forme d’attente: on anticipe le pire qu’on perçoit presque déjà).

            Aussi ce qui rend le sexisme – comme toute discrimination – si ordinaire, c’est qu’il correspond à des caractéristiques situationnelles qui sont tout à fait conformes à nos attentes héritées de notre acculturation. Elles ne surprennent que lorsqu’on a saisi à quel point nos anticipations perceptives étaient induites. Nous nous attendons à ce que les situations confirment ce à quoi nous avons été habitués et c’est la raison pour laquelle nous « fermons les yeux » sur les brides imposées aux individus.

            Nous évaluons spontanément comme correctes, admirables, désirables, bonnes, justes, des situations dites de « répartition des rôles » par habitude et nous occultons toutes les images qui pourraient infirmer nos attentes. Notre regard s’est rétréci pour n’être plus que l’expression de nos préjugés accumulés au long de notre passé. Les gens disent souvent que c’est un déclic qui leur a rendu perceptible tout ce qu’ils occultaient auparavant et qu’ils ne sauraient plus manquer de voir.

            Que nous manque-t-il pour affiner et déverrouiller notre regard? De l’imagination. Sans elle, les perceptions que nous façonnons répètent nos idées préconçues. On a donc besoin de la stimuler, l’entraîner, l’affûter, l’approfondir, la préciser, pour ouvrir notre champ de perception et ainsi nous émanciper, femmes et hommes.

            Formulation de l’exercice

            Entraînez votre imagination à inverser les postures ordinairement adoptées par les hommes et les femmes. À ce premier stade, nous nous contentons d’imaginer ce que les situations actuellement vécues  – dans un dîner, une réunion, une activité, et toute situation de la vie quotidienne – « donneraient » si les postures récurrentes y étaient inversées. C’est donc régulièrement faire mentalement un pas en arrière et observer la situation dans laquelle vous vous trouvez, en imaginant des renversements de genre (mais cela marche très bien aussi pour toutes les discriminations sociales, raciales, religieuses, etc.).

            Par exemple, au cours d’un dîner, observez la façon dont hommes et femmes parlent...

            18 min

          About Simone et les philosophes

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