Transfert

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Transfert episodes

  • Peut-on aimer quelqu'un sans le connaître ?

    Dans Un, personne et cent mille, le formidable roman de Luigi Pirandello, un homme, Vitangelo, se retrouve devant la glace un matin. Il s'observe, et sa femme s'approche:

    «– Qu'est-ce que tu fais?»
    «– Rien, je regarde mon nez, dans cette narine-là. Quand j'appuie, ça me fait un peu mal.»
    Sa femme sourit et lui répond: «Je croyais que tu regardais de quel côté ton nez penchait.»

    Le héros découvre alors, à 28 ans, qu'il a le nez tordu. Et que sa femme l'a toujours perçu comme ayant un nez tordu. Qu'il n'est pas tel qu'il s'est toujours imaginé: «J'avais toujours cru jusque-là que mon nez, sans être forcément beau, était au moins décent, comme toutes les autres parties de mon corps».

    Dans le roman de Pirandello, cette histoire de nez est le point de départ d'une quête d'identité, et d'une réflexion sur la perception. Nous ne sommes pas une seule personne, mais un, personne, et cent mille.

    En décortiquant la manière dont Vitangelo et sa femme peuvent avoir une perception différente d'une même personne, Pirandello décortique notre perception de soi et de celle des autres. Vous croyez connaître quelqu'un, et il est tout autre chose. Vous passez du temps avec une personne, vous vous mettez à l'aimer, à l'intégrer à vous, à ce que vous êtes, à votre quotidien et à vos pensées, et il n'est pas du tout l'être que vous espériez.

    C'est ce qui est arrivé à celle que nous appellerons Suzanne. Elle est tombée amoureuse d'un homme qui n'était pas du tout celui qu'elle croyait.
     
    L'histoire de Suzanne a été racontée au micro de Sarah-Lou Lepers.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    40 min
  • Serge a été otage, et il n'aura plus jamais peur

    La captivité peut avoir une couleur. Comme celle qu’a donné Guy Delisle à son dernier roman graphique: S’enfuir. Un bleu gris qui ressemble à l’obscurité, restitue l’absence de lumière. Un bleu nocturne, comme on dit une nuit sans étoile, une nuit sans fin, les nuits que par analogie on associe à la mort. Un bleu nocturne comme un bleu silencieux, par opposition au jour qui accueille la lumière et ses métaphores: la chaleur, la vie.

    Comme Christophe André, le héros du récit de Guy Delisle, qui a été otage du Caucase à la fin des années 90, Serge Lazarevic a connu ce bleu là, sans lumière. Il a connu ce bleu-là au Mali, pendant plus de trois ans, otage d’AQMI.

    De Lazarevic, on sait un peu sa captivité, et beaucoup ce que la presse a dit de lui, qu'il était un «magouilleur», et qu'il a démenti. On sait les rumeurs, sur un passé trouble. Qu'il a une femme, des enfants et des petits-enfants. Qu'il a exercé plein de métiers, dans le bâtiment, ailleurs. On sait son départ au Mali, et puis la prise d'otages, avec son ami Philippe Verdon, qu'il perdra là-bas, la violence, et le retour, le 9 décembre 2014. Et l'impossibilité d'une normalité recouvrée.

    Mais ce que l'on ne sait pas vraiment, de Lazarevic, c'est ce qu'il a vraiment vécu là-bas, et comment son séjour lui a désappris la peur. Il dit: «J’ai le bassin qui a été touché, j’ai pris des coups sur la tête, on m’a torturé, j’ai des problèmes de mémoire et d’oreille interne, et j’ai des vertiges tout le temps. Je ne sais pas si vous pouvez réaliser ce que c’est, 4 ans dans la nature, dans le Djebel, dormir sur des pierres. En plus, j’étais enchaîné aux chevilles et j’avais des menottes derrière le dos, pour dormir. Et 4 ans comme ça, c’est long».

    Mais il n'a jamais vraiment raconté jusqu'à présent l'effroi, comment il a frôlé la mort, et qu'il n'a plus peur désormais; le sentiment lui est devenu à jamais étranger.
     
    L'épisode est signé Alexandre Mognol.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    27 min
  • Une histoire d'injustice et de colère

    Dans son roman En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis racontait de l’injonction faite aux petits garçons de devenir de vrais hommes. Lui, enfant efféminé dans un monde qui érigeait la virilité en valeur cardinale écrivait:

    «La plupart du temps ils me disaient gonzesse et gonzesse était de loin l’insulte la plus violente pour eux. (…) Même ma mère disait d’elle “j’ai des couilles moi, je me laisse pas faire”.»
    Avoir des couilles, c’est avoir droit à la violence. Et quand on ne donne à un petit garçon ni douceur, ni amour, ni confort, ni mots, et que l’on attend de lui qu’il soit un vrai petit homme, alors il se saisit de la violence. Elle monte en lui.

    C’est l’histoire de Sébastien. Tout petit, il vivait avec sa mère, et son père était souvent en voyage, absent, occupé par son travail. Un jour il a compris pourquoi, et il n'a cessé ensuite d'aller d'injustice en injustice, de subir la violence de son père, psychologique. Jusqu’à ce qu’il apprenne à en user lui aussi.

    L'épisode est signé Alexandre Mognol.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    35 min
  • Assister au renversement du monde

    Quelques mois après le 13 Novembre, Caroline Gillet, journaliste, est entrée chez son psy, et au cours de la séance, c'est lui qui s'est mis à raconter. Il lui a parlé de lui, il lui a parlé de l'un de ses patients, il lui a rapporté une histoire bouleversante, terrible, liée aux attentats.

    Et en lui racontant cette histoire, il a changé de rôle, de casquette. Il est devenu celui qui raconte. Caroline est redevenue ce qu'elle est par ailleurs dans la vie, dans son métier: celle qui écoute. Elle a posé des questions, elle lui a demandé s'il avait envie de témoigner de ça. Et un peu plus tard, elle est retournée au cabinet avec un micro, qu'elle lui a tendu.

    Dans les jours et les semaines d'après les angoisses, problèmes de sommeil, humeurs difficiles accaparent les rescapés, les blessés, leurs familles, mais aussi de simples citoyens pas directement concernés mais affectés par le climat général.

    Les soignants sont des deux côtés: ils accueillent les blessés, leurs histoires, leur traumatismes; ils baignent dans le même contexte. Ils soignent parfois en étant blessé. Les psys écoutent en ayant souvent beaucoup à dire. Parfois les mots débordent.

    Cet épisode est signé Caroline Gillet, réalisé par Charles Trahan.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    27 min
  • En se séparant, les parents de Thomas ont brisé bien plus que leur couple

    Une nuit, Thomas a surpris une conversation téléphonique entre ses parents. Sa mère hurlait, pleurait, débouchait des bouteilles de vin frénétiquement. Bientôt il irait la consoler. Un divorce suivrait. L'effondrement d'un modèle de vie. Ni lui si sa mère ne sortiraient jamais du cercle infernal dans lequel ils venaient d'entrer. Celui de l'inversion des normes, où l'enfant devient l'adulte et l'adulte l'enfant. Où le fils devient protecteur de la mère, pourvoyeur d'amour. 

    Du jour où il a dû secourir sa mère, Thomas n'a plus jamais été un enfant. En perdant ainsi son quota d'heures infantiles, son monde s'est renversé. Il n'avait plus de modèle. Il ne savait plus ni comment grandir, ni comment vivre. 

    Cet épisode a été réalisé par Alexandre Mognol.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    32 min
  • «Tu ne dois pas détester ton père, tu lui dois deux fois la vie»

    Désirée a toujours été avide de l'amour de sa mère. Quand celle-ci lui parlait, lui accordait sa confiance, lui racontait des histoires, Désirée était toujours émue, flattée. Petite, elle n'a pas toujours vécu avec ses parents, elle a été en pension, dans la même ville. Alors quand sa mère décidait de l'emmener, exceptionnellement, à son cours de danse, ou de lui conseiller un livre particulier, Désirée avait le sentiment de vivre quelque chose de spécial.

    En grandissant, sa mère s'est mise à lui raconter des histoires sur son passé, sur son histoire, dans le monde des années 50, 60, où les femmes n'avaient pas les droits d'aujourd'hui. Où elles n'étaient jamais libres.

    Au fur et à mesure des années, certaines histoires se répètent, certains motifs reviennent, comme des informations distillées, sur son identité. Jusqu'à ce qu'un jour Désirée découvre une lettre, et qu'elle comprenne l'origine de son prénom.

    Les noms sont chargés d'inconscients, mais lesquels? Ceux des parents, qui donnent les prénoms, ceux des personnes qui les habitent. Ceux des figures –littéraires, médiatiques, cinématographiques, mythologiques– qui les portent. Les noms créent des mythes.

    Celui de Désirée parle autant de ses parents, que d’elle. Il parle autant d’incapacités que du pouvoir performatif du langage.

    La mère de Désirée lui parlait, racontait très bien les histoires, elle l’a nommée d’après la leur. Elle lui a appris son passé grâce à des récits, puis un livre, puis une lettre. Par des mots toujours, écrits souvent. Désirée dit d’ailleurs que la seule vraie relation qu’elle a eu avec ses parents, c’était par les livres.

    Un épisode signé Agathe Le Taillandier.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    31 min
  • Un jour Nathalie s'est fait un ami sur Internet; désormais elle ne fera plus confiance à personne

    A l'époque, Nathalie avait une vie rangée: un boulot, des gamins, un compagnon qui ne vivait pas dans la même ville qu'elle. Elle avait du temps, et de l'ennui à dissiper. Elle s'est alors liée d'amitié avec Ulrich. Jusqu'à ce qu'il la trahisse. 

    Ulrich est un blogueur musique, un type ultra «pointu», avec qui elle engage sur Internet une relation faite de mots, de lettres, de mails, de chats sur Gtalk.

    Et Nathalie, alias Catnatt sur Internet, qui a toujours été passionnée de littérature, se réjouit de cette relation épistolaire. Ulrich la fait avancer sur de nouveaux territoires de pensées, elle l'admire, elle apprend. Elle se retrouve avec lui, et à côté de lui, dans la position de «l'être écrivant» que décrit le philosophe français Gaston Bachelard dans Le Droit de rêver: «l’être écrivant est l’être le plus original qui soit, le moins passif des penseurs», parce qu' «on entend dans les mots plus qu’on ne voit dans les choses. Or écrire, c’est réfléchir aux mots, c’est entendre les mots avec toute leur résonance.»

    Cette relation dont s'enivre Nathalie a quelque chose d'original: ils ne se voient jamais. Ulrich habite à l'étranger, d'abord en Irlande, d'où il est en partie originaire, puis à Seattle, où il a une maison de famille. Mais Catnatt n'a pas besoin de le voir: elle se nourrit de leurs échanges. Et s'enfonce dans une amitié très aristotélicienne, telle que Philosophie Magazine la décrivait dans un article de 2009:

    «L’ami, c’est celui qui vous rend meilleur, qui vous permet de progresser dans l’existence, de développer une part de vous-même, qui, sans lui, serait restée inexploitée. Toute la philosophie d’Aristote repose sur la distinction entre ce qui est " en puissance" (potentiel) et ce qui est "en acte" (effectif), l’enjeu étant alors de savoir saisir les occasions pour "actualiser sa puissance ". L’ami est justement pensé comme une telle occasion. L’ami authentique ne l’est donc pas par ses qualités propres: c’est ma rencontre avec lui qui aura ou non le pouvoir de me rendre meilleur. En ce sens, ce n’est pas vraiment lui qui me rend meilleur, mais ma relation avec lui.»
    Leur relation est formidable pendant un temps, jusqu'à ce que Catnatt se lasse. Et se rende compte que si la relation était pleine de sens, l'ami lui, ne l'était pas.

    Cette histoire est signée Alexandre Mognol

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    39 min
  • Comment peut-on s'enfoncer dans une relation qui ne marche pas?

    Pourquoi reste-t-on avec quelqu'un qui nous rend malheureux? 40% des gens divorcent. Brad et Angelina divorcent. Et Steven Spielberg, Harrisson Ford, Madonna, Michael Jordan, Paul McCartney, Vanessa Paradis et Johnny Depp avant eux. Quand on a la chance de ne pas avoir de caméras braquées sur soi, et le monde entier pour décortiquer votre vie privée, pourquoi est-ce tellement difficile?

    L'enjeu du bonheur. C'est ce que raconte l'histoire de Pauline: c'est à cause d'une fiche bristol. Celle que vous vous écrivez enfant, ado, dictée par le poids des normes: à 30 ans je serai
    - heureux, heureuse
    - marié(e)
    - avec des enfants

    Alors quelques années avant ces 30 ans fatidiques, quand vous rencontrez quelqu'un qui semble pouvoir vous aider à cocher ces cases, vous y allez. Parce que le bonheur est trop important. C'est la seule injonction à laquelle il faut vraiment obéir, la plus lourde de nos sociétés occidentales contemporaines.

    Et quand vous vous rendez compte que le type en face ne colle pas, que vous pourrez cocher toutes les cases sauf celle marquée «bonheur», vous faites quoi? Vous partez ou vous fermez les yeux? Ou vous fermez les yeux un temps, avant de partir. Même quand tout vous dit de fuir. Même quand un secret énorme s'immisce dans votre couple.

    Cet épisode est signé Alexandre Mognol

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    35 min
  • Mathieu avait rêvé Ian, il n'était pas celui qu'il croyait

    Il en va des êtres comme des situations: tant que l'on se contente de les rêver, elles sont parfaites, en adéquation avec nos fantasmes. Et parfois surgit la réalité. 

    Il y a quelques années, Mathieu habitait rue Montorgueil, avec son compagnon. Et il s'est mis à voir, par la fenêtre, son voisin. Il était beau, Mathieu est peu à peu tombé amoureux. D'une silhouette.

    Tout était parfait jusqu'à ce qu'il rencontre le voisin. La réalité a interféré avec les rêves. Et plus tard encore, elle n'a cessé d'interférer. Jusqu'à ce que Mathieu réalise qu'une réalité contrariée valait mieux qu'un fantasme. 

    Cet épisode a été tourné par Caroline Gillet et Charles Trahan. Ce dernier a réalisé l'épisode. 

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    29 min
  • Comment la demi-finale de l'Euro a réconcilié Philippe avec son histoire familiale

    Philippe est un fana de foot depuis tout gamin. Mais quand le 7 juillet dernier, pendant l'Euro, la France l'a emporté sur l’Allemagne, ce n'était pas juste un match de plus qui se jouait pour lui. C'était son histoire familiale. Et un match qu'il attendait depuis plus de 30 ans. 

    Il était tout jeune homme. Il avait depuis toujours en partage, avec son père et son grand-père, une passion pour ce sport. Les discussions sur le sujet, les compétitions regardées ensemble, tissaient en partie l’amour qu’ils se portaient les uns aux autres.

    La passion était si forte, dans cette famille, qu’elle comprenait le passé douloureux du grand-père: deux guerres mondiales à son actif. Toute la haine anti-«Boches» dans ses veines, ses souvenirs d’obus et de résistant. Puisque, comme chacun sait, le sport est une manière de continuer la guerre par d’autres moyens, le grand-père la continuait, à chaque match France-Allemagne.

    Mais la germanophobie se transmettant moins bien que la passion sportive, le jour où Philippe, adolescent, rencontre une correspondante allemande, il faut bien apaiser les passions. Le grand-père aimant Philippe plus qu’il ne déteste les Allemands, le passé doit se taire…

    C’était compter sans cette soirée fatale de juillet 1982. Cette nuit-là, Philippe allait comprendre l’injustice. Le passé anti-allemand de son grand-père allait se lier inextricablement à l’amour du foot de la famille.

    «Dans des sociétés où chacun, individu ou collectivité, est appelé au succès», écrit Bromberger, «l’échec et l’infortune ne sont psychologiquement tolérables que si la malignité des autres, l’injustice ou le destin en portent la responsabilité. A un ordre irrécusable fondé sur le pur mérite, le football oppose le recours du soupçon et d’une incertitude essentielle. Qu’en serait-il d’une société ou d’un monde entièrement transparents, où chacun aurait la certitude rationnelle d’occuper, à juste titre, son rang?» Et il en va des pays comme des conflits, comme des hommes.

    Cette histoire est signée Alexandre Mognol, réalisée par Charles Trahan.

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    30 min

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