Des mots, empruntés à Ben Mazué, qui résonnent souvent dans ma tête.
La peur de l’illégitimité, celle qui peut figer et faire rester en retrait de leur mère.
La peur qu’ils me balaient d’un revers de main si je n’agis pas comme ils aimeraient, si j’interdis, si je m’oppose.
L’appréhension de s’affirmer dans leur éducation, au risque de les contrarier et imaginer qu’ils pensent :
« Mais qu’est-ce qu’il nous veut lui ? T’es ni mon père, ni ma mère, alors t’es gentil et tu te tais ».
Cette peur, aussi, qu’ils aient honte de moi, qu’ils me trouvent ridicule, gênant, à côté de la plaque. Comment se comporter avec eux, en famille ou devant leurs copains ? Comment être sûr de ne pas trop en faire, ne pas « surjouer » ?
Après tout, je débarque dans leur monde avec des codes que je ne maitrise pas. Je dois trouver mes repères mais j’ai aussi besoin d’indulgence. Comment demander ça à un enfant ?
Et que dire de cette boule au ventre lors de la première vraie dispute avec L.
Le ton qui monte, des mots blessants l’un envers l’autre, une porte qui claque et un silence assourdissant…
« Elle ne m’aimera plus jamais, après ça. »
J’avais tellement peur d’avoir cassé quelque chose, que tout soit irréversible.
Je l’imaginais déjà ne plus vouloir m’adresser la parole.
C’est vrai : je ne suis pas son père.
Pourquoi est-ce qu’elle voudrait passer outre cette engueulade ?
Peut-être parce qu’on a créé des liens forts, jour après jour.
Parce qu’une dispute ne balaie pas des années à s’intéresser, se découvrir, s’écouter, se comprendre, se connaître et, finalement, s’aimer.
Parce que je n’avais pas mis dans la balance toute l’implication du quotidien à laquelle les enfants sont sensibles.
Parce qu’un regard en direction de leur mère, quand je leur donnais une consigne, était ponctué par : « Pourquoi est-ce que vous me regardez ? Vous n’avez pas entendu ? »
Cette peur aurait pu me figer, me faire rester en retrait, rester dans l’observation plutôt que dans l’action.
L’affronter c’était prendre le risque de se confronter aux enfants et à leur éventuelles réactions et réflexions.
Les premiers accrocs font mal. Même si les enfants ne le verbalisent pas, je comprends facilement qu’ils n’apprécient pas tellement mes interventions.
Cette sensation est tellement dure à accueillir, de mon point de vue… et du leur.
Alors j’ai pris la décision de leur expliquer…
Leur expliquer qu’ils n’étaient pas un mal nécessaire à mon histoire avec leur mère, mais qu’ils en étaient le bonus.
Leur expliquer que j’avais vraiment envie de m’impliquer auprès d’eux, pas seulement parce que je le devais, mais parce que j’en avais envie.
Leur expliquer que faire partie de leur vie, ce n’était pas seulement jouer avec eux et les faire rire, mais aussi prendre part à leur éducation, en accord avec leur mère.
Leur expliquer que j’avais peur de les décevoir, de me tromper, de mal agir.
On était tous en train d’apprendre…
Qu’ils entendent de ma bouche que j’avais conscience de commettre des erreurs, que je voulais les corriger avec leur aide.
Qu’on devait arriver à se débrouiller sans intervention de leur mère : juste eux et moi.
Qu’ils avaient le droit d’être en colère contre moi et de m’en parler, sans que le ton monte.
Je leur demandais de l’indulgence et je leur promettais de tout faire pour les comprendre.
J’ai fait le choix de les impliquer dans mon apprentissage pour qu’ils aient envie de contribuer à notre réussite.
Ils en sont devenus acteurs.
Recette miracle ? Sûrement pas. Seulement mon expérience de vie.
Aujourd’hui j’ai « toujours peur de pas faire bien ».
Cette peur qu’ils ne m’aiment plus, qu’ils se détachent de moi si on ne se comprend pas.
J'apprends à faire confiance à ce qu’on a construits tous les 4 ensemble