Au moment, où était diffusé ma précédente chronique consacrée au potentiel inépuisable de l’esprit et à La révolution intérieure de Louis Arnaud, j’étais présent dans les grands salons de l’hôtel de ville de Nancy, où avait lieu une rencontre avec Thomas Schlesser, animée par par Sarah Polacci, Commissaire générale du Livre sur la Place.
Depuis sa parution en février 2024, Les Yeux de Mona, son précédent roman, dans lequel un grand-père érudit initiait sa petite-fille menacée de cécité à la peinture, s’est vendu à un million d’exemplaires en France et dans le monde. Je m’attendais donc à un public nombreux.
Mais les grands salons de l’hôtel de ville étaient à peine à moitié pleins. Serait-ce que la poésie, dont traite le professeur d’histoire de l’art à l’École polytechnique et directeur de la Fondation Hartung-Bergman dans le Le Chat du jardinier, paru chez Albin-Michel, ne fait plus recette ?
Et pourtant, Thalie, qui fut professeure de français, nous dit « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie ».
« Thalie portait bien son nom, celui de la muse de la comédie dans la culture antique. Un étymologiste, préciserait qu’il signifiait la joie, le florissement. » Quoi d’étonnant donc que dans ce roman construit tout en finesse, elle initie aux pouvoirs de la poésie Louis un jardinier dont l’auteur parle dans les termes suivants : « Depuis toujours, il croyait que son rôle était d’aider le vivant, sans langage, celui qui ne pouvait articuler sa souffrance. Il était devenu un jardinier remarquable grâce à une qualité d’observation et une compréhension de la terre peut communes. L’hypersensibilité de Louis nourrissait son intelligence du monde et, derrière ses airs taciturnes, son cerveau foisonnait d’intuitions et et de rêveries. »
Ainsi, pendant que Louis s’active sur un églantier, Thalie lui récite les vers suivants du poète romain Ovide, tirés des Métamorphoses :
« Tout change, rien ne meurt ; l’âme est errante, allant d’ici
Vers là-bas ; et chez toi, au hasard, qu’elle investit des corps.
Le souffle de celui des bêtes migre en celui des hommes
Et le nôtre en les leurs, sans jamais connaître la mort. »
Ces vers je les rapproche de ceux du « merveilleux poète sénégalais qui fut aussi vétérinaire » :
« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts. »
Se vérifie bien là les paroles « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie », déjà citées par Thalie qui se « demande parfois si l’amour et la poésie ne sont pas intrinsèquement, liés, purement consubstantiels… »
Mais c’est par des vers de François Villon, que Thalie donne à lire à Louis que je souhaite clore cette chronique.
La « Ballade des pendus » est l’un de plus célèbre poème du Moyen Âge, dans lequel les cadavres à la potence s’adressent aux vivants pour leur demander, tendresse et miséricorde :
« Frères humains qui a après nous vivez.
N’ayez les cœurs contre nous endurcis
Car si pitié de nous pauvres avez
Dieu en aura plus tôt de vous mercis. »
Une chronique signée Michel May.
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