
Sign up to save your podcasts
Or


Présentation
La contemplation de Dieu n’est pas réservée à quelques privilégiés, mais elle ne s’improvise pas non plus : s’y aventurer par présomption, sans y avoir été appelé, conduit à l’erreur et même à l’hérésie. La parabole des talents, montre que la vie active, vécue dans l’amour et la crainte de Dieu, porte elle aussi un fruit immense et prépare l’entrée dans la contemplation.
Ce sermon est le n° 22 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger transcription A4 Transcription format livret
Transcription du sermon
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
L’Écriture sainte, au passage où nous en sommes arrivés, parle de la récompense qui sera donnée à tous ceux qui auront fait ce que nous avons vu jusqu’alors. Je reviens très rapidement sur le dernier sermon, qui nous demande de visiter notre semblable, et nous avons vu que cela consiste à nous mettre à sa place pour comprendre, pour voir ce dont il a besoin, en nous disant : « De quoi aurais-je besoin, moi, si j’étais à sa place ? » On a là un exercice très simple et très clair de la charité fraternelle.
On a là également une règle très simple de morale pratique. J’ajouterai même qu’ainsi on a, comme par un retour en miroir, ce dont nous avons nous-mêmes besoin. Celui qui aura pratiqué tout cela, comme saint Grégoire le Grand nous l’a recommandé à la suite du Saint-Esprit, amassera des tas de blé à l’époque de la moisson (Job 5, 25).
Il s’agit de la contemplation de Dieu. Je suis bien conscient, mes bien chers Frères, que lorsqu’on parle de contemplation, vous vous posez facilement la question de savoir en quoi cela consiste. Rassurez-vous, saint Grégoire nous donne la méthode pour arriver à en cueillir le fruit abondant, méthode très simple qui est dans l’Évangile, vous le verrez.
Elle consiste en une certaine intimité avec Dieu, intimité qui va d’abord à l’admiration de Dieu, qui va ensuite à pénétrer ses secrets, à voir son action dans l’Église, à le comprendre. La première étape de la contemplation, et elle est pour tout chrétien, c’est la foi. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mes bien chers Frères, de la richesse de la foi, qui ne se réduit pas à une simple connaissance, qui est vraiment une connaissance par laquelle nous entrons, d’une part, dans le mystère de Dieu, mais nous y entrons avec plaisir, nous découvrons une richesse, une bonté de Dieu, une sagesse de Dieu — je devrais dire la richesse, la bonté, la sagesse.
Une deuxième étape de la contemplation consiste à réfléchir sur toutes ces beautés de la révélation, et il y a une troisième étape décrite par sainte Thérèse d’Avila dans son autobiographie, qui est l’étape dans laquelle nous sommes emportés par le bon Dieu pour vivre spirituellement dans son sein tout en vivant encore sur terre. Je ne vous décris pas plus la contemplation, il est beaucoup plus important de vous dire comment on y arrive ; et si vous suivez bien la voie tracée par Dieu, vous y arriverez, et vous découvrirez ce qu’elle est, et vous serez émerveillés de ce qu’elle vous apporte. Je suis persuadé d’ailleurs, mes bien chers Frères, que tous ceux d’entre vous qui disent le chapelet, et même le rosaire, ont déjà été émerveillés par la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la présence de Notre-Dame, son action dans la vie de Jésus, son action auprès de nous.
Notre directeur spirituel au séminaire, le bon père Barrielle, nous disait : « La contemplation de la Passion fait fondre les cœurs durs comme la pierre. » Quant à la méditation des mystères glorieux, même si la vie du ciel demeure pour nous très mystérieuse, il n’empêche que, grâce à la contemplation des mystères glorieux, nous en avons plus qu’une idée, cela nous parle.
Saint Grégoire le Grand dit qu’il est dangereux de vouloir entrer dans la contemplation quand on le fait par présomption, parce que Dieu n’a pas donné à tous les chrétiens d’entrer facilement, spontanément, dans la contemplation. Tout le monde y arrivera, au moins à la fin de sa vie et dans l’au-delà, mais tout le monde n’a pas reçu des lumières suffisantes ; et alors il est dangereux de chercher à pénétrer des mystères qui sont trop élevés pour nous.
Dans ce cas, c’est le signe qu’on est appelé à une vie active au milieu de nos prochains ici-bas sur terre, et cette vie active demeure encore une vie de charité, sinon elle n’est pas une vie chrétienne ; elle est donc bien une vie riche. Saint Grégoire interprète ainsi l’affirmation de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l’Évangile : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le au loin. » (Mt 5, 29) Et l’Évangile ajoute : « Quant à celui qui scandalise le plus petit des enfants, il vaudrait mieux qu’on le jette dans la mer avec une meule au cou. » (Mt 18, 6)
L’interprétation classique, le sens premier de cette affirmation de Notre-Seigneur, c’est qu’il faut fuir l’occasion de péché, et que le scandale, c’est-à-dire le fait d’entraîner les autres dans le péché mortel, est le plus grave des péchés — bon, pas le plus grave, puisque les péchés contre la foi sont plus graves. Saint Grégoire dit : « L’œil droit, c’est celui de la contemplation ; l’œil gauche, c’est celui par lequel nous découvrons Dieu dans l’action. » Si nous n’avons pas reçu un don spécial de contemplation, à ce moment-là nous entrerons dans des mystères que nous ne comprendrons pas, par présomption, et nous allons comprendre à l’envers, devenir hérétiques, dit-il : c’est comme cela qu’on devient hérétiques, et les hérétiques entraînent beaucoup d’âmes en enfer parce qu’ils se font maîtres d’erreurs.
Il y a des mystères dans l’Église aujourd’hui qu’il est fort difficile de comprendre, et celui qui voudrait en donner l’explication alors qu’il n’a pas reçu pour cela les lumières se fourvoierait et fourvoierait les autres. C’est le cas notamment du mystère du pape, du pape hérétique. Dans de très nombreux cas, ceux qui veulent absolument donner une réponse, pénétrer ce mystère et trouver la réponse, se fourvoient et font de terribles dégâts.
Mgr Lefebvre nous disait qu’il faut laisser la solution de ce mystère aux théologiens à venir. Et d’ailleurs, ce faisant, on ne peut pas dire que la porte de la contemplation de Dieu nous soit fermée sous prétexte qu’on ne peut pas comprendre ce mystère de l’état de l’Église actuellement dirigée par de tels hommes, parce qu’il n’y a pas que le mystère du pape : il y a également le mystère de la hiérarchie de l’Église, le mystère de Vatican II, le mystère de la pénétration de l’Église par ses ennemis, de l’occupation plus exactement, comme disait Mgr Lefebvre. L’Église est occupée.
Donc je vous disais : ce n’est pas parce que la porte nous est fermée là-dessus qu’elle nous est fermée pour toute la contemplation, au contraire. Je suis persuadé que celui qui, sagement, avec une crainte révérencielle, s’abstient d’entrer dans ce mystère, entre beaucoup plus profondément dans ce que Dieu veut lui montrer sur le mystère de l’Église : la puissance du Saint-Esprit dans son Église, l’action du Saint-Esprit dans l’Église, malgré le pape, malgré la hiérarchie, malgré les ennemis de l’Église, malgré les ennemis de l’intérieur.
Au contraire, si nous voulons à tout prix résoudre le problème – choquant, c’est vrai – des papes actuels, de la hiérarchie actuelle, nous prétendons ouvrir une porte qui ne nous est pas ouverte, et nous ferons beaucoup de dégâts ; en même temps nous nous fermons la porte que Dieu nous a ouverte sur la contemplation de son mystère de façon beaucoup plus élevée.
La vie active n’est pas une sous-vie ou une vie non chrétienne ; elle est la vie de Marthe, alors que la vie contemplative est celle de Marie ; elle est la vie de Lia, la femme de Jacob, qui désirait Rachel. Rachel, c’est la vie contemplative, et le père de Rachel et de Lia dit à Jacob : « Il n’est pas d’usage chez nous de marier la cadette avant la fille aînée. » (Gn 29, 26) C’est pourquoi la providence va obliger Jacob à travailler encore sept ans en ayant épousé Lia, qui lui donne beaucoup d’enfants, alors que Rachel ne lui en donne pas, parce que la fécondité de la vie contemplative n’est pas la même que celle de la vie active.
La vie active donne une fécondité ici-bas qui est très belle : c’est la vie de tous les pères et mères de famille qui donnent des enfants au bon Dieu, qui forment les adorateurs du bon Dieu, qui ne sont peut-être pas dans la contemplation comme sainte Thérèse d’Avila ou comme saint Paul ou d’autres, mais qui connaissent cependant Dieu par la foi, et souvent une foi très éclairée, et qui mettent les enfants sur la voie. Rachel est stérile, elle, parce que sa fécondité n’est pas ici-bas, sa fécondité est purement spirituelle. Cependant elle donnera quand même, elle aussi, une descendance à Jacob, car la contemplation est féconde, même si ce n’est pas de la même manière.
Saint Grégoire rappelle donc la nécessité de s’exercer longtemps dans l’action avant de pénétrer dans la contemplation. Je vous ai fait un sermon sur ce sujet dans les sermons sur la morale, et saint Grégoire nous redit la même chose, mais d’une façon un peu différente. (Sermon Vie active ~ vie contemplative)
Il faut d’abord passer par l’action, qui consiste à vérifier qu’on sait bien ne pas faire de tort au prochain ; puis il faut supporter les injustices du prochain et toute sa gêne. Et puis il faut apprendre à ne pas mettre sa joie dans les biens terrestres, et puis il faut apprendre à ne pas être amer de les perdre. Et puis il faut refouler les images terrestres qui encombrent notre esprit pour laisser la place aux images célestes.
Saint Grégoire le Grand nous rappelle quelles sont les deux qualités absolument indispensables pour entrer dans la contemplation, mais ce sont des qualités qui sont également celles de la vie active. Il faut l’amour et la crainte. L’amour est, dit-il, la machine qui nous fait monter dans la contemplation de Dieu.
Et la crainte est ce qui nous préserve de la présomption. C’est la crainte qui nous préserve d’entrer dans des mystères que nous ne pouvons pas comprendre et que nous devons révérer parce que ce sont des mystères divins. Et rien que cela, de révérer un mystère qu’on ne comprend pas, c’est déjà un très grand respect de Dieu, et c’est déjà une certaine contemplation de la grandeur de Dieu, de l’infini de Dieu face à notre petitesse.
Le moteur principal, c’est l’amour, car l’amour nous attache aux rivages divins, dit-il, et cet amour est déjà présent dans la vie active. Il est d’ailleurs le moteur de la vie active comme il est le moteur de la vie contemplative.
Il me reste peu de temps pour ce sermon, et donc je voudrais terminer par un exemple que donne saint Grégoire, qui est le froment qui mûrit, puisque nous avons commenté avec lui cette phrase de Job : que nous amasserons des moissons le temps venu, c’est-à-dire au temps de la moisson.
Saint Grégoire nous dit : « Le grain de froment est sur le blé, il est touché par le soleil, c’est la lumière de Dieu, la foi. Puis il reçoit la pluie, qui est l’enseignement divin qui le nourrit. Puis viennent les vents contraires, qui sont les tentations. Puis le blé produit de la paille, car il vit au milieu des pécheurs qu’il doit supporter. Puis enfin il est moissonné et trituré sur l’aire de battage pour être séparé de la paille. Enfin le grain de froment, séparé de la paille, est posé dans des greniers, c’est la demeure céleste. »
Enfin je vais résumer ce sermon par un autre texte de saint Grégoire le Grand, une homélie sur la parabole des talents (Mt 25, 14–30). Celui qui a reçu cinq talents, c’est celui qui a reçu de vivre dans les cinq sens ici-bas — non pas en ce qu’il aurait reçu de vivre dans une vie sensuelle, dans une vie de plaisir ou que sais-je, non : il a reçu cinq moyens, qui sont les sens, cinq moyens pour travailler à la gloire de Dieu. Celui qui a reçu deux talents, c’est celui qui a reçu la vie contemplative et la vie active. Celui qui a reçu un talent est celui qui a reçu la vie contemplative seule.
Celui qui a reçu un talent a évidemment beaucoup plus reçu que les autres, puisque avec un seul talent il a ce qu’il faut pour mener une vie vraiment chrétienne. Celui qui a reçu cinq talents a moins reçu, puisqu’il en faut cinq pour arriver à faire quelque chose de parfait. Celui qui a reçu deux talents les fait fructifier et il porte du fruit au double, c’est-à-dire que, grâce à l’union de la vie contemplative et de la vie active, il engendre des disciples au Seigneur, il étend le royaume de Dieu.
Celui qui a reçu un talent dans la parabole ne l’a pas fait fructifier : c’est celui qui avait reçu le talent de la contemplation et qui a préféré se noyer dans les choses d’ici-bas. Et ceci est aujourd’hui très, très fréquent. Combien avons-nous d’hommes qui étaient appelés par Dieu à une vie contemplative et qui se sont noyés en mettant leur belle intelligence au service de choses matérielles ! Des ingénieurs qui créent faussement l’intelligence artificielle, et ceci demeure stérile. Ils ont enfoui leur talent dans la terre, et cela n’a rien produit.
Alors que se passe-t-il ? Leur talent, celui de la contemplation, est donné à celui qui avait cinq talents. Et les assistants font la remarque : mais il en a déjà cinq, ce n’est pas la peine d’en rajouter un sixième ! Eh bien, dit saint Grégoire, c’est qu’après avoir travaillé péniblement dans la vie active — qui est une vie dans laquelle il y a moins de consolation que dans la vie contemplative bien menée, bien menée bien sûr —, après avoir travaillé longtemps dans la vie active, il reçoit la récompense de la vie contemplative.
Si vous ne devez retenir qu’une seule chose de ce sermon, mes bien chers Frères, retenez cette parabole. Pour entrer dans la vie purement contemplative, il faut y avoir été appelé, en avoir reçu le talent ; et si vous n’avez pas reçu ce talent, ce n’est pas grave, car si vous faites fructifier fidèlement, soigneusement, loyalement, avec humilité, les cinq talents que Dieu vous a donnés, vous aurez la récompense que celui qui a reçu un talent n’a pas su apprécier et dont il est privé.
Notre Dame, trône de la sagesse, priez pour nous.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 22. Vie active, vie contemplative : les talents de Dieu est apparu en premier sur Abbé Pivert.
Présentation
« Visitant ton semblable, tu ne pécheras pas. » Saint Paul s’est fait juif avec les juifs et païen avec les païens sans jamais trahir la loi du Christ. Cette méthode de la charité est la seule qui puisse refaire un pays et une chrétienté.
Ce sermon est le n° 21 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger transcription A4 Transcription format livret
Transcription du sermon
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
« Visitant ton semblable, tu ne pécheras pas. »
Jb 5, 24
Mes bien chers Frères,
Après nous avoir promis la paix à la mort et dès ici-bas, Dieu nous avertit, toujours dans le livre de Job, chapitre 5, verset 24, que nous devons visiter notre semblable, et ainsi nous ne pécherons pas.
Saint Grégoire le Grand nous dit qu’il ne servirait à rien de faire tout ce que nous a recommandé le livre de Job jusqu’à maintenant, à savoir contenir notre corps et vivre selon Dieu, si nous n’exercions pas la charité fraternelle, ou l’amitié envers le prochain. Ce sermon tombe très bien pour la fête du Christ-Roi d’aujourd’hui, car il permet de rectifier un grand nombre d’idées fausses. La fête du Christ-Roi a été instituée pour nous rappeler que les sociétés doivent être chrétiennes, comme une famille doit être chrétienne.
Je pense, mes bien chers Frères, que vous trouvez évident qu’une famille doit être chrétienne, et qu’il ne vous viendrait pas à l’idée qu’une famille puisse être neutre par rapport à Dieu, et que seuls les membres de la famille seraient tenus d’avoir des rapports avec le bon Dieu. Je ne parle pas seulement de la prière en famille, je parle de tout un climat familial qui doit être chrétien, et puis surtout d’une finalité : la vie d’une famille doit être chrétienne parce que tout ce qu’on y vit doit être pénétré d’un esprit chrétien et fait pour le service de Dieu.
Il en va de même, mes bien chers Frères, pour les pays, pour les cités. Le problème, et c’est vrai pour beaucoup de bons chrétiens, est qu’on ne sait plus ce qu’est une cité, un pays — je dis une cité, je ne dis pas un État. Et beaucoup, aujourd’hui, estiment que pour faire de nouveau de la France un pays chrétien, il faut un roi chrétien et des lois chrétiennes.
Avec cela, on sera revenu comme au temps de saint Louis… Mais réfléchissez un petit peu, mes bien chers Frères. Vous mettez un roi chrétien, par exemple dans un pays comme le Maroc : que pensez-vous qu’il pourra faire ? Est-ce que sa présence, et même son action, suffiront pour faire du Maroc un pays chrétien ? Le maréchal Lyautey a été, on peut dire, le chef du Maroc pendant de très longues années ; cela n’a pas suffi pour faire du Maroc un État chrétien. Si on publie des lois chrétiennes, est-ce que cela changera les choses ? Il est évident que si, au Maroc, on publie des lois chrétiennes, c’est immédiatement la révolte.
Une loi règle les actions humaines, et si les cœurs, les esprits des Marocains ne sont pas disposés à observer les lois chrétiennes, aucune loi chrétienne n’y changera quelque chose. C’est pourquoi la plupart des actions politiques qui sont menées aujourd’hui sont vouées à l’échec, d’autant plus que la plupart du temps elles entrent dans le processus démocratique, et que cela est évidemment voué à l’échec. La réponse, mes bien chers Frères, se trouve dans ce passage de Job que nous venons de citer : il faut que nous visitions notre semblable.
Quand nous aurons compris cela, nous saurons beaucoup mieux ce qu’est un pays chrétien. La formation d’un pays chrétien, c’est évidemment la formation d’une chrétienté. Or, comment saint Paul a‑t-il fondé la chrétienté ? Il le dit : « Je me suis fait juif avec les juifs, païen avec les païens » 1 Co 9, 20–22, et la phrase de Job nous permet de comprendre ce que cela signifie.
Notre semblable est un peu comme un miroir de nous-mêmes, à cause de la similitude. C’est pourquoi l’Écriture sainte, et Notre-Seigneur Jésus-Christ en particulier, nous recommandent, pour savoir ce que nous avons à faire au bénéfice du prochain, de réfléchir à ce que nous aimerions que le prochain fasse pour nous. Et puis vous avez cette recommandation : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Mt 22, 39. C’est donc en voyant ce que j’ai de commun avec lui, ou ce que je dois avoir de commun avec lui, que je sais comment je dois agir envers lui.
Saint Paul, alors, doit-il se faire juif pour convertir les juifs ? Cela, c’est une mentalité très moderne. Le concile Vatican II a poussé l’Église du Christ à se rendre semblable au monde pour convertir le monde. C’est évidemment une totale illusion.
Ce n’est pas en ayant un esprit gamin qu’un père de famille élève son fils. Ce n’est pas en se faisant voleur qu’on convertit les voleurs. Ce n’est pas en acquérant l’esprit du monde qu’on convertit le monde.
Alors que signifie saint Paul lorsqu’il nous dit qu’il faut se faire juif avec les juifs et païen avec les païens ? Cela signifie, nous explique saint Grégoire le Grand, qu’il se met à la place du juif ou du païen pour voir ce dont il a besoin ; et il sait ce dont celui-ci a besoin en se mettant à sa place pour voir ce qui lui manque. Si un riche veut secourir un pauvre et ne se met pas à la place du pauvre, il donnera à ce pauvre ce dont un riche a besoin, parce que le riche ne connaît que cela. Mais si le riche se met à la place du pauvre, il va découvrir ce dont le pauvre a vraiment besoin.
Il découvrira, par exemple, que sais-je, que la pauvreté de cet homme est due à une infirmité, ou qu’elle est due à des soucis, ou qu’elle est due au fait qu’un de ses enfants est malade. Et à ce moment-là, au lieu de donner de l’argent, ce qui ne servirait presque à rien, ce serait à fonds perdu, il remédiera aux vrais problèmes du pauvre : il guérira son infirmité, ou du moins il essayera ; il le soulagera dans ses soucis ; il veillera sur l’enfant. Ceci est la vraie manière de visiter son semblable.
Maintenant, s’il s’agit non pas de nécessité matérielle mais de nécessité spirituelle, saint Paul se met à la place du juif, et il constate ce qui manque au juif : il lui manque Jésus-Christ. Si je me mets, si nous nous mettons, mes bien chers Frères, à la place du monde, que constatons-nous ? Que le monde est très souvent engorgé de richesse, ou de désir des richesses, et que ce qui lui manque c’est le détachement des richesses, voire même peut-être, au-delà de la pauvreté en esprit, une pauvreté réelle. Il constatera que le monde est engorgé par les plaisirs de la chair, et que ce qui lui manque c’est la chasteté, et pour cela un idéal.
Il constatera surtout que le monde est engorgé d’orgueil, et que ce qui lui manque, c’est la reconnaissance de sa dépendance envers Dieu, c’est-à-dire l’humilité. Saint Paul se fait juif, non pas en devenant juif, mais en se mettant à la place du juif pour lui apporter Jésus-Christ. Il se fait païen, non pas en devenant païen, mais en apportant Dieu à celui qui l’ignore. D’ailleurs, pour que nous ne nous trompions pas sur l’interprétation à donner à ses paroles, il précise aussitôt que, tout en se faisant païen, il a toujours vécu dans la loi de Dieu, et il précise : la loi du Christ.
Pourquoi appelle-t-on cela de la charité, alors que la charité, c’est l’amour de Dieu ? Parce que c’est, en tant que chrétien possédant l’amour de Dieu, qu’il se met à la place du prochain, du semblable, pour lui donner l’amour de Dieu. Et voilà pourquoi ce n’est pas une simple bienveillance, ce n’est pas de la simple solidarité humaine, c’est une véritable charité.
Avec ces explications, mes bien chers Frères, nous comprenons un peu mieux ce qu’est l’amitié. Elle est fondée sur la similitude. Nous n’avons pas d’amitié pour un animal ; on peut avoir envers lui une certaine affection, mais pas d’amitié. On n’a pas d’amitié pour un étranger non plus. Certes, un étranger n’est jamais totalement étranger, puisqu’il est homme. Je ne peux pas avoir d’amitié non plus envers celui en qui je ne me reconnais pas. Je peux le visiter pour lui donner le Christ.
La similitude fonde l’amitié, parce qu’elle donne un amour commun, un idéal commun, une vertu commune, un bien commun, et c’est cela qui crée une société.
Il y a une véritable société entre les amis de la musique, par exemple. Société limitée, mais très réelle. On parle également de sociétés de bienfaisance, dans lesquelles ce qui est commun, justement, c’est de visiter les pauvres. On parle de cette société qu’est l’Église, dans laquelle le lien d’amitié est la charité envers Dieu, et il en va de même dans un pays.
Ce qui fait un pays, ce qui fait une cité, c’est l’amitié des concitoyens, et la fonction première du roi, c’est de développer cette amitié. C’est ce que font les corporations de métiers, par exemple, qui développent l’amitié entre tous les membres du même métier.
Ayant analysé l’amitié, Aristote conclut que toute société est une amitié, et toute amitié est une société.
Par conséquent, en cette fête du Christ-Roi, mes bien chers Frères, si nous comprenons bien l’enseignement du Saint-Esprit dans le livre de Job — puisque je vous le rappelle, dans l’Écriture sainte, c’est le Saint-Esprit qui parle — nous comprendrons que, pour faire la France chrétienne, c’est essentiellement en visitant son semblable qu’on y arrivera et qu’on reconstituera la chrétienté. Vous me direz que c’est un travail de fourmi ; oui et non, je dirais plutôt que c’est un travail divin. La charité, parce qu’elle vient directement de Dieu, porte en soi un rayonnement extraordinaire. On pourrait dire un rayonnement presque illimité.
Je voudrais en profiter, mes bien chers Frères, pour vous dire comment nous devons agir envers tous nos contemporains qui n’ont pas la foi. Je vais vous prendre un exemple très concret.
Comment dois-je agir avec une personne qui fréquente habituellement la messe des modernes dans une paroisse moderne ? Dois-je l’approuver ? Dois-je me taire ? Dois-je la contredire ? Dois-je vivre avec elle, me rendre à la paroisse avec elle pour lui parler de Dieu ? Dois-je même me fondre au milieu de cette paroisse ? Si nous posons la question ainsi, la réponse est impossible à donner, ou plutôt elle sera nécessairement fausse. Il faut poser la question comme le livre de Job nous demande de le faire : nous devons visiter notre semblable en nous mettant à sa place, comme Notre-Seigneur nous le dit : « Aime ton prochain comme toi-même. » Si j’étais dans la situation de cette personne, de quoi aurais-je besoin ? Aurais-je besoin d’approbation du modernisme qui stérilise l’âme ? Évidemment non. Aurais-je besoin de lumière sur la foi et sur Dieu ? Évidemment oui.
Si j’étais dans la situation de cette personne, pourrais-je recevoir les lumières dont j’ai besoin ? Je veux dire, si je me mets à la place de cette personne, est-ce que je constate que son cœur est ouvert ou pas ? S’il n’est pas ouvert, alors il faut que j’agisse envers elle comme j’aimerais que quelqu’un agisse envers moi : avant de lui asséner les vérités, il faut que je lui ouvre le cœur. Et si je ne peux pas lui ouvrir le cœur, alors il faut que je m’abstienne. Mais si je peux lui ouvrir le cœur, je commence par là, et ainsi j’ouvrirai le chemin pour parler de Dieu.
Bien évidemment, il faut respecter ce que saint Paul nous dit : « Ce faisant, je n’ai jamais quitté la loi de Dieu, la loi du Christ ». Si je me mettais en danger en fréquentant ces personnes, il est évident que cela montrerait que je n’estime pas la loi du Christ, que je la prends à la légère, et cela, évidemment, est impossible, je n’ai pas le droit.
Cette bienveillance, nous la trouvions dans le cœur de Mgr Williamson, qui n’avait pas de mal à se mettre à la place des hommes du monde moderne, parce qu’il en venait lui-même.
Il avait, dans sa jeunesse, souffert la même faim de vérité. Il avait constaté, en étant professeur, ce qui manquait à ses élèves, et il l’explique dans une interview. Il avait du mal à tenir sa classe ; alors il se dit : « Soit je deviens comme eux, soit je leur apporte ce qui leur manque. » Cela l’a profondément poussé à étudier la vérité pour l’apporter à ses élèves, et alors il y avait beaucoup moins besoin de faire de la discipline.
Le règne du Christ-Roi, mes bien chers Frères, c’est cela.
Ne pas apprécier cette méthode parce qu’elle n’est pas assez rapide, parce qu’elle n’est pas assez efficace, parce qu’elle n’est pas assez que sais-je, c’est de l’orgueil. C’est de la stupidité. Et quand la stupidité se joint à l’orgueil, c’est un crime. C’est un crime envers le semblable, sous prétexte d’efficacité, de ne pas se mettre à sa place et, par conséquent, de ne pas lui apporter ce dont il a besoin.
Et si vous pratiquez cette méthode, mes bien chers Frères, vous découvrirez qu’en réalité elle est beaucoup plus efficace que toutes les méthodes soi-disant efficaces que les hommes du monde inventent. Parce que la vie intérieure engendre la vie intérieure, ses effets dans les âmes sont profonds et durables, dit Dom Chautard dans L’Âme de tout apostolat. Et on pourrait dire que, parce que la charité engendre la charité, ses effets sont profonds et se multiplient.
Il n’y a pas d’autre méthode, c’est la méthode des mamans. Voilà pourquoi nous invoquons particulièrement notre Mère la très sainte Vierge, et nous nous mettons à son école pour créer la chrétienté et pour visiter notre semblable.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
→ Sermon de Mgr Williamson : Confiance et compassion
→ Sermon ~ Réagir à la persécution Le zèle de la charité
L’article Sermon sur Job 21. Se faire juif avec les juifs, païen avec les païens est apparu en premier sur Abbé Pivert.
Présentation
Être assuré de la paix au moment de la mort est une des plus grandes grâces, mais Dieu n’attend pas la mort pour la donner, il la communique bien avant. Paradoxalement, les attaques du démon, loin de détruire cette paix, en deviennent la cause. Saint Grégoire le Grand dans ses Morales sur Job est toujours notre guide pour nous révéler les richesses du cœur de Jésus pour tous ceux qui se réfugient en lui.
Ce sermon est le n° 20 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger transcription A4 Transcription format livret
Transcription du sermon
« Dans la dévastation et la faim, tu seras dans les rires » Job 5, 22
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Cette phrase de l’Écriture sainte, du livre de Job, « Dans la dévastation et la faim, tu seras dans les rires » nous promet la paix et de la sécurité dans lesquelles sont les amis de Dieu.
Cette paix et cette sécurité se manifesteront au moment de la mort. Et j’espère, mes bien chers Frères, que vous vous rendez compte de la valeur de cette promesse de Dieu. L’âme arrive au jour du jugement et il est inutile de vous dire que le démon, à ce moment, déchaîne toute sa fureur pour essayer de gagner à la dernière minute l’âme qu’il n’a pas réussi à gagner auparavant, d’autant plus que, s’il la gagne alors il est certain, puisque c’est la dernière minute, que celle-ci ne pourra pas revenir vers Dieu.
Puisque cette promesse de nous donner la paix au moment de la mort est dans l’Écriture sainte, c’est une promesse du Saint-Esprit lui-même : devant la dévastation et la faim, nous serons dans les rires. Saint Grégoire le Grand nous dit que la géhenne dévaste, car elle réduit par le feu ceux qui ont mal agi : à cause de leurs mauvaises actions, ils sont dévastés, c’est-à-dire réduits par le feu. Et ensuite la géhenne cause une faim qui tue, car elle cache aux damnés la face du Rédempteur. Nous avons vu cela, mes bien chers Frères, dans le dernier sermon, que l’âme dans l’épreuve a faim de Dieu, et que cette faim est assouvie par la parole de Dieu, et notamment par la contemplation des mystères de la vie du Christ. → Sermon sur Job 19. Dieu nous frappe par son amour. Or si saint Grégoire nous dit que les damnés sont torturés par la faim, c’est parce qu’ils n’ont pas contemplé Dieu, ils n’ont pas nourri leur âme de la parole, de la sagesse de Dieu. Et maintenant il est trop tard.
Le juste, au contraire, se réjouit de la récompense qui lui est destinée et cela, non seulement au moment de paraître devant Dieu, mais même auparavant, nous affirme saint Grégoire le Grand, il goûte les débuts de la sécurité à venir et ne craint pas le démon, n’en a pas peur. Saint Grégoire le Grand peut l’affirmer avec beaucoup de certitude, car c’est la suite du verset : « Tu ne craindras pas la bête de la terre » (Job 5, 22). La bête de la terre, c’est évidemment le démon.
« Au moment de la mort, ils craignent le diable, ceux qui n’ont pas craint la puissance du Créateur de leur vivant. Les saints, au contraire, parce qu’ils se soumettent du fond du cœur à la crainte de Dieu repoussent toute crainte devant l’arrivée de l’adversaire »nous affirme Saint Grégoire qui conclut par cette belle formule : « Vivants, ils craignent le juge, pour ne pas, morts, redouter l’accusateur. »
Je vous rappelle, mes bien chers Frères, qu’il y a crainte et crainte. La crainte de Dieu est une crainte d’amour. Le premier degré, c’est d’avoir peur de la punition si l’on manque à respecter la volonté de Dieu. C’est la crainte servile. Mais celui qui est dans l’amour de Dieu s’établit dans le deuxième degré de crainte : il a peur de perdre cet amour, ce qui est une véritable crainte d’amour. Et, troisième degré, celui de l’amour parfait, c’est la crainte de faire de la peine à Dieu son père. Peur de perdre l’amour, c’est encore une crainte intéressée, noble, mais intéressée. Mais peur de faire de la peine à son père, c’est une crainte tout à fait désintéressée, une crainte pleine d’amour.
Ceux-là qui, du fond du cœur, se sont donnés à cet amour attentif, respectueux de Dieu sont évidemment en sécurité et en paix lorsque l’adversaire se présente devant eux. Tandis que ceux qui non seulement n’ont pas eu cette délicatesse d’âme envers Dieu, mais qui n’ont même pas craint le péché, qui n’ont même pas craint de désobéir à Dieu, ceux-là, devant le diable, sont dans une crainte stérile, une crainte de peur.
Mes bien chers Frères, je n’ai pas à développer cela plus longtemps, car la promesse de Dieu doit nous suffire : « dans la dévastation et la faim, tu seras dans les rires ». Cela doit nous suffire, mes bien chers Frères, pour être en paix, si nous avons cherché à aimer Dieu, et pour ne pas craindre la mort.
Une femme, bonne chrétienne, qui connaissait Don Bosco, un jour où elle le recevait, lui déclare : « Mon Père, j’ai grand-peur de la mort. Je vous en supplie, priez pour moi, pour que je n’aie pas peur et que je ne sois pas troublée au moment de la mort. » Don Bosco le lui promet.
Quelque temps après, cette femme dit à son mari : « J’ai envie de faire une neuvaine de communions. Je vais faire une bonne confession, et neuf bonnes communions. » À la fin de la neuvaine, elle rentre chez elle et dit à son mari — c’était dans la matinée puisque la messe était toujours le matin autrefois — : « Il fait sombre, ouvre donc les volets. » Son mari lui répondit : « Mais les volets sont ouverts, il fait jour. » « Mais non, dit-elle, comment se fait-il que je sois dans le sombre ? » Et à ce moment-là, elle réalise : « Ah, c’est que je suis en train de mourir. Don Bosco a accompli sa promesse ! » Et dans cette paix, elle rend son âme à Dieu.
Ceci est miraculeux, mes bien chers Frères, mais la promesse qui est faite par le Saint-Esprit dans le livre de Job est une promesse ordinaire, faite à tous ceux qui aiment Dieu et cherchent à aimer Dieu.
Le livre de Job continue, au verset 5, 23 : « Et les bêtes de la terre seront cause de paix. » Saint Grégoire fait remarquer que le Saint-Esprit ne dit pas qu’ils seront paisibles, mais qu’ils seront cause de paix. Comment cela ? Comment les démons peuvent-ils être cause de paix ?
Quiconque aime Dieu, quand il se trouve face à une attaque du démon, se réfugie dans la paix et la sécurité toute-puissante de Dieu.
C’est ce qui se passe, mes bien chers Frères, quand vous allez vous confesser. Le mal ne vous plaît pas. Et même si vous êtes tombé dedans volontairement, plus ou moins gravement, par la grâce de Dieu, vous vous rendez compte que ce mal est déplaisant, qu’il est mauvais, et Dieu vous en donne le dégoût, parce qu’il ne pourrait pas vous donner son amour sans vous donner le dégoût du mal. Que faites-vous quand vous avez le dégoût du mal ? Vous allez vous confesser ! Et, en sortant de la confession, vous êtes en paix.
Saint Grégoire nous affirme que, plus les bêtes de la terre cherchent à déprimer nos cœurs, c’est-à-dire à diminuer l’amour de Dieu, plus cela provoque un mouvement de répulsion de notre part qui nous pousse dans l’amour de Dieu. Regardez un enfant qui a peur : il se réfugie près de sa mère. Et si celui qui lui fait peur insiste, l’enfant se réfugie d’autant plus dans le sein de sa mère, et se blottit dans ses jupes. Et plus celui qui fait peur insiste, plus il provoque ce mouvement de refuge dans la paix de la mère.
On peut certes faire une objection. Saint Paul, nous dit : « Je vois dans mes membres une loi qui répugne à la loi de mon esprit » (Rm 7, 23). Si saint Paul est soumis à cette loi, nous le serons beaucoup plus.
La réponse de saint Grégoire est celle-ci : « Autre chose est de voir le démon en fureur dans le champ des œuvres, autre chose est de le retenir dans le sein de notre cœur. » Saint Paul dit : « Je vois mes membres attaqués par la fureur du démon, mais cela répugne à la loi de mon esprit. » Il ne dit pas que cette loi le domine.
On pourrait résumer les choses ainsi : la paix ne vient pas de l’absence de tentation, mais de ce que la résistance de la chair à l’esprit dégoûte l’âme et la tourne vers Dieu.
Et cela est vrai même pour le pécheur qui est tombé dans le péché, comme je vous le disais à propos de la confession. Il se rappelle qu’en perdant la paix de Dieu, il s’est trouvé affronté à la lutte. Et comme il regrette cette paix, il se réfugie de nouveau près de Dieu.
Il est donc vrai de dire que les bêtes de la terre sont cause de notre paix, comme celui qui fait peur à un enfant est cause de ce que celui-ci se réfugie près de sa mère. Et l’Écriture sainte continue : « Tu auras la paix dans ta tente » (Job 5, 24). Pourquoi la tente ? Tout d’abord parce que la tente est un lieu de passage en attendant d’arriver à la demeure définitive. Cela veut dire que tu auras la paix avant même d’arriver au jugement de Dieu. Deuxièmement, parce que « dans la tente » signifie « en nous », en notre intérieur : nous aurons la paix dans le corps et dans l’âme. Cela mérite une explication, que voici:
Celui qui vit dans son corps ignore la vie de l’esprit et est soumis à toutes les vicissitudes du corps et à toutes les attaques du démon. Il se croit en paix, il se croit en joie, parce qu’il jouit des biens d’ici-bas. Et cependant il n’est pas en paix, parce que ses biens sont toujours attaqués. Quand ils ne sont pas attaqués, ils sont fragiles. Et il se dit : si c’est cela la vie de l’homme sur la terre, vraiment cela ne vaut pas la peine, parce que je désire quelque chose que je n’obtiens jamais. Très souvent, hélas ! le pécheur qui vit dans son corps pousse encore plus loin, et il accuse Dieu. Combien souvent vous entendez cela : « C’est Dieu qui m’a mis dans cet état, dans cette vie, sur la terre où je n’arrive pas à être heureux ; c’est de la faute de Dieu. » Il n’arrive même plus à imaginer que Dieu puisse donner la paix. — À moins, comme nous l’avons vu dans le dernier sermon, que Dieu ne frappe le corps pour liquéfier la dureté du cœur, ce que, heureusement, Dieu fait souvent.
Tandis que celui qui vit en Dieu jouit de la paix de l’esprit, et il n’est plus soumis aux vicissitudes du corps, parce que son corps est habité par l’esprit. Le corps est alors comme un cheval dompté par le cavalier. Au début, le cheval cherche à ruer, ou à se cabrer, ou à se débarrasser du cavalier, mais comme celui-ci est le plus fort, très vite le cheval se calme. Et encore, dans cet exemple, le cavalier est extérieur au cheval, tandis qu’en nous, l’esprit habite dans notre corps, c’est-à-dire qu’il possède notre corps.
Saint Thomas d’Aquin a une très belle formule : « Si ton âme est soumise à Dieu, alors ton corps sera soumis à ton âme » (Le Pater, 3e demande, texte paraphrasé). Celui, au contraire, qui est attentif en premier à la vie du corps, et au plaisir, aux satisfactions, à la délectation du corps, alors c’est l’inverse : son corps emprisonne son esprit. C’est l’application de ce que nous dit saint Augustin : Si mon âme n’est pas soumise à Dieu, comment mon corps pourrait-il m’être soumis ?
Mes bien chers Frères, ne vous plaignez jamais des conditions de vie d’ici-bas. Souffrez-en tant que vous voulez, mais ne vous en plaignez pas, parce que cela signifierait que votre corps est encore le maître, que votre esprit, plein d’amour de Dieu, n’est pas encore le maître. Oh, je sais bien, vous pourrez me dire : « Monsieur l’abbé, c’est de l’idéalisme que vous nous prêchez là ! » Non, pas du tout.
Je sais bien qu’il nous arrive à tous de nous plaindre, et pas seulement de souffrir, mais c’est ce que nous dit saint Grégoire, à la suite du Saint-Esprit : « Cette souffrance dans un cœur qui aime Dieu le pousse à se réfugier en Dieu. » Et donc, mes bien chers Frères, quand vous avez souffert dans votre corps — ou dans les biens extérieurs, peu importe — à cause du monde, à cause du malin, à cause de ses complices, à cause même de vos faiblesses, quand après avoir souffert vous vous plaignez, faites que cette plainte, au lieu de grandir, vous pousse vers le cœur de Jésus-Christ, le Sacré-Cœur, et votre plainte se guérira, se calmera, et vous retrouverez la paix. Il est quand même stupéfiant, mes bien chers Frères, de voir des gens qui se plaignent de ce qu’ils subissent dans leur corps et de ce qu’ils subissent dans leur âme, et qui, au lieu de chercher la paix en Dieu, entretiennent leur souffrance, entretiennent leur plainte, et la plainte augmente la souffrance ! Alors qu’il est si simple, au contraire, de calmer l’une et l’autre.
La paix communiquée par Dieu nous est communiquée dès ici-bas. « Je vous laisse ma paix, je ne vous la laisse pas comme le monde la laisse. » Et saint Grégoire nous fait remarquer que cela, c’est la paix commencée, qui doit s’achever en paix parfaite, celle que le vieillard Siméon a désirée, lorsque, après avoir vu l’Enfant Jésus, le Verbe incarné, il demande à entrer dans la paix de Dieu, la paix parfaite et définitive. « nunc dimittis servum tuum Domine secundum verbum tuum in pace, Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole. »
Mes bien chers Frères, cette paix est un tel trésor qu’il ne faut pas seulement la cultiver en nous, il faut la communiquer autour de nous. C’est à la fois très important et très simple, et nous verrons cela dans le prochain sermon.
Notre-Dame, Reine de la Paix, priez pour nous ! J’espère, mes bien chers Frères, que vous avez compris de quelle paix il s’agit lorsque nous la demandons à Notre-Dame. Il ne s’agit pas d’abord du silence des armes, il s’agit d’abord de la paix des cœurs qui rend les armes impuissantes. Au fur et à mesure que la paix de Dieu gagne les cœurs, les armes se taisent, et, tant qu’elles ne se sont pas complètement tues, les cœurs des chrétiens, eux, restent en paix.
Notre-Dame de la Paix, Notre-Dame de Fatima, priez pour nous !
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 20. La paix de Dieu face à la mort et au démon est apparu en premier sur Abbé Pivert.
Présentation
Êtes-vous certains que Dieu ne nous ramène à lui que par les épreuves ? Beaucoup de gens le pensent, hélas ! Non, Dieu nous frappe surtout le cœur par son amour. Cet amour est évidemment plus fort que toutes les tentations, toutes les tentatives du démon que nous surmontons avec facilité, avec joie… avec amour.
Ce sermon est le n° 19 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger transcription A4 Transcription format livret
Transcription du sermon
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Dieu a deux manières de nous blesser pour nous ramener à son amour. Et il ne faudrait pas retenir seulement la première, celle qui nous déplaît. Il faut être attentif à la deuxième manière, d’autant plus que, lorsque Dieu nous frappe par des peines extérieures ou dans le corps, il accompagne toujours la première manière par la deuxième.
Je m’explique.
Combien de fois nous avons constaté chez les autres que les épreuves sont en réalité une grande grâce, qu’ils se sont convertis suite à une maladie, ou bien suite à un divorce, ou suite à un deuil. Tant que nous sommes sous les coups de Dieu de cette manière, il est évident que ces coups nous déplaisent, mais dès qu’ils ont produit leurs fruits, alors nous sommes heureux de les avoir reçus.
Mais mon sermon ne porte pas sur cette première manière de frapper de la part de Dieu, il porte sur la deuxième manière : Dieu frappe au-dedans en nous communiquant le désir de l’aimer.
La première manière, on la redoute quand on n’est pas dans l’amour de Dieu, et on en remercie Dieu lorsqu’elle a porté du fruit. La deuxième manière, la blessure d’amour, quand on n’est pas dans l’amour de Dieu, on ne la redoute pas, on l’ignore. C’est pourquoi, lorsqu’on n’est pas dans un grand amour de Dieu, on ne voit toujours que la première manière et on la craint, parce qu’on ignore la deuxième qui, elle, plaît dès le début. Elle a beau être une blessure, elle est une blessure d’amour.
Voici ce que dit saint Grégoire le Grand : « Nos cœurs sont malsains quand ils ne sont pas blessés d’amour de Dieu ; ils sont malsains lorsqu’ils ne sentent pas la misère de leur péché ; ils sont malsains lorsqu’ils ne s’attendrissent pas devant la faiblesse du prochain. Ils sont malsains lorsqu’ils ne s’apitoient que sur eux-mêmes, lorsque nous ne voyons et ne nous considérons que nos propres difficultés, lorsque nous nous en plaignons, lorsque nous les craignons, lorsque nous craignons les difficultés présentes et lorsque nous craignons aussi celles qui pourraient venir. Tout cela est la preuve d’un cœur profondément malsain. Ces cœurs insensibles, Dieu, en les frappant, les rend sensibles. L’âme, alors, veut voir celui qu’elle fuyait, elle le cherche.
Mais, alors, la conséquence, c’est que tout ce qu’elle aimait dans le monde auparavant se change en tentation. Dieu ne nous blesse-t-il d’amour que pour nous remettre dans les filets de la tentation ? Non, car cette fois-ci ce n’est plus Dieu qui blesse comme dans la première manière, ce sont nos anciens amis qui deviennent nos ennemis, et ce sont eux qui cherchent à nous blesser.
Or, précisément, et c’est cela qu’il faut vraiment remarquer, lorsque Dieu nous a blessés d’amour, non seulement il ne nous laisse pas dans les filets de la tentation, mais il nous élève au-dessus d’elle pour que nous ne la sentions plus, que nous ne la remarquions plus, qu’elle soit comme un combat qui se passe en dessous de nous et que nous regardons de haut.
La première conséquence de la blessure d’amour, c’est que nous avons soif de la contemplation. Or, vous vous rappelez, mes bien chers frères, que la contemplation, pour saint Grégoire le Grand, n’est pas seulement mystique : elle est un désir de connaître Dieu, elle est un désir d’entrer dans sa sagesse, de s’y adapter, elle est la source de l’imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, à travers l’imitation de la très sainte Vierge Marie. Elle se manifeste par la soif de la vérité.
Il est très fréquent que nous rencontrions, nous prêtres, des âmes qui se sont converties par la soif de la vérité — ou par la faim de la vérité, c’est la même chose. Or, vous savez que l’homme se nourrit de la parole de Dieu, et donc quiconque a été blessé d’amour va chercher la vérité dans la parole de Dieu, et il y trouve une nourriture abondante, une nourriture de l’esprit qui lui fait découvrir, voir, admirer Dieu et son œuvre dans le monde, ce dont nous avons parlé dans un dernier sermon.
Pour nous faciliter la contemplation de l’esprit, Dieu y a ajouté la contemplation de Jésus-Christ, le Verbe fait chair. En contemplant les mystères de l’enfance de Jésus-Christ, nous entrons dans la vérité de la vie chrétienne. En contemplant les mystères douloureux, nous sommes blessés d’amour et nous cherchons à rendre amour pour amour. En contemplant les mystères glorieux, nous entrons déjà dans le ciel, nous voyons ce que voient les habitants du ciel, et si nous voyons ce que voient les habitants du ciel, alors, même sur la terre, nous sommes déjà dans le ciel. C’est ce que nous apporte le Rosaire.
Lorsque quelqu’un a ainsi vaincu la faim ou la soif, le démon va alors lancer à sa poursuite les êtres charnels qui autrefois l’attiraient.
Lorsque saint Augustin se convertit, il revit en esprit ses anciennes connaissances, et il les entendait comme si elles lui disaient : « Augustin, Augustin, que feras-tu sans nous ? » Augustin se demandait s’il était bien raisonnable de recevoir le baptême, et s’il arriverait à surmonter les tentations, lorsqu’il vit passer des chrétiens, et il se dit : « Quod hi, cur non et ego ? » « Ce qu’eux arrivent à faire, pourquoi n’y arriverais-je pas ? » Et à partir de ce moment, Dieu lui communiqua le don de la continence. Oui, Dieu le communique, soyez-en bien certains à quiconque a été blessé d’amour et se trouve poursuivi par le démon ou par ses anciens amis qui veulent le tenter dans la chair.
Bien sûr, la continence suppose des efforts, mais elle est d’abord un don de Dieu qui rend possibles ces efforts qui, sans la grâce, demeurent impossibles, ou bien alors de façon très orgueilleuse.
Ceux que le démon n’a pas réussi à entraîner par la concupiscence de la chair, il cherche à les entraîner, nous dit l’Écriture Sainte, par le fouet de la langue : le démon sait trouver les railleries qui blessent, les railleries qui font croire que, parce qu’on a perdu les anciens amis, on se trouve seul, esseulé.
Mon père faisait remarquer devant moi à Mgr Lefebvre : « Monseigneur, vous ne vous rendez pas compte du nombre d’amis qu’il nous a fallu perdre pour demeurer fidèles. » Et Monseigneur lui répondit immédiatement : « Ô Monsieur, vous ne vous rendez pas compte du nombre d’amis que vous avez ainsi trouvés par votre fidélité, et de leur qualité. »
S’il ne s’agissait que de perdre des amis… Mais la blessure de la langue de nos ennemis nous atteint dans notre honneur, et cela, évidemment, est difficile à supporter. En réalité, cela ne nous atteint que dans l’honneur du monde, cela ne blesse pas notre honneur aux yeux de Dieu, ni aux yeux des anges, ni aux yeux des saints. Cela ne blesse même pas notre honneur aux yeux des hommes vertueux.
Quel don Dieu donne-t-il pour ainsi dominer les blessures de la langue ? Il donne le don de patience. Grâce à ce don de patience, nous finissons par ne pas remarquer les flèches de la langue qui nous sont lancées. Ou plus exactement, en nous donnant le don de patience, Dieu nous donne de voir les choses de haut et de ne pas nous laisser impressionner. Et, encore une fois, ce qui aurait été impossible sans la grâce non seulement devient possible, mais nous procure une grande joie.
Enfin, quand l’ennemi voit qu’il n’a pas réussi avec ces premières attaques, il joue le tout pour le tout, et ce sont les calamités extérieures : les guerres, la pauvreté, éventuellement la maladie, car le démon est capable de rendre malade, et ses complices humains également — il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé avec le Covid.
Le remède donné par Dieu, alors, c’est l’amour intérieur.
Mes bien chers frères, quiconque s’afflige de ces calamités extérieures, je vous l’ai dit, est encore une âme insensible. Oui, sensible à elle-même, mais insensible à Dieu, aux autres, et même à son propre malheur, le vrai malheur, celui de l’âme. Et Dieu guérit cela en donnant l’amour de lui.
Faisons attention, mes bien chers frères, à ne pas donner d’importance à ce qui vient des hommes, surtout lorsque c’est mauvais. Lorsque c’est bon, cela ne vient pas vraiment des hommes, cela vient de Dieu à travers les hommes, mais lorsque c’est mauvais, cela vient des hommes. Alors, faisons attention à ne pas y donner trop d’importance, et au contraire, à donner de l’importance à l’amour de Dieu, cet amour que Dieu nourrit en nous.
Pour cela, il n’y a pratiquement qu’une condition : il faut demander à Dieu dans la prière. Ce n’est pas que Dieu ne veuille pas donner, et que la prière soit destinée à changer la volonté de Dieu, non. C’est que Dieu veut donner. Mais, pour que nous soyons attentifs à ces dons, il nous demande de le prier et de les lui demander dans la prière. C’est ainsi qu’il nous donne la continence, la patience, une délicatesse d’esprit, une délicatesse de cœur, sa blessure d’amour.
« Celui qui prie se sauve, c’est certain », enseigne saint Alphonse de Liguori, qui continue : « et celui qui ne prie pas se damne, c’est certain. »
Or Dieu nous a facilité les choses dans la prière, notamment par le chapelet, qui est une prière à la fois vocale et de contemplation. Il suffit de prendre son chapelet, mes bien chers frères, pour être déjà blessé par Dieu de la deuxième manière, celle qui nous a occupés aujourd’hui, la blessure d’amour.
Il suffit de prendre son chapelet pour découvrir l’amour de Dieu pour les hommes. Et on découvre très vite l’amour de Dieu pour nous-mêmes, un amour personnel, d’un ami à un ami. Cette première flèche d’amour augmente en nous la blessure et, si nous continuons à demander, si nous continuons à contempler, si nous continuons à nous nourrir de la parole de Dieu, cet amour de Dieu devient plus fort que la mort, plus fort que le péché, plus fort, évidemment, que toute tentation.
Saint Grégoire le Grand conclut ainsi : « Plus l’ennemi rusé insiste pour nous ramener à lui, et plus les soldats de Dieu deviennent riches en vertu. »
Que la très sainte Vierge nous l’accorde à tous.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 19. Dieu nous frappe par son amour est apparu en premier sur Abbé Pivert.
Présentation
Les progrès de la Révolution sont un mystère pour tout esprit sensé. Saint Grégoire le Grand nous donne la clé : ce n’est ni l’action de tel ou tel homme, ni tel ou tel événement, c’est le plaisir qui explique sa progression. Comprendre cela nous aidera à réagir.
Ce sermon est le n° 18 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger en A4 format livret
Transcription
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
« Tout homme est entraîné au péché de deux manières : ou bien il est mené par le plaisir ou la séduction, ou bien il est dominé par la peur. » C’est ce que nous enseigne saint Grégoire le Grand dans son commentaire sur le chapitre 5 du livre de Job.
Mes bien chers frères, saint Grégoire le Grand nous décrit ici en quelques mots non seulement tout le processus de la décadence du pécheur, mais également tout le processus de la décadence de la société et de l’Église, telle que nous la voyons actuellement.
Je vais donc vous expliquer cela, d’abord pour que vous compreniez, car il est très important de comprendre : sans cela, on ne peut pas réagir, on est comme un aveugle dans un tunnel. Ensuite, cela vous permettra d’orienter toute votre vie dans le sens que Dieu attend de vous. Il y aura donc trois parties à ce sermon, plus une conclusion.
Première partie : qu’est-ce qu’un chrétien, et d’une façon plus générale, qu’est-ce que l’homme ? Deuxième partie : la lutte chrétienne. Troisième partie : les conséquences en dehors de nous-mêmes, pour la société et pour l’Église. Et la conclusion, ce seront les remèdes.
Pourquoi saint Grégoire le Grand revient-il souvent sur l’importance de la contemplation ? C’est parce que l’homme est un être contemplatif : il est fait pour cela. Je vais vous donner quelques explications.
L’homme est un être spirituel. Cela signifie que Dieu lui a donné ce don extraordinaire de pouvoir le comprendre et comprendre son plan : pénétrer dans l’intimité de la sagesse de Dieu, dans ce qu’est Dieu — dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint-Esprit —, mais également dans tous les mystères divins ; et pénétrer dans le plan de Dieu : la diffusion de son amour par la création. Mais la contemplation chrétienne s’accompagne toujours de l’adhésion dans la charité, ou plus exactement n’est parfaite que dans la charité. Dire que l’homme est un être spirituel, c’est donc dire qu’il connaît Dieu dans la foi et qu’il pénètre les secrets de la diffusion de son amour dans le monde, mais aussi qu’il y adhère et qu’il le met en œuvre selon ce que Dieu lui montre.
Mais l’homme est également un être corporel. Cela entraîne qu’il met son rapport avec les choses sensibles au service de son esprit, c’est-à-dire au service du plan de Dieu, au service de son amour de Dieu. L’adhésion entraîne la réalisation avec toutes ses facultés. Retenez bien cela, mes bien chers frères : mettre son rapport avec les choses sensibles au service de son esprit, pour comprendre Dieu, y adhérer et le mettre en œuvre, c’est-à-dire rayonner son amour.
Soyons un peu plus précis, si vous le voulez bien. La contemplation de Dieu, c’est la foi. Et quand je vous dis que cette contemplation nous fait pénétrer le plan de Dieu, il s’agit tout d’abord de voir que Dieu veut notre salut personnel. Il n’y a pas de salut possible sans cette contemplation dans la foi, sans la saisie dans la foi, du Ciel, de l’enfer, de la vie ici-bas et de l’enjeu. Donc le salut personnel, mais également le salut de ses proches.
Quiconque commence à regarder Dieu constate immédiatement que non seulement Dieu veut lui donner personnellement son amour, mais également qu’il l’étend aux autres, et que nous avons une responsabilité en cela.
Et, troisièmement, nous constatons que cette responsabilité ne se limite pas à nos proches, mais qu’elle s’étend à la société à laquelle nous appartenons, et particulièrement à l’Église. En un mot, il s’agit de voir et de mettre en œuvre l’amour actif de Dieu.
Cela débouche tout naturellement sur les deux commandements de Dieu : aimer Dieu par-dessus tout et de toutes ses forces, et aimer son prochain. Vous constatez, mes bien chers frères, que Notre-Seigneur dit d’aimer Dieu, mais de l’aimer par-dessus tout et de toutes nos forces, c’est-à-dire de mettre en action cet amour. Et le deuxième commandement est semblable au premier : aimer son prochain comme soi-même, c’est-à-dire lui communiquer cet amour de Dieu.
Vous vous rendez bien compte, mes bien chers frères, que le démon a de la haine pour l’être spirituel de l’homme. Sa haine de Dieu l’entraîne à haïr toutes les créatures, et particulièrement l’homme.
Et le démon, qui est intelligent et qui a compris beaucoup de choses, sait que haïr l’homme, c’est s’attaquer à son être spirituel et non à son être corporel. Je vous en ai parlé lors du dernier sermon (Sermon sur Job 17. Dieu rend invulnérables les humbles). Le démon peut s’attaquer directement à l’être spirituel de l’homme, par le mensonge sur la connaissance de Dieu — les hérésies — ou par l’orgueil ; mais, beaucoup plus facilement, il va subvertir, c’est-à-dire séduire l’intelligence de l’homme par le plaisir.
C’est ce qu’affirme saint Grégoire le Grand dans la phrase que je vous ai citée au début. Le plaisir a une tendance naturelle à émousser la vivacité de l’esprit.
Certes, si la foi dirige le plaisir, celui-ci permet de rendre grâce à Dieu ou de mieux le servir. Mais, dès que le plaisir dépasse un tout petit peu les limites que lui impose la foi, il émousse la raison. Or, plus un esprit est émoussé, plus il perd la capacité raisonnable de dominer le plaisir ; et alors s’installe petit à petit un cercle vicieux, qui n’est pas apparent au début : plus de plaisir, donc moins de foi ; moins de foi, donc plus de plaisir, et ainsi de suite. Ou, pour le dire autrement : plus de plaisir, donc moins de charité ; moins de charité, donc plus de plaisir, et ainsi de suite.
En conséquence, quiconque apporte le plaisir ou le présente peut très facilement devenir un séducteur. Un séducteur est quelqu’un qui entraîne, mais qui n’entraîne pas dans la voie : il entraîne à côté de la voie, en dehors de la voie. Un conducteur entraîne dans la voie ; un séducteur entraîne à côté.
Et l’on arrive à l’étape suivante : lorsqu’on a été séduit par le plaisir et par celui qui le propose, on recherche non seulement le plaisir, mais celui qui le propose. C’est ainsi que se crée l’effet de groupe que l’on constate chez les jeunes, dans les groupes de copains, parce qu’ils y trouvent leur plaisir. Chez les adultes, c’est moins visible, parce que les adultes ont appris à cacher leurs défauts. Mais si vous réfléchissez, mes bien chers frères, si vous faites même un examen de conscience, vous vous apercevez que l’effet de groupe est très important, même chez les adultes. Je ne parle pas de la bonne amitié qui est bienfaisante et nécessaire, mais dégénère lorsqu’elle est recherchée par plaisir et non dans l’amour de Dieu.
Et alors se met en place un engrenage… Quand je parle de plaisir, je pense à toutes sortes de plaisirs, pas seulement au plaisir de la chair, ni au plaisir de la bonne table. Non, il y a des plaisirs qui paraissent plus spirituels, qui frôlent le spirituel, mais qui n’en restent pas moins des plaisirs des sens.
On m’a rapporté la phrase suivante d’un père de famille : « J’aurais accepté que mon fils soit homosexuel si cela m’avait permis de le voir, car j’aurais aimé jouir de sa présence. » Voilà exactement un plaisir qui a complètement subverti la raison. Car un père de famille devrait dire : « Je suis prêt à me passer de la présence de mon fils si cela lui permet d’échapper à ce vice horrible. »
Vous voyez bien, mes bien chers frères, qu’il y a ici un véritable engrenage. Un père de famille qui ose dire des choses pareilles, nécessairement sa vie en est influencée. Et donc, lui qui a été entraîné dans la recherche d’une satisfaction sensible va à son tour se faire entraîneur. C’est ainsi que les bandes de jeunes qui recherchent le plaisir du groupe, ceux qui manquent la messe du dimanche matin pour faire une partie de foot, se font à leur tour entraîneurs dans cet esprit.
C’est très net avec la télévision, par exemple, car devant la télévision le spectateur est strictement passif. Vous pouvez vaguement choisir vos chaînes et vos émissions, mais c’est tout. Dans la lecture d’un livre, vous tournez les pages, vous revenez en arrière, vous vous arrêtez, vous réfléchissez. À la télévision, le film vous impose son rythme. Il vous impose ce que vous voyez : vous ne pouvez pas tourner la tête pour regarder le contexte de la scène.
Or les producteurs de télévision sont des hommes blessés, et très souvent ce sont des hommes qui recherchent le plaisir, celui de l’argent, celui de la bonne audience, voire qui trouvent tout à fait normal de nourrir la recherche du plaisir chez leurs contemporains, parce que tout le monde vit comme cela aujourd’hui. Et cela marche, parce que le spectateur li aussi est blessé : vous avez un homme blessé qui désire le plaisir, qui s’adresse à un homme blessé qui désire le plaisir.
C’est la même chose pour Internet. Il faut être dominé par le désir de Dieu pour bien utiliser ce support, cette machine, et pour trouver sur Internet ceux qui sont eux-mêmes dominés par le désir de Dieu. Il y en a, mais c’est rare. Il faut avoir un désir profond de la recherche de la vérité pour tomber sur les conférences et les sermons de Mgr Lefebvre ou de Mgr Williamson. Alors là, oui, la recherche de Dieu domine et prend le pas sur le plaisir. Mais vous vous rendez compte que, pour cela, il faut être constamment sur ses gardes. Car dès qu’on s’approche un peu trop de celui qui est dominé par le désir sensible, de celui qui n’est pas dominé par la recherche de Dieu, on se met en danger ; et ce danger est réel, à cause de notre blessure du péché originel. Or l’image est beaucoup plus sensible que le son : elle émousse encore plus vite l’esprit. C’est pour cela, mes bien chers frères, que je vous donne l’audio de mes sermons et non la vidéo.
Vous voulez un autre exemple ? Paul VI, après le Concile, a quasiment supprimé tout jeûne : celui du carême, celui des Quatre-Temps, et même le jeûne eucharistique. Qui réagit comme la vieille Mimi, la mère d’Yvonne qui était au service de mes grands-parents, et qui me disait, quand elle constata qu’on supprimait le jeûne eucharistique : « Mon petit François, il n’y a plus de bon Dieu » ? La plupart du temps, quand le pape propose de supprimer le jeûne, cela plaît à notre nature sensible ; que voulez-vous, elle est ainsi faite ! Alors, si nous ne sommes pas dominés par la recherche de Dieu, nous nous laissons aller.
Et il y en a un qui triomphe : c’est le démon. Il lui a suffi de jeter dans le monde un certain nombre de plaisirs pour que les hommes se jettent dessus comme des enfants sur des bonbons. Après cela, il n’a presque plus rien à faire : puisque les bonbons donnés par le démon sont en nombre limité, eh bien, on va en faire d’autres, on va les distribuer, on va les vendre bien cher, etc.
Alors le démon passe à une étape suivante, qui est l’importance des demi-mesures. Entre l’eau et le vin, si vous faites des demi-mesures, ce n’est pas grave : plus d’eau dans le vin, plus de vin dans l’eau, c’est selon votre goût. Mais quand on fait des demi-mesures entre Dieu et le monde, ce ne sont plus des demi-mesures, c’est un rapport d’importance : si je me partage entre le monde et Dieu, c’est que Dieu n’est plus à la première place.
Vous me direz : cela prouve également que le monde n’est plus non plus à la première place. C’est vrai, sauf que la première place doit revenir à Dieu, et non au monde.
Quand quelqu’un quitte le monde pour aller vers Dieu, parce qu’il cherche la vérité et qu’il cherche Dieu, ce ne sont pas des demi-mesures, c’est un mouvement vers Dieu. Mais que quelqu’un s’arrête volontairement à mi-chemin, cela, c’est la preuve qu’il n’a pas compris – ou admis – qui est Dieu. Et quand quelqu’un fait le mouvement inverse, qu’il était tout donné à Dieu et qu’il commence à faire des demi-mesures avec le monde, c’est qu’il commence déjà à abandonner Dieu, même s’il ne l’abandonne pas totalement. Et quand quelqu’un commence à abandonner Dieu, il commence à cesser de respecter le premier commandement, et même à violer le premier commandement, qui exige d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces.
Comment le démon va-t-il favoriser les demi-mesures ? En mettant en avant des hommes éminents qui pratiquent la demi-mesure, par exemple des évêques qu’on appelle conservateurs. Oh ! il ne s’agit pas pour nous de les juger, mais de constater que le démon les met en avant pour mettre dans l’esprit des bons chrétiens qu’après tout, on pourrait faire des demi-mesures avec le bon Dieu.
Arrivé à ce point, on est vraiment entré dans un processus révolutionnaire. Et si l’on n’a pas compris cela, on cherche les causes de la Révolution – car il est normal que tout homme cherche les causes, c’est dans sa nature – et l’on se met alors à donner plus d’importance aux hommes concrets, aux situations concrètes, qu’à l’état d’esprit et aux mouvements que je viens de vous décrire.
La cause du progrès de la Révolution, ce n’est pas tel révolutionnaire : c’est que nous écoutions ce révolutionnaire. Vous me direz : « Mais moi, je ne l’écoute pas, ce sont les autres qui l’écoutent. » C’est bien ce que je vous dis : la cause de la Révolution, c’est que les hommes écoutent le révolutionnaire. Ils l’écoutent avec plaisir, parce qu’ils y cherchent du plaisir.
Il y a une autre cause, qui est la peur, mais je vous en parlerai une autre fois, car je veux en arriver aux remèdes.
Je vous pose une question, mes bien chers frères : quel est le premier remède à mettre en œuvre, le désir de Dieu ou bien le détachement du monde ? Réfléchissez.
Voici la réponse : ils sont cause l’un de l’autre. Nous ne pouvons pas rejeter le monde si nous n’avons pas le désir de Dieu, et nous ne pouvons pas désirer Dieu si nous ne rejetons pas le monde.
Les remèdes, c’est la sagesse de Dieu par la croix, le Christ crucifié, avec tout l’esprit que cela donne dans la vie : la pauvreté, la chasteté, l’humilité, les béatitudes.
En temps ordinaire, le respect des commandements de Dieu suffit ; mais en des temps extraordinaires comme le nôtre, il faut l’intervention du Saint-Esprit. Or le Saint-Esprit nous pousse à la pauvreté, c’est la première béatitude. Bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, bienheureux les miséricordieux, bienheureux les purs, bienheureux les artisans de paix (la vraie paix, et non celle des modernistes), bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice : c’est à eux qu’appartient le royaume de Dieu.
Pour cela, mes bien chers frères, méditez la parole de Dieu, l’Imitation de Jésus-Christ, la liturgie ; récitez le rosaire, et ne refusez pas de reprendre les pratiques de pénitence que l’Église a toujours recommandées.
Que la très sainte Vierge Marie vous y aide.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 18. La Révolution par le plaisir est apparu en premier sur Abbé Pivert.
En résumé
Ce n’est pas notre corps qu’il faut protéger, mais notre âme et, si nous prenons plus soin de notre âme que de notre corps, nous découvrons que Dieu non seulement nous protège, mais nous rend invulnérables. Non seulement il nous console, mais il nous élève à la joie vraie et parfaite.
Quant à nos adversaires, il les fait servir, contre leur gré, à sa volonté, pour notre avantage.
Quelles sont les conditions pour cela ?
Ce sermon est le n° 17 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger transcription A4 Transcription format livret
Transcription du sermon
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Ce n’est pas nos corps que l’adversaire veut blesser, mais nos âmes. Celui qui est attentif à ne pas être blessé dans le corps, celui qui a peur de souffrir, le démon le verra tout de suite. Et, sans que l’intéressé s’en aperçoive, il lui offrira une certaine satisfaction ici-bas. L’intéressé ne sera plus sur ses gardes, et le démon pourra le blesser dans l’âme totalement librement. Tandis que celui qui est attentif à ne pas être blessé dans son âme, celui-ci, au contraire, est rendu invulnérable par Dieu.
Évidemment, mes bien chers frères, c’est cela qui compte. Je ne vous dis pas qu’il est secouru par Dieu, je vous dis qu’il est rendu invulnérable. Nous allons donc diviser ce sermon en deux parties.
La première, l’aide apportée par Dieu aux bons, ou à ceux qui veulent être bons, et qui les rend invulnérables. Deuxièmement, comment le bon Dieu traite les méchants.
Pourquoi les bons sont-ils invulnérables ? Nous nous appuyons pour cela sur la garantie divine elle-même.
Éliphaz de Théman, l’ami de Job, qui vient de prendre la parole, affirme : « Dieu qui donne la pluie sur la face de la terre et qui irrigue l’univers par ses eaux ». (Job 5, 10–11) Il est évident que s’il ne s’agissait que de faire de la poésie ou de l’agriculture, on ne trouverait pas le livre de Job dans la Sainte Écriture. Si cet ami fait cette remarque sur Dieu qui donne la pluie sur la face de la terre et qui irrigue l’univers par ses eaux, c’est à l’évidence qu’il faut y voir une signification surnaturelle, spirituelle.
Saint Grégoire le Grand nous la donne : la pluie et les eaux, c’est la grâce de Dieu. L’univers, c’est l’homme. Je pense que cela n’a pas besoin d’explication.
Comment Dieu irrigue-t-il l’univers, c’est-à-dire l’homme ? Saint Grégoire le Grand nous dit : « Il donne à l’orgueilleux l’humilité, au timide la confiance, au luxurieux la chasteté, à l’avare la retenue dans ses désirs, au mou et apathique il donne le zèle, au colérique il donne un frein ». Chacun trouve en Dieu ce qu’il lui faut pour la vertu et pour être invulnérable. Et c’est cela que désigne l’univers : tous les hommes. Qu’on soit orgueilleux ou timide, luxurieux ou avare, mou, apathique ou colérique, de toute façon on reçoit avec abondance l’eau de Dieu, cette eau dont notre Seigneur déclare à la Samaritaine : « Celui qui boit l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif » (Jn 4, 13–14). Saint Grégoire cite également ces paroles de l’Écriture Sainte : « Dieu nous donne un pain préparé par avance dans le ciel, il nous le donne sans effort et ce pain a toute délectation et une saveur suave » (Sg 16, 20). C’est la manne. Vous vous étonnerez qu’il parle du pain alors qu’on parlait de l’eau. C’est parce que dans les choses mystiques on peut prendre plusieurs comparaisons pour la même signification.
Donc Dieu nous rend invulnérables par sa grâce, cela c’est son action de son côté à lui, encore faut-il que nous y correspondions de notre côté. C’est l’humilité qui nous permet de recevoir cette aide qui nous rend invulnérables. En effet le livre de Job continue : « Lui qui établit les humbles dans les hauteurs et aux affligés offre la consolation ». L’humilité c’est en quelque sorte la confiance en Dieu, une confiance qui est d’autant plus forte que nous savons que tout vient de lui et que c’est dans la mesure où nous recevrons pleinement sa grâce que nous serons forts et non pas en nous appuyant sur nous-mêmes. L’humilité donne beaucoup de choses puisqu’elle permet de recevoir tous les dons de Dieu. En l’occurrence elle donne un jugement juste sur le monde : on voit à l’évidence que ce monde est méprisable, on voit à l’évidence qu’il n’a pas d’intérêt et, quand quelqu’un voit ainsi de haut son adversaire, évidemment il le domine. Saint Grégoire dit que l’humble le foule aux pieds. Non pas pour l’écraser, mais les humbles marchent dessus pour suivre leur route sans s’occuper du monde.
Ceux qui sont humbles se savent dignes de régner avec le Christ et ils se réfugient en lui comme en une tour, une place forte et là ils sont à l’abri du monde qui coule à leurs pieds sans les atteindre.
Saint Grégoire dit que les coups des ennemis les frappent sans les toucher. Cela c’est bien le style de Saint Grégoire ! Si quelque chose nous frappe cela nous touche, il n’est pas possible de frapper sans toucher et pourtant Saint Grégoire dit bien que les coups des ennemis les frappent sans les toucher. Alors il faut se poser la question, comment cela est-il possible ? Les coups des ennemis frappent les corps sans toucher les âmes.
Vous me direz que ce n’est quand même pas très agréable d’être frappé dans le corps même si nous sommes heureux de voir que l’âme, elle, est indemne. Eh bien justement, nous sommes heureux et cette joie occulte la peine. C’est ce que dit le livre de Job dans les versets que nous commentons avec Saint Grégoire : « Dieu relève ceux qui sont dans la peine en leur donnant le salut — ou la consolation. » Il vient en sauveur, c’est le terme latin. Ceux qui vivent pour Dieu seul supportent tout, même dans les peines, ils pleurent leurs péchés et ils reçoivent le salut à mesure qu’ils ont fui le monde.
Saint Grégoire précise avec l’Écriture Sainte que leur joie à eux est vraie tandis que la joie du monde est fausse. On pourrait être tenté de se dire : « Je suis dans l’affliction pendant que le monde se réjouit, je le fais pour Dieu, mais c’est quand même bien pénible. » Saint Grégoire nous répond que parler ainsi, c’est mal juger les choses. On est dans la joie quand on possède ce qu’on désire et on n’est pas vraiment dans la peine quand on a perdu ce qu’on ne désire pas vraiment. Or les bons ont ce qu’ils désirent tandis que ce qu’ils ont perdu ils ne le désiraient pas vraiment, donc leur joie est vraie et leur joie foule aux pieds leur tristesse, leur peine. C’est pourquoi le texte sacré dit que Dieu relève – ou élève – ceux qui sont dans la peine.
Les mauvais, c’est l’inverse, leur joie n’est qu’apparente parce qu’ils ne possèdent pas vraiment ce qu’ils cherchaient : ils cherchent les biens de ce monde, mais ils ne les possèdent pas vraiment ou pas longtemps ; et ils ont perdu ce qui fait la raison de vivre de tout homme, c’est-à-dire Dieu. Même les mauvais se rendent compte que d’avoir perdu Dieu, c’est quand même quelque chose de pénible, de mauvais. Si leur aveuglement est tel qu’ils ne s’en rendent plus compte, en tout cas ce qui est certain, c’est qu’ils souffrent de voir les bons devant eux, ils essayent de les lacérer par la calomnie. Cela les rassurerait de voir le mal chez les bons. Ils essayent de débusquer dans les bons des fautes qu’ils pourraient révéler et attaquer mais, puisque les bons sont bons et puisqu’ils sont invulnérables grâce au Seigneur, les mauvais n’y arrivent pas, ils sont toujours déçus. D’où l’importance, mes bien chers frères, quand vraiment on s’attache à Dieu de s’y attacher totalement. Malheur à celui qui est bon mais qui a des péchés secrets parce que, à cause de ses péchés, même s’ils sont secrets, il est malheureux et puis aussi parce que l’adversaire finira toujours par débusquer ses péchés secrets et les mettre au grand jour. Si vous voulez être invulnérables, mes bien chers frères, il faut que vous vous efforciez d’être le plus parfaits possible. Oh, certes, vous me direz que c’est bien difficile, que c’est même quasiment impossible. Non. À Dieu rien n’est impossible. Mais, c’est vrai, il est fréquent que nous tombions dans le péché, quelquefois hélas dans des gros péchés, souvent dans les péchés véniels. Dans ce cas, ce qui compte, c’est de tendre vers Dieu. Saint Grégoire dans ses commentaires parle constamment de ceux qui tendent vers Dieu, qui se réfugient en Dieu, qui désirent Dieu, il ne parle pas tellement de ceux qui sont avec Dieu, mais de ceux qui tendent vers Dieu et celui qui tend vers Dieu est comme l’oiseau qui s’envole : même s’il a commis des fautes, du fait de s’envoler vers Dieu, il est hors d’atteinte de ses ennemis.
Dieu protège les bons, il les rend invulnérables. Outre la grâce qu’il donne aux bons, il oblige les mauvais à le servir et à accomplir ses desseins pour notre avantage. Il les y oblige malgré eux, justement là où ils se révoltent contre lui. On pourrait dire que le bon Dieu fait des prises de judo aux mauvais. Vous savez qu’au judo on utilise la force de l’adversaire pour le mettre par terre.
Saint Grégoire nous en donne deux exemples, voici le premier. Les pharisiens et les princes des prêtres constatent que la foule suit de plus en plus Jésus, ils font tout pour séparer cette foule de Jésus-Christ et ils constatent que plus ils s’y essayent, moins cela marche. Ils disent : nous n’arrivons à rien, il n’y a plus qu’une seule solution, c’est de le mettre à mort, ce qu’ils font. Mais Notre Seigneur ressuscite et, en ressuscitant, son âme rejoint son corps, or vous savez mes bien chers frères que le corps du Christ, c’est l’Église. Autrement dit les pharisiens et les princes des prêtres mettent Notre Seigneur à mort pour le séparer définitivement des chrétiens, des fidèles, et c’est en le mettant à mort qu’ils le rattachent d’autant plus fortement à ses fidèles, à son corps, et donc à l’Église.
Saint Grégoire donne un autre exemple que nous avons déjà étudié dans nos sermons sur la Genèse, c’est celui de Joseph (Gn 37 et 45). (Sermons sur Joseph) Là on peut dire que la prise de judo faite par Dieu aux frères de Joseph est vraiment puissante parce que c’est en faisant du mal à leur frère, en le vendant en esclave, qu’ils le mettent dans la situation qui permettra à Joseph de les sauver.
Vous voyez mes bien chers frères que Dieu nous rend invulnérables non seulement en agissant en nous par sa grâce, par les eaux qui rendent la terre féconde, mais en mettant les mauvais au service de son plan divin, or son plan c’est notre salut. Il met les mauvais au service du salut de ceux qu’ils attaquaient.
Je terminerai par un avertissement que nous donne Saint Grégoire en nous citant le cas de Jonas. Jonas n’est pas un mauvais, il est un bon, c’est un prophète. Mais même aux bons il arrive de lutter contre la volonté de Dieu et alors Dieu, dans sa bonté, les oblige à revenir à cette volonté.
Ninive est une ville vraiment pécheresse. Dieu envoie Jonas prêcher à Ninive et Jonas se rend bien compte que si Dieu agit ainsi, c’est qu’il veut désormais le salut des païens. Jonas se rend bien compte – c’est un prophète – que si Dieu agit ainsi, c’est parce qu’il va abandonner la tribu de Juda et les Juifs devenus infidèles. Cela ne lui plaît pas du tout, il n’a certainement pas l’intention de favoriser le passage de l’héritage de son propre peuple vers les païens. (Jonas 4, 2)
Cela rejoint ce que je vous disais au sermon précédent, mes bien chers frères, la providence de Dieu est souvent surprenante et si nous voulons la comprendre avec nos intelligences humaines nous faisons fausse route. Il faut l’accepter telle qu’elle est, nous rappeler qu’elle est toujours bonne, qu’elle mène toujours au bien et puis, nous dit saint Grégoire, il faut être lézard, c’est-à-dire appliquer nos mains – nos actions – à suivre fidèlement les préceptes divins, ce que Jonas ne fait pas. Dieu n’est jamais vaincu et par conséquent il fait en sorte que Jonas, malgré lui, soit obligé de prêcher à Ninive.
Cela aussi nous arrive mes bien chers frères : nous avons refusé des préceptes divins et nous nous retrouvons dans le ventre de la baleine, un ventre tout noir où on ne voit rien, où on n’entend rien. On y est quand même protégé par Dieu, on y survit par la seule protection de Dieu. Ce ventre de la baleine ce sont les épreuves qui nous mettent très souvent dans le noir lorsque nous n’avons pas une confiance absolue en Dieu, une foi vive. De ce fait nous n’entendons plus rien, mais cependant Dieu nous garde. Finalement, la baleine, c’est-à-dire l’épreuve, nous rejette sur le rivage et, là, nous retrouvons la lumière, nous réentendons la voix de Dieu et nous appliquons ce que Dieu nous demande, nous mettons fidèlement et courageusement nos mains à son œuvre.
Ô Marie, médiatrice de toutes grâces, guidez-nous et faites-nous désirer seulement votre Fils et le Ciel où nous régnerons avec vous.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 17. Dieu rend invulnérables les humbles est apparu en premier sur Abbé Pivert.
Analyse
Si la Providence de Dieu nous déconcerte et nous ébranle, si les épreuves nous pèsent, c’est que nous n’avons pas compris la sagesse de Dieu. Saint Grégoire, dans ses Morales sur Job nous explique comment entrer dans cette sagesse. Du coup, plus rien ne devient pénible et l’oiseau peut voler.
Pourquoi lézard ? Vous le découvrirez dans le sermon.
Ce sermon est le n° 16 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger en A4
Télécharger en livret
Transcription
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers frères,
Vous êtes désormais plusieurs à m’avoir dit que vous vous sentiez personnellement atteints par les sermons sur Job de saint Grégoire le Grand et c’est bon signe. Cela prouve que saint Grégoire connaît les ressorts de l’esprit humain et qu’il les relie à la plus haute sagesse de Dieu, qu’il est un bon guide et un bon prédicateur.
Plusieurs autres m’ont fait la remarque qu’ils trouvaient les sermons sur Job déprimants et cela est plus inquiétant, parce que l’adage dit qu’on reçoit une chose en fonction des dispositions de l’âme. Si l’on est déprimé par le rappel des épreuves, c’est que l’âme est mal disposée.
Et justement, saint Grégoire nous invite, nous donne même, de bonnes dispositions d’âme pour dire comme Job : « si nous recevons les bienfaits de la main de Dieu, pourquoi n’accepterons-nous pas les maux que Dieu nous envoie ? » Oui, mes bien chers frères, profitons de saint Grégoire le Grand pour changer nos dispositions d’âme et alors, tout simplement, presque sans effort, nous serons libérés d’un grand poids et nous monterons dans les hauteurs de la sagesse et de l’amour de Dieu.
Cette fois-ci, je prends le commentaire de saint Grégoire dans ses Morales sur Job, livre 6, sur cette parole de l’Écriture Sainte : « L’oiseau est fait pour voler, l’homme pour travailler. » (Job 5, 7)
Il y a deux possibilités. Soit on regrette que l’homme soit fait pour travailler, voire même on s’en plaint et on subit. Soit on se réjouit que l’oiseau soit fait pour voler, parce que l’oiseau c’est la part spirituelle de notre nature et on trouve tout à fait normal et même bénéfique de devoir travailler si la récompense, c’est que notre oiseau puisse voler.
Il y aura trois parties dans mon sermon, tout d’abord une très belle histoire dont je viens de prendre connaissance, deuxièmement, nous mettre à l’école de Dieu et troisièmement, pour être oiseau, soyons lézard.
C’est l’histoire d’un jeune né dans une famille profondément catholique, une famille nombreuse, qui malgré cela, à quinze ans, a une crise existentielle. Il a une foi superficielle et cela pourrait très mal tourner. Il s’en sort en se lançant dans des compétitions cyclistes, mais, le 15 août, il fait une chute inexplicable de vélo, passant par-dessus le guidon, est transféré en hélicoptère et cela interrompt sa carrière cycliste et surtout ses illusions sportives. La cause, c’est sa mère qui a placé sous la selle du vélo une médaille miraculeuse. Lorsque, bien des années plus tard, ce jeune devenu adulte fait ce récit, il est bien conscient que cette épreuve a été une grande grâce de Dieu.
Malgré tout, cela n’est pas suffisant pour le remettre totalement dans l’amitié de Dieu et il faudra attendre huit ans avant que ce jeune homme se consacre à la très sainte Vierge Marie. Consécration sérieuse, bien sûr, et quelques années plus tard, après de nouvelles épreuves qu’il porte avec foi, il frappe à la porte d’un monastère. Il est désormais prêtre et un prêtre très fidèle.
Voici ce qu’enseigne saint Grégoire le Grand : les miracles divins, il faut toujours les considérer avec une application attentive et ne jamais les discuter par l’intellect, ne jamais en faire une discussion intellectuelle.
Les miracles de Dieu, cela s’étend à tout ce que Dieu fait et que nous ne comprenons pas. D’une façon générale, c’est toute l’œuvre de la Providence et notamment les choses au milieu desquelles nous titubons. L’une des raisons pour lesquelles nous sommes affligés par les difficultés de la vie et nous aimerions les fuir, c’est que nous les discutons intellectuellement, nous discutons avec le bon Dieu, alors qu’il faut au contraire s’y appliquer avec zèle et avec amour pour en découvrir toute la richesse. Saint Grégoire nous dit que ce sont des choses qu’on ne peut pas comprendre par la raison, mais qu’il est facile de croire par les exemples que nous avons déjà sous les yeux.
Il fait une petite liste qui est assez d’actualité : lorsque nous attendons la pluie sur la terre sèche, lorsque l’air est desséché par le soleil, lorsque la mer s’enfle contre le voyageur, lorsque la terre non seulement produit moins, mais qu’elle consomme la semence qu’on lui a donnée… Et pourtant, ne savons nous pas que Dieu fait croître les arbres, qu’il fait mûrir les fruits, qu’il accomplit quotidiennement ce miracle extraordinaire qu’un petit enfant grandisse depuis le sein de sa mère jusqu’à devenir un homme ? Alors, si Dieu fait attendre la pluie, s’il fait attendre la fraîcheur, s’il fait attendre les moissons, ce n’est pas sa sagesse qui est en défaut, ce n’est pas plus sa bonté, au contraire. Il y a dans tout cela une richesse à découvrir que nous ne découvrirons pas en nous tendant, mais que nous découvrirons par une application soigneuse.
Cela s’applique à nos épreuves présentes, mes bien chers frères, et vous pouvez compter qu’avec la sécheresse elles ne sont pas terminées, car les gouvernements mondiaux vont profiter de cette aubaine pour eux, sous prétexte de lutter contre le réchauffement climatique, pour abattre un peu plus leur poigne sur les hommes. Ils l’ont annoncé, ils le feront.
Mais il y a d’autres épreuves qui nous troublent considérablement, ce sont les épreuves de l’Église. Combien titubent devant la petite fidélité catholique qu’ils ne comprennent pas ? Combien titubent devant ce qu’ils croient être un abandon général des bons catholiques par la divine Providence ? Combien titubent en cherchant à se raccrocher à ceci ou à cela plus ou moins humain ? Combien titubent devant la question du pape ? Mgr Lefebvre disait avec beaucoup de sagesse que c’est un problème que nous ne pouvons pas résoudre, que les théologiens résoudront plus tard. Il ne nous est pas donné à nous de résoudre ces problèmes-là. Il nous est donné, demandé, demandé et donné à nous d’être fidèles au milieu de ces problèmes.
Ce n’est pas en cherchant à comprendre qu’on comprend, c’est en s’appliquant avec confiance, c’est en ramenant à notre mémoire l’expérience passée, la nôtre, celle de l’Écriture sainte, l’expérience du peuple que Dieu s’est choisi et qu’il guide par les bénédictions quand le peuple lui est fidèle et qu’il guide par la correction quand le peuple lui est infidèle, et alors le peuple revient à la fidélité.
Depuis le Concile, soixante-dix ans ne se sont pas encore écoulés alors que le grand schisme d’Occident a duré soixante-dix ans, que l’exil à Babylone a duré soixante-dix ans.
D’où la troisième partie de ce sermon :
La réponse nous est donnée par l’Écriture sainte : pour être oiseau, il faut être lézard. (Proverbes 30, 28)
Je vous ai dit, l’oiseau est fait pour voler, l’homme pour travailler. Plus ce qu’il y a d’humain en nous travaille, plus l’esprit oiseau s’envole vers les hauteurs de Dieu. Mais, pour cela, il faut tout d’abord respecter avec soin les préceptes divins.
Lorsqu’un adulte, dans les choses humaines, veut agir, il commence par comprendre et ensuite il agit. Mais, d’un enfant, c’est l’inverse qu’on attend. L’enfant commence par faire son expérience et ensuite il comprend. L’enfant commence par obéir à ses parents et ensuite il comprend. Jusqu’aux portes de l’adolescence, plus un enfant s’applique à bien faire ce qu’on lui demande et plus il comprendra et pourra par la suite se diriger et même diriger les autres.
Pour cela, saint Grégoire dit qu’il faut non seulement se rappeler à la mémoire l’expérience qui nous porte déjà les leçons de l’existence, mais il faut s’aider des mains. Il ne précise pas en quoi cela consiste, mais il est facile de le comprendre.
Notre attention à appliquer les préceptes divins sera d’autant plus solide avec des bonnes bases qu’elle sera concrète. Si l’on veut secourir le prochain, il ne suffit pas de prier pour lui, il faut également exercer les œuvres de miséricorde et souvent les œuvres de miséricorde corporelles. Et en tout cas, puisque je vous ai pris l’exemple de l’enfant, on ne peut pas enseigner à un enfant les œuvres de miséricorde sans qu’il pratique les œuvres de miséricorde corporelles. On ne peut pas lui enseigner la vertu de courage, sans qu’il mette la main à des œuvres difficiles. On ne peut pas lui enseigner la vertu de tempérance sans qu’il mette la main à la pratique de la pénitence. C’est cela y mettre les mains.
Eh bien, mes bien chers frères, tant que nous sommes ici bas, nous sommes dans la situation de l’enfant. Non pas que Dieu veuille nous cacher ses secrets, non, au contraire, il veut nous faire pénétrer dans son intimité, dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans la richesse de la sagesse et de l’amour.
Mais pour y arriver, il veut que nous pratiquions avec soin ce qu’il nous demande, il veut que nous ne discutions pas, mais qu’au contraire, nous mettions en œuvre la foi, l’expérience de la foi qui nous a déjà tant et tant de fois montré que l’œuvre de Dieu était bénéfique y compris quand elle était difficile et pénible, qui nous l’a montré dans l’histoire de l’Église, qui nous l’a montré dans l’histoire de Jésus-Christ, qui nous l’a montré dans notre histoire propre.
Saint Grégoire nous met en garde, il y a de grands savants qui étudient la parole de Dieu, qui la scrutent et même qui la méditent, mais s’ils négligent de la mettre en œuvre, ils seront des affamés dont les greniers sont pleins. Ils posséderont une source et pourtant seront assoiffés.
Oh oui, mes bien chers frères, je ne vise personne, et pourtant combien d’entre nous appartiennent à cette catégorie de chrétiens qui savent, qui connaissent, qui ont été formés, qui ont reçu l’enseignement de Mgr Lefebvre, celui de Mgr Williamson. Quel danger nous courons si nous savons tant de belles choses si élevées et que nous ne sommes pas attentifs à les mettre en œuvre ! Alors, nous dit saint Grégoire le Grand, nous serions dépassés par des petits qui ne connaissent pas aussi bien que nous les choses de Dieu, mais qui s’y appliquent avec zèle, avec amour et qui les mettent en pratique. Et saint Grégoire conclut que ces petits monteront à des hauteurs qui dépasseront celles de ceux qui pourtant avaient la science.
S’appuyer sur les mains, c’est être lézard. L’Écriture Sainte, dans le Livre des Proverbes, — le Livre des Proverbes n’est pas un recueil de proverbes humains qui auraient été intégrés à l’Écriture Sainte, non, ce sont des remarques brèves mais profondes de la sagesse de Dieu communiquées aux hommes — le Saint-Esprit, dans le Livre des Proverbes, nous dit que le lézard marche sur les mains et pourtant il habite dans le palais des rois. Voilà où nous devons en venir. Nous ne pouvons pas entrer d’emblée dans le palais du grand roi parce que nous ne sommes pas Dieu. Pourtant nous sommes bien appelés à y entrer et à y vivre et même à y demeurer éternellement, mais pour cela il faut que nous soyons des lézards qui s’appuient sur leurs mains.
Je termine ce sermon sur l’image précédente qu’il faut également bien se rappeler et ne pas oublier. L’oiseau est fait pour voler, notre esprit est fait pour voler, mais si nous voulons que notre esprit vole, il faut que notre nature humaine terrestre commence par être lézard.
Mes bien chers frères, dès la fin de ce sermon, vérifiez si vous avez des résolutions concrètes. Je ne dis pas des résolutions générales et peut-être vagues, je dis des résolutions concrètes. Si vous les avez prises, vérifiez que vous y êtes attentif. Et si vous constatez que vous n’avez peut-être pas suffisamment été lézard, alors précisez de nouveau vos résolutions, vos résolutions concrètes, très concrètes. Nourrissez-les de la contemplation des mystères de la vie de Jésus-Christ que vous rappellerez à votre mémoire, et alors, soyez-en certains, l’oiseau volera. Si nous ne faisons pas cela, alors l’oiseau se découragera, ou bien, il volera, peut-être, mais de buisson d’épines en buisson d’épines, et se plaindra de n’habiter que des épines alors qu’il voit le lézard habiter dans le palais des rois.
Très sainte Vierge Marie, puisque vous êtes ma mère, enseignez-moi à être un enfant appliqué. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 16. Homme, oiseau et lézard est apparu en premier sur Abbé Pivert.
En résumé
Lorsque quelqu’un néglige l’amour de Dieu, le bon esprit lui fait des reproches et l’inquiète. Le mauvais esprit, au contraire, le rassure.
Mais, lorsque quelqu’un veut progresser dans l’amour de Dieu le démon cherche à le décourager par la tristesse, tandis que le bon esprit lui donne du courage et des forces, le console, l’établit dans le calme et lui facilite la voie dans l’amour de Dieu.
Oui, nous sommes dans les épreuves, mais nous ne réalisons pas à quel point Dieu est proche de nous.
Il est bon d’en être averti pour ne pas tomber dans le piège du démon quand survient une difficulté, pour savoir au contraire découvrir plus avant le Sacré Cœur de Jésus, sous l’influence du Saint Esprit.
Télécharger l'audio
Transcription au format A4
Transcription au format livret
Transcription du sermon
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Je vais parler aujourd’hui pour ceux qui sont dans les épreuves et tentés de découragement, mais également pour ceux qui ne sont pas dans les épreuves, car nécessairement les épreuves viendront et le démon en profitera pour essayer de les décourager, et troisièmement, pour ceux qui sont dans les épreuves ou ne le sont pas, en tout cas qui ont été dans les épreuves, et qui sont reconnaissants à Dieu de leur avoir permis d’être si proches de lui et d’entrer dans son intimité.
Avec ces trois catégories de chrétiens, je parle à tout le monde : tout chrétien a été, est ou sera dans les épreuves. Je devrais même mieux dire tout chrétien est dans les épreuves, puisque chaque jour dans le Salve Regina nous chantons que nous sommes in hac lacrimarum valle, dans cette vallée de larmes.
La question n’est pas de savoir si nous sommes dans les épreuves ou non, la question est de savoir comment nous nous y comportons.
Il faut que nous nous rendions bien compte que Dieu n’est jamais tant présent à nous que dans les épreuves. Dieu est ému par la misère de l’homme et, pour répondre le plus parfaitement possible à cette misère, il se rend présent à l’homme, il lutte à ses côtés, nous devrions mieux dire qu’il lutte en nous. Ce n’est pas seulement qu’il lutte contre les misères, mais dans cette lutte il élève, il se donne, il fait entrer dans son intimité, il prépare un ciel glorieux, il donne déjà d’une certaine manière ici-bas sur terre les joies du ciel.
Saint Thomas d’Aquin le dit expressément dans son commentaire sur le Credo : la foi nous communique déjà la joie du ciel, la foi c’est-à-dire Dieu en qui nous croyons.
Celui qui se décourage dans les épreuves, c’est comme s’il refusait cette présence, cette consolation, cette aide de Dieu. Il serait tout de même dommage d’être dans l’épreuve et de ne pas profiter de toute cette richesse extraordinaire qu’elle nous apporte, richesse qui est absolument sans comparaison avec les épreuves de cette vie.
Cette présence de Dieu est double, elle est tout d’abord visible à travers Notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné qui s’est fait chair et qui se rend visible à nous, le Sacré-Cœur ce Cœur que nous voyons, ce Cœur qui a été transpercé pour nous. Or, les mystères du Christ sont nos mystères, c’est-à-dire que le Sacré-Cœur en vivant sur terre les mystères que nous pouvons contempler de nos yeux de chair, en prononçant les paroles que nous pouvons entendre avec nos oreilles de chair, le Sacré-Cœur a fait en sorte que ces mystères, ces paroles soient efficaces en eux-mêmes, que le simple fait de les voir communique la grâce — à condition bien entendu de vouloir la recevoir. La question n’est pas de savoir si celui qui contemple les mystères, Dieu veut ou non lui donner la grâce, si Dieu veut ou non l’enrichir par ce mystère, car Dieu veut vraiment lui communiquer la grâce, il veut vraiment l’enrichir, la question est donc de savoir si nous voulons profiter, si nous nous mettons dans les dispositions pour profiter de cette grâce, de cette richesse qui est celle de Dieu au ciel.
Bien plus, le Sacré-Cœur en se rendant visible est, par l’humanité de Jésus-Christ, le canal de l’action du Saint-Esprit lui-même dans l’âme. Évidemment le Verbe et le Saint-Esprit sont inséparables lorsqu’ils agissent dans le monde, mais cela nous aide à mieux comprendre lorsque nous voyons d’une part l’action de Dieu dans le Verbe, le Sacré-Cœur qui se communique à nous, c’est-à-dire qui cherche à nous communiquer sa divinité, et l’action de Dieu à travers le Saint-Esprit qui nous spiritualise, qui nous rend spirituel.
L’Écriture Sainte ose même dire que grâce au Saint-Esprit nous serons comme des dieux. Évidemment il faut bien comprendre la chose et ne pas la prendre de façon matérielle, mais, si nous avons été créés et rachetés, si Sacré-Cœur est présent près de nous et en nous, c’est pour nous faire entrer dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ce qui est bien une manière d’être comme des dieux. D’être à la table de Dieu — nous avons cela souvent dans l’Évangile : nous sommes invités à la table de Dieu, au banquet de Dieu.
Vous vous rendez compte, mes bien chers frères, de ce que je vous enseigne ici ? Nous ne sommes plus aux simples commandements de Dieu — qui sont nécessaires, qui sont des repères, qui bien pratiqués suffisent à faire de bons chrétiens, mais qui ne font pas profondément entrer dans l’intimité de Dieu. Nous sommes à un niveau beaucoup plus élevé auquel le Sacré-Cœur appelle tous les hommes.
Mes bien chers frères, vous tous qui m’écoutez, il y a parmi vous des convertis récents qui ont été saisis par l’enthousiasme de Dieu et qui voient immédiatement la vérité de ce que je viens de vous enseigner. Il y a des convertis récents qui travaillent laborieusement parce que Dieu l’a voulu ainsi et à qui il faut révéler ces gloires du Ciel qui sont les gloires des mystères glorieux. On ne peut pas limiter le rosaire à la contemplation des mystères joyeux et douloureux, il faut nécessairement contempler les mystères glorieux. Il y a aussi parmi vous des catholiques de vieille souche qui pouvez vous décourager ou au contraire reconnaître la grandeur du bienfait de Dieu. Il y a parmi vous des grands pécheurs qui entendent cette parole de Dieu et qui savent que Dieu leur parle au cœur. Il y a parmi vous des saints qui cependant au contact de Dieu se rendent bien compte que leur justice est tordue — que leur justice est réelle puisqu’elle vient de Dieu, puisque Dieu ne trompe pas. Quand Dieu rend juste, il rend vraiment juste, mais nous, hélas, nous tordons cette justice. Et alors, notre proximité avec Dieu nous fait désirer ardemment d’avoir une justice droite.
Oui, saint Grégoire voit Job sur son fumier et tous les hommes sur le fumier de leurs péchés, de leurs difficultés, de leurs tentations, mais s’il y a quelque chose de marquant dans tout ce que saint Grégoire nous a enseigné jusqu’au point où nous en sommes, c’est de sortir des difficultés de ce monde par le haut, de prendre conscience de cette proximité que Dieu crée avec nous, que ce soit par le Sacré-Cœur ou par le Saint-Esprit, et notre réponse ne peut être que de peupler notre esprit avec nos pensées sur Dieu, sur ses saints et sur la gloire du Ciel.
Oui, nous vivons dans ce monde. Bien sûr, il n’est pas question d’échapper à ce monde, ne serait-ce que parce que nous avons une mission pour y faire du bien et si nous voulions échapper à ce monde, nous cesserions de lui faire du bien alors que tout l’exemple de notre Seigneur Jésus-Christ est justement de faire du bien à notre prochain et nous serons jugés sur le bien que nous aurons fait. Non, la question n’est évidemment pas de savoir si nous pouvons sortir de ce monde, si nous devons sortir de ce monde, la question de savoir si, dans ce monde, nous peuplons notre esprit de nos pensées sur Dieu, pour vivre en compagnie de Dieu en même temps que nous sommes en compagnie des hommes.
Voilà la grande réponse transmise par saint Grégoire le Grand. Je dis ‘transmise’ parce qu’elle ne vient pas de lui, bien sûr, mais de la révélation divine, elle vient de l’Écriture Sainte, elle vient du Saint-Esprit qui l’assistait.
Si nous comprenons ce message de Dieu, lorsque nous serons dans la joie et dans la consolation, nous en jouirons parfaitement et lorsque nous serons dans la désolation, nous n’en serons pas moins pour autant dans la joie profonde de Dieu, dans son intimité. La désolation demeurera à la surface, comme les vagues de la mer qui ne troublent pas les poissons.
Mais mon sermon ne serait pas juste si je me contentais de vous enseigner cette seule vérité, et c’est le deuxième enseignement de saint Grégoire le Grand : nous devons accepter ici bas d’être flagellés par Dieu — c’est le terme que saint Grégoire emploie. Comme j’aurais peur de vous décourager, je dirais que nous devons accepter d’être corrigés par Dieu.
Mais la vérité, le fond de la pensée de saint Grégoire, c’est que nous devons faire confiance à la justice de Dieu et à sa bonté pour être guidés par lui. Nous plaindre de Dieu, c’est exactement ce que le démon attend de nous. Vous vous rappelez, mes biens chers frères ce que saint Grégoire nous a enseigné : il faut craindre la prospérité et nous réjouir d’être enseignés par la discipline.
Nous sommes ici bas à l’école du service de Dieu. Cette vérité, saint Grégoire le Grand, qui était moine bénédictin, l’a trouvée dans la grande règle de saint Benoît. Certes, saint Benoît ne cache pas que dans cette école il y a nécessairement des choses difficiles, mais il ajoute aussitôt qu’il va travailler par sa règle à les rendre faciles. Non pas à nous dispenser de travailler, mais à rendre le travail facile. Non pas à nous dispenser de faire des efforts, mais à nous enthousiasmer dans l’effort.
Celui qui est encore à l’école constate que son savoir est encore bien tordu, limité. Non pas qu’il ne sache rien — ce sont les mauvais élèves qui se découragent en disant qu’ils sont nuls, qu’ils n’y arriveront jamais — non, nous savons que ce que nous savons est vrai, mais nous découvrons en même temps que c’est bien limité et même bien tordu. Dans l’école de la vie, l’école chrétienne de la vie, il ne s’agit pas seulement de savoir, il s’agit de justice et nous découvrons que notre justice est vraie mais cependant tordue. C’est ce que nous avons vu dans le dernier sermon : Sermon sur Job 14. Devant Dieu notre justice est bien tordue
À l’école, il y a une deuxième difficulté, c’est qu’on ne jouit pas encore du fruit de son travail : celui qui apprend le travail de menuisier ne connaît pas encore la joie d’avoir réalisé un beau meuble.
Ces difficultés, il faut les accepter, elles font partie de notre formation. Et le mieux, pour bien en profiter, c’est de ne pas y penser, mais au contraire de peupler notre esprit de nos pensées sur Dieu. Non pas de penser à l’effort qu’on doit faire, non pas de penser à la difficulté que Dieu impose pour nous guider, voire pour nous corriger. Ne pas penser à ce que Dieu a retiré après l’avoir donné, mais au contraire de n’avoir qu’une pensée à l’esprit : « Que le nom de Dieu soit béni ! » Dieu fait comme il veut, justement, parce qu’il est béni.
Et enfin, la troisième leçon de saint Grégoire le Grand, c’est de travailler à notre vertu. Les morales de saint Grégoire sont justement un exposé pour bien travailler à notre vertu, pour bien cultiver la vertu.
Mais d’expérience, nous savons que le meilleur moyen de cultiver la vertu, c’est de chercher à la rayonner. Mes bien chers frères, aimez Dieu et faites-le aimer. Si vous faites cela, vous ne penserez plus à vos misères, vous ne penserez plus à la correction que Dieu vous donne pour vous aider.
Attention, correction ne veut pas dire châtiment, cela veut dire ‘rendre droit’, même si quelquefois, pour rendre droit, il faut un peu châtier. Mais le bon Dieu châtie avec tant de miséricorde ! Quand on voit qu’il porte le plus lourd de la croix et qu’il ne nous demande, à nous comme à Simon de Cyrène, que de porter simplement l’extrémité ! Dans le chemin de la croix tombe, c’est lui qui tombe et c’est nous qui sommes relevés. Simon de Cyrène ne tombe pas, il voit Jésus tomber, mais il ne tombe pas.
Je vous disais donc que si vous cherchez à rayonner l’amour de Dieu autour de vous, plus aucun travail ne vous sera pénible, plus aucune réforme de vous-même ne vous paraîtra difficile, plus aucun effort de la vertu ne vous coûtera. C’est tellement beau d’amener des âmes à Dieu !
Vous pensez que c’est hors de votre portée ? Vous aimeriez bien le faire à condition qu’on vous ait guidé presque par la main en vous montrant des exemples ? Mais il me semble vous en avoir déjà donné. Cette femme qui avait répondu avec dureté à un mendiant et qui le soir, à son examen de conscience, demande à Dieu de lui donner l’occasion de se racheter. Le lendemain, elle voit un mendiant à la porte d’une église. Elle l’encourage à se confesser. Et voici que ce mendiant est devenu un chrétien édifiant.
Et lui-même communique sa joie à son frère et lui dit : « J’ai trouvé Dieu. Toi aussi, va jusqu’au bout de ton baptême ! » Et le frère, après cinquante ans de vie commune, s’est marié devant Dieu.
Et cette jeune fille de quatorze ou quinze ans qui porte le panier de provisions d’une femme qui semblait peiner sous le poids. La femme n’est pas baptisée, alors elle lui parle de Dieu. Elle lui en parle non pas une année, ni deux années, mais sept ans, huit ans. Et elle touche le cœur de cette femme. Le démon est venu tenter cette femme et je la confie à vos prières pour que le Sacré-Cœur la sorte des griffes du démon. Malgré tout, ce que cette jeune fille a fait, elle l’a fait et bien fait.
Peuplez votre esprit des mystères du Sacré-Cœur, mes bien chers frères, et le Sacré-Cœur vous inspirera tout naturellement ce qu’il faut faire pour rayonner à votre tour son amour divin.
Ô Marie, mère de Jésus, co-rédemptrice et médiatrice de toutes grâces, priez pour nous, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 15. Saint Grégoire parle à ceux qui pourraient se décourager est apparu en premier sur Abbé Pivert.
En résumé
Nous avons facilement confiance en la valeur des œuvres que nous avons accomplies pour Dieu, mais, devant Dieu, il nous saute aux yeux qu’elles sont bien tordues et de peu de valeur. Cela nous décourage. Cependant, le désir de Dieu est le plus fort et nous incite à reprendre courageusement notre ouvrage.
Ce sermon est le n° 14 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Télécharger en A4
Télécharger livret
Transcription du sermon
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
L’ami de Job, toujours frappé devant la peine qui tombe sur son ami, et ne pouvant la comprendre, affirme quelque chose de très juste, et dit : « la frayeur m’a saisi, la crainte m’a saisi, et tous mes os ont été ébranlés. » Cela, évidemment, devant la majesté de Dieu.
L’explication sur les raisons pour lesquelles Dieu a permis que Job soit éprouvé ne seront pas données d’un seul coup, elles viendront plus tard, vers la fin du livre de Job, mais pour qu’elles soient bien reçues, il faut établir parfaitement les fondements de la vie chrétienne, il faut établir parfaitement ce qu’est l’homme face à Dieu, et c’est l’objet du présent commentaire de saint Grégoire le Grand. Il commence par montrer qu’il est juste et normal de trembler devant Dieu et, dans une deuxième partie, il montre que cette crainte et ce tremblement n’empêchent pas l’amour de Dieu, au contraire. Il est donc très important d’établir cela parce que c’est justement une des choses qui nous différencient des protestants autant que des modernistes, à savoir que, comme ils n’ont pas la possibilité d’unir la crainte de Dieu avec l’amour, ils éliminent l’un pour conserver l’autre. Rares ceux qui éliminent l’amour pour conserver la crainte — ce sont les jansénistes — beaucoup plus fréquents sont ceux qui éliminent la crainte pour conserver l’amour, et cela, ce sont tous les modernes et particulièrement les modernistes et les protestants.
Les commentaires de saint Grégoire le Grand sont donc d’une terrible actualité. À ce propos, je tiens à faire une remarque : quelques personnes m’ont dit, fort mécontentes, que je les visais particulièrement à travers mes sermons et que je leur faisais des reproches personnels à travers internet. Mais non, mes bien chers Frères, je ne vise personne et, si j’avais à régler des comptes avec quelqu’un, je ne le ferais évidemment pas par internet et, d’ailleurs, je n’ai aucun compte à régler avec qui que ce soit. Je dis la vérité, c’est tout. Si certaines personnes ne sont pas d’accord avec la vérité, cela me fait beaucoup de peine, mais je m’abstiens de les juger, parce que le monde moderne blesse tout le monde, et que je n’ai aucune raison ni de juger, ni encore moins de condamner mais, comme notre Seigneur Jésus-Christ, je ne cherche qu’à relever. Maintenant, chers amis, si vous estimez que je m’adresse particulièrement à vous et que je vise particulièrement des défauts chez vous, sachez que ce n’est pas moi, c’est saint Grégoire. C’est justement pour cela que je l’ai choisi comme maître pour cette série de sermons, parce que saint Grégoire connaît Dieu, connaît la nature humaine, et il porte le remède là où il le faut. Chers amis qui vous sentez visés, et peut-être même blessés — à tort — au lieu de récriminer, profitez de l’enseignement de saint Grégoire. Nous en sommes tous là : la lecture de saint Grégoire le Grand met notre âme à nu, elle nous montre dans toute leur clarté nos défauts et ce que nous devons corriger. Loin de nous en offusquer, nous devons, au contraire, nous mettre courageusement au travail de notre purification. C’est ce que saint Grégoire a enseigné dans les derniers commentaires. Nous devons nous mettre à notre purification et au travail de Dieu dans l’amour de Dieu.
En vous disant cela, j’ai fait le résumé de ce sermon : pourquoi la frayeur et la crainte saisissent-elles les hommes, pas seulement l’ami de Job, mais tous les hommes ?
Première raison : parce que notre âme, mise devant le jugement de Dieu, le jugement strict de Dieu, découvre toutes ses difformités, comme une planche qu’on croyait droite et sur laquelle on applique la règle, et dont on découvre que sa droiture était bien tordue.
Et saint Grégoire en rajoute : non seulement face à Dieu nous sommes face à un jugement strict, mais nous sommes obligés de réviser, de corriger profondément notre propre jugement, parce que, naturellement, l’homme considère comme droites les œuvres qu’il a faites, naturellement l’homme est fier de ce qu’il a fait, et particulièrement les hommes qui aiment Dieu. Que l’ivrogne ne soit pas fier de son ivrognerie, cela se comprend, mais que l’apôtre soit fier de son apostolat, que des parents soient fiers de l’éducation qu’ils ont donnée, que nous soyons fiers de nos œuvres de bienfaisance, tout cela c’est habituel. Or, précisément, quelle découverte ! Ces œuvres que nous croyions si droites, si parfaites, lorsque nous leur appliquons la règle du jugement de Dieu, nous nous apercevons que leur rigueur est en réalité bien tordue. Et c’est bien décevant.
Deuxième raison. Par la vie intérieure nous sommes mis en face de la majesté de Dieu, et nous voyons combien devant lui nous sommes peu de chose. Nous découvrons combien nos œuvres sont de peu de valeur devant la majesté de Dieu. Non pas qu’elles n’aient aucune valeur aux yeux de Dieu, non, surtout si nous sommes dans l’amour de Dieu, dans la charité, dans l’état de grâce. Ces œuvres ont été faites avec l’amour de Dieu, nourries de l’amour de Dieu, de l’amour que Dieu nous a communiqué et qui nous permet de lui rendre amour pour amour par la qualité de nos œuvres. Donc ces œuvres ne sont pas rien, non, mais nous, nous qui les voyons, devant la grandeur de Dieu, nous voyons combien elles sont peu de chose.
Troisième raison donnée par Saint Grégoire : devant la lumière de Dieu, nous sommes comme une bougie au soleil. Tant que notre âme était dans les ténèbres, notre petite bougie nous paraissait une grande lumière. Mais plus nous avançons dans la connaissance de Dieu, plus nous avançons dans la vie intérieure, plus la majesté de Dieu et la lumière de Dieu nous est révélée, et alors plus notre petite bougie devient, sans perdre sa lumière, bien sûr, devient comme une petite bougie en plein soleil. Et nous sommes d’autant plus déçus de nous-mêmes que nous nous croyions assurés par la qualité de nos œuvres, et lorsque nous découvrons combien ces œuvres sont petites, combien elles sont tordues, combien elles sont faibles, notre assurance s’ébranle.
Cela ne sert à rien de se le cacher. Cela ne sert à rien, pour ne pas faire peur aux gens, de cacher la majesté divine, de cacher la rigueur du jugement de Dieu, d’occulter la grandeur de sa lumière. Pourquoi cela ne sert à rien ? Parce que, et c’est la deuxième partie du sermon, saint Grégoire le Grand nous dit qu’en découvrant cette lumière, bien que nous ne puissions pas la supporter, nous sommes attirés par elle parce que c’est la grandeur de l’amour de Dieu. Certes, nous le voyons de loin, certes, elle nous paraît fragile, non pas que cet amour soit fragile, mais nous, nous sommes fragiles, comme des vases d’argile, dit saint Paul.
Cela augmente notre trouble et, en même temps, cela augmente notre désir d’aimer Dieu, de nous approcher de lui, de recevoir tout ce qu’il a à nous communiquer. Instinctivement, nous nous rendons compte que c’est lui qui va pouvoir rectifier nos œuvres, et non pas nous. C’est lui qui va pouvoir les rendre lumineuses, et non pas nous. C’est lui qui va pouvoir les rendre aussi grandes qu’elles doivent être, et non pas nous. C’est lui qui leur donne leur valeur, par la charité qu’il nous communique. Je n’ai pas dit “par notre charité” comme si elle venait de nous, j’ai dit “par la charité que Dieu nous communique”. « Comme mon Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour. » Demeurez dans mon amour.
Pour bien nous le faire comprendre, il y a dans le livre des juges l’histoire de Manué et de sa femme.
Un ange apparaît à la femme de Manué pour lui dire que malgré sa stérilité, Dieu lui donnerait un enfant. Elle annonce cela à son mari qui veut en savoir plus et qui va tout d’abord demander à Dieu que l’homme réapparaisse pour qu’il sache à qui il a affaire. Cet homme, qui est en réalité un ange, réapparaît et Manué va lui parler. Ce qui est très beau, c’est qu’il lui demande : « Je veux savoir ce que je dois faire pour correspondre à la bonté de Dieu, au bienfait de Dieu. Qu’attendez-vous de moi ? Que Dieu attend-il de moi ? » L’ange lui répond ce que Dieu attend de lui. Manué reprend : « Mais qui êtes-vous ? Je veux vous offrir un chevreau en votre honneur pour faire un bon repas » et l’homme-ange lui répond « Non, je ne me nourris pas de cette nourriture. Mais si tu veux, prends le chevreau et offre-le en sacrifice, en holocauste. » L’holocauste est un sacrifice complet par lequel on se consacre à Dieu. Manué offre donc le chevreau et, dans la fumée du sacrifice, l’homme-ange monte vers le ciel. À ce moment Manué sait qu’il a eu affaire à un ange et non pas à un homme et il dit à sa femme : « Nous avons vu un ange de Dieu, nous sommes perdus. » C’était fréquent dans l’Ancien Testament de penser que, nul homme n’étant apte à voir Dieu, celui à qui Dieu se montrerait mourrait nécessairement. Et sa femme répond à Manué : « Mais enfin, réfléchis, si Dieu voulait que nous mourrions, il n’aurait pas accepté avec bienveillance notre holocauste ! » Ce que saint Grégoire commente : « Lorsque Manué parle, il est l’expression de la raison, et lorsque sa femme parle, elle est l’expression de l’espérance. » Or l’espérance est une forme d’amour. C’est l’amour dans les grandes choses en comptant sur la grandeur de Dieu.
Vous me demanderez, mes bien chers Frères ce qu’il en est des grands pécheurs. Il n’y a aucun grand pécheur à qui Dieu ne se montre pas, même de loin, au moins une fois dans sa vie, et souvent même de nombreuses fois. Et aujourd’hui où l’homme est tellement attaqué par le démon, Dieu répond en se montrant souvent. Certes, il abandonne à lui-même le pécheur qui abuse, mais cela nous verrons cela plus tard avec saint Grégoire le Grand. Même le grand pécheur qui doit reconnaître que ses œuvres ne sont pas seulement tordues, qu’elles sont franchement mauvaises, lorsque Dieu se montre à lui, certes il est effrayé de son péché, mais en même temps il est attiré par l’amour de Dieu. Et cela, il faut que nous sachions le rappeler aux hommes. Leur rappeler la grandeur de Dieu, sinon nos œuvres sont fausses, mais leur rappeler la grandeur de la miséricorde, sinon notre vie est vaine. Que dis-je de la miséricorde ? De l’amour.
Première conclusion de saint Grégoire le Grand : n’allons pas regimber dans les difficultés que Dieu nous inflige. Elles sont méritées puisque nos œuvres sont tordues, bien qu’elles soient à peu près droites, mais, surtout, bien qu’elles viennent d’un Dieu majestueux, grand, strict, elles viennent d’un Dieu plein de lumière et d’amour. C’est pourquoi saint Grégoire dit : « Ne regimbe pas contre la main de Dieu qui te corrige, tu te regimberais contre son amour. » C’est une belle et grande leçon cela.
Quant à la deuxième conclusion, c’est que lorsqu’on a accepté tout ce qui vient de la main de Dieu, alors non seulement nous ne nous regimbons pas, non seulement nous ne nous décourageons pas, mais au contraire, bravement, nous nous remettons à l’ouvrage pour que nos œuvres tordues soient détordues, pour que nos œuvres imparfaites deviennent meilleures, pour le service de Dieu que nous avons accompli avec tant de défauts deviennent un service parfait, le plus parfait possible.
Et, comme toujours, mes biens chers Frères, nous avons pour cela l’aide de la très Sainte Vierge Marie. Lorsque nous sommes tentés de nous décourager ou même, pire, de regimber, c’est elle qui adoucit notre cœur et qui lui rend courage : « Tu n’as pas servi Dieu comme il convenait, eh bien, je t’aiderai désormais à le servir encore mieux qu’auparavant. »
Oh oui, très Sainte Vierge, lui direz-vous, c’est cela que je veux, c’est cela que je vous demande.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 14. Devant Dieu notre justice est bien tordue est apparu en premier sur Abbé Pivert.
En résumé
Nous avons vu la dernière fois qu’il faut écouter le murmure de Dieu et se reposer en lui. Mais il y a un bon et un mauvais repos en Dieu. Le bon nourrit l’exercice de la vertu, le mauvais est de la négligence coupable.
Ce sermon est le n° 13 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
Télécharger l’audio
Transcription au format livret
Transcription au format A4
Transcription
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers frères,
Avec saint Grégoire le Grand, lors du dernier sermon, nous avons vu qu’il fallait entrer dans les veines du murmure divin, et nous avons vu que cela s’accompagnait nécessairement du mépris des choses temporelles, des choses qui passent. Cette fois-ci, nous allons voir que saint Grégoire le Grand complète sa réflexion et notre méditation.
Tout d’abord, il nous montre qu’il y a deux manières d’être en repos par rapport aux choses du monde et par rapport à Dieu. Le vrai repos et le faux repos. Ensuite, il va nous montrer que le vrai repos en Dieu est un repos en réalité très actif, mais dont l’activité ne trouble pas notre union à Dieu.
Saint Grégoire part d’une affirmation d’Eliphaz, l’ami de Job, qui affirme qu’il a eu une vision dans le sommeil (Job 4, 13). Or, vous savez, mes bien chers frères, que les discours d’Eliphaz sont très ambigus. Saint Grégoire veut donc nous sortir de cette ambiguïté, qui n’est pas seulement théorique ou abstraite, et qui a des conséquences très pratiques. Il ne s’agit pas seulement de nous faire un exposé livresque, mais bien de nous montrer ce que doit être le comportement chrétien, pour que nous fuyons le mauvais comportement et que nous adoptions le bon comportement.
Lorsque l’Écriture Sainte parle du sommeil, nos dit saint Grégoire, elle désigne certaines fois le sommeil de la mort corporelle. Par exemple, lorsque Notre Seigneur, à propos de Lazare, dit à ses apôtres que Lazare dort, alors qu’il et mort. Cela n’est pas difficile à comprendre et nous n’insisterons pas.
L’Écriture Sainte appelle sommeil également la négligence.
Et, troisièmement, elle appelle sommeil le repos en Dieu, et donc le repos par rapport aux troubles du monde. Saint Grégoire nous rappelle ce qu’il a déjà dit la dernière fois, à savoir que l’âme sainte qui réprime les tumultes de la concupiscence connaît les réalités intérieures et par réalités intérieures, il parle de la contemplation du mystère de Dieu, les veines du murmure. Et il ajoute que cette âme est d’autant plus éveillée à Dieu qu’elle ferme les yeux au monde. Et selon une manière de dire que les auteurs spirituels aiment bien pour nous provoquer à réfléchir sur la réalité du mystère au-delà des apparences, saint Grégoire le Grand énonce : « En veillant, elle dort. » En veillant à Dieu, elle dort aux choses du monde.
Mais ce n’est pas tout, et l’intérêt de présent commentaire de saint Grégoire le Grand est de nous montrer que le repos en Dieu est impossible sans l’exercice des vertus, et particulièrement des vertus dans le monde. Il pourrait y avoir une fausse conception du repos en Dieu : on s’écarte du monde, on médite plus ou moins sur les choses de Dieu, mais sans aller jusqu’à ce qu’elles soient l’âme de notre vie. Or nous savons par saint Thomas d’Aquin que la charité est l’âme de toutes les vertus, c’est elle qui leur donne la vie. Bref, si on est en repos sans pratiquer les vertus, on est dans le repos des négligents.
Pour illustrer son propos, saint Grégoire prend l’exemple de l’échelle de Jacob. Nous avons déjà expliqué l’échelle de Jacob lors de nos sermons sur la Genèse.
Vous savez que Jacob, fuyant son frère Esaü, s’arrête un soir pour dormir. Il pose la tête sur une pierre qui lui sert d’oreiller et, durant son sommeil, il voit une grande échelle, appuyée par terre, mais dont le sommet est appuyé sur les cieux, sur Dieu et, sur les barreaux de l’échelle, des anges montent et descendent. Ces anges nous signifient tout ce qui monte vers Dieu et tout ce qui redescend de Dieu vers les hommes. Cela peut être les anges eux-mêmes, cela peut être les prédicateurs, les apôtres, les évêques. Mais cela désigne également nos pensées et nos actions. Ne vous étonnez pas, mes bien chers frères, qu’un même fait historique, puisse avoir plusieurs significations : c’est le propre de Dieu d’avoir une parole et une expression très riches, y compris dans les faits.
Jacob repose donc la tête sur une pierre. On ne peut pas dire que ce soit un oreiller très confortable, et il est évident que Dieu, en poussant Jacob à agir ainsi, a voulu nous transmettre un enseignement. La pierre, c’est le Christ. Autrement dit, Jacob repose la tête sur le Christ. Reposer la tête sur le Christ, ce n’est pas seulement vivre en sa compagnie au ciel ou comme le fit saint Jean lors de la dernière Cène, c’est l’imiter, dit saint Grégoire le Grand.
Nous devons imiter le Christ, et du coup, la vision prend tout son sens : nous montons vers Dieu par la contemplation, en entrant dans les veines du murmure divin, et nous redescendons dans la pratique des vertus, en nous occupant comme il convient des choses temporelles. Si Jacob n’avait pas reposé la tête sur le Christ, il n’aurait pas pu voir les anges qui montent, et il n’aurait pas non plus redescendu avec eux. Celui qui dort sans reposer la tête sur le Christ est un négligent qui, certes, a fait taire le tumulte des choses extérieures, mais ne remplit pas ce silence par le désir de suivre Jésus-Christ. De ce fait, la place est libre et elle est vite occupée par ses pensées, qui sont des pensées égoïstes, bien entendu, puisque ce sont les siennes et qu’elles ne sont pas pleines de Dieu. Ce sont aussi des pensées du monde, parce qu’elles ne sont pas nourries de Dieu. Elles ne sont au début peut-être que des pensées oiseuses mais elles deviennent très vite des pensées perverses. Suivant les blessures que nous avons, ce peuvent être des pensées contre la chasteté, des pensées d’orgueil, d’égoïsme, de mépris des autres, etc. La liste est comme infinie.
Donc, la négligence, mes bien chers frères, c’est de croire qu’on est en contact avec Dieu, qu’on a la charité, mais ne pas exercer les vertus.
À ce moment-là, celui qui s’est tenu loin du monde est tout autant en danger que celui qui a laissé pénétrer en lui le tumulte du monde, parce qu’il a remplacé le tumulte du monde extérieur par le tumulte de ses pensées mauvaises. Cela, c’est la première observation, la première conclusion de saint Grégoire. La deuxième, c’est que seuls les contemplatifs sont vraiment actifs dans le monde.
Puisqu’un contemplatif qui ne pratique pas la vertu ne repose pas la tête sur le Christ, saint Grégoire conclut tout à fait normalement que la contemplation ne suffit pas, il y faut l’exercice de la vertu. Et qu’est-ce que la vertu ? C’est la contemplation qui rayonne, c’est le contact avec Dieu qui rayonne.
Ce contact, c’est d’abord la vertu de foi, la foi rayonne.
C’est beaucoup plus important qu’on pourrait croire, mes bien chers frères. La vertu dans le monde, ce n’est pas seulement l’exercice des œuvres de miséricorde corporelle, ce n’est pas seulement une action visible. L’exercice de la vertu, c’est d’abord le rayonnement de la foi, parce que celle-ci ramène à Dieu. Notre Seigneur dit qu’on n’allume pas une lampe pour la mettre sur le boisseau, mais au contraire pour la mettre sur le lampadaire. Par la contemplation, nous allumons notre lampe et celle-ci, une fois allumée, doit être mise sur le lampadaire.
Le rayonnement de notre contemplation, c’est également celui de l’espérance.
Le monde est sans espoir, il est même désespérant. Non seulement parce que nous y voyons la présence du démon qui cherche à troubler les âmes et à les perdre, mais même sans le démon le monde n’aurait pas de quoi combler nos aspirations. Il est trop matériel, il est trop sensible, et puis surtout, il passe. On ne peut pas mettre son espoir dans le monde, parce que nécessairement, on sera déçu lorsqu’il faudra le quitter. Notre foi active rend confiance, rend l’espérance à nos contemporains.
Enfin, le rayonnement de notre contemplation envers Dieu, est un rayonnement de la charité.
Attention, ne vous y trompez pas, la charité, c’est l’amour de Dieu, mais cet amour de Dieu, lorsqu’il rayonne vers le prochain, s’appelle aussi charité, et c’est ce qu’on appelle la charité envers le prochain. Charité qui transmet la charité de Dieu pour nous, qui transmet aux hommes la charité de Dieu pour eux, l’amitié de Dieu, puisque la charité est une amitié de Dieu avec l’homme et en retour de l’homme avec Dieu. Et cette vertu de charité va animer toute notre vie, elle va animer tous nos rapports avec le prochain, elle va animer nos rapports avec nous-mêmes dans la vertu de tempérance, elle va animer notre vertu de force, nos œuvres de miséricorde, etc.
Donc, ce que saint Grégoire nous fait remarquer, à la suite du sermon précédent où il nous a demandé d’entrer dans les veines du murmure de Dieu, ici, il nous met en garde contre un faux repos qui consisterait à croire qu’entrer dans les veines du murmure de Dieu consiste seulement en une méditation qui serait paresseuse, négligente. Non, il s’agit d’une méditation active qui fait vraiment entrer dans le mystère de Dieu. Et le mystère de Dieu, pour l’au-delà, c’est un mystère de pure contemplation, mais tant que nous ne sommes pas dans l’au-delà, c’est un mystère de rédemption, de sanctification.
Non seulement un vrai contemplatif est actif, mais il n’y a même que les contemplatifs qui soient vraiment actifs. Cela, je vous l’ai déjà dit, je me répète, mais il était nécessaire de le répéter, tout d’abord pour ne pas avoir une mauvaise interprétation du sermon précédent, ensuite parce que saint Grégoire, qui nous fait entrer dans la morale chrétienne, veut établir des bases solides. Nous sommes toujours au tout début du livre de Job que saint Grégoire commente abondamment, je devrais dire plutôt qu’il commente attentivement, soigneusement, pour poser des bonnes bases. Ensuite, lorsque ces bonnes bases seront bien établies, il pourra aller beaucoup plus vite dans le commentaire du reste du livre de Job.
Mes bien chers frères, que faire pour accomplir vraiment ce que saint Grégoire le Grand nous montre à la suite du Saint-Esprit dans Job ?
Tout d’abord le désirer.
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort nous dit que c’est la base, le fondement de la vie chrétienne : il faut désirer. Vous savez qu’il parle de désirer la sagesse éternelle, mais les grands saints se rencontrent évidemment puisqu’ils puisent à la même source. Désirer la sagesse éternelle, selon saint Louis-Marie Grignion de Montfort, c’est exactement ce que nous dit saint Grégoire le Grand lorsqu’il nous demande d’entrer dans les veines du murmure de Dieu, cette sagesse qui est éternelle, et qu’il nous demande, après avoir pénétré dans les veines du murmure de Dieu, de redescendre sur terre avec le Christ. La sagesse de Dieu s’étend non seulement à la Sainte Trinité, mais également à l’œuvre de la Sainte Trinité dans le monde.
Donc la première chose, désirer, est beaucoup plus importante qu’on pourrait le croire, mes bien chers Frères. Il est facile de croire qu’on désire sans véritablement désirer. Un vieux missionnaire me disait autrefois : « êtes-vous vraiment satisfait de l’efficacité de votre chapelet ? » Il est évident qu’on n’est jamais vraiment satisfait, ce serait de l’orgueil d’être satisfait, ce sera l’objet d’ailleurs du sermon suivant avec saint Grégoire le Grand. Donc, « êtes-vous vraiment satisfait du fruit porté par votre chapelet ? » Et je lui réponds : « Mon père, non, on ne peut pas dire que je sois satisfait ». Et il me répond : « C’est parce que vous priez sans désirer. Vous priez la Sainte Vierge pour faire votre devoir, mais vous ne désirez pas les grâces qu’elle veut vous donner. C’est encore plus vrai, hélas, quand ces grâces nous contredisent et doivent vaincre nos défauts : nous ne désirons pas vraiment être vaincus.
Si nous prions sans désirer, alors nous sommes dans le sommeil des négligents qui font taire les bruits du monde, mais qui ne sont pas pour autant en vie.
Ce désir s’accomplit particulièrement dans la prière, mais c’est un désir qui doit être constant. Toutes les circonstances dans lesquelles nous vivons sont providentielles. Puisqu’elles sont providentielles, elles viennent de Dieu. Puisqu’elles viennent de Dieu, elles ont une importance dans notre vie chrétienne, et nous devons désirer en profiter. Donc la prière ne suffit pas, il faut que ce soit une prière de désir, et il faut que ce désir s’étende à tout le déroulement de nos journées.
Y a‑t-il des moyens pratiques plus efficaces que d’autres ? Oui, bien sûr, le rosaire, la méditation de l’Évangile, la méditation de la vie des saints, parce que les saints ont toujours mis en œuvre les fruits et les inspirations du Saint-Esprit. Enfin, je vous recommanderais particulièrement les retraites.
Nous allons reprendre un rythme plus soutenu de prédication de retraites cette année. Il y aura une retraite sur le week-end du 11 novembre, cela c’est prévu, c’est certain. Il y en aura d’autres, retraites de saint Ignace, retraites de consécration à la Sainte Vierge, et nous méditons d’autres retraites également, pour vous permettre d’entrer activement dans la contemplation du mystère divin.
Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous !
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
L’article Sermon sur Job 13. Le repos en Dieu est-il actif ? est apparu en premier sur Abbé Pivert.
From the publisher's feed