Abbé Pivert

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Abbé Pivert episodes

  • Sermon sur Job 12. Écouter les veines du murmure de Dieu

    En résumé

    Face à l’état du monde et de l’Église aujourd’hui, face aux épreuves qui nous attendent, où chercherons-nous explications et réponses ? Dans les clameurs du monde ou dans le secret du cœur de Dieu ? La réponse de Dieu est trop délicate pour qu’il la clame à haute voix, il la murmure à l’oreille. Il faut en pénétrer les veines, elle seule nous mettra dans la paix. Nous suivons le commentaire de saint Grégoire le Grand sur « Une parole cachée m’a été dite, mon oreille a reçu les veines de son murmure furtif » Job, 4, 12.

    SommaireMasquer
    • Dieu est un Dieu caché
    • Le Saint-Esprit
      • Qu’est-ce que le monde ?
    • « Mon oreille a reçu les veines de son murmure furtif »
    • Comment entendre le murmure furtif
    • Dieu nous demande d’être les prédicateurs du murmure

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    La série des sermons sur les Morales de Job

    TRANSCRIPTION DU SERMON

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint d’Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien, chers frères, les amis de Job sont toujours décontenancés par ce qui lui arrive. Ils se disent, et ils lui disent, que si lui qui a été vertueux, puissant, reconnu, riche, se retrouve maintenant sur son fumier, c’est que Dieu l’a abandonné.

    Or, vous savez que Job représente le Christ sur la Croix. Or, on ne peut nier que la croix soit un scandale, puisque saint Paul l’enseigne expressément. — 1 Co 1, 22–23 : « Les Juifs demandent des signes, et les Grecs cherchent la sagesse ; nous, nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. » — Certes, puisque vous m’écoutez, c’est que vous avez la foi, et par conséquent, la Croix, pour vous, mes biens chers frères, est certainement moins un scandale que pour d’autres, voire même pas du tout un scandale. Il n’empêche qu’elle est quand même troublante.

    Mais surtout, pour nous, mes biens chers frères, c’est l’état de l’Église qui nous trouble et qui pourrait être un scandale. Que se passe-t-il que Dieu abandonne ainsi son Église ? Voilà ce que beaucoup pensent. Et quand on constate que ceux qui sont fidèles sont sur un fumier moral, quasiment abandonnés de tous, il est manifeste que beaucoup sont troublés, très troublés.

    Les amis de Job disent « une parole cachée m’a été dite ». Leur problème, c’est que cette parole cachée, ils n’en tiennent pas compte, mais saint Grégoire le Grand va nous expliquer l’importance de cette parole cachée et l’importance que nous saisissions qu’elle est cachée pour y être attentifs.

    Dieu est un Dieu caché

    Premièrement, saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que Dieu est un Dieu caché.

    C’est important : nul ne peut saisir Dieu comme cela. Il faut la foi, il faut plus que la foi, l’esprit de foi, il faut les dons du Saint-Esprit. C’est pourquoi saint Grégoire nous cite le prologue de saint Jean, (le dernier évangile de la messe) : « Le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu et le Verbe était auprès de Dieu. » Saint Grégoire nous fait remarquer que cela montre le mystère de Dieu. Le Verbe, c’est la parole qui se révèle à travers la deuxième personne de la Sainte Trinité. Cela signifie que lorsque la deuxième personne de la Sainte Trinité parle, il dit une parole mystérieuse.

    Rassurez-vous, nous avons ce qu’il faut pour la connaître. Malgré tout, on ne peut pas la connaître si on la saisit sans délicatesse.

    Or, ce mystère de Dieu qui est caché, c’est non seulement le mystère de ce qu’il est, mais également le mystère de sa providence. Et là, c’est bien ce qui nous concerne aujourd’hui, la providence de Dieu envers Job, la providence de Dieu envers notre Seigneur, le Verbe crucifié, la providence de Dieu envers son Église.

    Cependant, remarquez le texte de Job : « une parole cachée m’a été dite ». L’Écriture Sainte ne dit pas : « la parole est cachée », elle dit que cette parole cachée est dite. Alors comment faire pour l’entendre ? Parce que si elle est dite, c’est pour être entendue. Entendue non seulement quant au mystère de Dieu, (connaître le catéchisme, connaître les mystères du Credo), mais également quant à la providence de Dieu.

    Le Saint-Esprit

    Saint Grégoire le Grand avance un peu plus dans son explication et nous dit : « cette parole cachée désigne aussi la parole intérieure du Saint-Esprit à nos âmes ». Et donc, entendre la parole cachée, c’est concevoir la parole du Saint-Esprit dans notre cœur.

    Nous pouvons l’entendre, cependant elle demeure cachée. Qu’est-ce à dire ? C’est-à-dire, selon l’explication de Saint Grégoire, qu’elle ne peut être entendue que par ceux qui peuvent la posséder.

    Je ne peux savoir ce qu’est une couleur que si je ne peux voir les couleurs. Si je suis aveugle, même si on me parle des couleurs, je ne sais pas ce que c’est. Je ne peux connaître l’amour que si je suis capable d’aimer. Quelqu’un qui a le cœur dur ne saura jamais ce qu’est l’amour. Et donc, il n’y a que ceux qui peuvent posséder la parole cachée qui peuvent la comprendre.

    Quels sont donc ceux qui peuvent la posséder ? Notre Seigneur nous donne la réponse dans le discours après la Cène, dans saint Jean chapitre XIV, « L’esprit de vérité que le monde ne peut recevoir ». Autrement dit, le monde ne peut pas comprendre la parole cachée de Dieu. Pour la comprendre, il faut ne pas être du monde. Saint Grégoire nous explique pourquoi : les esprits mondains se dilatent pour les choses extérieures et se rétrécissent d’autant pour la réception du Saint-Esprit et pour la vie intérieure, tandis que les esprits qui vivent selon Dieu se dilatent pour les choses de Dieu et donc se rétrécissent pour les choses extérieures et du monde.

    Qu’est-ce que le monde ?

    Reste à savoir ce qu’est le monde. Il y a souvent une objection : « Soit ! Il nous faut mépriser le monde puisque l’Écriture sainte nous l’enseigne, cependant nous en avons besoin, et même Notre Seigneur nous dit que nous sommes dans le monde, même si nous ne sommes pas du monde. Qu’est-ce donc que le monde ? Que faut-il mépriser ? » La réponse à ces questions ne se trouve que dans la parole cachée. Dieu est dans le monde, certes, mais il n’est pas saisissable par le monde, il n’est pas saisissable par les hommes du monde. Alors qu’est-ce que le monde ? Ce sont ceux qui n’écoutent pas la parole cachée.

    Et vous, mes bien chers frères, si vraiment vous cherchez à écouter la parole cachée, rassurez-vous, vos rapports avec le monde seront les rapports du chrétien, seront les rapports que Dieu attend de vous, c’est-à-dire de vivre dans le monde, mais de ne pas l’aimer. Saint Grégoire nous dit que le monde, c’est tout ce qui résonne des clameurs de la corruption humaine. Et face à ces clameurs, il y a le murmure de Dieu.

    Si vous voulez la réponse à ces questions, mes bien chers frères, ces questions du juste rapport avec le monde, ces questions de la juste utilisation du monde, ces questions des justes joies qu’on peut avoir dans le monde, bien qu’elles ne viennent pas du monde. Si vous voulez la réponse à toutes ces questions, il faut écouter la suite du texte sacré : « Mon oreille a reçu les veines de son murmure furtif ».

    « Mon oreille a reçu les veines de son murmure furtif »

    Les veines, c’est ce qui est caché, qui porte le sang. On parle des veines de l’inspiration poétique. On pourrait dire également le cœur, ce qui est intime. Donc la réponse à nos questions, la résolution du scandale dont je vous parlais au sujet de l’état de Job, de Notre Seigneur et de l’Église, tout cela nous est donné dans les veines du murmure furtif.

    Un murmure, c’est quelque chose de très doux, qui suppose d’être attentif, qui est dit tout bas, comme dans l’intimité d’un ami. C’est quelque chose qui doit être entendu par seules quelques personnes choisies, parce que les autres ne seraient pas capables de le comprendre. Et ce murmure est furtif, c’est-à-dire qu’il passe comme le vol d’un oiseau, il passe comme le son du vent.

    Pourquoi Dieu parle-t-il à notre oreille par un murmure furtif ? Saint Grégoire nous dit : « parce qu’il se cache pour être écouté, et on l’écoute pour le cacher ».

    On ici revient à quelque chose qu’on a déjà constaté plusieurs fois : comme Dieu ne veut pas donner ses richesses à n’importe qui, il provoque à les chercher. Et remarquez bien que lorsque Dieu nous met dans des difficultés d’ici-bas, il ne ferme pas notre oreille au murmure furtif, au contraire, il nous pousse à l’écouter. Sinon, on ne comprend rien. Alors il y a ceux qui se condamnent à ne rien comprendre parce qu’ils ne veulent pas comprendre. Il y a ceux qui se condamnent à comprendre à l’envers parce qu’ils refusent d’écouter le murmure furtif et qu’ils préfèrent écouter les clameurs du monde, les clameurs de la corruption humaine. Et puis, il y a ceux qui savent que ces clameurs de la corruption humaine ne donneront pas la réponse à leur question, ceux qui se rendent compte que Dieu parle dans un murmure et qui alors écoutent ce murmure et y sont d’autant plus attentifs qu’il est furtif.

    Les paroles de Mgr Lefebvre étaient clamées à haute voix, cependant, bien que dites à haute voix, elles contenaient un murmure furtif et ceux qui n’ont pas entendu ce murmure n’ont pas compris Mgr Lefebvre. Les paroles de Mgr Williamson étaient beaucoup plus provocantes, comme Job sur le fumier, et cela pour nous obliger à chercher, à découvrir et à entendre le murmure furtif.

    Comment entendre le murmure furtif

    Saint Grégoire le Grand nous donne quelques manières d’entendre ce murmure :

    « Dieu nous touche par l’amour ou par la crainte. Il révèle le néant de tout ce qui est présent et ainsi suscite le désir d’aimer ce qui est éternel. D’autres fois, il met en évidence l’éternel, de sorte qu’ensuite ce qui est d’ici bas paraisse vil. D’autres fois, il nous fait prendre conscience de nos propres maux, pour nous pousser même à pleurer sur ceux des autres. D’autres fois encore, il met sous nos yeux les maux des autres et merveilleusement nous corrige de notre propre dépravation. »

    Rien que cette énumération, mes biens chers frères, vous montre où vous allez trouver le murmure. Si vous avez été saisis par le néant de ce qui est présent, alors cherchez le désir de l’éternel. Si vous avez été saisis par l’évidence de l’éternel, alors méprisez le temporel. Si vous avez pris conscience de vos propres maux, alors pleurez avec Notre-Dame de Fátima sur les péchés des autres. Si au contraire, vous avez sous les yeux les maux des autres, alors corrigez-vous de vos propres fautes.

    Dieu parle secrètement à l’âme, et quiconque veut l’entendre, l’entend, et quiconque ne veut pas l’entendre, le comprend à l’envers.

    Dieu nous demande d’être les prédicateurs du murmure

    C’est cela, mes biens chers frères, la grande leçon que nous donne saint Grégoire le Grand et que je veux vous transmettre aujourd’hui. Nous cherchons trop souvent des réponses fortes, convaincantes, saisissantes, qui règlent d’un coup tout le problème, tous les problèmes. Certes la réponse existe : elle est dans le murmure. Le simple fait d’écouter le murmure nous tourne vers Dieu, et c’est cela la réponse.

    Mes biens chers frères, quelle est notre mission à nous, les prêtres de la Fidélité Catholique ? Est-ce de donner la messe en quelques endroits en France, sachant qu’il en existe des centaines et des milliers d’autres et, si on regarde le monde, des dizaines de milliers d’autres où il n’y a pas la messe ? Les missionnaires chez les Papous ont fait une œuvre extraordinaire, et Dieu sait si elle est enthousiasmante, mais nous ne sommes pas des missionnaires chez les Papous, en ce sens que nous ne sommes pas chargés d’apporter la parole publique dans les lieux qui ne l’avaient pas encore entendue. Nous sommes des missionnaires du murmure, parce que c’est cela que Dieu veut quand on se trouve, comme Job, sur le fumier.

    Nous sommes des missionnaires du murmure pour que vous soyez vous-même, mes biens chers frères, à votre tour, des missionnaires du murmure.

    Cela n’aurait aucun sens que nous cherchions à arrêter la mer avec un caillou. Cela n’aurait aucun sens que nous cherchions à nourrir tous les oiseaux du ciel avec une poignée de grains. Mais cela a du sens que nous soyons les missionnaires du murmure auprès de ceux qui veulent entendre ce murmure.

    Vous me direz, « Soit, Monsieur l’abbé, vous n’avez pas mission de nourrir la foule des oiseaux avec une poignée de grains, mais qui écoute votre prédication du murmure ? Il en reste encore beaucoup, même si ce n’est pas une foule d’oiseaux, il en reste encore beaucoup qui ne l’entendent pas. »

    Rassurez-vous, le Saint-Esprit sait se faire entendre. À nous de comprendre, à nous même les prêtres, de comprendre ce mystère que la parole de Dieu, qui est comme un tonnerre grondant ou comme les grandes chutes d’eau lorsque Dieu révèle publiquement, comme il l’a fait dans l’Évangile, son mystère éternel, cette parole doit, selon la sagesse divine, à certains moments, surtout quand il s’agit d’aller au fond des choses, être un simple murmure furtif.

    Je ne prétends pas vous donner les réponses à vos questions, je vous enseigne qu’elles sont dans le murmure du Saint-Esprit. Je ne prétends pas vous donner l’explication du drame contemporain, je vous dis que cette explication dans le murmure du Saint-Esprit.

    Quelle richesse vous aurez en vos âmes et en vos cœurs lorsque vous aurez saisi ce murmure ! Il vous emplira le cœur, il vous emplira l’âme. L’âme qui était rétrécie, encombrée par les inquiétudes, voici qu’elle entre dans la paix de Dieu.

    Ce murmure, vous l’entendrez, bien sûr, dans la contemplation et la méditation des mystères du rosaire, vous l’entendrez également en faisant taire vos inquiétudes, parce que ce sont nos inquiétudes qui couvrent la voie de ce murmure, ce sont nos réponses à l’emporte-pièce qui coupent la parole au Saint-Esprit et l’empêchent de murmurer à nos oreilles.

    C’est ce murmure furtif qui est l’explication du mystère de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. C’est ce murmure furtif que nous prononçons avec délicatesse auprès de ceux qui sont dans la misère lorsque nous exerçons les œuvres de miséricorde, lesquelles ne peuvent jamais s’exercer dans le tonnerre des grandes eaux. Et celui qui est dans la peine, comme Job, entend ce murmure de la miséricorde du chrétien, alors qu’il était assourdi par le tonnerre des grandes eaux.

    Je vais aller plus loin, mes bien chers frères, ce sera ma conclusion : la politique actuelle est un tonnerre de grandes eaux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, aussi déconcertant que cela puisse paraître, la solution du problème politique contemporain est dans le murmure du Saint-Esprit. C’est lui qui a murmuré aux oreilles des martyrs, c’est lui qui leur a murmuré de chercher non pas l’efficacité, ce qu’on appelle l’efficacité, mais la fidélité.

    Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

    Ainsi soit-il.

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    20 min
  • L’Assomption de la Vierge Marie

     En résumé

    Les mystères du Christ sont nos mystères. Il les a vécus pour nous et nous étions présents dans sa pensée et son amour. Cela est vrai également des mystères de la Vierge Marie.

    Pour bien entrer dans les mystères du Christ et de la Vierge, il est bon de contempler les personnes, d’écouter leurs paroles, de comprendre leurs actions. C’est ce que nous appliquons dans ce sermon aux deux mystères de l’Assomption de Marie et de son couronnement au Ciel.

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    Transcription du sermon

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien chers frères,

    Un sermon très simple aujourd’hui sur l’Assomption de la Très-Sainte Vierge Marie et son Couronnement au Ciel. Nous interrompons donc en son honneur notre cycle de sermons sur les Morales de Job.

    Les mystères du Christ sont nos mystères

    Je voudrais tout d’abord vous rappeler une vérité simple et importante, à savoir que les mystères du Christ sont nos mystères. Le Christ a reçu de son Père, dans son humanité, une connaissance totale et précise de tout ce qui concernait son incarnation et sa vie sur la terre. Bien sûr, le Christ, comme Dieu, connaît toutes choses, mais également dans son humanité.

    Il avait donc une connaissance précise de chacun d’entre nous et de chacune des situations dans lesquelles nous devrions nous trouver, et donc de chaque grâce dont nous aurions besoin pour l’aimer, l’honorer, le servir. Notre Seigneur, lorsqu’il vivait les mystères, d’une part intercédait pour nous auprès de son Père, afin que nous ayons, le moment venu, les grâces précises qu’il nous fallait, mais en plus, il gagnait ces grâces, il le méritait par sa soumission à son Père, par son humilité dans la Passion, par son offrande de lui-même.

    Mais cette offrande ne se limita pas à la seule Passion, bien entendu, elle dura toute sa vie, depuis son entrée dans ce monde — où nous savons par saint Paul que Notre Seigneur s’offre à Dieu son Père, lorsqu’il s’incarne dans le sein de la Très Sainte Vierge — jusqu’à son ascension dans le ciel. Il y a donc quelque chose d’analogue aux sacrements dans les mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ, et les sacrements ne sont que la continuation, le prolongement des mystères du Christ pour nous les appliquer.

    La réception des sacrements est ponctuelle, tandis que le fruit qu’ils doivent porter en nous faisant entrer dans les mystères du Christ, lui, doit être continuel. Le baptême, par exemple, nous fait entrer — saint Paul nous l’enseigne expressément, et cela nous est rappelé lors de la nuit pascale — le baptême nous fait entrer dans les mystères de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et il en va ainsi de tous les autres sacrements, y compris le sacrement de mariage, qui fait entrer dans la fécondité de la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vous vous rendez donc bien compte, mes bien chers frères, que la vie chrétienne ne peut pas se limiter à la vie sacramentelle, et que, après avoir reçu les sacrements, nous devons entrer dans une vie intérieure d’intimité avec Notre Seigneur Jésus-Christ. La vie chrétienne, rappelle-t-il à la samaritaine, est une vie en esprit et en vérité. C’est justement ce que la méditation — ou la contemplation — des mystères de la vie du Christ opère en nous.

    Contempler un mystère, c’est répondre à l’appel du Christ

    À chaque fois que nous méditons ou contemplons un mystère de la vie du Christ, à chaque fois nous nous approchons de lui, et même bien plus, nous répondons à son appel. Vous savez, mes bien chers frères, que Notre Seigneur nous enseigne que nous ne pouvons rien faire sans lui, or il veut notre sanctification, il veut notre salut, il veut que nous entrions dans la sainte communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et pour cela, continuellement, il nous appelle à le rejoindre, à vivre avec lui, à demeurer près de lui.

    Par conséquent, lorsque nous contemplons les mystères ou que nous nous approchons de notre Seigneur, nous répondons à son appel. Fra Angelico, qui était un religieux, non seulement un grand artiste, mais un grand contemplatif et qui a été béatifié, Fra Angelico met très souvent un personnage contemporain ou un dominicain dans les scènes de la vie du Christ qu’il représente. Ce n’est pas vraiment un anachronisme, parce que ces personnages, comme nous tous, étaient vraiment présents dans la pensée de Notre Seigneur Jésus-Christ au moment où il vivait les scènes et les mystères de sa vie sur la terre.

    Le bon Père Barielle, notre directeur spirituel au séminaire et que Mgr Lefebvre tenait en grande estime, nous disait : « adressez-vous à Notre Seigneur lorsque vous contemplez les mystères du chapelet. Dites-lui, “Seigneur, je me mets dans un petit coin de la pièce ou dans un petit coin de la grotte de Bethléem, je me fais tout petit et je ne vous dérangerai pas”. Notre Seigneur vous répondra, “mais tu ne me déranges pas, justement, je pensais à toi, et lorsque tu viens, tu crois que c’est sur ton initiative strictement personnelle, en réalité, tu ne fais que répondre à mon appel.” »

    Selon le degré de désir avec lequel nous voulons aimer notre Seigneur Jésus-Christ, nous recevrons les grâces que Dieu a méritées pour nous. Celui qui a un grand désir recevra plus de grâces, celui qui n’a qu’un faible désir recevra peu de grâces.

    Il est donc très important, mes bien chers frères, lorsque vous récitez le chapelet — et même le rosaire si vous le pouvez — que vous preniez le temps, même si c’est bref, avant de commencer chaque dizaine, que vous preniez le temps de vous recueillir pour entrer dans le mystère. Rappelez-vous que le rosaire est une prière à la fois vocale et mentale. Vocale, nous récitons les « Je vous salue Marie » et il est très difficile de penser aux paroles qui sont répétées cent cinquante fois. Elles sont très belles, on peut méditer les paroles, mais il est beaucoup plus facile de méditer les mystères. Et donc avant de commencer la dizaine, recueillons-nous quelques instants et rappelons-nous quel est le mystère et essayons de le voir de nos yeux du corps, parce que c’est pour cela que Notre Seigneur s’est incarné.

    Les conseils de saint Ignace de Loyola :
    considérer les personnes,
    écouter leurs paroles, contempler leurs actions

    Saint Ignace de Loyola nous donne une méthode très simple pour bien entrer dans les mystères et bien les contempler : personnes, paroles, actions. Quelles sont les personnes ? Quelles sont leurs paroles ? Quelles sont leurs actions ?

    Personnes, paroles actions dans le mystère de l’Assomption

    Dans le mystère de l’Assompion de la Très Sainte Vierge Marie, quelles sont les personnes ? La Très Sainte Vierge, en premier, mère de Dieu, la plus sainte de toutes les saintes, celle qui a vécu dans l’intimité de Notre Seigneur Jésus-Christ et qui, paradoxalement, a vécu encore plus dans l’intimité de Notre Seigneur Jésus-Christ après l’Ascension de celui-ci, parce que, tout au long de sa vie, son désir d’entrer dans l’intimité de son Fils n’a fait que croître et augmenter. L’effusion du Saint-Esprit lors de la Pentecôte a porté son intimité avec Dieu à une perfection inimaginable. Après l’Ascension de Notre Seigneur au Ciel, elle vivait de plus en plus avec lui mentalement, spirituellement, et c’est tout naturellement qu’à la fin de sa vie, son âme s’est détachée de son corps pour rejoindre Notre Seigneur Jésus-Christ.

    Mais Dieu n’a pas permis qu’elle mourût comme n’importe quel autre être humain. Il n’a pas permis que son corps connût la corruption du tombeau. Aussitôt qu’elle fut morte, en union avec la mort de son Fils, offrant sa vie comme son Fils avait offert sa vie, aussitôt Dieu ressuscite son corps, lui donne un corps glorieux qu’il réunit à son âme, et envoie les anges chercher Notre-Dame et la porter devant lui jusqu’à son trône céleste.

    Parmi les personnes, il faut que nous nous mettions nous-mêmes, mes biens chers frères, pour la raison que je vous ai dite, puisque nous étions présents dans l’esprit de Jésus-Christ. Même si la Sainte Vierge n’avait pas, la connaissance presque infinie qu’avait son Fils, malgré tout, elle a vécu pour nous, elle était au pied de la croix pour nous, elle s’est unie à son Fils pour nous, pour nous sauver, parce qu’elle est co-rédemptrice et parce qu’elle est médiatrice de toute grâce. Il est donc normal que, dans cette scène, nous nous mettions nous aussi, mes biens chers frères.

    La pieuse croyance est que les apôtres se sont réunis autour de la Sainte Vierge. Ce n’est qu’une simple croyance. Serait-elle montée au ciel avant que les apôtres se dispersent sur la terre ? En tout cas, saint Jean se trouvait près d’elle, c’est une évidence. Alors, mettez-vous à côté de saint Jean, et entrez dans cette scène.

    Après les personnes, les paroles. Dans ce mystère, il n’y a pas de paroles, il n’y aura que les vôtres. Qu’avez-vous à dire à Marie ? Le catéchisme de Saint Pie X nous enseigne que nous devons nous réjouir avec elle de son assomption, que nous devons la vénérer et que nous devons la prier pour mener une vie chrétienne pour que, nous aussi, nous puissions unir notre mort à celle de son Fils et à la sienne.

    Les actions. Je vous en ai déjà dit une bonne partie. La Sainte Vierge arrive au terme d’une vie d’amour et d’union à son fils et au sacrifice de son fils. Son fils envoie les anges qui portent la Sainte Vierge devant le trône de Dieu.

    Personnes, paroles, actions dans le Couronnement de Marie

    Si nous contemplons maintenant le couronnement de la Très-Sainte Vierge, alors nous voyons comme personnes les mêmes, plus tous les anges. La Sainte Vierge entre au ciel, elle est acclamée par tous les anges qui l’attendaient, qui avaient déjà connaissance de tous les mystères du Christ parce que le Verbe de Dieu les leur avait révélés. Lui qui partage avec les anges sa gloire, sa perfection, son amour, a évidemment partagé avec eux cette œuvre magnifique, la plus belle œuvre de toute la Création, à savoir l’Incarnation et sa vie terrestre pour le salut des hommes.

    Les anges ont suivi tout cela du haut du ciel et ils acclament leur reine. Ils lui font un triomphe. Elle traverse la cour céleste, toujours portée par des anges — en réalité par des archanges, bien entendu — qui la mènent jusqu’au trône de son Fils, qui siège à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, et qui la couronne. Il la couronne parce qu’elle est la mère du roi, il la couronne parce qu’elle règne avec lui.

    Et elle était déjà toute puissante sur le cœur de son Fils, nous l’avons vu lors des noces de Cana, où Notre Seigneur lui dit que son heure n’était pas encore venue pour faire un miracle, et cependant la Sainte Vierge sait bien, et elle dit aux serviteurs, « faites tout ce qu’il vous dira », et Notre Seigneur fait le miracle. La Sainte Vierge n’a même pas eu à demander, il lui a suffi de dire « ils n’ont plus de vin. » C’est dire la puissance de cette reine sur le cœur du roi du ciel et de la terre. Elle est donc notre avocate.

    Mais elle est aussi médiatrice de toute grâce.

    C’est-à-dire que d’une part elle intervient auprès de son Fils en notre faveur, d’autre part elle intervient auprès de nous pour nous former à recevoir les grâces de son Fils, pour ouvrir notre cœur, pour nous suggérer les paroles que nous avons à dire à Notre Seigneur.

    Après avoir contemplé les paroles, méditons les paroles. C’est un immense alléluia de tous les anges auxquels nous allons joindre nous-mêmes nos alléluia.

    Et action, c’est l’attitude humble et pleine de révérence de la Sainte Vierge pour recevoir la couronne que son Fils met sur sa tête.

    Action, il faut que ce soit également nos actions à nous, d’une part pour contribuer au couronnement de la Très Sainte Vierge en chantant ses louanges, mais la plus belle louange que nous pouvons chanter pour la Très Sainte Vierge, n’est pas seulement sur notre bouche, elle est surtout dans nos actions, c’est-à-dire d’imiter ses vertus. Plus nous imitons les vertus de la Très Sainte Vierge — le catéchisme de saint Pie X énonce principalement sa pureté et son humilité — plus nous imitons la Très Sainte Vierge, et plus nous contribuons à sa gloire.

    Collaborer avec Marie au salut des pécheurs

    Enfin, mes bien chers frères, prenons conscience d’une vérité très importante, c’est que, si nous vénérons la Sainte Vierge, et si nous l’aimons vraiment, et si nous voulons lui faire plaisir, alors nous devons avoir en nous les mêmes sentiments qu’elle a, la même volonté. Or, la volonté de la Très Sainte Vierge, tant qu’il restera un pêcheur sur la terre, c’est que les pêcheurs se convertissent.

    Et par conséquent, si vraiment nous aimons la Sainte Vierge et nous voulons l’honorer, alors nous aussi, nous voulons la conversion des pauvres pêcheurs. Nous ne pouvons pas limiter notre vie chrétienne à une vie strictement personnelle. Le cœur de Marie embrasse tous les hommes, et par conséquent notre cœur, qui doit être à l’image du sien, doit embrasser tous les hommes. Et de même que la Très Sainte Vierge, jusqu’à la fin du monde, intercédera pour nous et pour tous les hommes auprès de Dieu, et qu’elle fera descendre sur nous les grâces de Dieu, — rappelez-vous qu’elle est médiatrice de toute grâce — eh bien, nous de même, nous devons l’imiter en cela. C’est pour cela que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a déclaré qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre, et que du ciel elle enverrait une pluie de roses. Alors, dès ici-bas, imitons Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et tous les saints, imitons la Très Sainte Vierge et faisons du bien sur la terre à l’imitation de la Très Sainte Vierge Marie.

    Très Sainte Vierge, je vous offre mes pauvres actions pour la conversion des pauvres pécheurs.

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint d’Esprit, ainsi soit-il.

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    18 min
  • Sermon sur Job 11. Les quatre étapes de la vertu Crainte, force, patience, perfection

     En résumé

    Les amis de Job, toujours à le critiquer, font de lui, malgré eux, un magnifique éloge. Ils décrivent les quatre étapes de la vertu : 1. la crainte de Dieu, opposée à l’audace du monde, 2. la force qui domine le monde grâce à la soumission à Dieu, 3. la patience qui donne également l’indulgence envers le prochain, 4. la perfection chrétienne que rien d’ébranle. Tout l’intérêt de saint Grégoire le Grand est de nous faire comprendre de quelle crainte il s’agit, quelle force elle donne, en quoi consistent la patience et la perfection qui en résultent.

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    Transcription du sermon

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il. »

    Les amis de Job font de lui le plus bel éloge lorsqu’ils le disent. « Comment se fait-il que tu sois arrivé en cet état, toi qui, autrefois, étais si vertueux, avais conquis l’estime de tout le monde, t’étais si bien occupé de ta famille, etc. ? Tu ne t’étais jamais laissé abattre par les difficultés ! C’est une magnifique louange, d’autant plus magnifique qu’elle sort de la bouche d’hommes médiocres, qui sont obligés de rendre témoignage à la vertu. Mais c’est un témoignage très extérieur, car ils voient la vertu de Job dans la prospérité, ils refusent de la voir dans l’adversité. Et pourtant, elle est bien plus grande dans l’adversité que dans la prospérité.

    Si je vous dis tout cela, mes bien chers frères, à la suite de saint Grégoire le Grand, c’est pour encourager ceux qui sont dans la situation de Job, pour les rassurer, et en même temps pour stimuler ceux qui sont dans la situation des amis, pour les pousser à réfléchir et à changer d’attitude. Personne n’est à l’abri, mes bien chers frères, personne. Si l’amour de Dieu n’est pas puissant en nous, il est facile de tomber au niveau des amis de Job.

    Venons-en à ce qui va faire l’objet de ce sermon : les quatre degrés dans la vertu.

    Eliphaz, l’un des amis de Job, lui dit « Mais où est passée ta crainte de Dieu ? Où est passée ta force dont tu faisais preuve autrefois ? Où est passée ta patience ? Qu’est devenue ta perfection ? »

    Saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que Eliphaz utilise la doctrine chrétienne de façon pervertie, mais il expose bien les quatre degrés de la vertu pour parvenir jusqu’à la perfection.

    La crainte de Dieu

    La crainte tout d’abord, la crainte de Dieu bien sûr. Voici ce que dit Saint Grégoire « Dans le monde, c’est l’audace qui donne la force. Dans la vie chrétienne, c’est la crainte. Plus notre esprit se soumet à Dieu, plus il méprise les terreurs du monde. Bien plus, l’union à Dieu par une juste crainte confère un pouvoir sur toute chose. »

    Pourquoi la crainte donne-t-elle la force, et de quelle crainte s’agit-il ?

    Rappelons-nous que tout le bien qui est en l’homme vient de Dieu, et que ce qui vient vraiment de l’homme, ce n’est que le mal, je veux dire ce qui est propre à l’homme lorsqu’il ne collabore pas avec Dieu, c’est le mal. (Résumé de l’enseignement du concile d’Orange contre les pélagiens.) Notre Seigneur l’a dit dans l’Évangile « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Rien. Par conséquent, la crainte que nous avons, mes bien chers frères, est une crainte que nous ne soyons pas à la hauteur de ce que Dieu nous demande. La crainte est une défiance de nous-mêmes devant la grandeur de Dieu et devant la perfection de Dieu.

    Saint Benoît — qui fut un maître de saint Grégoire le Grand, puisque celui-ci était bénédictin — met comme premier degré de l’humilité la sainte crainte de Dieu. Et cette crainte d’ailleurs est un don du Saint-Esprit, elle est liée à l’espérance, la vertu théologale d’espérance qui nous fait nous appuyer sur Dieu. Ce sont les deux aspects d’un même mouvement, les deux côtés d’un même mouvement, s’appuyer sur Dieu et se défier de soi-même.

    Les gens du monde auront beau jeu de dire que nous rabaissons l’homme, que nous ne respectons pas sa dignité, que nous lui coupons les ailes. Ils auront beau jeu de dire qu’en éducation, la formation à la crainte de Dieu fait des pusillanimes, et que cela ferait perdre aux jeunes confiance en eux-mêmes. C’est l’inverse. Saint Grégoire le Grand l’enseigne très clairement. Il dit : « Dans le monde, c’est l’audace qui donne la force, mais dans la vie chrétienne, c’est la crainte. Or il est manifeste, hélas, que nous avons beaucoup d’éducation des jeunes qui sont des éducations du monde dans lesquelles on les pousse à l’audace pour avoir la force, et ce ne sont pas des éducations chrétiennes.

    Mais, me direz-vous, il est quand même bien nécessaire pour vivre dans le monde et de ne pas se laisser écraser par lui !

    Oui, c’est exactement ce qu’affirme saint Grégoire : « Plus notre esprit se soumet à Dieu, plus il méprise les terreurs du monde. Bien plus, l’union à Dieu par une juste crainte confère un pouvoir sur toute chose. » Nous le savons bien, mes bien chers frères, même dans le monde, c’est la crainte de Dieu qui permet de dominer de façon stable et assurée ; c’est la crainte de Dieu qui permet d’avoir des clients qui vous font confiance, c’est la crainte de Dieu qui permet d’avoir un patron qui fasse confiance. Au contraire, si on cherche à écraser les autres, on travaille avec ceux qui travaillent à vous écraser vous-même, et c’est une lutte continuelle, tandis que lorsque l’on vit dans la crainte de Dieu, on a des rapports justes avec les autres. Bien sûr, les faux amis, comme ceux de Job, vous méprisent, voire même vous condamnent, mais cette condamnation on la méprise, on est plus fort qu’elle.

    Saint Louis-Marie Grignion de Montfort nous le dit : les croix qui arrêteraient un autre qui n’est pas consacré à la Sainte Vierge, non seulement ne nous arrêtent pas, mais elles nous portent. Parce qu’avec ces croix, la très Sainte Vierge fait des confitures.

    Donner la sainte crainte de Dieu aux enfants

    La crainte de Dieu, donc, loin de faire des petits esprits ou des gens apeurés, fait au contraire des âmes fortes. Cette crainte, on la donne aux enfants, d’abord par le grand respect de Dieu. Avant l’âge de raison, l’éducation est très importante.

    Il faut que l’enfant se rende compte qu’il n’est pas le maître, qu’il a des parents, qu’il a des supérieurs. C’est le seul moyen qu’il ait de se rendre compte qu’il y a tout en haut quelqu’un qui commande, quelqu’un à qui on doit se soumettre. C’est cela qui détermine l’âge de raison, saint Thomas d’Aquin l’explique bien : on atteint l’âge de raison lorsqu’on se rend compte qu’il y a un Créateur au-dessus de tout, un Maître au-dessus de tout et, dans la vie chrétienne, lorsqu’on se rend compte que ce Maître nous appelle à Lui par Jésus-Christ. C’est pourquoi l’éducation de la première enfance avant l’âge de raison est très importante.

    Mes bien chers frères, ne laissez pas les enfants faire des caprices sous prétexte que ce sont des petits et que cela n’a pas d’importance et que ce n’est pas grave. Certes, eux ne commettent pas un péché grave, puisque justement ils n’ont pas encore l’âge de raison, mais les parents qui passent les caprices — quand c’est d’une façon habituelle — eux, commettent un péché grave, car ils empêchent l’enfant de découvrir qui est le Maître et comment on va à Lui.

    La force de Dieu

    Cette sainte crainte de Dieu donne la force. C’est d’ailleurs le seul moyen d’avoir une vraie force, parce que la force du monde, je vous le disais, en réalité est très faible et peu assurée : force contre force, il y a très vite un vaincu et un vainqueur.

    La force se montre évidemment dans l’adversité, voilà pourquoi elle s’épanouit en patience. Et saint Grégoire nous fait remarquer que la grande force qui se montre dans l’adversité, c’est la patience devant les maux des autres.

    La patience

    Et cette patience va se montrer de deux façons. Tout d’abord, la patience à supporter les maux que les autres nous infligent. Et deuxièmement, l’indulgence envers les défauts du prochain.

    C’est une grande force que cette indulgence. Voyez comme les amis de Job, qui se croient forts, au contraire, l’accablent. Des amis qui vraiment auraient vécu dans la crainte de Dieu, auraient respecté cette grandeur écrasée sous la souffrance. Non, pas écrasée justement. Ils auraient respecté ce mystère de la souffrance dans la grandeur. Et alors, au lieu d’exercer une force qui écrase, ils auraient exercé une force qui se communique, qui soulève, qui encourage, une force qui se propage, qui se donne, qui se communique.

    Voilà, mes biens chers frères, une deuxième chose à enseigner aux enfants dans leur éducation et notamment aux adolescents et aux jeunes hommes et jeunes femmes. Lorsque la sainte crainte que vous leur avez communiquée leur a donné la force, lorsqu’ils découvrent que la force ne suffit pas et qu’il faut la patience, alors le moment est venu de les encourager à communiquer leur force et leur patience aux autres, non seulement en acceptant ce que les autres imposent et font souffrir, mais en ayant beaucoup d’indulgence pour les défauts du prochain. Et c’est alors qu’arrive la perfection.

    La perfection chrétienne

    Vous voyez, mes biens chers frères, que la perfection est assez facile à obtenir. On se dit souvent « Oh ! Cela n’est pas pour moi, c’est bien trop élevé, c’est pour les grands saints ». Mais saint Grégoire le Grand nous dit : « Est parfait celui qui n’est pas impatient devant les imperfections des autres ». Et Notre Seigneur dit dans l’Évangile « C’est dans la patience que vous posséderez votre âme ». Saint Grégoire continue « Vivre parfaitement, c’est maîtriser tous les mouvements de notre âme par la vertu. Dominer, ses voluptés, dominer nos propres voluptés, c’est nous préparer à ne pas être vaincus par l’adversité.

    Une doctrine à méditer

    Voilà, mes bien chers frères, encore une fois une doctrine qui mérite d’être méditée. Ne passez pas trop vite par-dessus cette doctrine, vous ne pourriez pas en tirer toute la richesse.

    Crainte, force, patience, perfection, ce sont les quatre étapes.

    La crainte tout d’abord. N’ayons pas une vue mondaine de la crainte. Ne méprisons pas la crainte.

    Les hommes du monde la méprisent parce qu’elle s’oppose à l’audace, et aujourd’hui on prêche partout l’audace. N’allez pas condamner la bonne crainte au nom de la mauvaise crainte. Certainement il existe une mauvaise crainte, mais cette mauvaise crainte, c’est celle du chien battu, parce qu’il a un mauvais maître. Le chien qui a un bon maître ne vit pas dans la crainte, il n’est pas un chien battu. Or nous, nous avons un bon maître qui est Dieu, et Dieu ne nous demande évidemment pas une crainte de chien battu, il nous demande une crainte de respect, une crainte d’humilité, et cette crainte on l’obtient par la prière.

    La prière

    On pourrait s’étonner que dans les quatre étapes de la vertu, saint Grégoire ne mette pas la prière. C’est parce que la prière est un préalable, elle n’est pas une étape de la vertu, elle est une étape en vue de la vertu.

    Si vous voulez obtenir la vraie crainte, si vous voulez la comprendre et l’obtenir, mes bien chers frères, c’est dans la prière que vous l’obtiendrez, et notamment dans le rosaire. C’est le rosaire qui donne ce grand respect de Dieu dans les mystères joyeux, dans les mystères douloureux. Je vous ai parlé d’éducation, un enfant qu’on habitue à réciter le chapelet, un enfant qui, même lorsqu’il est petit, voit ses parents réciter le chapelet, et pendant ce temps-là doit se tenir calme et tranquille par respect de cette belle prière des parents, même si lui-même ne peut pas encore y participer, un enfant qui est éduqué comme cela, pratiquement, les parents n’ont rien d’autre à faire.

    Deuxièmement, après la crainte, la force, la force qui consiste à mépriser le monde, à ne pas craindre l’adversité, et cette force, nous affirme Saint Grégoire, parce que nous sommes soumis à Dieu, Dieu nous communique sa propre force. Je vous rappelle ce que dit saint Grégoire : l’union à Dieu par une juste crainte confère un pouvoir sur toute chose.

    Méditons sur le pouvoir de Jésus-Christ sur toute chose par la croix. Méditons sur le pouvoir de la Très Sainte Vierge sur toute chose par son humilité. Quel pouvoir cherchons-nous ? Le pouvoir que nous cherchons, c’est de devenir enfants de Dieu. Et si nous l’avons conquis ce pouvoir, ou plutôt non, si nous l’avons reçu de Dieu, alors très naturellement nous le communiquerons à d’autres, et Dieu passera par nous pour le communiquer à d’autres, comme il est passé par d’autres pour nous le communiquer.

    Et enfin, ainsi on arrive à la perfection, perfection qui justement s’épanouit dans l’indulgence envers les autres, perfection en nous-mêmes, car nous maîtrisons tous les mouvements de notre âme par la vertu, parce que nous dominons nos voluptés, et qu’ainsi rien ne pourra nous vaincre, mais perfection également, parce que nous rayonnons autour de nous.

    Vous pouvez fort bien, mes bien chers frères, prendre ces quatre étapes de la vertu comme un programme de votre vie chrétienne, et comprenez bien que si le bon Dieu a permis que nous soyons dans une situation terrible, inouïe, c’est qu’il nous met dans la situation de Job pour acquérir, comme Job, les grandes qualités, les grandes vertus de ceux qui sont les amis de Dieu et les amis de Jésus-Christ et les amis de Jésus crucifié.

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

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    Crainte, force, patience, perfection est apparu en premier sur Abbé Pivert.

    18 min
  • Sermon sur Job 10. Job le saint incompris par les médiocres et les orgueilleux

     En résumé

    Les amis de Job ne comprennent ni sa sainteté, ni sa sagesse et, du haut de leur médiocrité, le critiquent avec véhémence. C’est une leçon pour nous : en cette période de désarroi dans l’Église, ne critiquons pas ce que nous ne comprenons pas, mettons-nous au contraire à l’école des sages qui ont fait la preuve de leurs mérites et de leur patience dans les épreuves. On juge l’arbre à ses fruits, encore faut-il savoir quels fruits on veut y trouver.

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    Sermons sur le livre de Job : la série complète
    Transcription du sermon

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien, chers frères,

    Les amis de Job viennent avec une bonne intention pour le consoler, mais ils ne le comprennent pas et ils ne comprennent pas l’action de Dieu sur lui.

    Job est un sage qui s’est laissé enseigner par Dieu parce qu’il lui a toujours été fidèle.

    Job est un saint qui règle sa conduite sur la sagesse de Dieu et nous avons vu que, dans sa sainteté, Job aime l’adversité, car elle le protège contre les dangers de la prospérité, surtout dans des postes élevés, ce qui est son cas.

    Job cherche à être mort au monde et que le monde soit mort à lui.

    Le jugement téméraire des amis de Job :
    condamner ce qu’on ne comprend pas

    Mais, parce que les amis de Job ne le comprennent pas, ils vont le juger et le condamner. Ils vont lui faire des reproches durs, amers. Lui, le saint, ils vont lui dire que s’il est ainsi affligé par Dieu, cela ne peut être qu’une punition pour ses péchés, des péchés graves. Et Dieu va leur reprocher leur attitude, tout d’abord leur attitude de dureté.

    On ne parle pas ainsi à un homme juste et saint comme Job et on ne parle pas ainsi lorsqu’un homme, quel qu’il soit, est dans l’affliction. Parler ainsi, c’est tout simplement de l’orgueil. Ils auraient dû, au contraire, méditer sur ce qui arrive à Job et sur l’attitude de Job, pour craindre pour eux-mêmes, pour s’associer à lui dans ses peines et pour se mettre à l’école de la douleur.

    Mes bien chers frères, si je vous décris tout cela avec saint Grégoire le Grand, c’est que nous sommes en plein dans ce problème. Saint Grégoire nous fait remarquer que, à ceux qui sont mauvais, les paroles et les actes de ceux qui sont meilleurs leur déplaisent. Les amis de Job, au lieu de le critiquer et de lui faire des reproches, auraient dû se mettre à son école.

    Saint Grégoire nous donne un exemple qui est dans l’Écriture Sainte, celui de l’Arche d’Alliance volée par les Philistins qui est rapportée à Jérusalem. Elle est portée sur un char tiré par des bœufs et, à un moment, les bœufs ayant une marche difficile, l’Arche penche dangereusement sur le plateau qui la transporte. Un lévite qui accompagne l’Arche tend la main pour la retenir et éviter qu’elle ne tombe. Mais voilà, Dieu avait donné un ordre : il était interdit à quiconque, sauf aux prêtres, de toucher l’Arche d’Alliance. Dieu punit immédiatement celui qui a désobéi, et le lévite tombe mort.

    L’Arche d’Alliance qui penche,
    c’est la condescendance du sage

    Vous me direz qu’il avait agi dans une bonne intention ! C’est exactement le cas des amis de Job. Si le lévite est puni, c’est parce qu’il aurait dû se rendre compte que l’ordre donné par Dieu relevait d’une sagesse supérieure, et non d’une prudence ordinaire. Dieu avait donné un ordre qu’il entendait voir respecter quoi qu’il arrive et il avait des raisons supérieures pour cela.

    Il y a des ordres que Dieu nous donne sans les laisser à notre appréciation. Par exemple, tu ne tueras pas, alors que cet ordre peut, dans certaines situations, paraître très surprenant, par exemple, quand une mère est gravement malade alors qu’elle est enceinte, il est tentant pour des hommes qui n’ont pas compris les choses de Dieu de se dire que, somme toute, mieux vaudrait enlever l’enfant qui est dans son sein pour la sauver elle, quand, au contraire, si elle garde l’enfant, elle mourra et l’enfant avec elle. Il est fréquent que certaines personnes disent « mieux vaut un mort que deux ». Mais non, Dieu a dit « tu ne prendras pas la vie de l’innocent ». Et c’est à nous de comprendre qu’il y a une sagesse supérieure chez Dieu, ce que Job a compris.

    Il y a une sagesse supérieure dans les souffrances que Dieu permet aux hommes d’endurer, voire même envoie aux hommes. Il y a une sagesse supérieure dans le fait que Dieu permette que certaines mères meurent en couche, que de jeunes mères de famille meurent en laissant des enfants orphelins, ce qui peut mettre en cause même leur éducation religieuse par la suite. Mais c’est à nous, même si nous ne comprenons pas, d’admettre que la sagesse de Dieu est supérieure à la nôtre, et qu’il n’est pas question de faire des reproches à Dieu et encore moins de corriger ce qui nous paraît déformé dans les demandes de Dieu.

    Reprenons les explications de saint Grégoire « L’arche, c’est l’esprit du juste. Elle penche, car même les meilleurs chefs savent s’incliner avec condescendance et avec bienveillance envers leurs inférieurs qui sont dans la confusion. Mais c’est précisément dans cette action, accomplie avec bienveillance, que l’inclination même de la force d’âme est prise pour une chute par ceux qui n’ont pas d’expérience. »

    Et, conclut saint Grégoire, ceux-là se rendent indignes de vivre, comme le lévite a été indigne de vivre en portant la main sur l’arche.

    Mgr Lefebvre et Mgr Williamson furent des arches
    qui penchent

    Mgr Williamson a cherché précisément toute sa vie à faire découvrir que la sagesse de Dieu n’est pas la nôtre, notamment à faire découvrir que Dieu continue à diriger son Église. Monseigneur a cherché à corriger l’orgueil de beaucoup de ceux qui se disent traditionnalistes et qui jugent avec dureté.

    Certes, le modernisme est une erreur gravissime, bien plus grave que toutes les hérésies qui ont précédé. Certes, le rite moderne de la messe est un rite horrible fait à la gloire de l’homme et qui vole l’honneur de Dieu. Certes, Mgr Lefebvre a condamné avec toute la force qu’il fallait ce rite moderne et l’erreur moderniste, mais Dieu a pitié.

    Dieu a pitié de ceux qui se sont fourvoyés à la suite des chefs. Il a pitié de ceux qui ne savent pas. Il a pitié même des pécheurs qui sont volontairement coupables. C’est pourquoi  Dieu, dans sa grande bonté, a réalisé des miracles lors de messes célébrées selon le rite moderne de Paul VI.

    Mgr Williamson l’a fait remarquer cela, plusieurs fois, pour montrer que Dieu continue à s’occuper de son Église, pour montrer que l’Église ne se réduit pas aux seuls traditionnalistes, pour montrer aux traditionnalistes que, tout en critiquant les erreurs, ils devraient se pencher vers la misère de ceux qui n’ont pas eu la grâce de connaître Mgr Lefebvre. Mais, voilà, des hommes durs ont aussitôt critiqué Mgr Williamson, ils l’ont même condamné. Ils ont voulu croire qu’il recommandait la messe de Paul VI, la messe nouvelle.

    Et, ce faisant, ils ont privé l’Église d’un phare. Ou plutôt, ils se sont privés, eux, d’un phare que Dieu a donné à son Église, Mgr Williamson. Et ils meurent.

    Et ils meurent parce que, d’un côté, il y a Mgr Williamson pour guider et éclairer les bons chrétiens,  mais ils l’ont repoussé et rejeté. De l’autre côté, il y a, effectivement, l’hérésie moderniste avec ses mauvais pasteurs et ses mauvais évêques, qu’ils rejettent à juste titre. Ainsi, ces gens-là, après avoir critiqué, après avoir condamné, ne savent plus où se situer. Alors, ils se rétractent sur eux-mêmes avec leur volonté propre.

    C’est le cas de ceux qu’on appelle « sédévacantistes », lorsqu’ils condamnent tous ceux qui pensent qu’il y a un pape à Rome et que Léon XIV est effectivement le pape de l’Église catholique. Ils refusent les distinctions. Ils ignorent toute la théologie. Ils ont lu de travers l’enseignement de Vatican I. Ils en sont amenés à condamner avec véhémence ceux qui ne pensent pas comme eux, y compris Mgr Lefebvre. Je suis bien obligé de vous en parler parce qu’ils sont dangereux. Parce que, dans leur chute, ils entraînent des personnes crédules.

    Et si j’avais une hésitation à parler des sédévacantistes et à les critiquer — jusqu’à maintenant je n’ai jamais rien publié contre eux — si j’avais la moindre hésitation, saint Grégoire le Grand la lèverait. C’est lui qui nous met en garde contre ces attitudes fausses et mauvaises de petits qui ne comprennent pas les grands, d’inexpérimentés qui ne comprennent pas les sages, d’orgueilleux qui ne comprennent pas les humbles, de durs qui ne comprennent pas les bons.

    Saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que les hommes saints, quand ils s’abaissent aux choses les plus insignifiantes, tiennent un certain discours, tandis qu’en contemplant les choses les plus hautes, ils tiennent un autre discours. Ce n’est pas contradictoire, c’est qu’on ne parle pas des mêmes choses dans des circonstances différentes. Mais, nous dit saint Grégoire le Grand, comme les insensés ignorent la force de la condescendance comme celle de la sublimité, ils osent critiquer. C’est beau cette remarque de saint Grégoire : il y a une force dans la condescendance, et il y a une force, évidemment, dans la sublimité.

    Se mettre à l’école des sages, des sublimes et des condescendants

    Quand les petits ne sont pas d’accord avec les sages, ils ne leur est pas demandé de se taire, mais de s’exprimer avec humilité, afin que leur intention soit bonne, qu’elle ne soit pas pervertie par l’orgueil et, surtout, qu’ils profitent de l’enseignement que les sages peuvent leur donner. Même saint Paul parlait avec humilité, lui, l’apôtre, quand il enseignait. Voici ce qu’il dit « Faites attention, gardez en mémoire comment pendant trois ans, jour et nuit, j’ai averti chacun d’entre vous avec larmes.

    Combien de fois cela nous est arrivé avec Monseigneur Lefebvre de ne pas comprendre des décisions qu’il prenait. Tous ceux qui le critiquaient immédiatement, sans réfléchir, se perdaient, que ce soient les libéraux modérés qui le trouvaient trop dur, que ce soient les sédévacantistes qui le trouvaient trop faible. Tous se sont perdus. Les vrais sages étaient ceux qui se taisaient, qui attendaient, sachant que la lumière se ferait dans leur esprit, et, on peut le dire, toujours la lumière se faisait.

    Les vrais sages étaient ceux qui n’hésitaient pas à s’adresser à Monseigneur Lefebvre — sa porte était toujours ouverte — et qui, humblement, sans lui faire de reproches, venaient lui dire « Monseigneur, je ne comprends pas ». Alors, Monseigneur les éclairait.

    Trois critères pour faire confiance : les mérites passés, la patience dans les épreuves, les fruits

    Mes bien, chers frères, comment savez-vous à qui vous devez faire confiance ? Comment discerner que vous avez affaire à un sage ?

    Le premier critère, ce sont les mérites antérieurs. Monseigneur Lefebvre avait accumulé les mérites de sa vie de missionnaire, de sa vie d’évêque missionnaire, il avait accumulé les mérites de sa résistance au modernisme lors du Concile. Ceux qui le critiquaient parce qu’ils ne le comprenaient pas ne pouvaient être que des orgueilleux qui ne tenaient pas compte de ses grands mérites, qui n’avaient pas vu sa grande bonté et sa condescendance. C’est cela, justement, la marque des saints, d’être très condescendant sans jamais manquer pour autant à la justice ni à la vérité, et d’être très élevé dans la justice et la vérité sans jamais manquer pour autant à la condescendance.

    Ils auraient dû relever les mérites de Monseigneur Williamson, tous ceux qui se sont permis de le critiquer, qui ont profité du désarroi actuel pour étouffer la voix, pour couvrir la lumière.

    Le deuxième critère, pour savoir à qui vous pouvez et devez faire confiance, c’est la patience dans les épreuves.

    Comme Job, qui, dans les épreuves, ne se plaint pas et qui, au contraire, loue Dieu, qui ne considère pas que Dieu est injuste envers lui et qui, au contraire, remercie Dieu de le purifier dans les épreuves.

    Les épreuves que nous avons subies depuis 2014, depuis que nous avons été éjectés de la Fraternité Saint-Pie X, n’ont fait que purifier notre vision des choses, purifier notre patience, notre confiance en Dieu : la situation de l’Église est tellement grave qu’il est une évidence que seul Dieu peut la sauver et que, puisque Jésus-Christ a promis d’être toujours avec elle, effectivement il la sauvera. Nous ne savons pas comment, et nous ne voyons pas comment, et cependant c’est une certitude. Alors il nous est demandé d’être fidèles et non pas de prendre la place de la Providence.

    Il y a un autre critère qu’on peut utiliser, mes bien chers frères, c’est celui de juger l’arbre à ses fruits, mais encore faut-il faire attention à ce qu’on apprécie dans les fruits. Si on apprécie l’amour du monde, et si on apprécie l’efficacité moderne par des grands moyens faciles pour obtenir des résultats immenses d’un seul coup et sans se donner de mal, c’est évident qu’on ne peut pas apprécier Mgr Williamson, ni la toute petite fidélité catholique. Mais si on apprécie l’humilité, si on apprécie l’oubli de soi, si on apprécie d’être mort au monde et que le mort soit mort à nous, si cela est pour nous de véritables fruits, alors allons à l’arbre qui les porte.

    Mes bien, chers frères, il ne suffit pas de ne pas critiquer les sages qu’on ne comprend pas, il faut également se mettre à leur école, et en définitive, c’est l’école de la Sainte Vierge qui, à la Salette, à Lourdes, à Fatima, prononce des paroles sublimes que les mauvais ne peuvent pas comprendre, et en même temps se penche avec condescendance vers notre pauvre monde, ce que les orgueilleux ne peuvent pas admettre. Soyons humbles et mettons-nous à son école.

    Notre Dame, priez pour nous,

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

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  • Sermon sur Job 09. Job mort au monde et le monde mort à lui

     En résumé

    Commentant Job qui se plaint que la lumière lui ait été donnée, nous suivons saint Grégoire le Grand : les saints craignent davantage la prospérité que l’adversité. Il ne suffit pas d’être mort au monde ; il faut aussi que le monde soit mort à nous, c’est-à-dire que nous ne l’intéressions plus. La contemplation — concrètement le rosaire médité — est le moyen de tenir cette mort au monde, y compris pour ceux que la Providence place dans des charges publiques.

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    Transcription du sermon

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint d’Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien, chers frères,

    Job se plaint que la lumière lui ait été donnée. Pourquoi se plaindre d’avoir reçu la lumière ? Saint Grégoire le Grand nous en donne l’explication, c’est que les saints, ici-bas, craignent plus la prospérité que l’adversité. La prospérité est plus dangereuse que le diable.

    Je pense, mes biens chers frères, qu’il est vraiment nécessaire que nous réfléchissions, et même que nous méditions, je dirais plus encore, que nous supplions le Saint-Esprit de nous montrer cette vérité que seuls les saints pénètrent et que seuls les saints ont le courage d’affirmer à la face du monde qui pense exactement le contraire.

    1. Que signifie « être mort au monde » ?

    Il ne s’agit évidemment pas de dire que la prospérité soit toujours mauvaise, mais les justes se demandent toujours si la elle leur est donnée pour monter dans l’amour de Dieu ou si, au contraire, elle n’est pas la récompense du peu de bien qu’ils ont fait ici-bas, et que Dieu, ne pouvant leur donner de récompense dans l’éternité, leur donnerait au moins cela. Rappelez-vous ces paroles de Saint Augustin : Dieu, sachant qu’il ne pourra pas récompenser les méchants, les mauvais, sur cette terre, leur donne au moins quelques joies en récompense du peu de biens qu’ils ont fait. Eh bien, c’est cela qui inquiète les justes.

    Ce qui les rassure, au contraire, c’est de considérer que le peu de bien qu’ils ont fait, du moins, ils l’ont fait pour Dieu seul, et qu’ils refusent de se réjouir dans la prospérité. Ils acceptent la prospérité, bien sûr, mais plus comme un fardeau, dit Saint Grégoire le Grand. Ils la supportent sans l’aimer, car ils savent qu’à cause d’elle on traîne souvent dans l’avancement de la vertu. Et c’est encore pire pour les honneurs de ce monde qui sont souvent un poids pour l’âme. Pour ceux qui n’aiment pas Dieu de tout leur cœur, c’est un poids aimé et qui finit par les faire tomber ; pour ceux qui ne cherchent que Dieu, au contraire, c’est un poids supporté, toléré malgré eux, dit Saint Grégoire. Quand l’homme est pressé par la nécessité, il est plus libre de désirer les choses de Dieu. Tandis que lorsqu’il est dans le confort, il dérive facilement sans s’en rendre compte.

    Et c’est le contraire dans l’au-delà. Dans l’éternité, la prospérité est pour le bien de l’âme et l’adversité pour sa punition, que ce soit celle du purgatoire ou, pire encore, celle de l’enfer.

     Je vais vous donner un exemple, c’est celui des Irlandais, qui sont demeurés pendant plusieurs siècles sous la férule protestante et qui ont conservé la foi. Sauf pour les nobles, les nobles Irlandais, que les protestants ont enrichi ou ont laissé s’enrichir pour tenir l’Irlande par eux, ce qui fait que les nobles Irlandais catholiques sont devenus protestants, mais le peuple est demeuré catholique. C’est pourquoi donc Job se plaint que la lumière lui ait été donnée, la lumière de ce monde qui détourne si facilement l’esprit.

    Certes, on pourrait faire une objection : il arrive souvent que, dans les persécutions, les chrétiens trahissent par crainte des peines. Mais la réponse est simple : oui, effectivement, parce qu’ils craignent les peines de cette vie et ne craignent pas la prospérité.

    Il faut en tirer les conséquences, et c’est la deuxième partie de ce sermon.

    2. Comment le monde meurt-il à l’âme fidèle ?

    Il faut être mort au monde et que le monde soit mort par rapport à nous. Saint Grégoire, avec son style très pastoral, montre cela très bien.

    Il dit : « Un mort ne voit plus ce qu’il y a autour de lui ». Et donc nous devons être morts au monde, c’est-à-dire que nous ne voyions plus le monde. Il ne nous intéresse pas, il nous intéresse même si peu que nous ne le voyons plus. Et saint Grégoire précise que, certes, quand quelqu’un est mort il ne voit plus les autres, mais les autres continuent de le voir, c’est-à-dire à s’intéresser à lui. Il faut donc arriver à ce que le monde également soit mort, c’est-à-dire que nous ne l’intéressions plus.

    Ah ! Cela est très intéressant et très important. Si nous sommes morts et que nous ne voyons plus le monde, mais que le monde, lui, n’est pas mort et continue à nous voir, il va chercher à s’intéresser à nous pour son profit. Et c’est là qu’il va commencer à nous flatter, à nous attirer. Il faut donc faire en sorte que nous n’ayons aucun intérêt pour le monde. C’est cela que le monde soit mort à nous, et pas seulement nous pour le monde. Il faut que le monde ne trouve aucun intérêt en nous : nous ne sommes pas assez riches pour qu’il désire nos biens, nous ne sommes pas assez doués dans les affaires du monde pour qu’il puisse nous récupérer, nous n’aimons pas assez les honneurs pour qu’il puisse mettre la main sur nous, etc. C’est ce qu’affirme saint Paul « Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde. » (Galates 6, 14)

    Quand je suis entré au séminaire, c’était un 4 octobre, jour de la fête de Saint François qui est mon saint Patron, or, l’introït de la messe de saint François commence par ces paroles de Saint Paul « Le monde m’est crucifié et moi pour le monde ». Et ma chère mère s’est réjouie que j’entre au séminaire sous de tels auspices. Je suis persuadé qu’elle a constamment prié pour que je sois mort au monde et que le monde soit mort pour moi. Ai-je été fidèle à cette ligne de conduite que la Providence me transmettait par la bouche de ma mère à travers la liturgie ? Je l’espère.

    En tout cas, c’est ce qui m’a guidé quand j’ai dû quitter une certaine facilité que j’avais avant 2014, et c’est ce qui continue à me guider quand je vois la fidélité catholique si petite, si méprisée, et pire encore que méprisée, si mécomprise, comprise à contresens. Le monde qui ne travaille que pour lui-même n’arrive pas à comprendre que nous ne cherchions pas à travailler pour nous-mêmes, et nous accuse de ce qu’il ne voit pas. Si nous sommes si petits et apparemment si désintéressés, c’est qu’il y a un intérêt caché, hypocrite, c’est cela que le monde pense de nous. Eh bien, nous nous en réjouissons parce que cela prouve que le monde est mort pour nous et nous pour le monde, que le monde ne nous intéresse pas, mais aussi que nous ne l’intéressons pas.

    Devrais-je parler de la Fraternité Saint-Pie X et des sacres qu’elle a faits ? Ce n’est pas nécessaire, je crois. Elle vient de déposer un recours auprès des tribunaux ecclésiastiques romains pour faire cesser l’excommunication, c’est-à-dire pour se faire reconnaître par cette Église moderne dont la ligne de conduite a été fixée par Paul VI lors de son discours de clôture du Concile, dans lequel il résume ce qu’a été le Concile. Voici, je cite. « La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion de l’homme qui s’est fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc ? Une lutte ? Un anathème ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. Une sympathie sans borne pour les hommes a envahi le Concile tout entier. La découverte et l’étude des besoins humains — et ils sont d’autant plus grands que le Fils de la Terre se fait plus grand — (c’est-à-dire plus orgueilleux, remarque personnelle,) a absorbé l’attention de notre Concile. Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme. Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. »

    Chercher à se faire reconnaître par cette Église, c’est chercher à se faire reconnaître par le monde. Et même si la Fraternité Saint-Pie X ne désirait pas le monde — hélas, chez ses supérieurs tout montre le contraire — en tout cas elle n’est pas attentive à ne pas intéresser le monde. Or, d’une part quand on est dans une situation de persécution comme celle que nous connaissons, et en même temps de prospérité inouïe et de puissance inouïe du monde, (avec la prétendue intelligence artificielle par exemple), et, d’autre part, quand on est au poste de direction d’une congrégation qui est née pour être un phare dans le monde, une lumière sur le lampadaire et une ville située sur la montagne, — c’est ce que Mgr Lefebvre a voulu en faire —, quand, dans ces situations, on ne médite pas l’enseignement de saint Grégoire le Grand, qui n’est que l’enseignement de l’Évangile, quand on n’admet pas qu’il faut non seulement être mort soi-même au monde, mais que le monde nous considère comme mort, alors on lui donne prise. On lui donne tout ce qu’il faut pour être entraîné par lui, enchaîné. Celui qui conserve sur soi ou pour soi des choses que le monde aime donne prise au monde.

    Au contraire, je voudrais vous citer les paroles de celui qui eut la gloire d’être le vainqueur de Verdun, qui fut mis jusqu’au sommet de la hiérarchie d’ici bas en étant le chef de l’État, et qui se retrouve incarcéré dans les pires conditions de déshonneur à l’île d’Yeu.

    Une commission parlementaire d’enquête a été créée, allez savoir pourquoi, c’est le parlementarisme cela, elle interroge le Maréchal.

    « — Avez-vous quelque chose à dire sur les conditions de votre vie ici ? N’avez-vous pas à vous plaindre de votre régime ? Réponse. — Je vis avec des pommes de terre et un potage à tous les repas, ou à peu près, et un verre de vin. Je ne réclame jamais.

    — Avez-vous de la viande ? — Oui, un petit morceau.

    — Vous habitez dans une pièce, je crois. (Oh, ce mot « habiter » il n’habite pas, il est incarcéré, mais le prisonnier ne relève pas cela, il répond tout simplement. — Oui, une chambre.

    Le dialogue se poursuit ainsi. Alors le Maréchal conclut :

    — Au point de vue de l’incarcération, je n’ai rien à dire. J’ai pris mon parti de me soumettre à toutes les obligations. Je ne demande rien, pas d’assouplissement de ma prison, rien du tout. Si on juge à propos de le faire, je l’accepterai volontiers, mais je ne demande rien. J’ai pris le parti de ne rien demander, de ne jamais faire d’observations. J’irai jusqu’au bout, jusqu’à ma mort. Si je dois finir ma vie dans ce milieu-là, je l’accepte d’avance. Voilà tout ce que je peux vous dire. »

    Cela est le fruit d’un long désintéressement. C’est à cause de ce désintérêt des honneurs qu’il arrive colonel, simple colonel, à la guerre de 1914. Et c’est encore à cause de ce désintérêt pour les honneurs qu’il acceptera de servir son pays en 1940, ne se faisant aucune illusion sur ce qui l’attend.

    3. Servir dans des ministères par obéissance à Dieu pour le bien des âmes

    Saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que ceux qui désirent être morts au siècle, au monde donc, souvent sont obligés de servir dans des ministères humains. — Ministères au sens de postes où l’on s’implique dans les affaires des hommes. — Les uns sont bien obligés d’être évêques, d’autres sont bien obligés d’être chefs de l’État, d’autres sont bien obligés d’assumer des responsabilités, comme le roi Saint Louis par exemple. Mais saint Grégoire nous fait remarquer que celui qui tend vers la contemplation de Dieu d’un cœur parfait, lorsque la Providence Divine le met dans de telles fonctions, de service au milieu des hommes, dans des  postes même élevés où il doit servir, tout d’abord il le fait pour obéir à Dieu, et ensuite, grâce à sa contemplation, il procure beaucoup de bien au prochain.

    Tout d’abord il le fait pour obéir à Dieu, parce que justement il n’a plus de volonté propre, il ne cherche plus les biens d’ici bas, et il les reçoit comme un mort qui vit pour Dieu c’est pourquoi il peut les recevoir avec profit. S’il tend d’un cœur pur vers la contemplation pure de Dieu, c’est-à-dire s’il considère que les honneurs sont dangereux, que la prospérité elle-même est dangereuse, parce qu’il ne désire que contempler Dieu, alors, nous dit saint Grégoire le Grand, il procure un grand bien à ceux au service de qui il a été placé.

    Ce fut le cas de Monseigneur Lefèvre, par exemple, qui n’a jamais désiré les honneurs.

    Lorsque Rome lui demanda de quitter l’Afrique, il fut nommé au plus petit diocèse de France, le plus crotté de tous les diocèses, le diocèse de Tulle, et il raconte dans une conférence spirituelle aux séminaristes, — il est réaliste — il raconte avec un peu de malice :  « Norma­le­ment, j’aurais dû être nommé cardinal, — c’était évident ! — eh bien, non ! le chapeau de cardinal, m’est passé au-dessus de la tête sans s’arrêter ! de même, c’est bien malgré lui qu’il a été mis à la tête de la Fraternité Saint-Pie X, à la demande expresse de l’évêque de Fribourg et sur l’insistance des séminaristes.

    Oui, mes bien, chers Frères, pour faire du bien à ceux qu’on doit servir, il faut être passé d’abord par l’apprentissage du mépris des honneurs et même du mépris de la prospérité, s’être enrichi de la présence de Dieu, de la contemplation de Dieu. En effet, nous dit saint Grégoire, la contemplation devient comme un sépulcre dans lequel l’âme se réfugie, et cela ne l’empêche pas d’accomplir dans le monde le service que Dieu lui a confié. Et Don Chautard, l’auteur de L’Âme de tout apostolat, un livre merveilleux, affirme : « Parce que la vie intérieure engendre la vie intérieure, ses résultats dans les âmes sont profonds et durables. »

    4. Méthode de contemplation

    Concrètement, mes bien chers Frères, la contemplation, c’est le rosaire, le rosaire et le rosaire, un rosaire dont on contemple les mystères. Quand on dit son chapelet, on commence par énoncer le mystère avec les fruits, et après cela on se pose intérieurement un petit peu et on regarde la scène qu’on doit contempler. Quelles sont les personnes ? Que disent-elles ? Que font-elles ? Je vois la Vierge là, et Jésus-Christ et saint Joseph, ou bien : je vois les saintes Femmes au pied de la croix, et les ennemis du Christ en bas qui se moquent de Lui. Ou encore : je vois le Christ sortant triomphant du tombeau. Que dit-il à Sainte Marie-Madeleine ? “Ne me touche pas, je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Va dire à tes frères qui sont les miens, va leur dire que je les attends.” Quand on a fait cette méditation brève, alors on récite les dix « Je vous salue Marie » en continuant à contempler. D’où l’intérêt, mes bien chers frères, de bonnes lectures sur les mystères du rosaire, sur la vie du Christ, sur l’Évangile, pour enrichir notre contemplation.

    Notre Dame de la Salette priez pour nous !

     Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Sources citées dans le sermon : Job ; saint Grégoire le Grand (Morales sur Job) ; saint Augustin ; saint Paul (Ga 6, 14) ; Paul VI (discours de clôture du Concile) ; Dom Chautard, L’Âme de tout apostolat ; Mgr Lefebvre ; maréchal Pétain (commission parlementaire d’enquête).

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    19 min
  • Sermon ~ Mon Dieu, je vous offre les très précieux Corps et sang de Jésus

     En résumé

    Envoyé par le Ciel, l’Ange enseigne comment communier aux trois enfants de Fatima. On ne communie pas pour soi, mais pour offrir Jésus à Dieu son Père, pour le salut des pécheurs. 1. Première visite de l’Ange : « Mon Dieu, je crois… je vous aime, je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas et ne vous aiment pas. 2. Faites des sacrifices avec tout ce que vous pouvez. 3. Mon Dieu, je vous offre les très précieux Corps … et divinité de Jésus-Christ.

    « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas ! Priez ainsi ! Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications ».

    « Priez, priez beaucoup ! Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices ». « De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra ».

    « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre le très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs ». « Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu ».

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    Sermon précédent sur le caractère spirituel de la communion
    Transcription du sermon

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien chers frères, j’interromps provisoirement la série de sermons sur les morales de Job pour traiter un sujet absolument essentiel, en lien avec le sermon que je viens de publier de nouveau ce matin. Voici ce dont il s’agit.

    Il est très important de nous rendre compte de ce que Dieu nous demande lorsqu’il nous offre de communier. Comme tant de choses dans l’Église, les vérités sur la communion ont été plus ou moins occultées, oubliées, et il est dramatique de voir que beaucoup de chrétiens ne savent plus communier. Dieu, dans sa grande bonté, a envoyé sa très sainte mère, la mère de Jésus, à Fatima, et le trait essentiel de l’enseignement de la très sainte Vierge, de ses rappels, c’est que nous devons nous préoccuper du salut des pauvres pécheurs.

    Mais l’enseignement ne suffit pas, et donc le Ciel a envoyé un ange trois fois aux petits enfants de Fatima pour leur apprendre à communier, parce que c’est dans la sainte communion qu’on trouve cette préoccupation essentielle du salut des âmes.

    Première apparition de l’ange : « Mon Dieu je crois… »

    « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas. »

    Vous vous rendez bien compte, mes bien chers frères, qu’il y a dans cette prière deux choses.

    La première : l’ange rappelle aux enfants de Fatima qu’ils doivent adorer, croire, espérer, aimer. Ne passons pas trop vite sur ces vérités, sur l’importance des trois vertus théologales et de l’adoration qui en est la conséquence. Croire, espérer, aimer et adorer, c’est la vie du chrétien.

    Mais dès que l’ange a enseigné cela, ou rappelé cela, aux enfants de Fatima, il ajoute « Je vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas. » C’est-à-dire qu’immédiatement, il tourne leurs dispositions personnelles vers le souci du salut des âmes. Ce sont les préoccupations de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix. C’est un premier enseignement qui est absolument capital.

    Lorsque notre Seigneur se donne à nous dans la sainte communion, il donne pour demander. Saint Paul nous dit « Ayez les mêmes sentiments que le Christ Jésus. » La vie chrétienne consiste justement à avoir les mêmes sentiments que le Christ Jésus.

    Et ces sentiments, c’est la préoccupation du salut des âmes.

    Les enfants vont être très marqués par cette prière et vont la répéter constamment.

    Deuxième apparition : Offrez des prières et des sacrifices

    Quelques mois après, alors que les enfants étaient en train de jouer, l’ange leur apparaît de nouveau et leur dit « Que faites-vous ? Priez, priez beaucoup, offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices. » Lucie demande alors « Comment on fait des sacrifices ? » Et l’ange répond « De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé et de supplication pour la conversion des pécheurs. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

    On ne peut pas bien recevoir Notre Seigneur dans la communion si l’on n’a pas ces dispositions et si on ne les met pas en pratique de prière et de pénitence pour le salut des pécheurs et la réparation des péchés.

    L’union à Jésus est une union à son sacrifice, une union à ses souffrances. Il n’est pas possible de prendre dans Notre Seigneur Jésus-Christ tout ce qui est heureux, agréable, sans d’abord s’identifier à Lui en prenant tout ce qui est pénible et sacrifice. Ce serait une grossière erreur et c’est la raison pour laquelle tant de nos communions ne sont pas fructueuses.

    Notre Seigneur se communique pleinement à ses amis et ses amis ce sont ceux qui se trouvent au pied de la croix et qui souffrent avec Lui et qui offrent des sacrifices avec Lui pour le salut des pécheurs et la réparation des péchés.

    Ces sacrifices n’ont pas à être grands, extraordinaires — ce n’est pas du tout ce que demande l’ange — ils se présentent tout au long de la journée : de tout ce que vous pourrez offrez à Dieu un sacrifice.

    Et rappelez-vous ce que l’ange avait dit à la première apparition : « Les cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications ». Les enfants de Fatima vont multiplier les sacrifices.

    La petite Jacinthe était malade et sa mère lui apporte du lait. Elle lui dit de boire cela et de faire un effort pour retrouver des forces, mais Jacinthe n’a pas envie du lait. Lucie est à côté et quand sa mère est partie elle lui dit : « Mais tu avais là l’occasion de faire un sacrifice. Si le lait ne te plaît pas, profites-en ! » Et désormais à chaque fois que sa mère lui apportait du lait, Jacinthe acceptait très volontiers. Une fois sa mère lui dit « Choisis : le lait ou une grappe de raisin. » Jacinthe avait bien envie de la grappe de raisin — on la comprend — mais comme elle voulait faire des sacrifices, elle choisit le verre de lait. Et elle dira à Lucie après cela « Ôh, si tu savais comme cette grappe de raisin me faisait envie, mais j’ai offert un sacrifice au bon Dieu ! » Si je vous raconte cela, ce n’est pas seulement pour vous raconter une belle histoire de saints enthousiasmants qui nous font la leçon parce que tout petits ils ont mieux pratiqué le sacrifice que nous adultes souvent hélas nous le faisons.

    Il est important de voir que l’ange leur enseigne ici à communier. Je vous transmets l’enseignement du ciel sur ce qu’est la communion. Je vous ai fait un sermon vous rappelant que la communion est essentiellement spirituelle. Et ici, dans ce deuxième sermon, je vous rappelle dans quel esprit cette communion doit se faire.

    Mais ce n’est pas tout. Il reste une troisième apparition dans laquelle l’ange va révéler à quel point Dieu dans sa grande bonté associe les chrétiens au sacrifice de Jésus.

    Troisième apparition de l’Ange : « Mon Dieu je vous offre les très précieux Corps et divinité de Jésus

    L’ange est venu leur donner la communion. Ce sera leur première communion.

    Mais le ciel ne veut pas les laisser dans un état inférieur pour communier. Je veux dire qu’il ne veut pas les laisser à mi-route.

    Quand Dieu se donne, il se donne pleinement avec ses dons et ses exigences, même à de petits enfants. Et quand il se donne dans la communion, il se donne tout entier avec son corps, son sang, son âme, sa divinité. Par conséquent, avec tous ses sentiments. L’ange révèle donc ce qui est la réalité ultime, la réalité parfaite de la communion. Voici :

    Il est venu avec le Saint Sacrement, une hostie, un calice avec le Précieux Sang consacré. Mais avant de leur donner la communion, il laisse le calice et l’hostie suspendus en l’air pour se prosterner devant et demander aux enfants de se prosterner.

    Et il répète trois fois cette prière. « Très sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux corps, sang, âme et divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges, indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très saint Cœur et du Cœur immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. » Et après cela, il leur donne la sainte communion : « Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragés par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu. »

    On arrive ici à un sommet d’union avec Dieu. Jamais on n’aurait pu imaginer une telle chose si elle n’était pas révélée dans l’Évangile. Mais comme il s’agit d’un sommet, hélas, on n’est pas toujours très attentif à monter jusque là. Et c’est la cause de tous nos désordres.

    Puisque on omet souvent d’offrir les très précieux corps, sang, âme et divinité de Jésus-Christ pour la conversion des pécheurs, c’est pour cette raison que les pécheurs se multiplient sur la terre.

    Vérité absolument extraordinaire : Jésus nous invite à l’offrir en même temps qu’il s’offre soi-même à Dieu le Père. Ce n’est pas nouveau, c’est dans le canon de la messe.

    Juste après la consécration, nous rappelons à Dieu que nous lui offrons ce sacrifice à partir de ce qu’il nous a donné, lui, « de tuis donis ac datis », en utilisant « vos dons et vos présents ». C’est absolument extraordinaire et pourtant c’est absolument essentiel : nous pouvons, nous devons offrir Jésus-Christ à Dieu le Père en même temps qu’il s’offre soi-même.

    Le caractère baptismal

    C’est cela le grand acte de culte de l’Église. Et ce grand acte de culte n’est pas réalisé seulement par les prêtres, il est réalisé par toute l’Église, c’est-à-dire par tous les fidèles et particulièrement par ceux qui communient, parce que c’est le but de la communion. Les prêtres font venir sur la terre le corps et le sang de Jésus-Christ dans le tabernacle.

    Ils font venir Jésus sur l’autel en renouvelant son sacrifice pour que nous nous associions à ce sacrifice.

    Et s’associer, ce n’est pas seulement en recevoir les fruits, ce n’est pas seulement aimer Dieu, c’est aimer Dieu comme Jésus-Christ l’aime, c’est faire comme lui, « faites ceci en mémoire de moi », c’est ce à quoi les chrétiens sont appelés par leur caractère baptismal, qui leur permet non seulement de recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ, mais qui leur permet de s’associer à Jésus dans sa propre offrande.

    C’est ce qu’on appelle le sacerdoce baptismal, sur lequel on prêche peu, et il faut croire qu’on a tort de prêcher peu sur cette vérité puisque, au moment où la situation du monde devient dramatique — 1917 c’est un nouveau triomphe de Satan à travers le communisme qui va envahir le monde — au moment où la situation de l’Église devient dramatique, — les chefs de l’Église, au lieu de résister aux démons et au communisme, vont faire une alliance avec les puissants de la terre, en espérant les amadouer et éviter ainsi les lourds sacrifices qu’ils prévoient — c’est alors que la Sainte Vierge vient leur rappeler au contraire qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas fuir le sacrifice, et que son Fils est venu sur la terre pour cela, non seulement pour souffrir, Lui, mais pour nous associer à ses souffrances, et beaucoup plus qu’à ses souffrances, pour nous associer à son offrande.

    Il aurait suffi que les chefs de l’Église recueillissent l’enseignement de Fatima et le prêchent et le diffusent sur la terre entière pour que le communisme recule.

    Il est dramatique de voir que beaucoup de chrétiens n’ont pas compris cela et communient de façon égoïste. Combien de fois nous entendons « j’ai besoin de la communion, on ne peut pas vivre sans la communion ». Sans la communion spirituelle, certes, c’est vrai, sans la communion sacramentelle, non, ce n’est pas vrai. C’est ce que je vous ai expliqué dans le sermon de la Fête-Dieu que je publie de nouveau, et dont je vous ai fait la transcription parce que cela me paraît absolument essentiel. Non, on ne doit pas dire, on ne peut pas dire « j’ai besoin de la communion ». Ce qu’on peut dire c’est « je veux offrir Jésus en même temps qu’il s’offre ». L’ange le dit bien aux enfants de Fátima : offrez des sacrifices avec tout ce que vous pourrez, et donc toute la journée. Les enfants de Fatima l’auront bien compris, ils vont répéter presque à satiété cette prière : « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre le très précieux corps, sang, âme et divinité de Jésus-Christ ». Ils attendront encore longtemps avant de pouvoir faire leur deuxième communion sacramentelle. Il y avait encore des relents de jansénisme à l’époque, et on n’osait pas donner la communion trop tôt aux enfants.

    Pourquoi le bon Dieu, qui leur a envoyé un ange pour leur donner leur première communion, n’inspire-t-il pas aux prêtres de leur donner très vite leur deuxième, puis leur troisième et toutes les communions suivantes ? Parce que le bon Dieu veut attirer leur attention sur l’essentiel. La communion nous fait entrer dans les sentiments de Jésus, et les sentiments de Jésus, c’est de s’offrir à son Père.

    Alors mes bien chers frères, lorsque nous pouvons communier, communions de cette manière. Et lorsque nous ne pouvons pas communier sacramentellement, alors continuons à communier spirituellement toujours de cette manière.

    Notre Dame de Fatima, priez pour nous !

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

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    18 min
  • La Communion nourrit notre consécration

    Je viens de publier la transcription du sermon de la Fête-Dieu que j’adresse surtout à ceux qui ne peuvent assister à la sainte messe et sont privés de la communion sacramentelle. Il sera également utile à tous pour mieux comprendre la nature de la vie chrétienne en union avec le Christ. Je l’illustre par la communion que l’Ange donne aux enfants de Fatima.

    Je vous encourage à diffuser largement la transcription de ce sermon qui fera beaucoup de bien.

     En résumé

    « Faites ceci en mémoire de moi. » Le Christ nous associe à son Sacrifice eucharistique, source et sommet de notre consécration à Dieu. Ce sermon montre comment participer réellement à la Messe, même lorsqu’on ne peut communier sacramentellement, par la communion spirituelle et le don total de soi.

    1. L’Eucharistie nourrit notre consécration à Dieu.
    2. Entrer par la communion spirituelle dans le mystère de la Croix.
    3. Notre participation est essentiellement spirituelle, non d’abord sensible.
    4. Mariage et consécration: consacrer les enfants à Dieu.
    5. Dieu nous détache du sensible pour nous élever dans la foi et la charité.

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    Transcription du sermon

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien chers Frères,

    Nous fêtons aujourd’hui la Fête-Dieu, grande fête du Corps du Christ que nous avons déjà fêté le Jeudi-Saint, mais nous étions alors préoccupés par la méditation de la Passion, et nous n’avons pas pu apporter autant d’attention que nous l’aurions désiré à la Sainte Eucharistie. C’est ce que nous faisons aujour­d’hui, à la demande de l’Église qui a institué cette fête.

    1. L’Eucharistie nourrit notre consécration à Dieu

    Qu’est-ce que la sainte Eucharistie ?

    C’est le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ renouvelé sur nos autels. L’enseignement du concile de Trente est formel : à la messe comme à la croix, c’est la même victime, c’est le même prêtre Jésus-Christ, c’est la même offrande dans le même but pour porter les mêmes fruits, essentiellement pour le pardon de nos péchés et, nous allons le voir, pour nous consacrer à Notre Seigneur et, à travers lui, à la Sainte Trinité tout entière.

    Dieu veut nous consacrer. Qu’est-ce que consacrer ? C’est rendre sacrée une chose qui était jusqu’alors profane. Adam et Eve étaient consacrés à Dieu dans le Paradis Terrestre, mais ils ont profané cette consécration, et Dieu est venu les sortir de ce monde profane pour les consacrer de nouveau à lui et, par Jésus-Christ,  cette consécration atteint sa pléni­tude.

    Il y a deux images, deux comparaisons pour nous faire comprendre cette consécration. D’une part, nous sommes les temples de la Sainte Trinité, c’est-à-dire que Dieu vit en nous et, d’autre part, nous sommes les membres de son Corps dont il est la Tête.

    Ce que nous fêtons aujourd’hui, c’est la nourriture que Dieu, que Jésus-Christ, apporte à son corps. Et ce qui est absolument merveilleux, c’est que cette nourriture, c’est lui-même. Il le proclame ouvertement dans l’Évangile « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. »

    C’est ainsi que nous sommes consacrés, et cette consécration est un sacrifice, parce que c’est la même signification pour les deux mots. Sacrifice : faire du sacré, comme béné­fice : faire du bien. Faire du sacré ou consacrer à partir d’une chose profane.

    Entrons un peu plus loin dans le mystère, si vous le voulez bien, mes bien chers Frères.

    2. Entrer dans le mystère de la Croix

    Notre Seigneur offre son sacrifice sur la croix à Dieu le Père, et il gagne par-là de consacrer le monde entier, c’est-à-dire tous les hommes avec leurs activités, avec leur famille, avec leur pays, de tout consacrer à Dieu le Père. Il le gagne. Encore faut-il que cela soit réalisé ou, pour le dire autrement, que cela soit appliqué.

    Prenez l’exemple d’un pays dans la famine. On a vu cela avec Joseph dans l’Ancien Testament : Joseph accumule dans les greniers suffisamment de blé pour toute la période de la famine. Encore faut-il que ceux qui sont concernés viennent chercher le blé.

    Eh bien, Notre Seigneur par le sacrifice de la croix a, dans les greniers divins, accumu­lé de quoi sauver le monde entier. Encore faut-il que chacun d’entre nous, nous recevions ce salut, c’est-à-dire que ce salut nous soit appliqué à nous-mêmes.

    Ce salut nous est appliqué par notre participation à la Sainte Eucharistie, c’est-à-dire par notre participation au sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette participation est évidemment essentiellement spirituelle, mais des signes peuvent y aider. Le Bon Dieu avait institué dans l’Ancien Testament des sacrifices dans lesquels on mangeait réellement la victime : on consacrait la victime à Dieu, puis ensuite le fidèle la mangeait lui-même en esprit de consécration et de victime.

    Dans le Nouveau Testament, le Bon Dieu n’a pas voulu abandonner totalement cette manière de faire parce qu’elle nous aide beaucoup. Mais, pour éviter que nous n’ayons qu’une vue charnelle, matérielle de ce sacrifice, la victime, Notre Seigneur Jésus-Christ, est présente sous les apparences du pain et du vin, et ainsi nous gardons le fait de manger la victime, mais en même temps, cette manière de faire nous oblige à avoir une démarche très spirituelle.

    3. Cette participation est essentiellement spirituelle
    Saint Jean donne la communion à la Vierge Marie

    Il est évident que lorsque nous participons au sacrifice de la messe par la communion, nous sommes invités tout naturellement à une démarche spirituelle, sinon cela n’aurait aucun sens de recevoir la Sainte Hostie.

    Il faut insister sur cette participation spirituelle. Il n’y a pas de vraie communion sans elle. Bien plus, saint Thomas d’Aquin nous enseigne que celui qui communierait sacramen­tellement — c’est-à-dire qui recevrait le corps de Jésus-Christ dans la Sainte Hostie — mais sans communier spirituellement — c’est-à-dire en négligeant la démarche spirituelle — celui-ci ferait un sacrilège. D’ailleurs, Notre Seigneur le dit très clairement dans l’Évangile en Saint Jean chapitre 6 : « C’est l’esprit qui vivifie — c’est-à-dire qui donne la vie — la chair ne sert de rien. Or, les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. »

    Et l’Église nous fait méditer un enseignement de saint Augustin en ces jours de la Fête-Dieu, qui s’applique directement à notre sujet de la communion. « Ces paroles sont esprit et vie. Que cela signifie t-il ? Qu’il faut les entendre dans un sens spirituel. Vous les avez entendues spirituellement : elles sont esprit et vie. Vous les avez comprises d’une manière charnelle : elles sont encore esprit et vie, mais elles ne le sont pas pour vous. »

    Il est donc très important, mes bien chers Frères, que les paroles de Notre Seigneur, autant que la communion à son Très Précieux Corps, soient pour nous esprit et vie.

    Comment le seront-elles ? Par un grand désir de nous consacrer à lui.

    Regardez les trois enfants de Fatima. Ils n’avaient pas encore fait leur première com­munion, mais Dieu leur envoie un ange qui a pris dans un tabernacle de la terre les Très précieux Corps et Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ et qui leur donne la communion. Et à partir de ce moment, ces enfants vont être de plus en plus attentifs à étendre cette consé­cration à tous leurs actes, à vivre avec lui, en lui et pour lui.

    La Sainte Vierge va leur faire découvrir en quoi consiste cette consécration : elle consiste essentiellement à prolonger le sacrifice de Notre Seigneur sur la croix pour le salut des pécheurs. C’est la grande réalité.

    Celui qui est uni à Dieu fait les œuvres de Dieu. Celui qui est uni au Christ fait les œuvres du Christ. Celui qui est uni à la croix fait les œuvres de la croix.

    D’où cette préoccupation constante chez les enfants de Fatima, préoccupation qui leur a été enseignée par la Très Sainte Vierge de sauver les pécheurs. Du coup, ils se sauvent de même bien entendu.

    4. Mariage et consécration

    Il y a un sacrement qui vient préciser, concrétiser cette démarche, c’est le sacrement de mariage. L’enseignement de saint Paul est très clair sur ce sujet : le mariage est la prolongation du sacrifice de la croix. C’est, évidemment, pour le salut des enfants. Le mariage a pour objet de sauver les enfants, c’est-à-dire de les sortir de leurs habitudes profanes, de leur vie profane, et de les consacrer à Dieu.

    C’est pourquoi il est très important de ne pas laisser les enfants, même tout petits, dans leurs caprices. Un caprice d’enfant nous paraît petit parce que l’enfant est petit. En réalité, leurs caprices sont des fils par lesquels Satan essaie de le retenir pour l’empêcher de se consacrer à Dieu.

    Imaginez un oiseau qui soit retenu par quelques fils aussi fins que des fils à coudre, vous vous diriez : oh, ces fils ne sont pas grand-chose, on les casse facilement ; oui mais quand ils sont attachés à la patte d’un oiseau, ils suffisent pour l’empêcher de voler, et ils suffisent pour que le chat saute dessus et dévore l’oiseau. Ne négligeons pas les petits fils par lesquels Satan attache la patte des enfants afin, plus tard, de pouvoir sauter dessus et les dévorer.

    Le seul moyen de sortir les enfants de ce monde profane, c’est de les consacrer à Dieu. Et par conséquent, mes bien chers Frères, vous qui êtes parents, pères et mères de famille, votre premier travail dans l’éducation première des enfants, c’est-à-dire lorsqu’ils ont encore quelques années seulement avant l’âge de raison, est de préparer cette consécration qui va se réaliser lors de leur première communion. Et pour cela il est très important que vous coupiez les fils, et que vous leur donniez déjà le sens du sacrifice en leur montrant Jésus en croix et la Très Sainte Vierge au pied de la croix. À chaque fois qu’il faut leur demander quelque chose, surtout lorsque c’est quelque chose de difficile, c’est pour Jésus. Comme les petits enfants de Fátima.

    Les célibataires me diront : alors, et nous qui n’avons pas le sacrement de mariage ? Je leur rappellerai qu’ils ont le sacrement de baptême — qui est une première consécration, le sacrement de confirmation qui rend cette consécration plus parfaite, plus active, plus dans la main de Dieu, et le sacrement de l’Eucharistie qui nourrit cette consécration. Vous me direz que les époux ont cela aussi. Oui, mais les époux ont un sacrement spécial à cause de leur mission auprès des enfants. Mais ceux qui sont célibataires n’ont pas de mission auprès des enfants, et par conséquent le sacrement de l’Eucharistie pour eux-mêmes personnellement leur suffit pleinement.

    Avec tout ce que je viens de vous expliquer, mes bien chers Frères, il est facile de comprendre que la communion sacramentelle, lorsque vous recevez le corps de Jésus dans la Sainte Hostie, est une aide à la communion spirituelle, un support de la communion spirituelle.

    5. Dieu nous détache du sensible pour nous élever dans l’esprit de foi et de charité

    Or, le Bon Dieu, dans sa grande bonté, parce qu’il sait que nous avons tendance à nous arrêter aux choses extérieures, à nous en satisfaire et à négliger, hélas, les choses inté­rieures, le Bon Dieu dans sa grande bonté a voulu limiter le nombre de nos communions sacramentelles. Les religieux, les prêtres qui vivent constamment en union avec Jésus-Christ et avec Jésus crucifié, ne communient cependant qu’une seule fois par jour. Les prêtres ne célèbrent la messe qu’une seule fois par jour. La plupart des fidèles ne commu­nient qu’une fois par semaine. Les malades ne communient qu’une fois par mois, par trimestre. Les vieillards, qui sont retenus à la maison par la maladie ou par la vieillesse, communient très peu également. Les chrétiens dans les pays de mission communient une fois par trimestre, par an.

    Pourquoi cela ?

    Parce que le Bon Dieu veut purifier leurs intentions, purifier leur attachement spirituel à Notre Seigneur Jésus-Christ, et c’est ce que saint Augustin, que je vous ai cité, nous fait bien comprendre :

    Entendez-vous les paroles du Christ spirituellement : elles sont esprit et vie. Les entendez-vous de façon charnelle : elles sont encore esprit et vie mais elles ne le sont pas pour vous.

    Or, dans la situation actuelle du monde, il y a une gourmandise sensible qui a tout envahi, même le domaine religieux. C’est pourquoi, mes bien chers Frères, il faut nous séparer des écrans le plus possible parce que, tout ce qui est spirituel en nous, ils le rendent visuel, sensible, charnel. Le Bon Dieu, parce que les chrétiens tièdes sont devenus de plus en plus nombreux et abusent du sacrement de l’Eucharistie, communient sans faire atten­tion et même, hélas trop souvent, communient sans respect et en état de péché, et donc commettent des sacrilèges, le Bon Dieu pour remédier à cet état de choses dans l’Église permet que les chrétiens soient privés de la communion sacramentelle pour mieux décou­vrir la communion spirituelle, et c’est notre devoir, à nous les prêtres, de vous faire comprendre que lorsque Dieu retire, c’est pour mieux donner. Et c’est à nous prêtres, notre devoir, de vous expliquer comment mieux vous unir au sacrifice eucharistique spirituelle­ment pour correspondre aux vues de Dieu sur vous.

    J’aimerais que ce sermon soit entendu par toutes les personnes qui sont bloquées chez elles, par toutes les personnes qui ne peuvent plus assister à la messe parce que la messe n’est maintenant plus célébrée dans tous les villages de France, et encore moins dans tous les villages du monde, et que, en raison du tout petit nombre de prêtres, beaucoup de chrétiens ne peuvent plus aller dans les grands centres où la messe est célébrée. Celui qui leur portera la doctrine de la communion spirituelle leur fera un grand bien.

    Faites-le, mes bien chers Frères. Faites-leur connaître cette doctrine, diffusez ce sermon audio.

    Et à vous, mes bien chers Frères, qui avez compris qu’il est malsain et qu’il est quelquefois sacrilège, hélas, de participer à la messe avec des rites vulgaires, ce rite vulgaire de la messe nouvelle, à vous de comprendre, mes biens chers Frères, que dans ce cas mieux vaut participer spirituellement seulement que, sous prétexte de recevoir corporel­lement Notre Seigneur Jésus-Christ, participer à la messe de façon vulgaire, voire sacrilège.

    Vous ai-je rendu plus d’espoir ? Je l’espère. Mais ce n’est pas moi, c’est saint Augus­tin, saint Augustin fidèle à l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est la Très Sainte Vierge à Fatima, et donc je vous invite après ce sermon à faire une communion spirituelle.

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

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  • Sermon sur Job 08. La solitude intérieure

     En résumé

    « Que ne puis-je être avec les rois et les conseillers de la terre qui se construisent des solitudes, avec ceux qui possèdent l’or de la sagesse ? » Job nous invite à construire notre solitude intérieure et à chasser de notre âme la foule qui l’envahit intérieurement. 1. Saint Grégoire le Grand, dans ses Morales sur Job nous montre l’état de ceux dont l’âme est envahie par les désirs du monde. 2. Il nous décrit la solitude intérieure pleine de la présence de Dieu. 3. Il nous montre le rayonnement de cette solitude intérieure.

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    Série sur Job
    Transcription du sermon

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Puissé-je être avec les rois et les conseillers de la terre qui se construisent des solitudes ? Ils accumulent l’or de la grâce de Dieu et les trésors de la sagesse.

    Il est normal de vivre dans une certaine solitude avec Dieu. Cette solitude intérieure doit être construite. Et si on veille à sa qualité, elle n’empêche pas de vivre au milieu du monde, et ce monde ne vient pas troubler la solitude avec Dieu. Au contraire, si on ne cherche pas à édifier cette solitude intérieure, alors c’est l’envahissement de notre âme, d’autant plus facilement que les pensées peuvent se bousculer nombreuses et pressées à l’intérieur de notre âme, beaucoup plus nombreuses et beaucoup plus pressées que ne le feraient des personnes physiques que nous introduirions dans notre maison.

    Nous allons suivre le déroulement des explications de saint Grégoire le Grand.

    Premièrement, il nous décrit l’état de l’âme de ceux qui sont envahis.

    Deuxièmement, il nous décrit ce qu’est la solitude intérieure.

    Et troisièmement, il nous montre quel est le rayonnement à l’extérieur de ceux qui cultivent la solitude intérieure.

    1. L’envahissement de l’âme

    Premièrement, l’état d’envahissement de l’âme de ceux qui se préoccupent des choses d’ici bas au lieu de se préoccuper des choses du ciel.

    Il nous décrit l’état du colérique qui est fâché contre la terre entière, contre quiconque pourrait lui en vouloir, lui faire du tort — même imaginaire — ses voisins et toutes les personnes qu’il pourrait rencontrer, qui se fait des ennemis imaginaires, qui développe à l’intérieur de soi-même les nombreux arguments péremptoires par lesquels il fera taire définitivement et jeter à terre les ennemis qu’il s’imagine.

    Et voilà ce pauvre homme qui n’avait que quelques soucis mais, parce qu’il n’admet pas de devoir porter sa croix avec patience, il fait venir à l’intérieur de son âme des ennemis réels ou imaginaires et développe longuement les coups qu’il va leur porter. Son âme est envahie. Et de plus, pour un ou deux ennemis réels qu’il faut bien supporter parce que la Providence l’a voulu ainsi, voici qu’il se crée des ennemis imaginaires et, heureux encore, quand il ne fait pas à l’intérieur de lui-même des jugements téméraires, des médisances et des calomnies, traitant en ennemis non seulement ceux qui ne lui veulent pas de mal mais également ceux qui lui veulent du bien.

    Autre exemple pris par Saint Grégoire le Grand : celui qui se soumet à la luxure. Il est difficile d’accumuler les conquêtes réelles et de multiplier à l’infini les fautes extérieures, mais combien il est facile de se repaître à l’intérieur de soi-même d’imaginations qui se confortent les unes les autres. Saint Grégoire fait remarquer avec beaucoup de perspicacité que le luxurieux s’adonne d’autant plus à l’envahissement de la luxure intérieure avec des complices en nombre presque infini que, comme il ne commet pas les péchés à l’extérieur, il se croit libre. Or, le démon qui a lu Saint Grégoire le Grand avant nous a imaginé ces saletés de mauvaises images et désormais, hélas, de mauvais films et de mauvaises choses qui traînent sur Internet et dans lesquelles il est facile de se repaître alors qu’on n’aurait pas l’idée de les réaliser effectivement et physiquement.

    Et l’orgueilleux qui se trouve constamment dans une situation qui ne convient pas à ses grandes qualités et qui se voit conquérant avec succès des places enviées, des postes importants, non pas importants pour le travail qu’on y fait, mais importants pour les louanges qu’on y reçoit. C’est un envahissement continuel à l’intérieur de l’âme par les grands de ce monde. Non pas des grands saints, humbles, grands auprès de Dieu, et qui, quelquefois sont grands auprès du monde parce qu’ils sont des rois de la terre, pleins de sagesse, non, je parle des grands qui sont flattés par le monde et qui flattent le monde, — les grands pêcheurs, finalement. Intérieurement on quête leur appui, leur soutien, leur faveur. Et voici un pauvre pêcheur qui est dévoré par l’ambition, qui fréquente en esprit toutes les antichambres des grands du monde, avant même d’avoir accompli quoi que ce soit.

    Mes bien, chers frères, il faut que je me donne quelques explications supplémentaires sur cette dernière situation. C’est, je crois, le grand péché aujourd’hui des catholiques qui, voyant la décadence de l’Église, se disent qu’ils peuvent y remédier, qu’ils ont, grâce à Dieu, été doués des qualités dont l’Église a besoin aujourd’hui, et qui ne se rendent pas compte que la première qualité nécessaire, c’est l’humilité.

    Il est facile, mes bien chers frères, de croire rendre service à l’Église en lui rendant de grands services qui attirent malgré nous des louanges. Je dis « malgré nous » parce qu’on croit ne pas les chercher, et en réalité ce sont elles qu’on cherche, et en tout cas, même si on ne les cherche pas, on s’y complaît, et quand on commence à s’y complaire, alors on continue en les cherchant réellement. Quel est le critère ? C’est celui de l’humilité. Celui qui rend réellement service à l’Église cultive l’humilité, ne cherche pas à se mettre en avance. Et s’il doit être connu d’un grand nombre de personnes, il a été comme poussé à cela par la nécessité, malgré lui. Je pense à Mgr Lefebvre, je pense à Mgr Williamson. Ce devrait être notre cas à tous, mes bien chers frères.

    Si nous voulons faire du bien à l’Église, sachons faire du bien, petit à l’extérieur et grand à l’intérieur, et non pas l’inverse, grand à l’extérieur et petit à l’intérieur.

    Pauline Jaricot a fait un bien incommensurable à l’Église avec la croisade du Rosaire. Et la croisade du Rosaire n’était pas une grande œuvre dont elle était la présidente et dont elle s’occupait partout. Non, c’était une œuvre multipliée. Des milliers et des milliers de chrétiens qui, chacun à leur place, cherchaient à conquérir cinq personnes pour dire une dizaine de chapelets, afin que grâce à cela un chapelet entier soit dit. Et ces cinq personnes qui, modestement, avaient été encouragées à dire une dizaine de chapelets, lorsqu’elles en découvraient la valeur, cherchaient à communiquer ce trésor, et elles trouvaient à leur tour cinq personnes pour dire un chapelet avec elles, chacun une dizaine. Elles y prenaient goût, et elles finissaient par dire le chapelet tout entier et puis le Rosaire.

    Mais j’anticipe, mes bien chers frères, j’anticipe sur la troisième partie, le rayonnement.

    Ce grand vice de l’orgueil qui pourrit toute l’Église, ce sont ces prêtres et ces évêques qui n’osent pas s’opposer, quand c’est nécessaire, aux grands gouvernants de la terre, contrairement à ce que faisait saint Jean Chrysostome, qui disait ses quatre vérités à l’impératrice, quitte à être exilé par elle. Non, au contraire, ils cherchent à se faire bien voir.

    Je vais vous raconter quelque chose qui m’est arrivé il n’y a pas longtemps. Dans nos courses apostoliques, le Père Marcel de la Croix et moi-même, nous avons rencontré une femme généreuse qui a tiré de la rue un homme qui n’était pas plus mauvais qu’un autre, mais qui était devenu mendiant, presque clochard. Elle a su l’aider à retrouver sa dignité de chrétien, non pas parce qu’elle avait décidé de faire de grandes œuvres, mais justement parce qu’elle ne cherchait que des œuvres humbles et petites, mais efficaces, en esprit de pénitence. Et puis, grâce à cet homme, nous avons connu un couple de chrétiens qui croyaient être mariés et ne l’étaient pas, parce que le mariage à la mairie n’est pas un mariage. Et puis, d’autres amis sont venus et ont demandé un baptême d’un enfant.

    Ce nous était facile de proposer le mariage et le baptême. Nous avions, dans cette région, à notre disposition une chapelle qui était une toute petite église, beaucoup plus une toute petite église qu’une chapelle, c’est-à-dire que cela faisait sérieux, beau, majestueux. Et puis voilà que l’usage de cette petite église nous a été retiré par le prêtre moderne qui voyait d’un assez mauvais œil notre apostolat de traditionnaliste, d’intégriste, que sais-je.

    Et me voici à dire aux deux futurs époux que le mariage aurait lieu dehors, sous une tente, dans le jardin de leurs amis. Et je me disais, « mais comment donner un caractère sacré à la messe que je célèbre ainsi, sans chorale, étant quasiment le seul à pouvoir chanter avec ma pauvre voix éraillée ? » Nous avions fait le mieux possible, nous y avions tous mis tout notre cœur, mais enfin… et je craignais que ce soit bien difficile de faire de l’apostolat dans de telles conditions, mais ce fut le contraire.

    Par ce mariage fait dans des conditions invraisemblables, les assistants allaient droit au but. Et alors que, dans une église, ils auraient cru que nous étions des prêtres comme d’autres, n’auraient pas vraiment compris ce que nous apportions, en opposition avec l’église moderne, n’auraient pas bien réalisé l’enjeu, ils se sont dit qu’il devait y avoir de graves raisons pour justifier que nous posions un acte aussi solennel que le mariage, dans des conditions aussi pauvres et modestes, et immédiatement les conversations sont venues sur les sujets sérieux, sur le fait qu’on ne trouvait plus aujourd’hui ou que difficilement des prêtres pour se confesser.

    Et si nous n’avions pas eu ces conditions extérieures contraires, nous serions restés dans l’ambiguïté, jamais les sujets de fond n’auraient été abordés. Et imaginez que j’ai reçu l’approbation du curé, et imaginez que j’ai sollicité l’approbation du curé de l’endroit, ou pire, l’approbation de l’évêque, alors j’aurais noyé un acte que j’aurais cru être un acte fidèle à la Tradition, je l’aurais noyé dans l’ambiguïté de l’Église moderne.

    Voilà, mes bien chers frères, je crois que cela valait la peine de vous raconter cela, parce que c’est très concret, parce que les belles grandes églises n’ont pas fait de bien à la Tradition, parce que saint Athanase disait pour consoler ses fidèles face aux Ariens — les hérétiques Ariens qui avaient gardé les églises et qui mettaient les bons fidèles catholiques dehors — saint Athanase disait à ses fidèles, ils ont gardé les églises, mais nous, nous avons gardé la foi. Eh bien, il est nécessaire dans certains cas de sortir de l’église pour montrer justement que nous gardons la foi et que nous préférons la foi à l’église.

    2. Créer en notre âme une solitude intérieure avec Dieu

    Pour cela, mes bien chers frères, il faut que nous créions dans notre âme une solitude intérieure. Oh, je sais, on va me faire de multiples objections : on ne peut pas se couper du monde, on ne peut pas vivre hors de son temps, cela va bien, Monsieur l’Abbé, pour les religieux et peut-être les prêtres, mais en tout cas pas pour les laïcs.

    Il ne s’agit pas de cela, mes bien chers frères, il s’agit de savoir avec quelles pensées et quelle présence nous peuplons l’intérieur de notre âme. Est-ce la pensée et la présence de Dieu, de la Sainte Vierge, des saints, des anges ?

    Notre solitude intérieure, mes bien chers frères, se fait particulièrement dans la prière du chapelet et la méditation des mystères du rosaire. En esprit, nous nous transportons dans la grotte de Bethléem, dans la solitude de Bethléem. Bien plus, en esprit, nous nous transportons dans la solitude du calvaire, au milieu du monde bruyant qui entourait le calvaire. Je m’explique. Il y avait sur le sommet du calvaire, avec la croix de notre Seigneur Jésus-Christ et la Très-Sainte Vierge et saint Jean, ainsi que les saintes femmes, comme une solitude qui les enveloppait. Ils étaient étrangers au monde, ils avaient dominé le monde. La Sainte Vierge ne s’occupait que de Jésus et des âmes à sauver. Saint Jean ne s’occupait que de Jésus et de Marie. Les ennemis du Christ pouvaient bien autour de Lui aboyer comme des chiens et hocher de la tête comme des veaux — c’est ce que dit l’Écriture Sainte, ce n’est pas moi qui l’invente — la solitude de la Sainte Vierge et de notre Seigneur et des saines femmes et de saint Jean n’en était pas moins préservée. C’est cette solitude que nous devons créer en nous, mes bien chers frères.

    Un confrère que j’apprécie particulièrement et qui a exercé son apostolat jusque en Australie et dans des pays étrangers où la Tradition était peu présente, affirme qu’il n’y a que ceux qui faisaient oraison tous les jours, qui tenaient bon dans les épreuves de l’Église, et il affirme que pour cela il faut faire quatre fois les exercices de Saint Ignace pour apprendre à bien prier et à entrer dans cette solitude intérieure, et pour apprendre à ne pas se laisser entraîner à en sortir.

    Nous avons de la chance, mes bien chers frères. La lutte entre le monde et Dieu est arrivée à un tel paroxysme que nous sommes obligés de découvrir les richesses de la vie intérieure à côté desquelles peut-être nous serions passés s’il n’y avait pas eu cette lutte à laquelle nous sommes mêlés par la Providence.

    Cœur sacré de Jésus, soyez mon refuge et ma Providence !

    Cœur immaculé de Marie, soyez mon refuge et ma Providence !

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Tous les sermons sur Job avec saint Grégoire le Grand

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    19 min
  • Sermons sur Job 07. Malheur à celui qui ne réveille pas le démon ! Faut-il avoir peur du démon ?
    Résumé du sermon

    Après avoir été mis en garde contre la lente descente dans le péché, voici que nous sommes incités à nous battre contre le démon, vigoureusement, en hommes libres pour le service de Dieu. C’est pourquoi Job déclare : malheur à celui qui ne réveille pas le démon ! Faut-il avoir peur du démon ? Non, il faut le réveiller pour le combattre !

    Nous verrons ainsi que signifie réveiller le démon, comment combattre le démon avec les anges du Ciel, selon l’Apocalypse, ce qu’est le combat spirituel

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    Transcription du sermon

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

    Mes bien chers frères, la dernière fois, saint Grégoire le Grand nous a décrit de façon poignante le drame de la chute progressive dans le péché. C’est le drame de ceux qui s’endorment dans la nuit, la nuit du péché, dénoncée par Job, la nuit de la mort, et qui se réveilleront à la lumière du jugement dernier qui dévoilera toutes leurs fautes sans exception.

    1. Malheur à celui qui ne réveille pas le démon !

    Face à ce drame, il n’y a qu’un seul autre drame à opposer, et Job nous le dit, malheur à celui qui ne réveille pas le Léviathan, c’est-à-dire le démon, le dragon, le démon vu comme un dragon. Nous pourrions croire, au contraire, qu’il faille ne pas réveiller le démon. Il est dangereux, il tourne contre nous toute l’habileté, tous les arts de la lacération, dit saint Grégoire le Grand.

    Alors nous aurions tendance à penser que la sagesse consiste à ne pas le provoquer, mais ce n’est pas du tout l’avis de Job qui dit : « malheur à celui qui ne réveille pas le Léviathan » ! Saint Grégoire le Grand va insister sur ce point. Il nous explique que ceux qui sont soumis à la volonté du démon sont comme possédés par lui en vertu d’un droit paisible. Et leur roi orgueilleux, le démon, jouit comme d’une certaine sécurité, car il domine leur cœur. Ceux, au contraire, continue saint Grégoire le Grand, qui foulent aux pieds par l’esprit les choses du monde, qui désirent de toutes leurs intentions les choses de Dieu, cela soulève contre eux le démon comme un dragon, parce que leur conduite le pique comme avec une fourche. Lorsque le pécheur abandonne la torpeur de sa négligence, lorsqu’il remplace la froideur de son cœur par le feu de l’amour sacré, quand il a honte d’avoir été retenu si longtemps par l’ennemi et qu’il se souvient de sa liberté que Dieu lui a donnée, alors le démon est furieux, il s’estime volé, bien plus il s’estime méprisé, et c’est vrai.

    Il est furieux que son captif lui résiste, et il s’enflamme pour cela de zèle, c’est-à-dire de jalousie, et comme le démon sait très bien qu’il faut réagir aussitôt, aussitôt il lève contre cet homme d’innombrables tentations. Il dormait tranquille, le démon, dans un cœur mauvais, mais voici qu’il est réveillé par la provocation du combat. De fait, l’Écriture sainte nous dit dans l’Ecclésiastique, « Mon fils, lorsque tu t’approches du service de Dieu, tiens-toi dans la justice à la crainte et prépare ton âme à la tentation. »

    Plus loin, nous verrons cela plus tard, Job dit que la vie de l’homme sur la terre est un combat, et saint Grégoire le Grand appuie encore sur cette vérité : « Celui qui s’empresse de se ceindre — c’est-à-dire de prendre la ceinture du service divin — se prépare à combattre contre l’ancien adversaire, afin de recevoir les coups en homme libre, lui qui servait tranquille, mais captif sous la tyrannie. »

    Il n’y a rien à contredire à l’enseignement de l’Écriture sainte — Job, l’Ecclésiastique — appuyé par le grand saint Grégoire le Grand : ou nous sommes tranquilles, captifs sous le démon, et comme assoupis, aveuglés par l’habitude, ou bien nous nous levons libres dans un combat qui ne s’achèvera qu’au ciel.

    2. cela est vrai à titre personnel, et c’est vrai peut-être encore plus pour la défense de l’Église.

    Pourquoi je dis « peut-être encore plus » ? Parce que penser à son propre salut, sans penser au salut de ses frères, ni au salut de l’Église, c’est être déjà à moitié endormi, à moitié dans la torpeur du démon.

    À titre personnel, pour commencer, qu’avons-nous à faire ? Nous l’avons vu dans un sermon précédent, nous devons commencer par gratter avec des tessons d’argile ce qui sort de nos pensées, nos désirs du monde, nos désirs de la sensualité, nos mauvaises intentions. Et nous devons, au contraire, les consacrer à Dieu.

    Saint Louis-Marie Grignion de Montfort demande que celui qui se consacre à la Très sainte Vierge, lui consacre ses intentions. Avec tout ce qui suit, bien entendu, mais on commence déjà par là, les intentions. Et quand on a fait cela, qu’on a repéré le mal et qu’on veut en sortir, alors on prend de bonnes et fermes résolutions avec l’aide de la Très sainte Vierge, puis on serre la ceinture autour de ses reins et on part au combat.

    C’est le critère pour savoir quels sont les bons prêtres dignes de confiance, les évêques dignes de confiance, les amis également auxquels on peut s’attacher. Réveillent-il le démon ? Il ne suffit pas d’avoir la foi, il faut que cette foi porte au combat. Saint Grégoire-le-Grand nous en a déjà parlé, et je vous ai transmis son enseignement lorsqu’il décrivait les amis de Job qui sont des amis parce qu’ils croient en l’incarnation de Jésus-Christ, qu’ils croient à l’Église et à beaucoup d’autres vérités, ils ont une vraie foi. Mais ils ne mettent pas cette foi en œuvre et ils ne croient pas à l’importance de la Rédemption, à l’importance de l’effusion du sang de Jésus-Christ et aux conséquences de cette effusion du sang de Jésus-Christ : ce sang nourrit les combattants. C’est pourquoi ces amis ne sont pas dignes de confiance.

    Il est de la nature de la foi d’être active, d’éclairer la route pour nous permettre d’avancer. C’est saint Thomas d’Aquin qui l’enseigne, dans son commentaire sur le Credo. Si la foi éclaire, mais que nous n’avançons pas sous son impulsion, alors, elle est morte.

    On réveille le démon en rendant la foi active, en dénonçant les erreurs, en corrigeant les pécheurs. Attention, je vous l’ai dit, corriger ne veut pas dire “taper dessus”, cela veut dire “rendre droit”. C’est la correction fraternelle, la conversion de ceux qui n’ont pas la foi.

    Et sachez-le, mes biens chers frères, cela ne se fait pas à tambour battant, mais dans la charité, dans le Saint-Esprit. N’opposez jamais, mes biens chers frères, la vérité à la charité, n’opposez jamais la rigueur à la douceur. Toute vérité vraie est charitable, toute charité vraie est pleine de foi. La douceur accompagne la fermeté et la discipline, elle ne s’y oppose pas.

    Oh ! que voilà un sermon bien sévère, penserez-vous, bien exigeant ! Certes, puisque saint Grégoire le Grand le dit à la suite de Job, il va falloir s’y mettre, retrousser les manches et s’armer de force. Oh ! mais que c’est difficile, penserez-vous ! Eh bien non, et c’est la troisième partie du sermon, c’est celle à laquelle je voulais arriver, c’est que le ciel tout entier descend sur la terre pour combattre avec nous le démon.

    3. Le ciel entier descend sur la terre pour combattre avec nous le démon

    Ce que nous demandent Job et saint Grégoire le Grand, ce n’est pas de vaincre le démon, ils nous demandent de le réveiller. Cela dépend de nous. Pour le reste, le Christ sera avec nous dans le combat, les saints seront avec nous, les anges du ciel seront avec nous. Mais ils ne le seront que si nous avons commencé par réveiller le démon. Personne ne vient au secours de celui qui dort et qui veut dormir. L’Église a toujours été dans la lutte, mes bien chers frères, et plus le démon se déchaîne, plus Dieu veut rendre brillante la victoire des élus.

    C’est la grande leçon de l’Apocalypse. Si je voulais résumer l’Apocalypse en un seul enseignement, c’est celui-ci. L’Apocalypse nous révèle que dans les luttes des chrétiens contre le Léviathan, contre le dragon, dans les luttes de l’Église contre le dragon, le ciel entier se déplace sur la terre pour accompagner l’Église dans sa lutte.

    Cela a commencé par notre Seigneur Jésus-Christ, qui, tout Dieu qu’il soit, au sein de la sainte Trinité, a voulu descendre sur la terre et affronter le démon. Il a fait plus que l’affronter, il l’a réveillé, lui le premier. Et l’Apocalypse nous montre les anges descendant sur la terre.

    Sœur Lucie de Fatima, à qui on demandait le contenu de la troisième partie du secret de Fatima, répondit « Ce n’est pas difficile, c’est le chapitre 12 de l’Apocalypse. Voici ce que dit ce chapitre :

    « Un grand signe apparu dans le ciel, une femme revêtue du soleil et la lune sous les pieds, et sur sa tête comme une couronne de douze étoiles. » Très souvent on applique cela à la sainte Vierge, mais le sens premier de cette révélation, c’est l’Église. « Elle porte en son sein un fruit, et elle crie dans le désir de l’enfantement », ce qui nous concerne nous qui devons être enfantés à la vie éternelle. « Et il apparut un autre signe dans le ciel, un grand dragon roux qui avait sept têtes et dix cornes. » Les têtes ce sont les péchés capitaux, les cornes c’est l’orgueil. « Sur ses têtes, sept diadèmes, » il se présente comme un roi, et il est accompagné des rois de la terre. « Et le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter », c’est-à-dire devant l’Église pour l’empêcher de faire des chrétiens, « afin que lorsqu’elle l’aurait enfantée, il dévorât son fils. Et elle mit au monde un fils de sexe masculin. » C’est étonnant ce que dit l’Apocalypse : un fils est toujours du sexe masculin. L’Écriture sainte nous dit cela pour nous montrer que cet homme doit être vigoureux, « Un fils de sexe masculin qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer, et son fils fut enlevé vers Dieu et vers son trône. » Cela désigne tous les saints. « Et la femme s’enfuit dans le désert où elle avait une place préparée par Dieu afin d’être nourrie. » Dieu a préparé à l’Église la place. « Et un grand combat s’engagea dans le ciel, Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait, et ses anges avec lui, les démons. Et ils furent impuissants, et il ne se trouva plus dès lors de place pour eux dans le ciel. Et ce grand dragon fut jeté bas, l’antique serpent qui est appelé Diable, ou Satan, qui séduit tout l’univers, il fut rejeté sur la terre, et ses anges furent chassés avec lui. Et j’entendis une grande voix dans le ciel qui disait “Maintenant s’est accompli le salut, et la vertu, et le règne de notre Dieu, et la puissance de son Christ, parce que l’accusateur de nos frères a été rejeté, lui qui les accusait jour et nuit en présence de Dieu”. » Remarquez, mes bien chers frères, que le Saint-Esprit, en inspirant ces paroles de l’Apocalypse à saint Jean, fait dire aux anges : “l’accusateur de nos frères”, les anges sont nos frères « et eux — c’est-à-dire nous avec qui les anges se sont battu, les frères donc — ont triomphé de lui à cause du sang de l’Agneau, et à cause de la parole de leur témoignage, et parce qu’ils n’ont pas cherché à sauver leur vie. »

    Mais le démon ne se sent pas battu pour autant, et l’apocalypse continue. « Après que le dragon eut vu qu’il était jeté sur la terre, il poursuivit la femme qui enfanta un fils, et à la femme furent données deux grandes ailes pour qu’elle volât au désert vers son lieu de refuge. »

    Ces ailes, c’est la sagesse et la patience. La sagesse pour dominer le démon de haut, dominer le monde de haut, et la patience pour continuer la lutte. « Et la terre vint au secours de la femme, et la terre ouvrit sa bouche, et elle absorba le fleuve que le dragon avait envoyé de sa bouche » pour noyer la femme. « Et le dragon s’irrita contre la femme, et il s’en alla faire la guerre contre le reste de sa descendance, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu. »

    Vous voyez bien, mes bien chers frères, deux choses. La première, c’est que nous n’avons pas le choix. Ou nous refusons le combat et effectivement le démon nous laisse tranquille, mais nous avons vu avec saint Grégoire le Grand que cela signifie que nous sommes déjà captifs et qu’il loge dans notre cœur comme chez lui.

    Ou bien nous refusons que le démon habite dans notre cœur comme chez lui, et c’est le combat. Mais ce combat est le plus aisé, le plus facile, parce que le ciel entier est avec nous. Écoutons de nouveau Notre-Dame de Fatima qui nous lance, elle aussi, dans ce combat : Prière et pénitence pour la conversion des pécheurs. Mais évidemment n’est que le début du combat. Même si la sainte Vierge n’en parle pas, notre Seigneur en parle lorsqu’il décrit le jugement dernier. Seront à la droite du Père ceux qui auront exercé les œuvres de miséricorde, les œuvres de miséricorde spirituelles, bien entendu et pas seulement les corporelles : corriger les pécheurs, enseigner la vérité, combattre les erreurs, et dès qu’un ennemi se rapproche de Dieu, lui ouvrir grand les bras dans le pardon.

    Cherchez, mes biens chers frères, des prêtres, des évêques, des amis, qui vous feront participer à ce combat, un combat qui réveille le démon, un combat à la hauteur de celui décrit par l’Apocalypse, pas un combat pour se donner bonne conscience. Et lisez la vie des saints, la vie des martyrs particulièrement et spécialement des martyrs du XXe siècle qui ont tant à nous apprendre.

    Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous ! Cœur sacré de Jésus, j’ai confiance et j’espère en vous.

    Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

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      Transcription du sermon

      Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

      Mes bien, chers frères, Job, après toutes ses épreuves, va prendre la parole pour maudire le jour où il est né, pour regretter sa naissance, pour souhaiter que le jour se termine en nuit. Or, nous avons vu que Job est un homme saint, qu’il n’a jamais récriminé dans les épreuves, au contraire, puisqu’il a proféré cette déclaration extraordinairement belle : C’est Dieu qui a donné, c’est Dieu qui a repris, c’est comme il plait à Dieu, que le nom de Dieu soit béni. Et lorsque son épouse lui fait des reproches, il lui dit, « Si nous recevons de Dieu les biens, pourquoi ne recevrions-nous pas de sa main les maux ? » Donc, c’est à un autre niveau qu’il faut se situer pour comprendre les paroles de Job. Et ce niveau, c’est celui du péché, du monde de péché.

      Il déclare combien de lumières sont fausses et se terminent en ténèbres. Et donc, il est évident, c’est ce que nous dit saint Grégoire le Grand, et encore une fois, c’est cela l’enseignement de l’Église, Job regrette que l’homme soit né dans le péché. Job, qui représente le Christ, non seulement ne regrette pas ses malheurs, mais certainement il est heureux de ce que ses malheurs soient une rédemption, d’une part pour ses propres péchés, parce que, quoiqu’il ait toujours vécu en état de grâce, il sait malgré tout qu’il n’a pas toujours fait exactement ce que Dieu lui demandait, c’est une évidence.

      Donc ses propres péchés, et puis, comme le demande la Très Sainte Vierge à Fatima, l’expiation des péchés des hommes pour sauver les pécheurs de l’enfer. Pour que la leçon porte bien, saint Grégoire le Grand, comme à son habitude, donne un commentaire très utile, très pastoral, et il montre quelles sont les quatre étapes du péché dans le cœur, et les quatre étapes du péché dans sa réalisation. Les quatre étapes du péché dans le cœur sont la suggestion, la délectation, le consentement et l’audace à se défendre ou à se justifier.

      Les quatre étapes du péché dans le cœur

      La première étape, c’est la suggestion, qui vient du démon et de tous ses complices. On la voit très nettement dans le péché originel, Satan vient suggérer à Ève de profiter de sa liberté pour se rendre totalement indépendante de Dieu. La deuxième étape, c’est la délectation dans la chair, dans notre corps, disons, dans notre homme charnel.

      Ce ne sont pas que des délectations sensuelles, mais ce sont des délectations qui plaisent à notre nature charnelle faible. Effectivement, Ève écoute le serpent et l’écriture sainte nous dit qu’elle trouve un goût agréable aux fruits défendus. Le fruit défendu qui n’est évidemment pas simplement la pomme, mais qui est le fruit que Satan lui propose, à savoir profiter de sa liberté pour devenir indépendante.

      La troisième étape, c’est le consentement et là nous le voyons chez Adam, je ne dis pas qu’il n’y a pas de consentement chez Ève, mais chez Adam cela est beaucoup plus visible, parce qu’il n’a pas subi la suggestion du démon, il n’a pas eu la délectation, il arrive directement à l’approbation de son épouse et cette approbation, ce consentement se fait dans l’esprit. C’est lorsque nous donnons notre consentement à ce qui nous plaît que le péché se commet. Tant que le péché reste une délectation, c’est une tentation.

      Mais dès que le consentement est donné, à ce moment-là, le péché est commis. Il y a une quatrième étape sur laquelle saint Grégoire le Grand insiste, à savoir que Adam s’excuse, se justifie, et il dit « c’est ce qui est le plus grave ». Et bien, mes bien chers frères, nous sommes tous dans cette situation, et si je vous en parle, c’est parce que c’est très utile pour vous-même, c’est utile également pour les pères et mères de famille dans l’éducation des enfants. Voyez un enfant, tout pour lui est une suggestion, le gros feutre pour faire des descences sur les murs, la tarte aux fraises que maman a préparée pour faire un acte de gourmandise, les cheveux de sa sœur pour tirer dessus, les habitudes de maman pour la faire crier, tout cela ce sont des suggestions qui viennent du diable, des complices du diable, qui se font encore en secret, il y a évidemment des suggestions qui ne viennent pas des choses comme je viens de vous les décrire, mais plus du démon, pourquoi tu n’écrirais pas sur les murs, cela va faire crier maman, c’est drôle de faire crier maman.

      Et puis tu t’ennuies là, tout seul, alors cela va mettre un petit peu de piment dans la journée. Et il n’est pas difficile de vous dire qu’il y a une délectation chez l’enfant, ah oui, ce serait drôle, ce serait intéressant, ce serait amusant. La troisième étape, c’est le consentement, et là c’est l’esprit qui donne le consentement.

      Bien sûr, si je vous prends l’exemple d’un tout jeune enfant, ce consentement est très faible, parce que surtout s’il n’a pas encore l’âge de raison, il ne se rend pas pleinement compte des choses, n’empêche qu’il s’en rend bien compte, il tire les cheveux de sa sœur parce que c’est amusant, et il ne tire pas la queue du chat parce qu’il sait qu’il va se faire griffer. Il y a donc bien un discernement, un consentement, et après cela, quand il est pris sur le vif, il cherche à se justifier, et là son invention, se justifier, n’a d’égal que son invention à faire des bêtises. Quant à nous-mêmes, mes bien chers frères, il est difficile de donner des exemples, parce que c’est constamment que nous sommes soumis aux suggestions du démon, suggestions de paresse, de remettre son devoir, de ne pas faire ce qui était prévu, de se dire « je le prierai plus tard, je ne ferai pas cette lecture parce que j’ai le temps de la faire demain après-demain, je préfère prendre le journal ou aller voir une vidéo sur YouTube.

       » Puis il y a des choses beaucoup plus graves, les mauvaises amitiés. Pourquoi tu n’irais pas voir un tel ? Pourquoi tu n’irais pas parler avec un tel ? Pourquoi tu n’irais pas dire du mal de ton voisin ? Et malheureusement, cela fait naître en nous une délectation, une délectation de faire ce que nous voulons, il y a hélas une délectation à parler mal du prochain parce que nous avons l’impression que cela nous met en valeur nous-mêmes, et puis vient le consentement, et quand nous nous apercevons que le péché n’était pas raisonnable, parce qu’il n’est jamais raisonnable, alors nous nous donnons des bonnes justifications, soit parce que quelqu’un nous fait des reproches, et nous lui disons « tu ne te rends pas compte, je n’avais pas que cela à faire, on voit bien que tu n’es pas à ma place, c’est madame une telle qui m’a téléphoné, voire même, comment, mais tu n’es pas au courant, mais je viens d’apprendre sur Youtube, tu me reproches d’avoir perdu du temps, mais je viens d’apprendre sur Youtube que le président américain avait fait telle déclaration, et là on se justifie. Quand il s’agit de la foi, on trouve la même chose.

      Pourquoi veux-tu lutter contre le vice dans le monde, contre le modernisme ? Tu ferais bien mieux de rester tranquille chez toi. Inutile de vous décrire, la délectation comprend effectivement à ne pas être obligé de se donner du mal pour lutter contre le mal, le péché, l’hérésie, que sais-je. Et dès qu’on a consenti, le péché est commis.

      Et le pire, c’est qu’on n’a pas l’impression d’avoir consenti à quelque chose de mal, on se justifie. « Je ne peux pas demander à mes enfants de trop gros efforts, je ne peux pas demander, dira le prêtre, à mes fidèles de réagir, ce sont de trop gros sacrifices, ils ont leur vie de famille à mener, etc. Mais ce n’est pas fini, et saint Grégoire le Grand nous dit qu’il y a quatre étapes après cela dans le déroulement extérieur du péché.

      Les quatre étapes du péché à l’extérieur

      La première étape, c’est que le péché est commis en secret, en privé. La deuxième étape, c’est qu’il paraît à nos yeux sans confusion. Là, on arrive vraiment à quelque chose de grave, et on le voit bien aux conséquences, parce que s’il n’y a pas la confusion du péché, si on n’en voit pas, ou si on refuse d’en voir le caractère pécamineux, si on refuse d’en voir le désordre, alors on n’hésite plus à le commettre ouvertement.

      C’est là que, si on est père ou mère de famille, le désordre commence à s’installer dans la maison. Mais il y a une troisième étape, qui est l’habitude. Le péché passe en habitude, puisque le péché n’est plus un péché à nos yeux, puisqu’on refuse d’en voir la gravité, alors pourquoi ne pas continuer, c’est tellement agréable.

      Bien sûr, la conscience continue à mordre un peu, mais comme on a pris des habitudes, on a peu de force pour lutter contre l’habitude, contre le péché. Les forces ont été affaiblies. Et alors, il reste dans la réalisation extérieure, une quatrième et dernière étape, qui est la présomption ou le désespoir.

      La présomption, oui, c’est vrai, j’ai tort. Oui, c’est vrai, quand j’ai un sursaut de conscience, je m’aperçois que cela fait des mois, des années, que je justifie ce péché, que je refuse d’en voir le caractère pécamineux, que je refuse d’en voir les conséquences. Mais le bon Dieu est bon, je me confesserai plus tard, je me confesserai sur mon lit de mort.

      Le bon Dieu permettra que, plus tard, je sorte sans difficulté du péché. Voir, on se berce d’illusions à cause des bonnes œuvres que l’on fait par ailleurs. J’aide à la paroisse, je fais du bien autour de moi.

      Le bon Dieu mettra cela dans la balance, et ça pèse plus que toutes mes mauvaises habitudes. Et si ce n’est pas la présomption, alors c’est le désespoir. Je ne m’en sortirai jamais, ce n’est plus la peine de lutter.

      C’est trop tard. Si nous reprenons l’exemple des enfants, et donc de l’éducation qu’on doit leur donner, les quatre étapes extérieures, tout d’abord la faute est faite en secret, plus ou moins cachée. Et puis, si l’enfant n’est pas repris immédiatement, il ne va plus considérer le péché comme une faute, comme un péché, mais comme un jeu.

      Et à ce moment-là, il le commet ouvertement. C’est alors que le péché passe en habitude, et les parents deviennent très désemparés devant cela. Parce que cela fait dix fois, vingt fois, cent fois qu’il tire les cheveux de sa sœur, il arrive un moment où les parents disent « il faut que cela s’arrête, il est grand maintenant, il va comprendre ». Mais l’habitude est là, alors on est obligé de se fâcher, cela fait des drames.

      Cela fait des drames et c’est de la faute des parents, parce que c’est les reproches des parents qui permettent à l’enfant de se rendre compte du caractère pécamineux de ce qu’il a fait. Les reproches et, quelquefois, les pénitences qu’ils imposent, même si elles ne sont pas lourdes, le fait qu’elles soient une désapprobation sentie suffisent pour éclairer la conscience morale de l’enfant. Et si on ne réussit pas à supprimer cette mauvaise habitude, alors les parents s’installent soit dans la présomption « bon, ce n’est pas grave, après tout, tous les enfants sont comme ça, il faut que jeunesse se passe ». Combien de fois je l’ai entendu cela ? Mais la jeunesse ne se passe pas toute seule.

      On ne sort pas d’une mauvaise habitude comme cela, surtout quand on ne la considère plus comme mauvaise. Et la dernière étape, c’est la présomption, je vous le disais, avec tous les camarades qui viennent le flatter. Et saint Grégoire le Grand insiste sur toutes ces flatteries des pêcheurs qui viennent nourrir le péché du pêcheur et qui entretiennent en lui non seulement la mauvaise habitude, mais surtout étouffent la conscience et font que le pêcheur se dit que tout ira toujours bien et qu’il pourra toujours en sortir.

      C’est pour cela que tant et tant restent dans le modernisme, parce qu’ils y trouvent des justifications et surtout des flatters. C’est pour cela que tant et tant restent dans le libéralisme prétendument catholique, parce que le libéralisme prétendument catholique, c’est une justification du péché pour continuer à jouir de ses délectations. Saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que notre Seigneur a ressuscité une jeune fille dans sa maison.

      Cela nous montre que notre Seigneur vient nous sortir du péché à la première étape, lorsque le péché est encore secret. Il ressuscite le jeune homme en dehors de la ville, le fils de la veuve de Naïm, parce qu’il ressuscite celui dont le péché est devenu public et qu’il n’a pas eu honte de le commettre en public. Attention, c’est symbolique tout cela, je ne dis pas que le fils de la veuve de Naïm était dans le péché, mais comme la mort est le salaire du péché, il est normal de faire des applications.

      Il ressuscite enfin Lazare qui était déjà dans le tombeau. Là le péché est devenu plus qu’une habitude puisqu’il est définitif, mais il n’y a personne pour flatter. Au contraire, les sœurs de Lazare avertissent notre Seigneur qui ressuscite Lazare.

      Mais la quatrième étape, c’est lorsque notre Seigneur appelle un disciple à le suivre et que celui-ci lui dit que ce n’est pas possible, il faut d’abord me laisser rentrer en famille pour enterrer mon père qui est mort. Et là, à la quatrième étape, notre Seigneur qui s’est dérangé si souvent pour ressusciter les morts auparavant et qui pourrait bien le faire pour celui qui l’appelle à le suivre, dit au contraire non, laisse les morts enterrer les morts et toi viens et suis-moi. Et saint Grégoire le Grand nous fait remarquer et cela prouve qu’à la quatrième étape, il est particulièrement difficile de sortir du péché, mais nous l’avons vu, c’est un péché contre le Saint-Esprit.

      Y a-t-il moyen de sortir de toutes ces étapes du péché ? Bien évidemment, sinon le Christ ne serait pas venu sur la terre ou il serait venu en vain s’il ne nous avait pas donné les moyens. Mais alors là, on peut s’attendre à ce que cela rende Satan furieux et cela nous en parlerons la prochaine fois parce que nous allons réveiller un dragon et nous allons découvrir avec Job le plan de Dieu dans cette lutte du dragon contre l’homme et cette lutte surtout de l’homme contre le dragon. Je termine cependant sur une dernière remarque.

      Il n’y a pas que le péché mortel qui offre les dangers que je viens de vous décrire avec saint Grégoire le Grand. Tous les péchés, même véniels, parcourent ces quatre étapes intérieures et ces quatre étapes extérieures. Et si on ne fait pas attention, ils passent en habitude.

      De là, on se justifie d’autant plus facilement qu’il s’agit de péchés véniels et quand on prend l’habitude de se justifier auprès de Dieu, alors on peut dire que les choses deviennent vraiment, vraiment graves. Notre Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

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