Abbé Pivert

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Abbé Pivert episodes

  • Sermon ~ La Genèse 19. La vie intérieure d’Abraham

    Mes bien chers Frères,

    Tout est dit dans le titre.

    Que votre dimanche soit saint, sous le regard de Dieu, pour vous préparer dignement à la venue de Jésus-Christ à Noël dans vos âmes.

    Votre tout dévoué,

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    Résumé du sermon

    Dieu se montre à Abraham et lui parle une seconde fois.

    Il encourage sa vertu d’espérance. Abraham doit être le père des chrétiens et, cependant, il n’a pas encore de descendance. Mais il attend dans la confiance.

    Abraham édifie un autel au Seigneur, mais ne lui offre pas de sacrifice visible.

    Saint Ambroise remarque qu’Abraham, après avoir élevé un autel au lieu dit : le Térébinthe de Moreh, n’offrit point sur lui de sacrifice. Il comprenait que des sacrifices d’animaux irraisonnables étaient insuffisants pour rendre au Dieu qu’il venait de voir un culte digne de lui. Ainsi le père des croyants s’élevait au-dessus du culte juif, avant même que celui-ci ne fût établi. Il se rangeait déjà parmi les vrais adorateurs, ceux qui adorent en esprit et en vérité. Il ne s’établit nulle part et ce pour préserver la foi des siens en les préservant du contact avec les païens.

    19 min
  • Sermon ~ La Genèse 18. Abraham : Quitte ton pays et marche en ma présence

    Mes bien chers Frères,

    Le premier sermon que j’ai enregistré ne me plaisait pas. J’ai réenregistré toute la deuxième partie. La voici. Malheureusement, la qualité technique est un peu défaillante, je sais que vous me le pardonnerez et que vous êtes conscients des difficultés de notre apostolat à contre-courant de tout.

    L’état normal de l’Église est d’être à part du monde : « Quitte ta famille et ton pays et marche en ma présence ».

    1ère partie du sermon

    2e partie du sermon

    Télécharger la première partie

    Télécharger la seconde partie

    Les patriarches : des phares pour les âmes égarées ou désemparées inchangé
    La foi d’Abraham inchangé
    Résumé du sermon texte nouveau

    Les patriarches : des phares pour les âmes égarées ou désemparées

    À un jeune homme qui lui demandait quelques conseils pour tendre à la perfection, saint Grégoire de Nysse répondit en citant d’abord ce texte d’Isaïe : « Regardez Abraham et Sara, qui vous ont enfantés. » Puis il ajoutait :

    C’est à des âmes égarées que ces paroles sont adressées. De même en effet que, pour les marins emportés loin de la direction du port, la vue d’un feu qui s’élève d’une hauteur, ou de la cime d’une montagne aperçue de loin, sert de point de repère pour retrouver la bonne route ; de même les âmes égarées, l’esprit sans pilote dans l’océan de la vie, sont-elles ramenées au port de la divine volonté par l’exemple d’Abraham et de Sara. Et comme l’humanité est divisée en deux sexes, et qu’à tous deux est proposé le libre choix entre le vice et la vertu, la Parole divine a mis sous les yeux de l’un comme de l’autre un modèle à imiter, afin que, les hommes regardant Abraham, les femmes regardant Sara, les deux sexes puissent, par des exemples appropriés, diriger leur vie selon la vertu.

    Dom de Monléon : Dieu a voulu nous montrer en eux dès les origines du monde les prodiges que peut réaliser sa grâce, et comment elle a suffi, en plein pays païen, alors qu’il n’y avait sur la terre ni Évangile, ni Église, ni prédications, ni sacrements, à conduire ceux qui lui furent fidèles, jusqu’aux plus hautes cimes de la sainteté. C’est un exemple sur lequel tout homme sensé doit réfléchir, pour comprendre que, quelles que soient les conditions dans lesquelles il est appelé à vivre, il peut lui aussi, s’il le veut, s’élever jusqu’à la perfection.

    La sainteté de ces hommes nous est garantie par l’Écriture en termes qui ne peuvent laisser place à aucune équivoque. Ils ont été canonisés par la bouche de Dieu lui-même : Je suis, dit-il à Moïse, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. C’est là mon nom pour l’éternité, c’est celui qui doit me rappeler à la mémoire de génération en génération (Ex 3, 6, 15).

    Bien loin de les reléguer au second plan, Jésus-Christ qui venait pourtant remplacer l’Ancien Testament par le Nouveau, a contresigné ce texte de son sceau personnel quand il a dit : Beaucoup entreront dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, et tout son Évangile témoigne de l’estime profonde où il tenait les fondateurs de sa propre famille.

    Ils dessinent, non seulement dans ses grandes lignes, mais même dans ses détails, le mystère de la Rédemption, tel que Jésus-Christ devait un jour le réaliser. Ils ont comme jalonné à l’avance, par des signes que seuls des yeux exercés pourront reconnaître, le chemin que, bien des siècles plus tard, le Sauveur devait suivre, quand il descendrait sur la terre.

    La foi d’Abraham

    Le motif qui détermina notre Patriarche à mener une vie errante fut essentiellement d’ordre religieux. Ce fut la nécessité de préserver les siens de tout contact avec les cultes idolâtriques, qui se répandaient alors parmi les peuples comme une épidémie. Le paganisme envahissait tout, contaminait tout. Or, Abraham avait reçu, dès le premier appel de Dieu, une promesse et une bénédiction ; il savait que sa race était celle qui aurait l’insigne honneur d’assurer le salut du monde et d’engendrer un jour le Messie. Pour répondre aux desseins de la Providence, il fallait donc qu’elle restât absolument pure dans sa foi, intacte dans ses mœurs et qu’elle se gardât de pactiser, si peu que ce fût, avec l’idolâtrie. Dans les siècles qui suivront, le souci de préserver le peuple élu des cérémonies et des coutumes des Gentils sera une croix continuelle pour ceux qui auront à le gouverner. Les Juifs, avec une incroyable obstination, tendront sans cesse à modeler leur vie sur celle des païens. Au désert, quarante jours après l’alliance solennelle du Sinaï, leur premier soin, dès qu’ils se croiront affranchis de la tutelle de Moïse, sera de fabriquer un veau d’or, à la manière des Égyptiens, pour pouvoir l’adorer : et le même égarement se renouvellera constamment au cours de leur histoire. Ils ne penseront qu’à adopter les sacrifices des païens, leurs rites, leurs mœurs ; ils iront jusqu’à se faire initier au culte de Belphégor, le dieu de la luxure, le plus immonde de tous les dieux, et cela du vivant même de Moïse !

    saint Paul : « C’est à cause de sa foiqu’Abraham demeura dans la terre de la promesse, comme dans une terre étrangère, habitant sous la tente, de même qu’Isaac et Jacob, cohéritiers avec lui de la promesse. Il attendait la Cité qui a des fondements (inébranlables), dont Dieu est le fondateur et l’architecte. » (Heb.)

    le juste n’a point ici-bas de demeure permanente, il doit aller à travers la vie présente, toujours en quête de nouvelles vertus, de nouveaux progrès, jusqu’au jour où il verra s’ouvrir devant lui les portes, taillées chacune dans un seul diamant, de la Cité de Dieu.

    Tharé, au contraire, qui abandonne la cité des Chaldéens, mais qui n’a pas le courage d’aller jusqu’à la terre promise, et s’installe dans le pays de Charan, est la figure de ceux qui quittent le monde, avec le dessein de changer de vie et d’embrasser la perfection évangélique, mais qui n’ont pas la persévérance d’aller jusqu’au bout. Bientôt, ils se laissent captiver par les œuvres mêmes auxquelles ils s’étaient adonnés pour devenir meilleurs ; ils les aiment pour elles-mêmes, ils s’y attachent, ils s’y installent, et ils oublient le but vers lequel d’abord ils s’étaient mis en chemin.

    Saint Ambroise remarque qu’Abraham, après avoir élevé un autel au lieu dit : le Térébinthe de Moreh, n’offrit point sur lui de sacrifice. En effet, ajoute-t-il, Abraham ne connaissait pas encore le vrai sacrifice, celui dont l’oblation d’Isaac serait la figure, celui en vue duquel il recevrait lui-même la bénédiction de Melchisédech. Et par ailleurs, il comprenait que des sacrifices d’animaux irraisonnables étaient insuffisants pour rendre au Dieu qu’il venait de voir un culte digne de lui (49). Ainsi le père des croyants s’élevait au-dessus du culte juif, avant même que celui-ci ne fût établi. Il se rangeait déjà parmi les vrais adorateurs, ceux qui adorent en esprit et en vérité (50).

    Résumé du Sermon
    1. Les patriarches sont l’Église dans un état éminent

    Saint Grégoire Nysse : C’est à des âmes égarées que ces paroles sont adressées. De même en effet que, pour les marins emportés loin de la direction du port, la vue d’un feu qui s’élève d’une hauteur, ou de la cime d’une montagne aperçue de loin, sert de point de repère pour retrouver la bonne route ; de même les âmes égarées, l’esprit sans pilote dans l’océan de la vie, sont-elles ramenées au port de la divine volonté par l’exemple d’Abraham et de Sara.

    Nous avons vu la dernière fois que l’Église subit toujours des divisions. Nous voyons aujourd’hui qu’elle e met à part du monde.

    2. L’Église est à part du monde

    La civilisation mésopotamienne était très avancée. Mais Dieu n’en a rien à faire.

    Sors de ton pays et de ta famille et marche en ma présence.

    Nous ne sommes pas de ce monde

    Il ne s’agit pas seulement de se protéger

    Les dangers d’une protection qui n’aurait pas d’idéal. Il ne suffit pas de quitter sa famille, il faut marcher en la présence de Dieu

    Mon royaume n’est pas de ce monde, si mon royaume… douze légions d’anges. Mais non…

    L’apostolat : non pas nous mêler au monde mais l’attirer à Dieu

    L’apostolat n’est pas de se mêler au monde, mais d’attirer à Dieu

    (L’usage des moyens matériels

    Il n’y a que les saints qui puissent les utiliser fructueusement, or ils n’en ont pratiquement pas besoin.)

    3. Conclusion

    Que vos principes soient publiques, que vos œuvres soient cachées.

    6 min
  • Sermon ~ La Genèse 18. Abraham : Quitte ton pays et marche en ma présence

    Mes bien chers Frères,

    L’état normal de l’Église est d’être à part du monde : « Quitte ta famille et ton pays et marche en ma présence ».

    Dom de Monléon : Dieu a voulu nous montrer dans les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, dès les origines du monde, les prodiges que peut réaliser sa grâce, et comment elle a suffi, en plein pays païen, alors qu’il n’y avait sur la terre ni Évangile, ni Église, ni prédications, ni sacrements, à conduire ceux qui lui furent fidèles, jusqu’aux plus hautes cimes de la sainteté. C’est un exemple sur lequel tout homme sensé doit réfléchir, pour comprendre que, quelles que soient les conditions dans lesquelles il est appelé à vivre, il peut lui aussi, s’il le veut, s’élever jusqu’à la perfection.

    Saint Grégoire de Nysse : C’est à des âmes égarées que ces paroles (de la Genèse) sont adressées. De même en effet que, pour les marins emportés loin du port, la vue d’un feu qui s’élève d’une hauteur sert de point de repère pour retrouver la bonne route ; de même les âmes égarées, l’esprit sans pilote dans l’océan de la vie, sont-elles ramenées au port de la divine volonté par l’exemple d’Abraham et de Sara.

    S’il y a des âmes égarées, c’est bien aujourd’hui.

    Il faut beaucoup de foi et d’humilité pour corriger nos fausses appréciations de la situation et nous en remettre à la sagesse de Dieu.

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    À un jeune homme qui lui demandait quelques conseils pour tendre à la perfection, saint Grégoire de Nysse répondit en citant d’abord ce texte d’Isaïe : « Regardez Abraham et Sara, qui vous ont enfantés. » Puis il ajoutait :

    C’est à des âmes égarées que ces paroles sont adressées. De même en effet que, pour les marins emportés loin de la direction du port, la vue d’un feu qui s’élève d’une hauteur, ou de la cime d’une montagne aperçue de loin, sert de point de repère pour retrouver la bonne route ; de même les âmes égarées, l’esprit sans pilote dans l’océan de la vie, sont-elles ramenées au port de la divine volonté par l’exemple d’Abraham et de Sara. Et comme l’humanité est divisée en deux sexes, et qu’à tous deux est proposé le libre choix entre le vice et la vertu, la Parole divine a mis sous les yeux de l’un comme de l’autre un modèle à imiter, afin que, les hommes regardant Abraham, les femmes regardant Sara, les deux sexes puissent, par des exemples appropriés, diriger leur vie selon la vertu.

    Dom de Monléon : Dieu a voulu nous montrer en eux dès les origines du monde les prodiges que peut réaliser sa grâce, et comment elle a suffi, en plein pays païen, alors qu’il n’y avait sur la terre ni Évangile, ni Église, ni prédications, ni sacrements, à conduire ceux qui lui furent fidèles, jusqu’aux plus hautes cimes de la sainteté. C’est un exemple sur lequel tout homme sensé doit réfléchir, pour comprendre que, quelles que soient les conditions dans lesquelles il est appelé à vivre, il peut lui aussi, s’il le veut, s’élever jusqu’à la perfection.

    La sainteté de ces hommes nous est garantie par l’Écriture en termes qui ne peuvent laisser place à aucune équivoque. Ils ont été canonisés par la bouche de Dieu lui-même : Je suis, dit-il à Moïse, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. C’est là mon nom pour l’éternité, c’est celui qui doit me rappeler à la mémoire de génération en génération (Ex 3, 6, 15).

    Bien loin de les reléguer au second plan, Jésus-Christ qui venait pourtant remplacer l’Ancien Testament par le Nouveau, a contresigné ce texte de son sceau personnel quand il a dit : Beaucoup entreront dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, et tout son Évangile témoigne de l’estime profonde où il tenait les fondateurs de sa propre famille.

    Ils dessinent, non seulement dans ses grandes lignes, mais même dans ses détails, le mystère de la Rédemption, tel que Jésus-Christ devait un jour le réaliser. Ils ont comme jalonné à l’avance, par des signes que seuls des yeux exercés pourront reconnaître, le chemin que, bien des siècles plus tard, le Sauveur devait suivre, quand il descendrait sur la terre.

    Résumé du sermon

    le motif qui détermina notre Patriarche à mener une vie errante fut essentiellement d’ordre religieux. Ce fut la nécessité de préserver les siens de tout contact avec les cultes idolâtriques, qui se répandaient alors parmi les peuples comme une épidémie. Le paganisme envahissait tout, contaminait tout. Or, Abraham avait reçu, dès le premier appel de Dieu, une promesse et une bénédiction ; il savait que sa race était celle qui aurait l’insigne honneur d’assurer le salut du monde et d’engendrer un jour le Messie. Pour répondre aux desseins de la Providence, il fallait donc qu’elle restât absolument pure dans sa foi, intacte dans ses mœurs et qu’elle se gardât de pactiser, si peu que ce fût, avec l’idolâtrie. Dans les siècles qui suivront, le souci de préserver le peuple élu des cérémonies et des coutumes des Gentils sera une croix continuelle pour ceux qui auront à le gouverner. Les Juifs, avec une incroyable obstination, tendront sans cesse à modeler leur vie sur celle des païens. Au désert, quarante jours après l’alliance solennelle du Sinaï, leur premier soin, dès qu’ils se croiront affranchis de la tutelle de Moïse, sera de fabriquer un veau d’or, à la manière des Égyptiens, pour pouvoir l’adorer : et le même égarement se renouvellera constamment au cours de leur histoire. Ils ne penseront qu’à adopter les sacrifices des païens, leurs rites, leurs mœurs ; ils iront jusqu’à se faire initier au culte de Belphégor, le dieu de la luxure, le plus immonde de tous les dieux, et cela du vivant même de Moïse !

    saint Paul : « C’est à cause de sa foi qu’Abraham demeura dans la terre de la promesse, comme dans une terre étrangère, habitant sous la tente, de même qu’Isaac et Jacob, cohéritiers avec lui de la promesse. Il attendait la Cité qui a des fondements(inébranlables), dont Dieu est le fondateur et l’architecte. » (Heb.)

    le juste n’a point ici-bas de demeure permanente, il doit aller à travers la vie présente, toujours en quête de nouvelles vertus, de nouveaux progrès, jusqu’au jour où il verra s’ouvrir devant lui les portes, taillées chacune dans un seul diamant, de la Cité de Dieu.

    Tharé, au contraire, qui abandonne la cité des Chaldéens, mais qui n’a pas le courage d’aller jusqu’à la terre promise, et s’installe dans le pays de Charan, est la figure de ceux qui quittent le monde, avec le dessein de changer de vie et d’embrasser la perfection évangélique, mais qui n’ont pas la persévérance d’aller jusqu’au bout. Bientôt, ils se laissent captiver par les œuvres mêmes auxquelles ils s’étaient adonnés pour devenir meilleurs ; ils les aiment pour elles-mêmes, ils s’y attachent, ils s’y installent, et ils oublient le but vers lequel d’abord ils s’étaient mis en chemin.

    Saint Ambroise remarque qu’Abraham, après avoir élevé un autel au lieu dit : le Térébinthe de Moreh, n’offrit point sur lui de sacrifice. En effet, ajoute-t-il, Abraham ne connaissait pas encore le vrai sacrifice, celui dont l’oblation d’Isaac serait la figure, celui en vue duquel il recevrait lui-même la bénédiction de Melchisédech. Et par ailleurs, il comprenait que des sacrifices d’animaux irraisonnables étaient insuffisants pour rendre au Dieu qu’il venait de voir un culte digne de lui. Ainsi le père des croyants s’élevait au-dessus du culte juif, avant même que celui-ci ne fût établi. Il se rangeait déjà parmi les vrais adorateurs, ceux qui adorent en esprit et en vérité.

    1. Les patriarches sont l’Église dans un état éminent

    Saint Grégoire Nysse : C’est à des âmes égarées que ces paroles sont adressées. De même en effet que, pour les marins emportés loin de la direction du port, la vue d’un feu qui s’élève d’une hauteur, ou de la cime d’une montagne aperçue de loin, sert de point de repère pour retrouver la bonne route ; de même les âmes égarées, l’esprit sans pilote dans l’océan de la vie, sont-elles ramenées au port de la divine volonté par l’exemple d’Abraham et de Sara.

    Nous avons vu la dernière fois que l’Église subit toujours des divisions. Nous voyons aujourd’hui qu’elle e met à part du monde.

    2. L’Église est à part du monde

    La civilisation mésopotamienne était très avancée. Mais Dieu n’en a rien à faire.

    Sors de ton pays et de ta famille et marche en ma présence.

    Il ne s’agit pas seulement de se protéger

    Mon royaume n’est pas de ce monde, si mon royaume… douze légions d’anges. Mais non, mon royaume n’est pas de ce monde.

    L’apostolat n’est pas de se mêler au monde, mais d’attirer les âmes à Dieu

    3. ceux qui se laissent captiver

    Tharé qui abandonne la cité des Chaldéens, mais qui n’a pas le courage d’aller jusqu’à la terre promise, et s’installe dans le pays de Charan, est la figure de ceux qui quittent le monde, avec le dessein de changer de vie et d’embrasser la perfection évangélique, mais qui n’ont pas la persévérance d’aller jusqu’au bout. Bientôt, ils se laissent captiver par les œuvres mêmes auxquelles ils s’étaient adonnés pour devenir meilleurs ; ils les aiment pour elles-mêmes, ils s’y attachent, ils s’y installent, et ils oublient le but vers lequel d’abord ils s’étaient mis en chemin.

    21 min
  • Sermon ~ La Genèse 16. L’alliance de Dieu avec Noé et avec les hommes

    Mes Bien chers Frères,

    Toute la vie de l’Église repose sur l’Alliance de Dieu avec les hommes. Toute notre vie personnelle de même.

    Adam, Noé, Abraham, Moïse et, enfin, l’achèvement en Jésus-Christ.

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    Texte de la Genèse

    Mais Noé trouva grâce devant le Seigneur.

    Voici les enfants qu’engendra Noé  : Noé fut un homme juste et parfait au milieu des hommes de son temps  : il marcha avec Dieu  ;

    et il engendra trois fils, Sem, Cham et Japheth.

    Or la terre était corrompue devant Dieu, et remplie d’iniquité.

    Dieu voyant donc cette corruption de la terre (car la vie que tous les hommes y menaient était toute corrompue),

    il dit à Noé  : J’ai résolu de faire périr tous les hommes. Ils ont rempli toute la terre d’iniquité, et je les exterminerai avec la terre.

     …

    J’établirai mon alliance avec vous  ; et vous entrerez dans l’arche, vous et vos fils, votre femme et les femmes de vos fils avec vous.

    Après le déluge :

    Alors Dieu bénit Noé et ses enfants, et il leur dit  : Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre.

    Que tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel soient frappés de terreur et tremblent devant vous, avec tout ce qui se meut sur la terre. J’ai mis entre vos mains tous les poissons de la mer.

    Nourrissez-vous de tout ce qui a vie et mouvement  : je vous ai abandonné toutes ces choses, comme les légumes et les herbes de la campagne.

    J’excepte seulement la chair mêlée avec le sang, dont je vous défends de manger.

    Croissez donc vous autres, et multipliez-vous  ; entrez sur la terre, et la remplissez.

    Dieu dit encore à Noé, et à ses enfants aussi bien qu’à lui  :

    Je vais faire alliance avec vous, et avec votre race après vous,

    et avec tous les animaux vivants qui sont avec vous, tant les oiseaux que les animaux, ou domestiques, ou de la campagne, qui sont sortis de l’arche, et avec toutes les bêtes de la terre.

    J’établirai mon alliance avec vous  ; et toute chair qui a vie ne périra plus désormais par les eaux du déluge  ; et il n’y aura plus à l’avenir de déluge qui extermine toute la terre.

    Dieu dit ensuite  : Voici le signe de l’alliance que j’établis pour jamais entre moi et vous, et tous les animaux vivants qui sont avec vous  :

    Je mettrai mon arc dans les nuées, afin qu’il soit le signe de l’alliance que j’ai faite avec la terre.

    Et lorsque j’aurai couvert le ciel de nuages, mon arc paraîtra dans les nuées  ;

    et je me souviendrai de l’alliance que j’ai faite avec vous et avec toute âme qui vit et anime la chair  ; et il n’y aura plus à l’avenir de déluge qui fasse périr dans ses eaux toute chair qui a vie.

    Mon arc sera dans les nuées, et en le voyant je me souviendrai de l’alliance éternelle qui a été faite entre Dieu et toutes les âmes vivantes qui animent toute chair qui est sur la terre.

    Dieu dit encore à Noé  : Ce sera là le signe de l’alliance que j’ai faite avec toute chair qui est sur la terre.

    Noé avait donc trois fils qui sortirent de l’arche, Sem, Cham et Japheth. Or Cham est le père de Chanaan.

    Ce sont là les trois fils de Noé, et c’est d’eux qu’est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre.

    20 min
  • Sermon ~ La Genèse 14. Noé, l’arche, l’Église et le monde

    Mes bien chers Frères,

    L’Arche de Noé, est la figure, l’annonce de l’Église. Noé cherche à trouver grâce devant Dieu et non à plaire aux hommes. L’arche flotte sur les eaux du monde, elle ne se mêle pas à lui. Elle accueille en son sein ceux qui veulent le salut, elle laisse à leur perte ceux qui cherchent la gloire des hommes.

    Leçon bien étrangère à l’esprit de notre époque et bien opposée à notre désir de plaire. Et pourtant…

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    Notes pour le sermon
    Saint Jean Chrysostome

    Notes pour le sermon
    Introduction

    La corruption des hommes. Les fils de Dieu et les filles des hommes : les hommes pieux descendant de Seth se prennent d’amour pour des femmes impies.

    Les géants : ne pas chercher ce que le Saint-Esprit ne nous révèle pas. À prendre au sens spirituel. Parallèle avec aujourd’hui : les fils de hommes sont puissants comme des géants, non comme Noé.

    Malheur à vous, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! (Luc, 6, 26.)

    Les hommes se moquaient de Noé, mais lui ne cherche qu’à trouver grâce devant le Seigneur.

    Pourquoi ne pas chercher à plaire aux hommes ?
    – parce que leur gloire n’est rien,
    – parce que celui qui plaît aux hommes a déjà reçu sa récompense
    – parce que plaire aux hommes, c’est flatter leurs passions et leurs vices
    – cela dégénère vite à prendre les vices de ceux qu’on flatte.

    Il est inévitable de déplaire au voleur quand on veut rendre son butin à la victime.
    de déplaire au persécuteur quand on veut délivrer sa victime
    de déplaire aux vicieux quand on veut corriger les pécheurs et louer les justes.

    Ceux qui veulent plaire aux hommes reprochent aux Noé de ne pas plaire. “C’est de votre faute si le monde vous critique. Vous êtes trop durs. Etc.”

    Ils poussent à mettre la vérité sous le boisseau pour ne pas déplaire.

    Ils critiquent ceux qui ne cherchent qu’à plaire à Dieu et ils excusent ceux qui cherchent à s’entendre avec le monde, voire ils louent leur habileté.

    Ils se donnent bonne conscience en ne cherchant à plaire qu’à quelques-uns, choisis par eux comme acceptables. Mais cela ajoute l’hypocrisie au vice.

    Celui qui veut plaire s’interdit de faire le bien dans tout la mesure où il veut plaire.

    S. Mt 6, 1 « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.

    2 Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. 3 Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, 4 afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

    19 Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; 20 mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. 21 Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

    Les trésors sont à prendre au sens spirituel et pas seulement matériel : là où est ton trésor, là sera ton cœur. Plaire au hommes est un trésor pour les hommes d’ici-bas.

    Quand tous les hommes et non plus seulement quelques-uns disent du bien de nous, c’est un signe de damnation.

    Ce qu’il y a de plus pénible en enfer, c’est d’avoir perdu la bienveillance de Dieu.

    Béatitude des persécutés

    Au contraire : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice ; parce que le royaume des cieux est à eux. Vous serez heureux lorsque les hommes vous chargeront de malédictions, qu’ils vous persécuteront, et qu’ils diront faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi.

    Exemples

    Les parents qui flattent leurs enfants ou simplement qui pensent que satisfaire les passions va donner de bonnes dispositions.

    L’Église moderne veut plaire au monde. Discours de Paul VI à propos du concile : plus de condamnation, mais la bonne entente.

    Tous libéraux. C’est la raison d’être de leur libéralisme.

    Les voies de la réduction. Mieux vaut prier qu’agir, disent-ils. Conservons les principes, mais ne heurtons pas les individus. On élimine les esprits forts.

    De Noé à l’Église

    Que l’homme critiqué ne tienne pas compte de ces critiques. Au contraire, plus il dira la vérité tôt et nettement, plus il sera en paix.

    Cette attitude est liée à la condition humaine. Ce sera toujours vrai.

    Dans l’Église de Vatican II, mais aussi dans la tradition et même dans la Fidélité Catholique.

    Notre devoir est de rendre gloire à Dieu. Le salut des âmes suivra.

    L’amour envers le prochain, c’est d’abord l’amour envers Dieu et celui-ci rejaillit sur les âmes. C’est le plus puissant moyen de toucher les âmes mal disposées.

    C’est ce que Dieu valide avec l’arche.

    L’arche c’est l’Église qui flotte sur les eaux mouvantes du monde.

    Saint Jean Chrysostome
    Sermon 23e sur la Genèse

    2. Voyez combien l’Écriture est précise, et comme elle ne contient pas une seule syllabe inutile t Après nous avoir exposé l’énormité des fautes dés hommes et la peine terrible réservée aux méchants, elle nous indique celui qui, dans une pareille foule, avait pu conserver la pureté de sa vertu. En effet, la vertu par elle-même est toujours admirable, mais celui qui la pratique au milieu d’hommes qui la repoussent, mé­rite encore plus d’admiration. Aussi l’Écriture sainte nous fait admirer ce juste mêlé à ceux qui allaient éprouver la colère de Dieu, et elle dit : Noé trouva grâce devant le Seigneur Dieu. Non seulement il trouva grâce, mais devant le Seigneur Dieu. Elle nous enseigne ainsi qu’il n’a pas eu d’autre but que d’être bien vu de cet œil qui ne connaît ni le sommeil ni l’as­soupissement, et qu’il ne s’est pas inquiété de la gloire humaine, de la honte et des moqueries. Il est probable que lui, qui cultivait la vertu en opposition avec tout le monde, devait être un sujet de risées et de plaisan­teries pour ceux qui faisaient le mal ; en effet, c’est encore leur habitude à l’égard de ceux qui recherchent la vertu, au lieu de les imiter. Nous voyons bien des hommes faibles qui, ne pouvant supporter ces vices et ces plaisanteries, préfèrent la gloire humaine à la gloire immortelle et seule véritable, et se laissent em­porter et attirer par la malice des autres. En effet, il faut une âme énergique et constante pour résister à ceux qui cherchent à l’entraîner, et ne rien faire dans le but de plaire aux hommes, pour tenir son regard fixé sur 1’œil vigilant d’où elle attend sa sentence en méprisant celle du monde, pour ne pas tenir compte des louanges ou des injures humaines, mais les regar­der comme des ombres ou des rêves. Car la honte mène au péché. (Eccl. sirac 4, 25.) (est enim confusio adducens peccatum et est confusio adducens gloriam et gratiam.) Bien des gens auraient cédé à ces risées, ces sarcasmes, ces plaisanteries ; mais tel n’était pas le juste. Car il résista non seule­ment à dix, à vingt, à cent hommes, mais à toute l’es­pèce humaine, à tous ces milliers de pécheurs. Il est probable qu’on se moqua de lui, qu’on le bafoua, qu’on l’insulta, qu’on l’injuria de toute manière ; peut-être même l’aurait-on mis en pièces si l’on avait pu. Telle est toujours la fureur du vice contre la vertu ; mais, loin qu’il lui porte aucun préjudice, il la fortifie par ses attaques. En effet, telle est la force de la vertu, qu’elle triomphe de ses ennemis par ses souffrances, et qu’elle est plus victo­rieuse à mesure qu’on l’attaque davantage. Cela se voit dans une foule de circons­tances. Mais pour vous donner l’occasion de le recon­naître, car, donnez l’occasion au sage et il deviendra plus sage (Prov. IX, 9), il faudrait vous citer bien des exemples de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ainsi, dites-moi, je vous prie, Abel n’a-t-il pas été ter­rassé et tué par Caïn ? Ne vous attachez pas seulement à ce fait que Caïn a vaincu et tué le frère dont il était jaloux et qui ne lui avait rien fait : mais considérez la suite. Observez qu’à partir de ce moment la victime a obtenu la couronne de la gloire avec celle du martyre, et que tant de siècles n’ont pu effacer son souvenir : voyez aussi que le meurtrier, le vainqueur, a mené de­puis cet instant une existence plus pénible que la mort, et que depuis lors, jusqu’à présent, il est voué à l’in­famie universelle pendant que toutes les bouches chantent chaque jour sa victime. Voilà ce qui regarde la vie actuelle ; quant à celle de l’avenir, quelles pa­roles, quelle intelligence pourraient être à sa hauteur ? Je sais que vous êtes bien capables de trouver dans les Écritures beaucoup d’exemples analogues, car elles sont faites pour notre profit, pour nous engager à fuir le vice et à rechercher la vertu. Voulez-vous trouver d’autres preuves dans le Nouveau Testament ? Ecou­tez ce que saint Luc raconte des apôtres qui se réjouis­saient d’avoir été flagellés publiquement parce qu’ils avaient été dignes de supporter cet opprobre au nom du Christ. (Act. V, 41.) Cependant les coups,de fouet sont un sujet de chagrin et d’abattement plutôt que de joie, mais les recevoir pour Dieu et à cause de lui, voilà ce qui les réjouissait. Quant à ceux qui les avaient flagellés, ils étaient consternés et embarrassés au point de ne savoir que faire : après le supplice ils se consultent entre eux : Que ferons-nous à ces hommes ? (Act. IV, 16.) Eh quoi ! Vous les avez fait flageller, vous leur avez fait subir mille souffrances et vous hésitez encore ? Tant il est vrai que la vertu est forte et invincible et que, par les tortures même, elle triomphe de ceux qui les lui infligent.

    3. Mais pour ne pas nous arrêter trop longtemps sur ce sujet, il faut revenir à notre juste et admirer profon­dément comment sa vertu portée au comble put mé­priser et dominer ce peuple qui riait de lui, s’en mo­quait, le plaisantait, le bafouait (je me répète, je le sais, mais je ne puis me détacher d’un tel sujet). Com­ment donc s’explique ce triomphe ? Je vais vous le dire : Noé ne cessait de contempler l’œil qui ne dort pas ; là se fixait toujours le regard de sa pensée ; tout le reste l’occupait aussi peu que s’il n’eût pas existé. On peut en être certain celui qui est possédé de l’amour divin au point de porter toujours ses désirs vers Dieu, finit par ne plus rien voir des choses vi­sibles ; il songe continuellement à celui qu’il aime, la nuit et le jour, en se couchant comme en se levant. Ne vous étonnez donc pas que le juste, tenant sa pensée uniquement dirigée vers Dieu, ne se soit pas inquiété de ceux qui voulaient le faire succomber. Déployant tout son zèle et soutenu par la grâce d’en-haut, il leur était supérieur à tous. Noé trouva grâce devant le Sei­gneur Dieu. Devant la race des hommes du temps il ne trouvait ni grâce ni affection, car il ne suivait pas la même route, mais il trouva grâce devant celui qui sonde les cceurs et qui approuva ses pensées. Quel mal, dites-moi, pouvaient lui faire lès railleries et les sarcasmes de ces contemporains, puisque Celui qui forme nos cœurs et connaît toutes nos actions le féli­citait et le couronnait ? De quoi servent à un homme les éloges et l’admiration de toute la terre, si le Créa­teur de toutes choses, le Juge infaillible, le condamne dans le jour terrible ? Réfléchissons-y bien, mes bien-aimés, comptons pour rien les louanges des hommes et ne les recherchons en aucune manière, mais fuyons le vice et pratiquons la vertu uniquement pour Celui qui sonde les cœurs et les reins.

    C’est pour cela que le Christ, en nous enseignant à ne pas être avides des louanges humaines, finit par dire : Malheur à vous, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! (Luc, 6, 26.) Observez que ce mot : Malheur indique ce que sera la peine réservée. Cette exclamation présagé une calamité ; c’est presque en déplorant déjà leur sort qu’il leur dit : Malheur à vous, lorsque tous les hommes diront du bien de vous ! Et voyez la précision de ces paroles. Il ne dit pas seule­ment : les hommes ; mais : tous les hommes. Il est im­possible, en effet, que l’homme de bien qui suit la route étroite et pénible, et obéit à tous les ordres du Christ, soit loué et admiré par tous les hommes. Car le vice est bien puissant et bien hostile à la vertu. Le Seigneur sait que celui qui ne s’écarte pas de la vertu et ne demande d’autre approbation que celle d’en-haut, ne peut être loué et approuvé par tous les hommes, et voilà pourquoi il plaint ceux qui négligent la vertu pour la gloire des hommes ; car s’ils se réu­nissent tous pour vous louer, c’est la meilleure preuve que vous n’estimez pas assez la vertu. Comment, en effet, l’homme de bien pourrait-il plaire à tout le monde s’il veut délivrer les opprimés de leurs oppres­seurs, les victimes des bourreaux ? De même, s’il veut corriger les pécheurs et louer les justes, n’est-il pas probable qu’il sera approuvé d’un côté et blâmé de l’autre ? Aussi le Christ dit-il : Malheur à vous lors­que tous les hommes diront du bien de vous ! Com­ment donc ne serions-nous pas frappés d’admiration pour ce juste ? ce que le Christ nous a annoncé en pa­raissant parmi nous, lui, sans autre instruction que la loi naturelle, il l’a accompli d’une manière parfaite, et méprisant l’opinion des hommes, il n’a recherché la vertu sur terre que pour obtenir la grâce de Dieu, car Noé trouva grâce devant le Seigneur Dieu. Du reste, c’est à cause des vertus dont il était doué qu’il a trouvé grâce devant le Seigneur Dieu, comme l’explique l’admirable prophète inspiré par le Saint-Esprit ; il faut étudier la suite pour voir ce que Dieu pense de lui. Voici les générations de Noé : Noé fut un homme juste, accompli dans son temps ; Noé plut à Dieu. Voilà une manière étrange de commencer une généa­logie. L’Écriture sainte commence par dire : voici les générations de Noé ; elle excite notre attention comme si elle allait raconter sa généalogie, dire quel était son père, d’où venait sa famille, comment lui-même était venu au monde, et enfin tout ce que l’on.trouve d’ordinaire dans les généalogies ; mais elle laisse tout cela de côté, et, se mettant au-dessus des usages reçus, elle dit : Noé était un homme juste, accompli dans son temps ; Noé plut à Dieu. Voyez quelle admirable généalogie ! Noé était un homme. Remarquez que le nom qui nous est commun à tous est employé ici pour glorifier le juste. Car, tandis que les autres, plongés dans les voluptés charnelles, avaient perdu la qualité d’hommes, Noé seul, au mi­lieu d’un si grand peuple, garde la vraie condition de l’homme. Ainsi il est homme parce qu’il cultive la vertu. En effet, avoir l’apparence d’un homme, les yeux, le nez, la bouche, les joues et tout le reste, ce n’est pas là ce qui fait l’homme, car tout cela appar­tient au corps. Nous appelons homme celui qui con­serve intact le type de l’homme. Mais comment le dé­finir ? On dit que c’est un être raisonnable. Quoi donc ! les méchants n’avaient-ils pas aussi la raison ? Si, mais cela ne suffit pas : il faut aussi chercher le bien et fuir le mal, dominer les mauvaises passions et obéir aux ordres du Seigneur : voilà l’homme !

    20 min
  • Sermon pour la Toussaint par Mgr Lefebvre

    Homélie Monseigneur Lefebvre
    Toussaint 1er novembre 1976

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    Mes bien chers frères,

    L’Eglise toujours soucieuse de vous dispenser un enseignement adapté à la fête que nous célébrons, nous fait lire aujourd’hui dans l’épître, comme un aperçu du Ciel, nous ouvre un peu le mystère que nous souhaiterions déjà ici-bas; que nous souhaiterions déjà connaître; que nous voudrions percer d’une certaine manière afin de savoir ce que le Bon Dieu prépare à ceux qu’il a choisis, à ses élus.

    Et dans l’évangile, la Sainte Eglise nous rappelle que nous sommes encore ici-bas et que nous avons à suivre ce que l’on pourrait appeler le code de la route du Ciel, qui ne sont autres que ces magnifiques béatitudes suivies de tous les enseignements de Notre Seigneur, données sur la montagne.

    Ainsi dans l’épître l’Eglise s’efforce d’attirer nos regards vers le Ciel, afin d’y attirer nos cœurs et nos âmes. Car, en définitive, nous sommes bien des pèlerins du Ciel; nous sommes bien dans l’état de voyageur et nous avons par conséquent à regarder le but vers lequel nous marchons.

    Que sera le Ciel ? Qu’est-ce que le Ciel pour ceux qui s’y trouvent, pour les élus ? Et puis saint Jean dans l’Apocalypse essaie de nous décrire d’une manière sans doute bien imparfaite, car aucune parole ne peut décrire ce qui se passe au Ciel, c’est bien saint Paul lui-même qui le dit, lui qui a été enlevé en quelque sorte pendant quelque temps dans le Ciel. Il dit lui-même qu’il est impossible de trouver les mots qui peuvent signifier la grandeur, la beauté, la sublimité de ce qu’il a vu.

    Saint Jean nous décrit ces foules immenses non seulement du peuple juif, mais venues de tous les horizons du monde, de toutes les nations et qui adorent le Seigneur et qui chantent ses louanges.

    Honneur, gloire, toute-puissance au Dieu Créateur dans les siècles des siècles. Et si l’on peut essayer de se faire une idée de ce que peut être la joie des élus et le ravissement dans lequel ils se trouvent, il me semble que nous devons par ces faits qui sont décrits dans l’Evangile, que nous pouvons approcher en quelque sorte de ce que les élus peuvent voir et comprendre dans le Ciel.

    Rappelez-vous la Transfiguration. Les apôtres sont comme projetés à terre par la splendeur que Notre Seigneur découvre à leurs yeux, splendeur plus belle que le soleil, disent-ils.

    Notre Seigneur, avant sa Passion, avant l’épreuve qu’allaient subir les apôtres, leur montre ce qu’il était en réalité, car Notre Seigneur aurait dû avoir cette splendeur et cette lumière d’une manière naturelle étant donné qu’il avait la vision béatifique, qu’il était dans le Ciel. Non pas seulement qu’il était dans le Ciel, mais qu’il est le Ciel. Notre Seigneur c’est le Ciel : Ubi Christus ibi Paradisus : Où est le Christ, là est le Paradis.

    Et par conséquent, il était normal que Notre Seigneur découvre ce qu’il était, qu’il était Dieu. Et les apôtres se sont trouvés ravis, tellement bien qu’ils ont demandé de dresser trois tentes pour demeurer dans cet endroit, pour l’éternité en quelque sorte.

    Et nous savons également que par sa splendeur, par sa lumière, Notre Seigneur ressuscitant, a projeté également à terre les gardes, éblouis et stupéfaits, émerveillés par cette lumière qui sortait du tombeau de Notre Seigneur.

    Ainsi, nous pouvons penser que tout est lumière là-haut; tout est grandeur; tout est splendeur.

    Et puis nous savons aussi par les saints du Ciel – par la permission de Notre Seigneur – qui sont venus apparaître à des personnes choisies ici-bas, nous savons, que ces apparitions réelles, les apparitions reconnues par l’Eglise, ces personnes se sont trouvées elles aussi, ravies, en dehors de leurs sens.

    On se rappelle de Bernadette, voyant la très Sainte Vierge, elle ne sentait plus la douleur de la flamme que l’on approchait de ses mains et qui brûlait, en quelque sorte ses doigts. Eh bien, elle ne le sentait pas, parce qu’elle était ravie par la beauté et la sublimité de la très Sainte Vierge Marie.

    Ainsi donc nous pouvons penser que le Ciel est quelque chose qui nous ravira, qui sera tellement beau, tellement splendide, tellement émouvant que nous serons aussi transporté de joie et heureux d’approcher Celui qui est notre Dieu. S’approcher de Dieu, c’est approcher de la charité; c’est approcher de l’amour. Et par conséquent, les âmes qui sont en présence de Dieu, sans doute, ne peuvent mesurer le temps. Il n’y a plus de temps. Les choses se passent en dehors du temps. Il est bien difficile pour nous de concevoir ces choses, mais pourtant c’est la réalité et tout ce que nous pouvons savoir du Ciel nous fait espérer qu’un jour aussi, nous irons rejoindre ceux qui s’y trouvent et qui jouissent d’un bonheur éternel.

    Mais il y a des conditions à remplir pour aller au Ciel et Notre Seigneur, dans son Sermon sur la montagne, n’oublie pas de nous dire que la voie est étroite. C’est dans ce Sermon sur la montagne qu’il nous rappelle que le chemin qui conduit au Ciel n’est pas un chemin facile et que tous malheureusement n’y parviennent pas.

    Sans doute ceux qui n’y parviennent pas, le sont par leur propre faute et non pas par la faute de Notre Seigneur. C’est pourquoi nous devons méditer sur ce Sermon sur la montagne.

    La première partie est celle des béatitudes.

    Et nous sommes stupéfaits par ces béatitudes qui contredisent l’esprit du monde; lequel contredit ce bonheur auquel nous voudrions déjà participer ici-bas. Alors que Notre Seigneur nous dit que bienheureux sont ceux qui sont persécutés ici-bas, bienheureux ceux qui souffriront et ceux qui seront maudits, contre lesquels on lancera des calomnies ils auront une grande part au Ciel et ils partageront le Royaume des Cieux.

    Tout cela n’est pas bien conforme à ce que le monde souhaite. Le monde n’aime pas la souffrance, le monde n’aime pas être méprisé.

    Mais ce n’est pas tout. Notre Seigneur nous parle ensuite d’une charité encore plus grande que celle des Scribes et des Pharisiens. Il parle d’une charité qui va au-delà de ce que nous pouvons peut-être penser. Si quelqu’un nous demande de l’accompagner sur une certaine distance. Notre Seigneur n’hésite pas à dire : Mais faites le double, accompagnez-le toujours davantage.

    Si quelqu’un vous méprise et s’il est votre ennemi, aimez-le; aimez vos ennemis. N’aimez pas seulement vos amis. Vous avez une charité extérieure, vous manifestez votre charité; eh bien ne la manifestez pas seulement extérieurement, manifestez-la aussi intérieurement. Et si vous êtes tenté par le péché, il ne faut pas suivre ces tentations, même intérieures.

    Il le dit explicitement : Il ne suffit pas de ne pas commettre l’adultère, encore faut-il ne pas avoir un simple désir dans son cœur. Et si vous priez, ne priez pas seulement extérieurement; ne manifestez pas votre prière pour que les gens vous voient et vous admirent et vous estiment. Mais priez dans vos chambres; enfermez-vous dans vos cellules et priez vraiment Dieu.

    Et c’est à ce moment-là que Notre Seigneur nous enseigne la magnifique prière du Pater noster, du Notre Père. Si vous voulez être parfait, soyez parfait comme votre Père céleste est parfait; cela résume tout le Sermon sur la montagne : Comme votre Père céleste est parfait.

    Et c’est dans la prière du Pater, que Notre Seigneur dit qu’ il faut que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au Ciel. Le Bon Dieu nous demande par conséquent, une perfection très grande. Il est exigeant pour nous. Et cette charité si grande, si exigeante que le Bon Dieu demande de nous. Il nous donne le moyen de l’accomplir. Il nous le donne d’abord par la prière. Si nous voulons être parfait, nous devons prier. Nous devons le demander à Notre Seigneur Jésus-Christ. Car par nous-même, nous ne pouvons plus arriver à cette perfection. C’est par la grâce de Notre Seigneur que nous pouvons y parvenir.

    Comment obtiendrons-nous cette grâce de Notre Seigneur, cette grâce surnaturelle qui fait de nous des enfants de Dieu? Nous l’obtiendrons par la prière et par les sacrements. Nous devons donc aimer recevoir les sacrements, participer aux sacrements, en particulier aux sacrements de pénitence et de l’Eucharistie. Ainsi nous recevrons véritablement en nous cette vie de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous aidera à pratiquer cette perfection que Jésus demande de nous.

    Et cela, aujourd’hui en particulier, est très important pour nous, pour nous qui voulons suivre Notre Seigneur Jésus-Christ; qui voulons le considérer comme notre Roi; qui voulons le considérer comme exemple. Ne le disons pas seulement des lèvres et de la parole, mais pratiquons-le. Montrons à tous ceux qui nous critiquent, à tous ceux qui pensent que nous nous éloignons de Notre Seigneur, que nous nous éloignons de l’Eglise, montrons au contraire que nous sommes vraiment des enfants de l’Eglise, des enfants de Dieu, des enfants de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et ce, en pratiquant les vertus que Notre Seigneur Jésus-Christ nous demande de pratiquer. En particulier la charité; la vraie charité, non pas la charité qui consiste dans des compromis, qui consiste dans des abandons, mais dans la charité qui est celle de la vérité, qui est celle de la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ.

    Demandons à la très Sainte Vierge Marie de nous aider à marcher selon ce code de la perfection que Notre Seigneur a prêché sur la montagne. Demandons à la très Sainte Vierge Marie de nous donner cette grâce d’accomplir les conseils que Notre Seigneur Jésus-Christ nous donne. Et ainsi, nous aurons l’espérance d’aller rejoindre ceux qui sont au Ciel.

    Au nom du Père…

    15 min
  • Sermon ~ La Genèse 12. Miséricordieuse punition que Léon XIV ne veut pas admettre

    Mes bien chers Frères,

    La sentence de Dieu après le péché originel porte beaucoup plus un remède qu’une punition et elle apporte bien des consolations pour supporter ce qu’il reste de peine.

    De plus, notre étude sur la sentence de Dieu après le péché tombe à point pour montrer ce qui est fondamentalement faux dans la dernière exhortation apostolique de Léon XIV.

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    Texte sacré de la Genèse
    Résumé du sermon

    Texte sacré

    Et lorsqu’ils eurent entendu la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le paradis, à la brise du soir, Adam et sa femme se cachèrent de la face du Seigneur Dieu au milieu des arbres du paradis.

    Mais le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Où es-tu ?

    Adam répondit : J’ai entendu votre voix dans le paradis ; et j’ai eu peur, parce que j’étais nu, et je me suis caché.

    Dieu lui dit : Mais qui t’a appris que tu étais nu, si ce n’est que tu as mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ?

    Et Adam répondit : La femme que vous m’avez donnée pour compagne m’a présenté du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé.

    Alors le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? Elle répondit : Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé.

    Le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux de la terre : tu ramperas sur ton ventre, et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.

    Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : Elle te brisera la tête, et toi, tu lui tendras des embûches au talon.

    Il dit encore à la femme : Je multiplierai tes fatigues et tes grossesses ; c’est dans la douleur que tu mettras au monde des enfants ; tu seras sous la puissance de ton mari, et lui te dominera.

    Mais à Adam, il dit : Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit dont je t’avais défendu de manger, maudite sera la terre en ton œuvre ; et c’est avec des labeurs que tu en tireras ta nourriture durant tous les jours de ta vie.

    Elle te produira des épines et des chardons : et tu mangeras l’herbe de la terre. C’est à la sueur de ton front que tu te nourriras de pain, jusqu’àce que tu retournes à la terre, d’où tu as été tiré : puisque tu es poussière, tu retourneras à la poussière.

    Adam donna à sa femme le nom d’Eve, parce qu’elle était la mère de tous les vivants.

    Le Seigneur Dieu fit aussi à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et les en revêtit.

    Et il dit : Voilà qu’Adam est devenu comme l’un de nous, sachant le bien et le mal : maintenant donc,, qu’il n’avance pas sa main ; qu’il ne prenne pas non plus du fruit de l’arbre de vie ; qu’il n’en mange point, et qu’il ne vive point éternellement.

    Et le Seigneur Dieu le renvoya du jardin de délices, afin qu’il labourât la terre, de laquelle il fut tiré.

    Il renvoya donc Adam, et il plaça à l’entrée du jardin de délices les Chérubins avec un glaive flamboyant qu’ils brandissaient, pour garder la voie de l’arbre de la vie.

    Résumé du sermon

    La punition que Dieu donne est un remède

    La punition du serpent, victoire de l’homme

    Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : Elle te brisera la tête, et toi, tu lui tendras des embûches au talon.

    dans la lutte : te la mordras au talon.

    Victoire : elle t’écrasera la tête.

    Qui ? Le Sauveur Jésus-Christ – la Très Sainte Vierge Marie – les fils de Marie

    La punition de la femme

    tu seras sous la puissance de ton mari, et lui te dominera. Ce n’est pas un châtiment, mais un remède.

    La soumission de la femme est naturelle.

    Mais puisqu’elle a péché, son second rang est devenu une faiblesse. Elle a retourné ses qualités contre elle même.

    La reine servante que nous avons décrite si pleine de qualités, est devenue une reine faible. Encore capable de régner comme aide d’Adam, mais ayant beaucoup plus besoin de sa direction qu’avant la chute.

    Direction qui est plus contraignante, car il n’y a plus la spontanéité de l’amour entre eux deux.

    La soumission de la femme à son mari restaure sa royauté

    Je multiplierai tes fatigues et tes grossesses ; c’est dans la douleur que tu mettras au monde des enfants ;

    Je veux aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux, mais qu’elles se parent de bonnes œuvres, comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu. Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté. 1 Tim 2

    En étant mère : en reprenant avec fidélité sa mission première.

    Les vices opposés :
    – femme insoumise, refusant enfants,
    – homme faible

    La punition de l’homme

    « Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit dont je t’avais défendu de manger, maudite sera la terre en ton œuvre ; et c’est avec des labeurs que tu en tireras ta nourriture durant tous les jours de ta vie.

    Elle te produira des épines et des chardons : et tu mangeras l’herbe de la terre. C’est à la sueur de ton front que tu te nourriras de pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre, d’où tu as été tiré : puisque tu es poussière, tu retourneras à la poussière. »

    C’est la terre qui est maudite, non l’homme, alors que pour le serpent, c’est lui que Dieu a maudit.

    La terre est maudite, car elle appesantit, car elle produit les richesses qui rendent le salut difficile : il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Etc.

    La peine et la sueur ainsi que les épines sont une retenue contre les désirs des richesses, une réparation quand on les a trop désirées.

    Punition commune

    Chassés du paradis terrestre et privés de l’arbre de vie pour désirer les retrouver, mais plus parfaits : le Paradis éternel, l’arbre de vie éternelle, c’est-à-dire la Croix.

    Léon XIV Dilexi te

    Sous prétexte de lutter contre la pauvreté, il veut rendre tout le monde riche. Il oublie ce que Dieu  imposé à l’homme dès la faute.

    Vous avez toujours des pauvres parmi vous. (Jn 12, 8)

    Bienheureux les pauvres, Bienheureux ceux qui pleurent,

    La miséricorde et principalement spirituelle : Soyez miséricordieux comme votre Père des ceux est miséricordieux. Lc 6, 36

    Justice et charité

    La miséricorde est le fruit de la charité

    La justice est pour le bien commun, c’est-à-dire pour le salut éternel. Certes, tous les biens doivent servir au salut. Donner à un pauvre, c’est lui donner ce dont il a besoin pour se sauver, non en faire un riche.

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  • Sermon ~ La Genèse 11. La chute du roi

    Mes bien cher Frères,

    La chute du roi, tel est le péché originel : Adam, roi de la terre chute lamentablement. Eve, par son péché, se rend esclave du démon qui était son esclave, et Adam se rend esclave de son épouse qui était son aide.

    Il n’y a que Dieu qui puisse restaurer cette royauté perdue, et il le fait par l’humilité de la Croix.

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    Saint Jean Chrysostome

    16e Sermons sur la Genèse

    1. Je veux aujourd’hui, mes chers frères, mettre à votre disposition un trésor spirituel qui ne se vide jamais, quoiqu’on y prenne à pleines mains : il possède même le double privilège d’enrichir tous ceux qui se l’approprient et de se remplir de nouveau, lorsqu’on le croit épuisé. Souvent une légère portion d’un trésor matériel suffit pour nous rendre puissamment riches ; et à plus forte raison les moindres paroles de l’Écriture contiennent d’excellentes vérités qui sont comme d’abondantes richesses. Le propre de ce trésor est d’enrichir tous ceux qui le trouvent, et d’être lui-même inépuisable, parce qu’il s’alimente sans cesse aux sources de l’Esprit-Saint. Il faut donc que de votre côté vous reteniez mes explications avec soin, et que du mien, je m’efforce de vous les rendre plus intelligibles, car la grâce est toute prête, et ne demande que des cœurs sur lesquels elle se puisse largement répandre. Au reste, l’explication du passage qui vient d’être lu, sera bien propre à nous montrer l’immense bonté du Seigneur, et son extrême bienveillance à l’égard de notre salut.

    Et ils étaient tous deux nus, Adam et la femme, et ils n’en rougissaient pas. (Gen. 2, 25.) Considérez, je vous y invite, l’éminent bonheur de nos premiers parents. Combien ils étaient élevés au-dessus de toutes les créatures sensibles et grossières ! ils habitaient moins la terre que le ciel ; et quoique revêtus d’un corps, ils n’en sentaient pas les infirmités, puisqu’ils n’avaient besoin ni de toit, ni d’habits, ni d’aucun autre secours extérieur. Or ce n’est point sans raison et sans motif que la sainte Écriture entre dans ce détail, et nous apprend que leur vie était exempte de. douleur et de tristesse, et que leur état était presque celui des anges. Elle veut qu’en les voyant ensuite dépouillés de tous ces privilèges, et tombés d’une haute opulence dans une profonde misère, nous n’attribuions leur chute qu’à leur propre négligence. Au reste, il est important de faire attention à ce passage entier de la Genèse. Car Moïse a dit d’abord qu’Adam et Eve étaient nus, et qu’ils n’en rougissaient pas. Eh ! comment eussent-ils connu leur nudité, puisque la gloire céleste les parait comme d’un superbe vêtement ! Puis il ajoute que le serpent était le plus rusé de tous les animaux que (88) le Seigneur Dieu avait créés sur la terre, et le serpent dit à la femme : Pourquoi Dieu vous a-t-il dit : ne mangez pas du fruit de tous les arbres qui sont dans le paradis ?

    Voyez-vous la noire jalousie du démon, et ses embûches multipliées ! il ne put souffrir que l’homme fût placé dans un rang d’honneur qui l’égalait presque aux anges. Et en effet, le Psalmiste dit de l’homme : Seigneur, vous l’avez un peu abaissé au-dessous des anges (Ps. VIII, 6) ; et encore, cette expression, un peu abaissé se rapporte-t-elle à l’état qui a suivi le péché de la désobéissance, puisque David parlait après la chute de l’homme. Le démon voyait donc que l’homme était un ange sur la terre, et la vue de son bonheur faisait sécher d’envie cet auteur de tous les maux. Car lui-même avait fait partie des chœurs célestes, mais sa volonté mauvaise et sa grande malice l’avaient précipité du plus haut des cieux. C’est pourquoi il tenta de rendre l’homme désobéissant, afin que lui faisant perdre la grâce divine, il pût le dépouiller des biens dont le Seigneur l’avait enrichi. Comment s’y prit-il ? Il se servit du serpent, qui était le plus rusé de tous les animaux, ainsi que nous l’apprend :Moise : Or, le serpent était le plus rusé de tous les animaux que le Seigneur Dieu avait créés sur la terre. Ce fut l’instrument qu’il mit en œuvre pour tromper la femme, et pour la séduire par une insidieuse familiarité, comme étant plus faible et plus simple que l’homme. Et le serpent dit à la femme. Cet entretien nous montre que dans le principe, ni l’homme, ni la femme n’avaient frayeur des animaux, et que ceux-ci reconnaissaient tous leur empire et leur autorité. Les bêtes sauvages et féroces étaient alors aussi soumises que le sont aujourd’hui les animaux domestiques.

    2. Ici peut-être me demandera-t-on si le serpent était doué de raison. Assurément non et le sens de l’Écriture est que ce fut le démon qui emprunta son organe, et qui trompa l’homme par un effet de sa noire jalousie. Le serpent ne fut donc que l’instrument docile de sa malice, et il s’en servit pour tenter d’abord la femme, comme étant plus faible, et ensuite pour entraîner, par elle, le premier homme. Ainsi, il dressa ses embûches par l’intermédiaire du serpent, et, par son organe, il entra en conversation avec la femme : Pourquoi lui demanda-t-il, Dieu vous a-t-il dit : ne mangez pas du fruit de tous les arbres qui sont dans le paradis ? Mais, considérez la malice de cet esprit artificieux. On dirait qu’il ne veut qu’insinuer une bonne pensée, et qu’il n’interroge la femme sur cette défense que par le motif d’un tendre intérêt. C’est ce que montre lien cette parole : Pourquoi Dieu vous a-t-il dit : Ne mangez pas du fruit de tous les arbres qui sont dans le paradis ? « Cet esprit mauvais semble lui dire : Pourquoi Dieu vous a-t-il interdit une si douce jouissance ? et pourquoi ne vous a-t-il pas accordé l’usage de tous les fruits que produit ce jardin ? il ne vous en a permis la vue que pour vous en rendre la privation plus pénible et plus amère. Pourquoi Dieu vous a-t-il dit ? Eh quoi ! ajouta-il encore, y a-t-il réellement pour vous avantage d’habiter ce jardin, puisque vous ne pouvez jouir de ses productions ? ou plutôt n’est-ce pas un véritable supplice que de voir ces beaux fruits, et de ne pouvoir en manger ?

    Observez comme des paroles insinuèrent le poison dans le cœur de la femme. Elle devait dès le début soupçonner la malice de son interlocuteur, car il lui mentait sciemment, et ne semblait lui porter intérêt que pour connaître le commandement du Seigneur, et l’engager ensuite à le transgresser. Eve pouvait donc apercevoir facilement l’imposture ; et elle devait soudain repousser les paroles de l’esprit mauvais et ne point devenir le jouet de sa malice : mais elle ne le voulut pas. Il fallait, dis-je, que dès le principe elle rompît l’entretien, et que, désormais, elle se bornât à parler à l’homme pour qui seul elle avait été formée, et dont elle était la compagne et l’égale, non moins que l’aide et la consolation. Mais elle se laissa, je ne sais comment, engager dans ce funeste colloque, et elle écouta les insidieuses paroles que le démon lui adressait par l’organe du serpent. Du moins il lui était aisé de reconnaître que ces paroles n’étaient que tromperie et mensonge, puisqu’elles affirmaient tout le contraire de ce que Dieu leur avait commandé. C’est pourquoi à l’instant même elle eût dû prendre la fuite, rompre toute relation et maudire cet esprit méchant qui osait censurer les ordres du Seigneur. Mais Eve fut si légère et si irréfléchie que, loin de fuir, elle révéla au démon le précepte divin, et, selon l’expression de l’Évangile, elle jeta des pierres précieuses devant un pourceau. Ainsi elle agit contre ce commandement du Sauveur : Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils (89) ne les foulent aux pieds, et que se retournant, ils ne vous déchirent. (Matth. VII, 6.)

    C’est ce qui arriva alors : Eve jeta devant le démon, ce pourceau immonde et cette bête farouche, les perles du précepte divin ; et cet esprit mauvais, qui agissait par l’organe du serpent, les foula indignement par ses audacieux mensonges ; bien plus, se retournant ensuite contre la femme, il la fit tomber, ainsi que l’homme, dans l’abîme de la désobéissance, tant il est dangereux de révéler indistinctement les secrets divins ! Avis à ceux qui causent de religion indifféremment avec tous ! Car Jésus-Christ, dans cet endroit de l’Évangile, désigne bien moins des pourceaux véritables que ces hommes dont les mœurs sont dépravées, et qui se plongent, comme de vrais pourceaux, dans la fange du péché. Il nous enseigne donc à observer les personnes et les mœurs de ceux auxquels nous expliquons les enseignements de la religion, de peur que ces entretiens ne nous soient mutuellement nuisibles. Car, outre que des esprits de ce caractère ne profitent guère de nos paroles, ils entraînent souvent dans l’abîme ceux qui, sans nulle discrétion, répandent devant eux ces perles divines. Ainsi, soyons en cela prudents et réservés, afin de ne pas nous laisser séduire comme nos premiers parents. Car si la femme n’eût point jeté les perles devant ce pourceau, elle n’eût point désobéi elle-même à Dieu et n’eût point entraîné l’homme dans son péché.

    3. Mais écoutons la réponse de la femme. Le tentateur demande : pourquoi Dieu vous a-t-il dit : Ne mangez pas de tous les fruits des arbres du Paradis ? et la femme lui répond : Nous mangeons du fruit de tous les arbres de ce jardin ; mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a dit : N’en mangez point et n’y touchez point, de peur que vous ne mouriez. Voyez-vous la malice du démon ? il avait avancé un mensonge, afin d’engager la conversation et d’apprendre ainsi quel était le commandement du Seigneur. Et, en effet, la femme trop confiante en sa prétendue bienveillance, lui découvrit, avec le précepte, toute l’économie des décrets divins ; mais elle s’enleva ainsi tout moyen de défense. Eh ! que pouviez-vous, ô femme, répondre à une telle parole : Le Seigneur a dit : Ne mangez pas de tous les fruits des arbres du Paradis ? vous deviez soudain chasser cet insolent, qui osait parler autrement que Dieu, et lui dire : Retire-toi, imposteur ; tu ignores l’importance du commandement qui nous est fait, et tu ne connais ni les biens dont nous jouissons, ni l’abondance où nous sommes de toutes choses. Tu oses dire que Dieu nous a défendu l’usage des fruits de ce jardin ! mais, tout au contraire, le Dieu créateur a daigné, dans son immense bonté, nous permettre de jouir de toutes choses et de manger de tous les fruits, à la réserve d’un seul, qu’il a excepté dans notre intérêt, de peur que nous ne mourions.

    C’est ainsi que la femme eut dû repousser le tentateur, et la plus légère prudence lui conseillait de rompre l’entretien et de ne point le prolonger. Mais, peu contentée d’avoir révélé au démon le précepte et le commandement divin, elle prêta l’oreille à ses perfides et dangereux conseils ; la femme avait dit : Nous mangeons du fruit des arbres de ce jardin, mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a dit : Ne mangez pas de ce fruit et n’y touchez point, de peur que vous ne mouriez ; et voilà que l’esprit mauvais lui souffle un conseil tout opposé à celui de Dieu. C’était par un trait de providence envers l’homme, et pour le soustraire à la mort, que le Seigneur lui avait fait cette défense ; mais le démon dit à Eve : Vous ne mourrez pas. Comment excuser une telle imprudence ? et comment Eve put-elle prêter l’oreille à un si audacieux langage ? Dieu avait dit : Ne mangez point de ce fruit, de peur que vous ne mouriez ; et le démon ose lui dire : Non, vous ne mourrez point. En outre, il ne lui suffit pas de contredire la parole divine, il accuse encore le Créateur d’agir par esprit de jalousie, et il conduit sa fourberie avec tant d’adresse qu’il séduit la femme et réalise ses iniques projets. Non, vous ne mourrez point, dit-il, mais Dieu sait que le jour où vous aurez mangé de ce fruit, vos yeux s’ouvriront et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. (Gen. 3, 5.)

    Voilà donc l’appât funeste et le poison mortel que le démon présente à la femme, et celle-ci ne soupçonne pas le danger, quoique, dès le principe, il lui soit bien facile de le reconnaître. Mais en apprenant que si Dieu leur avait fait cette défense, c’était parce qu’il savait que leurs yeux seraient ouverts, et qu’ils seraient eux-mêmes comme des dieux, connaissant le bien et le mal, elle s’enorgueillit de cette flatteuse espérance et conçut de superbes pensées. Tel est aujourd’hui encore l’artifice du démon il nous élève par ses trompeuses suggestions et nous laisse ensuite tomber dans un profond abîme. C’est ainsi qu’Eve, rêvant déjà l’égalité avec Dieu, se hâta de cueillir le fruit défendu ; ses yeux, son esprit et son cœur s’y arrêtèrent, fixement et elle ne songea qu’à épuiser la coupe empoisonnée que le démon lui avait préparée. Telles furent certainement ses dispositions depuis l’instant où elle écouta les pernicieux conseils du démon, et l’Écriture nous l’atteste. Car la femme, dit-elle, vit que le fruit était bon à manger, et beau à voir, et d’un aspect délectable ; et elle en prit et en mangea.

    Véritablement, comme le dit l’Apôtre, les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs. (1 Cor. 15, 33.) Eh ! d’où vient qu’avant le conseil du démon, la femme n’avait point eu de pareilles pensées, et qu’elle n’avait ni fixé particulièrement cet arbre, ni considéré la beauté de son fruit ? c’est qu’elle respectait la défense du Seigneur, et qu’elle redoutait le châtiment dont il menaçait sa désobéissance. Mais dès qu’elle eut écouté cet esprit pervers et méchant, elle crut qu’ils n’avaient rien à craindre en mangeant du fruit défendu, et que même ils deviendraient égaux à Dieu. Cette espérance l’excita donc à cueillir le fruit et, se flattant de s’élever au-dessus de l’humanité, elle ajouta plus de foi aux perfides insinuations de l’ennemi de notre salut qu’aux paroles de Dieu. Mais son expérience lui apprit bientôt les funestes suites de ce pernicieux conseil et les effroyables malheurs qui allaient l’envelopper. Car, dès qu’elle vit, dit l’Écriture, que le fruit était bon à manger, beau à voir et d’un aspect délectable, elle suivit l’impulsion de l’esprit mauvais qui lui parlait par l’organe du serpent, et raisonna ainsi en elle-même : Si ce fruit paraît bon à manger, s’il charme le regard et s’il est d’un aspect délectable, et s’il doit, en outre, nous élever aux suprêmes honneurs et nous rendre aussi grands que le Créateur, pourquoi hésiterais-je à le cueillir ?

    4. Voyez-vous avec quel art le démon captiva la femme, et comment il troubla sa raison ? Elle osa donc porter ses espérances au-dessus de sa condition, et l’orgueilleux espoir d’obtenir des biens imaginaires lui fit perdre ceux qu’elle possédait réellement. Ainsi, elle prit ce fruit et en mangea, et elle en donna à son mari, et ils en mangèrent, et leurs yeux furent ouverts, et ils connurent qu’ils étaient nus. Qu’avez-vous fait, ô femme ! Cédant à de perfides conseils, vous avez foulé aux pieds la loi du Seigneur et méprisé ses commandements ! Eh quoi ! par un excès d’intempérance, l’usage de tous ces fruits si nombreux et si variés ne vous a pas suffi, et vous avez osé cueillir celui-là même dont Dieu vous avait défendu de manger ! Enfin, vous avez ajouté foi aux paroles du serpent, et vous avez estimé ses conseils plus salutaires que les ordres du Créateur ! Hélas ! votre présomption rend ce crime irrémissible. Mais celui qui vous parlait était-il votre égal ? Non, sans doute ; c’était un de vos sujets : il vous était soumis et il était votre esclave. Pourquoi donc vous dégrader jusqu’à abandonner l’homme pour qui vous avez été formée et dont vous avez été créée l’aide et la consolation ? Vous partagez la dignité de sa nature et la noblesse de sa parole, et vous avez bien pu causer familièrement avec le serpent qui, devenu l’organe du démon, vous a insinué des conseils manifestement contraires aux ordres du Seigneur. Vous deviez le repousser ; mais, flattée de ses vaines promesses, vous avez cueilli le fruit défendu.

    Eh bien, soit ! vous avez voulu vous précipiter dans l’abîme et descendre du faîte des honneurs ; mais pourquoi entraîner votre époux dans le même malheur ? Vous deviez être son secours, et vous lui tendez des embûches. Quoi ! pour un misérable fruit, vous perdez l’un et l’autre la grâce et l’amitié de Dieu ! Quelle étrange folie vous a inspiré cette audace ? Ne vous suffisait-il pas de mener une vie douce et d’être revêtue d’un corps, sans en éprouver les faiblesses ? Vous jouissiez de tous les fruits du paradis terrestre, à l’exception d’un seul, et, reine de l’univers, vous commandiez à toutes les créatures ; et voilà que, séduite par de vaines promesses, vous vous flattez de vous élever jusqu’aux honneurs suprêmes de la divinité ! Hélas ! vous apprendrez par une dure expérience que, loin d’obtenir ces biens si enviés, vous perdrez, vous et votre époux, tous ceux dont le Seigneur vous avait comblés. Mais, lorsque le repentir aura rendu votre douleur profonde et amère, l’esprit mauvais qui vous a suggéré ce funeste conseil rira de vos maux ; il insultera votre chute et s’applaudira de vous avoir entraînés dans son malheur. Car c’est parce que, enflé d’orgueil, il a voulu s’élever au-dessus de sa condition, qu’il a été dépouillé de sa dignité et précipité du ciel sur la terre ; et de même il a voulu vous faire encourir, par votre désobéissance, l’anathème de la mort, et satisfaire ainsi sa noire jalousie, selon cette parole du Sage : Par l’envie de Satan, la mort est entrée dans l’univers. (Sag. 2, 24.)

    La femme prit donc du fruit et en donna à son mari, et ils en mangèrent, et leurs yeux furent ouverts. Combien l’homme fut coupable ! car, quoique la femme fût une portion de sa substance et même son épouse, il devait préférer le précepte du Seigneur à ses vains désirs, et ne point se rendre complice de sa désobéissance. Un plaisir si frivole méritait-il qu’il se privât lui-même des plus excellents avantages, et qu’il offensât le Maître qui l’avait enrichi de tant de biens et qui lui avait accordé une existence exempte de douleurs et de fatigues ? Est-ce qu’il ne lui était pas permis de jouir abondamment de tous les fruits du paradis terrestre ? Pourquoi donc, ô homme ! n’as-tu pas voulu, et toi aussi, observer cette légère défense ? C’est que, sans doute, tu as connu par ton épouse la promesse de l’esprit tentateur ; et soudain, enflé de la même présomption, tu as mangé du fruit défendu. Aussi tous deux serez-vous cruellement punis et apprendrez-vous, par une dure expérience, qu’il valait mieux obéir à Dieu que suivre les conseils du démon.

    5. La femme prit donc le fruit et en donna à son mari, et ils en mangèrent ; et leurs yeux furent ouverts, et ils connurent qu’ils étaient nus. Ici se présente la question importante dont je vous parlais hier ; car on peut demander avec raison quelle vertu avait cet arbre, dont le fruit ouvrait les yeux de ceux qui en mangeaient, et pourquoi il est appelé l’arbre de la science du bien et du mal. Attendez un peu, s’il vous plaît, et je satisferai votre juste curiosité. Et d’abord, observons qu’une étude droite et éclairée des saintes Écritures en résout facilement les difficultés. Ainsi, ce n’est point précisément parce qu’Adam et Eve mangèrent de ce fruit que leurs yeux furent ouverts, puisque auparavant ils avaient l’usage de la vue ; mais, parce que cet acte d’intempérance était en même temps un acte de désobéissance aux ordres du Seigneur, on lui attribue la privation de la gloire qui les entourait et dont ils s’étaient eux-mêmes rendus indignes.

    C’est pourquoi l’Écriture dit, selon son langage ordinaire, qu’ils en mangèrent, et que leurs yeux furent ouverts, et qu’ils connurent qu’ils étaient nus. Oui, le péché, en les dépouillant de la grâce céleste, leur donna le sentiment de leur nudité ; en sorte que cette honte qui les saisit soudain leur fit voir dans quel abîme leur désobéissance les avait précipités. Avant cette désobéissance, ils vivaient dans une parfaite sécurité et ne se doutaient pas qu’ils étaient nus ; du reste, ils ne l’étaient point, puisque la gloire céleste les couvrait bien mieux que tout vêtement. Mais, quand ils eurent mangé du fruit défendu et qu’ils eurent ainsi violé le précepte du Seigneur, ils furent réduits à une si profonde humiliation que le sentiment de la honte les porta à chercher un voile à leur nudité. C’est que la transgression du précepte divin les avait dépouillés de la gloire et de la grâce céleste qui les revêtaient comme d’un splendide vêtement ; et, en leur faisant connaître leur nudité, elle les avait pénétrés d’un vif sentiment de honte.

    Et ils entrelacèrent des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. Mesurez, mon cher frère, je vous y invite, la profondeur de l’abîme où, du faîte de la gloire, le démon fit tomber nos premiers parents. Naguère ils étaient revêtus d’un éclat céleste, et maintenant ils sont contraints d’entrelacer des feuilles de figuier et de s’en faire des ceintures. Tel fut le résultat des tromperies du démon et des embûches qu’il leur tendit. Certes, il ne se proposait point de leur procurer quelques avantages nouveaux, mais il ne voulait que les dépouiller de ceux qu’ils possédaient, et les réduire ainsi à une honteuse nudité. Et, parce que leur désobéissance eut pour occasion le fruit défendu, l’Écriture dit qu’ils en mangèrent et que leurs yeux furent ouverts, ce qui doit s’entendre de la perception de l’esprit bien plus que de l’organe de la vue ; car, après leur péché, Dieu leur fit ressentir des impressions que, par un effet de son extrême bonté, ils ignoraient auparavant. Cette expression “leurs yeux furent ouverts” signifie que Dieu leur fit sentir la honte de leur nudité et la privation de la gloire dont ils jouissaient. Au reste, ce langage est ordinaire à l’Écriture, comme le prouve cet autre passage de la Genèse : “Agar, esclave fugitive, errait dans le désert, et, ayant placé son enfant sous un palmier, elle s’éloigna pour ne point le voir mourir. Alors, Dieu lui ouvrit les yeux.” (Gen. 21, 19.) Ce n’est pas qu’elle ne vît auparavant, mais c’est que Dieu éclaira son intelligence ; en sorte que ce mot “ouvrit” doit s’entendre plutôt de l’esprit que de l’organe de la vue.

    Je donnerai la même solution à une seconde difficulté. Car quelques-uns disent : pourquoi cet arbre est-il appelé l’arbre de la science du bien et du mal ? Et l’on en voit même qui s’opiniâtrent à soutenir qu’Adam n’eut le discernement du bien et du mal qu’après avoir mangé du fruit de cet arbre, mais c’est une pure extravagance. Déjà même, et comme pour y répondre par avance, j’ai parlé longuement de la science infuse d’Adam ; or, cette science se révéla par la justesse des noms qu’il imposa à tous les oiseaux et à tous les animaux, et par le don de prophétie qui en fut le radieux couronnement. On ne saurait donc affirmer que celui qui nomma tous les animaux, et qui énonça au sujet de la femme une si admirable prophétie, ignorât le bien et le mal. D’ailleurs une telle supposition ferait, ce qu’à Dieu ne plaise ! rejaillir sur Dieu même un horrible blasphème. Car eût-il pu donner des ordres à l’homme, si celui-ci eût invinciblement ignoré que la désobéissance était un mal ? Mais il n’en a pas été ainsi. Adam savait parfaitement bien ce qu’il faisait puisque dès le principe il posséda le libre arbitre. Dans le cas contraire, sa désobéissance n’eût pas été plus digne de châtiment que sa soumission de louange. Il est au contraire évident, et par les paroles mêmes du précepte, et par la suite des événements, que l’acte seul de leur désobéissance soumit nos premiers parents à la mort. C’est ce que la femme elle-même dit au serpent : Pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : N’en mangea point, de peur que vous ne mouriez. Ainsi avant leur péché ils étaient immortels, autrement leur prévarication n’eût pu être punie du supplice de la mort.

    6. Peut-on donc soutenir que c’est en mangeant du fruit défendu que l’homme acquit la connaissance du bien et du mal ? Mais n’avait-il pas déjà cette connaissance, lui qui était rempli de sagesse et orné du don de prophétie ? et comment pourrait-on raisonnablement admettre que les chèvres, les brebis et les autres animaux herbivores savent distinguer les plantes utiles des plantes nuisibles pour brouter les unes et s’éloigner des autres, et que l’homme, doué de raison, ne sût pas discerner 1e bien d’avec le mal ? Mais il n’est pas moins vrai, direz-vous, que cet arbre est nommé dans l’Écriture l’arbre de la science du bien et du mal. J’en conviens ; et toutefois il suffit d’être un peu familiarisé avec le style dé l’Écriture pour se rendre compte de cette expression. Il a été ainsi appelé, non qu’il ait donné à l’homme la science du bien et du mal, mais parce qu’il a été l’occasion de sa désobéissance et qu’il a introduit la connaissance et la honte du péché. Et en effet. souvent l’Écriture désigne les faits par les circonstances qui les accompagnent ; et comme cet arbre devait être pour l’homme une occasion de péché ou de mérite, elle l’appela l’arbre de la science du bien et du mal.

    Le Seigneur voulut dès le principe faire connaître à l’homme que le Dieu qui avait créé l’univers lui avait aussi donné l’être. Il lui fit donc ce léger commandement afin qu’il reconnût son titre de Maître et de Seigneur. C’est ainsi qu’un généreux propriétaire qui accorde à son intendant l’usufruit d’un magnifique palais, en exige une légère redevance, comme témoignage de son droit de propriété. L’intendant sait ainsi que ce palais ne lui appartient point et qu’il n’en jouit que par la bonté et la libéralité de son maître. Et de même le Créateur, qui avait établi l’homme roi de la nature ; et qui l’avait placé dans le paradis terrestre dont il jouissait pleinement, voulut éviter que, séduit par ses propres pensées, il ne crût que l’univers existait par lui-même, et qu’il ne s’enorgueillît de sa supériorité. C’est pourquoi il lui interdit le fruit d’un seul arbre et le menaça, en cas de désobéissance, des plus graves châtiments, pour l’obliger à reconnaître un Maître, et à proclamer qu’il tenait tous ses avantages de sa pure libéralité. Mais la présomptueuse témérité d’Adam le précipita avec Eve dans une ruine effroyable ; ils transgressèrent le commandement, et mangèrent du fruit défendu. Voilà pourquoi cet arbre a été appelé l’arbre de la science du bien et du mal. Ce n’est pas qu’ils ne connussent auparavant le bien et le mal, comme le prouvent ces paroles de la femme au serpent : Dieu nous a dit : Ne mangez point de ce fruit, de peur que vous ne mouriez. Ils savaient donc bien que la mort serait la punition de leur désobéissance ; aussi est-ce après avoir mangé d fruit défendu qu’ils furent dépouillés de leur vêtement de gloire, et qu’ils ressentirent la honte de leur nudité. Cet arbre est donc appelé l’arbre de la science du bien et du mal, parce qu’il était destiné à éprouver leur obéissance.

    Vous comprenez maintenant dans quel sens l’Écriture dit que leurs yeux furent ouverts, et qu’ils connurent qu’ils étaient nus. Vous comprenez également pourquoi cet arbre a été appelé l’arbre de la science du bien et du mal. Mais appréciez, s’il est possible, quelle fut leur honte, lorsqu’après avoir mangé du fruit défendu, et transgressé le précepte du Seigneur, ils entrelacèrent des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. Voyez comme du faîte de la gloire ils furent précipités dans la plus profonde humiliation ! Ceux qui auparavant vivaient sur la terre comme des anges, en sont réduits à se couvrir de feuilles de figuier, tant le péché est un grand mal ! Car il nous prive d’abord de la grâce et de l’amitié divine, et nous couvre ensuite de honte et de confusion. Bien plus, après nous avoir dépouillé des biens que nous possédions, il nous ôte jusqu’à l’espérance de les recouvrer.

    Mais je me reprocherais de terminer cet entretien par les si tristes considérations que me fournit l’intempérance de l’homme, sa désobéissance et sa chute. C’est pourquoi, s’il vous plaît, à l’occasion de cet arbre, je parlerai de l’arbre de la croix, et aux maux que le premier a enfantés, j’opposerai les biens que le second nous a produits. Toutefois ce n’est point proprement l’arbre qui a causé ces désastres, mais la volonté de l’homme pécheur et son mépris du précepte divin. Je dirai donc que le premier arbre a introduit la mort dans le monde, car la mort a suivi le péché, et que le second nous a rendus à l’immortalité. L’un nous a chassés du paradis, et l’autre nous a ouvert l’entrée du ciel. Celui-ci a fait peser sur Adam, pour une seule faute, le dur fardeau des misères humaines, et celui-là nous a délivrés du poids de nos péchés, et nous a donné une douce et pleine confiance au Seigneur.

    Armons-nous donc, mes frères, je vous en conjure, armons-nous de la vertu de ce bois vivifiant, et par son secours, mortifions les affections mauvaises de nos âmes. Tel est le conseil de l’Apôtre, quand il nous dit que ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. (Gal V, 24.) Le sens de cette parole est que ceux qui se sont entièrement dévoués à Jésus-Christ ont dompté cette concupiscence de la chair qui ne tend qu’à corrompre en nous les opérations de l’esprit. Imitons ces généreux chrétiens, et à leur exemple réduisons notre corps en servitude, afin que nous puissions résister aux suggestions de l’esprit mauvais. Ce sera aussi le moyen le plus assuré de traverser heureusement la mer orageuse de la vie présente, et d’aborder au port tranquille du salut. Puissions-nous ainsi obtenir les biens que Dieu a promis à ceux qui l’aiment en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui soit la gloire, avec le Père et l’Esprit-Saint, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

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  • Sermon ~ La Genèse 10. Le péché originel L’homme déchu de sa royauté Il la retrouve plus parfaite par le Christ

    Mes bien chers Frères,

    Vous croyez peut-être que nous n’avons plus rien à dire sur la royauté, mais, moi, je vois encore un fruit précieux à recueillir. Ne vous fatiguez pas, je vous en prie, laissez-moi le temps d’achever ma vendange. Ne vous en allez pas, avant d’avoir tout cueilli ; considérez surtout que la peine est pour moi, le fruit pour vous. Saint Jean Chrysostome.

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    Sur le péché originel que je ne traite pas aujourd’hui, voici deux sermons. Le péché originel par Mgr Lefebvre et mon Sermon sur les blessures du péché originel.

    Résumé du sermon

    Ce n’est pas Dieu qui a privé l’homme de sa royauté, mais l’homme qui s’en est déchu par sa désobéissance. Toutefois, Dieu ne l’en a pas privé totalement. De plus, non seulement Dieu veut la lui restaurer, mais il veut la lui rendre plus parfaite par Jésus-Christ.

    L’homme n’est pas déchu de sa royauté naturelle, mais celle-ci est blessée

    C’est ce qui explique pourquoi il reste une rectitude même après le péché. Éducation des enfants, respect de la femme, gouvernement des cités, etc.

    Saint Jean Chrysostome a de belles remarques sur le fait que, si l’homme ne domine plus les animaux comme au paradis terrestre, Dieu ne l’a pas privé de sa domination sur les animaux domestiques qui le servent : les bœufs, les chevaux, etc.

    Mais sa royauté est blessée, d’abord en elle-même et, surtout, car elle n’est plus tournée vers la fin surnaturelle, le royaume de Dieu ici-bas et dans l’éternité.

    L’homme est privé de sa royauté par sa propre faute

    Adam a été privé de sa royauté par sa propre faute. C’est lui qui s’est dégénéré.

    Certes, la désobéissance d’Adam et Ève a blessé leur descendance, comme l’ivrognerie d’un père blesse la morale de toute sa famille. Mais saint Jean Chrysostome insiste pour dire que l’essentiel de nos blessures et de notre perte d’autorité vient de nos propres péchés.

    Lorsque cette royauté se trouve dégénérée, c’est que des péchés personnels ont été ajoutés au péché originel. Ainsi la cruauté de certains peuples aztèques anthropophages qui se servaient de chair humaine chez leurs voisins comme dans un garde manger. Mais naturellement l’homme n’est pas anthropophage (remarque d’une tribu papoue)

    Mais le Christ rend sa royauté à l’homme en le rendant vertueux
    et cette royauté est plus parfaite que celle d’Adam

    Daniel avec ses compagnons dans la fournaise parle avec assurance au roi comme à un inférieur.

    De même les saints martyrs.

    Saint Benoît : servir c’est régner.

    Mgr Lefebvre devant le pape.

    Cette royauté est plus parfaite que celle d’Adam, car elle est plus proche du Christ, elle a pour but l’éternité du Ciel avec Jésus et Marie.

    21 min

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