Les banques américaines ont-elles renoué avec des pratiques douteuses ? Et pourquoi ? Ce sont les questions posées par le scandale de la Wells Fargo. Le patron de cette grande banque américaine de dépôt a fini par annoncer sa démission hier.
L'affaire a écœuré les Américains et provoqué la colère de toute la classe politique. Il y a de quoi : deux millions de comptes ont été ouverts à l'insu des clients de cette grande banque californienne. Des abus commis pendant des années par des conseillers pressés d'atteindre des objectifs toujours plus élevés, fixés par leur direction.
Plusieurs milliers d'entre eux ont été licenciés, une amende de 185 millions de dollars a été payée, et la tête du patron de la banque, John Stumpf, a fini par tomber. Dans la foulée, l'action de la banque est immédiatement remontée mais l'histoire n'est pas terminée. Des fraudes sur des comptes d'entreprise ont aussi été commises, des employés dénoncent une culture d'entreprise viciée dans de multiples secteurs.
Au-delà de l'indignation morale, ce scandale sème le doute sur la solidité financière de Wells Fargo.
Cette banque épargnée par la crise de 2008 a dû, comme les autres, renforcer ses capitaux propres. Cela l'a rendue plus solvable, plus sûre, mais au détriment de ses marges. Pour faire son métier, elle a acheté massivement des bons du Trésor, de la dette publique américaine à bon prix, grâce au taux plancher pratiqué par la Fed, qu'elle transforme en crédit à des taux également assez bas.
C'est donc pour compenser l'affaiblissement de ses marges qu'elle a fait le maximum et même plus pour refourguer de multiples produits de crédit ou d'assurances à ces 40 millions de clients. Avec la découverte de ces comptes fictifs on comprend que contrairement à ce qu'elle prétend, la troisième banque américaine de dépôt a été incapable de générer un surplus d'activité.
Elle n'est donc pas si rentable qu'elle en a l'air. Les analystes s'interrogent : Wells Fargo en particulier et les banques de dépôt en général sont-elles aujourd'hui en mesure de gagner de l'argent, dans un contexte de taux bas défavorable à leur activité ?
La banque centrale des Etats-Unis envisage de relever ses taux à partir du mois prochain.
Cette annonce devrait réjouir les banques qui pourraient ainsi retrouver des marges profitables. Mais à court terme, elles redoutent surtout une crise obligataire selon Dominique Lacoux-Labarthe. Car dès que les taux commenceront à remonter, les investisseurs se précipiteront sur ces titres juteux. Ils revendront donc les autres, ce qui fera baisser leur prix sur le marché de la dette.
Or les banques ont des bilans remplis de dette publique, comme elles doivent les inscrire à leur valeur de marché, elles vont voir leurs comptes se dégrader, et leur rentabilité s'éroder un peu plus. C'est ce que les experts appellent l'étreinte mortelle. Aux Etats-Unis, ce scénario inquiète modérément car les banques ont fait le ménage, elles n'ont plus de créances douteuses, elles vont souffrir mais elles ne seront pas nécessairement balayées par cette spirale baissière.
D'autres banques pourraient en pâtir, en Europe par exemple ?
Cela les concerne aussi puisque tôt ou tard, dans le sillage de la Fed, la Banque centrale européenne relèvera ses taux. Mais à la différence des banques américaines, beaucoup d'établissements européens sont encore fragiles, les déboires actuels de la Deutsche Bank sont là pour nous le rappeler. C'est pourquoi la crise obligataire pourrait bien déboucher sur une nouvelle crise... bancaire !