Crucifié pour nous sous Ponce Pilate : la Passion librement consentie du Fils
Au cœur du Credo chrétien se trouve un événement décisif : la Passion de Jésus-Christ, « crucifié pour nous sous Ponce Pilate ». Cet épisode nous fait entrer dans ce mystère central de la foi, là où se révèle pleinement l’identité de Jésus et l’amour rédempteur de Dieu.
La première prédication de l’Église, rapportée dans les Actes des Apôtres, s’appuie précisément sur ce point : celui qui a été mis à mort et que Dieu a ressuscité est le Messie annoncé par les Écritures. Ce n’est pas une théorie qui fonde la foi chrétienne, mais un événement historique, inscrit dans le temps, porté par le mystère pascal.
La Passion n’est pas un accident de l’histoire ni l’échec d’un projet. Jésus sait où il va. Tout au long de son ministère, il annonce à ses disciples qu’il sera livré, qu’il souffrira, qu’il mourra, et qu’il ressuscitera. Cette lucidité atteint son point culminant dans l’agonie à Gethsémani. Là, l’humanité du Christ est saisie d’angoisse devant la souffrance et la mort à venir. Sa prière révèle la vérité de l’Incarnation : une volonté humaine tremblante, mais pleinement unie à la volonté du Père — « Non pas ma volonté, mais la tienne ».
La Passion est donc volontaire. Jésus ne fuit pas, ne se défend pas par la force, ne cherche pas à se sauver lui-même. Lorsqu’il est arrêté, il se livre librement : « Je suis ». C’est le nom divin lui-même qui fait tomber ses adversaires, signe que celui qui va souffrir reste souverain jusque dans l’abaissement.
Le récit de la Passion montre une responsabilité largement partagée. Autorités religieuses et pouvoir romain, peur, lâcheté, calcul politique, abandon des disciples : tous prennent part, d’une manière ou d’une autre, au drame. Et pourtant, au cœur même de cette injustice, des figures de fidélité et de compassion apparaissent : Marie, le disciple bien-aimé, Marie-Madeleine, Simon de Cyrène, le centurion. Le récit ne cherche pas des coupables, mais révèle une vérité plus profonde : c’est pour nous que le Christ souffre.
Dans sa Passion, Jésus ne se contente pas d’enseigner le pardon, il le vit. Il prie pour ceux qui le crucifient, console jusqu’au dernier instant, remet son esprit entre les mains du Père dans une confiance filiale parfaite. Son cri sur la croix n’est pas désespoir, mais l’extrême profondeur de la prière de l’innocent livré.
La Croix est ainsi le sommet de l’œuvre de salut. Jésus ne meurt pas parce que le péché est plus fort que Dieu, mais parce que l’amour de Dieu est allé jusqu’au bout. Comme le dira saint Paul, il a été « fait péché pour nous », non parce qu’il aurait péché, mais parce qu’il s’identifie totalement à la condition humaine blessée pour la sauver de l’intérieur.
Confesser le Christ « crucifié pour nous sous Ponce Pilate », c’est reconnaître que le salut n’est pas une idée, mais une vie donnée. C’est croire que, dans la faiblesse apparente de la Croix, se dévoile la toute-puissance de l’amour de Dieu.
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