Diseurs de beaux textes

Diseurs de beaux textes

By Hocine DRISSIArtsBooks
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Diseurs de beaux textes episodes

  • #152 Le printemps l'été et l'hiver de François René de Chateaubriand
    Le Printemps, l’Eté et l’Hiver
    François-René de Chateaubriand
    Vallée au nord, onduleuse prairie,
    Déserts charmants, mon cœur, formé pour vous,
    Toujours vous cherche en sa mélancolie.
    A ton aspect, solitude chérie,
    Je ne sais quoi de profond et de doux
    Vient s’emparer de mon âme attendrie.
    Si l’on savait le calme qu’un ruisseau
    En tous mes sens porte avec son murmure,
    Ce calme heureux que j’ai, sur la verdure,
    Goûté cent fois seul au pied d’un coteau,
    Les froids amants du froid séjour des villes
    Rechercheraient ces voluptés faciles.
    Si le printemps les champs vient émailler,
    Dans un coin frais de ce vallon paisible,
    Je lis assis sous le rameux noyer,
    Au rude tronc, au feuillage flexible.
    Du rossignol le suave soupir
    Enchaîne alors mon oreille captive,
    Et dans un songe au-dessus du plaisir
    Laisse flotter mon âme fugitive.
    Au fond d’un bois quand l’été va durant,
    Est-il une onde aimable et sinueuse
    Qui, dans son cours, lente et voluptueuse,
    A chaque fleur s’arrête en soupirant ?
    Cent fois au bord de cette onde infidèle
    J’irai dormir sous le coudre odorant,
    Et disputer de paresse avec elle.
    Sous le saule nourri de ta fraîcheur amie,
    Fleuve témoin de mes soupirs,
    Dans ces prés émaillés, au doux bruit des zéphyrs,
    Ton passage offre ici l’image de la vie.
    En des vallons déserts, au sortir de ces fleurs,
    Tu conduis tes ondes errantes :
    Ainsi nos heures inconstantes
    Passent des plaisirs aux douleurs.
    Mais si voluptueux, du moins dans notre course,
    Du printemps nous allons jouir,
    Nos jours plus doucement s’éloignent de leur source,
    Emportant avec eux un tendre souvenir :
    Ainsi tu vas moins triste au rocher solitaire,
    Vers ces bois où tu fais toujours,
    Si de ces prés ton heureux cours
    Entraîne quelque fleur légère.
    De mon esprit ainsi l’enchantement
    Naît et s’accroît pendant tout un feuillage.
    L’aquilon vient, et l’on voit tristement
    L’arbre isolé sur le coteau sauvage
    Se balancer au milieu de l’orage.
    De blancs oiseaux en troupes partagés
    Quittent les bords de l’Océan antique :
    Tous en silence à la file rangés
    Fendent l’azur d’un ciel mélancolique.
    J’erre aux forêts où pendent les frimas :
    Interrompu par le bruit de la feuille
    Que lentement je traîne sous mes pas,
    Dans ses pensers mon esprit se recueille.
    Qui le croirait ? plaisirs solacieux,
    Je vous retrouve en ce grand deuil des cieux :
    L’habit de veuve embellit la nature.
    Il est un charme à des bois sans parure :
    Ces prés riants entourés d’aunes verts,
    Où l’onde molle énerve la pensée,
    Où sur les fleurs l’âme rêve bercée
    Aux doux accords du feuillage et des airs,
    Ces prés riants que l’aquilon moissonne,
    Plaisent aux cœurs. Vers la terre courbés
    Nous imitons, ou flétris ou tombés,
    L’herbe en hiver et la feuille en automne.
    François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature, 1784-1790
    5 min
  • #151 Colette Introduction lecture
    Tant de progrès aujourd’hui avec le numérique notamment, tendent à faire disparaitre insidieusement ce plaisir indescriptible d’ouvrir un livre, de sentir l’odeur de l’encre d’imprimerie, de toucher ce papier lisse ou celui de prendre la plume pour coucher sur une feuille ses sentiments, ses émotions, ses ressentis, son état d’esprit, ses joies, ses espoirs, ses
    craintes, ses vœux.
    Il est parfois agréable, voire nécessaire, de cultiver certaines passions qui ont bercé des siècles entiers et qui font notre richesse culturelle et intellectuelle. La lecture et l’écriture en font partie. Si Corbie est en particulier connue pour son histoire, elle a aussi révélé la Caroline en écriture au 8e siècle. Homogène et claire, la Caroline introduit aussi la séparation entre les mots, qui facilite grandement la lisibilité et la lecture des textes écrits à l’époque par les moines de l’abbaye de Corbie.
    Car il faut savoir que dans l’histoire, la lecture à l’origine
    se faisait à voix haute car avant la Caroline, il était très difficile de
    distinguer le sens des phrases sans les lire à haute voix.
    Et bien, nous avons souhaité renouer avec cette tradition
    ancestrale et restaurer cette pratique de la lecture à haute voix. Ces lectures publiques sont pour nous une manière de contribuer modestement à la mise en lumière des beaux textes de la littératures parfois oubliés ou rarement lus à haute voix et en public.
    Au-delà de nous procurer un certain plaisir, la lecture à haute voix cultive de nombreux bienfaits à la fréquentation régulières des mots et des structures littéraires. C’est pour restaurer cette pratique que l’association Diseurs des beaux textes a été créée en 2019 à Corbie pour les amoureux des mots et de la littérature. 
    C’est pour que vive et perdure cette passion que nous vous
    proposons cet enregistrement audio dans le cadre du Fest’Hiver de Corbie pour les 150 ans de la naissance de Colette.
    14 min
  • #148 Spleen de Charles Baudelaire
    Charles BAUDELAIRE
    1821 - 1867
    Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
    Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
    Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
    Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
    Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
    Quand la terre est changée en un cachot humide,
    Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
    S'en va battant les murs de son aile timide
    Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
    Quand la pluie étalant ses immenses traînées
    D'une vaste prison imite les barreaux,
    Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
    Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
    Des cloches tout à coup sautent avec furie
    Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
    Ainsi que des esprits errants et sans patrie
    Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
    - Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
    Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
    Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
    Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
    2 min

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Partage de lectures à haute voix juste pour le plaisir de lire, de dire et d'écouter de beaux textes.