Diseurs de beaux textes

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By Hocine DRISSIArtsBooks
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Diseurs de beaux textes episodes

  • #147 Je résisterai , un texte du poète palestinien Samih Al-QASIM

    Je résisterai

    Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance

    Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas

    Je travaillerai peut-être à la carrière comme portefaix, balayeur des rues

    Je chercherai peut-être dans le crottin des grains

    Je resterai peut-être nu et affamé

    Mais je ne marchanderai pas

    O ennemi du soleil

    Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines


    Je résisterai

    Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre

    Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison

    Tu pilleras peut-être l’héritage de mes ancêtres.

    Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres

    Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens

    Tu dresseras peut-être sur notre village l’épouvantail de la terreur

    Mais je ne marchanderai pas

    O ennemi du soleil

    Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

    Je résisterai

    Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie

    Tu me priveras peut-être de toute tendresse de ma mère

    Tu falsifieras peut-être mon histoire

    Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis

    Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs

    Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes

    O ennemi du soleil

    Je jure que je ne marchanderai pas

    Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

    Je résisterai.


    Samih Al-QASIM, poème ecrit en 1948

    9 min
  • #139 Le printemps l été l hiver de François René de Chateaubriand extrait de Tableaux de la nature.
    Le Printemps, l’Eté et l’Hiver
    François-René de Chateaubriand
    Vallée au nord, onduleuse prairie,
    Déserts charmants, mon cœur, formé pour vous,
    Toujours vous cherche en sa mélancolie.
    A ton aspect, solitude chérie,
    Je ne sais quoi de profond et de doux
    Vient s’emparer de mon âme attendrie.
    Si l’on savait le calme qu’un ruisseau
    En tous mes sens porte avec son murmure,
    Ce calme heureux que j’ai, sur la verdure,
    Goûté cent fois seul au pied d’un coteau,
    Les froids amants du froid séjour des villes
    Rechercheraient ces voluptés faciles.
    Si le printemps les champs vient émailler,
    Dans un coin frais de ce vallon paisible,
    Je lis assis sous le rameux noyer,
    Au rude tronc, au feuillage flexible.
    Du rossignol le suave soupir
    Enchaîne alors mon oreille captive,
    Et dans un songe au-dessus du plaisir
    Laisse flotter mon âme fugitive.
    Au fond d’un bois quand l’été va durant,
    Est-il une onde aimable et sinueuse
    Qui, dans son cours, lente et voluptueuse,
    A chaque fleur s’arrête en soupirant ?
    Cent fois au bord de cette onde infidèle
    J’irai dormir sous le coudre odorant,
    Et disputer de paresse avec elle.
    Sous le saule nourri de ta fraîcheur amie,
    Fleuve témoin de mes soupirs,
    Dans ces prés émaillés, au doux bruit des zéphyrs,
    Ton passage offre ici l’image de la vie.
    En des vallons déserts, au sortir de ces fleurs,
    Tu conduis tes ondes errantes :
    Ainsi nos heures inconstantes
    Passent des plaisirs aux douleurs.
    Mais si voluptueux, du moins dans notre course,
    Du printemps nous allons jouir,
    Nos jours plus doucement s’éloignent de leur source,
    Emportant avec eux un tendre souvenir :
    Ainsi tu vas moins triste au rocher solitaire,
    Vers ces bois où tu fais toujours,
    Si de ces prés ton heureux cours
    Entraîne quelque fleur légère.
    De mon esprit ainsi l’enchantement
    Naît et s’accroît pendant tout un feuillage.
    L’aquilon vient, et l’on voit tristement
    L’arbre isolé sur le coteau sauvage
    Se balancer au milieu de l’orage.
    De blancs oiseaux en troupes partagés
    Quittent les bords de l’Océan antique :
    Tous en silence à la file rangés
    Fendent l’azur d’un ciel mélancolique.
    J’erre aux forêts où pendent les frimas :
    Interrompu par le bruit de la feuille
    Que lentement je traîne sous mes pas,
    Dans ses pensers mon esprit se recueille.
    Qui le croirait ? plaisirs solacieux,
    Je vous retrouve en ce grand deuil des cieux :
    L’habit de veuve embellit la nature.
    Il est un charme à des bois sans parure :
    Ces prés riants entourés d’aunes verts,
    Où l’onde molle énerve la pensée,
    Où sur les fleurs l’âme rêve bercée
    Aux doux accords du feuillage et des airs,
    Ces prés riants que l’aquilon moissonne,
    Plaisent aux cœurs. Vers la terre courbés
    Nous imitons, ou flétris ou tombés,
    L’herbe en hiver et la feuille en automne.
    François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature, 1784-1790
    5 min
  • #138 Chant d'automne de Charles Baudelaire
    Chant d’automne
    Charles Baudelaire
    I
    Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
    Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
    J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
    Le bois retentissant sur le pavé des cours.
    Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
    Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
    Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
    Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
    J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
    L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
    Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
    Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
    Il me semble, bercé par ce choc monotone,
    Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
    Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
    Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
    II
    J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
    Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
    Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
    Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
    Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
    Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
    Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
    D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.
    Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
    Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
    Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
    De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !
    Charles Baudelaire, Les fleurs du mal
    3 min

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