Économie et numérique Archives - Marketing and Innovation

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  • Roblox, la plateforme de création de jeux dopée à l’IA

    La sortie du nouveau casque Vision Pro AR-VR d’Apple en 2023  et la montée de l’IA générative, ont forcé de nombreux acteurs de la Tech à intégrer ces innovations. La méta plateforme de création de jeux collaboratifs Roblox se distingue largement de ses concurrents. Roblox s’est modernisée en adoptant les technologies les plus en pointe. En plus de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, l’éditeur de jeux cherche à mettre en œuvre l’IA générative. Elle va l’intégrer dans Roblox Studio, son portail de création qui permet aux utilisateurs de créer leurs propres jeux.

    Roblox, la plateforme de création de jeux dopée à l’IA

    Roblox se dope à l’IA — Image créée avec Midjourney — Ce billet est une mise à jour d’un article de 2023

    Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est Roblox, il s’agit d’une plateforme de jeu en ligne. Elle est développée par Roblox Corporation. Son jeu est un MMORPG (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) qui vous donne accès à des serveurs sur lesquels vous pouvez interagir avec d’autres gamers. Chaque serveur a son propre thème. Ce qui permet aux utilisateurs de jouer sur le serveur de leur choix. Mais il est également possible d’y créer son serveur et d’y bâtir son propre monde.

    Le jeu est gratuit, mais il est possible d’effectuer des achats à l’intérieur du jeu. Roblox tire la majorité de ses bénéfices de la vente de Robux, la monnaie du jeu. Les utilisateurs peuvent ensuite utiliser cette monnaie pour acheter du contenu dans le jeu, comme des vêtements virtuels ou des modèles d’avatars.

    Avec l’annonce du nouveau casque Vision Pro AR-VR d’Apple Roblox s’est intéressé aux applications en réalité virtuelle et augmentée et  à l’IA générative. Dans l’espoir non seulement d’améliorer l’immersion, mais aussi d’accroître la créativité. Cela permet à chaque utilisateur de devenir un créateur.

    Comme on peut le voir ci-dessus, Roblox a testé une nouvelle IA générative à inclure dans son Roblox Studio. Cela permet aux utilisateurs de lancer des commandes rapides en tapant dans l’interface.

    Qu’il s’agisse de générer du contenu ou de modifier des propriétés dans le jeu lui-même, l’IA générative ouvre un nouveau champ de créativité pour les utilisateurs.

    Comme avec l’IA Firefly d’Adobe, la mise en œuvre de cette technologie donne à chacun la possibilité de devenir un créateur. L’introduction et la mise en œuvre de ces technologies se heurtent cependant aux mêmes défis que les autres innovations.

    Faire face aux défis de l’intégration de l’IA générative, de l’AR et de la VR

    Le principal défi auquel sont confrontés les développeurs qui mettent en œuvre ces nouvelles technologies est la crainte d’une utilisation malhonnête de la technologie. Dans le cas de Roblox, il semble qu’il s’agisse de l’utilisation de l’IA pour produire des contenus biaisés ou carrément néfastes pour les utilisateurs.

    La plateforme Roblox est faite en grande partie pour que les gens communiquent et rentrent en contact, et ce pour tous les âges

    Lors d’une interview accordée à CNBC, le PDG David Baszucki a été interrogé sur la question de savoir si la technologie de la VR était plus adaptée aux adultes ou aux enfants.

    La plupart des gens pensent que Roblox est essentiellement une plateforme pour les adolescents. Or, Statista démontre que la répartition par âge des utilisateurs est plus large.

    Cela pose un problème à Roblox dans la mise en œuvre de   l’IA dans son logiciel de création. L’un des moyens de limiter les abus en matière d’IA générative consiste donc à en limiter les fonctions accessibles.

    Si vous consultez les règles d’utilisation de ChatGPT, vous verrez qu’elles limitent la possibilité de poser certains types de questions ou d’aborder des sujets sensibles.

    Comme pour toute nouvelle technologie, il y a lieu de s’inquiéter d’une utilisation abusive et non éthique. Ces systèmes se doivent donc de mettre en place les mécanismes et les règles pour éviter ces abus.

    Le futur de l’immersion avec la technologie AR et VR

    L’une des choses les plus intéressantes à noter d’un point de vue marketing, ce sont les possibilités offertes par l’immersion dans la technologie. Pensez aux publicités en réalité augmentée.

    Nous commençons à voir partout sur le marché des entreprises mettre en œuvre la réalité augmentée pour permettre à leurs clients de tester des produits avant de les acheter, sans avoir à se rendre dans un magasin.

    Ci-dessus, vous pouvez voir une photo que j’ai prise en utilisant l’application de réalité augmentée (AR) de Target, qui permet aux utilisateurs de tester des produits dans leur propre environnement avant de les acheter.

    Bien qu’elle soit très rudimentaire et peu attrayante, il s’agit d’une technologie révolutionnaire qui ne pourra que s’améliorer tant que le besoin s’en fera sentir. Essentiellement, cette technologie peut permettre aux consommateurs de personnaliser leurs achats en amenant virtuellement les produits chez eux. Ceci rend le webrooming (rechercher sur le Web et acheter dans la vraie vie) beaucoup plus sympathique.

    Réalité augmentée et réalité virtuelle

    Pour en revenir à Roblox, le fait d’autoriser l’utilisation des technologies AR et VR dans leur jeu pourrait permettre aux utilisateurs de s’immerger totalement dans le jeu, en leur donnant une expérience de la vie réelle au-delà de l’écran.

    Roblox est plus immersif que toute autre forme de média

    C’est ce que déclare David Baszucki, PDG de Roblox. Il donne également son avis sur la réalité virtuelle.

    « C’est bien plus qu’un jeu. C’est peut-être la façon dont vous irez à l’école un jour, dont vous travaillerez à distance depuis votre domicile, et peut-être même dont vous irez chez le médecin un jour ».

    Dans le passé, Roblox a testé le placement de publicités dans son jeu. Qui sait à quoi pourraient ressembler les publicités immersives à l’avenir dans un environnement AR ou VR ? On pourrait même imaginer que des publicités apparaissent dans son propre salon !

    Pour Roblox, cela signifie que les créateurs du jeu pourraient potentiellement placer des publicités sur leurs serveurs. Dans cette optique, les entreprises pourraient s’adresser à une audience de masse, soit selon Statista, 66,1 millions d’utilisateurs quotidiens .

    À l’avenir, l’insertion de publicités dans cette nouvelle technologie pourrait bien se transformer en filon pour les marketeurs. En plus de pouvoir immerger complètement les consommateurs potentiels, il est possible de personnaliser les publicités à l’aide de cookies de session, comme sur votre ordinateur.

    IA et Roblox : une préfiguration de l’avenir du marketing ?

    Les nouvelles technologies et en particulier l’IA changent la face du jeu vidéo. Image créée avec Midjourney

    Comme lors de l’invention du Web, il n’est pas possible pour moi de spéculer sur l’avenir de cette nouvelle technologie pour les 10 ans qui viennent. Mais pour l’instant, tous les yeux sont rivés sur cette nouvelle technologie qui semble s’insinuer dans chaque recoin de nos vies.

    En conclusion, sans être capable de prédire l’avenir, l’étudiant en marketing que je suis est passionné par ces innovations de pointe. Elles préfigurent l’avenir de cette discipline. Tout le monde devrait s’y intéresser, car le marketing est en train d’être bouleversé. Il nous faudra sans doute continuer à parfaire nos connaissances du sujet pour rester dans le coup.

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    9 min
  • Contenu IA sur LinkedIn : trop c’est trop !

    Le contenu IA sur LinkedIn frise l’overdose. Selon une étude Originality.ai relayée par Wired fin 2024, plus de la moitié des contenus longs sur LinkedIn seraient déjà générés par l’intelligence artificielle. Cette statistique révèle une réalité troublante : l’automatisation croissante de la production de contenu menace l’authenticité des échanges professionnels. Entre délégation totale à l’IA et rejet systématique, quelle voie adopter ? La réponse se trouve peut-être dans une approche plus nuancée. Une approche où l’intelligence artificielle est prise comme outil d’amélioration plutôt que substitut à notre réflexion. Il est temps de repenser notre relation aux technologies pour préserver ce qui fait l’essence même des réseaux professionnels : l’interaction humaine. Voici le résumé de cette interview de Bruno Fridlansky sur ce sujet, que vous retrouverez intégralement en vidéo et en podcast. 

    Contenu IA sur LinkedIn : stop à l’automatisme !

    Contenu IA sur LinkedIn : Bruno Fridlansky propose une approche raisonnée de l’utilisation de l’IA sur LinkedIn, mais nous enjoint avant tout de garder la main sur notre cerveau et nos écrits.

    Comment aborder l’utilisation de l’IA dans LinkedIn ?

    Il faut prendre systématiquement le contrepied de ce que propose l’intelligence artificielle. Il faut maintenir notre capacité d’analyse et de réflexion en commençant toujours par développer notre propre pensée avant de faire appel à l’IA. La délégation complète à une IA, quelle qu’elle soit, même si Claude est réputé performant pour l’écriture, n’a que peu d’intérêt. En revanche, configurer l’IA pour qu’elle nous interroge et nous aide à structurer notre réflexion devient pertinent.

    Avec le contenu IA sur LinkedIn, il faut sans cesse conserver la main sur la réflexion nous explique Bruno Fridlansky — image produite avec Midjourney avec notre mode personnalisé.

    Comment utiliser concrètement l’IA dans le processus créatif ?

    Il est préférable de partir d’un contenu existant, issu de notre réflexion personnelle ou d’un texte que nous souhaiterions retravailler. L’intérêt de l’IA n’est pas dans la délégation, mais dans la collaboration. Nous devons conserver le pilotage, notre intelligence propre et notre capacité d’analyse de l’actualité. Ces outils nous permettent d’accélérer notre production et d’enrichir notre réflexion, comme lors d’un échange avec un interlocuteur. La différence fondamentale est que nous interagissons avec une machine, mais celle-ci nous aide à produire un contenu qui reste notre propriété intellectuelle, puisque nous lui fournissons les éléments initiaux.

    Quels avantages spécifiques de l’IA dans l’analyse de contenu ?

    L’IA peut analyser nos productions, identifier leurs forces et faiblesses, et suggérer des pistes d’amélioration. Nous gardons ensuite la liberté de réécrire, compléter ou nous appuyer sur ses suggestions. Actuellement, bien que l’IA puisse accélérer certains processus, nous devons conserver pleinement notre capacité de production autonome. 

    La majorité de mes contenus naissent d’une inspiration spontanée que je souhaite développer. 

    Le contenu IA sur LinkedIn ne doit pas nous faire oublier que nous sommes aussi doués d’imagination — image produite avec Midjourney

    L’utilisation de l’IA est-elle une forme de facilité ?

    La délégation totale à l’IA peut effectivement être perçue comme de la facilité, voire présenter des risques. Cependant, en l’absence de collaborateurs pour échanger sur nos productions, l’IA peut servir de substitut, d’interlocuteur virtuel pour améliorer notre travail. Il faut néanmoins garder à l’esprit qu’il s’agit d’une machine formatée par un corpus de contenus majoritairement anglo-saxons, ce qui influence ses réponses.

    Quels sont les risques majeurs d’une dépendance excessive à l’IA ?

    Le danger principal réside dans l’atrophie de nos capacités de réflexion. 

    Ma présence sur LinkedIn et vise avant tout les rencontres humaines réelles dans le monde professionnel. Si nous déléguons systématiquement notre réflexion à l’IA, comment maintenir des échanges authentiques ? Nous risquons de nous retrouver démunis face aux questions, contraints de consulter ChatGPT pour chaque réponse. C’est l’essence même des interactions humaines qui est en jeu. 

    Le risque c’est qu’on me pose une question et que je sois obligé de me tourner vers mon téléphone en disant « Attends, je ne sais pas de quoi tu me parles, je vais demander à ChatGPT de me donner la réponse » 

    Contenu IA sur LinkedIn, comment trouver le bon équilibre ?

    Bien qu’il soit difficile d’exclure totalement l’IA, il est crucial de lui fixer des limites. 

    Selon une étude publiée dans Wired fin 2024, 54 % des publications longues en anglais seraient générées par l’IA. Cette statistique, bien qu’approximative et datée par son corpus d’analyse, soulève des questions sur l’authenticité des contenus en ligne. Le fil d’actualité se trouve saturé de contenus synthétiques, noyant les contributions authentiques dans un bruit considérable. 

    Aujourd’hui, les 54 %. Donc ça pose un vrai problème quant à la prise de parole sur LinkedIn. Est-ce une personne qui s’exprime ou une IA ? Trop de contenu artificiel a tué le contenu. Or, pourquoi encore produire du contenu si ce sont des IA qui le lisent ?

    Contenu IA sur LinkedIn : une menace sur l’avenir des réseaux sociaux ?

    Cette prolifération de contenus générés par l’IA nous amène à repenser notre utilisation des réseaux sociaux. Si les IA produisent, lisent et résument les contenus, quelle est la finalité de notre présence en ligne ? 

    Nous devons revenir à l’essence des réseaux sociaux : la connexion et l’échange entre humains. La question se pose également de réinventer notre usage du numérique pour préserver les relations humaines authentiques, particulièrement dans le monde professionnel.

    Comment maintenir l’authenticité dans un environnement numérique ?

    Et si la solution résidait dans une approche équilibrée ? Une approche où l’IA resterait un outil au service de notre réflexion plutôt qu’un substitut. Il est essentiel de privilégier la qualité des connexions humaines plutôt que la quantité de contenu produit, nous explique Bruno. Chercher uniquement la visibilité, comme cela est souvent expliqué par les experts autoproclamés de LinkedIn, n’a pas de sens. Par contre, maintenir des échanges significatifs, particulièrement dans un contexte professionnel où les relations humaines restent primordiales, voilà le véritable objectif à poursuivre sur le réseau des réseaux professionnels. 

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    12 min
  • L’IA est la 4e blessure de l’humanité

    Dans son livre Bonjour ChatGPT, Louis de Diesbach va au-delà de la problématique de l’anthropomorphisme pour souligner que l’IA est probablement la quatrième blessure de l’Humanité. Louis, consultant en technologies numériques et essayiste, examine dans cet ouvrage ce qui fait l’humain et en quoi cela pose problème à une société où on ne veut plus admettre l’altérité. Son point de vue est que l’IA nous challenge désormais intellectuellement, infligeant ainsi à l’humanité sa quatrième blessure narcissique après Galilée (nous ne sommes pas le centre de l’univers), Darwin (nous sommes le fruit d’une évolution) et Freud (nous ne maîtrisons pas notre inconscient). Mais plutôt qu’une humiliation, cette nouvelle réalité nous offre l’opportunité de repenser ce qui fait notre essence : non pas notre supériorité intellectuelle, mais notre capacité unique à tisser des relations authentiques avec autrui. Face à un monde toujours plus technologique, l’enjeu n’est pas tant la performance des machines que la préservation ni le renforcement de nos liens humains. L’auteur nous invite ainsi à réfléchir sur l’avenir de nos relations interpersonnelles.

    L’IA est la quatrième blessure de l’humanité ou comment nous devons redécouvrir ce qui fait notre essence

    La quatrième blessure de l’humanité voilà ce qu’est l’IA pour nous selon Louis de Diesbach, c’est-à-dire la confrontation avec le fait que des machines nous surpassent dans le domaine intellectuel. Et pour créer des images également, car je n’ai pas résisté au plaisir de faire délirer plusieurs modèles, dont j’ai dû corriger les prompts, afin de produire cette image aussi esthétique qu’originale avec Midjourney. Certes il reste de la place pour l’être humain, fort heureusement mais avouons que ce programme n’est pas qu’un perroquet stochastique et qu’il a même un certain goût artistique.

    Tu abordes l’anthropomorphisme dans ton livre par une certaine May Ashworth…

    Louis de Diesbach. May Ashworth fait une recherche sur Google vers 2015. Elle voulait savoir comment traduire des chiffres romains en chiffres arabes. Et elle commence sa phrase par « Bonjour » et finit par « Merci ». Son petit-fils, très taquin, trouve ça très drôle, prend la photo et poste ça sur Twitter, et c’est le genre d’histoire dont la toile raffole. C’est une petite vieille qui ne sait pas très bien utiliser Google et qui imagine qu’il y a des humains derrière Google qui vont lui répondre. Et ça fait le buzz.

    Cela m’a interpellé. Comment se fait-il qu’il y ait à peine 10 ans, tout le monde se soit amusé de cette petite dame qui dit bonjour, s’il te plaît, et merci à Google et qu’en 2022, environ la moitié des copies d’écrans de ChatGPT postées sur Internet commencent par « Hello, could you please do…? », etc.

    Pourtant, les mêmes personnes qui se font un café le matin ne disent ni bonjour ni merci à leur tasse ni à leur machine à café !

    Par contre, la tondeuse à gazon de ton beau-père a un petit nom

    LdD. C’est exact, nous avons donné un nom, Bernard, au robot-tondeuse de mes beaux-parents. En revanche, je ne lui dis pas bonjour.

    C’est un fait, l’anthropomorphisme n’est pas nouveau, on a même toujours anthropomorphisé. On trouve des traces d’anthropomorphisme qui ont plus de 40 000 ans. Et donc, en fait, le fait de dire bonjour à ChatGPT, finalement, ce n’est pas si grave.

    La vraie révélation du livre de Louis de Diesbach n’est pas que nous fassions preuve d’anthropomorphisme mais la quatrième blessure de l’humanité. L’Homme-lion de la grotte de Hohlenstein-Stadel (Bade-Wurtemberg), exemple d’anthropomorphisme datant d’il y a environ 40 000 ans — image du domaine public par Dagmar Hollmann — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

    Bernard est plus commode que Husqvarna HX430, mais voilà, pourquoi pas juste « HX » ? Pourquoi pas « robot tondeuse » ? Où cela nous mène-t-il ? C’est cela que j’ai voulu creuser.

    Certains consultants prétendent que si on est poli avec l’IA, on obtient de meilleurs résultats

    LdD. Une étude a démontré cela. En revanche, les gens prennent ça au pied de la lettre et pensent que la machine comprend quand on est gentil ou poli. En fait, quand vous êtes poli, la machine va chercher dans des corpus d’entraînement où les gens parlent comme vous. Et effectivement, les endroits où les gens sont polis sont généralement des endroits un peu plus sérieux. Un forum académique universitaire n’a pas le même niveau de politesse que X, par exemple, ni le même niveau de langage.

    Mais est-ce un signe de conscience de la part de la machine ? Pas du tout.

    J’ai lu ça aussi, et j’étais plus surpris, que quand on est trop gentil, les résultats finissent par être moins bons. Mais je serais très surpris que des circuits électriques se disent « Oh là, il a l’air très sympa, Louis ». Mais peut-être que je me trompe et qu’il y a une super intelligence qui est en train de se développer. J’ai mes doutes tout de même.

    Impact de la politesse sur les IA – points clés

    1. Les études montrent que la politesse améliore significativement la qualité des réponses des IA
    2. L’approche courtoise crée une atmosphère collaborative favorisant des réponses plus nuancées
    3. Un équilibre est nécessaire : trop de politesse peut diluer l’efficacité de la requête
    4. Même Daniel Andler a l’air de douter désormais que les IA soient douées de conscience. Et d’abord, qu’est-ce que la conscience ?

      LdD. Premièrement, écouter Daniel Andler est toujours une très bonne chose. Deuxièmement, il a raison de douter. D’abord, parce qu’il est scientifique, et que ce soit en philosophie, en mathématiques ou en sociologie, le doute fait avancer la recherche. Et je doute également.

      En y réfléchissant, cela fait 2 000 ans que des philosophes essaient de définir la conscience, et on n’y est toujours pas arrivé et je ne pense pas qu’on va y arriver tous les deux aujourd’hui.

      L’IA serait la 4e blessure de l’humanité, elle pense à notre place pour que nous ayons plus de temps pour faire la vaisselle. L’humiliation suprême — Joanna Macieojewska sur un journal non encore identifié (voir le tweet ci-dessous).

      Si nous prenons le test de Turing comme date de début (1950), cela fait 70 ans qu’on essaie de savoir si les machines sont capables de penser, ou au moins d’imiter des êtres humains. Car c’est ce dont parle Turing, un «  jeu d’imitation », il n’évoque pas la pensée.

      Quant à moi, je n’ai aucun souci à aborder la chose de manière extrêmement tautologique : ce qui est humain est humain, et la machine est une machine.

      L’Oulipo a pourtant fonctionné en imitant la machine. Loin de Rueil de Raymond Queneau est par exemple un livre mathématique

      LdD. Oui, je pense qu’à partir du moment où la machine égale l’humain, cela amène énormément de risques qui, selon moi, nous éloignent des vraies questions.

      Oren Etzioni, l’ancien CEO du Allen Institute for AI, qui était loin d’être un technophobe très loin de là, di sait que les discussions sur la superintelligence, ça ne l’intéressait pas beaucoup parce que cela nous éloignait des vrais enjeux.

      My catalogue of early warning signals, or canaries, is illustrative rather than comprehensive, but it shows how far we are from human-level AI. If and when a canary “collapses,” we will have ample time before the emergence of human-level AI to design robust “off-switches” and to identify red lines we don’t want AI to cross. AI eschatology without empirical canaries is a distraction from addressing existing issues like how to regulate AI’s impact on employment or ensure that its use in criminal sentencing or credit scoring doesn’t discriminate against certain groups. As Andrew Ng, one of the world’s most prominent AI experts, has said, “Worrying about AI turning evil is a little bit like worrying about overpopulation on Mars.” Until the canaries start dying, he is entirely correct.

      Oren Etzioni, How to know if artificial intelligence is about to destroy civilization, MIT Technology Review, 2020

      Or ce qui m’intéresse, ce sont les vrais enjeux. En fait, dire bonjour à ChatGPT, ce n’est pas une vraie question. C’est un peu comme quand on disait «  Vas-y Titine ! » si ta voiture avait du mal à monter la côte.

      La vraie question que j’essaie de creuser dans le livre, c’est quel est l’avenir de la relation humain-humain à une ère où la relation humain-machine prend tellement plus de place et d’importance.

      Aujourd’hui, personne ne se plaint qu’on est moins humain parce que la voiture nous dépasse ou qu’elle va plus vite, ou parce que l’ordinateur est meilleur que nous aux échecs. Car cela n’est pas l’essence même de notre humanité.

      Justement, les LLM s’emparant du langage, la civilisation est-elle en danger ?

      LdD. Mettre en danger la civilisation, ça ferait un bon titre « putaclic ». Chomsky est un révolutionnaire, ce que je ne suis pas du tout. Et donc, dans sa tribune pour le New York Times, il revient aussi sur le fait qu’il y a une maîtrise du langage, mais une maîtrise du langage qui n’est pas nôtre, et qui est porteuse de toute une vision du monde, que lui appelle aussi une certaine fascisation du monde.

      Note, for all the seemingly sophisticated thought and language, the moral indifference born of unintelligence. Here, ChatGPT exhibits something like the banality of evil: plagiarism and apathy and obviation. It summarizes the standard arguments in the literature by a kind of super-autocomplete, refuses to take a stand on anything, pleads not merely ignorance but lack of intelligence and ultimately offers a “just following orders” defense, shifting responsibility to its creators.

      Noam Chomsky, New York Times, the false promise of ChatGPT, 2023

      Je ne sais pas si j’irais jusque-là. Est-ce que c’est la fin de notre civilisation ? Je ne le pense pas. Nous assistons plus à un tournant qu’une révolution. L’intelligence artificielle nous offre de nouveau l’opportunité de nous recentrer sur ce qui nous définit.

      Et pendant très longtemps, ce qui nous définissait était cette capacité à mettre notre empreinte sur le monde, à le dominer, par notre intelligence supérieure.

      L’IA, quatrième blessure de l’humanité ?

      Je vois cela, comme une quatrième blessure narcissique de l’humanité. Freud a théorisé cela dans son introduction à la psychanalyse (1916).

      1. La première grande blessure, c’était Galilée et Copernic, car nous n’étions plus le centre du monde.
      2. La deuxième grande blessure, c’était Darwin, puisque nous n’avons pas été créés parfaits, puisque nous sommes le résultat d’une évolution.
      3. Freud se voyait comme la troisième grande blessure narcissique de l’humanité, puisque nous ne sommes même pas maîtres de nous-mêmes, mais les victimes de nos inconscients.
      4. Beaucoup de penseurs parlent maintenant d’une sorte de quatrième blessure narcissique. En effet, nous sommes dépassés par la machine jusque dans notre production intellectuelle. Et je pense que c’est vrai. Nous sommes arrivés à ce quatrième tournant.

        Or je ne pense pas qu’il s’agisse d’une humiliation, ni d’une réduction de l’humanité ou de l’espèce humaine. Est-ce que l’espèce humaine est humiliée parce qu’elle est le résultat d’une évolution et qu’elle n’a pas été créée par Dieu ? Je ne crois pas. Est-ce que l’espèce humaine est humiliée parce qu’elle n’est pas le centre du monde ? Je ne crois pas. En revanche, c’est une opportunité de repenser ce qui fait notre humanité.

        Peut-être que pendant très longtemps, on a cru que ce qui faisait notre humanité, c’était cette capacité intellectuelle qui nous permettait de mettre notre empreinte sur le monde et de dominer jusqu’à un certain point la nature. Mais peut-être qu’en fait, être humain, ce n’est pas ça.

        Ce trait caractéristique de l’humain ne serait pas plutôt le doute ?

        LdD. Je l’espère. Le doute est en effet important. Ce qui nous définit vraiment selon moi en tant qu’humains, ce qui nous permet de révéler notre humanité, c’est le rapport à autrui.

        Et c’est vraiment ce que j’ai voulu révéler, ce que j’ai voulu écrire dans Bonjour ChatGPT. On ne peut vraiment être humain que dans notre rapport à autrui et dans cette acceptation du rapport à l’autre. Cela veut aussi dire qu’il faut accepter une certaine forme de vulnérabilité puisqu’on vient s’ouvrir à autrui, ce qui est de plus en plus difficile, du fait de l’intermédiation de la technologie. La question est de savoir si on a envie, même si le terme est galvaudé, de vivre ensemble. François Saltiel a décrit la société du sans contact. Pour moi. Payer sans contact, c’est très bien. Mais voulons-nous d’une société sans friction ?

        Cette civilisation sans contact peut-elle être sauvée et comment ?

        LdD. Je ne pense pas qu’elle soit en train de dépérir. Je suis contre les discours catastrophistes, car ils ne nous font pas avancer et ne sont pas vrais.

        Je pense qu’il y a énormément de très belles initiatives, de choses qui se mettent en place et je pense que c’est très chouette. Agnès Fabre par exemple, mène un collectif d’éducation raisonnée pour qu’on enlève les écrans des collèges et des lycées afin de permettre aux professeurs de rentrer en contact avec les élèves et aux élèves de rentrer en contact avec leurs professeurs et leurs pairs.

        Il ne faut pas rester à ne rien faire, il faut se prendre en main.

        Est-ce que toi, tu utilises ChatGPT pour écrire ?

        LdD. J’utilise ChatGPT tous les jours, ou presque, dans ma vie professionnelle. Je suis consultant dans les questions technologiques, et donc, je l’utilise assez régulièrement pour ça. En revanche, je ne l’utilise pas pour écrire, et ceci pour deux raisons.

        La première et la principale, c’est parce que j’adore écrire. L’auteure polonaise Joanna Maciejewska a déclaré « Vous savez quel est le plus gros problème de tout ce battage autour de l’IA ? Cela va dans le mauvais sens. Je veux que l’IA fasse la lessive et la vaisselle pendant que je me consacre à l’art et à l’écriture, et non que l’IA produise de l’art et des textes à ma place pour que je puisse faire la lessive et la vaisselle ». Elle a tout résumé.

        You know what the biggest problem with pushing all-things-AI is? Wrong direction.

        I want AI to do my laundry and dishes so that I can do art and writing, not for AI to do my art and writing so that I can do my laundry and dishes.

        — Joanna Maciejewska (MoSS is on preorder now!) (@AuthorJMac) March 29, 2024

        La deuxième raison pour laquelle je ne l’utilise pas pour écrire, c’est par honnêteté intellectuelleenvers les lecteurs et lectrices. Je viens d’expliquer qu’il faut réussir à se recentrer sur ce qui est profondément humain. Dans la relation que j’ai envie de tisser avec autrui, il me semble capital de ne pas trop accorder d’importance à la Tech [NDLR à ce sujet, lire le billet sur après la Tech réalisé avec Stéphane Schultz]

        Dans ton livre, tu mentionnes que ChatGPT échoue sur le fameux test de logique d’Alice et ses sœurs. Mais ce n’est plus vrai avec la nouvelle version

        LdD. Effectivement, il progresse, et c’est une bonne chose. Mais on trouvera toujours des points sur lesquels il est moins bon, et d’autres pour lesquels il s’est amélioré.

        Mais la vraie question c’est « est-ce que l’objectif doit être impérativement de renverser toutes ces limites ? » Je n’en suis pas certain. Ne pourrait-on décider de s’arrêter une fois atteint un niveau de performance acceptable?

        Deux choses me semblent cruciales. D’une part la fiabilité et la confiance dans la machine, et la sécurité des données personnelles. Et d’autre part, la frugalité alors que ces modèles sont excessivement gourmands.

        Nous sommes comme des hamsters dans une roue. Nous n’allons faire que courir jusqu’à nous épuiser. Et le problème, c’est que tu n’épuises pas que toi. Tu épuises des ressources naturelles, tu épuises des gens, tu épuises des capitaux qui pourraient être utilisés pour d’autres choses. C’est cela la vraie question autour de la Tech.

        Comment arrêter cet emballement et avec l’aide de qui ? Cela semble mal parti

        LdD. Je peux donner des pistes, mais c’est quand même très compliqué. Il faudrait notamment une gouvernance mondiale, on le sait très bien, si on veut éviter cette course à l’armement technologique entre la Chine, les États-Unis, la Corée du Nord, et également l’Iran, la Russie et l’Europe à certains niveaux.

        Ursula Von der Leyen proposait de faire un GIEC de l’IA, ce n’est pas inintéressant. Si on les écoute autant que le GIEC aujourd’hui, il n’est pas certain que ça vaille la peine, mais pourquoi pas ?

        Je prêche pour ma part pour trois grandes choses

        1. Une gouvernance mondiale de l’IA
        2. Une véritable pluridisciplinarité
        3. Et enfin une véritable formation, pas uniquement technologique, mais également logique, pour être capable de discerner le vrai du faux.
        4. Nos questions philosophiques vont-elles faire frémir les technolâtres ?

          LdD. Peut-être pas. Pour ma part, je suis à la fois pro-Tech et prorégulation. Il y a beaucoup de secteurs, l’industrie pharmaceutique ou agroalimentaire par exemple, où on fait beaucoup de tests avant de lancer un produit sur le marché.

          Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas pareil pour la Tech.

          Par exemple, Mark Zuckerberg, même s’il est un peu bizarre, n’a sans doute pas eu l’objectif de polariser la société en lançant son premier Facebook. C’est une sorte de conséquence inattendue d’un business modèle basé sur l’algorithmique, une sorte d’économie d’attention qui a mené à la polarisation. Si on avait fait un peu plus de tests, on se serait peut-être rendu compte que cela avait des effets délétères.

          Une humanité blessée, humiliée, dépassée… par cette quatrième blessure de l’humanité qu’est l’IA — image Midjourney

          ChatGPT est sorti le 30 novembre 2022 sans la moindre consigne, sans manuel d’utilisation, sans mise en garde, alors que personne ne savait comment ça marchait. Comment est-ce possible de faire ça ?

          Certains LLM sont volontairement débridés, comme Grok. Faudrait-il une norme CE de la technologie ?

          LdD. C’est ce sur quoi l’Union européenne travaille. Et je pense que c’est une très bonne chose et que cela ne va pas tuer notre compétitivité. Soit les grandes entreprises de la Tech s’alignent et on est gagnant, soit elles ne s’alignent pas et cela permettra l’émergence de géants européens, et on sortira gagnants.

          Avec le mode conversationnel de ChatGPT, on est dans le comble de l’anthropomorphisme, c’est Her de Spike Jonze

          LdD. OpenAI a même recopié le film. Ils ont demandé deux fois à Scarlett Johansson s’ils pouvaient prendre sa voix, elle a refusé deux fois. Ils en ont donc pris une autre, mais quand on l’écoute, les deux voix sont très proches.

          Quand Her est sorti en 2013 [NDLR voir ci-dessus] , tout le monde a vu ce film en se disant, « Quelle horreur, ça va nous servir d’avertissement, ne faisons jamais ça… ! ». Tous ont vu ça comme une dystopie à part, peut-être, Sam Altman qui a déclaré que c’était son film préféré parce qu’il le trouve incroyablement prophétique.

          Et pourtant, moins de dix ans plus tard, on est sur quelque chose d’à peu près similaire. Que s’est-il passé ?

          N’est-ce pas plus facile de collaborer avec une machine qui ne dit jamais non, que de travailler avec des humains qui ne sont pas d’accord avec toi ?

          LdD. Bien entendu, et c’est bien ce qui amène le fait que les gens se referment sur eux-mêmes. Pourquoi en arrive-t-on là ? Pourquoi est-ce que cela devient difficile quand quelqu’un n’est pas d’accord avec nous ?

          John Stuart Mill écrivait dans un livre qui s’appelle De la liberté, à quel point il est essentiel que les gens puissent se dire qu’ils ne sont pas d’accord. Cela permet de réfléchir à ce qui a été dit et d’augmenter sa perspective, et même d’en changer si on se rend compte qu’on avait tort.

          “He who knows only his own side of the case knows little of that. His reasons may be good, and no one may have been able to refute them. But if he is equally unable to refute the reasons on the opposite side; if he does not so much as know what they are, he has no ground for preferring either opinion.”

          On Liberty — John Stuart Mill 1859

          NDLR Par transparence, précisons que nous nous sommes servis de perplexity.ai pour retrouver les citations originales et les sources des ouvrages cités par Louis de Diesbach, prouvant ainsi que l’intelligence artificielle peut également servir la curiosité et l’apprentissage et ainsi contribuer à la connaissance, pour peu qu’on se donne un peu de mal.

          L’IA quatrième blessure de l’humanité en vidéo

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          44 min
        5. Entreprise libérée : une mode managériale à l’épreuve de la réalité

          L’entreprise libérée est un concept à succès, popularisé par un livre d’Isaac Getz et un documentaire intitulé le Bonheur au travail. Dans ce contexte où les entreprises sont en constante recherche de nouveaux modèles managériaux, Loïc Le Morlec, auteur de Fake Management : pour en finir avec les fausses croyances et les modes managériales (EMS), apporte un regard critique sur ces tendances. À travers son analyse de ce phénomène de l’entreprise libérée, il met en lumière les dangers des modes managériales et leurs impacts sur le monde du travail.

          Entreprise libérée : une mode managériale à l’épreuve de la réalité

          L’entreprise libérée, un simple concept et du storytelling selon Loïc Le Morlec, pas trop en phase avec la réalité — Photo antimuseum.com

          Pourquoi la mode managériale de l’entreprise libérée est un cas unique

          Une mode managériale se caractérise par son installation rapide et massive dans les entreprises, suivie d’une disparition tout aussi prompte. Mais pour l’entreprise libérée, il y a deux raisons qui en font une mode à part : 

          • D’abord, le phénomène s’est amplifié avec l’avènement des réseaux sociaux : les concepts font désormais le buzz dans la sphère médiatique sans nécessairement s’ancrer dans la réalité des organisations.
          • Ensuite, le cas de l’entreprise libérée est particulièrement significatif, car il touche à la raison d’être même de l’entreprise, affectant sa vision, son business modèle, sa structure et son organisation. C’est la première fois qu’une mode managériale remet en question aussi profondément le modèle traditionnel d’entreprise. 
          • L’entreprise libérée, mode managériale ou concept avancé pour faire éclater le carcan de l’entreprise ? Loïc Le Morlec répond « mode managériale » – Image réalisée avec Midjourney

            D’où vient ce concept d’entreprise libérée ?

            Ce concept d’entreprise libérée a été popularisé par Isaac Getz. Il avait écrit un livre à l’époque qui a eu juste un succès d’estime. Il a été popularisé par un documentaire intitulé Le Bonheur au Travail (2015, Arte) qui a vraiment lancé cette mode et celle du bonheur au travail également.

            Dans un article publié dans la California Management Review (« Liberating Leadership : How the Initiative Freeing Radical Organizational Form Has Been Successfully Adopted », vol. 51, n° 4, summer 2009), ce professeur à l’ESCP-Europe explique comment des dirigeants ont su transformer radicalement le fonctionnement de leur entreprise. Il appelle « F-form » – free (« liberté » en anglais)-form – ces organisations dans lesquelles les salariés disposent d’une liberté complète et de la responsabilité de décider des actions qu’ils considèrent, eux et non leurs patrons, être les meilleures.

            Le Monde, 21 mars 2011 

            En fait, on mélange un peu plusieurs concepts. La subsidiarité, c’est donner une responsabilité à des personnes au plus proche du terrain. Cela part quand même de la hiérarchie et c’est très limité. 

            La liberté telle que l’entreprise libérée l’a définie, c’est un système où chacun décide lui-même de ce qui est bon pour l’entreprise sans en référer à qui que ce soit.

            Ce sont des dimensions totalement différentes. Avec l’entreprise libérée, on n’est pas très loin de l’anarchie.

            Cela veut-il dire que la hiérarchie est un mal nécessaire ?

            Cela dépend. La question de la hiérarchie est liée à la notion d’indépendance. 

            Si vous êtes indépendant dans votre job, par nature et par principe vous aurez peu besoin de management. Il faut définir ce qu’est l’indépendance, cependant. L’indépendance c’est : « J’ai une tâche à faire seul, je me débrouille, c’est moi qui décide de la façon dont je vais la réaliser ». Et cette tâche se suffit à elle-même. C’est ça la notion d’indépendance. On trouve cela dans les entreprises qui fonctionnent bien en « full remote » et qui sont souvent des sociétés d’assurances ou de conseil, dont les membres sont très seniors. 

            L’entreprise libérée fait partier des cibles de Loïc Le Morlec dans son ouvrage Fake Management paru chez EMS

            Vous avez dans les entreprises certains postes qui sont indépendants, et que l’on retrouve logiquement dans certaines de ces entreprises libérées, comme l’entreprise réparatrice de flexibles, Chrono Flex.

            Par exemple cet employé qui change les flexibles sur le terrain. Son travail est proche de celui d’un plombier. Il réalise sa tâche, il a son camion, il décide de sa façon de travailler et à la fin de son travail, c’est fini. Il pourrait même facturer son temps s’il était indépendant. C’est ça l’indépendance. 

            Avec l’autonomie, il y a de l’interdépendance. C’est-à-dire que soit votre travail dépend en amont ou en aval des autres, vous ne pouvez pas le facturer parce qu’il y a d’autres événements qui arriveront après.

            Dans le Bonheur au travail, on trouve des exemples de petites entreprises faussement emblématiques

            Il y a beaucoup de storytelling sur ces entreprises. D’ailleurs, l’exemple de la biscuiterie Poult, par exemple, on dit qu’ils ont une performance incroyable, mais elle n’a jamais existé. C’est du storytelling complet.

            L’exemple qui m’a gêné le plus, c’était Favi. Les auteurs du documentaire sont allés interviewer les ouvriers pour parler de l’entreprise libérée alors que cela faisait déjà pas mal d’années qu’elle ne l’était plus. C’est ce qui me gêne dans ce film qui n’a pas pour moi les qualités d’un documentaire. 

            Non seulement Poult n’a pas eu de croissance, mais a subi une baisse de chiffre d’affaires de 14 % pendant sa période de libération entre 2010 et 2015. L’exemple de la transformation du biscuitier Belin dans le dernier thème de l’ouvrage montre en quoi supprimer les managers sur ligne a été une erreur stratégique. Les repreneurs ont par ailleurs mis fin très rapidement à cette mode de l’entreprise libérée.

            Fake Management, P 118

            En fait, tout cela ce sont des histoires. Il n’y a pas de grands groupes libérés. 

            Un ami enseignant-chercheur me faisait en fait une remarque très juste il y a quelque temps. Nous sommes encore dans des modèles de management qui datent d’Henri Fayol [NDLR 1841-1925, un des pionniers de la gestion d’entreprise]. 

            Et c’est même pire que ça. Dans une conférence récente, je mettais en avant le fait que le management par les règles, qui date plus ou moins des années 70 et qui avait disparu vers la fin du siècle précédent, revient aujourd’hui. Comme vous voyez, tout cela ne change pas beaucoup. 

            Est-ce la malédiction de Cassandre ? Les humains aiment les belles histoires

            Un mythe peut être fondateur. Je n’ai pas de problème personnel avec le storytelling, car la fin justifie les moyens. Là où cela me pose problème, c’est quand la seule justification de la mode et du storytelling est de promouvoir l’intérêt personnel d’un consultant.

            Si un concept managérial fonctionne bien en conférence, mais qu’il n’apporte rien aux entreprises, alors je dis non !

            Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est qu’il n’y a jamais eu autant de mal-être. On parle de santé au travail, de burnout, c’est une maladie de ce siècle, ça n’existait pas avant. En tout cas, pas de manière aussi importante. Ça, ce sont les vrais sujets.

            Pouvoir d’agir et liberté 

            En fait, la question, ce n’est pas la question de la liberté, c’est la question du pouvoir. 

            La vraie question est celle du pouvoir, pas le pouvoir sur les autres, mais celui d’agir dans le chaos 

            Le pouvoir de faire, c’est à la fois la liberté et c’est à la fois les moyens. Mon expérience démontre que, sans que ce soit pour des raisons d’ambitions particulières, on peut arriver monter dans la hiérarchie. Pourquoi ? Parce que cela me donnait la liberté d’avoir plus de projets passionnants qui m’ont permis de transformer, innover, et d’avoir plus de moyens. 

            Et dans cette action, mon atout majeur était le chaos. C’est-à-dire que le chaos est un élément majeur qui permet le changement, car à ces moments-là, toutes les règles, tous les dogmes sont remis en cause.

            [NDLR À ce sujet, lire aussi notre dossier sur la conduite du changement et son 9e conseil]

            C’est cette méthode qui m’a donné mon premier comité de direction et m’a permis ensuite de progresser. Par contre, si vous ne mettez que des intrapreneurs dans votre entreprise, si vous êtes 40 et qu’il n’y a qu’un seul poste… cela ne fonctionnera pas [NDLR Lire End times de Peter Turchin au sujet de la multiplication des élites et des contre élites, aussi bien sur le plan politique qu’économique].

            Les employés peuvent prendre le pouvoir, c’est quelque chose qui est possible, mais qui n’est pas facile et qui a aussi ses limites. Et je ne suis pas certain que ce soit fait pour tout le monde.

            Il y a un mode d’entreprise libérée dont on parle beaucoup aujourd’hui. c’est la coopérative

            Absolument, je dirais même plus. La véritable entreprise libérée, c’est une coopérative.

            Sauf que les grandes coopératives fonctionnent comme les entreprises, parce qu’au bout d’un moment, elles développent les mêmes problèmes. Donc, il y a toujours une ligne de commandement. 

            Et c’est pour ça qu’en définitive, l’entreprise libérée reste un mythe, et surtout un mythe qui n’est pas fondateur.

            En résumé, pourquoi faut-il dénoncer les mythes ?

            Le problème c’est que les mythes actuels ont des conséquences sur les mauvaises orientations prises par les entreprises. On parle de bien-être au travail. Plutôt que de rechercher le bien-être au travail, il vaudrait mieux tenter de résoudre le mal-être, cela donnerait de meilleurs résultats. 

            Ce qui faisait que l’entreprise Favi était profitable n’a jamais été sa « libération ». C’était autre chose, un savoir-faire qui leur était propre. Je pense que ce concept n’est pas bon. Il faut s’attaquer aux mythes pour tenter d’approcher le plus possible de la vérité.

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            30 min
          • IA et commerce : les files d’attente aujourd’hui, les emplois demain

            L’IA est en train de redéfinir le commerce de détail (« retail ») en profondeur, en transposant le type d’automatisation et de professionnalisme autrefois mis en œuvre dans l’industrie manufacturière. Dans le cas présent, il s’agit principalement de décisions marketing fondées sur des données et de capacités médiatiques en magasin. Axians, une entreprise du groupe VINCI, démontre que l’IA n’est pas un simple jouet pour les étudiants de premier cycle qui échouent à leurs examens et sont en recherche d’inspiration. C’est au contraire un outil high-tech industriel de pointe, qui œuvre à la croissance et à l’amélioration de la gestion des magasins. Cependant, comme souvent en matière de technologie, il y a un côté sombre. Une autre face qui est plus inquiétante et dépeint un avenir du « retail » où les licenciements continueront de pleuvoir, principalement pour les enseignes qui ont raté le coche de la personnalisation pilotée par l’IA. Voici le compte-rendu de mon interview avec Hugo Rocha Gonçalves, directeur Smart RetAIl d’Axians, lors de Tech for Retail 2024.

            IA et retail : les files d’attente aujourd’hui, les emplois demain

            Zoom sur l’IA dans le commerce de détail avec Hugo Gonçalves d’Axians à Tech for Retail 2024

            Vous êtes responsable de la solution Smart RetAIl chez Axians. De quoi s’agit-il ?

            Hugo Gonçalves. Nous avons développé le concept Smart retAIl pour répondre aux principaux défis auxquels le secteur de la vente de détail est confronté aujourd’hui. Il est indispensable de mieux comprendre le comportement, le profil et les habitudes d’achat des consommateurs en magasin. Nous fournissons ces « insights » afin d’améliorer l’efficacité des magasins et de permettre une prise de décision fondée sur les données.

            Pouvez-vous décrire le processus de Smart RetAIl ?

            H.G. Nous utilisons l’IA et le « computer vision » pour le mettre en œuvre. 

            1. La première étape consiste à comprendre comment les points de vente sont organisés, à quoi ressemble le plan du magasin, et aussi comment nous pouvons capturer ces données de manière anonyme – pour des raisons évidentes de conformité au RGPD – afin d’alimenter un processus de décision basé sur les données. 
            2. Après avoir capturé ces données anonymes grâce au « computer vision », nous pouvons mesurer un certain nombre de facteurs. Il s’agit notamment de savoir quelle est la fréquentation, qui sont les acheteurs, quand ils achètent et quel est leur parcours dans le magasin ? Nous pouvons ensuite cartographier, avec l’aide de l’IA, les zones chaudes et froides du magasin. Dans ces zones, nous pouvons ainsi savoir si les visiteurs du magasin sont de véritables acheteurs ou de simples badauds et combien de temps ils passent dans le magasin.
            3. Il s’agit en quelque sorte d’une « heat map» de la circulation en magasin

              H.G. C’est exactement cela. Grâce à cette cartographie, nous pouvons également comprendre les produits qui attirent les consommateurs et combien de temps ils mettent à les évaluer. Avec l’IA, nous montons d’un cran dans la connaissance client. Cela comprend le test et la dégustation des produits. L’IA nous aide beaucoup dans la vente de chocolat ou de parfums par exemple, deux secteurs où le test du produit joue un rôle essentiel. Grâce à ces technologies, nous pouvons détecter si un client qui teste un parfum décidera ou non de l’acheter par la suite.

              IA et commerce : Pour démontrer la puissance de l’IA, Axians avait mis en place une carte thermique montrant comment son système surveillait la fréquentation devant son stand Tech for Retail.

              Vous automatisez donc le travail des professionnels de l’étude des comportements des consommateurs en magasin

              H.G. En effet. Autrefois, ce travail fastidieux consistait à analyser des vidéos pendant des heures afin de comprendre le comportement des clients, les habitudes d’achat et les possibilités de personnalisation. Dorénavant, nous disposons d’IA capables de traiter les vidéos de télésurveillance d’un magasin enregistrées en 24/24. Nous pouvons traiter toutes ces données et en tirer des informations précieuses ainsi que des données enrichies par l’IA et le « computer vision ».

              Vous capturez donc un flux d’images à l’aide de caméras installées dans les magasins, comment cela fonctionne-t-il ?

              H.G. Ce processus est l’exemple parfait de l’application de l’apprentissage automatique et de l’IA. Il n’est pas nécessaire de recourir à des dispositifs intrusifs supplémentaires. Nous utilisons les caméras de vidéosurveillance existantes dans les points de vente. Nous appliquons ensuite le traitement d’image de l’IA, image par image, sur les enregistrements existants. Les données recueillies sont ensuite reconnues et classées automatiquement par l’intelligence artificielle. En résultante, nous obtenons de nombreux indicateurs clés de performance comme la qualification des passants/acheteurs, l’identification des zones chaudes et froides, comme je l’ai indiqué précédemment. Nous nous connectons également à d’autres systèmes d’information tels que les systèmes de gestion de la relation client (CRM), les ERP ou les terminaux en sortie de caisse. De cette manière, nous sommes en mesure de faire correspondre nos données avec les chiffres issus des ventes.

              IA et retails: visuel de la plateforme SMART RETaiL d’Axians — image Axians

              De quel type d’IA parlons-nous ici, certainement pas de ChatGPT !

              H.G. Ce système est le résultat d’un travail important et d’une forte expérience du terrain. Nous disposons d’un grand nombre de data scientists chez Axians. Il est également important de mentionner que cette solution est issue d’un programme d’IA lancé par le groupe VINCI, le programme Leonard (NDLR du nom de Léonard de Vinci). Ce programme se concentre sur la résolution de défis quotidiens par l’innovation technologique. Il s’agit d’utiliser l’IA pour résoudre des défis concrets. Pour cela, nous combinons expertise et connaissances humaines avec les technologies d’intelligence artificielle. Il s’agit d’un autre type d’IA couplée à la « computer vision » et non d’une IA générative. 

              Il s’agit donc soit de ML ou de Deep Learning. En quoi consiste le processus d’entraînement ?

              H.G. Il existe une courbe d’apprentissage pour ces types de systèmes. Nous entraînons le modèle en utilisant ce que nous appelons l’étiquetage manuel. Celui-ci aide le modèle à identifier les personnes humaines. Pour ce faire, nous recourons aux modèles existants, nous ne partons pas de zéro. Ces modèles sont des modèles ouverts qui identifient un être humain dans un magasin et ses interactions. En plus de cela, nous faisons appel aux enseignes qui nous aident à entraîner les modèles. Cela nous permet également d’étiqueter correctement les données. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’un processus non supervisé. Nous parlons ici de traitement d’images d’IA supervisé. L’apprentissage supervisé garantit l’étiquetage correct des données et l’exploitation efficace des capacités de l’IA.

              Quel type de travail a-t-il été nécessaire avant le lancement ? 

              H.G. Un important travail de préparation a été nécessaire au préalable. Nous avons beaucoup d’expérience dans le développement de solutions d’IA, en particulier dans les domaines de la « computer vision », du traitement des données, du traitement de l’IA et de la qualité des données. Cela représente au moins deux ou trois ans de travail intensif, de collaborations, de tests et d’efforts pour progresser. Lorsque la solution « packagée » ne suffit pas, nous proposons des POC à nos clients. Ces POC nous aident à faire baisser les coûts liés aux tests. Par exemple, nous testons actuellement la gestion des files d’attente assistée par l’IA. Par expérience, nous avons constaté que les clients n’attendent normalement pas plus de 10 minutes lorsqu’ils ont prévu de réaliser un achat. Si le délai d’attente dépasse 10 minutes, ils quittent la file d’attente et renoncent à leur achat. Nous nous attaquons à ces problèmes en fournissant des informations fondées sur des données.

              Pouvez-vous partager avec nos lecteurs un cas concret ?

              H.G. Nous avons lancé un POC en Italie avec un grand client du secteur de la distribution. Ce détaillant s’est rendu compte qu’il perdait des ventes et que son taux de conversion diminuait parce que son personnel n’aidait pas ses clients, même si cela faisait partie de sa formation initiale (« onboarding »). 

              Le gain final a été significatif. Le temps d’attente a été réduit de 50 % et les ventes ont augmenté de 12 à 15 % dans certains magasins grâce à cette mise en œuvre.

              Cela a suffi pour atteindre le point mort et ils nous ont soumis de nouveaux cas d’usage, avec des questions fort complexes liées à l’usage de l’intelligence artificielle.

              Combien de temps faut-il pour atteindre le seuil de rentabilité avec ce type de solution ?

              H.G. Cela dépend beaucoup de la taille des magasins. Ce n’est pas une solution standard qui s’appliquerait à tous de la même manière. Mais dans l’ensemble, le point mort sur ce type de plateforme est atteint entre 6 et 12 mois. 

              Un autre cas d’usage IA et retail, au Portugal, par exemple ?

              H.G. Sur ce problème de files d’attente dans le commerce de détail, nous avons en effet un autre cas d’usage au Portugal. Le problème principal était l’identification des zones les plus rentables du magasin. Pour les points de vente dédiés à la high-tech, pour des produits comme les smartphones par exemple, ces zones sont celles où les consommateurs passent le plus de temps.

              Ce temps de passage plus long permet aux commerçants de vendre de l’espace média aux industriels. C’est ce que l’on appelle le « retail media ». Dans ce cas particulier au Portugal, nous avons obtenu d’excellents résultats avec une enseigne qui a commencé à monétiser les zones chaudes de ses magasins.

              Il sait désormais quelles sont les zones qui offrent le meilleur retour sur investissement et peut facturer plus cher le placement de produits dans ces zones. Nous en sommes encore aux prémices avec ce client, une grande enseigne portugaise. D’ores et déjà, le retour sur investissement en euros se situe entre quatre et cinq chiffres par magasin.

              Votre solution peut-elle aider les détaillants en difficulté dans le contexte économique actuel ?

              H. G. Absolument. Nous vivons dans un monde où les données jouent un rôle central. Toutes les décisions de management devraient être prises sur la base de données. C’est justement ce que permet notre plateforme. 

              Dans un avenir proche, les enseignes qui ne se seront pas passées au marketing axé sur les données et l’IA n’auront d’autre choix que de réduire leur masse salariale et de prendre des décisions hasardeuses de dernière minute. 

              Notre solution permet de mettre à nu des indicateurs clés de performance et des métriques qui auparavant étaient cachés. Grâce à l’approche fondée sur les données, nous sommes capables de réduire les redondances et de faciliter la prise de meilleures décisions managériales.

              IA et retail dans cinq ou dix ans : le commerce de détail restera-t-il une activité fortement consommatrice de main-d’œuvre ?

              H. G. Avec ces solutions IA, le commerce de détail ne sera plus aussi dépendant de la main-d’œuvre. Nous allons assister à une reconfiguration majeure des enseignes. Dans les magasins de luxe, le personnel continuera à nous assister dans nos achats. Pour les achats quotidiens par contre, il faut s’attendre à une réduction significative du personnel. 

              À l’avenir, le commerce de détail ne sera plus aussi dépendant de la main-d’œuvre

              L’avenir du commerce de détail passera également par une accélération de la personnalisation des offres. Nous connaissons déjà un tel niveau de personnalisation dans les services de streaming qui suivent très bien nos données personnelles et comportementales. Transposé au commerce, cela signifiera que chaque consommateur disposera d’un catalogue sur mesure, adapté à ses besoins. 

              Pour rester dans le jeu, les détaillants devront posséder une connaissance approfondie de leurs clients. À l’avenir, au-delà de ce niveau élevé de personnalisation, chaque client exigera une expérience de service après vente adaptée à ses propres besoins. 

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              30 min
            4. Quand l’IA générative dope l’e-commerce

              Les interfaces vocales à base d’IA générative sont en passe de transformer radicalement l’expérience du client e-commerce en permettant des interactions rapides et proches de la conversation humaine. C’est ce que j’ai pu constater sur le salon Tech for Retail qui s’est tenu les 26 et 27 novembre 2024. Jean Castets d’orkester.fr — qui anime des webinaires passionnants sur l’IA — nous a accueillis sur son stand et gratifiés d’une démonstration marseillaise aussi impressionnante qu’humoristique. Un bel exemple d’application concrète de l’IA générative à des processus métier.

              IA générative et e-commerce : les nouveaux agents conversationnels

              Je vous présente Marcel, votre futur assistant e-commerce dopé à l’IA générative. Et en plus il parle avec l’accent marseillais !

              De vrais cas d’usage de l’IA générative, c’est possible ? 

              Jean Castets. Nous avons un an à tester ce que pouvaient faire les IA génératives intégrées dans des systèmes d’entreprise. Il y avait de vrais freins sur la capacité à traiter avec précision un gros pourcentage de cas, que ce soit en service client, en service commercial. 

              On commence à arriver à des résultats qui sont au moins aussi satisfaisants que des agents humains. Et de fait, cela offre des cas concrets sur du service client, par email, par téléphone, ou du service ou conseil commercial. On peut passer à l’échelle et avoir des résultats qu’on éprouve avec certains de nos clients depuis quelques mois et qui sont vraiment très satisfaisants.

              Prenons l’exemple du service client e-commerce dopé par l’IA générative

              J.C. Ce qui est intéressant avec les IA génératives, c’est la capacité de les coupler avec des bases de données dynamiques. Par exemple une base de données de suivi de commandes. 

              Je vais contacter un service client IA, par téléphone ou par email, lui demander où en est ma commande, où est la pièce qui me manque, comment je fais pour retourner un produit… L’IA gère très bien ces cas-là et va pouvoir les coupler avec des données réelles du client pour personnaliser ses réponses.

              On sort du cas purement consultatif de ChatGPT avec une base de connaissances intrinsèque, transverse et commune à tout le monde. On parle de données d’entreprise que l’on croise avec la puissance de l’IA générative. Et c’est là où on change de dimension.

              Rassurez-moi, la donnée d’entreprise reste bien dans l’entreprise

              J. C. Cela dépend de la façon dont vous configurez l’application et quelles API vous utilisez. Mais évidemment, quand on passe à l’échelle avec des entreprises, on est contraint de respecter les règlements RGPD.

              La capacité de traitement des cas varie avec la complexité du domaine d’activité. Plus le métier est généraliste, plus le pourcentage va être élevé. Même si votre business est complexe, vous pouvez traiter 10 à 30 % des cas d’usage automatiquement. 

              Je pense qu’on peut même aller beaucoup plus haut et de toute manière, on est sur les IA les plus bêtes qu’on n’aura jamais. En tout cas, aujourd’hui, c’est celles qu’on a. Elles ne pourront être que plus intelligentes, plus rapides, plus précises. Et donc, le pourcentage de traitement va augmenter.

              Quelles sont les limites de ces cas d’usage ?

              J.C. Les modèles de LLM ne sont pas à ce jour capables de traiter correctement des bases de données d’entreprise très importantes. Il peut y avoir des « effets de flemme » à aller au bout des choses. Et ça, ça crée des réponses incomplètes, voire des biais. 

              C’est pour cela que nous allons plutôt nous concentrer sur les cas simples, que l’on va pouvoir facilement automatiser, et on laissera les cas plus complexes à des commerciaux ou agents SAV humains.

              Les IA génératives seraient donc aussi fainéantes que les humains ?

              J. C. Absolument. Parce que plus elles travaillent, plus ça coûte en ressources serveur aux différents opérateurs comme OpenAI, Anthropic, Azure, etc. Elles n’ont donc pas intérêt à aller au bout des choses.

              Cela peut vite chiffrer. Les IA par API, avec des « calls » répétés, sont un vrai coût dans le run des plateformes.

              La qualité d’implémentation reste fondamentale dans ce type d’appli

              J. C. Tout à fait ! C’est comme des calls à des services SaaS que vous pouvez avoir dans d’autres cas d’usage. Si vous n’optimisez pas vos calls, vos factures seront très élevées. 

              Il faut optimiser à la fois ses prompts, les nombres et la qualité des calls pour optimiser ses factures. 

              Donc combien en moyenne peut-on prendre d’appels en plus ?

              J.C. En ce moment, on travaille principalement sur des cas d’usage d’amélioration du service client. L’idée c’est de désengager les services clients pour réallouer les cas complexes aux agents humains. Cela sert aussi à couvrir des plages horaires non encore couvertes, notamment en SAV téléphonique. Par exemple le soir et le week-end. Ce sont souvent des plages horaires complètement délaissées. Cela permet de la captation de leads avec une belle conversion derrière.

              Nous avons l’exemple d’un client chez qui on a déployé une solution comme ça. En tout, il prend environ 200 à 300 appels le soir et le week-end. Et ce client a des paniers moyens assez élevés. 

              Un « vendeur IA » va qualifier un projet ce qui va permettre ensuite d’établir automatiquement un devis avec un bon taux de conversion.

              Décrivez-nous votre démo du personal shopping assistant marseillais

              J.C. Dans cette démo [NDLR Voir la vidéo ci-dessous], nous avons utilisé l’API dite « Real-Time API » d’OpenAI, la maison mère de ChatGPT, qui est sortie il y a quelques semaines. 

              On l’a couplée à une API Commerce Tools, un framework de commerce. L’idée était de proposer un assistant personnel qui a un bel accent marseillais, et qui va vous aider à trouver votre style et des vêtements avec un temps de latence très faible et surtout un niveau de conseil conversationnel impressionnant.

              Note : Cette démo est véritablement bluffante et nous l’avons vue fonctionner sur le salon malgré le bruit ambiant et c’est pour cela que j’ai voulu la reproduire au calme. Ici, les quelques ratés sont plus dus au mauvais fonctionnement de notre micro au moment de l’enregistrement ou à des questions piège sur un échantillon trop faible (200 produits environ dans ce magasin test) qu’à la démo elle-même. A noter que l’assistant marseillais est dopé à l’IA générative et n’est pas programmé pour appporter des réponses à nos questions qui sont par essence imprévisibles.

              Dans le futur, nous commanderons à nos assistants personnels avec nos téléphones, dans nos voitures. Sur l’ordinateur, c’est moins sûr. Mais en tout cas, je pense que les agents vocaux vont prendre une très grande place dans la société. Dans un, deux ou cinq ans, on verra bien…

              Ce qui est intéressant c’est de savoir comment on va utiliser ces IA vocales et l’IA générative en général, pour dépasser ces cas d’usage simples et créer de l’innovation, de nouveaux services, de nouveaux cas d’usage. La limite est l’imagination. Et il y a vraiment des choses intéressantes à faire avec IA dans le commerce de détail.

              Le frein à l’innovation e-commerce avec l’IA générative : la latence

              Le frein que nous rencontrons encore aujourd’hui sur la génération de contenus temps réel, notamment pour les images et vidéos, c’est le délai. 

              Quand on approchera de la création d’images et vidéo instantanées, on pourra imaginer des cas d’usage fascinants sur des besoins de style que nous pourrons directement afficher à l’écran, modelés sur vos mensurations et votre avatar. Ce n’est pas de la science-fiction, ce sont des choses qui, à mon avis, se feront dans un à deux ans.

              Tech for Retail — ecommerce et retail

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              12 min
            5. L’IA analytique est l’avenir de l’expérience client

              L’IA analytique est l’avenir de l’expérience client, nous a dit François Ajenstat lors d’une récente interview. François est Chief Product Officer chez Amplitude, un éditeur de plateforme d’analyse numérique visant à aider les entreprises B2B et B2C à créer de meilleurs produits, sites web et expériences de commerce électronique grâce aux données comportementales. François a souligné l’importance de L’IA analytique, tout en lançant un avertissement clair. Ne regardez pas votre nombril technologique, concentrez-vous plutôt sur l’offre d’une expérience client inégalée ! Il a insisté sur le fait que la mise en œuvre de technologies sans objectifs précis n’a aucun sens, notant au passage que trop souvent, « dans la période actuelle, les entreprises se précipitent pour déployer des chatbots, mais que cela ne satisfait personne et les utilisateurs sont toujours aussi frustrés ».

              L’IA analytique est l’avenir de l’expérience client

              L’IA analytique, avenir de l’expérience client hallucinée avec Midjourney et notre mode spécial personnalisé

              Pourquoi l’intégration et la mise en œuvre de l’IA analytique ?

              François Ajenstat. L’IA a démontré son potentiel depuis des années grâce aux statistiques et à l’apprentissage automatique, mais l’IA générative a ouvert de nouvelles possibilités. Nous les avons intégrées dans la fonction Ask Amplitude, qui permet des requêtes en langage naturel afin de produire des réponses visuelles. Ainsi, les utilisateurs peuvent, en toute simplicité, poser des questions sur leurs utilisateurs les plus engagés et, en retour, obtenir des informations exploitables.

              Par exemple, je pourrais demander : « Qui sont mes lecteurs préférés » ?

              F. A. Absolument. Vous obtiendriez la réponse en un clin d’œil et le système vous suggérerait les actions à entreprendre et la manière de les appliquer. Il pourrait également vous aider à visualiser le parcours de ces utilisateurs.

              Ce sont les 3 aspects clés de la mise en œuvre de L’IA analytique

              F.A. En effet, nous nous concentrons sur trois pistes dont l’impact pourrait être considérable.

              1. La simplification d’abord : supprimer la complexité grâce à des interfaces en langage naturel. Nous disposons depuis des années de capacités de synthèse vocale, mais les utilisateurs ont souvent trouvé cette fonction intimidante. Il y avait une courbe d’apprentissage avant de pouvoir l’utiliser correctement. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile. Il suffit de poser une question en langage naturel et le résultat apparaît automatiquement.
              2. L’augmentation est la deuxième de ces pistes : il s’agit d’améliorer les capacités humaines plutôt que de les remplacer. Par exemple, vous analysez des données et vous voulez comprendre les valeurs aberrantes* ou quels sont vos facteurs clés de succès, ou découvrir la cause profonde d’un problème. C’est là que vous pouvez faire appel à l’IA pour explorer les données à votre place et en tirer des enseignements. Nous avons donc ajouté de telles capacités à notre produit. Nous lui avons également adjoint ce que nous appelons un « assistant de données » (data assistant), qui vous indiquera automatiquement les problèmes de qualité de ces données ou les améliorations à y apporter.
              3. En dernier lieu vient l’Automatisation : c’est là que vous trouvez des flux de travail et que vous demandez à l’IA d’exécuter des tâches en votre nom. Il peut s’agir d’engager automatiquement les utilisateurs. Ou de guider ces utilisateurs en leur fournissant le bon contenu, les bonnes images, le bon texte, sur la base de cas d’utilisation donnés. Il s’agit de sous-traiter l’exécution des tâches routinières 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tout en permettant aux marketeurs de se concentrer sur la stratégie. L’essentiel est d’impliquer l’utilisateur à chaque point de contact et d’utiliser l’IA pour améliorer chaque interaction afin d’obtenir de meilleurs résultats.
              4. *Valeur aberrante (statistique) : « En science des données, valeurs aberrantes sont des points de données qui se distinguent du modèle collectif d’un ensemble de données » (source)  

                Les 3 aspects clés de L’IA analytique sont la simplification, l’augmentation et l’automatisation – visuel produit avec Midjourney

                Pensez-vous avec Steve Yegge que l’IA est une menace pour les débutants ?

                F. A. Chaque fois que de nouvelles technologies apparaissent, elles suscitent la peur, l’incertitude et le doute quant aux emplois qui vont être supprimés.

                Pensez au traitement de texte. Dans les années 50 et 60, seules les secrétaires de bureau tapaient à la machine. Il s’agissait d’un travail spécialisé. Lorsque WordPerfect et Word sont apparus sur le marché, ce travail a été supprimé. Mais en même temps, cela a permis à des millions et des millions d’autres personnes d’être en mesure d’effectuer de nouvelles tâches par elles-mêmes. C’était extrêmement libérateur.

                Cela n’élimine pas le fait que certaines personnes sont de bons rédacteurs et d’autres non. Vous avez toujours besoin des compétences de base pour savoir comment écrire correctement.

                Et je pense que dans nos métiers, que l’on soit dans le marketing, l’ingénierie ou la gestion des produits, il faut toujours saisir les fondamentaux pour comprendre ce qui se passe. Mais il est possible d’éliminer une partie du travail de base et de consacrer plus de temps au niveau supérieur.

                Cependant, se placer au niveau supérieur requiert des compétences

                F.A. En effet, c’est le cas. Voyez tous ces nouveaux langages de programmation où vous ne devez pas apprendre toute l’ingénierie de base codée en dur. Vous êtes donc confronté à un niveau d’abstraction plus élevé. Il en va de même pour l’IA. Elle fournit simplement un niveau d’abstraction supérieur. Elle vous permet de vous concentrer sur la construction d’un meilleur logiciel plutôt que sur la connaissance de tous les mécanismes sous-jacents.

                L’IA analytique impose que vous soyez obsédé par l’expérience de l’utilisateur, et non par la technologie – image générée avec Midjourney.

                L’IA deviendra-t-elle un élément essentiel de l’expérience utilisateur ?

                F.A. L’IA deviendra une capacité essentielle dans tous les logiciels, ce qui accélérera l’innovation et la créativité. L’accent mis sur l’expérience utilisateur devient encore plus critique à mesure que les attentes augmentent. Le succès dépend de la valeur apportée aux utilisateurs, quelle que soit l’interface ou la plateforme.

                Les attentes de ces utilisateurs vont croître. Et nous devrons tous rivaliser de manière plus efficace ou plus agressive pour gagner le droit de les servir.

                Je pense que cela change beaucoup l’équation. Nous avons désormais une plus grande responsabilité dans la fourniture d’expériences de meilleure qualité.

                Mais les données sont au cœur de toutes ces expériences. Nous devons être en mesure de collecter de plus en plus de données pour comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

                Le simple fait d’offrir une expérience de chat sur un site web ne signifie pas qu’il s’agit d’une bonne expérience.

                Trop souvent, dans cette période, les entreprises se sont empressées d’ajouter des chatbots. Les utilisateurs en sont-ils plus heureux ? Non. Ils sont toujours frustrés. Mais la véritable question qui se pose aujourd’hui est la suivante : « Comment utiliser ces données de manière continue pour offrir de meilleures expériences ? » Pour mieux comprendre vos entonnoirs et les parcours des utilisateurs et favoriser la fidélisation des clients.

                Qu’en est-il de l’expérience utilisateur à l’avenir ?

                F.A. C’est la question à 300 millions de dollars. Si l’expérience de votre site web est clairement positionnée, mais que vous offrez votre capacité de dialogue en ligne par le biais d’une interface tierce, quelle réelle différenciation offrez-vous ?

                Tout ce qui compte, c’est la valeur ajoutée que vous apportez à vos utilisateurs.

                Ne tombez pas amoureux de ce que vous avez construit. Aimez vos clients ! C’est ce qui devrait vous guider chaque jour.

                Pouvons-nous imaginer des logiciels autoprogrammés ?

                F.A. Les utilisateurs veulent des logiciels qui s’adaptent, qui se contrôlent en permanence pour obtenir les bons résultats. Je pense que l’une des clés pour y parvenir est la capacité à exprimer les mesures, les objectifs que vous fixez. Car le logiciel ne saura jamais de lui-même ce qu’il faut améliorer ni comment y parvenir.

                Ainsi, si vous dites : « Mon objectif est d’augmenter le nombre de conversions par inscription », le logiciel peut examiner les données et se perfectionner, modifier les termes, ajouter de nouveaux boutons et de nouvelles fonctionnalités qui vous permettront d’atteindre ce résultat.

                Je pense que le centre de l’attention est en train de quitter les métriques des sites web pour passer aux mesures concrètes et aux résultats.

                C’est ainsi que l’IA peut se rendre utile. Ces technologies prédictives produisent beaucoup de charabia parce qu’elles ne connaissent pas vos intentions. Elle ne connaissent pas votre domaine. Mais si vous êtes capable de mettre l’objectif en tête de vos préoccupations, tout le reste suivra beaucoup plus logiquement.

                Nous avons un projet en cours de développement qui consiste à analyser toutes les sessions d’un site web donné. Nous créerons des enregistrements d’écran de toutes les sessions. À partir de là, nous serons en mesure de déterminer votre secteur d’activité, les domaines dans lesquels les utilisateurs se sentent frustrés et la manière dont ils naviguent sur votre site. À partir de là, vous pouvez commencer à demander à l’IA de vous suggérer des changements.

                L’ensemble du monde en ligne va être bouleversé, n’est-ce pas ?

                F.A. Nous nous trouvons à un point d’inflexion passionnant, comme la révolution du PC ou la transformation mobile. L’IA va créer un monde entièrement nouveau, mais nous n’en sommes qu’aux prémices. C’est maintenant qu’il faut commencer à rêver, à essayer, à expérimenter.

                Je conseille à tout le monde de se pencher sur la question. N’ayez pas peur. Soyez les premiers à essayer, à échouer, à tester et à rêver de ce qui est possible, car des opportunités incroyables s’offrent à nous.

                Ceux qui ne s’adaptent pas risquent d’être « disruptés » par ceux qui le font.

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                28 min
              5. Élégance commerciale : structurer, écouter et conclure.

                Au cœur de l’efficacité des ventes, on trouve, selon Corinne Coppin, l’élégance commerciale. Un concept avec lequel nous ne pouvons qu’être d’accord et qui est au cœur de la méthode Test and Progress que Corinne a conçue. Et la méthode est simple, en apparence : mieux structurer, mieux écouter, pour mieux conclure. À condition de pratiquer et d’en revenir aux fondamentaux. Et là encore, l’intelligence artificielle peut aider les apprenants de la vente à progresser dans ce sens de l’élégance commerciale. 

                Élégance commerciale : mieux structurer et écouter, pour mieux conclure.

                Être commercial(e) et inspirer ses clients, le sommet de l’efficacité selon Corinne Coppin — image produite avec Midjourney selon notre mode personnalisé 

                La méthode : art oratoire, art de vendre et analyse conversationnelle.

                Corinne Coppin. Il s’agit d’un mélange d’intelligence artificielle et d’appui pédagogique. À l’intérieur de ce parcours, j’ai intégré les fondamentaux relationnels. L’art oratoire touche aux éléments verbaux et non verbaux, à la prosodie, à la fluidité, au tempo, au débit, à l’articulation, et à l’intonation. Ce parcours comprend un ensemble d’ateliers, avec un accompagnement concret et de la pratique. 

                Avec l’analyse conversationnelle, je vais prendre une photographie à 360 degrés sur la voix, l’art oratoire, l’art de vendre, les techniques de vente, la structuration de la pensée, la structuration et la pertinence des questions, la qualité d’écoute, la qualité oratoire en termes d’argumentation, le rebond, et la capacité à convaincre. 

                En résumé : mieux structurer, mieux écouter, pour mieux conclure.

                Élégance commerciale : mieux structurer, mieux écouter, pour mieux conclure — image produite avec Midjourney selon notre mode personnalisé 

                Comment fonctionne l’analyse conversationnelle ?

                CC. On réalise un enregistrement dans un salon virtuel. On y trouve un commercial, un directeur commercial et, de l’autre côté, un client (vrai ou faux). 

                La simulation de vente dure une quinzaine de minutes. L’outil analyse en temps réel les éléments verbaux et non verbaux lors de l’échange. 

                Cela recouvre toutes les composantes que j’ai déjà citées ainsi que la mesure de la pertinence du questionnement, étape par étape, ce qui permet d’ancrer les bonnes pratiques. 

                L’objectif de cette analyse conversationnelle est double : 1/une prise de conscience et 2/un ancrage par la montée en compétences.

                Si l’IA analyse nos discussions, à quoi servent encore les humains ?

                CC. Justement, IA et humains sont complémentaires. L’IA, au même titre que le téléphone, est le moyen d’arriver à la fameuse intelligence augmentée dont tout le monde parle. 

                C’est bien beau d’avoir un iPhone dernier cri si on ne sait pas communiquer ! C’est le même principe avec l’IA. 

                Le point de départ est l’analyse. Ensuite, on peut s’appuyer sur elle pour personnaliser l’accompagnement. Si un apprenant est diagnostiqué à 40 % d’écoute, ou pour une problématique de tics verbaux, ou de structuration de la pensée, cela permet de progresser. 

                Cette analyse se fait en trois fois : une première fois, puis une deuxième fois deux mois plus tard, et une dernière fois en fin de parcours pour mesurer la progression.

                Chaque formateur va accompagner ensuite l’apprenant sur ses axes de progression en s’appuyant sur les chiffres obtenus.

                Une automatisation de ce processus est-elle envisageable ?

                CC. Pourquoi pas, mais pour l’instant, on n’y est pas encore. Et je constate que les équipes apprécient énormément l’apport humain. 

                La « data », c’est bien, c’est factuel, pragmatique, il n’y a pas le risque de jugement qu’on pouvait avoir dans les jeux de rôles des années 80-90. Mais c’est bel et bien le formateur qui va apporter son appui pédagogique. Et c’est là où on peut vraiment parler d’intelligence augmentée et en réel avec le « coaché ». 

                Et ce qui marche extrêmement bien, c’est l’analyse en mode collectif. Avec l’accord, bien évidemment, de la personne qui a été analysée. Cela crée de la cohésion dans l’ensemble du groupe.

                Avec l’analyse conversationnelle, l’apprenant ne se surcorrige-t-il pas ? 

                CC. Par réflexe, beaucoup d’apprenants déclarent qu’ils ne sont « pas comme ça ». Cela revient très souvent. Mais dans la réalité, on constate que le résultat est très proche de la réalité de tous les jours. 

                L’apprenant est souvent en accord sur l’analyse quand, par exemple, on lui découvre des tics verbaux. Souvent, je les entends dire : « C’est vrai, on me le fait remarquer sans cesse ! »

                J’aime ce concept d’élégance commerciale, pourtant beaucoup de commerciaux sur LinkedIn sont loin de briller par leur délicatesse ! 

                CC. Quand je parle d’élégance commerciale, j’entends par là servir et guider son client. On peut utiliser l’intelligence artificielle pour personnaliser l’approche et réaliser une écoute très approfondie. Mais ce qui fait toute la différence, c’est la posture, la façon d’aborder le client.

                Par exemple, quand quelqu’un se connecte à mon profil LinkedIn, mes premiers mots sont « Enchanté de faire votre connaissance » et « Bienvenue sur les pistes de l’élégance commerciale ». Ce qui importe, c’est le mouvement, éviter d’être statique. C’est pour cela que je fais régulièrement des analogies avec le domaine de la danse.

                J’entends beaucoup de commerciaux, même chevronnés, me dire qu’il est de plus en plus difficile de joindre des prospects. Que leur conseilles-tu ?

                C’est certes plus difficile, mais quand on a bien compris les fondamentaux de la vente et que l’on connaît le canal de communication préféré du prospects, ses horaires, etc. – on sait donc à quel moment on va pouvoir l’appeler. Si on a bien identifié dès le départ les problématiques, les douleurs du client, on n’aura plus besoin de poser les questions de base et on pourra mieux avancer avec le client.

                Le commercial doit apprendre à se faire connaître en se démarquant. Les commerciaux doivent apprendre à se démarquer vraiment, et arriver non plus à vendre, mais à se faire acheter.

                C’est par sa singularité que le commercial peut marquer son prospect ou client. Or ce que je remarque parmi les clients que j’accompagne, c’est que chacun a sa singularité. Le commercial doit s’appuyer sur elle pour se positionner.

                Élégance commerciale et retour aux fondamentaux

                Beaucoup de missions ont un rapport avec la mise en place d’un CRM. Ce que j’entends souvent de la part des clients entreprises, ce sont des affirmations comme :

                « Les commerciaux ne savent pas vendre. Ils aimeraient être formés à l’IA… ».

                Je leur réponds :

                « Arrêtez avec vos CRM, vous avez déjà dépensé x millions. Moi, je vais vous faire gagner de l’argent en revenant aux fondamentaux.»

                Avant de travailler sur le discours commercial, il faut revenir sur la stratégie du dirigeant et aller chercher en profondeur ce qu’il veut. Une fois qu’on a vraiment fixé cette stratégie basée sur des choses simples comme les valeurs, tout devient beaucoup plus simple en matière de mise en place d’outils. Qu’il s’agisse de l’IA ou du CRM.

                Avant tout, il faut s’assurer que tout le monde dans l’entreprise, pas seulement la direction, parle la même langue. Le vrai sujet n’est pas la mise en place d’un outil de CRM ni d’intelligence artificielle, mais bel et bien d’avoir les bons mots au bon moment.

                Quant à ChatGPT, c’est un bon outil, mais il n’est pas encore abouti. C’est encore un « bébé ». Un bon outil qui aide le commercial se doit d’être adapté et approprié par ses utilisateurs. Il en va de l’IA comme du téléphone.

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                19 min
              6. 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore … vrai ou faux ?

                À quoi ressembleront ces métiers du futur qui n’existent pas encore ? Bien des professionnels aiment à répéter que « 85 % des emplois de 2030 sont encore à créer ». Quand j’ai entendu pour la dernière fois cette statistique, je me suis dit « il faut que j’aille vérifier pour voir si cela est exact ». Je me suis d’abord posé la question de savoir d’où venait ce chiffre bizarre. Puis cela m’a mené à d’autres réflexions croisées avec une infographie sur le marché du travail en 2030 de topformation.fr. Je me suis d’ailleurs aperçu qu’il s’agissait d’un sujet assez populaire. Mais cela surtout m’a amené sur une étude approfondie de France Stratégie (également référencée par Topformation), qui m’a interpellé sur la prospective des métiers à la fin de cette décennie. 

                85 % des métiers du futur (2030) n’existent pas encore : vrai ou faux ?
                Ces métiers du futur qui n’existent pas encore : on entend souvent dire que 85 % des jobs de 2030 seront nouveaux, mais est-ce vrai ? — image générée avec Midjourney avec le ‘prompt’ « imagine le futur du travail à 2030 »

                J’ai un réflexe bien établi que je dois à ma femme qui est scientifique, « un chiffre précis », me dit-elle tout le temps, « n’est pas un chiffre exact ».

                Il y a donc suspicion lorsqu’on entend une statistique sur un événement fortement improbable, déclamée avec autant de certitude : 85 %, et non 80, ni 90, ni même 80 à 90 %, des métiers de 2030 n’existeraient pas encore.

                Une vision du travail du futur répandue jusque chez Pôle Emploi

                Voici une affirmation que l’on retrouve absolument partout. Je l’ai entendue pour la dernière fois au détour d’une interview dans mon bureau il y a quelque temps, j’ai voulu en savoir plus.

                Midjourney a le même biais que les humains qui l’ont programmé. Ce sont des ingénieurs donc le futur du travail aura forcément lieu derrière un ordinateur. Erreur grossière…

                France Travail a également cité ce chiffre des 85 % des postes de 2030 qui n’existent pas encore. Une sorte de vision optimiste du travail du futur pour les innovateurs comme nous. Mais elle est certainement un peu angoissante pour beaucoup de gens.

                Bref, un biais cognitif, car les cols blancs sont largement minoritaires, malgré la doxa.

                Quoi qu’il en soit, cette opinion répandue est-elle juste pour autant ?

                Je cite Pôle emploi :

                Selon une étude publiée par Dell et l’institut pour le futur (IFF), 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore

                J’ai donc essayé de savoir ce qui est des études de Dell et de l’institut pour le futur (IFF). Et je suis tombé sur cet article de Forbes qui en parle de façon plus approfondie, mais surtout critique.

                La célèbre publication américaine cite ce rapport « bizarre » (sic !) et en donne la source. Derek Newton (auteur indépendant à la tête d’un cercle de réflexion sur l’éducation) qui a rédigé l’article s’est même retourné vers Rachel Maguire directrice de la recherche des études à IFF, l’institut pour le futur.

                Elle a répondu ainsi à la question « d’où viennent ces 85 % » ?

                Je ne peux pas véritablement indiquer de référence [à ces 85 %]. Comme l’explique le rapport, cette prévision a été proposée à l’issue d’un atelier de travail
                Rachel Maguire – IFF

                Un futur du travail plus allégorique, toujours avec Midjourney

                Comme l’explique Derek Newton, « si cette explication a été proposée, elle doit être vraie ».

                Un galimatias statistique sur le futur du travail

                Ce galimatias sur les statistiques du futur du travail serait sans importance si tout cela n’avait pas d’implication sur la façon dont nous concevons notre métier d’éducateur.

                J’ai la faiblesse de croire que face à ce semblant de changement permanent et d’innovations suspectes que nous vivons tous les jours, les grands fondamentaux ont plus d’importance que tout le reste.

                Comme l’indique Derek Newton, il est juste que les étudiants investissent dans leur avenir, et dans des connaissances fondamentales aussi critiques que « la lecture, la communication, la créativité et la collaboration ».

                Ce sont des valeurs éternelles y compris dans les professions techniques, indique-t-il.

                Mais de quoi sera fait le futur du travail ?

                Pour apporter une réponse à cette question fondamentale, je me suis penché sur un rapport plus conservateur. Il est certainement moins générateur de buzz, mais beaucoup plus sérieux. Il s’agit des “métiers en 2030” de France Stratégie.

                fs-2022-pmq-rapport-mars-4-1

                France Stratégie « est une institution autonome placée auprès de la Première ministre [de l’époque, Elisabeth Borne], qui contribue à l’action publique par ses analyses et ses propositions ».

                Alors, qu’en est-il de ce rapport de France Stratégie, élaboré avec la Dares, direction de l’animation de la recherche des études et des statistiques (une administration qui dépend du ministère du Travail).

                Un exercice quantifié et concerté sur le futur du travail à horizon 2030

                On y apprend tout d’abord que ce rapport intitulé « les métiers en 2030 » est un exercice de prospective « quantifié et concerté ».

                « Ce rapport est basé sur des évolutions démographiques et macro-économiques tendancielles qui prennent en compte l’ensemble des éléments d’incertitude du moment (crise sanitaire, productivité, contexte international, etc.).

                Les points à retenir sur ces métiers du futur qui n’existent pas encore

                Plusieurs points sont à retenir de ce rapport que vous pourrez lire en détail.

                Tout d’abord, dans le scénario référence : 1 million d’emplois qui seront à créer ou recréer entre 2019 et 2030, dont les deux tiers dans les services marchands. On observe donc une poursuite de la tertiarisation de l’économie. Une spécificité hexagonale par rapport à l’Allemagne, restée très industrielle.

                Alors, quels seront les métiers de 2030 ? 85 % d’entre eux seront-ils à créer de toute pièce ? La réponse à cette question est un non éclatant.

                Tout d’abord, près de la moitié (41 %) des postes créés le seront dans le domaine de la santé (médecins, infirmiers, paramédicaux, aides-soignants…). Il ne reste donc déjà plus que 60 % pour les emplois qui n’existent pas encore.

                De quoi sont faits ces 60 % restants ? :

                1. 18 % (180 000) dans les métiers de l’informatique et de la recherche. Ah ! Enfin de l’innovation. En réalité, ce n’est pas vraiment le cas puisque l’informatique n’est pas nouvelle, même si elle s’est particulièrement développée dans les 40 dernières années. En outre, ici on parle d’informatique et pas forcément de « digital ». Et même le « digital » n’est pas stricto sensu nouveau.
                2. Viennent ensuite 135 000 postes d’ouvriers à la manutention. Pas forcément les postes les plus avancés en matière d’innovation. Ici on parle de caristes, de conducteurs d’engins de manutention.
                3. Rajoutons à cela 20 000 postes dans les métiers du bâtiment (dont la moitié de cadres qui ne sont pas pour autant les métiers de l’innovation non plus)
                4. Et pour finir, car nous sommes dans une politique de réindustrialisation, 45 000 postes dans les métiers industriels sans plus de précisions. En tous les cas, on parle de chiffres mineurs qui n’impacteront quasiment pas la population active. Il ne faudra pas compter sur la réindustrialisation de la France pour payer nos retraites.
                5. Les métiers qui recrutent le plus

                  Allons un peu plus loin et cherchons les métiers qui recrutent le plus avec une base de 800 000 postes à pourvoir de 2019 à 2030 selon les prévisions de France Stratégie et de la Dares. Voici les statistiques.

                  Cliquer pour agrandir le graphique
                  le cumul statistique des chiffres ci-dessus pour en améliorer la lisibilité

                  Là encore, on va être très déçu si on s’attend à trouver 85 % de jobs qui n’existaient pas en 2022. Car les besoins les plus cruciaux vont se faire sentir dans des métiers qui ne sont que trop connus.

                  Pour simplifier les choses, je fournis également un calcul récapitulatif qui permet de combiner les postes nouveaux à créer (les histogrammes de couleur bleue) et les départs à la retraite qu’il faudra remplacer (les histogrammes en orange).

                  En cumulant ces deux chiffres, les 85 % sont atteints avec les emplois des « agents d’entretien, enseignants, aides à domicile, conducteurs de véhicule, aides-soignants, cadres administratifs comptables et financiers, cadres commerciaux et technico-commerciaux et enfin, les infirmières et les sages-femmes ».

                  Pas grand-chose de bien innovant dans tout cela.

                  Pas grand-chose de bien innovant dans tout cela.

                  On peut donc conclure de manière assez péremptoire, si on en croit ce rapport de France Stratégie, que les emplois de demain seront finalement, les emplois d’hier. Et si ce rapport est complètement à côté de la plaque, c’est assez inquiétant pour le futur des politiques publiques.

                  Ces métiers du futur qui n’existent pas encore : on reste sur notre faim

                  Dans un sens, cette conclusion n’est pas tellement satisfaisante même si elle ne me surprend pas beaucoup. Les ingénieurs de l’informatique, pourtant à la une de tous nos journaux, notamment en ces temps de pénurie, ne représentent finalement que 6,40 % des emplois à pourvoir dans cette période.

                  Et pour cause, ils sont plus jeunes et peu d’entre eux (un peu moins de 40 %, soit 75/115 milliers) sont concernés par les départs à la retraite.

                  En fin de compte, je trouve le rapport de France Stratégie un peu conservateur dans l’autre sens. Il faudra probablement lui adjoindre quelques corrections dans le futur.

                  On peut néanmoins largement conclure que cette statistique souvent entendue sur les jobs qui n’existent pas est une fantaisie de poète.

                  Soulignons aussi qu’une période de 10 ans est une période trop courte pour susciter des changements majeurs dans la structure de nos emplois. Mais dans tous les cas, ce qu’il faut retenir de cette courte analyse, c’est qu’on a tendance à toujours prendre nos désirs pour des réalités, que les faits sont têtus.

                  Même si l’on prône un monde sans travail, dans les contes de fées, la dure réalité du terrain, c’est qu’il faudra des gens pour nettoyer nos bureaux et nos maisons, des enseignants pour remplir nos chères têtes blondes ou brunes, des aides à domicile surtout pour s’occuper de nous, car nous serons devenus trop vieux, et des conducteurs de véhicules, n’en déplaise à certains, pour amener nos légumes bio dans nos assiettes.

                  Ah oui, j’oubliais, il y a également L’IA qui va remplacer tous nos emplois… Sauf que même le patron de Baidu ne semble pas y croire, et il indique une période de 30 ans pour la transition. Qui ne touchera d’ailleurs que les cols blancs, retour à la case précédente.

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                  11 min
                6. NotebookLM de Google : Voix artificielles, préoccupations bien réelles

                  La création de contenu à l’aide de l’intelligence artificielle n’est plus une nouveauté depuis quelques années et, comme je l’avais prévu dès 2020, une des conséquences de cela est que déjà près de 15% du contenu du Web contient des éléments produits par l’intelligence artificielle. Bien que je me sois préparé à ce choc de contenu de longue date, lorsque j’ai reçu ce message d’un de mes amis la semaine dernière au sujet de la nouvelle application de Google intitulée NotebookLM, j’ai été sacrément secoué. Je l’ai donc testée et je me suis immédiatement senti dépassé. J’ai dormi quelques nuits depuis lors et alors que je me remets à peine de mes émotions, voici mes conclusions et interrogations.

                  NotebookLM de Google : voix artificielles, préoccupations bien réelles

                  NotebookLM de Google : Voix artificielles, préoccupations bien réelles – une image produite avec Midjourney en mode personnalisé

                  L’autre jour, un ami m’a envoyé un message concernant la nouvelle application d’intelligence artificielle NotebookLM de Google. Comme je fais toujours dans ce cas, je l’ai immédiatement essayée. Le slogan de NotebookLM est « Think Smarter, Not Harder » et Google le présente comme « L’outil par excellence pour comprendre les informations qui comptent le plus pour vous, construit avec Gemini 1.5 ».

                  NotebookLM : fait pour « comprendre » l’information ?

                  Je m’interroge à ce sujet. S’agit-il vraiment d’un outil destiné à « comprendre l’information » ? Cela me semble difficile à croire.

                  L’objectif de NotebookLM (uniquement disponible en anglais à ce jour) est de transformer un texte, une vidéo, un lien web en un podcast conversationnel. Il est semi-personnalisable et la peinture est encore fraîche. Mais il vous donne déjà une idée de ce que l’avenir nous réserve, à nous les créateurs de contenu.

                  D’un côté, la technologie est géniale et fonctionne bien, à l’exception de quelques anicroches. De l’autre, c’est une fenêtre qui s’ouvre sur un avenir très étrange et sombre (une fois de plus, ce n’est pas l’outil qui est le problème mais les personnes qui l’utilisent, comme Bradbury l’a fait remarquer).

                  Pour mon premier test, j’ai sélectionné l’un de mes textes en anglais sur l’intelligence artificielle (AGI). J’ai copié et collé mon texte dans la fenêtre et hop ! quelques secondes plus tard, un podcast conversationnel entre deux américains, un homme et une femme, était disponible. Le voici .

                  https://visionarymarketing.com/wp-content/uploads/2024/10/2024-10-21-raw-agi-ganascia-notebook-version.mp3

                  Je dois avouer que je n’en ai pas cru mes oreilles lorsque j’ai entendu ce podcast réalisé à partir d’un simple texte. C’était à la fois brillant et intimidant. J’ai immédiatement pensé que n’importe qui pouvait produire une conversation audio à partir d’un article de blog. Et je suppose que certains des créateurs de contenu les plus paresseux n’iront pas chercher plus loin.

                  En regardant le podcast en détail, j’ai remarqué qu’il y avait quelques failles ici et là et notamment la citation de Ray Bradbury qui n’est absolument pas tirée de Fahrenheit 451. Comme cela est clairement mentionné dans mon texte.

                  Homme | 01:24.308

                  C’est comme cette phrase de Fahrenheit 451. Je n’ai pas peur des robots. J’ai peur des gens, des gens, des gens.

                  Femme 01:28.691

                  Ouais.

                  Eh bien… non, désolé (et au fait, je déteste ces « Ouais/ Yeah » ). Ceci est tiré de la lettre de Bradbury à Brian Sibley, datant de 1974. C’est clairement énoncé dans le billet et le lien vers le fichier source y est explicite.

                  Deuxième test

                  Hier matin, je suis retourné à l’application et j’ai essayé une nouvelle fois. J’ai inséré le lien vers une vidéo YouTube et l’opération a échoué plusieurs fois. J’ai abandonné et j’ai copié une URL web, ce qui a fonctionné parfaitement cette fois-ci. Dans ce nouveau test, j’ai pillé mon propre travail sur la fraude et l’IA avec Fujitsu.

                  https://visionarymarketing.com/wp-content/uploads/2024/10/fujitsu-fraud-in-retail.mp3

                  J’ai essayé de personnaliser le podcast mais je n’ai pas pu changer les voix américaines ni le ton de la voix qui ne correspond pas à ma ligne éditoriale. J’ai tenté d’adopter un ton plus professionnel, moins décontracté en modifiant le prompt. Cela n’a pas fonctionné comme prévu. Par contre, mes instructions visant à rendre le podcast plus factuel et à mettre l’accent sur les chiffres ont été exécutées correctement par l’IA.

                  NotebookLM by Google vous permet de personnaliser le résultat, enfin… presque

                  Cela dit, lorsque vous écoutez l’intégralité du podcast, en particulier vers la fin, vous vous rendez compte que l’IA y ajoute beaucoup de contenu et fait ses propres commentaires.

                  Cette expérience soulève un certain nombre de questions.

                    1. Pour commencer, un rédacteur paresseux peut commencer à publier sa propre chaîne de podcasts à partir de zéro en utilisant le contenu d’autres producteurs de contenus sans même mentionner leurs noms ;
                    2. Deuxièmement, les hallucinations font toujours partie de l’équation et elles sont très vicieuses, cachées et difficiles à repérer. Encore une fois, si vous êtes un copywriter paresseux, cela n’a aucune importance. Au contraire, si vous êtes un créateur de contenus consciencieux, c’est une bien autre histoire ;
                    3. Le fait que cette application d’IA ajoute du contenu est une autre forme d’hallucination, même si le texte est parfaitement sensé et en phase par rapport à l’œuvre originale. Mais je n’ai pas écrit ces ajouts, je ne les ai pas pensés et je ne suis même pas sûr de vouloir les conserver. Ce n’est pas seulement irritant, c’est carrément inquiétant.
                    4. Enfin, le ton familier utilisé par l’application et les voix et accents qui ne sont pas encore personnalisables sont un frein pour moi. Mais je pense que cela peut être facilement corrigé.
                    5. En conclusion

                      Comme je l’ai déjà mentionné, je trouve ce type d’application un peu inquiétant. D’une part, il est formidable de pouvoir produire un podcast conversationnel très engageant, très rapidement. Rétrospectivement, ce type de technologies est sans doute propice à produire encore plus de déchets sur Internet, qui finira probablement par s’effondrer sur lui-même. C’est une question d’années si personne ne met fin à cette absurdité.

                      Je ne suis pas sûr que Google assurera la maintenance de cette application, ni même qu’il vous laissera l’utiliser très longtemps. Ils ont un beau palmarès de crucifixion des innovations à leur palmarès.

                      Le site KilledbyGoogle.com. Notez que Google n’a pas réussi à tuer Squarespace (pour l’instant). Il s’agit d’un ajout. Notebooklm sera-t-il ajouté à cette liste ? L’avenir nous le dira

                      Il pourrait être tentant d’utiliser NotebookLM pour produire des podcasts conversationnels sans aucun effort. Mais je ne l’utiliserai pas car nous nous sommes engagés à ne pas le faire au travers de notre charte de contenu 100% humain sur Visionary Marketing. Je finirai sans doute ma vie comme le dernier des Mohicans du marketing de contenu, mais j’ai la ferme intention de garder la main dans ce processus créatif.

                      Ici, c’est moi qui réfléchis, pas l’outil que j’utilise pour écrire.

                      Transcriptions des deux podcasts de NotebookLM

                      2024-10-21-RAW-AGI Ganascia notebook version.pages] Fujitsu - fraude dans le commerce de détail.pages

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