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  • Abqaiq, Miami, Bab-el-Mandeb : La garantie américaine à l’épreuve des faits

    jamais deux sans trois...
    Dans cet article, Joël-François Dumont analyse l'érosion de la garantie de sécurité américaine envers les monarchies du Golfe à travers trois moments clés s'étalant de 2019 à 2026. L'auteur souligne un sentiment de trahison croissant à Riyad face à l'inaction militaire de Washington et aux humiliations publiques infligées par Donald Trump. Pendant que les États-Unis privilégient leurs propres intérêts stratégiques, des puissances comme la Chine et la Russie renforcent activement les capacités de leurs adversaires régionaux. En réaction, des pays tels que la France, le Royaume-Uni et même l'Ukraine interviennent pour combler ce vide sécuritaire. Ce basculement géopolitique pousse les États du Golfe à remettre en question la pérennité de leur dépendance financière et militaire envers un allié jugé désormais imprévisible.

    La loyauté historique de l'Amérique est mise à l'épreuve par une nouvelle réalité multipolaire. Ces trois épisodes résonnent différemment dans le Golfe qu’ils ne le feraient ailleurs, et cette différence tient à une conception de l’alliance qui n’est pas celle de Washington.

    Dans la tradition politique arabe, et singulièrement dans celle des monarchies du Golfe, la parole donnée — al-kalima — engage au même titre qu’un traité écrit ; la loyauté envers un allié qui a demandé assistance n’est pas une option diplomatique parmi d’autres, mais une obligation morale dont le manquement se retient durablement. C’est cette même culture qui fait de l’hospitalité (diyafa) une valeur cardinale : accueillir, protéger, répondre à celui qui sollicite une aide sont des actes qui définissent l’honneur autant que l’intérêt.

    Mesurée à cette aune, la séquence Abqaiq-Miami-Bab-el-Mandeb ne se lit pas seulement comme trois défaillances stratégiques. Elle se lit comme trois manquements à une parole que Riyad croyait avoir reçue — en 2019, en promettant une réplique qui n’est jamais venue ; en 2026, deux fois de suite, en refusant l’assistance demandée par un allié qui avait, lui, tenu ses propres engagements pendant des décennies. Pour une culture où la loyauté se prouve dans l’instant de la demande et non dans le confort du discours, ce silence pèse plus lourd qu’un simple désaccord tactique.

    14 min
  • Ormuz, Red Sea: The Gulf War Enters European Budgets

    Two Straits, One Bill
    Jérôme Denariez’s analysis and Admiral Christian Girard’s, published two days earlier on Bab-el-Mandeb, complement each other more than they overlap. Both describe the same war spilling beyond its initial military boundaries — into budgets on one side, into a second strait on the other — but they point to an asymmetry the hurried reader might miss: Hormuz offers no maritime escape route, while Bab-el-Mandeb can still be bypassed via the Cape of Good Hope, a route already carrying a large share of traffic since 2024.

    The risk, then, is not of the same nature: at Hormuz, it is a risk of price and availability that directly hits the barrel and, in turn, European companies’ 2027 budgets; at Bab-el-Mandeb, it is above all a risk of delay and logistical surcharge — more absorbable, but one that adds to the first rather than replacing it.

    It is precisely this addition that sets the European position apart from the American position described by Jérôme Denariez. Washington is managing a domestic political dilemma — inflation, rates, the electoral calendar. Europe, “for its part,” has no lever over the military conduct of the conflict, but it already has, contrary to what one might assume, assets on the ground: Operation ASPIDES since February 2024, backed by ATALANTE and by the bases in Djibouti. This paradox — militarily present at Bab-el-Mandeb, diplomatically absent, and absorbing without any say the budgetary shock coming from Hormuz — is perhaps the real question raised by the two texts together: how long can a Europe that has the means but not the political will content itself with doing its cash-flow math while others, in Washington as in Beijing, redraw the balance of the Gulf?

    21 min
  • Ormuz, Rotes Meer: Der Golfkrieg erreicht die europäischen Budgets

    Zwei Meerengen, eine Rechnung
    Die Analyse von Jérôme Denariez und jene von Admiral Christian Girard, zwei Tage zuvor über Bab-el-Mandeb veröffentlicht, ergänzen sich mehr, als dass sie sich überschneiden. Beide beschreiben denselben Krieg, der über seine ursprünglichen militärischen Grenzen hinauswächst — auf der einen Seite in die Budgets, auf der anderen in eine zweite Meerenge —, weisen aber auf eine Asymmetrie hin, die der eilige Leser übersehen könnte: Ormuz bietet keinen Seeweg-Ausweg, während Bab-el-Mandeb weiterhin über das Kap der Guten Hoffnung umfahren werden kann — eine Route, die bereits seit 2024 einen großen Teil des Verkehrs trägt.

    Das Risiko ist also nicht von gleicher Art: Bei Ormuz handelt es sich um ein Preis- und Verfügbarkeitsrisiko, das unmittelbar das Fass trifft und in der Folge die 2027er-Budgets europäischer Unternehmen; bei Bab-el-Mandeb geht es vor allem um ein Risiko von Verzögerung und logistischem Mehraufwand — besser abzufedern, aber es kommt zum ersten hinzu, statt es zu ersetzen.

    Genau diese Addition unterscheidet die europäische von der amerikanischen Position, wie sie Jérôme Denariez beschreibt. Washington bewältigt ein innenpolitisches Dilemma — Inflation, Zinsen, Wahlkalender. Europa hat „seinerseits“ keinen Hebel über die militärische Führung des Konflikts, verfügt aber bereits, entgegen mancher Annahme, über Mittel vor Ort: die Operation ASPIDES seit Februar 2024, gestützt auf ATALANTE und die Stützpunkte in Dschibuti. Dieses Paradox — militärisch präsent in Bab-el-Mandeb, diplomatisch abwesend, und ohne jede Mitsprache den budgetären Schock aus Ormuz auffangend — ist wohl die eigentliche Frage, die sich aus dem Zusammenspiel der beiden Texte ergibt: Wie lange wird sich ein Europa, das über die Mittel, nicht aber über den politischen Willen verfügt, damit begnügen, seine Liquiditätsrechnungen aufzustellen, während andere — in Washington wie in Peking — das Gleichgewicht des Golfs neu zeichnen?

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    14 min
  • Ormuz, mer Rouge : La guerre du Golfe entre dans les budgets européens

    Deux détroits, une seule facture
    L’analyse de Jérôme Denariez et celle de l’amiral Christian Girard, publiée deux jours plus tôt sur Bab-el-Mandeb, se complètent plus qu’elles ne se recoupent. Toutes deux décrivent une même guerre qui déborde de ses frontières militaires initiales — vers les budgets d’un côté, vers un second détroit de l’autre — mais elles pointent vers une asymétrie que le lecteur pressé pourrait manquer : Ormuz n’offre aucune échappatoire maritime, tandis que Bab-el-Mandeb, lui, peut toujours être contourné par le Cap de Bonne-Espérance, une route qu’emprunte déjà une large part du trafic depuis 2024.

    Le risque n’est donc pas de même nature : à Ormuz, c’est un risque de prix et de disponibilité qui touche directement le baril et, par ricochet, les budgets 2027 des entreprises européennes ; à Bab-el-Mandeb, c’est avant tout un risque de délai et de surcoût logistique — plus absorbable, mais qui s’additionne au premier plutôt que de s’y substituer.

    C’est précisément cette addition qui distingue la position européenne de la position américaine décrite par Jérôme Denariez. Washington gère un dilemme de politique intérieure — inflation, taux, calendrier électoral. L’Europe, elle, n’a « pour sa part » aucun levier sur la conduite militaire du conflit, mais elle dispose déjà, contrairement à ce qu’on pourrait croire, de moyens sur zone : l’opération ASPIDES [14] depuis février 2024, adossée à ATALANTE [15] et aux bases de Djibouti.[16] Ce paradoxe — présente militairement à Bab-el-Mandeb, absente diplomatiquement, et absorbant sans arbitrage possible le choc budgétaire venu d’Ormuz — est sans doute la vraie question que pose la conjonction des deux textes : combien de temps une Europe qui a les moyens mais pas la volonté politique pourra-t-elle se contenter de faire ses calculs de trésorerie pendant que d’autres, à Washington comme à Pékin, redessinent l’équilibre du Golfe ?

    22 min
  • Die Straße von Bab-el-Mandeb — Auf dem Weg zu einer europäischen Reaktion?

    Was die Zahlen sagen, hinter dem Tor der Tränen (Bab-el-Mandeb)
    Drei jüngere Entwicklungen untermauern, mit konkreten Zahlen, die Analyse von Admiral Girard.

    Zum „offensiven militärischen Potenzial der Houthis“: Admiral Girard hält es keineswegs für unbedeutend — er weist selbst darauf hin, dass es merklich verstärkt worden ist —, ist aber der Ansicht, dass es derzeit nicht den entscheidenden strategischen Faktor der Lage darstellt, die weiterhin vor allem von politischen Erwägungen bestimmt wird. Eine Untersuchung des Conflict Armament Research Center dokumentiert genau diesen Ausbau: Die Bewegung hat ihr Arsenal in den vergangenen achtzehn Monaten still und leise verfeinert, während sich Iran und Saudi-Arabien im offenen Krieg gegenseitig erschöpften — mehr als 800 sichergestellte Raketenkomponenten, mindestens zehn verschiedene Typen, mit iranischen Ingenieuren, die entsandt wurden, um den Houthis beizubringen, die Systeme selbst zusammenzubauen, anstatt vollständige Raketen zu importieren. Nur 5 % dieser Komponenten stammten direkt aus dem Iran; der Rest gelangte über sechzehn weitere Länder ins Land.

    Zur „Erschöpfung der amerikanischen Mittel“, die im Zusammenhang mit den Zwischenwahlen angesprochen wird: Die amerikanischen Bestände an Patriot-PAC-3-Abfangraketen sollen laut CSIS von mehr als 2.300 Einheiten vor dem Iran-Krieg auf derzeit etwa 800 gesunken sein — ein Rückgang um fast zwei Drittel binnen sechs Monaten. Axios nennt dabei ausdrücklich Frankreich unter den Ländern, die, wie Israel und die Ukraine, aus demselben bereits angespannten amerikanischen Vorrat schöpfen — was die stille Zurückhaltung der Europäer, sich stärker zu engagieren, in einem konkreteren Licht erscheinen lässt.

    Schließlich zum von dem Admiral erwarteten saudischen Groll: Die Times of Israel berichtete in den vergangenen Tagen, Donald Trump habe eine saudische Bitte um Schläge gegen die Houthis ausdrücklich abgelehnt; amerikanische Vertreter hätten erklärt, man wolle sich „auf Iran und Hormus konzentrieren, statt eine neue Front zu eröffnen“ — trotz zweier persönlicher Anrufe von Mohammed bin Salman. Riad sieht sich damit erneut allein auf die eigenen Mittel verwiesen.

    24 min
  • The Bab-el-Mandeb Strait — Toward European Action?

    What the Numbers Say, Behind “the Gate of Grief” (Bab-el-Mandeb)
    Three recent developments lend further, quantified, support to Admiral Girard’s analysis.
    On the Houthis’ “offensive military potential”: Admiral Girard does not judge it negligible — he himself notes that it has been notably strengthened — but considers that it does not, as things stand, constitute the decisive strategic factor in the current situation, which remains dictated above all by political considerations. An investigation by the Conflict Armament Research Center documents precisely this build-up: the movement has quietly refined its arsenal over the past eighteen months, even as Iran and Saudi Arabia exhausted themselves in open warfare — more than 800 missile components seized, at least ten different types identified, with Iranian engineers sent to teach Houthi technicians to assemble the systems themselves rather than import complete missiles. Only 5% of these components came directly from Iran; the rest transited through sixteen other countries.

    On the “strain on American resources” raised in connection with the midterm elections: American stockpiles of Patriot PAC-3 interceptor missiles are reported to have fallen from more than 2,300 units before the Iran war to roughly 800 today, according to CSIS — a drop of nearly two-thirds in six months. Axios notably names France among the countries drawing, alongside Israel and Ukraine, on this same already-strained American supply — which sheds a more concrete light on Europeans’ quiet reluctance to commit further.

    Finally, on the Saudi resentment the admiral anticipates: the Times of Israel reported in recent days that Donald Trump explicitly refused a Saudi request for strikes against the Houthis, with American officials indicating a wish to “stay focused on Iran and Hormuz rather than open a new front” — despite two personal calls from Mohammed bin Salman. Riyadh thus finds itself, once again, having to rely on its own resources alone.

    21 min
  • Le détroit de Bab-el-Mandeb — Vers une action européenne ?

    Sur le « potentiel militaire offensif des Houthis », qu’il juge peu modifié par la seule prise de contrôle territoriale : une enquête du Conflict Armament Research Center a documenté que le mouvement a discrètement perfectionné son arsenal ces dix-huit derniers mois, pendant que l’Iran et l’Arabie saoudite s’épuisaient dans la guerre ouverte — plus de 800 composants de missiles saisis, au moins dix types différents, avec des ingénieurs iraniens venus leur apprendre à les assembler eux-mêmes plutôt que d’en importer de complets. Seulement 5% de ces composants provenaient directement d’Iran, le reste ayant transité par seize autres pays.

    Sur la « fatigue des moyens américains » évoquée à propos des élections de mi-mandat : les stocks américains de missiles intercepteurs Patriot PAC-3 seraient passés de plus de 2 300 unités avant la guerre d’Iran à environ 800 aujourd’hui selon le CSIS — une chute des deux tiers en six mois. Axios cite d’ailleurs nommément la France parmi les pays qui puisent, comme Israël et l’Ukraine, dans ce même réservoir américain déjà sous tension, ce qui éclaire d’un jour plus concret la réticence discrète des Européens à s’engager davantage.

    Enfin, sur le ressentiment saoudien anticipé par l’amiral : le Times of Israel rapportait ces derniers jours que Donald Trump aurait opposé un refus explicite à une demande saoudienne de frappes contre les Houthis, des responsables américains ayant fait savoir vouloir « rester concentrés sur l’Iran et Ormuz plutôt que d’ouvrir un nouveau front » — malgré deux appels personnels de Mohammed ben Salmane. Riyad se retrouve donc, une fois de plus, à devoir compter sur ses seuls moyens.

    14 min
  • Sechzig Jahre gewählte Vasallentreue (1)

    Wenn ich an Deutschland denke, und nicht nur nachts…
    Frankreich hat es stets verstanden, in Berlin wie in London außergewöhnliche Botschafter zu ernennen — Männer und Frauen, die ihren Posten allein durch Charisma oder menschliche Qualität geprägt haben, weit über die bloße fachliche Kompetenz hinaus. Claude hinterließ beim Verlassen Berlins eine Lücke, die viele spürten. Sein würdiger Nachfolger heute, François Delattre, ist von demselben Schlag. Man muss hinzufügen, um die Aufgabe beider angemessen zu ermessen, dass Claude bei seiner Ankunft eine durch die Zeit ernsthaft beschädigte deutsch-französische Beziehung wiederaufbauen musste. Dieselbe Herausforderung stellt sich seinem Nachfolger seit dessen eigener Ankunft im Jahr 2022 — der sich allen Widrigkeiten zum Trotz bemüht, diese privilegierte Verbindung aufrechtzuerhalten, so wie er es sein ganzes Berufsleben lang getan hat.

    Anders als die Diplomaten machen die französischen Militärs seit drei oder vier Jahren untereinander aus ihrer Enttäuschung über Deutschland keinen Hehl mehr — trotz einer durchaus realen Waffenbrüderschaft vor Ort, trotz gemeinsamer laufender Projekte. Doch diese Projekte bleiben begrenzt, sowohl im Umfang als auch im Ehrgeiz. Die französische Armee zählte lange ihre Germanisten; heute zählt sie kaum noch welche. Es gibt keinen Grund mehr, für große gemeinsame Rüstungsprojekte auf Deutschland zu zählen — eine Feststellung, die die Realität vor Ort schon vor vier oder fünf Jahren aufzwang. Wenn man den Vorstandsvorsitzenden von Dassault so sprechen hört, wie er es erneut vor der Nationalversammlung nach dem Scheitern des FCAS-Kampfjetprogramms getan hat, weiß jeder, der sich mit dem Thema ein wenig auskennt, dass er recht hat. Claudes Zeugnis, das bis in die 1960er-Jahre zurückreicht, bestätigt mit der Tiefe eines weiteren halben Jahrhunderts nur das, was die direkte Beobachtung bereits offenbart hatte.

    Eine einzige Zahl genügt, um das Ausmaß des Verzichts zu ermessen: In sechzehn Jahren Kanzlerschaft kümmerte sich Angela Merkel so gut wie nie um Verteidigung oder Sicherheit. Diese Leerstelle will Deutschland nun auf einen Schlag füllen, indem es die militärische Führung des Kontinents beansprucht. Was Bush 1989 in Mainz eröffnete, ohne es beim Namen zu nennen, hatte ein französischer Botschafter dreißig Jahre zuvor bereits in seinen Umrissen erkannt.

    Claude selbst legte im Herbst 2021 die Feder nieder, gerade als Merkel von der Bühne abtrat: „Ich hatte mein Zeugnis abgelegt. Es konnte dort enden.“ Unseres, zu diesem Thema, fängt gerade erst an — und der Leser, der neugierig ist, mehr darüber zu erfahren, was das heute bedeutet, wird nicht lange warten müssen: Ein zweiter Beitrag, der diesen fortsetzt, soll bereits morgen erscheinen.

    17 min
  • Sixty Years of Chosen Vassalage (1)

    When I Think of Germany, and Not Only at Night…
    France has always known how to appoint, in Berlin as in London, exceptional ambassadors — men and women who left their mark on the post through sheer charisma or human quality, far beyond technical competence alone. Claude left, on departing Berlin, a void that many felt. His worthy successor today, François Delattre, is cut from the same cloth. It should be added, to properly measure the task facing each of them, that Claude, on his arrival, had to rebuild a Franco-German relationship badly deteriorated by time. The same challenge has faced his successor since his own arrival in 2022 — who, against all odds, strives to maintain that privileged link, just as he did throughout his career.

    Unlike the diplomats, for the past three or four years French military officers have stopped hiding, among themselves, their disillusionment with Germany — despite a very real fraternity of arms in the field, despite joint projects underway. But those projects remain limited, both in scope and ambition. The French army long counted its Germanists among its ranks; it barely counts any today. There is no longer any reason to count on Germany for major joint military programs — a conclusion the facts on the ground were already forcing four or five years ago. When one hears Dassault’s CEO speak as he did once again before the National Assembly after the collapse of the FCAS fighter-jet program, anyone who thinks they know the subject knows he is right. Claude’s testimony, reaching all the way back to the 1960s, only confirms, with the depth of an additional half-century, what direct observation had already revealed.

    One figure alone is enough to measure the scale of the abdication: across sixteen years as chancellor, Angela Merkel scarcely concerned herself, ever, with defense or security. That vacuum, Germany now claims it can fill overnight, by demanding leadership of the continent’s armed forces. What Bush was opening at Mainz in 1989 without naming it, a French ambassador had already seen the outlines of thirty years earlier — and readers curious to learn more about what this means today will not have to wait long: a second piece, continuing this one, is due out tomorrow.

    20 min
  • Soixante ans de vassalité choisie (1)

    Quand je pense à l’Allemagne, et pas seulement la nuit…
    La France a toujours su nommer, à Berlin comme à Londres, des ambassadeurs d’exception — des hommes et des femmes. Certains ont marqué leur poste par leur charisme ou par leur qualité humaine, bien au-delà de la seule compétence technique. Claude Martin a laissé, en quittant Berlin, un vide que beaucoup ont ressenti. Son digne successeur aujourd’hui, François Delattre, est de la même trempe. Il faut ajouter, pour bien mesurer la tâche de l’un comme de l’autre, que Claude Martin, à son arrivée, avait dû reconstruire une relation franco-allemande sérieusement détériorée par le temps. Le même défi se pose aujourd’hui à son successeur depuis son arrivée en 2022 — qui, envers et contre tout, s’efforce de maintenir ce lien privilégié, comme il l’a fait tout au long de sa carrière.

    Contrairement aux diplomates, depuis trois ou quatre ans, les militaires français ne cachent plus, entre eux, leur désillusion à l’égard de l’Allemagne — malgré une fraternité d’armes bien réelle sur le terrain, malgré des projets menés ensemble. Mais ces projets restent limités, en portée comme en ambition. L’armée française a longtemps compté ses germanistes ; elle n’en compte presque plus. Il n’y a plus lieu de compter sur l’Allemagne pour de grands projets militaires communs — un constat que le terrain imposait déjà il y a quatre ou cinq ans. Lorsqu’on entend le PDG de Dassault s’exprimer comme il l’a encore fait devant la représentation nationale après l’échec du SCAF, quand on croit connaître un peu le sujet, on sait qu’il a raison. Le témoignage de Claude Martin, remontant lui jusqu’aux années 1960, ne fait que confirmer, avec la profondeur d’un demi-siècle supplémentaire, ce que l’observation directe avait déjà révélé.

    Un chiffre suffit à mesurer l’ampleur du renoncement : en seize années de chancellerie, Angela Merkel ne s’est pratiquement jamais occupée, ni de défense, ni de sécurité. Ce vide, aujourd’hui, l’Allemagne prétend le combler d’un coup, en réclamant le leadership militaire du continent. Ce que Bush ouvrait à Mayence en 1989 sans le nommer, un ambassadeur français en voyait déjà les linéaments trente ans plus tôt — et le lecteur curieux d’en savoir davantage sur ce que cela signifie aujourd’hui n’attendra pas longtemps : un second papier, qui prolonge celui-ci, doit paraître dès demain.

    21 min

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