
Sign up to save your podcasts
Or


Notes de lecture de Masculin/Féminin de Françoise Héritier, présentées par Gwladys.
Masculin/Féminin est la thèse anthropologique de Françoise Héritier sur la valence différentielle des sexes. Elle est parue en 2 tomes, le premier en 1996 et le second en 2002. Françoise Héritier est sans doute, avec Simone de Beauvoir, l’une des autrices féministes françaises dont le travail est le plus cité. Ici, j’ai souhaité m’immerger dans son travail, au-delà des quelques citations célèbres, pour mieux comprendre les structures du patriarcat, mais aussi pour me situer par rapport au féminisme structuraliste, réformiste, que Françoise Héritier défend.
Trois épisodes constituent ce podcast : le premier pour le Tome 1 : Masculin/Féminin La pensée de la différence, le deuxième pour le Tome 2 : Masculin Féminin : Dissoudre la hiérarchie.
Le troisième épisode est consacré à une analyse écoféministe, marxiste mais aussi personnelle des propositions et des idées que Françoise Héritier expose dans le second tome.
Les deux tomes de Masculin/Féminin sont extrêmement denses. Ce podcast en est une synthèse et non une présentation exhaustive.
Présentation du premier tome de Masculin/Féminin, sorti en 1996 et sous-titré « La pensée de la différence ». Françoise Héritier y développe son concept clé : la valence différentielle des sexes.
Dans le deuxième tome de Masculin/Féminin, Françoise Héritier répond aux critiques qui lui ont été adressées suite à la publication du Tome 1, sorti 6 ans plus tôt en 1996. Elle y développe ses réflexions sur la domination masculine et propose des solutions pour « Dissoudre la Hiérarchie », sous-titre de ce deuxième tome.
Épisode consacré à une critique personnelle de Masculin/Féminin, ancrée dans une analyse marxiste et écoféministe. Une critique écrite en réaction à la foi dans le libéralisme et la croissance économique qui transpire du texte de Françoise Héritier, en particulier dans le deuxième tome.
par Gwladys — @gwladyskantfail
Extraits épisode 1 – Les clichés selon Françoise Héritier, – juin 2012
Musiques originales du podcast : Lorenzo Papace
Podcast de Marguerite Stern
L’article Masculin/Féminin est apparu en premier sur Floraisons.
Une série de podcasts consacrés au livre de Romain Roszak La Séduction pornographique, publié aux Éditions L’Échappée.
Si représenter la sexualité a longtemps été un défi à l’ordre établi, ce n’est plus le cas depuis les années 1970, époque où le capitalisme entre dans sa phase consumériste et sensualiste. La transformation des images pornographiques, mais aussi du dispositif dans lequel elles s’insèrent – pratiques, normes, lois, modalités d’accès –, répond à l’émergence des industries du loisir et du plaisir. Ces marchés du désir, chargés de redynamiser un mode de production à la peine, ne peuvent rencontrer leur clientèle qu’à cette condition : la vie heureuse doit être redéfinie comme la poursuite illimitée de la jouissance sexuelle.
Les deux premiers épisodes de cette série ne sont pas les plus critiques de la pornographie. Si c’est la critique anticapitaliste qui vous intéresse, on vous conseille donc de passer directement au troisième épisode… mais c’est dommage car les deux premiers apportent un peu d’érudition sur les différents discours à propos de pornographie. Ils permettent de mieux comprendre les conflits et se situer.
Dans ce premier épisode, nous allons voir les zones de friction, c’est-à-dire les trois grands conflits dans les discours sur la pornographie, ainsi que la façon dont les intellectuels libéraux tranchent généralement la question. Qu’est-ce que la pornographie ? Peut-on la définir ? Quels sont ses effets sur la société ? Que signifie-t-elle pour les femmes et les minorités sexuelles ?
Dans ce deuxième épisode, nous allons parler de la consommation pornographique elle-même, de son histoire en France, de sa diffusion, ainsi que de certains angles morts des thèses féministes radicales. Quels rapport entre numérique et pornographie ? Qui prescrit et qui diffuse la pornographie ? Comment ? Quid du choix et du consentement ?
Dans ce troisième épisode, nous allons voir quels apports on trouve dans les concepts de Michel Clouscard pour analyser la pornographie aujourd’hui, ses effets, l’idéologie, le mode d’emploi qu’elle diffuse. Comment définir la pornographie contemporaine au sein du mode de production capitaliste ? De quoi avons-nous été dépossédé·es ? Que dire de la diversité du catalogue marchand ? La pornographie dispose-t-elle au sadisme ? Qui veut en finir avec la pornographie ?
Musiques originales du podcast : Lorenzo Papace
L’article La séduction pornographique (avec Romain Roszak) est apparu en premier sur Floraisons.
Une série de podcasts consacrés au livre d’Aurélien Berlan Terre et Liberté, la quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance, publié aux éditions La Lenteur, en librairie à partir du 26 novembre.
00:07 Introduction
Qu’est-ce que le libéralisme ? le concept de liberté libérale ? ses fondements et ses implications politiques ? Comment rompre avec cet imaginaire et pourquoi renouer avec la quête d’autonomie ?
Sous l’idéal d’émancipation comme arrachement à la nature, Aurélien Berlan décèle la vieille aspiration aristocratique à la délivrance : le désir de mener une vie déchargée des tâches pénibles de la vie quotidienne. Injustice sociale et désastre écologique apparaissent ainsi indissociables, puisque se délivrer des nécessités vitales implique à la fois l’exploitation des autres et celle de la nature.
00:03 Introduction
Quels fondements matériels à la liberté moderne ? son lien avec la notion de délivrance des autres ? avec quelles contradictions ? Pourquoi des courants politiques comme le marxisme embrassent la quête de liberté moderne ?
Travaillée par les changements structurels des sociétés modernes, la notion de liberté se voit de plus en plus comme délivrance des autres et des limites terrestres. L’industrialisation qui voit le jour en Angleterre se charge de répondre à ces aspirations de délivrance. On y retrouve alors des courants politiques antagonistes (capitalisme/ marxisme) s’y référer pour mieux convaincre les masses qu’un nouveau monde advient. Ce discours n’est pas nouveau et puise dans les religions.
00:04 Introduction
La quête de délivrance est-elle partagée par tou·te·s à l’ère industrielle ? Quelle est la définition du progrès à cette époque ? Que signifie l’autonomie ?
Alors que la social-démocratie et le capitalisme épousent l’ère industrielle, la soustraction des nécessités matérielles de la vie semble être un horizon atteignable. Les forces productives et la technique seront le moteur de cette délivrance. Pour autant des dissensus font jour sur la possibilité d’être délivré des nécessités politiques. En opposition au déferlement industriel qui touche toutes les puissances européennes d’avant-guerre, on retrouve le développement des mouvements anarchistes, mais également nationalistes et volkisch en Allemagne. Leurs aspirations contradictoires et les guerres qui viennent finiront par brouiller la définition du mot « progrès ».
00:07 Introduction
Quelles perspectives pratiques de la liberté en tant que quête d’autonomie ? Ses relations avec l’écoféminisme ? Quelle relation entre autonomie et accès à la terre ?
Il est tentant de percevoir l’autonomie comme un appel à se soumettre à la nécessité, réactivant la quête d’un salut jusqu’alors défendu par les religions. Aurélien Berlan, nous rappelle que l’autonomie est avant tout une manière de subvenir à ses propres besoins collectifs comme individuels. La liberté est alors un choix sur les réponses matérielles à apporter à un besoin. C’est une stratégie pour échapper aux pouvoirs structurels et impersonnels de l’époque moderne (salariat, société de consommation, médias de masse). Le libre accès à la terre est une condition à cette liberté puisqu’elle est la seule à fournir les ressources matérielles accessibles aux groupes humains qui l’habitent. Cette idée de la liberté renoue avec des luttes paysannes, féministes et populaires d’hier et aujourd’hui.
Musiques originales du podcast : Lorenzo Papace
Pour demander le catalogue des éditions La Lenteur, écrire à :
BATZ 81140 Saint-Michel-de-Vax
L’article Terre et Liberté (avec Aurélien Berlan) est apparu en premier sur Floraisons.
Aujourd’hui 23 octobre 2021, les stagiaires floraisons sont au Salon du livre féministe, organisé par Merci Simone Club à la Librairie des Femmes Antoinette Fouque à Paris. Une trentaines d’autrices féministes viennent présenter leurs publications.
L’article Au salon du livre féministe est apparu en premier sur Floraisons.
Nous allons voir qu’il est nécessaire de s’opposer à l’État, que la non-violence seule est historiquement inefficace, que la non-violence est raciste, patriarcale, étatiste, qu’elle est stratégiquement et tactiquement inférieure et que c’est une leurre. Enfin nous passerons en revu quelques arguments courants et erronés contre la violence.
Pour cet épisode, on reprend essentiellement les différents arguments du livre Comment la non-violence protège l’État, écrit par Peter Gelderloos et traduit par Nicolas Casaux.
Qu’appelons nous «mythe de la non-violence ? »
Ce mythe est une croyance encore trop tenace dans le mouvement écologiste et qui nous empêche de réfléchir de façon stratégique. Pourtant on voit bien que cette question un peu tabou, celle de la violence, est une tension permanente dans l’évolution des marches pour le climat ou dans des organisations comme Extinction Rébellion par exemple.
Utiliser la violence revient presque systématiquement à s’opposer à l’état, car c’est lui qui en détient le monopole. Chez les gens qui s’oppose systématiquement à la violence on retrouve souvent la croyance que l’Etat est juste, qu’il agit pour le bien commun, ou encore qu’il est démocratique. Or c’est faux, L’État fait partie du problème. État et Capital sont les deux faces d’une même pièce. Comme Gelderloos, nous souscrivons à l’analyse anarchiste que l’État doit être combattu car il est un outil de domination, au service du Capital et comme le dit ce slogan vu en graffiti « Quand la Justice de l’État n’est que violence, la violence du peuple n’est que justice». Pour en savoir plus sur la critique anarchiste de l’État on vous conseille notre podcast consacré à Malatesta, ou la lecture de L’Anarchie expliquée à mon père de Francis Dupuis-Déri.
Bon d’accord me direz-vous, il faut s’opposer à l’État, mais la violence n’est pas une stratégie efficace ! Ça ne marche pas, l’histoire le prouve, regarde Ghandi en Inde, Mandela en Afrique du Sud, le mouvement des droits civiques aux états-unis avec Martin Luther King… Tous ces exemples de prétendue victoires non violentes relèvent en fait du révisionnisme historique.
L’idéologie du pacifisme dogmatique a suffisamment prouvé son échec. Elle n’a jamais permis la moindre victoire a visée révolutionnaire. Toutes les luttes sociales qui réussissent impliquent une diversité des tactiques. Les changements sociaux majeurs découlent d’un ensemble de tactiques que l’on retrouve dans chaque situation révolutionnaire. Les prétendues victoires non-violentes sont le fruit de manipulations et distorsions historiques flagrantes, elles témoignent d’une falsification méthodique.
Prenons l’exemple de la légende du mouvement non-violent indien de Gandhi qui renverse l’impérialisme britannique. Cette histoire comme elle est racontée par les pacifistes est tout à fait partielle, ils expurgent d’autres formes de résistance et prétendent que Gandhi et ses disciples constituaient la colonne vertébrale et la tête de la résistance en effaçant par exemple le rôle de Bhagat Sing, révolutionnaire marxiste et anarchiste qui s’est battu pour l’indépendance. Il était également opposé au mouvement de Ghandi car il pensait que celui-ci ne ferait que remplacer l’exploitation par une autre. De plus le pouvoir colonial britannique était durement affaibli militairement parlant au sortir de la 2ème GM, et il craignait que les luttes armées des arabes et des juifs en Palestine ne servent d’exemple aux Indiens. Enfin la apôtres de la non-violence dogmatique prétendent que le mouvement de libération de l’Inde a réussi là où en réalité il a échoué. Les Britanniques n’ont pas été forcés de quitter le pays, leur domination coloniale s’est transformée en néocoloniale. L’Inde est toujours exploitée par des multinationales euro-américaines.
Le mouvement pour les droits civiques des État-Unis est un des épisodes les plus cités de l’histoire-selon-les-pacifistes. Il ne s’agit pourtant ni d’une victoire ni d’une lutte non-violente. La majorité des exigences du mouvement n’ont pas été satisfaites en matière d’égalité ou de libération. Il faut rappeler l’existence de groupes révolutionnaires noirs armés comme le Black Panther Party qui eu une grande influence sur l’aura d’activiste pacifiste comme Martin Luther King. Il y eu aussi des émeutes, des contrôles de quartier, des batailles contre les policiers, des destructions de voitures de police. De plus il ne faut pas oublier les Deacons For Defense qui protégeait les noirs des agressions de la police et du KKK et qui avait recours aux armes lorsqu’il le fallait. L’essentiel des victoires ont pris place après que les Noirs eurent démontré qu’ils ne resteraient pas éternellement pacifistes. On retrouve ici le concept de la fenêtre d’Overton, qui déplace l’intervalle de l’acceptabilité. Des militants assez réformistes paraîtront beaucoup moins radicaux aux yeux des dominants si d’autres sont prêts à sortir les armes.
Un autre des exemples les plus souvent cités pour justifier la non-violence absolue est le cas de Nelson Mandela. Il s’agit là encore de pur révisionnisme historique. Nelson Mandela n’a jamais prétendu être non-violent, il a même participé à la fabrication de bombes. L’ANC était une organisation révolutionnaire qui a eu recours à la violence. Lorsqu’il était prisonnier Mandela a même refusé de faire la promotion du pacifisme comme le lui avaient demandé ses geôliers.
Suivant les mêmes défauts, certains pacifistes affirment que le mouvement pour la paix aux États-Unis aurait mis un terme à la guerre du Vietnam. Il s’agit d’une suffisance impardonnable car elle ignore les 3 à 5 millions d’Indochinois qui sont morts en combattant l’armée américaines ainsi que les soldats tués et blessés. Une chose est sûre, le gouvernement états-unien n’a pas été contraint de se retirer par les manifestations pacifistes, il a été défait politiquement et militairement. De plus le gouvernement avait aussi peur que les manifestations pacifistes se transforment en contestations plus violentes.
Dans le contexte actuel, la non-violence est intrinsèquement une posture de privilégié. Seul quelqu’un qui ne souffre pas directement peu se permettre d’être peu efficace. L’idéologie pacifiste émane de circonstances privilégiées, elle ignore la violence omniprésente du fonctionnement normal de la civilisation industrielle, elle ignore qu’elle est constitutive de la structure de la hiérarchie sociale actuelle, qu’elle touche avant tout les personnes racisées. La non-violence est inefficace pour se libérer des violences policières que subissent quotidiennement les Noir·es et les Arabes.
Il n’est pas possible d’imposer un moyen d’émancipation aux opprimés lorsque l’on bénéficie soi-même de leur oppression, cela revient à reproduire la domination préexistante.
Les gouvernements modernes spécialistes du contrôle social ont compris que la condition naturelle du monde qu’ils ont créé est le conflit : la rébellion est inévitable et permanente. Grâce à la violence, l’État protège le capitalisme, le patriarcat, la suprématie blanche, etc. Toute lutte contre l’oppression passe donc nécessairement par un conflit avec l’État. L’exercice de l’État est l’art de gérer le conflit en permanence. Tous les gouvernements comprennent que l’activisme véritablement révolutionnaire constitue la plus grande menace qui soit pour l’ordre établi.
La non-violence revient donc à priver les masses de leurs capacités naturelles à l’action directe et l’auto-défense. Elle est une légitimation du monopole de la violence par l’État contre la population.
Les pacifistes affirment peut-être que personne ne mérite de subir des violences; pourtant ils utilisent l’argument classique selon lequel les révolutionnaires ne devraient pas recourir à la violence parce que cela sera utilisé par l’État pour « justifier » une répression violente. Mais auprès de qui cette répression violente est-elle justifiée ? Et pourquoi les personnes qui se prétendent opposées à la violence ne s’efforcent-elles pas de démolir cette justification ? Pourquoi les activistes non violents cherchent-ils à changer la moralité de la société dans sa vision de l’oppression ou de la guerre, tout en acceptant la moralité de la répression étatique comme si elle était naturelle et intouchable? Pourquoi la violence de l’état, des capitalistes, des oppresseurs serait-elle plus légitime que celle des opprimés ? Ce double standard est absurde, à moins que vous ne cherchiez à maintenir le statu quo.
En réalité les pacifistes aident l’État à avoir l’air inoffensif en lui permettant de donner l’impression qu’il tolère une critique (qui ne le menace pas réellement). Ils s’en remettent à la violence de l’État pour défendre leurs privilèges et ne lui opposent pas la moindre résistance lorsque sa violence se tourne contre des militants radicaux. Ils dénoncent la violence juridique que subissent les activistes non violents, mais pas les autres. Ils négocient et coopèrent de leur côté avec la police. Finalement la seule forme de violence à laquelle ils s’opposent de manière systématique, c’est à la rébellion contre l’État. C’est un comportement inacceptable pour un mouvement de résistance écologiste.
Le patriarcat est une hiérarchie, ainsi qu’une culture associée pour le maintenir en place. Le patriarcat met les hommes en position de domination et les femmes en position de soumission. Le patriarcat confère exclusivement aux hommes le droit et la faculté de recourir à la violence. La non-violence dans cette situation est encore une posture de privilégié. Elle présume qu’au lieu de se défendre contre la violence, nous devrions souffrir patiemment.
Le fait que des femmes se réapproprient leur aptitude et leur droit à recourir à la force ne suffira pas à mettre un terme au patriarcat mais c’est une condition sine qua non de leur libération. Les femmes doivent refuser d’être des victimes et rejeter l’idée de se soumettre aux agresseurs. Se soumettre ne fait que contribuer aux violences à venir contre d’autres victimes.
De plus l’État et ses institutions sont patriarcales, on le voit très nettement avec la façon dont les plaintes pour viols sont traitées, ainsi l’aspect étatiste de la non-violence ne remet pas frontalement en cause le patriarcat institutionnel.
L’écocide actuel s’aggrave de jour en jour, si vous lisez cet article vous connaissez probablement le tableau, on ne va pas refaire l’état des lieux. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre d’être inefficaces et de restreindre nos possibilités tactiques et stratégiques.
Les tactiques devraient toujours découler des stratégies, et les stratégies de l’objectif et non l’inverse. Ni la violence ni la non-violence ne sont des stratégies. La non-violence est simplement un ensemble limité de tactiques qui restreint l’éventail de choix stratégiques. L’éventail utilisé par les activistes non-violents est plus restreint que celui des révolutionnaires, il n’est rien d’autre qu’une sévère limitation des possibilités d’action. Les quatre principales stratégies pacifistes sont :
Ces stratégies sont défectueuses et manquent de vision à long terme. Aucune de ces stratégies ne donne l’avantage aux activistes non-violents. Passons ces différentes stratégies en revue.
(discours, forums, tracts, marches)
Objectif : cherche à insuffler le changement en influençant l’opinion des gens.
(pétitions, demandes publiques aux dirigeants)
Objectif : être écoutés par les politiciens
C’est une stratégie très tentante pour beaucoup de modérés comme de radicaux.
Objectif : renverser le système en le mettant à l’arrêt
Quels sont les problèmes ? :
Quand on explique que les soi-disant victoires de la non-violence n’en sont pas, sauf du point de vue de l’État, un contre-argument simpliste revient souvent, selon lequel telle ou telle lutte radicale n’ayant pas engendré de victoire, la «violence» est donc tout aussi inefficace. Personne ne dit ici que la violence garantit la victoire. Il y a une différence entre exposer la tromperie des victoires pacifistes et exposer l’échec des luttes radicales dont personnes ne prétend qu’elles sont des victoires.
Mais ce qu’il faut admettre, c’est que les luttes ayant recours à une diversité de tactiques (dont la lutte armée) peuvent aboutir (par exemple les révolutions en Amérique du Nord et du Sud, en France, en Irlande, en Chine, à Cuba, en Algérie, au Vietnam, etc.). Certains mouvements anti-autoritaire ont aussi réussi à libérer pour un temps certains territoires, comme la collectivisation durant la Guerre civile espagnole, l’Ukraine avec Nestor Makhno ou la zone autonome créée par la Fédération communiste anarchiste coréenne à Shinmin.
Tout cela nous montre que les principaux types de stratégies non violentes sont autant d’impasses sur le long terme. Le chemin radical pour les changements sociaux est beaucoup plus chaotique et dangereux, mais au moins il est réaliste. La non-violence ne peut pas se défendre contre l’État, et encore moins le renverser. La puissance tant vantée de la non-violence est une illusion qui fournit à ses partisans une certaine confiance et un certain capital moral afin de compenser leur inefficacité.
« La violence c’est la facilité » : c’est faux, les militants ayant recours à la violence s’exposent bien plus que les pacifistes. Ils risquent leur confort, leur vie et parfois celle de leur famille et amis.
« La violence est impulsive, non rationnelle et consiste à laisser les émotions prendre le dessus » : c’est faux, l’action directe en générale, violente ou non demande une préparation méticuleuse et une grande rigueur, la moindre erreur peut avoir des conséquences dramatiques.
« La non-violence est tout aussi révolutionnaire » : c’est généralement faux puisqu’elle ne représente pas une réelle menace pour l’ordre établi.
On a également la la fameuse étude sur les 3,5% de la population mobilisée qui serait suffisant pour obtenir des changements majeurs. Cette étude à la méthodologie douteuse réalisée par des personnes aux vues très libérales ayant travaillé pour l’OTAN, et financée par la Banques mondiale, l’UE et des organismes privés ne devrait jamais être utilisé par des révolutionnaires sérieux. Il s’agit d’une propagande étatiste en accord avec les intérêts des dominants. Sur le sujet on vous recommande l’article sur le site Le Partage à ce propos qui détaille les problèmes de cette étude.
La définition de la violence est très large et dépend souvent de qui emploi le terme. Pour le patron l’exploitation des travailleurs c’est la justice, pour le travailleur c’est la violence de la domination. Pour l’industriel qui souhaite exploiter (euphémisme qui signifie souvent détruire et massacrer) une parcelle supplémentaire l’implantation d’une ZAD est une violence, pour le monde vivant c’est un moment de répit. De plus le terme de violence employé systématiquement pour parler d’atteintes à la propriété privée renvoie à une vision particulièrement libérale du monde qui considère que la propriété privée est un droit inaliénable, essentiel, absolu et presque une extension organique de l’individu.
Bien sûr, il ne s’agit pas de prôner la violence systématique, la non-violence peut aussi être utile si elle s’inscrit comme une tactique au service d’une stratégie bien définie. La construction d’alternatives et l’éducation sont importantes, sinon ce podcast et cet article n’existeraient pas. Cependant la lutte sous le seul prisme de la non-violence appauvrit le spectre des tactiques disponibles et affaiblit l’ensemble des résistants et résistantes. C’est pourquoi il est important de réhabiliter la violence comme une tactique parmi d’autres, nous ne pouvons plus nous permettre d’être inefficaces.
Pour aller plus loin:
Podcasts Full Spectrum Resistance
Sur l’étude de Erica Chenoweth et les 3,5%
Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’État
Francis Dupuis-Déri, L’anarchie expliquée à mon père
L’article Le mythe de la non-violence est apparu en premier sur Floraisons.
Ce podcast est un peu particulier puisqu’il s’agit à l’origine d’une vidéo, et non d’un podcast. Plus précisément, la troisième vidéo de la série L’école du chat noir, intitulée Étouffer dieu et démolir l’État. Le projet est aujourd’hui arrêté et si vous voulez en savoir plus, restez jusqu’à la fin de l’épisode pour plus d’explications.
Pour aller plus loin :
Contre le scientisme, Pierre Thuillier
L’article Étouffer dieu et démolir l’État (L’École du chat noir) est apparu en premier sur Floraisons.
Compter, gérer, exploiter, ainsi va la mégamachine bureaucratique.
Pourquoi résister à l’informatisation du monde ? Comment l’économie règne aujourd’hui sur nos vies ? Pourquoi les écologistes doivent critiquer radicalement la technologie et la société industrielle de masse ? Comment s’en défaire ?
Ce sont les questions que nous sommes allés poser à Matthieu Amiech, une des plumes de Marcuse, le groupe qui a signé le livre La Liberté dans le coma en 2013. Il participe également aux éditions La lenteur et au groupe Écran total. On a déjà pu écouter Matthieu dans le podcast Contre le totalitarisme numérique.
Pour demander le catalogue des éditions La Lenteur, écrire à : BATZ 81140 Saint-Michel-de-Vax
La liberté dans le coma, Groupe Marcuse
La technocratie en marche ! Matthieu Amiech
Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Pièces et main d’œuvre
L’article Compter, gérer, exploiter (avec Matthieu Amiech) est apparu en premier sur Floraisons.
L’idéologie catastrophiste, progressisme sous crack, est une arme de propagande et un programme politique-technologique au service du renforcement de l’État et de la réorganisation de la production capitaliste.
Notes de lecture du livre Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, de René Riesel et Jaime Semprun, publié aux Éditions de l’Encyclopédie des nuisances.
« L’extinction finale vers laquelle nous entraîne la perpétuation de la société industrielle est devenue en très peu d’années notre avenir officiel ». Les « rubriques du catastrophisme ne manquent pas » : pénurie énergétique, dérèglement climatique, démographie, mouvements de population, empoisonnement ou stérilisation du milieu. L’infernal catalogue des menaces est connu, prédit, chiffré, certifié et mis à jour en temps réel par les experts officiels.
« La catastrophe est comme la bande-annonce, projetée en boucle sur tous les écrans, des temps à venir ». Et c’est par l’administration de cette catastrophe que nous sommes à présent gouverné·es. Il ne faudrait pas en conclure que la crise écologique totale est une pure fiction destinée à nous soumettre, mais il s’agit de comprendre qu’elle est aujourd’hui utilisée comme « une forme de propagande en faveur de l’organisation sociale existante ».
Pour les auteurs, le véritable désastre, c’est la société industrielle de masse elle-même. Et sa capacité à capitaliser sur ses nuisances présentes ou à venir pour justifier son propre développement.
« La société de masse […] ne pose jamais les problèmes qu’elle prétend “gérer” que dans les termes qui font de son maintien une condition sine qua non. » Cela consiste à retarder son effondrement aussi longtemps que possible « en renforçant toutes les coercitions et en asservissant plus profondément les individus à la collectivité ».
Le catastrophisme c’est à la fois le conditionnement que produisent les prédictions scientifiques de catastrophes à venir ; et à la fois le programme politique et technologique avec lequel l’État et l’industrie se présentent comme les seuls à pouvoir y répondre, en empêchant toute forme de résistance.
Le catastrophisme étouffe « par la propagande et l’embrigadement toute tentative d’affirmer une critique sociale qui serait à la fois anti-étatique et anti-industrielle. »
En détruisant toutes les bases sur lesquelles elle repose, la société industrielle « crée des conditions d’insécurité, de précarité de tout, telles que seul un surcroît d’organisation, c’est-à-dire d’asservissement à la machine sociale, peut encore faire passer cet agrégat de terrifiantes incertitudes pour un monde vivable ». Le catastrophisme qui annonce un hypothétique monde invivable fait écran au caractère invivable du monde actuel. Il représente sous forme de menace « ce qui est en fait une réalité déjà là : des pratiques et des rapports sociaux, des systèmes de gestion et d’organisation, des nuisances, des polluants, des poisons, etc. »
Le programme actuel de tous les États, c’est la gestion calculée, raisonnée et scientifique de la société industrielle et des ressources par les experts, et l’optimisation « de son fragile biotope terrestre. » C’est le règne des experts, la dictature des savants. Pour survivre aux catastrophes annoncées, nous devons soumettre aux planifications des « techniciens de l’administration des choses ». Ceux qui refusent de se soumettre sont considérés comme des ennemis. « Quiconque refuse de se responsabiliser, de participer avec zèle à cette gestion citoyenne de la poubelle planétaire, démontre par là avoir le profil du terroriste en puissance ».
Les représentations catastrophistes ont en commun de n’accorder « le statut de connaissance qu’à ce qui est passé par le filtre de la quantification ». Elles ne privilégient que les paramètres dont les effets semblent mesurables.
Pourtant, « l’essentiel du cours du désastre n’a jamais été secret », il est là devant nos yeux. Inutile de fétichiser la “transparence” et la connaissance quantitative. : « pas besoin de compteur Geiger ou d’analyses toxicologiques pour savoir combien le monde marchand est mortifère. »
Les deux principaux traits de la mentalité progressiste sont :
Ces deux traits de la mentalité progressistes sont accentués par le catastrophisme :
Pourtant, même si « chaque progrès de la sécurisation a entraîné l’apparition de nouveaux dangers, de risques, de fléaux », « rien de tout cela n’ébranle le progressiste. On dirait au contraire que chaque nouvel échec de la sécurisation le renforce dans sa conviction d’une tendance générale vers le “mieux” ». Son but est celui d’un contrôle total des conditions de vie, et sous cet aspect, « on peut dire que la science et la technologie moderne s’apparentent, en tant qu’organisations, à un mouvement de masse totalitaire ». « Aucun désastre ne suffira jamais à ramener à la raison un progressiste fanatisé. Il y verra au contraire un motif supplémentaire de renforcer le système technologique, d’améliorer la sécurisation, la traçabilité, etc. »
Différentes représentations catastrophistes, différents scénarios catastrophes sont agités, et même s’ils n’appellent pas exactement les mêmes “solutions”, ils ont globalement tous le même effet, c’est-à-dire un renforcement du règne des experts, donc de l’État.
Appeler de ses vœux “l’état d’urgence écologique”, comme le font tous les étatistes de gauche et autres citoyennistes, revient à confier les plein pouvoirs aux experts. L’état d’urgence écologique est un programme « une survie intégralement administrée », et il faut que « chaque aspect de la vie, chaque détail de comportement, soit transformé en objet de contrôle étatique, encadré par des normes, des règles, des prescriptions » pour répondre scientifiquement au problème.
« L’état d’urgence écologique est à la fois une économie de guerre qui mobilise la production au service d’intérêts communs définis par l’État et une guerre de l’économie contre la menace de mouvements de protestation qui en viennent à la critiquer sans détour ». L’état d’urgence écologique est une guerre menée par la bureaucratie contre la nature détraquée. Comme toutes les guerres de l’histoire moderne, elle permet d’accélérer la fusion de l’économie et de l’État.
C’est aux individus réfractaires à la société industrielle de masse que s’adressent les auteurs de ce livre, et qui « n’excluraient pas par principe de s’associer pour lutter contre cette sursocialisation. »
Si les gens ne se révoltent pas contre ces conditions d’existence, c’est peut-être qu’ils les aiment ?
Pas vraiment, en tous cas ça ne le prouve pas. Et c’est toute la question du consentement, de l’emprise, de la dépendance, bref de l’aliénation. Peut-on dire du prisonnier qu’il aime sa cellule quand il n’a connu qu’elle tout sa vie durant et qu’il ne peut pas s’échapper ? Les gens n’ont aucune autre existence à aimer que celle-ci. En compensation des « tourments de la compétition permanente », la société « leur fournit les psychotropes pour les endurer » et ils espèrent qu’elle perfectionnera « les contreparties en échange desquelles ils ont accepté de dépendre d’elle en tout ».
Mais aussi, « un arrêt de la machinerie de la vie artificielle » est « presque impossible à imaginer pour les habitants de ce monde clos ». Si bien que c’est le perfectionnement de cette machinerie qui paraît plus “réaliste” que son démantèlement.
Par ailleurs, la plupart des gens continuent d’adhérer aux promesses de bonheur de la société marchande. Mais ils savent maintenant que ces promesses ne pourront être augmentées indéfiniment pour des raisons écologiques. Dans ce contexte, le catastrophisme n’est pas conçu « pour faire renoncer à ce mode de vie si enviable, mais pour faire accepter les restrictions et aménagements qui permettront, espère-t-on, de le perpétuer ».
L’espoir de la catastrophe salvatrice, censée régénérer l’humanité et lui faire accéder à une nouvelle conscience sociale et écologique est encore une autre forme d’adhésion au catastrophisme. C’est s’en remettre à un effondrement inéluctable prédit scientifiquement, qui renversera la société industrielle à notre place. C’est bien sûr une illusion dangereuse, une autre forme de prophétisme révolutionnaire. Se laisser « fasciner et accabler par les projections du catastrophisme officiel », par les calculs et modélisations informatiques, contribue à détruire toute volonté ou ambition, à perdre « l’impulsion d’agir directement sur son sort, sans certitudes ni garanties ».
« La dégradation irréversible de la vie terrestre due au développement industriel a été signalée et décrite depuis plus de cinquante ans. » Parmi les lanceurs d’alerte, nombreux sont ceux qui espèrent une prise de conscience, qui elle-même entraînera un changement quelconque. Ils et elles sont convaincues que « la connaissance de l’étendue du désastre et de ses conséquences inéluctables » ébranlera le conformisme social, voire fera émerger une “conscience critique radicale”.
Ce qu’on observe au contraire, c’est que la « connaissance toujours plus précise de cette détérioration » participe surtout de l’adaptation à des conditions de vie toujours plus détériorées. Le catastrophisme anticipe la catastrophe pour mieux nous y adapter.
« Si les masses savaient, elles se révolteraient » est donc un postulat faux. L’histoire moderne illustre au contraire « chez lesdites masses, une assez constate détermination à ne pas se révolter en dépit de qu’elles savaient ». L’apathie de plus en plus généralisée depuis les années soixante-dix tend plutôt à montrer que ce n’est pas la connaissance qui crée la révolte, mais la révolte et le goût de la liberté qui sont un facteur de connaissance.
S’émanciper de la société industrielle
Le régime des experts ne veut pas démanteler la société industrielle. Il veut la maintenir tout en prêchant des renoncements aux populations qui vont devoir se serrer la ceinture, en terme d’alimentation, de déplacements, de mode de vie, etc. pour que le système se maintienne. Mais ces “ contraintes du présent” ne sont rien d’autre que « celles qu’imposent le maintien et le généralisation planétaire d’un mode de vie industriel condamné ».
Or, le démantèlement du système de besoins actuels, de la société administrée et de son appareillage technologique ouvre des perspectives d’émancipation. Ce démantèlement nous permettrait de retrouver les contraintes matérielles directes et de les affronter sans intermédiaire. Ce qui constituerait immédiatement une forme d’émancipation, et alors « peut-être ce ne serait pas un renoncement bien douloureux que de se priver des commodités de la vie industrielle, mais au contraire un immense soulagement et une sensation de revivre enfin. »
Il faut donc à tout prix d’éviter de succomber au chantage de la bureaucratie, à l’Union sacrée avec l’État et l’industrie pour sauver la planète et se souvenir que « l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreints, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables. »
— Stagiaire Lorenzo
L’article Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable est apparu en premier sur Floraisons.
Contre le totalitarisme numérique : une critique du numérique et de la société qu’il fait advenir d’un point de vue écologiste et libertaire, du capitalisme et de son accélération, du colonialisme et de l’extraction, des métaux comme des données. L’industrie électronique analysée comme un programme extra-terrestre qui sacrifie la planète, la vie sociale et la liberté.
Les interventions que vous allez entendre avaient pour thème : «Technocritique et pensée écologique». On était venus réaliser une captation pour le documentaire vidéo technocritique qu’on est en train de réaliser. On vous propose ici la conférence sous format podcast. On va entendre les trois intervenants, dans l’ordre : François Jarrige, Matthieu Amiech et Célia Izoard.
Vous trouverez plus d’infos sur le site internet de la revue Terrestres. Bonne écoute.
L’article Contre le totalitarisme numérique (avec François Jarrige, Matthieu Amiech, Célia Izoard) est apparu en premier sur Floraisons.
Un épisode de Technotombeau sur le mythe du progrès et l’idéologie de la croissance.
« Le progrès est le mythe qui nous assure que “en avant toute” n’a jamais tort. L’écologie est la discipline qui nous enseigne que c’est un désastre ». Technotombeau est une série de podcasts consacrée à la technique, la civilisation et l’énergie, écrite et réalisée par les stagiaires du blog Floraisons.
Ça c’était Laurent Alexandre en 2017 sur la chaîne YouTube Indécis. Pour ce capitaliste transhumaniste, le progrès c’est le futur, le futur c’est la technologie. Et si les gens émettent des doutes, c’est soit qu’ils sont déprimés, soit qu’ils n’ont rien compris. On reviendra plus tard sur le transhumanisme et l’intelligence artificielle, mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le mythe qu’il y a derrière, le mythe du progrès.
Le mot “progrès” est tellement galvaudé par les gouvernants et les partis politiques qu’on en a la nausée. En 2019, les anciens conseillers d’Emmanuel Macron publient « Le progrès ne tombe pas du ciel » pour vanter le progressisme du macronisme. Pour le chef de l’État, « Être Français, c’est une espérance. L’espérance du progrès. Une espérance que rien ne peut décourager. » Pour Olivier Faure, « le Parti Socialiste a vocation à fédérer la Gauche et tous ceux qui se retrouvent dans l’idée de progrès ». Christian Jacob déclare que la ligne du parti les Républicains « repose sur trois points : liberté, sécurité et progrès ». Pour Marine Le Pen « le progrès aujourd’hui s’appelle “protections” et surtout “Nations”. » Mais c’est aussi le développement de la filière hydrogène. Point sur lequel la rejoint François de Rugy au nom de l’écologie, et dont la campagne pour les élections régionales s’appelle « la région de tous les progrès », avec comme priorité « la relance de l’économie ». Pour Yannick Jadot d’EELV, « l’entreprise peut participer très utilement au progrès » puisque l’écologie doit passer par l’économie de marché. Pour le Parti Communiste Français, aucun doute, il n’y « pas de progrès social ni écologique sans industrie ». Et pour Jean Luc Mélenchon, « seul le progrès peut nous rassembler », « le progrès écologique est un progrès économique et technique. C’est du travail et de la science. » Tout un programme.
Bref, tous ceux-là n’ont que le progrès à la bouche. Mais plutôt qu’un pas en avant, faisons un pas de côté.
Le mot “progrès” vient du latin progressus et signifie « mouvement en avant, action d’avancer », le fait de se répandre, de s’étendre dans l’espace, de gagner du terrain. Ainsi, le “progrès” est synonyme de mots tels que “changement”, “croissance” ou “évolution”.
Mais il existe un autre sens du mot progrès. Il s’agit d’une amélioration, d’un développement en bien. Les deux sens ont toujours cohabité, mais le deuxième a pris de l’ampleur notamment à partir du siècle dit des Lumières.
Le glissement idéologique du progrès se fait en deux temps.
1. Le progrès est d’abord chargé de valeur. Progresser c’est aller vers un mieux, vers un objectif visé. Une telle utilisation chargée de valeur positive a été popularisée par les philosophes du progrès, à partir du 17e siècle, en l’employant parfois avec un P majuscule. Ils ont forgé le mythe du progrès. Ce qu’on appelle mythe, c’est une représentation idéalisé de l’état de l’humanité, que ce soit dans un passé ou un avenir fictif.
En ce qui concerne le mythe du progrès, il s’agit de l’avenir : c’est l’humanité, la civilisation qui croît et avance inexorablement vers le mieux, vers un terme idéal — et on n’arrête pas le progrès. Selon Jacques Bouveresse c’est « la conviction que la possibilité et même la nécessité d’un progrès qui ne connaîtra pas de limites sont inscrites dans la nature de l’être humain, en tant qu’espèce ». Dans un article Histoire de l’idée de progrès de l’Antiquité au XVIIe siècle, Mathilde Herrero rappelle que l’idée de progrès avait déjà fait un long chemin jusque-là, mais que les Lumières le placèrent au rang d’objectif principal de la société moderne.
2. Le progrès est ensuite chosifié. Les progressistes associent le “progrès” avec quelque chose de perceptible et mesurable comme la croissance, l’accroissement : plus c’est mieux, et mieux c’est plus. Les défenseurs inconditionnels du progrès sont en réalité en général des défenseurs de la croissance : plus de données, plus de production, plus de ressources économiques et financières, plus de routes, plus de voitures, plus de bureaucratisation, etc. Le mot progrès sert ainsi à justifier la croissance pour elle-même. La croissance économique et industrielle est toujours bénéfique, on ne le questionne plus. Voilà comment à l’époque actuelle, le mythe du progrès, revient à l’idéologie politique de la croissance.
Ce principe se retrouve aussi en ce qui concerne l’accumulation des connaissances. Toutes les nouvelles connaissances sont considérées comme bonnes par elles-mêmes. Plus on en connaît, mieux c’est. Ce qui est sûr, c’est que plus on accumule des connaissances sur un domaine, plus on peut utiliser ces connaissances pour un autre objectif que la connaissance elle-même.
Par exemple plus on accumule des connaissances sur l’uranium et les neutrons, et plus il devient faisable de concevoir une bombe atomique et tuer des centaines de milliers de personnes. Si on voulait faire preuve de plus de prudence, on considèrerait que les connaissances sont profitables ou non selon les finalités selon lesquelles elles sont utilisées, et selon ce qu’implique leur production.
Les progressistes définissent donc le progrès, idéologiquement, comme un processus mélioratif, une amélioration de la condition humaine en tant que destin obligatoire. Puis ils chosifient cette idée en prétendant que la technologie, la science l’industrialisation vont résoudre tous les problèmes alors qu’en réalité ils apportent des armes aux plus puissants.
Ainsi les progressistes et tous ceux qui adhèrent à cette idéologie évitent de se poser sérieusement la question de savoir si cette technologie et les infrastructures nécessaires à sa mise en œuvre rendent vraiment la vie meilleure. Et ils se contentent de foncer la tête dans le guidon en direction de toujours plus de technologie et d’industrialisation au nom du progrès. Or, cet emballement crée de plus en plus de problèmes. Et pour régler les problèmes causés par la production industrielle, il nous faut encore plus de croissance économique.
Nouveau problème causé par l’industrie —> Il faut résoudre ce problème ! —> Industrialisation et croissance économique —> Nouveau problème causé par l’industrie
C’est une logique circulaire: plus de croissance pour résoudre les problèmes de la croissance. Le progrès ressemble donc à un mécanisme auto-alimenté qui crée les conditions de sa perpétuation. Il génère des nuisances que seul un nouveau progrès pourra régler. Le progrès est justifié par lui-même, il est une fin en soi.
La confusion qui règne autour de la notion de progrès n’est pas nouvelle. Goujon, dans l’Encyclopédie Anarchiste, faisait déjà ce constat : « Nulle notion ne nous semble plus familière que celle qu’exprime le mot progrès. Pourtant, il n’en est guère qui soit plus confuse, plus trompeuse et dont on fasse plus dangereux abus. » Et en effet, le progrès n’est pas simplement un slogan publicitaire, une “décoration ambulante” (Karl Kraus), il est un mythe dangereux, une croyance extrêmement nocive.
Non seulement nous en arrivons à croire que nous pourrions croître infiniment – ce qui est impossible –, mais en plus que nous devrions le faire car c’est là notre destin. Selon Kirkpatrick Sale, le mythe du progrès a « nourri, guidé et présidé ce mariage heureux de la science et du capitalisme qui a produit la civilisation industrielle moderne. » Afin de mettre en œuvre ce mythe, « la domination sur la nature n’est pas seulement légitime […] mais aussi désirable. »
Comment cette domination sur la nature est rendue possible ? Grâce au pouvoir de la technique. Quand on parle de la science en tant que facteur de progrès, on a tendance à ignorer les liens entre la technologie et le pouvoir de guerre et de destruction. Mais l’augmentation du pouvoir de la technique est responsable du développement considérable de la puissance militaire, elle n’est donc pas forcément synonyme de bonheur humain.
D’ailleurs, il a été élaboré un indicateur pour évaluer les propres performances du progrès : l’IDH, Indice de développement humain. Selon ses concepteurs, qui classent les pays du plus au moins développés, l’IDH « donne aux populations les moyens de trouver et d’emprunter les chemins qui les mèneront à une vie riche de sens, ancrée dans l’expansion des libertés ». Mais comment l’IDH est-il calculé ? À partir de trois indices :
L’IDH est vraisemblablement source de confusion et d’inversion de valeur. D’un côté on prend du quantitatif pour du qualitatif. De l’autre c’est du négatif qui est pris pour du positif. Plus un pays s’enfonce dans le capitalisme et l’industrialisme, plus l’IDH monte. L’IDH, qui est censé représenter le bien-être des populations, constitue en réalité un indice du progrès… du désastre.
Évidemment, l’IDH n’est qu’un indicateur qui aide le capitalisme à se développer et à se justifier. Imaginer d’autres indicateurs ne changera absolument rien au fonctionnement structurel du capitalisme et à ses besoins en terme d’exploitation et de destruction.
Maintenant, il faut faire le bilan du progrès, un bilan du point de vue écologiste et libertaire. Qu’est-ce que globalement ce qu’on appelle le progrès a apporté à l’humanité ? et pour les autres espèces ? A-t-il apporté plus de bonheur, de justice, d’autonomie, de liberté et d’égalité ? Quels en sont, au final, les coûts et les bénéfices ? Sont-ils soutenables ?
Pour un sixième de l’humanité, on doit reconnaître que la prospérité matérielle a augmenté. Pour les plus privilégiés, l’accès à certaines commodités s’est grandement amélioré. Les réseaux de communication et de transport permettent aux plus aisées de voyager, et aux marchandises et informations d’être échangées très rapidement. La médecine moderne a réduit la mortalité infantile et traite une part des maladies et épidémies.
Les nuisances sont considérables. Les espèces et les systèmes de la Terre sont détruits. 500 000 espèces ont déjà été exterminées au siècle dernier, disparues pour toujours. Aujourd’hui le rythme est de 200 espèces éradiquées chaque jour. Les 5/6 de l’humanité souffrent du confort des privilégié·es : sociétés colonisées ou déplacées pour l’accaparement des ressources, économies et environnements anéantis, la pire misère.
Le technosystème s’est mondialisé, l’évolution technique accélère l’automatisation, la robotisation, le chômage. Les modes de vies sont standardisés par la consommation et les besoins de l’industrie, ce qui désintègre les cultures traditionnelles, et favorise les nationalismes. Le technosystème de plus en plus dérégulé et déterminé par les forces du marché, la guerre de tous contre tous, suscite la haine de l’étranger.
Dans les pays riches, le progrès technique n’a même pas éradiqué la pauvreté, la maladie, le travail pénible ou l’ignorance. De nouveaux maux apparaissent, appelés “maladies de civilisation”. La civilisation industrielle a aujourd’hui les capacités de détruire la possibilité même de vivre sur la planète, « une terre vidée de ses ressources, dévastée, une atmosphère empoisonnée, des mers et des fleuves morts ». (Von Wright). « La modernisation a causé un tel désastre écologique que les choses les plus élémentaires sont maintenant devenues du luxe ; eau et airs purs, alimentation saine, végétation » (Oblomoff).
Les connaissances qui étaient censées être libérées ne l’ont en réalité pas été. La majorité des connaissances actuellement produites le sont parce qu’elles servent l’amélioration de la productivité et du technosystème. Comme le dit le groupe Oblomoff , le collectif à l’origine du livre Un Futur sans avenir, « la volonté de savoir est l’alibi qui sert à faire accepter la course à l’armement et la compétition économique internationale ».
Au final, le progrès coûte beaucoup trop cher et il ne réalise pas ses promesses. Ses fruits ne valent pas ses coûts sociaux, économiques, politiques et environnementaux.
« La science constitue la base de la maîtrise technologique de la nature par l’homme […]. L’alliance de la science, de la technique et de l’industrie peut être appelée un technosystème. Il tend à devenir global et transnational […]. La croissance économique est devenue une motivation centrale de l’expansion du technosystème. La conséquence en est que le progrès qui était censé suivre les conquêtes de la science, l’accumulation de la science, a tendance à être identifié à la croissance économique comme telle. Je nomme cette identification une chosification, une quantification du progrès. Le progrès mesuré de cette manière n’est plus un concept de valeur. […]
Il se passe à peine un jour sans que nous soyons ramenés à des catastrophes consécutives à l’empoisonnement ou à la pollution de l’air et de l’eau, à des famines de masse en raison d’une érosion constante, à un appauvrissement continu de la richesse de variation génétique de la vie végétale et animale. […] Nous sentons un soulagement à l’idée que la menace nucléaire a provisoirement diminué grâce à des accords mutuels entre ceux qui ont la plus grande opportunité de déchaîner la tempête. Nous ferions bien cependant de nous souvenir que nous avons, suspendue au-dessus de nos têtes pour le reste de toute l’histoire humaine, la menace potentielle de ces armes de destruction – qui ne sont pas les seules. »
« Les symptômes d’une crise planétaire qui va s’accélérant sont manifestes. On en a de tous côtés cherché le pourquoi. J’avance pour ma part l’explication suivante : la crise s’enracine dans l’échec de l’entreprise moderne, à savoir la substitution de la machine à l’homme. Le grand projet s’est métamorphosé en un implacable procès d’asservissement du producteur et d’intoxication du consommateur. La prise de l’homme sur l’outil s’est transformée en prise de l’outil sur l’homme. Ici il faut savoir reconnaître l’échec. »
« L’idée d’un progrès continu des conditions d’existence grâce au perfectionnement technique dissimule la soumission des individus à des phénomènes qui s’imposent à eux, les rendant quotidiennement dépendants des nouvelles technologies et des satisfactions compensatoires qu’elles pourvoient.
Dans le cas de la science, la vision progressiste de l’histoire se berce encore de l’idée que tout avancée des connaissances est intrinsèquement bonne, même quand dans l’immédiat elle est associée au pire. Il est pourtant urgent de comprendre que les dégâts induits par la frénésie scientifique sont souvent irréversibles. Principale responsable de leur multiplication, la technoscience ne pourra rien (ou si peu) face aux radiations, aux cyclones ou aux cancers, qui sont et resteront des catastrophes. Prétendre les résoudre par des solutions techniques revient à s’enfermer dans une fuite en avant absurde. Quant à l’idée d’une éventuelle réappropriation de cet ensemble technologique à des fins émancipatrices, elle paraît dans bien des cas aussi aberrante que celle de vouloir faire d’une aire d’autoroute un lieu de convivialité. »
« Il est difficile d’entendre que les forêts sont abattues au rythme de 28 millions d’hectares par an, que la désertification menace 4 milliards d’hectares de terre dans le monde entier, que chacune des dix-sept principales zones de pêche du monde est en déclin et se trouve à une décennie d’un quasi-épuisement, que 26 millions de tonnes de terre arable (praticables) sont perdues par l’érosion et la pollution chaque année tout en croyant que ce système économique mondial, dont le fonctionnement fait payer ce prix, se dirige dans la bonne direction et que cette direction devrait être nommée “le progrès”. »
La croissance permanente est impossible et aucun argument valable ne peut la défendre. Il ne s’agit pas de jeter totalement le progrès à la poubelle, mais de ne plus se laisser enfumer. Quand le mot progrès est utilisé pour justifier une politique, il y a très probablement un piège. Il nous faut nécessairement nous méfier des industriels et des dirigeants. Ne pouvant plus ignorer les catastrophes, ils enfilent des « capes vertes » et tentent d’entretenir le dernier avatar du mythe du progrès : le mythe du développement durable. Selon eux, c’est grâce au développement économique qu’on mettra fin à la pauvreté, à la misère. Ne nous laissons plus attraper par ces discours menteurs, peu importe d’où ils viennent, et d’autant plus quand ils viennent des milieux soi-disants “écolo”.
Chaque jour apporte son lot de nouveaux gadgets à la mode comme les voitures à hydrogène, la 5G ou le frigo connecté. Ne nous laissons plus distraire par la dangereuse fable des illusions technologiques censées sauver la planète, refusons leur développement. Soyons impitoyables contre les nouveaux avatars du mythe du progrès. Nous devons arrêter les nuisances là où elles ont lieu, pas en générer de nouvelles.
Ne croire ni à un avenir radieux, ni au bon vieux temps. Croire qu’on vit sous le signe du progrès nous empêche de nous demander si la situation écologique et sociale s’améliore réellement, de chercher des moyens d’y parvenir et de le vérifier.
Il n’est pas évident que ceux qui nous entraînent sur de nouveaux terrains de la connaissance scientifique soient « des éclaireurs intelligents et fiables ». Dans les faits, des chercheurs collaborent activement avec les pouvoirs industriels et militaires qui les financent. Et comme on ne peut pas tenir pour responsable quelqu’un qui fait une découverte des mauvais usages de cette découverte, ces chercheurs ont tendance à se laver les mains quant aux conséquences et applications techniques de leurs recherches.
C’est la fin de cet épisode de Technotombeau. On continuera ces réflexions dans le prochain. Car maintenant que l’on sait pourquoi il faut critiquer les outils et technologies, il nous reste à le faire avec des exemples plus précis. Pour continuer sur ce thème, on vous conseille un film documentaire en 6 parties de Jean Druon, Un Siècle de progrès sans merci. Ils sont vraiment passionnants. On a aussi réalisé un entretien avec Bertrand Louart, “la religion du progrès” dont vous pouvez retrouver l’extrait ici. Merci pour votre écoute et votre soutien, partagez ce podcast s’il vous a plu.
« Nous avons besoin d’organisation, de mobilisation et de courage. Les infrastructures actuelles qui détruisent la planète doivent être visées, et le système politico-économique qui en est responsable doit être démantelé ».
<span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start"></span>
Un siècle de progrès sans merci, Jean Druon
Le mythe du progrès, Kirkpatrick Sale
Le mythe du progrès selon Wittgenstein et von Wright, Jacques Bouveresse
Généalogie de l’idée de progrès, Yohan Ariffin
Le mensonge du progrès, Nicolas Casaux
Histoire de l’idée de progrès de l’Antiquité au XVIIe siècle, Mathilde Herrero
Le mythe du progrès, Georg Henrik von Wright
Un futur sans avenir, Oblomoff
La convivialité, Ivan Illich
L’article Technotombeau 2 – Le mythe du progrès est apparu en premier sur Floraisons.
From the publisher's feed