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Fiche de lecture de Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme, publié aux éditions du Passager clandestin en 2019.
Françoise d’Eaubonne est une théoricienne et activiste incontournable de la seconde moitié du XXème siècle. Elle s’engage contre un projet mortifère et écocidaire ainsi que contre l’oppression des femmes.
Fille d’une rare femme scientifique dans les chaires universitaires, elle est très jeune sensibilisée à la difficile place des femmes dans la société publique. Son engagement commence avec la lecture de textes fondamentaux pour elle, comme la lecture du deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et elle est scandalisée par l’hostilité que le livre suscite. Elle en fera même un livre pour le défendre contre ses détracteurs et approfondir certains points.
D’après ses propres dires, toutes les luttes ne font qu’une : elle défend donc un féminisme intersectionnel au croisement de l’écologie, des luttes sociales, du féminisme et de la cause homosexuelle. Elle est l’une des personnalités qui ont préparé et signé le manifeste des 343 paru le 5 avril 1971 dans le Nouvel Observateur. Féministe radicale c’est une forte personnalité qui appartient au féminisme du creux de la vague : trop jeune pour avoir connu le mouvement suffragiste du début du siècle et plus âgée que la plupart des militantes du mouvement de libération des femmes. Elle est donc une figure pour le moins hors normes dans le mouvement, c’est un électron libre qui participe à certaines actions, certaines revues, sans pour autant revendiquer une appartenance à un groupe plutôt qu’à un autre, rendant parfois son message peu lisible ou pour le moins inclassable. C’est grâce à l’effervescence et aux rencontres faites au MLF que Françoise d’Eaubonne initie un groupe de réflexion non mixte baptisé « écologie féminisme centre ».
À la lecture des différents rapports scientifique paru dans les années 70 qui alertent sur la dégradation de l’environnement, elle s’engage dans la dénonciation du système capitaliste et dans le développement de la pensée écoféministe. C’est en 1974 que sort son ouvrage Le féminisme ou la mort, où elle expose les premiers jalons de sa théorie féministe. Elle écrit : « Dès lors que les hommes se sont emparés de la fécondité par la découverte du mécanisme de reproduction et de la fertilité des sols par l’agriculture les femmes et la terre ont été parallèlement exploitées ». Elle propose alors de muter totalement de société et contribue ainsi au mouvement décroissant et notamment à travers le concept de décroissance démographique.
Pour Caroline Goldblum, l’écoféminisme défendu par d’Eaubonne est un véritable projet de société dans lequel la lutte contre le capitalisme rejoint le féminisme et l’écologie. A la différence des féministes modernistes, d’Eaubonne ne considère par le travail salarié comme une libération pour les femmes. Il ne s’agit pas de pouvoir masculiniser les femmes, car elles seraient capitalistes et donc écocidaires. Elle écrit que « l’oppression plus subtile et plus massive que celle qui consiste à manipuler les désirs et les besoins de l’autre, à lui dicter jusque dans sa révolte le modèle de sa conduite, en lui inspirant les appétits qu’il doit tantôt occultés tantôt assouvir, en luttant pour y accéder mais qu’il ne distinguera jamais de ceux de son oppresseur. Quelle possession plus totale qui oblige l’opprimé à prendre l’oppresseur pour modèle et à reconduire ce qu’il veut renverser ». Selon elle il faut muter de société vers un projet de société écologiste et féministe. Françoise d’Eaubonne écrit : « Les valeurs du féminin si longtemps bafouées jusqu’à attribuées au sexe inférieur demeure la dernière chance de survivance de l’homme lui-même. Il faudrait faire très vite, encore plus que de révolution nous avons besoin de mutation ».
Sur le terrain Françoise d’Eaubonne fait le choix de la contre-violence qui selon ses écrits serait « le nom véritable de ce que l’on appelle aujourd’hui terrorisme, qui semble très indiqué comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même. Il va de soi que les attentats devraient être considérablement améliorés, ne visant que des points de rupture précis du front ennemi, économisant au maximum les vies humaines des personnes concernées, n’employant la prise d’otage qu’à bonne escient et jamais avec n’importe qui, utilisant les moyens destructif ou informatif les plus hautement qualifiés pour supprimer les coupables les plus évident ou instruire le plus grand nombre possible d’abusés du sens de cette guérilla humaine. Voilà qui remplacerait, de façon jouissive, les grèves de la faim, les barricades et toutes manifestations ». Elle s’engage notamment dans les groupes tel que Action directe ou Fraction armée rouge. Son positionnement n’est pas que de la théorie, elle le met en pratique notamment contre le nucléaire surtout autour de la centrale de Fessenheim.
Erratum : Françoise d’Eaubonne ne s’est pas engagée dans des groupes tels que Action directe ou Fraction armée rouge, par contre elle n’hésitait pas à prendre position publiquement pour dénoncer les conditions de détention scandaleuses des membres de Fraction armée rouge.
GOLDBLUM Caroline, D’EAUBONNE Françoise, Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme, éditions du Passager clandestin 2019.
L’article L’Écoféminisme de Françoise d’Eaubonne est apparu en premier sur Floraisons.
Vous êtes accro aux jeux vidéos ? Vous êtes habitué·es des sites de rencontre ? Le porno a participé à l’apprentissage de votre sexualité ? Vous êtes victimes d’achats compulsifs ? Voici quelques-uns des visages du capitalisme contemporain et de la culture de masse que ce podcast propose d’observer.
Il faut des stimulants de plus en plus puissants aux gens qui vivent dans une société anesthésiée pour avoir l’impression qu’ils sont vivants.
Cet épisode est réalisé à partir de l’ouvrage Divertir pour dominer 2, dirigé par Cédric Biagini et Patrick Marcolini. aux Éditions l’Échappée, des lectures choisies et présentées par Audrey. Il fait suite à la première partie qui portait sur l’industrie des séries vidéos.
Dans le discours dominant et les innovations technologiques qui l’accompagnent, le réel doit être augmenté, simplifié, médiatisé, bref, la vie devient un jeu, ce qui veut dire qu’elle s’accompagne de règles — écrites par l’industrie. L’idéologie capitaliste exploite les ressorts psychologiques des individus, tels que l’appât du gain de la récompense. Le monde est réduit à un rapport marchand fondé sur la jouissance et sur les sensations.
Le jeu est devenu un acteur fondamental du libéralisme. Grâce à l’industrie vidéoludique, ce dernier s’impose dans sa version la plus technophile : la guerre, un jeu comme les autres. Les relations entre domaine militaire et jeu sont anciennes, elles sont aujourd’hui inextricables. Les jeux ne servent plus simplement d’entraînement stratégique et mécanique, ils deviennent de véritables interfaces de machines de guerre bien réelles. C’est par exemple le cas avec l’utilisation des drones qui permettent aux soldats de détruire à distance, grâce à des commandes proches voire identiques à celles des jeux. La gamification de la guerre accompagne l’abstraction technologique de l’assassinat.
Plaisir et jouissance de petites récompenses à court terme anesthésient les consciences et infantilisent les individus. Le jeu au service du capitalisme permet d’amollir la masse, de la contrôler par le moyen de faibles réjouissances, de divertissement, de fun. Le travail lui-même devient ludique, comme c’est le cas des serious game. La productivité des travailleur·e·s est mesurée et contrôlée, tout en les gratifiant de récompenses virtuelles s’ils et elles atteignent des scores. Grâce à la gamification de l’exploitation, l’esclavagisme contemporain peut faire des économies sur l’usage de la violence physique.
Le 20e siècle a connu des modifications sociales structurelles, une amélioration des conditions de vie, et une relative « ascension sociale ». Par exemple dans les années 60 et 70, des enfants d’ouvrier·ère·s pouvaient espérer devenir cadre moyen ou supérieur. Ce processus et l’imaginaire méritocratique qui l’accompagne sont aujourd’hui remis en cause. Or, dans le virtuel et les jeux, ils sont toujours à l’œuvre, le niveau monte avec l’expérience, ce qui est réconfortant dans un monde qui l’est de moins en moins.
Le porno est-il une culture ? Qu’est-ce qu’une culture ? Depuis un moment déjà, le sens humaniste du mot culture (fréquentation des classiques, approfondissement des connaissances, exercice de la réflexion comme facteur d’accomplissement) est concurrencé par la nouvelle définition donnée par les sciences sociales (une manière de vivre et de penser cristallisée aussi bien dans les œuvres que dans les objets usuels, les gestes et comportements). Ce qui permet au porno, pour gagner en légitimité, de se présenter non pas comme une industrie mais comme une culture à part entière.
Quand certains journaux et intellectuel·le·s parlent de porn culture, ils adoptent donc le vocabulaire des industriels du secteur et se soumettent à leurs stratégies commerciales. Pour eux, la pornification généralisée serait un phénomène naturel. La porn culture ne serait qu’une facette en plus de la pop culture. Mais cette vague du porno ne relève pas simplement du divertissement et n’est pas qu’une reconfiguration de la culture de masse. Replacée dans le contexte plus global des mutations du capitalisme patriarcal et de l’industrie, elle apparaît plutôt comme une forme particulièrement exacerbée d’impérialisme de l’économie et de la technologie sur nos esprits comme sur nos corps.
Le porno étant la pointe la plus avancée du capitalisme contemporain, il n’est guère étonnant d’y retrouver l’exploitation la plus sauvage. Les actrices et acteurs sont ubérisé·es, de moins en moins bien payé·es, à la tâche, comme dans l’industrie du 19e siècle. Les revenus en ligne des camgirls varient en fonction des bonnes ou mauvaises notes reçues, puis les plateformes prélèvent en moyenne 70 %. Les actrices sont cotées sur un marché en ligne comme des matières premières, périmées après quelques mois du fait de la demande en nouveauté constante, quand il ne s’agit pas des dégâts subis par leur corps. Les productions sont délocalisées en Europe de l’Est et en Amérique du Sud pour bénéficier d’une main d’œuvre moins chère et d’une législation laxiste.
Un nouveau style de porno est apparu dans les années 90-2000, le gonzo. Afin de réduire drastiquement les coûts et faire le maximum de profit, l’industrie pornographique s’est débarrassée du scénario, des décors, des dialogues et de tout éclairage élaboré, et même du réalisateur, lui-même devenu acteur. Pour se démarquer des autres productions, le gonzo a fait le choix de banaliser la violence, les actrices étant giflées, frappées, humiliées, étouffées jusqu’au vomissement ou l’évanouissement, pénétrées de force avec toutes sortes d’objets selon des pratiques qui confinent au viol. Cette pornographie de la démolition est aujourd’hui devenue la norme et représente 95 % des productions.
Les actrices et acteurs souffrent de violences psychologiques et d’épuisement physique (hématomes, irritations, saignements, détérioration des organes sexuels), parfois jusqu’au suicide ou à l’overdose. Si les actrices et les acteurs veulent continuer à travailler, elles et ils sont obligé·e·s de minorer les souffrances liées à leur activité et de ménager leurs employeurs. Comme les femmes prostituées et les mères porteuses, les actrices peuvent aussi s’engager dans un processus de dissociation de soi, se déconnectant de la situation vécues et de leur corps. Il s’agit d’une variante particulièrement exacerbée et appliquée aux questions sexuelles de la réification qui touche tous les individus en régime capitaliste.
Catalogues, profusion d’images, liberté de choix, économie de marché, publicité, spectacle : le porno est la marchandise par excellence. Mais la satisfaction du consommateur sera toujours à distance, incomplète, et la frustration qui en résulte relance à son tour le désir, qui devient peu à peu besoin aliéné. Le porno, comme le capitalisme, ne voit dans l’être humain qu’une source de profit, manipule ses désirs pour lui imposer des besoins. La marchandise pornographique pornifie tout ce qu’elle touche, ce qui se transforme à son tour en marchandise.
Les atteintes physiques et psychologiques infligées aux actrices sont documentées, de l’exploitation économique la plus brutale jusqu’aux viols. Mais pour Judith Butler, ce problème ne mérite pas qu’on mette en cause l’industrie du porno en elle-même. Selon elle « la solution passe par une amélioration des salaires, des contrats et une protection sociale des actrices », la syndicalisation de ces femmes, la reconnaissance du statut de travailleuses du sexe. Or, ce concept implique de facto une position relativiste quant au degré d’exploitation qu’une femme peut subir. « Qu’il s’agisse d’une secrétaire, d’une femme de ménage ou d’une prostituée, chacune expose son corps en première ligne ». Ainsi actrice ou acteur X serait un job comme un autre, en conformité avec la logique abstraite du capitalisme qui n’évalue que la quantité de temps dépensé pendant un travail.
L’objectif de certaines œuvres contemporaines semble être de forcer à suspendre complètement tout jugement moral. On se demande si en fait de se dépouiller d’une certaine morale assimilée à un outil d’oppression, il ne s’agirait pas plutôt de se dépouiller de la morale, de n’importe quel cadre moral. La conception contre-culturelle de la rébellion consiste moins à transformer les règles et repères qu’à les abolir complètement, car ces repères seraient par essence répressifs et liberticides.
Le franchissement de limites morales a souvent été considéré par la gauche progressiste comme porteur d’une charge de rébellion, voire comme révolutionnaire. Cette conception de la transgression est très répandue, elle consiste à dénoncer l’ordre moral bourgeois ; et elle continue à prévaloir aujourd’hui alors que le contexte et les rapports de force n’ont plus rien à voir. Elle se perpétue encore au sein de la gauche, qui tout en dénonçant le libéralisme économique, adhère en fait à l’imaginaire libéral sur le plan politique et culturel. Non seulement il ne s’agit pas de dénoncer le système néo-libéral, mais le perpétuel franchissement des limites applique seulement aux œuvres ce qui est la dynamique même du système culturel et économique qui domine le monde, le capitalisme néo-libéral.
L’égoïsme le plus total est célébré au nom de l’émancipation. Pourtant l’individualisme absolu conduit à la destruction de l’individu. Lorsque l’assouvissement du désir illimité fait loi, le fort peut disposer du faible pour son plaisir, ce qui inclut le viol, la torture, le meurtre. Une conception solipsiste de l’individualité où la glorification de soi finit par avoir pour revers la destruction d’autrui. Cet enthousiasme intellectuel de la contre-culture pour la transgression ou la subversion — subversion que le système semble très bien tolérer — vient de l’abandon du champ de la lutte politique au profit du champ culturel. Le passage de l’action collective concertée à l’adoption d’attitudes individualistes, au fond antisociales.
Le rejet absolu de toute morale, de toute limite, nous condamne surtout à ne plus avoir de repères, de normes, donc de moyens de penser le monde, de se situer, se reconnaître et s’assigner des limites individuelles et collectives — ce qui entre autres choses distingue les psychopathes et sociopathes de l’être sociable. Réhabiliter une critique réellement critique qui ne craindrait pas d’être dénoncée comme conservatrice ou réactionnaire est un enjeu démocratique, le moteur même de la démocratie résidant dans la confrontation et la mise en tension d’opinions, de jugements, d’idéologies, d’éthiques.
« Dis moi ce que tu consommes et je te dirai qui tu es ».
Selon le sociologue Zygmunt Bauman, nous serions passés d’une société de producteurs à une société de consommateurs. Bien évidemment le travail est loin d’avoir disparu et les individus peuvent dans leur grande majorité être considérés comme des producteurs. Mais ce n’est plus qu’à titre secondaire que la société les engage en tant que tels. C’est l’activité de consommation et non de production qui fournit l’interface essentielle entre les individus et la société. La capacité à consommer définit le statut social, elle est le principal rapport qu’entretient le sujet libéral avec le monde. Les individus prétendent se construire, se définir et s’exprimer à partir de leur seule consommation. On appelle cette tendance le lifestyle, c’est-à-dire l’appropriation de contenus culturels et identificatoires mis en marché.
Nous pouvons établir un lien direct entre le consumérisme et le succès du temps réel propre aux nouvelles technologies. Pour réduire la durée d’un produit, le mieux est d’empêcher les consommateur·rice·s de consacrer trop d’attention à un même objet, il faut qu’il et elle soit impatient et irritable, qu’on puisse facilement éveiller leur désir et faire perdre rapidement leur intérêt. On assiste à une inversion du rapport traditionnel entre les besoins et leur satisfaction.
Le monde numérique repose sur l’immédiateté et la sursollicitation, l’excitation permanente, les notifications. L’individu devient impatient, irritable, n’arrive plus à se concentrer ni à prendre du temps, ouvert à tout mais incapable de se fixer sur rien. Il n’a plus d’instant à lui durant lesquels il pourrait développer une vie intérieure, un temps nécessaire à la construction de soi, à l’épanouissement et à la possibilité même de savoir vivre avec les autres.
Cette culture consumériste rejette tout apprentissage, érudition et accumulation, et rend immédiatement accessible une profusion de biens, d’informations, de données. Elle est une culture du désengagement, de la discontinuité et de l’oubli. Une autre caractéristique distingue cette société consumériste des précédentes : le brouillage voire l’effacement des distinctions entre marchandises et consommateur·ice·s. Pour être membres à part entière de cette société, les individus doivent eux aussi devenir des marchandises commercialisables, capables d’exister sur un marché.
Pour prendre l’exemple des sites de rencontres, l’utilisateur·ice y cherche une marchandise dont il ou elle va évaluer la qualité à partir de critères et de photos, et lui-même se présente comme une marchandise. Il ou elle est à la fois le consommateur·ice et le produit. Chacun·e se pense comme un objet valorisable sur un marché, désirable par rapport à la concurrence. On y retrouve les principes fondamentaux de la consommation de masse : abondance, liberté de choix, efficacité, rationalisation, ciblage sélectif, standardisation.
Le marché a écrasé tout ce qui l’a précédé. Le projet même du marché repose sur le principe d’individus « rationnels », c’est-à-dire sur l’hypothèse que chaque individu est égoïste, calcule constamment ses coûts et avantages avant chaque action, et que la somme de ces intérêts individuels mène au bonheur, c’est-à-dire la croissance. Une telle structure socio-économique ne repose que sur le pari d’un nombrilisme individualiste généralisé, souhaité et cultivé. Notre époque est toute entière tournée vers l’ego, il n’y a que le soi qui prévale, car c’est son expression qui permet au marché de fonctionner. Le capitalisme repose sur une dynamique d’innovation et de changement permanent. L’identité néolibérale se veut flexible et modifiable à l’envi, elle fait donc fi de toute tradition, enracinement et héritage sauf quand elle peut les intégrer à la sphère marchande.
Le consumérisme identificatoire est la façon dont capitalisme a su s’adapter et intégrer ses deux principales critiques, la critique artiste et la critique sociale :
Le consumérisme de l’authentique est aujourd’hui une contradiction révélatrice du nouvel esprit du capitalisme. Les individus cherchent frénétiquement à se distinguer en consommant un bien qui échappait jusque-là au marché et qui est considéré comme « authentique ». Mais dès lors que ce produit est récupéré et investit par le marché, il perd sa qualité première recherchée justement par les sujets en quête d’authenticité. Le retour du petit artisanat dans les métropoles mondialisées, du handmade, obéit à cette même logique de quête de l’authentique, tout autant que le succès cynique des produits estampillés responsables, éthiques, bio, durables voire alternatifs ou pire, anti-système.
La marchandisation de l’alternatif et de l’authentique est un des plus grands obstacles au développement d’une pensée et d’une manière d’être au monde vraiment radicale (qui affronte les problèmes à leur racine). Le capitalisme absorbe et marchandise sa propre critique quand elle n’est pas suffisamment radicale. L’enfer du consumérisme est pavé de bonnes intentions de la croissance pour tous, nouvel ersatz de la colonisation occidentale.
Retrouvez la première partie consacrée à cet ouvrage ici. On y parle de séries vidéos.
Le livre Divertir pour dominer 2 est disponible aux Éditions l’Échapée.
Vous pouvez aussi retrouver l’actualité d’Audrey Vernon sur scène avec son spectacle Billion dollar baby et suivre son nouveau podcast Big Books.
L’article Divertir pour dominer (deuxième partie) est apparu en premier sur Floraisons.
Vous êtes confiné·es chez vous et vous passez la journée sur Netflix ? Vous êtes accro aux séries et c’est devenu un moyen de décompresser ? C’est le sujet de ce podcast.
« Culture de masse : un ensemble d’oeuvres, d’objets et d’attitudes conçues et fabriquées selon les lois de l’industrie et imposé aux hommes comme n’importe quelle autre marchandise » Jean-Claude Michéa
Beaucoup s’accordent à dire que les séries sont le lieu le plus exhalant de la création contemporaine, qu’elles osent traiter de sujets qui dérangent, reflètent nos obsessions et permettent de comprendre le monde, qu’elles sont une nouvelle forme d’art supérieur aux autres. Les séries sont partout, elles influencent et sont massivement consommées à l’échelle mondiale dans toutes les couches de la population. Cependant si nous sommes de plus en plus nombreux·ses à les regarder, ce n’est pas que leur qualité augmente, mais parce que les écrans envahissent nos vies.
Les séries font l’objet d’investissement colossaux et d’études universitaires mais rarement sous l’angle de la critique en tant que culture de masse. Voici donc un podcast réalisé à partir de l’ouvrage Divertir pour dominer 2, dirigé par Cédric Biagini et Patrick Marcolini aux Éditions l’Échappée, des lectures choisies et présentées par Audrey. Le podcast se découpe en deux parties, voici la première, sur le thème de l’industrie des séries vidéos, en espérant que floraisons ne soit pas un divertissement de plus.
La rationalisation et l’industrialisation des productions culturelles a mené une intégration croissante de certaines dimensions artistique aux champs de la production et de la consommation. Ce faisant, la culture de masse désagrège les formes autonomes de culture populaire et dissout les liens sociaux au profit d’un monde artificiel d’individus isolés, fondement de la société de consommation.
Les technologies numériques ont permis au divertissement d’être intégré à toutes les sphères de l’existence jusque-là indemnes de la colonisation par la marchandise, que ce soit les objets, les jeux, la communication, l’information, les villes, les espaces commerciaux etc. La reproduction du même est un processus qui finit par se communiquer aux consommateurs eux-mêmes dans l’uniformisation des consciences et des comportements sous la loi du capitalisme. Plus rien n’échappe au spectacle, chacun peut désormais se mettre en scène soi-même sur les réseaux sociaux, devenant un objet de divertissement pour les autres, une marchandise commercialisable. La culture de masse n’est pas seulement la consommation de produits formatés et fabriqués en série, elle est un rapport au monde.
Il est donc urgent et nécessaire de mener une critique intransigeante du mode de vie capitaliste et de démontrer comment cette civilisation du loisir participe à la domestication des peuples. La résistance à la culture de masse a une histoire qui commence dès le début du 20e siècle. L’école de Francfort avait dénoncé le règne des industries culturelles et l’appauvrissement des imaginaires et des sensibilités par la répétition, par la reproduction à l’identique, la réplication de motifs, la manipulation des goûts, d’émotions basiques et stéréotypées. Mais depuis les années 70, un nouveau paradigme intellectuel s’est mis en place : la consommation des produits de la culture de masse ne serait pas un acquiescement plus ou moins contraint aux stratégies commerciales des industries culturelles mais plutôt une forme de réappropriation de contenus par des publics. On ne critique plus tellement les contraintes que fait peser la culture de masse sur les individus mais on propose d’y déceler des possibilités d’émancipation.
Il s’agit là d’une illusion car seule une critique exigeante et globale des industries culturelles peut nous libérer de leur emprise. Nous devons exposer les pseudo-satisfactions de la culture de masse au sein de nos existences, décrire le mode de vie aliéné qu’elles créent et maintiennent, pour faire du désir d’y échapper une force politique véritablement révolutionnaire.
Rappelons d’abord que la « production en série » désigne un mode de production standardisé éloigné de l’artisanat, qu’il a marginalisé. Des équipes de spécialistes créent et développent des projets qui seront commercialisés et calibrés pour un groupe de consommateurs. Les séries vidéo portent bien leur nom, il s’agit de production en série, de production industrielle.
Aujourd’hui, l’offre est de plus en plus prolifique et le consommateur est de plus en plus versatile. Voilà pourquoi son attention est devenue une ressource très rare. Les séries fonctionnent car elles arrivent à mobiliser deux régimes d’attention : l’alerte et la fidélisation. Il faut d’abord alerter le consommateur pour attirer son attention . Cela est réalisé grâce à l’envoi constant d’avertissements, grâce aux techniques de séduction et de promotion, à la révolution numérique, aux méthodes scientifiques de captation de l’attention de l’individu. L’alerte favorise l’excitation et empêche les fils de la pensée de se tisser.
Mais il faut aussi rassurer le consommateur qui reçoit trop d’alertes. C’est pourquoi il faut le fidéliser, c’est-à-dire établir un rapport de confiance sur le long terme, qui ne confronte pas à la surprise. Sur le même schéma, les marques, les chaînes de magasin offrent aussi cet univers sécurisant aux consommateurs, dans des décors commerciaux sans surprise avec toujours les mêmes produits, la même décoration, le même esprit qui règnent.
L’art des séries consiste à ne demander aucun effort, aller vers du connu et du répétitif, le récit prime. D’ailleurs, tout discours, toute création doit aujourd’hui être transformé en récit, le storytelling est systématique. Mais ces scripts narratifs opèrent par schémas, donc nécessairement pas réduction, simplification, ils caricaturent le réel. Les séries vidéo ne sont pas un élément culturel anodin mais un produit de masse qui accoutume au mode de vie industriel. Il ne peut y avoir de série alternative puisqu’elles transforment les individus en consommateurs. Elles décervèlent, elles sont néfastes, comme tout produit industriel.
Après une difficile journée de travail, ou pour évacuer le stress ou la frustration générés par le mode de vie industriel, le visionnage devient la soupape de sécurité. À tel point que les consommateurs deviennent accros à cette drogue. Plus le contenu est standardisé et rassurant, plus il est gratifiant rapidement, et plus l’accoutumance est forte. Plus de besoin de sortir de chez soi ou de faire des efforts : le flux est permanent, on ne pense pas, on avale, on absorbe sans rien faire, ce qui laisse peu de place à l’imagination. Les séries sont l’expérience suprême de la domestication.
Après avoir été longtemps méprisées et considérées comme peu d’intérêt, les séries font l’objet d’un plébiscite médiatique et universitaire depuis une dizaine d’années. Les efforts de nombreux intellectuels et de l’industrie des séries permettent à ce format d’atteindre une légitimité culturelle, la série est élevée au rang d’objet théorique sophistiquée. Elles deviennent un art comme les autres, populaire, que les élites mépriseraient alors qu’elles ont leur place dans l’histoire de l’art.
À lire la presse française branchée, les séries anglo-saxonnes représenteraient le comble de la subversion, toutes plus subversives les unes que les autres. Mais il y a un mauvais usage de ce mot qui signifie à l’origine saper les valeurs dominantes et renverser l’ordre établi. Le réel est réduit au même et au prévisible, la vie devient comme l’écran la montre. Notre imaginaire est condamné à rester borné et pauvre, à revivre encore et encore ce que nous vivons déjà. Rien de subversif dans cette forme de colonialisme mental. Enrôlement, régression, harmonisation par le bas et abrutissement n’ont rien à voir avec une quelconque forme de justice sociale et d’émancipation.
Certaines séries sont peut-être gratuites mais il n’y a jamais de gratuité ou d’égalité quand le capitalisme industriel est aux commandes. Tout le monde paye le prix du narratif totalitaire en obéissance, en subordination, en mutilation de l’autonomie. Nous sommes de plus en plus soumis aux perfectionnements algorithmiques d’un ordre capitaliste dont la culture de masse est le cœur. Pour le capitalisme industriel la culture de masse est publicité et propagande à la fois, elle permet d’écouler des marchandises et de véhiculer l’idéologie de l’ordre établi. Il nous faut rompre avec cette idée que ce qu’on nous donne est neutre et sans effet sur nos consciences voire positif. Non, on nous le donne, c’est déjà trop, on n’a rien demandé. Ce qu’on veut, on le construira nous-mêmes.
À suivre bientôt la deuxième partie de ce podcast sur le blog floraisons. On parlera de jeu vidéo, de porno, de consumérisme et d’art.
Le livre Divertir pour dominer 2 est disponible aux Éditions l’Échapée.
Vous pouvez aussi retrouver l’actualité d’Audrey Vernon sur scène avec son spectacle Billion dollar baby et suivre son nouveau podcast Big Books.
L’article Divertir pour dominer (première partie) est apparu en premier sur Floraisons.
Crédits supplémentaires : Jonah Mix, Max Wilbert, Dillon Thomson
La culture dominante est en train de tuer la planète. La civilisation industrielle, sa structure et ses valeurs, nous dirige vers l’effondrement biotique. Il est temps pour celles et ceux d’entre nous qui se soucient de la vie sur Terre de commencer à prendre les mesures nécessaires, pour riposter et l’empêcher de détruire tout ce qui vit.
Il s’agira de décentrer le regard, de faire des pas de côté face à l’anthropocentrisme. Alors que les rapports entre l’espèce humaine et la nature se fondent jusqu’ici sur la domination de l’un sur l’autre, il est nécessaire et impératif de mettre fin à cette vision et de retrouver l’harmonie dans le vivant. Dès lors, quelles stratégies pouvons-nous employer ?
La conférence propose d’étudier la complémentarité des luttes et des stratégies pour mettre fin à la civilisation industrielle mortifère. Nous nous attardons sur la désobéissance par l’action directe, car c’est la stratégie la moins visible aujourd’hui dans le mouvement écologiste. Face à l’écocide nous devons reprendre des terres, des rivières, des forêts… Il faut permettre aux enfants de grandir dans une culture qui vit de manière soutenable, ce qui ne peut se produire que grâce à une révolution qui démantèle pièce par pièce la civilisation industrielle.
Serons-nous la génération qui a fait ce qui était nécessaire pour sauver la planète, ou serons-nous la génération qui a gâché notre occasion de changer les choses ? En résistant, nous écoutons notre colère et passons à l’action pour nous libérer. Nous participons à une aventure humaine, animale, végétale, vivante, créons des groupes affinitaires, de confiance, inclusifs, de façon horizontale pour créer dès aujourd’hui le monde que l’on veut voir demain.
Elle est disponible sous plusieurs formats : (podcast audio, pdf projection, vidéo, article) Regardez la vidéo pour profiter de l’intégralité du contenu :
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Dans une communauté vivante harmonieuse et fonctionnelle, chaque espèce nourrit ou se nourrit d’autres espèces,[1] formant un cycle du vivant.[2] Aucune espèce ne s’accapare toutes les ressources nécessaires à la survie des autres, ou n’extermine ses concurrentes.
Pourquoi ça ? Car en cas de changement des conditions environnementales, la vie a plus de chances de s’adapter,[3] d’être résiliente si les espèces sont nombreuses et variées.[4] Le vivant a besoin de la biodiversité, cette règle qui joue un rôle essentiel a été respectée pendant des millions d’années. Et si une espèce décide de s’approprier toutes les ressources et de tuer toutes ses concurrentes, l’appauvrissement du vivant qui en découle menace non seulement cette espèce,[5] mais la possibilité même de vivre sur la planète. Comme vous vous en doutez, c’est exactement le chemin sur lequel nous sommes engagé·es.[6]
Tous les signaux sont au rouge : les rapports scientifiques ne cessent d’alerter sur l’effondrement du vivant.
Ce ne sont pas seulement les animaux qui sont menacés mais l’intégralité du vivant.
La liste est longue, nous pourrions continuer longtemps, mais vous avez compris l’idée : nous sommes au bord de l’effondrement biotique total, c’est à dire 500 millions d’années d’évolution qui partent en fumée.[27] Comment sommes-nous arrivé·e·s à cette destruction massive du vivant ? Est-ce qu’il y a un complot ? Des grands méchants qui veulent détruire la planète ? Une puissance supérieure ? L’humain est-il fondamentalement destructeur ?
Non, tout cela est structurel, nous sommes comme prisonniers et prisonnières d’une immense mégamachine[28] qui transforme le vivant en marchandises d’un côté et zones mortes de l’autre.[29] Il faut donc s’intéresser aux mécanismes de cette machine, appelée civilisation industrielle.[30]
Quel est le plus grand problème avec la civilisation ? Elle dépend de l’agriculture.
Première conséquence : cela permet à la population mondiale d’atteindre un nombre gigantesque.[2]
Mise à part les 46 tribus restantes au monde de chasseurs-cueilleurs, l’humanité s’est rendue dépendante d’une activité qui est en train de détruire la planète.[4]
C’est quelque chose qui peut mettre du temps à réaliser. Mais l’agriculture exerce non seulement une pression sur les sols qui est insoutenable et qui ne sert que l’espèce humaine au détriment de toutes les autres.[5]
Aujourd’hui nous vivons dans une société de consommation de masse que l’on appelle aussi société capitaliste.[6] Il est important de décentrer le regard : des mécanismes présents dans cette société sont déjà en germe dans un type d’organisation particulier qui est la civilisation. Ce qu’on appelle civilisation, ce n’est pas une en particulier mais une forme d’organisation bien particulière.[7] La civilisation industrielle n’est que la façon dont la civilisation a évolué jusqu’à l’époque moderne. Revenons à ses premiers pas.
Avant l’émergence de la civilisation, l’organisation de sociétés humaines n’était globalement que le prolongement de l’écosystème local. Il faut revenir 10 000 ans en arrière, au moment où la division du travail émerge.[8] Avec la sédentarisation commence la domestication des animaux humains et non humains et des végétaux.[9] L’agriculture se développe notamment dans le croissant fertile, en Mésopotamie.[10]
Quelques millénaires plus tard, on observe l’avènement des premières cité-États,[11] que l’on appelle aussi « les premières civilisations humaines »… À ce titre on conseille l’ouvrage Homo Domesticus de James Scott[12]. Vous noterez que le croissant fertile qui s’étend de la vallée du Nil jusqu’à l’Irak est loin d’être encore fertile de nos jours. On y trouve surtout des terres arides, semi-désertiques : les forêts précèdent les civilisations, les déserts les suivent.[13]
C’est à ce moment-là que certains humains commencent à imposer une logique de colonisation, d’expansion au sein de leur environnement.[14] Les « civilisés » se sont considérés comme différents et supérieurs au reste du vivant. Cette logique considère la nature comme une ressource et justifie son accaparement total. Ils commencent alors à contrôler, tuer, domestiquer le vivant et croître au-delà des limites environnementales. » [15] Ils rentrent en guerre contre tout ce qui n’est pas eux-mêmes. La civilisation est née et avec elle l’esclavage et le patriarcat se renforcent.[16]
Pour se maintenir la civilisation a besoin d’une hiérarchie, de pouvoir et de tout un système de valeurs. Les civilisés considèrent qu’ils ont le droit de croître quelqu’en soit le prix. Pour subvenir à ce désir de croissance, pour développer son agriculture, pour accéder à certaines ressources, ils s’étendent de plus en plus et chassent ceux qui vivaient là avant.[17]
Cette dynamique est encore à l’œuvre : les peuples autochtones ne cessent d’être menacés et exterminés;[18] les femmes[19] sont toujours exploitées.[20][21][22]
Il n’y a pas de lieu vide, l’espace est toujours habité. Quand la civilisation agrandit son territoire, elle le fait toujours au détriment des communautés humaines et non-humaines qui vivent autour. Elle impose son modèle partout sur la planète jusqu’à atteindre l’hégémonie, elle est aujourd’hui mondialisée. C’est la déforestation pour la culture, c’est l’extraction pour la production, c’est la bétonisation pour le transport et la consommation. En somme c’est une hostilité constante, une occupation des territoires,[23] une soumission des dominé·es, bref c’est une guerre !
« Que feriez-vous si des extraterrestres avaient envahi la planète, s’ils vidaient les océans, rasaient les forêts naturelles, construisaient des barrages sur toutes les rivières, modifiaient le climat, contaminaient à l’aide de dioxine et de multiples produit cancérigène le lait maternel, la chair de vos enfants, de votre compagne ou compagnon, de vos parents, de vos frères et sœurs, de vos amis, ainsi que la votre ? » —Derrick Jensen[1]
À quel point la situation devrait-elle empirer avant de comprendre que c’est réellement une guerre menée contre le vivant ? [2][3] Qu’est-ce qui nous empêche d’admettre qu’il s’agit d’une guerre[4] ? Pourquoi ne reconnaissons-nous pas l’ennemi[5] ? La réponse est triste : parce que nous nous identifions à l’ennemi.[6] Nos imaginaires sont colonisés car nous bénéficions en partie de cette guerre. Combien de fois avons-nous entendu que le capitalisme est l’air que l’on respire ? Tant que les dominé·e·s s’identifient à leur oppresseur, il ne peut y avoir de mouvement de résistance.[7] Voilà pourquoi à partir de maintenant, nous utiliserons le « nous » pour désigner l’ensemble des personnes qui résistent à la civilisation industrielle.
L’histoire que les civilisés ont décidé de jouer il y a 10 000 ans favorise et valorise la production avant la vie. Pour la civilisation, et dans sa forme moderne, industrielle et capitaliste, les besoins du système économique sont plus importants que ceux du monde naturel. Alors que la nature peut exister sans une économie industrielle, l’inverse est impossible. Cette société ne défend que l’économie mondiale, la croissance, au détriment de la nature.
La civilisation exige une violence généralisée pour exister : à la fois envers les autres espèces et à l’intérieur de notre propre espèce. Sans cette violence permanente et étendue, la civilisation s’effondrerait. Il est impossible aux dominants d’avoir constamment un fusil pointé sur chaque dominé pour le ou la faire obéir. Heureusement pour eux, ils n’en ont pas besoin car l’ordre établi a été intériorisé. Cette violence est invisible, car largement acceptée et rationalisée quand elle vient du haut de nos sociétés hiérarchisées[8] (état, police, institutions, patrons, maris etc). Quand elle vient d’en bas en revanche, elle est inacceptable.
Deux poids deux mesures, quand les riches détruisent des vies et des écosystèmes pour augmenter leurs propriétés, c’est la production.[9] Mais quand les pauvres ripostent et abîment les propriétés des riches,[10] cette résistance est appelée violence.[11]
Combien d’entre nous savent :
La chaîne d’approvisionnement de la civilisation asservit actuellement plus d’individus qu’à n’importe quelle autre période. L’esclavage est dans le coton de nos t-shirt[16], dans le tantale[17] de nos smartphones[18] ou dans les grains de notre café[19]. Il est dans les champs, dans les mines et dans les usines de transformation des matières premières.
L’esclavage est le tissu des civilisations depuis leurs origines. Elles ont recours aux prisonniers pour l’agriculture, les grands travaux ou au service des classes dominantes. Cette violence est systémique, ce qui signifie qu’elle ne se produit pas simplement à cause d’une mauvaise politique publique ou parce que nous n’aurions pas les bonnes personnes au pouvoir. Cette violence est intégrée dans la structure même de la civilisation industrielle et de l’économie. Elle est un vecteur de prédation, elle génère des profits, elle est donc hautement récompensée par ce système. La civilisation est hiérarchisée, centralisée, patriarcale, coloniale, raciste, spéciste et homophobe. Elle célèbre et valorise la violence des forts contre les faibles, le pouvoir, le militarisme et se met en scène dans des œuvres de propagande et d’architecture monumentales.
Selon Kevin Bales, le nombre de 27 millions d’esclaves reste une sous-estimation. Il ne prend pas en compte les millions d’autres esclaves, les employés des ateliers clandestins, ceux qui sont contraints à l’esclavage à cause de difficultés économiques, les esclaves sexuels etc.[20] Et, tout simplement, parce qu’il ne prend pas en compte cette forme bien particulière d’esclavage, l’esclavage libre, le salariat.[21]
La civilisation peut donc se définir comme un état de guerre permanente et mondiale menée contre la biodiversité. Où que l’on regarde, le désastre écologique et social est le prix que les humains payent pour avoir joué une histoire qui fait de l’humanité l’ennemie du monde vivant.[22] Non seulement c’est une guerre, mais c’est une « guerre totale ». Si on doute que c’est une guerre : pensez aux peuples autochtones, qui sont sauvagement chassés ou exploités pour produire des biens et des services bon marché,[23][24][25][26][27] aux gens sur le front à Bure,[28] aux Mapuche[29] martyrisés par l’État chilien, aux forêts abattues, aux orques qui meurent de faim,[30] aux millions de réfugiés climatique,[31] etc.
C’est une guerre, il faut empêcher l’ennemi de mener cette guerre. Face à cela, la seule position tenable moralement est de s’opposer à ce système, comme le dit Lierre Keith[32] :
Ne pas prendre parti contre, c’est faire le jeu du système, c’est collaborer avec lui. Avant de démanteler le système en question, il faut comprendre qu’il repose sur deux composantes : sa structure et ses valeurs. C’est que nous allons voir.
La structure du système, c’est les choses réelles, matérielles et concrètes qui le composent. La structure de la civilisation industrielle est assez simple. Il s’agit de l’industrialisme,[1] un système de production mécanisée. L’industrialisme repose sur cinq piliers ou nœuds principaux :
Ce système poursuit trois objectifs principaux :
La civilisation industrielle ne fait jamais rien si ce n’est pour un de ces trois objectifs, ce qui revient à transformer le monde vivant en marchandises. Tout, que ce soit les coupes à blanc de forêts, les mines à ciel ouvert, mais aussi les atrocités auxquelles nous ne pensons généralement pas en ces termes, comme le travail, la consommation de loisirs, la violence policière, le génocide ou le viol — tout est une question de ressources : contrôler, extraire, faire rentrer dans le circuit industriel. Notre résistance doit se concentrer sur l’arrêt d’un de ces trois objectifs.
Au centre de ce processus se trouve le réseau d’énergie. Sans énergie, les excavatrices qui saignent les montagnes s’arrêtent de tourner. Sans énergie, les ordinateurs nécessaires à l’électronique industrielle ou à la robotique s’arrêtent de fonctionner. Sans énergie, les usines dans lesquelles les terres sont transformées en batteries de voiture ou en panneaux solaires s’éteignent.[2]
Après cela, on trouve l’infrastructure d’extraction, qui arrache les ressources, broie, asphyxie la planète et massacre ses êtres vivants. Elle englobe l’exploitation minière, l’exploitation forestière, la fracturation hydraulique, le raffinage du pétrole, mais aussi l’industrie éolienne et solaire. L’extraction est organisée grâce aux infrastructures de transports et communications. Ce sont les lignes téléphoniques, les tours cellulaires, internet, les chemins de fer, les routes, les ports, etc. Les transports et communications permettent aux différentes parties du système industriel de fonctionner ensemble.
Et bien sûr, l’extraction, le transport et la communication dépendent du système financier pour que les capitaux circulent librement sur un marché fluide, et de l’industrie technologique dont les innovations permettent d’augmenter l’efficacité du système, donc la production.
Ensemble, ces cinq piliers perpétuent la civilisation industrielle. Et ils s’appuient les uns sur les autres, lourdement, de telle sorte que si une attaque était correctement dirigée contre l’un de ces piliers, les autres seraient paralysés.[3] Cependant le système ne se résume pas seulement à ses infrastructures, mais aussi à ses valeurs.
Quand nous parlons des valeurs de l’industrialisme, nous entendons l’idéologie, l’imaginaire, parfois religion, inventée pour défendre cette structure. Le cœur de la civilisation industrielle, c’est l’expansion.[4]
L’expansion, la croissance pour la croissance est une valeur cardinale pour toutes les civilisations,[5] dont le capitalisme en est l’ultime avatar. Le capitalisme de crise, caractérisé par une constante fuite en avant pour échapper à la baisse du taux de profit,[6] poursuit le même mirage d’expansion infinie que les civilisations qui lui ont précédé. L’expansion s’appuie sur trois valeurs :
Suprématie humaine, masculine, blanche, société de classes.
La hiérarchie, c’est le classement des êtres vivants. Supérieurs/inférieurs, dominants/dominés, bourgeois/prolétaires, hommes/femmes etc… La civilisation industrielle a absolument besoin de hiérarchies, parce qu’un système social libre et égalitaire rend impossible une production forcenée et donc une expansion sans fin. (Qui ira travailler au fond d’une mine s’il n’est pas obligé pour pouvoir survivre ?) « Employant l’aiguillon de la faim au lieu du claquement de fouet »,[7] la division de la société en classes, la compétition, la suprématie blanche, le patriarcat et la suprématie humaine sont au cœur de la civilisation industrielle. Sans hiérarchies solides, la capacité à extraire des ressources est directement menacée.
Confort, répression, ignorance, peur, aliénation
Pour mener à bien ses destructions et son expansion à l’extérieur, la civilisation industrielle a besoin de stabilité intérieure. Elle doit maintenir la « paix sociale », ce qui revient à neutraliser la résistance des classes dominées, contre lesquelles elle mène une guerre de basse intensité. Elle cultive à cette fin le confort pour les uns, la répression pour les autres (le bâton ou la carotte), l’ignorance et la peur.[8] En noyant les gens dans un océan de marchandises, en les gavant de programmes idiots, d’informations continues, d’une overdose de messages anxiogènes sur des centaines de chaînes de télévision, tout à coup, ils ne voient plus la destruction autour d’eux, ou ils sont trop médusés pour passer à l’action, ou ils cessent simplement de s’en soucier.
La civilisation industrielle maintient ses sujets dans une situation de dépendance technique, psychologique, chimique et ils ne savent plus vivre. L’idée de pouvoir se passer de ce système se fait toujours plus distante et il devient plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. La division du travail toujours plus poussée et spécialisée, la moindre parcelle de nos vies, de nos subjectivités devient marchandise. En ce sens nous subissons une extrême aliénation, une perte de sens, une frustration grandissante, que des loisirs ou des religions peinent à combler.
Consumérisme, progrès, scientisme
Enfin, le système industriel valorise l’efficience, car bien entendu, plus il optimise les performances, plus il peut se développer.[9] Du taylorisme au lean management en passant par les jeux olympiques,[10] la logique est toujours la même : écrasement de l’adversaire, légitimation de la violence, triomphe sur les faibles, records de production. Le consumérisme accroît l’efficacité, bien sûr ; plus les gens achètent, plus la production augmente, et pour toujours moins cher. Mais le plus grand soutien idéologique provient du mythe du progrès[11] : la croyance culturelle selon laquelle les êtres humains étaient originellement faibles, sans valeur et violents, que cela s’est amélioré — et que cela s’améliore inéluctablement — avec le temps.[12]
La réalité c’est que l’être humain n’est pas en haut d’une pyramide de l’évolution au centre de l’Univers, mais bien sur une des nombreuses branches de l’arbre du vivant habitant une planète parmi des centaines de milliards d’autres…
Tableau American Progress, John Gast 1872[13]
Mais si les maitres parviennent à persuader les personnes que nous avons une destinée spéciale, divine, que nous réalisons grâce au développement et à l’expansion, alors elles seront heureuses de trouver de nouvelles manières plus efficaces d’y travailler. Et c’est là que le scientisme[14] — la célébration et l’adoration de la science — entre en jeu, car bien entendu, la majeure partie de l’augmentation de l’efficacité de la civilisation industrielle est un produit de la science.
Les modes de connaissance des mondes autochtones sont principalement axés sur la création d’un lien sacré et respectueux avec le monde vivant — ce qui, bien sûr, est une très mauvaise idée si vous cherchez à le piller, à en éliminer ce qui peut être éliminé et à vendre ce qui peut être vendu. Si vous voulez dominer le monde, la Science est votre meilleur instrument. Vous pouvez soumettre le vivant et la matière à vos moindres désirs et vous écrier « Ça marche ! ». Par exemple vous faites décoller des fusées. Merveilleux.
Mais votre technologie vous dirige vers une société toujours plus vide, artificielle et uniformisée et vous rompez peu à peu toute possibilité de relation amicale avec le reste du vivant.[15] Notre propos n’est bien sûr pas de rejeter catégoriquement la Science, mais plutôt la croyance selon laquelle elle décrit vraiment et totalement le monde tel qu’il est.
Pour vous donner un exemple, c’est comme si au lieu de dire « j’ai perdu ma grand-mère » vous disiez « ma famille a diminué d’entre 10% et 15% au cours de 2018″. Ou bien dans un repas de famille, lorsqu’un visage manque, vous le remarquez sans être obligé de vous compter les uns les autres. Vous comprenez que les mathématiques sont un rapport au monde bien particulier.[16] L’abstraction induite par les nombres n’est pas un outil neutre, contient déjà un projet de domination : les nombres ont été inventés pour compter les récoltes, les premiers formes d’écriture pour énumérer les propriétés à la fois humaines et non-humaines (esclaves, femmes, nourriture…).[17]
La déconstruction du mythe de progrès est long, cela nécessiterait de faire une conférence à part entière. Mais pour finir sur le rapport entre civilisation, scientisme et progrès, cette citation de Lewis Mumford[18] résume assez bien la situation :
Dans la perspective de dépasser l’idéologie associée à l’industrialisme, ne comptez par sur nous pour proposer un programme politique détaillé, ce serait complètement hors-propos. Nous considérons que ces décisions doivent être prises collectivement et le plus localement possibles. En revanche voici quelques pistes rapides de réflexion.
Ainsi, nous venons de voir que le capitalisme, la civilisation industrielle prend sa place dans l’histoire de la civilisation, faite de conquêtes et de dominations. Nous avons vu que ce système est un état de guerre permanente contre le monde vivant, et qu’il s’appuie tant sur une structure que sur une idéologie. À partir de maintenant, nous allons réfléchir à la meilleure façon de démanteler ce système.
Quel est notre problème ? La civilisation industrielle
La tactique découle d’une stratégie qui découle elle-même de notre objectif.
Une stratégie offensive prend du territoire, des ressources ou du pouvoir à l’adversaire. Tout ce que fait le système est offensif et contribue à augmenter son territoire, ses ressources, son pouvoir. La civilisation occupe les rivières avec des barrages qui détruisent les écosystèmes. Elle emprisonne, massacre, menace, déporte, exploite pour pouvoir accéder aux ressources. Elle finance des lobbyistes et des partis pour étendre ses droits. Le système n’est presque jamais sur la défensive, il attaque. Il a donc l’initiative, il choisit le terrain de bataille.[1]
Une stratégie défensive c’est tout ce que vous faites pour empêcher une force adverse d’obtenir des ressources, un territoire ou davantage de pouvoir.[2] La plupart du temps, une action défensive réduit simplement ce que l’ennemi gagne.[3] Nous avons vu que la guerre oppose la civilisation industrielle à la biodiversité.
En tant qu’écologistes nous nous situons du côté de la communauté du vivant et subissons les attaques du système. Prenons l’exemple d’un industriel qui voudrait étendre son territoire en détruisant tout un écosystème. Nous, les écologistes, voulant empêcher cela, nous employons une stratégie défensive : plusieurs tactiques sont déployées occupation le terrain, pétitions, manifestations, recours en justice etc. Nous arrivons à préserver une partie de la zone, disons 50%, est-ce vraiment une victoire ? Non. C’est juste une défaite un peu moins grande. L’ennemi n’a rien perdu, il a juste progressé un peu moins. Nous n’avons fait que minimiser les dégâts consubstantiels à la civilisation industrielle. Le système est toujours en place, il n’a pas été affaibli.
Nous ne pouvons pas gagner une guerre en utilisant uniquement des stratégies défensives. À l’heure actuelle, le mouvement écologiste est trop occupé à mener des batailles défensives pour se concentrer sur des gains offensifs. À l’heure actuelle, on pourrait même affirmer que le mouvement écologiste ne peut même pas concevoir une campagne offensive contre l’écocide en cours. Quand on parle d’une campagne offensive que pourrait mener le mouvement écologiste il s’agirait de reprendre du territoire à la civilisation industrielle et a ses infrastructures pour qu’il redevienne un lieu de vie pour la communauté biotique. C’est un champ cultivé qui redevient sauvage, c’est une mine de charbon où la foret repousse, c’est un barrage qui s’effondre pour les saumons.
Nous ne perdons pas par paresse ou par manque de conviction. Nous sommes conditionné·e·s à utiliser que des stratégies défensives, le mouvement écologiste est né par des actions défensives, c’est la première chose qui nous vient à l’esprit. Nous appliquons une méthode qui ne peut pas gagner, même avec beaucoup d’énergie dépensée, il est normal que nous perdions continuellement. Mais ce n’est pas une fatalité.[4] Par des actions nous pourrions gagner, et d’ailleurs il faut gagner pour conserver une planète vivante.
Voici une belle citation de Malcolm X : « Si vous me plantez un couteau de 20 centimètres dans le dos et que vous le ressortez de 10cm, ça n’est pas un progrès. Même si vous le retirez complètement, ça n’est pas un progrès. Le progrès consisterait à guérir la blessure causée par le coup. »[5]
Pour le mouvement écologiste, gagner sera non seulement d’empêcher les destructions mais de permettre que la vie sauvage se rétablisse. Voilà le cadre de pensée qui devrait être celui du mouvement écologiste.
Jusqu’à présent nous avons vu l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. L’idée même d’attaquer la civilisation industrielle parait être une tâche infaisable et gigantesque. L’ennemi est surpuissant, il a presque tout et nous sommes si faibles en comparaison. Il dispose d’armes à feu, de bombes, de policiers et de prisons, ainsi que de chaînes de télévision, d’informations quotidiennes et de tout ce dont il a besoin pour gagner. Il s’agit d’un conflit asymétrique, extrêmement asymétrique.
Comment mener et remporter des actions offensives contre un ennemi un millier de fois plus puissant ? Comment gagne-t-on quand on est David contre Goliath ?
Cette configuration porte un nom, la guerilla. Cette situation a déjà existé, elle est même documentée, étudiée par les armées les plus puissantes du monde : ils ont développé des stratégies offensives pour déstabiliser des États entiers même en infériorité.[6]
La guerrila développe des stratégies qui non seulement visent à remédier à cette inégalité de ressources et de pouvoir,[7] mais aussi à en tirer parti[8] :
L’avantage de l’attaque est que nous choisissons le champ de bataille.[9] Il ne s’agit pas d’occuper un territoire ce qui demanderait énormément de ressource et d’énergie, ça c’est que fait la civilisation. Le système est mille fois plus puissant que nous, dix mille fois même, mais il est obligé de déployer sa puissance sur l’intégralité de sa structure, de la diluer sur tout le territoire qu’il occupe. C’est son point faible, c’est là que nous pouvons être supérieur à notre adversaire. Une offensive de type guerilla concentre ses forces sur un point étudié avec minutie, nous pouvons alors être plus puissant pendant un temps et un lieu très limité,[10] mais suffisant pour mettre le système en échec. Il s’agit de bien étudier la cible en amont et de s’y préparer.[11] Les techniques de guerilla, embuscades, sabotages, guerre psychologique, ont fait leur preuve par leur rapidité, efficacité et furtivité.[12]
Comment fait-on ? La centralisation croissante de l’économie mondiale la rend de plus en plus vulnérable aux blocages et aux perturbations. L’ensemble du système est hautement interdépendant.
Par exemple, en 2010 l’irruption d’un volcan islandais a provoqué six jours d’interruption du trafic aérien. « Parmi toutes les conséquences de cette irruption, on a pu recense aussi bien des pertes d’emplois au Kenya que des annulations d’opération chirurgicales en Irlande ou l’arrêt de trois lignes de production de BMW en Allemagne »[13]
Vous vous souvenez du tableau des valeurs opposées au système, nous allons voir maintenant qu’il est indissociable d’attaquer la structure en même temps que les valeurs.
Pour être efficace, une résistance doit imposer son propre cadre de pensée. Cela ne peut se réaliser en conservant les valeurs du système en place. Le mouvement écologiste peine à agir sur les deux tableaux. Parfois les actions rejettent les valeurs du système, parfois s’attaque à la structure, mais rarement les deux à la fois.
Pour illustrer cela prenons l’exemple d’une mine de charbon. Une des luttes écologistes est de combattre les entreprises qui extraient et expédient du charbon dans des trains. Ce charbon qui sera ensuite envoyé en Chine par bateau. Différentes stratégies sont possibles pour s’opposer à l’industrie d’extraction :
La première stratégie peut être qualifiée de lutte syndicale. Elle consisterait à s’organiser pour faire pression grâce aux corps intermédiaires. Dans ce cas nous participons à créer une cellule syndicale au sein des travailleurs de la mine pour améliorer les conditions de travail, nous organisons éventuellement une grève qui débouche sur des meilleures conditions de sécurité. On peut appeler cela un progrès social, cependant la structure d’extraction reste en place, les voies ferrées fonctionnent, le minerai est toujours extrait. Ses valeurs ne sont pas non plus attaquées, la destruction du vivant, l’exploitation et la division du travail ne sont pas remis en question.[14] Le charbon servira à alimenter des usines.
La deuxième stratégie serait la lutte institutionnelle. Nous lançons une pétition contre l’extraction de charbon, elle est signée par un million de personnes, l’État prend en compte notre demande citoyenne et par électoralisme subventionne une autre énergie fossile alternative. Si nous sommes vraiment ambitieu·x·ses et nous adhérons à une ONG qui va faire la promotion du capitalisme vert. Par exemple, une organisation qui décerne une médaille[15] de bonne conduite à une banque qui a promis d’investir un peu moins dans le charbon au profit d’autres industries.[16]
Nous avons frappé la structure, concrètement elle se transforme, mais la nécessité du développement de l’énergie n’est pas remise en question, d’autres mines vont ouvrir pour l’exploitation du solaire ou de l’éolien,[17] qui pollueront et et la civilisation industrielle continue de s’étendre. Le système nous remercie d’avoir repeint sa façade en vert,[18] en démocratique, en citoyen.[19]
Le système valorise l’expansion, le confort, la hiérarchie et l’efficacité. si nous condamnons les trains de charbon parce qu’ils sont une source de gaspillage et que vous promouvons l’énergie solaire parce qu’elle est beaucoup plus efficace, qu’elle désengorge l’infrastructure de transport, qu’elle n’est pas aussi bruyante… eh bien, le système sera ravi, étant donné qu’il cherche à gagner en efficacité.
La troisième stratégie serait la culture d’alternatives. Nous fondons un écovillage, adoptons des gestes éco-responsables : arrêtons d’utiliser nos voitures, vivons dans une maison plus petite, nous cultivons notre propre nourriture, fabriquons nos propres vêtements, mettons en place une politique zéro déchet etc. En somme notre mode de vie est radicalement opposé aux valeurs du système, nous en retirons une certaine satisfaction individuelle et morale. Nous nous gargarisons du fait que « si tout le monde faisait comme nous, la planète irait mieux », mais la structure est intacte, et elle ne sera pas démolit par un changement de conscience,[20] les mécanismes sont si forts que la civilisation industrielle peut tolérer quelques alternatives à sa marge. Si nos alternatives menaçaient sa structure elle utiliserait la force contre nous. La mine de charbon continue de fonctionner.
La quatrième stratégie : écologie. En quoi consisterait une stratégie offensive qui toucherait à la fois les valeurs et la structure du système ? Comment frapper les trains de charbons tout en annonçant notre rejet de l’idéologie associée ? Bref attaquer le train de charbon et son monde ? Ce serait détruire les infrastructures d’approvisionnement, saboter les voies ferrées. Ainsi ces trains de charbon n’iront plus nulle part — mais plus important encore, il n’y a aucun moyen pour le système de se rétablir selon ses propres termes.[21]
Il s’agit d’un exemple, l’industrie du charbon rassemblent plusieurs éléments que nous rejetons, le commerce mondial, l’exploitation minière ou l’électricité, parce que tout cela est incompatible avec une planète vivante, nous communiquons au système une exigence dont il ne peut se défaire facilement. La résistance impose son propre cadre de pensée.
Ceci est une expérience de pensée. Nous n’appelons pas à faire exploser ou endommager quoi que ce soit. L’objectif est de montrer que toute résistance écologique sérieuse devra envisager ce genre de stratégie. Il faudra qu’elle prenne position de manière radicale contre le système dans son ensemble, car les valeurs de la civilisation industrielle sont fondamentalement incompatibles avec le monde vivant.
Pour mettre le système à l’arrêt, nous devons commencer à penser en terme de flux, de nœuds et de goulots d’étranglement là où le charbon, le pétrole et le gaz sont extraits, transportés, traités et distribués. Chaque cible a ses propres vulnérabilités qui peuvent être exploitées. Pour choisir au mieux la cible, voici la matrice CARVER composée de 6 critères :
Certains de ces critères semblent se recouper, tandis que d’autres ne s’associent pas. De nombreuses cibles peuvent être reconnaissables, vulnérables et facilement accessibles, mais celles-ci ne sont généralement pas très critiques et peuvent être réparées facilement — comme la vitrine d’un magasin par exemple. D’un autre côté, certaines cibles sont extrêmement critiques et difficiles à réparer, avec un effet conséquent, mais elles sont très difficiles à identifier, il est difficile d’y accéder et difficile de les endommager — les raffineries de pétrole, les barrages hydroélectriques, etc.
La matrice CARVER a pour but d’identifier la cible qui remplit le plus possible de ces critères. Aucune cible n’est à la fois critique, facilement accessible, vulnérable, impossible à réparer et avec un effet considérable — mais CARVER peut au moins déterminer quelle cible aura le plus d’impact. Pour l’utiliser il faut établir une liste de cibles potentielles et de l’étudier en fonction des critères proposés, en attribuant à chaque cible un score compris entre 1 et 10 pour chaque critère, puis en additionnant les résultats.[22]
Le réseau électrique est peut-être l’infrastructure du système la plus critique et susceptible de créer un échec en cascade.[23][24] Des attaques du réseau électrique peuvent ralentir l’extraction de charbon, arrêter les pompes et les stations de compression nécessaires aux oléoducs, stopper les wagons-citerne, fermer les raffineries et usines de traitement de charbon, ou perturber l’administration d’un projet.
L’électricité ne peut pas être stockée facilement, voilà pourquoi les opérateurs de réseau doivent répondre à la demande énergétique seconde après seconde, et d’avoir un équilibre permanent entre production et consommation.[25] Sur réseau en équilibre et interconnecté à l’échelle internationale, si la production devient trop forte ou trop faible par rapport à la demande, il y a un risque de black out.[26] Le black out peut provoquer des dégâts en cascade importants qui mettent plusieurs jours à être réparés,[27] voire plus d’une année si les transformateurs haute tension sont endommagés.[28]
En France par exemple, la marge de réserve entre la capacité du réseau et la consommation maximale est d’environ 23%. On peut observer des congestions locales, certaines régions comme la Bretagne et le Sud-est ont une consommation supérieure à leur production.[29] Le 10 janvier 2019 vers 21h, pour éviter un black out total à cause d’un déséquilibre européen[30] (entre le Kosovo et la Serbie[31]), RTE a demandé à 6 grands clients industriels de réduire instantanément la consommation, mettant les usines à l’arrêt.[32]
L’infrastructure électrique étant exposée, le système fait autant preuve d’accessibilité, de criticité que de fragilité[33] qui peut être exploitée. En cas de sabotage d’un poste électrique, certaines usines devront être mise à l’arrêt, ce qui est une victoire sur les deux tableaux pour la planète, réduisant à la fois l’activité industrielle et les émissions de GES. Dans tous les cas, c’est plus efficace qu’une COP21.
Certains écologistes ayant pour motivation de provoquer l’arrêt d’usines et de centrales électriques ont développé des techniques de sabotage de lignes à haute tension.[34][35] Un peu comme dans le film Woman at war, mais en prenant moins de risques[36] physiques et légaux, ils savent comment mettre à l’arrêt l’infrastructure seulement en déboulonnant les pylônes électriques et en jouant avec les forces physiques.[37] Le plus compliqué dans cette entreprise n’est pas la partie technique qui est relativement simple, mais la réaction du grand public qui peut être hostile à la perte de confort. Voilà pourquoi le travail de légitimation est important.
Comme le formule Lierre Keith : « Pour ceux d’entre nous qui ne peuvent pas monter au front — et ce sera la plupart d’entre nous — notre travail consistera à créer une culture qui encouragera et promouvra une organisation politique, et une résistance tenace. La tâche principale sera la loyauté et le soutien matériel. »[1]
Pour permettre à une culture de résistance écologiste tenace de se développer, les activistes à visage découvert doivent faire tout un travail de légitimation. Faire la promotion de la diversité des tactiques, de l’action clandestine comme faisant partie du spectre des stratégies possibles et nécessaires offre à la fois un soutien moral aux cellules clandestines déjà existantes, et permet à de nouvelles cellules de se développer et de fonctionner efficacement.
Le rôle principal de l’activiste à visage découvert est la divulgation des stratégies que nous avons évoquées. Parler de l’action clandestine offre des conditions permettant à des cellules de se développer et de fonctionner efficacement, cela permet aussi de légitimer les actions. Il existe deux champs dans lesquels aborder l’action clandestine, d’une manière passive ou active.
Pour tout un tas de raison qui vous sont propres, vous ne pouvez pas vous mettre en danger. En toute sécurité vous pouvez tout de même faire émerger une culture de résistance. Tout d’abord, le strict minimum pour apporter un soutien passif à la résistance est d’adopter le « see something, say nothing », « ni vu ni connu ». Ce qui revient à ne pas dénoncer des actes d’écosabotage dont on pourrait être témoin, et d’encourager les autres à respecter cette règle du silence.
Puis publiquement, en diffusant et commentant l’actualité, en parlant de l’échec des stratégies des mouvements écologistes. Cela permettra d’inciter les gens à envisager la possibilité qu’une autre stratégie est possible. En ce sens, vous travaillez à l’émergence d’une culture plus offensive, sans forcément déclarer le passage à l’action, ce qui ne vous mettra pas en danger.
Aussi, il est très important de parler de main à main, dans les espaces personnels, de votre soutien aux actions clandestines. De discuter avec vos proches de ces stratégies, et de faire passer les idées d’une écologie radicale.
Si vous êtes en mesure de faire entendre davantage votre voix, vous pouvez partager les stratégies que nous venons de dire et notamment démontrer à quel point l’action souterraine est nécessaire. Vous pouvez soutenir publiquement les actions militantes, faire prendre conscience que nous sommes dans une période de guerre, et qu’il est nécessaire de s’organiser pour mettre fin à la civilisation industrielle.[2] Vous pouvez aussi envoyer des lettres de soutiens aux prisonniers politiques du mouvement écologiste. Bref vous pouvez contribuer publiquement à l’essor d’une culture de la résistance. Non seulement cela donnera du courage aux activistes qui prennent le plus de risques,[3] mais cela donnera aussi une chance de faire comprendre au grand public l’objectif et la nécessité de telles stratégies qui ne bénéficieront jamais du soutien des grands médias de masse.[4]
Attention,[5] il existe une frontière assez mince[6] entre la promotion et l’incitation[7]. À ce titre, cette conférence est le fruit d’une réflexion intellectuelle, scientifique, humaine, mais il ne s’agit pas du tout d’un appel à l’action. Tout le contenu présenté ici s’inscrit dans un exercice de pensée virtuel et fantaisiste qui ne vise en aucun cas à faire l’apologie ni à inciter aux actions décrites, qu’elles soient passées, présentes, ou futures.
En parallèle de la lutte nous devons élaborer des moyens d’existence en harmonie avec notre environnement, il est donc nécessaire de soutenir aussi la création de véritables alternatives à la civilisation industrielle. Nous devons assurer que ces mouvements sont liés aux luttes révolutionnaires. Nous avons besoin de permaculteurs qui régénèrent les sols pour que des gens puissent avoir la liberté d’échapper au travail salarié et d’investir leurs temps dans le travail de résistance. Nous avons besoin que ces mouvements apportent un soutien matériel aux révolutionnaires. C’est dans ces arrières front que les militants pourront trouver refuge.
Un réseau de soutien est nécessaire, la lutte au Chiapas s’est faite aussi par la création d’un réseau d’alternative s’incarnant dans des formes-de-vie permettant d’alimenter le front, que ce soit pour de la nourriture, des outils, des espaces de repos et de sociabilité, des informations etc. [8] Nous devons organiser des bases arrières pour lutter, mais aussi pour mettre en lumière ce que pourrait constituer une organisation collective en marge et contre la civilisation industrielle.
Nous avons abordé beaucoup de sujets que nous trouvons importants, des sujets qui peuvent être déprimants, nous faire imaginer que la situation est sans espoir. Comme le dit cette image, résister signifie sacrifices, détermination, persévérance et danger… ce n’est pas un discours de recrutement très vendeur ! Nous participons à une aventure humaine, animale, vivante, créons des groupes affinitaires, de confiance, inclusifs, de façon horizontale pour créer dès aujourd’hui le monde que l’on veut voir demain.
La planète entière est en danger, pensez aux choses que vous aimez, qui vous émerveillent. Ces forêts, ces animaux, ces paysages. Imaginez que tout ceci risque de disparaître dans quelques années. Utilisez ce mélange d’amour et de rage pour passer à l’action et sauver ce qu’il reste de beau dans le monde.
I. AU BORD DE L’EFFONDREMENT BIOTIQUE ↑
1. Wikipédia, Réseau trophique [lien]
2. CE1D Sciences, Réseau trophique et cycle de la matière, 2019 [lien]
3. « Several lines of evidence indicate that maintaining multipleecosystem services over time in a changing world is enhancedby high local and regional diversity » ( J Emmet Duffy, Why biodiversity is important to thefunctioning of real-world ecosystems, 2009 ) [lien]
4. « Our results indicate that a positive link between plant diversity and ecosystem stability is conspicuous across a global network of dryland ecosystems. » (Nicolas Gross, Climate mediates the biodiversity–ecosystem stability relationship globally, 2018) [lien]
5. « The notion of the ‘inextricable link’ implies not only that biological and cultural diversity are linked to a wide range of human-nature interactions, but also that they are co-evolved, interdependent and mutually reinforcing. Each culture possesses its own set of representations, knowledge and cultural practices which depend upon specific elements of biodiversity for their continued existence and expression. » (Unesco, Links between biological and cultural diversity: report of the International Workshop, 2008) [lien]
6. Géo, Décadence accélérée des richesses de la nature, 2019 [article]
7. « Scientists estimate that 150-200 species of plant, insect, bird and mammal become extinct every 24 hours. This is nearly 1,000 times the “natural” or “background” rate and, say many biologists, is greater than anything the world has experienced since the vanishing of the dinosaurs nearly 65m years ago. » (The Guardian, Protect nature for world economic security, warns UN biodiversity chief, 2010) [lien]
8. « L’indice mondial, calculé à partir des données disponibles pour toutes les espèces et régions, montre un déclin global de 60 % de l’effectif des populations de vertébrés sauvages entre 1970 et 2014. En d’autres termes, une baisse moyenne de plus de la moitié d’entre elles en moins de cinquante ans. » (ZSL/WWF, Rapport Planète Vivante 2018) [lien]
9. Initiatives.fr Le 7ème continent, 2018 [lien]
10.« More than half the world’s 500 mightiest rivers have been seriously depleted. Some have been reduced to a trickle in what the United Nations will this week warn is a « disaster in the making ». » (Independent, Death of the world’s rivers, 2006) [lien]
11. Libération, En 2050, plus de plastique que de poisson dans les océans,2016 [lien]
12. L’Obs, D’ici 40 ans, tous les poissons pourraient avoir disparu des océans, 2010 [lien]
13. Libération, 90% des gros poissons ont disparu, 2003 [lien]
14. DW, Europe’s birds are disappearing, 2014 [lien]
15. FranceInter, L’alarmante disparition des oiseaux, 2019 [lien]
16. Le Monde, Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse », 2018 [lien]
17. « Within the temperate forest zone only about 3% of the world’s primary forest is in blocks >50,000 hectares, reflecting the extent to which these forests have been cleared« (C Kormos, B Mackey, Primary Forests: Definition, Status and Future Prospects for Global Conservation, 2017) [lien]
18. WWF, Living Amazon Report 2016 [lien]
19. Le Monde, Déforestation au Brésil : l’équivalent d’un million de terrains de foot perdus en un an, 2018[lien]
20. ConsoGlobe, Déforestation : un terrain de foot perdu chaque seconde en 2017, 2018[lien]
21. Journal de l’environnement. Une première cartographie européenne des forêts primaires, 2018. [lien]
22. La Tribune, Chaque seconde, 26m² de terres agricoles disparaissent en France, 2011 [lien]
23. « Water pollution—along with drought, inefficiency, and an exploding population—has contributed to a freshwater crisis, threatening the sources we rely on for drinking water and other critical needs. » (National Geographic, Water pollution is a rising global crisis. Here’s what you need to know, 2010) [lien]
24. « Maintenant en Chine, deux tiers de l’eau souterraine ne convient pas au contact humain, les poissons ne peuvent pas vivre dans 75% des principaux cours d’eau, 280 millions d’habitants boivent de l’eau contaminée avec de l’arsenic et du fluor, 68 types d’antibiotiques sont retrouvés dans l’eau de surface. » (The Epoch Times, Plus de 80% des eaux souterraines en Chine sont polluées, 2016) [lien]
25. « Outre l’érosion, l’appauvrissement en matière organique est l’autre menace qui pèse sur la fertilité.[…] Les sols stérilisés par la pollution couvrent 220.000 km2, dont près de 90 % en Europe. » (Les Echos, La fertilité des sols part en poussière, 2016) [lien]
26. « The biggest surprise to the authors was the huge climate impact of pulling materials out of the ground and preparing them for use. All the sectors combined together accounted for 53% of the world’s carbon emissions – even before accounting for any fuel that is burned. » (The Guardian, Resource extraction responsible for half world’s carbon emissions, 2019) [lien]
27. ThoughtCo. 10 Steps of Animal Evolition, 2020[lien]
28. « J’entends par autoaccroissement le fait que tout se passe comme si le système technicien croissait par une force interne, intrinsèque et sans intervention décisive de l’homme. Bien entendu, je ne veux pas dire par là que l’homme n’intervient pas et n’a aucun rôle. Mais que cet homme est pris dans un milieu et dans un processus qui font que toutes ses activités, même celles qui apparemment n’ont aucune orientation volontaire, contribuent à la croissance technicienne qu’il y pense ou non, qu’il le veuille ou non. […] L’automatisme technique ne recouvre pas la totalité des phénomènes, mais dans le sens où l’on peut dire qu’une automobile est automatique, c’est-à-dire que certaines opérations s’y produisent qui ne relèvent pas d’une intervention de l’homme. » (Jacques Ellul, Le Système technicien, 1977) [lien]
29. Le Monde, Les zones mortes se multiplient dans les océans, 2016[lien]
30. « Broadly speaking, over the past decade industrial activity has become the principal threat to primary forests. Industrial agriculture, mining, oil and gas extraction, industrial logging, conversion of forests for palm oil production, woody biomass for energy, and infrastructure development from roads to hydroelectric projects are proliferating in all forest biomes. Industrial agriculture, and in particular so-called forest risk commodities including palm oil, soy, sugar cane, cocoa, cattle, and raw materials for bioenergy are expanding rapidly and are responsible for the majority of global deforestation over the past several decades » (C Kormos, B Mackey, Primary Forests: Definition, Status and Future Prospects for Global Conservation, 2017) [lien]
II. LA CIVILISATION ↑
1. Futura Planète, L’agriculture, première cause de déclin de la biodiversité, 2005 [lien]
2. « Les politiques et les infrastructures encourageant l’agriculture dans des terres de parcours qui ne peuvent pas supporter des systèmes culturaux viables contribuent à la désertification. […] Les pratiques et les politiques en matière de propriété des terres qui encouragent les paysans à surexploiter les ressources foncières peuvent être d’importants facteurs de désertification. » (Millennium Ecosystem Assessment Panel, Synthèse sur la désertification, 2005) [lien]
3. « À partir de ce moment décisif en effet, l’agriculture, l’élevage, la sédentarité, la navigation et la céramique assurent une alimentation plus constante et plus foisonnante, réduisant la mortalité. La population augmente alors significativement » (Planète viable, Une brève histoire de la croissance démographique mondiale, 2019) [lien]
4. « La révolution néolithique est avec la révolution industrielle l’évènement certainement le plus important de l’histoire de l’humanité— Claude Levi-Strauss […] L’une des conséquences les plus notables de la révolution néolithique, c’est la poussée démographique qu’elle suscite chez les populations qui l’ont adoptée. Les populations d’agriculteurs sont, nous montre l’ethnologie, au moins trois fois plus fécondes […] L’émergence des inégalités ,qui n’ont fait que s’accroître depuis lors, constituent une seconde révolution à l’intérieur du Néolithique […] Il a fallu de la part des dominants des capacités de persuasion afin de faire s’élever ces monuments gigantesques, et sans parler plus tard, des pyramides d’Egypte ou des Mayas, ou encore de nos cathédrales pour lesquelles la force brute et la contrainte n’auraient pas été durablement efficaces. C’est leur aptitude à manipuler l’imaginaire des dominés, certainement avec une entière bonne foi, qui a sans doute contribué notablement à asseoir le pouvoir émergeant des dominants ; et là encore c’est ce que l’archéologie, avec l’aide de l’anthropologie sociale, s’efforce de retracer […] Et pourtant de manière plus ou moins rapide, tous les foyers de néolithisation ont débouché sur des systèmes inégalitaires et finalement des sociétés urbaines et étatisées » (Inrap, Jean-Paul Demoule, Mise en perspective générale « La révolution néolithique dans le monde », 2008) [lien]
5.« La surexploitation des ressources et la destruction des habitats naturels restent les principales menaces pour faune et flore, devant le changement climatique. […] Au deuxième rang des fléaux arrive l’agriculture. Son emprise croissante, pour les besoins cumulés de l’alimentation humaine, du fourrage et de la production d’agrocarburants, provoque la destruction accélérée des habitats naturels, au détriment de 62 % des espèces. » (Chasse, pêche et agriculture : trois fléaux pour la biodiversité, Le Monde, 2016) [lien]
6. « À elle seule, l’agriculture occupe environ un tiers de la surface terrestre totale, est la cause de 80 % de la déforestation mondiale et pèse pour près de 70 % de la consommation d’eau » (Le Monde, Plus de la moitié des vertébrés ont disparu en quarante ans,2016) [lien]
7. Union Communiste Libertaire, La logique capitaliste en huit notions de base, 2018 [lien]
8. « I follow William Kötke in using “civilization” interchangeably with “empire.” I define it loosely as a self-reinforcing societal pattern of depletion of the land, accumulation of wealth, conquest, repression, central control, and insulation and disconnection from life, with all of these habits allied to mental, cultural, and physical artifacts. » (Ran Prieur, The Critique of Civilization FAQ, 2011) [lien]
9. (Inrap, Jean-Paul Demoule, Naissance des inégalités et prémisses de l’État, 2008) [lien]
10. « Selon moi les premières domestications ont été guidées avant tout par deux tendances inséparables de l’hominisation. Premièrement la curiosité intellectuelle gratuite, le besoin de relever des défis, de venir à bout de ce qui échappe indépendamment de toutes nécessité au sens strict. Et deuxièmement la compulsion quasi mégalomaniaque de dominer la nature et les êtres, de se les approprier, d’agir sur eux, et de les transformer.[…]Même quand elle sert aussi à autre chose, l’action domesticatoire contient sa propre fin.[…] Tous les ethnologues spécialistes des sociétés pastorales ont été nombreux à montrer que la diversification du cheptel entraîne une division du travail plus poussée, elle-même germe potentiel de différentiation sociale […]
Loin de se limiter à nourrir l’homme, à le vêtir, à lui fournir de l’énergie et des distractions, les animaux domestiques ont aidé leurs maîtres à se hisser sur son piedestal d’être supérieur. Corollairement en domestiquant les animaux, l’homme s’est construit lui-même, a élaboré sa culture, s’est civilisé. Si la domestication a eu besoin de culture pour se produire, elle a donc aussi produit de la culture, de la supériorité, et par conséquent des inégalités » (Inrap, Jean-Pierre Digard, Les voies de la domestication, 2008) [lien]
11. Wikipedia, Histoire de l’agriculture [lien]
12. « À cheval entre la préhistoire et l’histoire, la période d’Uruk peut être par bien des aspects considérée comme « révolutionnaire » et fondatrice. De nombreux phénomènes et innovations qui s’y produisent constituent un tournant dans l’histoire mésopotamienne et même plus largement dans l’histoire tout court, en particulier celle du monde occidental qui lui doit beaucoup. » (Wikipedia, Période d’Uruk) [lien]
13. « La formation des premiers États et sociétés agraires de Mésopotamie s’est produite pendant une période qui représente les derniers 5% de l’histoire humaine. Selon cette même métrique, lère des combustibles fossiles, qui s’ouvre à la fin du XVIIIe siècle, n’occupe que 0,25% de notre histoire » (James C. Scott, Homo Domesticus, Une histoire profonde des premiers États, 2017) [lien]
14. The overwhelming direct cause of deforestation is agriculture. Subsistence farming is responsible for 48% of deforestation; commercial agriculture is responsible for 32%; logging is responsible for 14%, and fuel wood removals make up 5% (United Nations Framework Convention on Climate Change, INVESTMENT AND FINANCIAL FLOWSTO ADDRESS CLIMATE CHANGE, 2007) [lien]
15. « The deserts of central and southwest Asia and the Mediterranean used to be forests. Ancient empires cut them down to burn the wood to smelt metal for weapons, and to build ships, which they used to conquer their neighbors. This has been the pattern of every “successful” civilization in history: to transform the life of the Earth into larger human populations that must conquer and deplete more land to survive, spreading like a cancer over thousands of miles, destroying every habitat and culture in their path, until they go totally mad, exhaust their landbase, and crash » (Ran Prieur, The Critique of Civilization FAQ, 2011) [lien]
16.« Jared Diamond a indentifié cinq facteurs d’effondrement — reccurents et souvent synergiques — des sociétés qu’il a étudiées : les dégradations environnementales ou dépletion des ressources, le changement climatique, les guerres, la perte soudaine de partenaires commerciaux, et le (mauvaises) réactions de la société aux prblèmes environnementaux. » (Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015)
17. « 15. If any one take a male or female slave of the court, or a maleor female slave of a freed man, outside the city gates, he shallbe put to death. 19. If he hold the slaves in his house, and they are caught there,he shall be put to death. 129. If a man’s wife be surprised (in flagrante delicto) with an-other man, both shall be tied and thrown into the water, butthe husband may pardon his wife and the king his slaves. » L. W. King, The code of Hammurabi [lien]
18. Diamond Stanley, In Search of the Primitive: A Critique of Civilization, 1993
19. « Toutes les deux semaines, une langue indigène disparaît dans le monde. » (Euronews, L’avenir des peuples autochtones est-il menacé ?, 2019) [lien]
20. Le Monde, Les inégalités femmes-hommes en 12 chiffres et 6 graphiques, 2017 [lien]
21. « En 2012, 70% des personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour sont des femmes et des filles » (AFD, Panorama des inégalités hommes – femmes dans le monde, 2015) [lien]
22. « Le système prostitutionnel met sur les voies de la migration des milliers de femmes des pays les plus pauvres du monde vers les pays riches, en particulier vers l’Allemagne où la prostitution est réglementée. » (Florence Lina-Humbert, L’économie du viol : comment satisfaire la demande ?, 2019) [lien]
23. Hélène Nicolas, « Il y a une exploitation des femmes à trois niveaux : leur force de travail, leur sexualité et leur fécondité », 2017. [lien]
24. « 110 hectares. Les surfaces arables grignotées quotidiennement par l’expansion urbaine. Jusqu’à 30 millions d’hectares de surfaces cultivables sont perdus chaque année, l’équivalent de la superficie de l’Italie. » (Les Echos, Quand la ville ensevelit les sols, 2018) [lien]
III. UNE GUERRE MENÉE CONTRE LE VIVANT ↑
1. Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay, Deep Green Resistance, un mouvement pour sauver la planète, 2018. [lien]
2. « In a review of research into the effects of environmental pollutants and other sources of environmental degradation, Cornell University ecologist David Pimentel estimates that 62 million deaths per year (40 percent of all that occur) can be attributed to environmental factors, particularly organic and chemical pollutants that accumulate in the air we breathe and the water we drink. » (Live Science, Pollution May Cause 40 Percent of Global Deaths, 2007) [lien]
3. The Guardian, China finds 100,000kg of poisoned dead fish in river, 2013 [lien]
4. « Si on permet que cela continue, la vie pourrait mettre plusieurs millions d’années à s’en remettre, et notre espèce même disparaîtrait probablement assez tôt » (Le Monde, La sixième extinction animale de masse est en cours, 2015) [lien]
5. « Ce brouillage entraîne la perte de l’esprit critique. Les personnes sous emprise ne savent plus à quel moment réagir. Vulnérables, ça les amène à se laisser soumettre. » (L’Obs, L’emprise, cet engrenage crucial des violences faites aux femmes, 2017) [lien]
6. Wikipedia, Syndrôme de Stockholm [lien]
7. « Les personnes impliquées dans des relations abusives s’identifient rarement pour plusieurs raisons, notamment la peur de l’agresseur, le manque de confiance envers les autorités, la honte, le désespoir, les menaces et les liens traumatiques. » (Chris M. Matsko, Comment rompre la dépendace aux violences conjugales) [lien]
8. « Le discours économique est devenu pervers : ce sont les riches qui seraient menacés par l’avidité d’un peuple dont les “coûts”, c’est-à-dire les salaires et les protections sociales, deviendraient insupportables. […] Quant à lui, le travailleur, le prix de ses efforts semble exorbitant. Paria, profiteur, bénéficiaire d’avantages acquis, il est non seulement un parasite, mais, plus encore, un élément néfaste dans la compétitivité généralisée. » (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, La violence des riches, 2013)
9. « L’économie politique est : « La science qui décrit les phénomènes de société qui se produisent du fait des opérations conjointes de l’humanité pour la production de richesses, en tant que ces phénomènes ne sont pas modifiés par la recherche d’un autre objet. » » (John Stuart Mill, Sur la définition de l’économie politique et sur la méthode d’investigation qui lui est propre, 1831) [lien]
10. « Je déplore et condamne cette violence qui met le pays dans un état de tensions inacceptables » (Ouest France, Gilets jaunes. « Casse et violence sont inacceptables » condamne Philippe Saurel, maire de Montpellier, 2019) [lien]
11. RTL, « Gilets jaunes » : « C’est inacceptable », a commenté Édouard Philippe sur les Champs Élysées, 2019 [lien]
12. « Parmi les dix-sept pays les moins bien notés, se trouvent l’Algérie, la République démocratique du Congo, la Libye, la Corée du Nord et l’Arabie saoudite. » (Le Monde, Près de 27 millions d’esclaves dans le monde, selon un rapport américain, 2012) [lien]
13. « Ces enfants sont employés dans l’agriculture à plus de 70%, dans les mines, dans les usines mais aussi dans le tourisme. « (Novethic, 168 millions d’enfants au travail dans le monde, 2016) [lien]
14. L’Express, Le chômage tuerait entre 10 000 et 20 000 personnes par an [lien]
15. « Le capitalisme est un système économique basé sur la propriété privée des moyens de production, de distribution et d’échange. C’est un système global dont l’activité repose sur la mise en concurrence des acteurs économiques. […] Le capitalisme est présenté comme le système idéal, optimal, et pourtant 8 millions de personnes meurent tous les ans car elles n’ont pas accès à l’eau potable, autant de personnes meurent de faim, et on estime à plus de 3 millions les victimes de maladies que l’on sait parfaitement soigner » (Paris-luttes.info, Victimes du capitalisme : un devoir de mémoire, 2018) [lien]
16. « Des dizaines de milliers d’enfants victimes des trafics humain se retrouvent dans les villes du pays ou dans celles des pays voisins pour y être exploités dans la rue, dans des bordels ou dans des champs de coton » (Walk Free, Trente millions d’esclaves dans le monde, 2013) [lien]
17. « Au moins 40 000 enfants travaillent dans les mines en RDC, selon plusieurs ONG, qui dénoncent l’exploitation éhontée des creuseurs congolais. » (Radio Canada, du sang dans nos cellulaires, 2019) [lien]
18. « « Je passais 24 heures d’affilée dans les tunnels. J’arrivais le matin et repartais le lendemain matin… Je devais me soulager dans les tunnels… Ma mère adoptive voulait m’envoyer à l’école, mais mon père adoptif était contre, il m’exploitait en m’envoyant travailler dans la mine. » » (Amnesty International, Le travail des enfants derrière la production de smartphones et de voitures électriques, 2016) [lien]
19. « Brazil’s coffee industry has serious problems with working conditions that are analogous to slavery, life-threatening pesticides and scarce protective equipment » (Danwatch, Bitter Coffee, 2016) [lien]
20. « Over a period of five years, 89 million people experienced some form of slavery – whether for a few days or several years. These numbers represent people held in debt bondage on fishing boats, against their will as domestic servants, trapped in marriages they never agreed to, and numerous other abuses » (Global Slavery Index 2018) [lien]
21. « Les différences entre esclavage salarié et esclavage tout court s’amenuisent de jour en jour : généralisation du travail forcé, nombre croissant d’entreprises intermédiaires de placement (y compris au niveau international) qui ôtent aux travailleurs la possibilité de décider à qui vendre leur force de travail, qui les dépossèdent de cette propriété, recours de plus en plus systématique au crédit à la consommation par lequel le prolétaire se voit contraint de renoncer à percevoir directement son salaire, que ce soit au profit de son créditeur ou d’une « banque neutre », transferts de main-d’œuvre avec l’accord des gouvernements des pays concernés (« China export »)… Tous ces exemples sont des moyens pour le capital d’effacer les différences existant entre les deux formes d’esclavage. » (Socialisme libertaire, De l’esclavage au salariat, deux facettes d’une même exploitation, 2018) [lien]
22. « J’affirme que le prix que vous avez payé n’était pas le prix pour devenir humain. Ce n’était même pas le prix pour l’acquisition de tous les avantages que vous avez mentionnés. C’est le prix que vous avez payé pour jouer un rôle dans une histoire qui fait de l’humanité l’ennemie du monde vivant » (Daniel Quinn, Ishmael)
23. Mr Mondialisation, Ayoreo, le peuple amérindien expulsé de ses terres pour produire de la viande, 2020 [lien]
24. Anne-Sophie Blanc, Les Samis face à la menace industrielle, 2018 [lien]
25. Unicorn Riot, Black Snake Killaz : A NoDAPL Story, 2017 [lien]
26. Mr Mondialisation, Maxima Acuna, la péruvienne qui fait front aux multinationales, 2017 [lien]
27. Mr Mondialisation, Brésil : un nouveau projet de loi menace l’Amazonie et ses peuples, 2020 [lien]
28. BureBureBure, Repression [lien]
29. Mr Mondialisation, Peuple Mapuche et industrie forestière : des assassinats a répétition qui questionnent, 2019 [lien]
30. Futura Planète, Biodiversité : la moitié des orques est menacée de disparition, 2018[lien]
31. « La montée du niveau des mers provoque déjà la migration des populations des espaces insulaires du Pacifique et d’Océanie ainsi que des zones côtières de basse altitude régulièrement inondées. » (National Geographic, 143 millions de personnes pourraient bientôt devenir des réfugiés climatiques) [lien]
32. Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay, Deep Green Resistance, un mouvement pour sauver la planète, 2018. [lien]
IV. STRUCTURE ET VALEURS DU SYSTÈME ↑
1. « Le mot «industrialisme» veut donc signifier notre assujettissement aux logiques de l’industrie bien au-delà des espaces de travail » (Rebellyon, Qu’est-ce que l’industrialisme ?, 2013) [lien]
2.« Les raffineries fournissent le carburant nécessaire au transport routier, mais aussi aux trains qui approvisionnent en charbon les principales centrales électriques. Or, ces dernières, qui fournissent 30% de l’électricité de Grande-Bretagne, 50% des États-Unis et 85% de l’Australie, ont en moyenne 20 jours de réserves de charbon. Mais sans électricité, il est impossible de faire fonctionner les mines de charbon et les oléoduxs ! Impossible aussi de maintenir les systèmes de distribution d’eau courante, les chaïnes de réfrigération, les systèmes de communication ou les centres informatiques et bancaires… »(Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015) [lien]
3. « Goldin and Mariathasan assert that the current complexities of globalization will not be sustainable as surprises become more frequent and have widespread impacts. […] Goldin and Mariathasan demonstrate that systemic risk issues are now endemic everywhere–in supply chains, pandemics, infrastructure, ecology and climate change, economics, and politics. » (Ian Goldin, The Butterfly Defect, 2014) [lien]
4. « À l’origine, les différentes cultures se développent en lien avec les conditions environnementales, leurs éléments représentatifs étant une extension de la mémoire des peuples qui ont réussi à s’y adapter. C’est la signature d’un territoire. La colonisation a imposé une culture étrangère aux territoires et aux peuples, une culture homogène pour être en mesure de régner sur des environnements différents, aux cultures diversifiées. La culture impérialiste, perpétuant celle du colonialisme, ne tient pas compte des spécificités propres aux cultures organiques directement reliées au territoire. Elle concentre ses éléments, utilisant des outils de conquête, comme son système monétaire et marchand, vers ce qui offre une satisfaction immédiate, en oblitérant les conséquences à long terme. La financiarisation de l’économie, la militarisation et le contrôle des médias sont parmi ses outils de prédilection. » (Collectif d’À bâbord!. « À bâbord! numéro 79 – Les nouveaux habits de l’impérialisme. » 2019) [lien]
5. « La colonisation est un processus d’expansion territoriale et/ou démographique qui se caractérise par des flux migratoires se déroulant sous la forme d’une migration, d’une occupation plus ou moins rapide voire d’une invasion brutale d’un territoire. […] Les arguments avancés par les colonisateurs pour motiver la colonisation sont souvent le « développement de la civilisation » ou la « mission civilisatrice ». Ceci conduit à la création d’infrastructures, qui restent en place après la fin de la colonisation, l’exploitation d’un espace géographique, la mise sous tutelle et suivant le cas la domination économique, politique, culturelle, voire religieuse. » (Wikipedia, Colonisation) [lien]
6. « Les investissements financiers des entreprises du secteur productif ne cessent d’augmenter et représentent une part croissante de leurs bénéfices. Cela signifie que les profits issus de l’activité productive elle-même, en particulier dans les secteurs traditionnells comme l’automobile, tendent à devenir insuffisants et ne peuvent être étoffés que par le recours aux activités financières. » (Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019) [lien]
7. Karl Marx, Le Capital — livre premier.
8. « On acquiert ainsi l’impression que la civilisation est quelque chose d’imposé à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s’approprier les moyens de puissance et de coercition. » (Sigmund Freud, L’avenir d’une illusion) [lien]
9. « “Tout optimiser”, comme le propose et l’impose IBM, exige de supprimer les freins à l’efficacité : les imprévus et l’inconnu. Lisser les flux, abolir obstacles, frictions et frottements, assurer la fluidité totale de circulation — des marchandises, des informations, des foules — connaître en temps réel l’état des stockes — de marchandises et de main d’œuvre, de malades et de médicaments, et ainsi de suite. » (Frédéric Gaillard, PMO, L’industrie de la contrainte, 2011) [lien]
10. « parce qu’elle affiche les mêmes valeurs de hiérarchie, d’écrasement de l’adversaire, de nationalisme, de violence, et parce qu’elle organise une même recherche d’une productivité croissante, en termes de productivité du travail ici et de performances et de records. » (Sortir du capitalisme, Jeux olympiques, une institution capitaliste et une mystification idélogique, 2016) [lien]
11. « L’idée d’un progrès continu des conditions d’existence grâce au perfectionnement technique dissimule la la soumission des individus à des phénomènes qui s’imposent à eux, les rendant quotidiennement dépendants des nouvelles technologies et des satisfaction compensatoires qu’elles pourvoient.
Dans le cas de la science, la vision progresiste de l’histoire se berce encore de l’idée que toute avancée des connaissances est intrisèquement bonne, même quand dans l’immédiat elle est associée au pire. Il est pourtant urgent de comprendre que les dégâts induits par la frénésie scientifique sont souvent irréversibles. Principale responsable de leur multiplication, la technoscience ne pourra rien (ou si peu) face aux radiations, aux cyclones ou aux cancers, qui sont et resteront des catastrophes. Prétendre les résoudre par des solutions techniques revient à s’enfermer dans une fuite en avant absurde. Quand à l’idée d’une éventuelle réappropriation de cet ensemble technologique à des fins émancipatrices, elle paraît dans bien des cas aussi aberrante que celle de vouloir faire d’une aire d’autoroute un lieu de convivialité. » (Oblomoff, Un futur sans avenir, 2009) [lien]
12. « L’observateur objectif ne pourrait que conclure que puisque les fruits du Progrès sont si maigres, le prix par lequel ils ont été gagnés est beaucoup trop élevé, en termes sociaux, économiques, politiques et environnementaux et que ni les sociétés ni les écosystèmes du monde ne seront capables d’en supporter les coûts plus de quelques décennies supplémentaires, s’ils n’ont pas déjà été irrécupérablement endommagés. » (Kirkpatrick Sale, Le Mythe du progrès) [lien]
13. Wikipedia, Destinée manifeste [lien]
14. « La science moderne est donc une forme de connaissance tendanciellement réductionniste-mutilante, voire erronée lorsqu’il s’agit du vivant, idéologisante […], aux prétentions « réalistes » et totalisantes abusives, et aux velléités hégémoniques. Il ne s’agit pas de sortir du mode de connaissance scientifique, mais de remettre celui-ci à une juste place, celle d’une des formes de représentations du réel sensible » (Sortir du capitalisme, Pour une critique raisonnable du scientisme et du capitalisme technoscientifique, 2016) [lien]
15. « Les progrès des sciences ont toujours entretenu d’étroites relations avec ceux des techniques de guerre. Mais elle a connu un saut quantitatif et qualitatif décisif avec la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui la plupart des recherches scientifiques servent avant toute chose à accroître la puissance militaire et économique, et non à faire avancer les connaissances. » (Oblomoff, Un futur sans avenir, 2009) [lien]
16. « Si la nomination est une distanciation, une maîtrise, il en est de même du nombre, qui est une nomination appauvrie. […] Observant ce passage de la qualité à la quantité, ce plongeon dans un monde fantomatique d’abstractions, Husserl en conclut que la science moderne, mathématique, nous empêchait de connaître la vie telle qu’elle est. […] Le nombre, qui était né de la dissociation d’avec le monde naturel, finissait par le décrire et le dominer. » (John Zerzan, Aux sources de l’aliénation, 1999)
17. « Les mathématiques systématisées — dans ce cas la géométrie, qui littéralement signifie la « mesure de la terre » — naquirent en fait des besoins de l’économie politique […] À Sumer apparurent les premier calculs mathématiques, entre 3500 et 3000 avant notre ère, sous la forme d’inventaires, d’actes de vente, de contrats, et de prix unitaires, nombre d’unités achetées, intérêts versés, etc. […] Les symboles numériques précèdent très probablement tous les autres éléments des formes d’écriture les plus anciennes ». (Ibid.)
18. Lewis Mumford, Le Mythe de la machine.
V. STRATÉGIES POUR RIPOSTER ↑
1. « La stratégie de campagne offensive, depuis sa position dominante, cherche à briser, au-delà de tous les succès individuels, la maîtrise qu’exerce son adversaire sur sa propre liberté d’action. Elle entend détruire la cohésion du dispositif de l’adversaire et, par là, sa faculté de résister plus longtemps à nos poussées. Clausewitz dit qu’elle cherche à ruiner la faculté de résistance de l’ennemi. » (Herbert Rosinski, La structure de la stratégie militaire, 2009) [lien]
2. « 3-53.Defensive operations are combat operations conducted to defeat an enemy attack, gain time, economize forces, and develop conditions favorable for offensive or stability operations. The defense alone normally cannot achieve a decision. However, it can create conditions for a counter offensive operation that lets Army forces regain the initiative. Defensive operations can also establish a shield behind which stability operations can progress. Defensive operations counter enemy offensive operations. » (Headquarters Department of the Army, Operations, 2008) [lien]
3. « La stratégie de campagne défensive s’efforce de conserver la maîtrise de sa position malgré les assauts ennemis. Elle tente de préserver sa propre cohésion et d’empêcher l’offensive ennemie de détruire son dispositif et sa maîtrise sur les mouvements adverses. Aussi longtemps qu’elle sera capable de faire ainsi, et qu’elle pourra s’opposer à tous les assauts qui se veulent décisifs, elle pourra endurer une longue suite de revers, elle pourra toujours continuer à exercer une stratégie efficace in being et s’opposer à l’effondrement total de sa résistance. » Ibid.
4. « If we want to win, we need to innovate in our direct action strategy. Our current approach of lobbying, mass demonstrations, temporary and even long term action camps–while indispensable–is not sufficient to push the tar sands industry off the cliff they are hanging over. » (Stop Fossil Fuel, If It’s a Movement, It Has to Move: guerrilla strategy for activists) [lien]
5. À propos du MEND : « In the Niger Delta, militant resistance has shuttered 10-40% of the country’s oil extraction since 2006, an impact unmatched in the history of the environmental movement. » (Stop Fossil Fuel, Cascading Failure) [lien]
6. Aric McBay, Full Spectrum Resistance [lien]
7. « Ces difficultés, il les vaincra grâce à son pouvoir d’imagination et à sa capacité créatrice, qui sont indispensables s’il veut mener à bien sa tâche de révolutionnaire » (Carlos Marighela, Manuel du Guérillero urbain)
8. (Stop Fossil Fuel, The Art of Guerilla Warfare: excepts for activists) [lien]
9. « Initiative gives all operations the spirit, if not the form, of the offense. It originates in the principle of the offensive. The principle of the offensive is not just about attacking. It is about seizing, retaining, and exploiting the initia- tive as the surest way to achieve decisive results. It requires positive action to change both information and the situation on the ground. Risk and opportunity are intrinsic in seizing the initiative. To seize the initia- tive, commanders evaluate and accept prudent risks. Opportunities never last long. » (Headquarters Department of the Army, Operations, 2008) [lien]
10. « The superior mobility, however, is not absolute, but relative—i.e., the use of railway systems, the possession of large numbers of motors, lorries, armoured cars, tanks, etc., of large forces of cavalry, etc. By the judicious selection of ground, however, and by moves in darkness to secure surprise, the guerrillas can enjoy relatively superior mobility for the period necessary for each operation. » (Stop Fossil Fuel, The Art of Guerilla Warfare: excepts for activists) [lien]
11. « A-15. Surprise is the reciprocal of security. It is a major contributor to achieving shock. It results from taking actions for which the enemy is unprepared. Surprise is a powerful but temporary combat multiplier. It is not essential to take enemy forces completely unaware; it is only necessary that they become aware too late to react effectively. » (Ibid.)
12. « Lorsque l’ennemi est uni, divisez-le ; et attaquez là où il n’est point préparé,en surgissant lorsqu’il ne vous attend point. Telles sont les clefs stratégiques de la victoire, mais prenez garde de ne point les engager par avance » (Sun Tzu, L’art de la guerre) [lien]
13. « Les réseaux d’approvisionnement et les systèmes financiers fonctionnent sur un socle physique : les réseaux d’infrastructures, qui sont eux aussi de plus en plus sophistiqués et interconnectés. Il s’agit des réseaux de transport routier, maritime, aérien ou de chemin de fer mais aussi les réseaux électriques et de télécommunications (dont internet). Ces infrastructures physiques sont les grands piliers de nos sociétés, et sont (ô surprise !) également sujettes à des risques accrus de vulnérabilité systémique. […]
Il y a trois grandes catégories de risques qui menacent la stabilité d’un système complexe : les effets de seuils (phénomènes de « tout ou rien »), les effets en cascade (« de contagion »), et l’incapacité du système à retrouver un état d’équilibre après un choc (phénomènre d’hystérésis).[…]
Par ailleurs, de nombreux réseaux de transport, d’électricité et de distribution d’eau dans les pays de l’OCDE ont plus de 50 ans d’existence (dans certains cas plu d’un siècle) et donctionnent déjà au-delà de leurs capacités maximales. » (Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015)[lien]
14. BFMTV, « Il n’y aura pas d’emploi sur une planète morte », 2018 [lien]
15. Tweet de Cécile Duflot, 2019 [lien]
16. Oxfam France, Sortie du charbon : Crédit Agricole montre la voie, les autres banques à la traîne, 2019 [lien]
17. « L’eurodéputé écologiste Yannick Jadot a proposé aujourd’hui un investissement de « 100 milliards d’euros » par an à l’échelle européenne dans les énergies renouvelables, pour dépendre « du vent du soleil et de l’eau » plutôt que « de Poutine et des pétromonarchies du Golfe ». » (Le Figaro, Ecologie : Jadot propose 100 milliards d’euros d’aides de l’Europe, 2018) [lien]
18. « L’efficacité énergétique est un pilier de la lutte contre le changement climatique et de la souveraineté énergétique. C’est également une composante importante de la politique sociale et de création d’emplois non délocalisables. » (Yannick Jadot, Concernant les Directives énergies renouvelables et efficacité énergétique, 2018) [lien]
19. Reporterre, Comment Cyril Dion et Emmanuel Macron ont élaboré l’assemblée citoyenne pour le climat, 2019 [lien]
20. Floraisons, Libéral VS Radical [lien]
21. La résistance au train n’est pas nouvelle et fait partie de l’histoire (effacée) du luddisme en France, comme le rappelle François Jarrige : « Le chemin de fer apparaît comme le symbole de la nouvelle société industrielle. Derrière le train, on dénonce la concentration du capital, la centralisation des lieux de pouvoir. […] En février 1848, les attaques contre le train se multiplient autour de Paris. […] Des cortèges d’émeutiers plus ou moins organisés longent les voies et incendient les installations. […] “Il règne parmi les population des environs de Paris une grande hostilité contre les chemins de fer ; de là vient qu’on trouve parmi les individus impliqués dans ces actes coupables, bon nombre de cultivateurs ou d’artisans sans reproche jusque là” […] En s’imposant comme la condition de réalisation d’une société d’abondance et de paix généralisée, le chemin de fer a non seulement été exclu de la sphère du débat démocratique mais il en est même devenu l’une des conditions de possibilité. » (François Jarrige, Refuser de se laisser ferrer. Les luddites en France)
22. « In this example, transformers are the most effective target for disrupting an electricity supply. They score high on criticality; ease of accessing, recognizing, and damaging them; and difficulty for the system to recover from damage. » (Stop Fossil Fuels, Disrupting Bulk Electric Power Supply) [lien]
23. Metro, Gatwick drone chaos cost the airport £1,400,000, 2019 [lien]
24. « Global infrastructure networks are the Achilles heal of the great powers. They form the basis of our wealth and our daily function yet remain extremely vulnerable. It’s then little wonder that next generation terrorists, in the form of global guerrillas, will focus their efforts on the destruction of this global infrastructure. » (Gobal guerrilla, Cascading system failure, 2004) [lien]
25. « The almost simultaneous failure of two power generators, which took nearly 2GW offline, was presented by National Grid as so unusual an event that it triggered automated emergency shutdowns to balance supply and demand » (The Consciousness of sheep, The shape of things to come) [lien]
26. « Yet a cascade is extremely difficult to stop. Electrical engineers have warned that “it is impossible to secure the whole system,” » (The MIT Press reader, When the Lights Went Out: On Blackouts and Terrorism, 2019) [lien]
27. « En cas d’incident de grande ampleur, des actions, tant automatiques que manuelles, sont mises en œuvre pour éviter un écroulement total du réseau (black-out) et faciliter la reconstitution du système. Il s’agit alors d’actions de conduite exceptionnelles qui peuvent inclure le recours au délestage (interruption volontaire et maîtrise de l’alimentation en électricité de zones ponctuelles pour préserver l’intégrité globale du réseau de transport d’électricité). » (RTE, Pour comprendre) [lien]
28. Lights Out—electric grid & substations: vulnerability & ways they might fail [lien]
29. « Ces deux zones géographiques sont déficitaires en moyens de production et ont en commun d’être alimentées comme des péninsules électriques par le réseau électrique national. A cette situation, s’ajoutent des taux de croissance de la consommation importants qui tendent rapidement à saturer les capacités de transit des réseaux existants, avec le risque fort de ne plus pouvoir satisfaire la demande lorsqu’un élément du réseau ou un groupe de production est indisponible. » (RTE, Dossier de presse, 2014) [lien]
30. Les Echos, Electricité : pourquoi le réseau européen a connu une faiblesse, 2019 [lien]
31. APR News, Kosovo : Un problème d’électricité affecte des horloges en Europe, 2018 [lien]
32. « Les réseaux d’électricité européens sont interdépendants et un manque de production dans un pays, même temporaire, peut se traduire par une coupure chez ses voisins » (France Inter, Comment la France a échappé de peu à un black-out électrique, 2019) [lien]
33. « A scale-free network is one that obeys a power law distribution in the number of connections between nodes on the network […] Scale-free networks are extremely vulnerable to intentional attacks on their hubs. Attacks that simultaneously eliminate as few as 5-15% of a scale-free network’s hubs can collapse the network. Simultaneity of an attack on hubs is important. Scale-free networks can heal themselves rapidly if an insufficient number of hubs necessary for a systemic collapse are removed. » (Gobal guerrilla, Scale-free networks, 2004) [lien]
34. Stop Fossil Fuels, Shooting Transformers Disables Substations [lien]
35. « Mashaba said the transformer appeared to have been « maliciously damaged so that it would leak oil onto the fire ». » (News24, WATCH: City Power suspects ‘deliberate acts of sabotage’ after Eikenhof substation blast) [lien]
36. Surveillance Self-defense [lien]
37. Ecodefense: A Field Guide to Monkeywrenching [lien]
VI. ACTION À VISAGE DÉCOUVERT ↑
1. Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay, Deep Green Resistance, un mouvement pour sauver la planète, 2018. [lien]
2. J-Terre, Le Retour du J-Terre | Juin 2019 [lien]
3. Infokiosques, Face à la police / Face à la justice [lien]
4. Green is the new red, 6 Lessons From How the FBI and Media Treat Militia Groups [lien]
5. « Dans la pratique, les lois et procédures antiterroristes françaises minent le droit à un procès équitable des personnes poursuivies pour terrorisme. » (Human Rights Watch, La justice court-circuitée, Les lois et procédures antiterroristes en France, 2008) [lien]
6. La Quadrature du Net, Censure [lien]
7. Service Public, Apologie du terrorisme [lien]
8. Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019 [lien]
L’article Pour une écologie radicale est apparu en premier sur Floraisons.
Zéro déchet : zéro utilité ? On va parler de zéro déchet. C’est une grande question dans les milieux écolos où on voit tout le monde se mettre au zéro déchet, égérie des petits gestes. On va essayer de démêler les imaginaires et croyances autour de ce mode de vie, de voir ses effets positifs mais surtout ses limites indépassables. Pour cela on reçoit Hélène de Vestele, fondatrice d’Edeni qui fait des conseils pour passer à « l’action zéro waste »… en entreprise.
Dans ce podcast, nous faisons connaissance avec Hélène, son parcours personnel et professionnel, son évolution sur les questions environnementales. Elle évoque ses désillusions progressives, son rejet de la culture dominante, et ses tentatives pour résister. Quel regard sur la violence du système, des institutions, de l’économie et comment en parler avec les autres dans un parcours de prise de conscience ? La philosophie du zéro déchet est-elle un échappatoire qui mène au retrait dans une impasse ? Ou bien est-ce une entrée possible pour commencer à critiquer la société à l’origine du déchet, une déconstruction qui mène jusqu’à la lutte ? Quelles mises en garde pour ne pas se perdre dans la recherche absolue de pureté militante ?
NB : Petite correction. Edeni n’est ni un label zéro déchet, ni un cabinet de conseil. C’est un collectif qui crée « des formations pour comprendre les nécessités de changer de paradigme », et étudie les liens entre thèmes très variés (finance, herboristerie, écoféminisme, zététique…) dont le zero waste comme porte d’entrée.
L’article Zéro déchet : Zéro utilité ? (avec Hélène d’Edeni) est apparu en premier sur Floraisons.
Fiche de lecture de Refuser d’être un homme, un ouvrage qui ne laisse pas indifférent. On va parler de virilité, d’identité de genre, de sexualité, de reproduction, de viol, de guerre, de pornographie et de liberté, autant de sujets qui sont indispensables à analyser et critiquer dans une perspective de résistance radicalement féministe. Attention aux personnes sensibles, on va parler de violences sexuelles pendant ce podcast.
Refuser d’être un homme, pour en finir avec la virilité est un essai de John Stoltenberg publié en 1989. Il regroupe plusieurs adaptations d’allocutions de Stoltenberg sur les thèmes du féminisme radical, de la virilité et de la pornographie. Selon ce point de vue, la masculinité ne peut certainement pas être revue et améliorée, elle doit être démantelée grâce à une analyse radicale du genre en tant que hiérarchie de classe.
Comme le rappelle Christine Delphy en avant-propos, « la libération des opprimé·es doit être l’œuvre de celles-ci et ceux-ci ». Quand les hommes interviennent dans les groupes féministes, cela a trop souvent pour effet de reproduire le privilège masculin. Et au final, les homme exercent leur « pouvoir dans les lieux qui ont pour but de le contester ». Bref, ils ne sont vraiment les bienvenus.
Néamnmoins livre de Stoltenberg a la particularité non seulement d’éveiller « le malaise chez beaucoup d’hommes, mais aussi chez certaines femmes, y compris des féministes » mais aussi de montrer que des hommes peuvent participer au combat féministe, à condition de rester à leur place. À condition de ne pas parler à la place des dominées, mais « à partir de leur place ».
Si les femmes « sont les seules à connaître de l’intérieur l’oppression subie », les hommes sont « les seuls à connaître les stratégies de domination qu’ils forgent consciemment ». C’est justement l’objectif de cet ouvrage majeur pour comprendre et combattre le masculinisme.
Certains hommes arrivent à entendre et à comprendre les idées proféministes. Ce peut être grâce à la remise en question par les amies proches, par des heures de discussions intenses et des lectures. Ce peut être aussi en étant témoin ou victime de violences sexuelles. Ou bien par désir d’entretenir des rapports égalitaires avec les femmes. Peu à peu ils deviennent dissidents, voire traîtres à leur genre.
Stoltenberg soutient que « l’identité sexuelle masculine est une construction de toutes pièces, politique et éthique » et qu’elle « a besoin de l’injustice pour exister ». « Mais c’est précisément parce que cette identité personnelle et sociale est construite que nous pouvons la refuser, […] agir à son encontre — bref, nous pouvons changer ». Refuser d’être un homme signifie donc « apprendre une éthique nouvelle et radicale ».
« En matière d’égalité, les changements sociaux importants n’émergent pas du centre libéral, des non-engagés, d’une voie mitoyenne. Les grands changements ont lieu quand le centre est forcé à migrer, du fait d’avoir été ébranlé par des gestes politiques qui contestent » le statu quo. C’est le cas du mouvement féministe radical qui émerge à la fin des années 1960 aux États-Unis et qui considère que tyrannie et violence sexuelles sont imbriquées. Comme d’autres mouvements radicaux (qui remontent à la racine), il ne laisse pas indifférent et force les gens à se positionner.
Le féminisme radical ne cherche pas à semer « la discorde entre les hommes et les femmes» mais il cherche plutôt à «tracer une distinction claire entre d’une part les gens qui accréditent, achètent, aiment, défendent, collaborent ou profitent de l’érotisation de l’inégalité, et les autres qui, pour leur part, souhaitent passionnément érotiser l’égalité.»
Il s’inscrit dans l’histoire des progrès sociaux et politiques qui ont eu lieu aux État-Unis depuis la première constitution. À la différence du féminisme apparu ailleurs sur la base d’analyses économiques de l’oppression, le féminisme radical américain a pris racine dans le «projet éthique égalitaire issu du mouvement pour les droits civiques des Noir·es ». Cette éthique s’oppose aux distinctions de valeur fondées ou justifiées par des différences anatomiques entre les personnes.
Ce féminisme est très sensible à la violence subie par les corps, il compare les fabricants de pornographie à des négriers de l’ère technologique, dans une tradition héritée des propriétaires d’esclaves. Le principe d’égalité y est central, voilà pourquoi il s’oppose si frontalement à la domination masculine et à la violence sexuelle.
C’est une idée, une croyance forte en l’existence de la virilité et de la féminité, qu’il faut être soit homme soit femme.
L’identité sexuelle est comme une paire de lunettes devant nos yeux qui déforme notre perception de la réalité et de notre vécu. Nous voyons, ressentons, et apprenons les choses en fonction d’elle.
L’identité sexuelle est comme une pièce de théâtre. Le problème — comme c’est souvent le cas des croyances — est qu’elle n’existe pas si nous ne faisons pas des efforts considérables. Sa croyance nécessite que tout le monde joue un rôle pour qu’elle se crée, se maintienne et se vérifie encore et encore chaque jour.
Oui plus ou moins, mais il arrive à presque tout le monde de douter de son identité sexuelle. En cas de doute, nous nous comparons à une autre personne qui joue mieux son rôle de genre que nous, quelqu’un de plus masculin ou plus féminin. Cela entretient la croyance générale selon laquelle il est possible d’être un vrai homme ou une vraie femme.
Certaines théories expliquent et justifient les comportements masculins par la biologie. Cela revient à expliquer que des gens sont nés avec une identité masculine naturelle, et ont donc en conséquence des comportements masculins. Par exemple « si un homme est violent, c’est à cause de ses hormones ou de l’anatomie du cerveau ». Ou encore : « si un homme refuse de faire la vaisselle, c’est pour des raisons génétiques. »
En réalité c’est l’inverse qui se passe. Certains actes sont considérés comme masculins, c’est-à-dire qu’on les accepte socialement venant d’un homme mais pas d’une femme. Et plus les hommes ont des comportements masculins, plus ils créent l’illusion que la virilité est quelque chose d’inné et de naturel. Pour reprendre l’exemple de la vaisselle : c’est en refusant de faire les tâches ménagères que les hommes montrent qu’ils sont différents et que l’identité sexuelle est quelque chose de réel.
Les hommes les plus virils sont mêmes de très bons comédiens, car ils utilisent sans le savoir les vraies techniques de jeu suivantes :
C’est bien parce qu’ils sont eux-mêmes convaincus que ce qu’ils font est juste que les hommes virils sont très crédibles aux yeux des spectateurs et qu’ils s’attendent logiquement à toujours obtenir ce qu’ils veulent.
Un peu comme les nazis ont construit la race aryenne, grâce à la force et la violence. Les nazis ont sélectionné des traits physiques existants (comme les cheveux blonds et les yeux bleus), et ils s’en sont servit pour construire socialement une race. Grâce à ces traits physiques, ils ont catégorisé, infériorisé, puis exterminé les gens définis comme « non-Aryens ». Ainsi certaines personnes ont pu s’identifier à la race aryenne et lui donner une existence politique.
L’identité masculine se construit un peu de la même manière. On trouve dans la nature des pénis, du sperme et des prostates. La classe masculine se construit en sélectionnant ces traits physiques pour en faire « une entité politique qui ne s’affirme qu’au moyen d’actes de force et de terrorisme sexuel ». Grâce à la violence, certaines personnes ont le sentiment personnel d’appartenir à cette classe.
À la naissance, un tri est réalisé : les personnes nées avec un pénis sont réparties dans la catégorie homme. Ces personnes doivent constamment s’efforcer de se comporter de façon masculine. Plus ils se comportent de façon masculine, plus ils sont valorisés, et plus ils renforcent leur sentiment d’appartenir à la classe des hommes.
Grâce à des sentiments et grâce à des actes. La sexualité en particulier aide à créer le genre, le sentiment qu’on est un homme. Le coït, la pénétration sexuelle est un très bon exemple car il s’agit à la fois d’accomplir un acte particulier et de ressentir au même moment à quelle identité sexuelle on appartient. Baiser comme un homme permet de se sentir plus viril qu’à d’autres moments.
Parce que les femmes n’en n’ont pas. Les hommes apprennent donc à se concentrer sur cet organe leur donne l’assurance de ne surtout pas être des femmes, donc d’être des hommes. Ils apprennent à nier les sensations érotiques qu’un vrai homme n’est censé ressentir, pour se focaliser uniquement sur les sensations provenant de leur bite.
Un élément fondamental de la suprématie masculine. C’est le mépris pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, parce qu’on imagine qu’ils sont traités comme des femmes. C’est le dégoût ressenti pour des hommes qui s’abaisse au niveau inférieur, celui des femmes. L’homophobie exprime donc la misogynie d’une société patriarcale.
Les hommes savent qu’ils sont dangereux, ils savent le harcèlement sexuel qu’ils font subir aux femmes. L’homophobie « enjoint aux hommes de limiter aux femmes ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse ». Elle est donc un moyen pour les hommes de se protéger collectivement des agressions sexuelles des autres hommes.
Stoltenberg fait référence aux travaux de Baldwin qui montre que la catégorie “race” est une construction sociale. Cette construction plonge « jusqu’au noyau où l’identité et le comportement se touchent, où le soi et la société font intersection, […] bref, l’endroit où nous ressentons le plus profondément l’identité que nous croyons nôtre ». Pour Dworkin et de nombreuses féministes, le genre et la race sont des constructions politiques et sociales.
Parce que comme certaines personnes dans nos sociétés insistent pour être des blancs, certaines insistent aussi pour être des hommes, avec le mépris, la domination, l’absence d’empathie qui les caractérisent. Et parce que des hommes insistent avec rage sur leur virilité, nous devons la refuser avec force. Le féminisme radical n’est pas essentialiste. Contrairement à d’autres théories, il ne dit pas que la violence des hommes est déterminée biologiquement mais construite socialement, ce qui veut dire qu’il y a un espoir de changer. Le féminisme radical s’attaque au système de valeurs et d’identité qui est au fondement de la violence masculine : le genre.
Le genre est une hiérarchie entre des valeurs masculines et féminines, une inégalité entre les hommes et les femmes. Il ne peut donc coexister avec la justice, avec l’égalité.
Pour comprendre comment les hommes traitent les femmes, il faut comprendre comment les hommes traitent les autres hommes. « La relation père-fils » est habituellement le premier contact du garçon avec les liens complexes de la politique sexuelle ». C’est dans cette relation que le garçon apprend ce qui est censé être un vrai homme et qu’il est conditionné au besoin érotique compulsif de s’approprier d’autres vies humaines. La relation père-fils dont on parle existe au sein du patriarcat, qu’on appelle aussi droit du père.
Un système où le père incarne l’autorité suprême de la famille et tous les enfants lui appartiennent. C’est « fondamentalement un système de propriété, la possession littérale d’autres vies humaines » de leur travail, de leur volonté, de leur corps et de leur consciences. Ce système est légalisé par le droit patriarcal, incarné par l’érotisme phallique, et justifié par la culture patriarcale, ce charmant discours romantique, spirituel, émotionnel et psychologique qui légitime la possession de femmes et d’enfants, comme autant de bien. Le droit du père requiert une quantité remarquable de violence et de coercition pour s’imposer et se maintenir, ce qui prouve d’ailleurs que ce système n’a rien de si naturel ou inhérent à la biologie humaine.
Dans les systèmes patriarcaux, il n’existe pas un moment dans la vie d’une femme où elle n’est pas définie juridiquement et socialement comme la propriété réelle ou potentielle d’un homme. Enfant, elle appartient au père, jusqu’à ce qu’il « donne sa fille en mariage ». Historiquement, le viol n’était reconnu comme un crime que contre le propriétaire masculin du bien en cause. Si une femme était violée, c’était une atteinte au père ou au mari, car sa propriété — ou sa marchandise — avait perdu de la valeur.
«Selon la biologie humaine, seule une femme peut accoucher d’un enfant. Dans la nature, un enfant qui n’est pas né d’une mère n’existe pas. » Mais selon le droit patriarcal, seuls les hommes ont le droit de propriété des enfants. « Un enfant qui n’est pas la propriété d’un homme est qualifié de non-entité juridique et étiqueté comme “illégitime” ou ”bâtard” ». Un enfant sans père n’existe pas, tout est fait pour qu’une femme qui accouche d’un enfant appartienne à un homme.
Par contre c’est aux femmes de prendre soin des enfants, de les nourrir, d’assurer leur propreté. La femme fait les tâches ingrates mais l’homme demeure juridiquement le propriétaire. Ce qu’on appelle aujourd’hui les litiges de garde d’enfant revient à « tenter de résoudre une question profondément faussée, celle de déterminer qui “possèdera” le temps et la compagnie de cet enfant, son affection et son allégeance, sans égard au travail de garde effectué jusqu’alors par la mère pour la vie de cet enfant, puisque ce travail découlait de l’appropriation initiale de cette femme par le père ».
Jusqu’à posséder et contrôler des êtres qui ne sont même pas nés. Le père a un droit de propriété sur le fœtus. « Aux États-Unis, dans bien des États où l’avortement a été décriminalisé [les femmes] doivent encore obtenir le consentement du plus proche parent masculin. »
« Tous les systèmes économiques conçus par les hommes — qu’il s’agisse du capitalisme, du communisme ou du socialisme — ont pour fonction de défendre la propriété masculine du corps et du travail des femmes. Tous les systèmes de croyance religieuse institués par les hommes […] ont pour fonction de déshumaniser la mère. Tous les systèmes psychologiques théorisés par les hommes […] ont pour fonction de valider la propriété masculine de la naissance. Toutes les institutions de la culture dominante — dont l’État, l’université, la médecine, le mariage et la famille nucléaire — servent d’instruments à l’appropriation masculine d’autres vies ».
« L’origine du droit du père est inaccessible […] perdue dans la préhistoire de la civilisation. Nous avons que la propriété masculine du corps des femmes a précédé l’histoire écrite, […] que les femmes ont été les premières esclaves et que leur corps ont été le premier capital. […] Nous pouvons supposer que les être humains masculins ont inventé le pouvoir de propriété pour occulter le mystère de l’accouchement et que, une fois la propriété masculine propagée dans le monde, elle n’a pas connu de bornes ».
Pour construire la mentalité de dominant, de propriétaire des corps, il faut bien sûr que ce soit socialement autorisé. Mais il faut en plus conditionner les hommes pour que seule la propriété soit érotique à leurs yeux. Les homme sont entraînés à trouver excitant de posséder les autres, « par opposition aux femmes qui, elles, doivent être appropriées ».
Dans une culture patriarcale, la mère est face à des contradictions car elle est une femme qui appartient au père, mais qui doit élever un fils capable de s’approprier la vie d’une femme. Le père perçoit donc le fils comme un concurrent. D’une part la mère doit donner envie au fils de la posséder et être entièrement à son service en fournissant par exemple une quantité inépuisable de travail pour lui. Mais d’autre part, elle ne peut pas se laisser posséder par le fils car elle doit rester la propriété du père et le rassurer en permanence.
La différence entre le père et la mère se fait d’abord de manière tactile avec le bébé. Quelque chose est bizarre avec le père. Il tapote mais ne touche pas, il caresse mais ne ressent pas, il saisit mais ne tient pas. Le père est comme un étranger. Et puis, quand l’enfant apprend à faire la différence entre le père et la mère, le père se sent humilié, dépossédé, et veut se réapproprier son fils.
Grâce à des institutions complices comme l’école et la télévision. Mais aussi grâce à la brutalité physique ou émotionnelle. Le fils est témoin au moins une fois de la violence du père contre la mère, et reste « terrorisé et impuissant à la défendre. » Il est ensuite lui-même victime de la colère du père, au moins une fois, par exemple avec une punition totalement disproportionnée. Et il se demande comment sa mère a pu laisser faire ça, il ne lui fait plus confiance, et il appartient maintenant au père pour le reste de sa vie.
1. Le père nous hait, Maman et moi.
À cause de la menace constante de la colère du père, le fils va tout faire pour abandonner l’identification sensorielle à sa mère.
Le fils apprend à s’opposer à la mère, à s’en dissocier et devenir insensible. Il reproduit la brutalité pour y échapper lui-même. Son érotisme va se concentrer sur ce qui le différencie de maman, ce petit organe qu’on appelle le pénis. Il trahit sa mère en s’éloignant de l’érotisme du soin, de la sensation partagée. Son identité masculine sera définie par le père, contre la mère. « La relation père-fils est un hommage à l’identité phallique. »
L’identité sexuelle est une croyance qui amène avec elle une éthique, c’est-à-dire un système de valeurs, rarement questionné. Dans cette éthique de genre, on évalue différemment les actions humaines quand elles proviennent d’un homme ou d’une femme. Par exemple il sera bon qu’un homme fasse certaines choses, mais mauvais qu’une femme les fassent.
Tout le temps, mais surtout pendant le sexe. C’est quand les gens baisent qu’ils essayent le plus de se comporter en vrai homme ou en vraie femme. L’homme doit prouver qu’il est « l’homme de la situation »,et qu’il n’a « aucune ressemblance tactile, visuelle, comportementale ou émotionnelle » avec une femme.
Elle déresponsabilise les hommes qui humilient quotidiennement les femmes, qui sont violent, qui violent, qui tuent. Grâce à l’éthique associée à l’identité sexuelle, c’est l’homme qui commet les violences, et c’est la femme qui est blâmée, tout simplement parce que « les hommes sont comme ça ». Mais bien sûr, cette éthique ne doit jamais être formulée. Pour qu’elle fonctionne, il ne faut pas qu’on en parle « faute de quoi le masque tombe ». Stoltenberg nomme ce système de valeurs l’éthique du violeur.
Parce que l’identité masculine et le viol sont profondément liés. « Le geste de forcer quelqu’un à admettre une pénétration sexuelle sans son assentiment entier et éclairé » est en quelque sorte la mesure standard de l’identité masculine. Le viol est « la note fondamentale », il donne le la des comportements masculins.
Dans l’éthique du violeur, c’est la personne à qui on fait l’acte qui en est perçue comme responsable, c’est toujours la faute de la victime. Cette inversion de la responsabilité morale est caractéristique des actes considérés masculins. « Ne me force pas à te faire mal » disent les violeurs, comme si les femmes provoquaient le viol, et au fond aimaient ça.
Elles se disent « Après tout ce sont des hommes. Ils ne peuvent pas s’empêcher». Il y a une espèce d’écrasement de l’identité morale de la victime par l’éthique du violeur. Elles s’imaginent être responsables, que c’est de leur faute si elles sont violées. « Celui qui viole, pour sa part, se perçoit comme […] plus vital et plus réel. Souvent, les violeurs nous disent […] qu’ils se sont sentis « mieux » après, que le viol lui-même avait été stimulant, excitant, agréable et divertissant ».
Certes, les hommes ont besoin d’être violents pour paraître masculins, mais il y a une chose cruciale dont il ont aussi besoin, c’est de « toujours conserver le soutien d’une déférence et d’une soumission féminine ». « L’homme a besoin doit avoir une femme ou il ne sait pas qu’il est un homme ». Voilà pourquoi les hommes demandent pardon, pour piéger et retenir une femme qui voudrait lui échapper. Ce n’est pas un hasard si l’identité sexuelle féminine comporte la charité, la miséricorde, l’abnégation. Il faut que la femme pardonne pour que sa subordination à l’éthique du violeur soit maintenue.
Certains d’entre nous qui ont un pénis trouvent sexy de contraindre quelqu’un à baiser contre son gré. Certains vont même jusqu’à croire que les personnes sans pénis souhaitent être violées. Pourquoi ? Car violer donne le sentiment d’être réellement un homme, de ressentir vraiment l’identité masculine comme réelle, et d’en faire partie. « Les vrais hommes sont agressifs au lit. Les vrais hommes deviennent cruels au lit. Les vrais hommes utilisent leur pénis comme une arme au lit. […] Ce genre de sexe nous donne l’impression d’être quelqu’un de puissant et transforme l’autre personne en quelqu’un d’impuissant. Ce genre de sexe nous donne l’impression d’être dangereux et de tout contrôler — comme si l’on était en guerre contre un ennemi, et qu’en étant suffisamment cruel, on va gagner, alors que si l’on faiblit, on perdra sa virilité ». Être un homme, un vrai, c’est faire la guerre aux femmes.
Oui si nous croyons que le genre, la virilité, est quelque chose que nous « sommes », automatiquement, en raison de la façon dont nous sommes nés, alors la situation est sans espoir. Mais heureusement le genre est un « phénomène doté d’une construction éthique — une croyance que nous créons par la façon dont nous décidons d’agir », donc il existe un réel espoir de changement. Notre identité de genre n’est pas la cause, mais le résultat de notre conduite violente. Cette identité n’est pas inéluctable, nous pouvons changer.
Nous pouvons refuser de recréer chaque jour notre genre et l’éthique du violeur qui lui est associée. Pour nous, les hommes, refuser cette éthique manipulatrice et cynique, c’est faire le choix d’examiner nos comportements réels et assumer les conséquences de ce que nous avons fait.
Il nous faut arrêter d’utiliser la sexualité avec l’objectif de se sentir viril. Voici plutôt comment vivre des relations sexuelles marquées par « l’intimité et la joie, l’extase et l’égalité » :
1. Le consentement. S’assurer d’avoir le consentement éclairé du partenaire à tout moment.
Stoltenberg donne aussi d’autres conseils en espérant qu’ils soient utiles :
la question de l’avortement
On dit que les hommes sont pudiques sur leurs émotions. Leurs proches les implorent de s’exprimer, mais ils gardent tout à l’intérieur, de grands timides. «En fait, tout au long de l’histoire, les hommes, en tant que classe, ont toujours exprimé leurs émotions, avec éloquence et abondance […] et ils ont fait de ces émotions des religions. Les hommes ont exprimé leurs émotions à propos des femmes, de la richesse, de la possession et du territoire et ils ont transformé ces émotions en lois et en États-nations » en armées, en bombes, en psychiatrie. En fait les hommes ont « institutionnalisé leurs émotions» à tel point qu’il n’ont généralement pas besoin de les exprimer, car les institutions le font à leur place.
Les hommes vivent mal le fait que les femmes veulent de moins en moins entretenir leurs illusions de grandeur. Ils veulent garder leur contrôle sur la vie. À propos du droit à l’avortement ils « s’expriment dans une lutte acharnée pour maintenir sous contrôle masculin les capacités procréatives des femmes ».
Ils le font de façon explicite, par exemple en supprimant les budgets pour les recherches sur la contraception , pour les avortements, ce qui interdit l’avortement pour les femmes pauvres. Ou encore en pénalisant l’avortement.
Et ils le font de façon plus secrète, grâce à l’apathie. Certains hommes vont se dire favorables à l’autonomie des femmes sur les questions de la contraception ou de l’avortement, mais ils ne vont pas en faire une des priorités de leur activisme politique. Ils restent passifs.
C’est une émotion masculine collective rancunière et punitive. Les hommes expriment entre autre la peur que les femmes cessent de soutenir leur identité sexuelle, la peur que la masculinité disparaisse.
Stoltenberg cite une enquête qui a été menée sur des jeunes hommes pour comprendre leur rapport à la contraception. Elle date de 1977 mais en dit long sur la mentalité masculine. Ces jeunes hommes âgés de 15 à 19 ans ont manifestés un consensus :
Les seules situations où une majorité d’entre eux acceptent l’avortement sont : la mauvaise santé de l’épouse, le viol, ou la possibilité d’un enfant déformé — en d’autres mots, si la marchandise est avariée. Dans une culture patriarcale, on remarque que les hommes s’opposent majoritairement à l’avortement même en cas de grande difficulté financière, d’un enfant non désiré, ou suite à un échec de la méthode contraceptive.
Dans les couples, elle est énorme. « Presque tous les hommes contrôlent au quotidien la fécondité des femmes qui leur sont proches, de la même façon dont ils contrôlent d’autres aspects de la vie des femmes : en déterminant les limites à ne pas franchir pour rester « à l’abri » de leur colère ». La femme préfère souvent mener à terme une grossesse non désirée plutôt que de risquer de mettre en colère le partenaire masculin.
Les hommes veulent contrôler la capacité reproductive des femmes en partie parce qu’ils croient que leur sperme éjaculé est une extension symbolique et matérielle de leur pénis. La vision moderne de cette mythologie est de considérer le fœtus comme une personne à part entière. Et dans une culture patriarcale, les personnes authentiques sont les hommes, et non les femmes. Cela revient donc à considérer que les droits du fœtus sont plus importants que ceux de son hôte.
Comme le formule très bien Andrea Dworkin : « Avorter un fœtus, en termes masculinistes, c’est commettre un acte de violence contre le phallus lui-même, c’est l’équivalent de le trancher. Le fœtus étant perçu comme ayant un caractère phallique, la vie qu’on lui prête est hautement valorisée, alors que la vie concrète de la femme est sans valeur et invisible ».
« On prétend souvent que l’avortement est en soi une expérience émotionnelle dévastatrice pour les femmes […]. Mais une étude menée auprès de 329 femmes ayant avorté à Philadelphie laisse émerger un portrait très différent. Même si la plupart des femmes ont vécu leur avortement avec un certain degré d’émotions conflictuelles, la majorité des répondantes ont déclaré que leur sentiment prédominant était « un soulagement que l’avortement ait eu lieu ».[…] Dans presque tous les cas où les répondantes ont vécu une détresse émotionnelle marquée, c’était par manque de soutien émotionnel de leur partenaire »
Pas tous de façon individuelle, mais collectivement, en tant que classe, oui. Les hommes savent, en tant que classe, que la liberté reproductive des femmes n’est pas dans leur intérêt.
« Les hommes, en tant que classe, savent que leur avantage social, culturel et économique sur et contre les femmes dépend absolument du maintien de la grossesse non voulue, de la gestation non voulue, de l’accouchement non voulu et du soin non voulu des enfant » Si la liberté reproductive des femmes devenait un jour réalité, la suprématie masculine ne pourrait plus exister. Il s’agit donc d’une menace à leur privilège.
critique féministe de la guerre
Pour mettre fin à la guerre, il faut d’abord reconnaître et combattre les formes de violences perpétrées par la classe des hommes contre les hommes. La guerre et l’armement ont tout à voir avec la violence sexuelle masculine. Comme le dit Mary Daly, il ne faut « pas un grand effort d’imagination pour percevoir une relation profonde entre la mentalité du viol et le génocide ».
Robin Morgan : « La pornographie est la théorie, et le viol la pratique. Et quelle pratique ! Le viol d’une femme est la métaphore parfaite de l’homme qui s’impose par la force à des nations entières […], à d’autres espèces […], et à la planète elle-même »
Comme disait Virginia Woolf : « En tant que femme, je n’ai pas de pays ». Ce ne sont pas les mères qui ont inventé et qui contrôlent l’État et l’armée, mais bien les pères qui mènent la guerre contre d’autres peuplent et envoient les fils à la guerre. « Durant la guerre du Vietnam, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, des jeunes hommes ont rejeté en grand nombre la vie militaire. Avant cela, obéir à l’appel de son pays et devenir soldat était s’affirmer comme un vrai homme. […] Des mères en grand nombre ont endossé le refus de leurs fils d’être transformés en chair à canon.»
« Il aurait pu se développer une conscience généralisée chez les hommes que c’est le militarisme lui-même qui est immoral. […] Mais, bien sûr, ce n’est pas ce qui arriva.» Les hommes ont raté l’occasion d’examiner la relation fondamentale entre militarisme et suprématie masculine. On s’est contenté de dire que résister à cette guerre était une façon nouvelle d’être un vrai homme, comme l’illustra le slogan « Les filles disent Oui aux hommes qui disent Non ».
De nombreuses femmes se sont impliquées aux côté des hommes dans les mouvements anti-impérialistes ou révolutionnaires. Ces hommes contestent publiquement la guerre mais continuent de se comporter en phallocrates avec les femmes du mouvement en faisant passer la question du viol ou de la prostitution pour un enjeu secondaire.
Ainsi, beaucoup de femmes ont consacré leur vie à des mouvements de changement social aux conditions définies par les hommes, et en sont ressorties trompées et trahis. C’est d’ailleurs souvent le cas avec les discours catastrophistes qui peuvent facilement faire taire les femmes et leurs revendications au nom d’une autre urgence.
Le père veut que son fils soit viril. Mais plus son fils grandit et devient viril, plus il se sent menacé par ce jeune rival. La machine de guerre est une des violences que les pères peuvent employer contre les fils pour maintenir leur pouvoir en place. Le militarisme assure aux patriarches le contrôle de la vie et de la mort des fils, en leur demandant de diriger cette violence contre les autres, contre les femmes.
Pour les femmes, ce concept de « sécurité intérieure » n’a pas de signification réelle. Elles ne sont pas protégées des prédateurs masculins du pays, elles ne sont pas même en sécurité dans leur propre foyer. « Beaucoup de femmes cèdent leur corps par contrat de mariage pour leur sécurité ». En réalité, quand les patriarches parlent de « sécurité intérieure » ou « sécurité nationale », ils comptent bien protéger leurs droit de propriété sur les corps des femmes et des enfants.
Comme les hommes apprennent physiquement à érotiser l’agression, la course a l’armement est comparable à un concours de bite. Qui aura la plus grosse bombe, la plus grande force de destruction, qui aura la plus grosse bite ?
Le désarmement doit passer par le démantèlement du sadisme masculin, de la violence masculine érotisée. Il signifie la fin du patriarcat. Il n’y a pas de résistance à la guerre possible sans abandon de la domination des hommes sur les femmes.
Quand on parle de sexe, c’est souvent comme s’il était déconnecté du reste de la vie. Comme si la façon dont on agit au lit et la façon dont on agit en général étaient deux sphères distinctes. Du coup un homme peut brutaliser, humilier ou blesser quelqu’un en privé pour son plaisir sexuel, et puis sortir de sa chambre de torture et continuer sa vie comme si de rien n’était. Non seulement on en vient à penser que ce que font deux adultes consentants ne regardent que ces deux personnes, mais pire : que ça ne concerne même pas ces deux personnes elles-mêmes. Au lieu de considérer la sexualité et le reste comme un continuum, on prétend que ce qui se passe au lit n’arrive que là et, de toute façon « Pour qui te prends-tu pour remettre en question ce qui est arrivé entre nous hier soir ? C’était du bon sexe, non ? ».
Autrefois, on ne pouvait pas écrire des phrases comme celles-ci :
Autrefois, on ne pouvait pas écrire des phrases comme celles-ci :
« Diverses factions d’hommes – éditeurs, législateurs, juristes, avocats —, autant d’hommes s’affrontant à propos du droit d’autres hommes, écrivains et lecteurs, à produire et à consommer ce langage ».
Tout ce qui «brusque l’égo sexuel des hommes». Comme par exemple critiquer « le recours à la force, à l’objectification, au mépris et à la violence dans le comportement sexuel masculin», identifier ce « comportement comme racine et modèle de la suprématie masculine. » et vouloir y mettre fin.
On dit que la liberté sexuelle est advenue. Mais regardons de plus près ce qui garantirait cette liberté et si c’est le cas.
1. Que le sexe soit libre de toute restriction extérieure.
2. Que les personnes puissent se sentir bien dans leur corps et avec les autres sur le plan sexuel.
Ou de celui-là: « Il fit claquer la ceinture dans l’air avant d’en lacérer la peau tendre de la fille. “Monsieur, dites-moi simplement ce que vous voulez et je le ferai.” “Ta gueule, petite pute à deux balles ! Je ne veux rien d’une putain !” La ceinture entailla à nouveau sa chair et elle s’écria : “Mais je veux !” “C’est bien le problème ! Tu en veux ! Tu es une putain e une abomination” »
Où sont les sentiments de bien-être réciproque ? Où est la liberté ?
Quand on entend parler de liberté sexuelle aujourd’hui, on entend des mots simplistes comme «sexe-positif » ou « pro-sexe », qui révèlent souvent une approche assez libérale de la liberté. La liberté y est individuelle, c’est une vision des choses plus individualiste que collective. En réalité, « les personnes dénuées de pouvoir ne peuvent être libres. Leur expérience de liberté sexuelle devient une simple illusion, un reflet de leur conformité aux exigences des dominants. » La liberté seulement pour quelques-uns, ce n’est pas une liberté mais un privilège. Donc la liberté de ne pas considérer l’autre comme une personne, ce n’est pas une liberté, mais un privilège (en l’occurrence masculin).
Dans tous les peuples qui ont lutté pour la liberté, les gens ont compris que leur liberté dépendait d’abord de la justice. Cela est parfaitement compris — sauf en matière de sexe. Hors de toute notion de justice et d’égalité, on ne sait pas bien ce que « liberté sexuelle » signifie. Ce terme brouille presque totalement les valeurs réellement exprimée lors des rencontres sexuelles.
Pour poser sérieusement la question de la libération sexuelle, il faut la considérer dans le contexte politique actuel : une structure sociale qui est essentiellement celle de la suprématie masculine. Et comment certains actes sexuels pratiqués en privé peuvent refléter et maintenir intactes des structures de domination et de soumission.
« La liberté sexuelle n’a jamais eu pour objet la justice sexuelle entre les hommes et les femmes. Son objet a été le maintien du statut supérieur des hommes, […] et il a été de sexualiser le statut inférieur des femmes», donc de préserver une sexualité qui préserve elle-même la suprématie masculine. Une fois que l’inégalité a été sexualisée, tous les coups sont permis.
Ici dans le sens : Qu’est-ce qu’une bonne baise ? Il y a deux questions en une, celle du plaisir et celle de l’éthique. Est-ce que le sexe est bon parce qu’il est agréable et qu’il donne du plaisir ? Ou bien parce qu’il est éthique (la façon dont les partenaires agissent et se traitent, par exemple, la justice et l’égalité entre eux, leur empathie, leur respect) ?
Pour Stoltenberg, le bon sexe relève des deux à fois : le plaisir érotique à la fois s’enrichit et dépend d’un contexte de respect mutuel entre les partenaires. le bon sexe est bon pour et bon envers chacun des partenaires.
Parce qu’elle exige de se pencher sur les inégalités de pouvoir (par exemple le genre, la race, les revenus, l’âge). C’est une question exigeante car elle porte sur le lien entre la structure sociale et l’acte sexuel examiné. Deux personnes ne vont pas juger de la même façon si le sexe est bon selon leur rapport au pouvoir et à la domination.
Quelqu’un qui veut célébrer les inégalités de pouvoir et les privilèges va considérer comme du bon sexe les scénarios qui lui font vivre ces situations d’inégalité (domination, coercition, force, etc). « En revanche, quelqu’un ayant fait le choix de résister activement à ce statu quo trouverait du sexe bon dans la mesure où l’acte sexuel habilite également les deux partenaires. »
C’est quand un homme regarde le corps d’une personne non comme quelqu’un, mais comme un objet qu’il possède ou qu’il va posséder. Et il devient excité sexuellement en considérant cette personne comme son objet. Cela peut se produire dans la rue, quand un homme fixe le corps d’une inconnue jusqu’à avoir envie d’un rapport sexuel avec elle. Ou bien quand un homme regarde ou imagine du porno, des corps, des organes génitaux qui semblent disponibles et accessibles, et il se masturbe en même temps. Ou encore quand un homme a besoin d’un type de corps particulier pour avoir envie de sexe, et qu’il est même prêt à payer pour se le procurer puis s’en débarrasser.
Les points de vue sont divers sur l’objectification. Il existe différents tabous sur qui on a le droit d’objectifier sexuellement ou pas ; par exemple suivant le type de corps, les parties du corps, l’âge, les croyances, la classe des personnes etc. Certains actes sexuels seront moins bien considérés que d’autres.
« Mais dans tous les cas, l’objectification sexuelle est considérée en elle-même comme la norme de la sexualité masculine.» Elle est perçue comme ordinaire, comme une façon « naturelle » et « saine » de regarder d’autres personnes. Certains hommes sont si obsédés par l’objectification qu’ils organisent une bonne part de leur vie en fonction, pour être suffisamment souvent excités.
De manière générale, la sexualité masculine est relativement à l’abri de toute évaluation éthique, mais si besoin il est possible d’évacuer facilement la question. Par exemple en disant que c’est un phénomène biologique neutre, comme si l’objectification était une fonction évolutionnaire de l’espèce humaine, ou une expression de notre ADN. On peut aussi dire qu’il s’agit simplement d’une « réaction », « comme si le véritable responsable de l’acte était quelqu’un ou quelque chose d’autre. » L’objectification est donc peu étudiée, alors qu’elle est essentielle à la sexualité masculine.
On met ici de côté le « péché » ou la « vertu », des notions qu’on retrouve dans les morales religieuses mais qui ne nous intéressent pas ici. Poser la signification éthique de l’objectification, c’est identifier qu’il s’agit d’un acte que fait une personne à une autre. Donc : « qui fait exactement quoi à qui ? L’acte est-il juste ou injuste ? Quelle est la conséquence de l’acte pour l’autre personne ? »
En fait, « lorsqu’un homme objectifie sexuellement quelqu’un, c’est à dire lorsqu’il considère une autre personne comme une chose plutôt que comme une personne à part entière, à seule fin d’excitation sexuelle, il est peu susceptible d’être attentif à ce qui arrive à qui que ce soit d’autre que lui-même ». Par définition, la personne cesse d’être considérée par lui comme un vrai sujet. Seule l’expérience de l’homme est valide, la personne objectifiée « ne mérite aucune empathie réelle », il « crée une distance entre lui et la personne ainsi traitée ».
L’objectification sexuelle est à la fois une réaction à la suprématie masculine, et un moyen d’imposer cette suprématie. Elle permet aux hommes de se sentir suffisamment dissociés du statut inférieur des femmes, de s’identifier et se sentir réels en tant qu’hommes.
« Pour bien des femmes, l’objectification sexuelle masculine constitue un prélude à la violence». Avant de commettre une agression sexuelle, ou d’imposer un acte sexuel, l’homme objectifie sa victime. Cet objet devient une proie, une cible. Quand un homme objectifie une femme, il ne commet pas à tous les coups de violence sexuelle. En revanche, « tout acte d’objectification sexuelle a lieu sur un continuum de déshumanisation dont la violence sexuelle masculine constitue l’aboutissement ». L’objectification est ce qui rend la violence masculine possible.
C’est l’industrie et le commerce de l’objectification. « La caméra est devenue à la fois le médium et la métaphore de l’objectification sexuelle». Une personne réelle est transformée en une image, qui sera copiée et vendue à des millions d’hommes pour qu’ils puissent avoir une relation sexuelle avec un objet.
Le porno «fonctionne justement en permettant aux hommes de ne pas ressentir d’empathie pour la personne objectifiée. On exagère à peine en qualifiant cela de nécrophilie de masse ». Les femmes objectifiées sont souvent représentées « dans des positions lascives, d’extase, et d’accessibilité, d’absence de vie en quelque sorte. L’objet sexuel n’a plus de volonté autonome, c’est un « genre de mort cérébrale ».
Les hommes aiment le porno car il les aide à être excités tout le temps. Les hommes détestent ne pas avoir envie de baiser, ils croient qu’ils devraient avoir envie de baiser même quand ils n’en ont pas envie. Les hommes aiment le porno parce qu’il les aide à se mentir. Le porno se grave sur nos rétines et sur nos cerveaux, il reflète et influence ce que les hommes pensent être du « bon sexe ». C’est « une industrie vouée à convaincre les gens qui ont un pénis que les gens qui n’en ont pas sont des salopes qui ne veulent qu’être violées et avilies, […] où les hommes se voient comme des machines à baiser et voient les femmes comme des objets décérébrés à entuber ».
Parce que la caméra est un outil qui peut transmettre certaines choses plus que d’autres. Instrument d’objectification par excellence, la caméra peut représenter facilement les performances extérieures. Mais elle illustrera difficilement « l’échange d’émotions entre deux personnes à ce moment, les valeurs de chacune, le lien entre cette rencontre sexuelle et le reste de leurs vies, » etc.
Ce que la caméra donne à voir devient la norme du bon sexe pour un homme. En imitant ce qu’il voit dans les films porno, l’homme « devient comme une caméra face à la personne avec qui il est ». Le porno renforce donc artificiellement l’identité sexuelle des hommes et leur permet de garder un lien avec l’idéal d’une masculinité déconnectée de qui que ce soit d’autre. Trop habitués à baiser comme des caméras, les hommes deviennent incapables de reconnaître du « bon sexe » s’il n’y perçoivent aucune domination implicite.
La pornographie est « comme une fenêtre sur la socialisation à ce qu’on appelle la sexualité masculine ». Elle «ment à propos des femmes. Mais elle dit la vérité à propos des hommes ». « On [y] voit ce dont ont besoin les hommes, en tant que classe, […] pour se sentir réels », elle est même la source d’information la plus fiable sur le masculinisme.
La pornographie nous montre les gestes qui imposent le pouvoir sur un autre corps. Elle érotise la suprématie masculine. Elle l’institutionnalise « tout comme la ségrégation institutionnalise la suprématie blanche. C’est une pratique qui incarne une idéologie de supériorité biologique, une institution qui exprime et instaure cette idéologie ». Elle fait vivre la hiérarchie, la haine, le terrorisme et l’inégalité comme du sexe. « La pornographie rend le sexisme sexy. »
Tous les hommes n’apprécient pas le porno gay, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici, car le porno gay ne nous apprend pas seulement des choses sur les hommes gays, mais sur la masculinité en général, sur « ce que les hommes croient que les autres hommes vivent quand ils ont du bon sexe. »
Comme presque tous les films porno, ils « mettent en scène une sexualité qui n’a pas de passé (les accouplements sont dénués d’histoire), pas d’avenir (les rapports sont dénués d’engagement), et pratiquement pas de présent (la relation est physiquement fonctionnelle, mais aliénée au plan émotionnel). La caméra est obsédée par les pénis et ce qui leur arrive, en gros plan. Des pénis qui entrent dans des trous et en ressortent. Les pénis sont toujours en érection, pour qu’on soit bien sûr qu’ils éprouvent des sensations. La seule chose qui paraît, c’est l’activité de la bite, son statut. Le porno gay incarne le voyeurisme et l’égocentrisme sexuels auxquels aspirent également les hommes hétéros.
Dans le porno gay, tout est «présenté comme ostensiblement masculin » alors que dans le porno hétéro la femme est montrée « comme objet sexuel doté d’un besoin insatiable de subordination ». Mais porno gay et hétéro ont pour point commun de dépeindre les mêmes valeurs : « prendre, utiliser, détourner, dominer — en d’autres mots, une politique de coercition sexuelle ».
Sans doute pour deux raisons
1. Le spectateur veut pouvoir s’imaginer lui-même dans les scènes de sexe et ne veut pas être distrait par un concurrent masculin.
2. Le spectateur ne veut pas prendre le risque d’objectifier sexuellement d’autres hommes. Voilà pourquoi l’accent est mis sur la femme comme objet.
Déjà par les scènes de lesbianisme, qui sont un vrai cliché de la pornographie hétéro : les femmes ne sont pas là l’une pour l’autre, elle sont là seulement pour le spectateur masculin. Ensuite par les innombrables insultes homophobes, contre les gays ou les hommes efféminés. Si un homme est perçu comme un simple orifice, il est autant méprisé qu’une femme.
Et enfin la sexualité patriarcale, c’est-à-dire la haine des femmes, s’exprime aussi très bien dans le porno gay, mais d’une façon différente « Pour limiter le stigmate social habituellement attaché aux hommes “traités comme des femmes” […] la pornographie gay a élaboré plusieurs “codes” particuliers . Un de ces codes est qu’un homme qui se fait sodomiser va ensuite sodomiser plus tard dans le film, pour montrer qu’il n’a pas été féminisé.
Un autre code est qu’un homme “capable” de supporter » la violence sexuelle d’une autre homme « atteint une sorte de supermasculinité ». À l’inverse du porno hétéro, ici le ligotage douloureux, l’humiliation et l’enculage au poing sont des façons de prouver qu’on est bien viril. L’homme est un objet sexuel, mais il n’est pas une victime, il encaisse. Le porno gay promet « aux hommes d’en sortir encore plus virils ».
Parce que l’industrie du porno et ceux qui en font l’apologie savent qu’elle existe parce qu’elle alimente la sexualité de quelques hommes, et c’est un vilain petit secret. Ces gens sont gênées d’admettre que le pire du matériel qu’ils produisent peut avoir l’effet d’exciter sexuellement des hommes et de nourrir leur appétit et leur violence. Ils ont peur que «le mouvement féministe antipornographie constitue en fait une attaque contre la sexualité masculine. » Et ils ont tout à fait raison : « Le mouvement féministe antipornographie tient bel et bien les hommes responsables des conséquences réelles de leurs envies sexuelles pour les femmes ».
Voici quelques arguments utilisés par les pornographes et les éditeurs pour faire taire la critique :
Les amateurs de pornographie protestent souvent en disant qu’on peut développer du porno alternatif, artistique, éthique voire féministe grâce à de meilleures productions, scénarios, une diversité d’acteurs et actrices. Bref on pourrait réformer le porno et le rendre éthique en changeant la façon dont les films sont tournés. Stoltenberg doute franchement que cela suffise. Pour lui, la solution « est vraiment de changer le sexe lui- même. »
Tenons pour acquis que le bon sexe soit possible, qu’il existe. C’est à dire des relations sexuelles qui permettent « d’investir des valeurs d’égalité, de réciprocité, d’équité, » de communion et d’affection, d’intégrité physique, de capacité égale de choix, tout en fusionnant ces valeurs avec une jouissance physique, des sensations intenses et une expressivité débordante. Admettons que certaines personnes aient déjà ressenti ce potentiel érotique, malgré l’ensemble de notre contexte culturel qui y est très défavorable. Comment ces personnes pourraient transmettre ces connaissances à d’autres, « l’exprimer, le montrer, le communiquer… sans devoir coucher avec tout le monde ? »
« Il faudra, bien sûr, certains supports culturels pour diffuser ce message, pour tenter de sensibiliser les gens à ce qui peut être bon dans le sexe et les aider à dépêtrer leur vie des nomes sexuelles qui empêchent le sexe d’être bon. Ces messages devront prendre différentes formes, qu’il s’agisse de mots, d’images, de performances, ou d’un mélange de tout cela.» Mais «cette communication différera beaucoup de la plupart des productions sexuellement explicites actuelles, essentiellement créées pour piéger les gens dans une relation sexuelle avec ces objets. »
Pour que les personnes apprennent à se considérer mutuellement comme des personnes entières et non comme des objets, des parties de corps, des biens de consommation, il est « évident que le média approprié à une telle communication ne peut être lui-même produit et commercialisé sous forme d’objets à fonction sexuelle », comme c’est justement le cas d’un film porno.
Le mieux pour commencer cette tâche est de ne pas attendre une médiation mais s’engager dès aujourd’hui à comprendre la façon dont nous traitons les gens, et à « parler de tout cela, face à face, de personne à personne, avant, pendant et après le sexe. » « Nous devons nous engager à une responsabilité et à une sincérité accrues dans nos vies sexuelles. »
Le droit est censé créer la justice. Mais « historiquement, les lois ont servi à perpétuer l’injustice — l’esclavage, entre autres — aussi souvent, voire plus souvent, qu’elles n’ont servi à le contrer. » Les lois « tendent à servir les intérêts des dominants et à trahir ceux des dominés. […] Le droit a plutôt servi à défendre la suprématie masculine, à renforcer l’injustice sexuelle. »
Parce qu’en 1983 un nouvelle théorie juridique a été créée aux États-Unis, avec un projet d’ordonnance municipale antipornographie élaboré par des féministes radicales. Ce projet « allait permettre des recours civils contre des pornographes au motif que leur pratique constituait une violation des droits civiques des femmes — parce que la pornographie subordonne les femmes en tant que classe et crée donc de la discrimination sexuelle. »
C’est une idée née « de l’indignation et de la frustration qui animaient depuis les années 1970 une forte mobilisation féministe contre la pornographie. »
En 1968 des féministes perturbent le célèbre concours Miss America, ce « rituel sexiste et raciste célébrant la réduction de femmes à l’état d’objets ». Puis de nombreuses manifestations ont lieu contre l’empire Playboy. Elles veulent « construire à la place une société où les femmes et les hommes seront libres de leurs interactions comme être humains d’égale dignité et valeur ». Les pornographes veulent détruire les féministes et engagent la bataille, notamment grâce à la presse.
Les féministes imaginent une multitude d’actions différentes, de désobéissance, des blocages. En 1976 sort un film intitulé Snuff, qui met en scène un homme qui tue, éventre une femme et lui arrache et exhibe l’utérus au moment où il jouit. Les féministes forment des groupes locaux anti-porno un peu partout, elles se mobilisent de plus en plus, organisent des manifestations contre la vente de film et revues porno, et contre les photographes de Playboy qui tentent de recruter des étudiantes.
Le militantisme de terrain s’accompagne de nombreux écrits féministes critiques de la pornographie. Les femmes prennent la parole et révèlent « comment l’utilisation de la pornographie par des hommes avait joué un rôle direct dans leur vécu d’inceste, de maltraitance sexuelle, de viol marital, de violence conjugale […] Certains témoignèrent de la manière dont la pornographie avait servi à les “apprêter” en vue de les prostituer. »
Deux femmes qui formaient une redoutable équipe.
Il s’agit « d’un amendement apporté à l’ordonnance des droits civiques de la ville de Minneapolis. […] Cette innovation allait donner aux victimes de la pornographie une chance de se défendre. »
1. La contrainte à la pornographie. Pour permettre à une personne dont le viol est photographié ou filmé, ou qui est contrainte à jouer une scène pornographique, de porter plainte ou d’intenter des poursuites civiles.
Pas d’arrestation, d’incarcération, de perquisition ni de poursuites pénales. Les sanctions prévoient des dommages et intérêts, et possiblement un retrait du marché de la production pornographique. « Cette ordonnance n’a absolument rien à voir avec une intervention policière, une bridage des mœurs ou un comité de censure ; elle serait exclusivement déclenchée par des plaintes et des recours civils, déposés à titre individuel par des parties plaignantes et non sous forme de poursuites intentées par l’État ».
Le matériel en cause doit répondre à chacun des quatre critères suivants :
1. Il doit être manifeste. C’est-à-dire que le caractère pornographique doit être dénué d’ambiguïté.
Les lois sur l’obscénité sont rédigées pour rendre illégal le matériel qui offense la moralité publique, alors que l’Ordonnace identifie la pornographie par rapport aux personnes à qui elle porte préjudice. Les lois sur l’obscénité sont subjectives et arbitraires, déconnectée d’un préjudice réel. Alors qu’il existe des preuves abondantes des préjudices causés par le porno tel que défini dans l’Ordonnance. En fait, la critique juridique et politique la plus cohérente des lois sur l’obscénité a été faite par des militantes féministes radicales qui demandaient leur abrogation.
Elle fut adoptée par le Conseil municipal de Minneapolis le 30 décembre 1983, à la surprise générale. « On vit une certaine horreur se propager à l’idée qu’une femme […] puisse entrer dans un tribunal et risquer de prouver […] qu’une manifestation donnée de la sexualité patriarcale l’avait blessée et que cette atteinte avait quelque chose à voir avec le fait d’être une femme ».
Il y eu de l’opposition, au nom de la liberté d’expression, pour ne surtout pas reconnaître les menaces liées à la sexualité patriarcale. Le 5 janvier 1984, l’Ordonnance subit le véto du maire Donald Fraser. Le projet de loi fut adopté une fois de plus en juillet 1984 à Minneapolis, et le maire y opposa son véto encore une fois. En novembre 1984, l’Ordonnance fut qualifiée d’inconstitutionnelle par la juge de district car elle décida que la liberté d’expression était plus importante que les droits en matières de discrimination sexuelle. C’est un signe qu’on peut faire tout ce qu’on veut à des femmes du moment que l’on possède les moyens de vendre ces images aux quatre coins du monde.
La ville d’Indianapolis fit appel de la décision de la juge, puis adressa finalement un recours à la Cour suprême. En fin de compte, en février 1986, la Cour suprême confirma la décision rendue en appel par le juge.
Pour Andrea Dworkin, cette décision est scandaleuse : « Cela montre que l’appareil judiciaire protège l’industrie de la pornographie et que tout ce que le système pornographique fait aux femmes est normal […] Je ne comprends pas comment une femme qui est tailladée à coups de couteau peut être l’expression d’un simple point de vue, qui bénéficie de la protection du Premier Amendement ».
Parce qu’on peut vouloir leur ressembler, mais avoir peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver sa place, de ne pas assurer. Nous sommes jugés par les autres hommes, et parfois menacés par eux.
Il permet d’imaginer un avenir de justice de genre, où les hommes n’ont pas à être grossiers et brutaux, et les femmes n’ont pas à être coquettes et superficielles. Les idées du féminisme radical aident quelques-une d’entre nous à respirer un peu mieux.
Il perçoit encore plus clairement chez d’autres hommes les comportements et attitudes qu’il rejette en lui-même, et il en connaît leurs signification. C’est désagréable car ces comportements lui rappellent les parties de lui-même qui n’ont pas réellement changé. Ça devient difficile de discuter superficiellement et de rire aux blagues sexistes pour avoir des amis.
Il cherche encore la compagnie d’autres hommes, qui en général, ne partagent pas les mêmes valeurs et engagements. Il est donc confronté à un dilemme : soit il reste avec des hommes qui ne s’efforcent pas d’être antisexistes, soit il se coupe des autres hommes. Aucun choix n’est satisfaisant. L’engagement pro-féministe est presque synonyme d’un isolement des autres hommes, mais si on se coupe des autres homme, on ne peut pas réellement mettre en pratique cet engagement…
Il s’agit de trouver une façon de présenter et promouvoir le mouvement proféministe qui susciterait l’enthousiasme de l’ensemble des hommes. Il nous faut développer et mettre en alerte notre identité morale au lieu de notre identité de classe de sexe. Il nous faut vivre différemment et créer une différence par nos vies.
Nous ne devons surtout pas essayer d’être des rédempteurs de notre classe, ne surtout pas essayer de prouver sur la place publique que les hommes ne sont pas aussi mauvais qu’on le dit. Ce serait chercher le confort, s’autocongratuler pour se forger une apparence de dignité. Il n’y a aucune fierté à être des hommes. Par contre nous pouvons être des hommes qui vivent leur vie d’une façon qui changera le monde, et arrêter de trahir la vie des femmes.
Si le genre est aboli, il n’y a plus deux identités sexuelles auxquelles appartenir. Les gens savent comment procréer, mais ne passent pas leur vie à construire une identité basée sur les capacités reproductives. Ils ont des identités individuelles, mais ces identités ne sont plus genrée. Comme les gens ne se soucient plus de répartir les autres dans des catégories, ils n’ont pas d’effort à faire pour incarner telle ou telle catégorie. Les gens ont des relations amoureuses et sexuelles sans avoir à performer le sexe auquel ils sont censés appartenir. Ce qui compte réellement, ce n’est pas le fait d’être ou non un vrai homme ou une vraie femme, mais comment on vit, comment on aime et traite les autres, et ce qu’on peut apporter au monde durant notre passage sur Terre.
Stoltenberg s’adresse aux hommes qui comprennent que « la pornographie rend vraiment le sexisme sexy, et qu’elle définit vraiment ce qui est désirable en fonction de critères de domination et de subordination, des critères qui reflètent nos intérêts en tant qu’hommes. » Il s’adresse aux hommes qui constatent le pouvoir qu’a « la pornographie sur la vie des femmes : parce qu’elle peut nous amener à croire que les femmes sont par nature des putains ; […] que les femmes veulent être violées […] ou méritent d’être punies ».
Il demande à ces hommes d’ « avoir pour projet de créer de véritables changements », de s’y mettre et d’agir. Rester tranquillement assis, c’est être gardien du statu quo alors que la pornographie est un enjeu politique radical qui nous concerne. Il n’y aura pas de liberté sexuelle tant qu’il n’y aura pas de justice et d’égalité. « À en croire la pornographie, il est impossible d’y arriver. À en croire le patriarcat, on ne devrait même pas vouloir essayer. »
« Nous devons dire clairement à nos fils que si un homme prend son pied en avilissant des femmes, c’est inacceptable. Nous devons dire clairement aux marchands que s’ils monnaient le corps et la vie de femmes pour divertir des hommes et les faire consommer, c’est inacceptable. » […] Quand la simple réalité d’un pénis n’autorisera plus personne sur terre à un pouvoir injuste sur la vie de quiconque — alors, dans les faits, les hommes n’existeront plus. J’ose dire que je souhaite voir cet avenir réalisé ».
Retrouvez le livre : Refuser d’être un homme, pour en finir avec la virilité, John Stoltenberg, Éditions Syllepse
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Quels critiques sur les illusions de l’écologie libérale. Non seulement ils nous vendent notre propre mort, mais le pire c’est qu’on achète et qu’on en vante les mérites.
Quel est le problème ?
L’air devient irrespirable, l’océan est pollué, la température devient invivable, des millions de vies humaines et non humaines sont chassées, exploitées, intoxiquées, violées et détruites, les forêts sont rasées, les espèces sont exterminées. Bref, la planète est en train d’être assassinée.
Quelle est la solution qui nous est proposée ?
« Aujourd’hui je choisis un fournisseur d’énergie renouvelable »
Ces slogans vous sont-ils familiers ? Vous les avez forcément entendu ou lu, à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux, entre ami·es. Voilà à quoi se résume souvent le discours dominant, « mainstream » en matière d’écologie : Pour relever le défi climatique, je choisis de mieux consommer, je choisis de moins polluer.
Qui aurait pu sérieusement penser que changer de banque aurait arrêté Hitler ? Ou que faire certains choix de consommation aurait mis fin à l’esclavage ? Pas grand monde… Alors pourquoi aujourd’hui que la 6ème extinction (extermination) des espèces est en cours au rythme de 200 par jour, pourquoi nous parle-t-on autant de choix individuels de consommation comme s’il s’agissait de la solution ? Non seulement ce serait la solution la plus accessible, mais aussi la plus réaliste ?
Arrêtons-nous sur cette phrase : « Je choisis ma consommation » on voit trois éléments. Je (moi, individu) choisis (je choisis librement car je suis libre) ma consommation (c’est-à-dire acheter marchandise n°1, n°2 ou n°3). Ces trois éléments — l’individu, le choix, la marchandise —sont essentiels au maintien du statu quo, ils structurent l’approche libérale de la question écologique. Ce slogan « Je choisis ma consommation » est donc intéressant, et c’est pourquoi on vous propose qu’on l’analyse ensemble pour comprendre certains travers dans lequel notre mouvement tombe trop souvent.
Dans la fable libérale, qu’est-ce que je, l’individu ? Il est l’unité de base. Si on écoute Margaret Thatcher, il n’y aurait même pas de société, mais seulement des individus, des je. Les individus seraient égaux en droits et auraient des relations libres entre eux. Le Je est libre, le Je est donc responsable. Si Je pollue, Je gaspille, Je fais partie du problème. Mais si Je fais partie du problème, Je peux à l’inverse décider de faire partie de la solution. Grâce à un peu d’éducation, de sensibilisation et de bonne volonté, Je me responsabilise, Je décide librement de ne plus polluer, et Je deviens même heureux. Et voilà, tout est réglé !
Sauf que la réalité est bien différente. Il n’y a pas que des relations inter-individuelles, il y a aussi des groupes, certains groupes qui trouvent un moyen d’exercer du pouvoir sur d’autre groupes. C’est ce qu’on appelle des classes, les classes sociales. Ces groupes établissent, renforcent, légitiment leur pouvoir sur les autres grâce à des institutions. Par exemple grâce à l’État, grâce à la propriété privée, grâce au genre, grâce à la division du travail, grâce au marché, marché du logement, marché de l’emploi, etc. Les relations entre individus et groupes sont aussi déterminées par ces institutions.
Ce que la pensée libérale ne peut concevoir, c’est cette dimension de pouvoir exercée par les uns sur les autres. Pourquoi est-ce problématique ? Parce qu’on ne peut pas mettre fin à des dominations de classes grâce à une juxtaposition d’actions individuelles. Le problème se situe à une autre échelle, collective, pas individuelle. Les institutions comme le marché, le mode de production capitaliste, déterminent énormément les comportements des individus qui composent les différentes classes. En général, les personnes les plus réfractaires à ce genre d’analyses sont celles qui font partie des groupes dominants. Comme tout le monde, les personnes d’un groupe dominant aiment à penser qu’ils et elles sont de bonnes personnes. Elles sont donc très douées pour une chose : se mentir à elles-mêmes pour ne pas considérer l’existence de leur propre privilèges, et se persuader que si elles en sont là, c’est sûrement grâce au mérite, et sûrement pas grâce à l’exploitation des autres.
Ok regardons le problème autrement, imaginez une grande machine. Une très grande machine à l’intérieur de laquelle vivent des milliers de personnes. La machine permet à ces personnes de vivre en produisant de la nourriture et le reste nécessaire. En échange, la machine requiert de ces personnes qu’elles suivent en permanence un protocole très strict et une forte discipline. Les personnes à l’intérieur de la machine en sont dépendantes, elles ont besoin de la faire fonctionner pour pouvoir vivre. Si une personne ne suit pas correctement le protocole, elle est considérée comme un élément défectueux, elle sera vite remplacée ou éliminée.
Oh et j’oubliais juste un détail, la machine a un défaut de conception qui ne peut être modifié ou annulé. Ce défaut est le suivant : La machine a besoin de détruire la planète pour fonctionner, elle ne peut pas ralentir, à vrai dire elle doit même constamment accélérer. Pour faire vite, c’est à peu près la situation dans laquelle nous sommes embarqué·es aujourd’hui. Étant préoccupées par l’état de la planète, nous voulons que cette machine s’arrête avant qu’il soit trop tard, avant qu’elle n’ait tout détruit.
Comment faire pour arrêter cette machine ? Est-ce que nous devons convaincre les personnes qui sont aux commandes et qui la font fonctionner que c’est une mauvaise idée ? Qu’elles « disent la vérité » ? Le problème est qu’elles ont besoin que cette machine fonctionne pour pouvoir vivre. Nos arguments auront donc peu de poids, nous ne pouvons pas persuader des personnes embarquées dans un système qui les dépasse et qui détermine leur comportements, de mettre fin à ce qui le maintient en place. L’option la plus réaliste n’est pas de convaincre les personnes qui actionnent la machine, c’est-à-dire les personnes au pouvoir. L’option la plus réaliste est de convaincre suffisamment de monde autour de nous et de nous organiser efficacement pour faire dérailler, casser, détruire la machine mortifère. Face à un problème collectif, la réponse ne peut pas se contenter d’être individuelle, elle doit être collective. Le Je individualiste du discours libéral est un piège, car seul un Nous pourra casser la machine et arrêter la destruction de la planète.
Choisir c’est décider entre plusieurs options. Nous faisons des choix en permanence, c’est certain. Ce qui est moins sûr, c’est si nous faisons ces choix librement. Faire le choix de résister ou non, de s’opposer ou non à l’injustice, ne dépend pas simplement de la « bonne volonté » des personnes, du niveau de connaissance etc. Nos choix sont influencés, limités, déterminés par des facteurs sociaux et psychologiques (sans même parler du secteur marketing). L’injonction au choix devrait donc être maniée avec plus de prudence par les militant·es écologistes (par exemple quand on espère que toute la population choisisse de s’engager dans telle ou telle action).
Pour cette partie, on s’inspire du chapitre La Psychologie de la Résistance du tome 2 de Deep Green Resistance. On part de l’hypothèse que la majorité des individus n’entrera pas en résistance pour certaines raisons évidentes : l’obéissance invétérée, l’ignorance et les bénéfices que l’on retire de notre participation à la culture dominante. Par « résistance » on entend pas seulement les personnes qui sont sur le front mais de manière plus large, les personnes qui refusent de se soumettre à la domination, en soutenant les réseaux clandestins, on participant à la mise en visibilité de la nécessité d’une diversité des tactiques… Les recherches en psychologie nous montrent au moins 4 barrières qu’il faut aussi prendre en compte pour comprendre pourquoi les individus sont susceptibles de ne pas résister : L’opinion dominante, l’autorité, la résignation acquise et l’effet spectateur.
C’est une expérience menée par le psychologue Solomon Asch dans les années 50 qui nous montre l’influence de la sphère sociale sur nos propres perceptions.
Une série d’expériences célèbres à ce sujet ont été commencées par Stanley Milgram en 1961 pour comprendre dans quelle mesure les responsables de l’Holocauste avaient « seulement suivi les ordres ». Dans l’expérience, un personne en blouse blanche demandait au participant d’infliger des décharges électriques de plus en plus fortes à une personne complice (dans une autre pièce). Même si personne ne mourrait réellement, 65 % des participants infligèrent les décharges électriques jusqu’à la mise à mort. Aucun participant ne remit en question la raison d’être de l’expérience.
Quand la séance se déroulait dans un lieu plus respectable (comme un palais de justice), le niveau d’obéissance augmentait. Quand le sujet devait seulement assister l’opération, presque toutes les personnes sont allées jusqu’au bout. Mais si des complices défiant l’autorité étaient introduites, la plupart des sujets refusaient de poursuivre l’expérience
Une série d’expériences menée par Martin Seligman à la fin des années 60 consistait à infliger des décharges électriques sur des chiens. Certains groupes de chiens pouvaient échapper aux décharges, et d’autres ne pouvaient pas. Ces derniers ont développés des symptômes similaires à la dépression. Dans d’autres situation de souffrance, les chiens habitués à subir s’allongèrent en gémissant alors qu’ils pouvaient facilement s’enfuir. Ils avaient appris à se résigner. Ce qui est rassurant, c’est qu’environ 1/3 ne se résigna pas et réussit à s’échapper malgré le traumatisme précédent.
Associé à la diffusion de la responsabilité, c’est un autre cas psychologique pour comprendre l’incapacité à résister. Il est souvent déterminant quand par exemple des femmes se font agresser en pleine rue devant des dizaines de spectateurs, crient à l’aide, se débattent, mais que personne n’intervient. Plus il y a de personnes qui assistent à une situation où elles devraient intervenir, et plus la probabilité qu’elles interviennent diminue. Dans les expériences menées sur cet effet, les personnes n’interviennent pas car elles sont incapables de passer à l’acte par peur de « se ridiculiser par une réaction excessive ».
Que nous apprennent ces 4 recherches ?
Que l’opinion dominante modifie notre perception de la réalité et notre volonté à sortir du lot. Que l’autorité symbolique détermine notre comportement, encore plus si elle est accompagnée d’une pression sociale, économique, judiciaire, policière. Elles nous apprennent que quand on croit que le problème vient de nous- même, que « tout est de notre faute » et qu’il apparaît comme naturel ou inévitable, la majorité d’entre nous déprime, se résigne et ne résiste pas. Ou encore que quand on est dans un groupe qui ne réagit pas au danger, on en déduit que la situation n’est ni impérative, ni dangereuse.
Martha Wolfenstein a étudié l’inertie des populations sinistrées dans le cas d’une catastrophe qui ont tendance à être calmes, sidérées et désorientées. Les deux principales raisons pour lesquelles de nombreuses personnes n’agissent pas lorsqu’elles font face à un danger ou une catastrophe sont :
Mais ces recherches nous apprennent aussi que si une personne dans notre entourage résiste, alors nous allons beaucoup plus facilement résister nous aussi. Une minorité de personnes refuse les pressions du conformisme et sont psychologiquement plus disposées à la résistance. Ce sont les premières à se battre contre l’injustice, à rejoindre et à organiser des groupes.
La Résistance française comprenait au maximum 1 % de la population adulte. Parmi les juifs de l’Allemagne nazie, le nombre de personnes qui résistèrent activement fut tragiquement dépassé par la quantité de personnes qui se suicidèrent. Même après le procès de Nuremberg, et que les horreurs et atrocités des nazis furent révélées, en Allemagne de l’Est seulement 41 % des personnes trouvèrent que la résistance était justifiable. 31 % étaient indécises quant à la justification de la résistance au nazisme. Ce qui signifie que contrairement à une croyance répandue, la majorité ne choisira pas de s’engager dans un mouvement de résistance de grande ampleur avant que le système ne soit renversé. La majorité de la population ne s’engagera dans le changement qu’une fois la civilisation industrielle responsable de l’écocide sera démantelée, et pas avant.
Pour en revenir donc à cette question du choix, arrêtons d’espérer que la majorité choisissent de résister. Celles et ceux qui s’engagent volontairement dans une résistance sérieuse sont toujours minoritaires, quelque que soient les circonstances. Concentrons-nous plutôt sur ce que nous pouvons faire et avec qui nous pouvons le faire. Quels sont les traits de caractère essentiels à une résistance efficace ?
Quand l’écologie est un argument publicitaire en provenance de l’industrie ou du gouvernement, elle est un produit à destination du consommateur ou du citoyen. En avril 2017, le candidat Emmanuel Macron — lui-même choix de consommation— et la bourgeoisie en marche nous annonçaient : « Le projet que nous portons fait de l’écologie une nouvelle économie. Nous y investirons dès le début du quinquennat » « Pour changer nos manières de produire, de consommer ».
Albert Einstein, quant à lui, disait « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». Ça paraît logique et tout le monde ici en conviendrait certainement. Pourtant c’est ce qu’essaye de faire la grande partie des militants écolo concentrés à repenser, ajuster, modifier, conscientiser, moraliser leur consommation. De quoi parle-t-on quand on parle de consommation ? On parle en réalité de la production, de la marchandise, de l’économie, du marché, de la société marchande, du travail, bref du capitalisme. Vouloir moraliser le capitalisme, c’est chercher à embellir l’exploitation, sublimer l’aliénation, raffiner la domination. Bref ça ne tient pas, et pas seulement du point de vue moral, mais d’un point de vue technique. La machine qu’est le capitalisme (mais on retrouve ce principe dans la civilisation elle-même) a besoin de croître en permanence pour ne pas s’effondrer. Pour croître il faut infiniment coloniser, exploiter, extraire, le monde vivant, et on a beau le répéter c’est encore mal compris : la croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini, elle nous emmène droit vers un mur, droit vers la mort.
Cela signifie que l’activité contrainte pour générer du profit, c’est-à-dire le travail (qui est un crime) est incompatible avec tout projet sérieux de société écologiquement soutenable et moralement désirable. Il ne s’agit donc pas de mieux consommer, ou consommer plus vert, plus écolo, plus moral, mais de ne plus consommer, de ne plus exploiter, de ne plus travailler. Au slogan éco-citoyen « Je choisis ma consommation » ou « je choisis de mieux consommer », nous pouvons plus raisonnablement lui substituer « Nous réorganisons la production », ou « Nous nous organisons pour ne plus travailler » « Nous résistons à la civilisation industrielle »
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Nous retrouvons Francis Dupuis-Déri, que nous avions déjà reçu dans la première saison pour discuter d’anarchie, d’entraide et de black bloc. Aujourd’hui c’est pour un sujet différent, celui de la masculinité. L’épisode d’aujourd’hui est un enregistrement d’une rencontre publique de Francis Dupuis-Déri à la libairie Terre de Livres à Lyon en octobre 2019. Il y présente ses recherches : « La crise de la masculinité, Autopsie d’un mythe tenace » paru aux Éditions du remue-ménage.
Pardon pour la qualité de nos podcasts lorsqu’il s’agit d’une conférence, les conditions d’enregistrement public sont ce qu’elles sont, on vous souhaite toutefois une bonne écoute. Un grand merci à la librairie Terre de Livres de Lyon pour cette rencontre.
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En cette période d’agitation électorale, les grandes villes auraient, nous dit-on, les solutions face à l’effondrement du vivant. Un emploi dans un fab lab ? Un post-it bleu ou rose pour faire démocratie ? Des fermes en aquaponie pour notre autonomie ? Des jeux olympiques face au mur climatique ? Soyons sérieux·ses. C’est sans nul doute la raison pour laquelle nous assistons, justement dans les grandes villes, à une effervescence des mobilisations, accompagnées du mot d’ordre de la radicalité.
Or, si les causes premières de ces crises sont effectivement à trouver dans les régimes urbains d’accumulation l’efficacité de tels mouvements demeure limité. Pourquoi ? En fait, il persiste quelques croyances vives quant à la puissance politique de la transformation sociale et écologique de et par la ville, la grande, celle en voie active de métropolisation. Et si les formes de vie imposées à chacun·e par le néolibéralisme, métropolitain, nous maintenaient dans la réalité hégémonique du fétiche de la marchandise et de ses formes actualisées de biopouvoir ?
Cette rencontre entre Isabelle Attard, Guillaume Faburel et Floréal M. Roméro a permis de croiser plusieurs trajectoires de pensée et d’action, depuis celles mettant en critique les régimes passionnels de l’urbain métropolisé et l’assujettissement politique qui en découle très directement, jusqu’aux perspectives ouvertes par le municipalisme libertaire et son écologie sociale et les expériences décentralisées de l’autonomie.
Enregistré à la Maison de L’Écologie de Lyon le 22 janvier 2020
L’article Contre la métropolisation capitaliste (avec Isabelle Attard, Guillaume Faburel & Floréal M. Roméro) est apparu en premier sur Floraisons.
Pour terminer la première saison du podcast floraisons, nous avons regroupé les musiques utilisées pendant cette saison. La majorité des morceaux présents sont des compositions originales et arrangements de Lorenzo Papace pour le podcast.
Le morceau d’ouverture, qui est aussi le générique du podcast, est un arrangement de la chanson Le chant des marais, utilisée aussi par le MLF. Crédit supplémentaire pour L’École du chat noir et Sylvain Kaalau pour le morceau « Amor » (17:25) et pour la batterie.
L’article Musiques, première saison est apparu en premier sur Floraisons.
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