Floraisons

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Floraisons episodes

  • La Police tue (avec Assa Traoré)

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    Si l’un ou l’une d’entre nous est esclave, alors nous sommes toutes et tous des esclaves. L’écologie que nous défendons doit être férocement anticapitaliste, anarchiste, féministe, antiraciste, antispéciste et décoloniale.

    Floraisons fait la promotion d’une résistance écologiste, mais à nos yeux cette résistance, cette lutte contre la domination et la destruction du vivant, doit se faire dans toutes les directions à la fois, pour l’émancipation de toutes et tous. Pour beaucoup de personnes il ne faut pas oublier que la première des violences, c’est l’État qui leur fait subir. Voilà pourquoi on se rapproche, on veut écouter, et faire entendre les personnes qui subissent le plus cette violence-là au quotidien.

    Si vous suivez notre podcast, vous avez remarqué dans notre générique de fin, à la fin de chaque épisode une voix qui s’élève parmi les autres, une voix pour la justice, pour le droit de vivre dignement, une voix forte, poignante, émouvante. Cette voix, c’est celle d’une grande sœur qui est entrée en résistance contre l’oppression d’un système injuste, c’est celle d’Assa Traoré, qui est engagée dans la lutte « La Vérité et Justice pour Adama » depuis 2016 avec courage et détermination. Pour le dernier épisode de la saison 1 de floraisons, nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer Assa Traoré et le Comité Vérité et Justice pour Adama à la Fête de l’Humanité au mois de Septembre 2019. Nous avons discuté de violence, de racisme, de lutte, et de solidarité.

    Une victime de la police, ce n’est pas seulement un chiffre, il y a des personnes derrière, il y a des parents, il y a des ami·es. Comme le dit Assa Traoré, elle ne se bat pas contre des personnes mais contre des institutions, une révolte contre des systèmes qui nous oppressent. En ça elle est résistante et nous ne pouvons qu’être solidaire avec elle, lui apporter un soutien sans faille. On ne va certainement pas toutes et tous converger au sein d’un grand groupe, ou d’une grande organisation commune, dans une seule et même lutte. Nous ne subissons pas toutes et tous les mêmes oppressions, il y a des dominations dont on ne peut pas faire l’expérience personnellement. En revanche on peut se soutenir les un·es et le autres dans des luttes différentes contre globalement un ennemi commun (par exemple le capitalisme, le patriarcat, la civilisation occidentale et ses valeurs). Et c’est en ça que nous nous déclarons solidaires de la famille Traoré pour renverser un ordre injuste.

    Assa, ils ont fait de toi une guerrière, il ont fait de la famille Traoré des guerriers. Une guerre est menée contre le vivant, contre les pauvres, contre les femmes, contre les Noir·es et les Arabes, et contre les plus faibles, contre celles et ceux que le Pouvoir considère comme n’étant rien. C’est ce regard là que nous aimerions porter au sein du mouvement écologiste pour qu’il soit à la hauteur des enjeux. Un regard de résistance contre les institutions qui maintiennent l’oppression, comme le capitalisme, comme le patriarcat ou comme la civilisation industrielle.

    Et si la majorité des écolos passaient maintenant à la riposte et disaient « Ils ont fait de nous des guerriers, des guerrières » ? Qu’est-ce que ça donnerait ? Si les écolos disaient « Les industriels, les capitalistes et les gouvernements ont déclaré la guerre au monde vivant, ils ont fait de nous des éco-guerriers » ? On aimerait bien voir ça, nous avons besoin de réfléchir et agir en guerrières et guerriers, tout en restant solidaires des plus opprimé·es. Il n’y a maintenant que deux choix possibles :

    • Continuer jusqu’au désastre total
    • Casser, démanteler intégralement la civilisation industrielle, militaire, capitaliste, patriarcale, coloniale, spéciste.
    La riposte est nécessaire, la victoire est possible.

    Que s’est-il passé depuis le mois de septembre ? L’État s’acharne et veut faire de la famille Traoré un exemple, mais la famille Traoré se bat de façon exemplaire.. Le 10 décembre 2019, Assa Traoré a appris qu’elle allait être mise en examen pour diffamation envers des gendarmes, pour diffamation publique envers une personne dépositaire de l’autorité publique. Deux gendarmes avaient porté plainte contre Assa Traoré pour les propos écrits sur un compte Facebook : « Les gendarmes t’ont tué mais ils ne tueront pas ton nom Adama » et « Pas de Justice pas de paix, mise en examen des gendarmes » L’inversion des rôles est incroyable, insupportable, révoltante.

    Nous vous encourageons évidemment à soutenir Assa Traoré et le Comité Vérité et Justice pour Adama, à exprimer une solidarité indéfectible pour leur prisonniers, à les aider par tous les moyens possibles.

    Voilà, c’est maintenant la fin de de la Saison n°1 du podcast floraisons. Merci à toutes et à tous de nous avoir suivi et soutenu jusqu’ici. Nous faisons une courte pause avant de revenir pour la saison n°2, à bientôt.

    Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes. Ni dieu, ni maître, ni mari.

    Justice pour Adama. Sans justice, vous n’aurez jamais la paix.

    Idée cadeau antiraciste et anticapitaliste : Faites un don pour soutenir la famille Traoré

    Facebook La Vérité pour Adama

    Twitter La Vérité pour Adama

    Instagram La Vérité pour Adama

     

    RÉFÉRENCES

    DORLIN Elsa, Se défendre

    RIGOUSTE Mathieu, La domination policière

    TRAORÉ Assa, VIGOUREUX Elsa, Lettre à Adama

    TRAORÉ Assa, DE LAGASNERIE Geoffroy, Le Combat Adama

     

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    45 min
  • Full Spectrum Resistance 4/4 : Logistique, Tactiques, Stratégies


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    Dans ce quatrième et dernier épisode de la série consacrée à l’ouvrage Full Spectrum Resistance d’Aric Mcbay, nous allons parler du cœur de la résistance, de ce qu’il y a sûrement de plus excitant dans tout mouvement, il s’agit bien sûr de l’action. Nous allons donc aborder les questions de Tactiques et de Stratégies dans les chapitres 11 et 12. Mais avant de parler d’action, nous devons commencer par étudier ce qui rend matériellement possible les actions : la Logistique. Comment construire cette puissante base de soutien pour pouvoir rendre le mouvement auto-suffisant et mener des actions ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

     

    ARTICLE FORMAT PDF : FSR_Logistique | FSR_Tactique-Stratégie

    Les graphiques sont en cours de traduction, merci pour votre patience

     

     

    Chapitre 10. Logistique
    & Collecte de Fonds

     

    « Les amateurs étudient la stratégie. Les professionnels étudient la logistique » — proverbe militaire

    Qu’est-ce que la logistique ?

     

    Dans la vie de tous les jours, les gens utilisent le mot « logistique » pour parler vaguement de tous les petits détails. Mais en terme de stratégie, la logistique c’est plus précis. Il s’agit des déplacements de personnes, de l’approvisionnement d’équipements, et des services. Parfois la logistique est divisée entre mouvement, matériel et maintenance.

    L’auteur cite l’exemple de la guerre du Vietman pendant les années 60 pour mettre en évidence l’importance de la logistique pour une mouvement de résistance. L’armée américaine qui a envahi le Vietman avait besoin d’un énorme approvisionnement pour ses infrastructures et ses forces. Chaque soldat américain avait besoin de 150kg d’équipement par jour, qui devaient être acheminés pour permettre l’invasion.

    En face, les résistant·es vietnamien·nes n’avaient quasiment rien. Ils et elles n’avaient pas d’économie industrielle, mais avaient des terres. Alors ils et elles se sont enterrées. Les résistants ont développé des techniques de guérilla en creusant des tunnels pour se cacher sous la forêt, et récupéraient les déchets des américains pour fabriquer leurs propres pièges. Les infrastructures de l’armée de libération nationale se situaient presque entièrement sous terre, dans des tunnels que les américains avaient le plus de mal à déceler. L’armée américaine à incendié et bombardé les forêts du Vietnam. Quand une bombe n’explosait pas, les résistants vietnamiens allaient la récupérer pour la recycler et fabriquer des pièges et des grenades.

    La force logistique des US fut aussi son point faible. Malgré son écrasante supériorité militaire, l’armée américaine fut forcée de quitter le pays. Et malgré son infériorité militaire, et au prix de souffrances, de courage, de techniques rudimentaires mais astucieuses, le Vietnam a mis en déroute l’armée la plus puissante au monde.

    Que retirer de tout ça ? Que les conflits peuvent être excitants et dramatiques, mais que les victoires dépendent tout autant de la logistique que des stratégies et tactiques. Ceci fut valable qu’il s’agisse d’un mouvement armé clandestin ou bien d’une lutte strictement non-violente : les personnes qui engagent leur vie ou leur temps dans la lutte ont besoin de manger, d’un endroit où dormir, de se déplacer sur le lieu du conflit, elles ont besoin d’outils et de services. Pour les blocages de désobéissance civile de masse, la logistique consiste à nourrir les activistes, à apporter un soutien juridique pour les personnes arrêtées ou condamnées, des tracts diffusées dans la rue. Pour les mouvements de résistance armés, la logistique fut l’approvisionnement en munition, les cachettes et les soins médicaux.

    La logistique est souvent négligée pendant les périodes calmes, pourtant elle peut devenir le principal obstacle à l’escalade d’une campagne. Les organisations ont besoin d’argent, mais quelles sont les solutions à disposition et quels sont risques associés ?

     

    L’industrie des organismes sans but lucratif

     

    Chaque source d’argent comporte des difficultés. La collecte de fond par la base est laborieuse, mais les dons généreux qui viennent de sources privées nécessitent souvent de faire des compromis. Les millionnaires qui ont fait fortune grâce à l’exploitation des « ressources naturelles » et des êtres humains sont devenus des philanthropes pour protéger leurs intérêts. Non seulement cela leur permet de payer moins d’impôts, mais c’est surtout un moyen de saper la résistance politique organisée au profit d’une charité pro-capitaliste. En choisissant qui sera financé et qui ne le sera pas, les fondations privées peuvent manipuler ou détruire certains mouvements sociaux.

    Certaines associations, bourses et programmes de financement sont même spécifiquement étudiés et implantés pour coopter des organisations et des militant·es, et les détourner vers des positions réformistes. Les différentes positions au sein des mouvements sont ainsi exacerbées : les plus libéraux reçoivent des subventions et des budgets conséquents pour leur communication, tandis que les groupes plus radicaux doivent se débrouiller avec presque rien.

    De plus, ce système incite à penser qu’être activiste doit ressembler à une carrière professionnelle. Les organisateur·trices les plus prometteurs sont attirés dans des carrières bien payées, loin de la base. Les organisations pour la justice sociale entrent aussi en compétition les unes avec les autres, elles ajustent, changent leur objectifs pour correspondre à ce qui a une chance d’être financé.

    Alors que faire ? Est-ce que les organisations radicales doivent refuser toutes les subventions ? La réponse dépend d’abord du type d’organisation. Pour la sensibilisation et la prise de conscience, certaines organisations qui reçoivent des financements peuvent faire un travail important. Mais il ne faut absolument pas être naïf et imaginer que les donateurs qui mettent en place les fondations recherchent autre chose que leur intérêt personnel. Une autre réponse est que les groupes radicaux peuvent mettre eux aussi en place leur propre système de financement à la base, des collectes de fond, et ce n’est pas une honte. C’est un sujet sensible qui n’est pas abordé en priorité par les groupes radicaux, nous allons voir comment protéger à la fois notre intégrité morale et notre porte-monnaie.

     

    Financement des groupes de résistance

     

    Dans le chapitre sur le recrutement, nous avons vu les mouvements de résistance comme des cercles concentriques.

     

    Une masse de base soutient le mouvement de loin, des auxiliaires aident ponctuellement l’organisation. Les cadres, leaders et combattant·es forment le cœur le plus dévoué du mouvement. Recruter c’est faire se déplacer les personnes vers le cercle intérieur, de sympathisantes à membre actives. Le financement fonctionne de la même façon. Une relation commence avec un groupe de personnes extérieures, à qui vous demandez de soutenir votre mouvement. Plus le temps passe, plus cette relation se renforce et vous pouvez encourager les personnes à faire des contributions plus grandes et régulières.

     

    En bas de la pyramide, c’est la majorité des personnes sympathisantes, elles ont peu d’engagement, elles donnent peu d’argent, et n’ont pas besoin de beaucoup de temps de contact. En haut de la pyramide se situent les personnes qui s’impliquent le plus et donnent le plus d’argent, et ont besoin qu’on leur consacre beaucoup de temps. Il y a une relation directe entre le temps et l’argent : pour recevoir beaucoup d’argent, il faut y passer beaucoup de temps.

    Les premiers dons à votre organisation peuvent arriver lors de ventes ou d’évènements. Ces petits dons doivent d’abord former la base du financement. C’est facile car les personnes qui donnent reçoivent quelque chose de concret en échange. Avec le temps, vous encouragez les personnes à s’impliquer un peu plus pour qu’un petit nombre devienne des donateurs plus importants. La grande majorité des personnes qui font des dons importants ont d’abord fait de petits dons pendant quelques années.

    En tant qu’activistes, et particulièrement les radicaux, nous travaillons souvent dans une bulle avec des personnes qui pensent comme nous. Des relations d’amitiés se créent, des engagements forts, basés sur la confiance. Mais le périmètre de ce seul petit groupe doit être dépassé pour financer des organisations efficaces. Le financement est bien sûr quelque chose qui nous dégoute, à juste titre, quand on ne veut pas reproduire les structures d’un système capitaliste que l’on cherche à dépasser. De plus, ce n’est pas facile de parler de sujets radicaux à des inconnu·es ou des voisin·es, encore moins de frapper à leur porte pour leur demander de l’argent. Mais sans réfléchir à la logistique, les questions stratégiques sont des paroles lancées en l’air. Il est donc très important pour les radicaux d’apprendre à construire cette base de soutien logistique, qui va de paire avec le travail de sensibilisation sur les sujets qui nous animent.

    Pour nous aider à apprivoiser ce sujet, voici quelques raisons pour lesquelles les personnes acceptent de donner de l’argent :

    1. Elles ont confiance. Le plus important n’est pas d’attirer la pitié, ni de convaincre absolument, mais d’inspirer la confiance grâce à une attitude positive. Si vous avez confiance en vous-mêmes, les gens voudront vous aider.
    2. Elles vous aiment bien. Elles donnent plus parce qu’elles ont une connexion avec vous, avec votre personnalité, votre sérieux, ou vos histoires personnelles, plutôt que par le problème contre lequel vous vous battez.
    3. Elles se sentent coupables. Elles savent qu’elles devraient faire quelque chose concernant le problème, mais elles ne savent pas quoi.
    4. Elles ont peur de l’avenir. Elles ont de bonnes nombreuses raisons d’avoir peur de l’industrie et de la pollution, pour elles-mêmes ou leurs enfants.
    5. Elles veulent faire comme les voisins. Si les voisins donnent, elles auront aussi envie de participer.
    6. Voici donc quelques conseils pour la collecte de dons.

       

      Apprenez à entrer en contact avec les gens.

      Soyez amicaux, enthousiastes, ayez confiance en vous-mêmes. Regardez dans les yeux et souriez. Ne mendiez pas, soutenir votre organisation ne doit être ni une obligation, ni de la charité, mais un privilège. C’est vous qui leur faites une faveur.

       

      Soyez crédibles.

      Vous serez plus crédibles si vous disposez d’un compte bancaire, si vous pouvez accepter les chèques et si vous émettez des reçus numérotés. Votre apparence, votre approche et vos documents doivent être cohérents. La conversation se termine très souvent juste après avoir remis un document, attendez donc la toute fin avant de le donner si vous en avez un.

      À un moment, il faut demander de l’argent, de préférence à la fin. Rendez le don le plus simple possible. Demandez un montant spécifique, mais vous pouvez préciser que toute aide est appréciée. Soyez clairs avec ce à quoi va servir l’argent. Si votre cause a l’air vague ou mal organisée, les gens ne donneront pas.
      Vous allez devoir vous entraîner, surtout pour les radicaux et anticapitalistes, car demander de l’argent est un exercice très désagréable. Malheureusement nous vivons encore dans une société basée sur l’argent et ça doit être pris en compte. Attendre les bras croisés que les dons et les approvisionnements arrivent d’eux-mêmes n’est pas un service que vous rendez à votre groupe.

       

      Le caractère

      Solliciter les gens, c’est essuyer de nombreux refus. Tout le monde ne peut pas le faire car certaines personnes dépriment quand elles se font rejeter. Trop montrer ses émotions ou ne pas assez les montrer peut poser problème. Ceci dit, aller demander des dons en dehors de notre cercle politique et rester enthousiaste renforce parfois notre caractère.

       

      À qui demander ?

      Commencez par les personnes que vous connaissez. Et puis envisagez la recherche de donateurs comme n’importe quel autre travail de renseignement : réfléchissez aux meilleurs quartiers, des gens qui peuvent soutenir votre cause. Des personnes jeunes, avec des enfants etc. Les quartiers riches ne sont pas les plus généreux, et méfiez-vous des pelouses trop propres.

       

      Construisez des mouvements

      La collecte de dons est un bon moyen pour construire des mouvements. Beaucoup de radicaux sont effrayés à l’idée de parler politique avec des personnes inconnues. Mais le contact en face-à-face est très importants pour les groupes radicaux. Les puissants essayent de nous discréditer dans les médias en nous faisant passer pour des personnes violentes, extrêmes, stupides… Poser un visage rationnel et bienveillant sur des idées radicales ne va pas vous discréditer en tant qu’individu, mais va construire de la crédibilité pour le mouvement.

      En fait, demander de l’argent pour une organisation est le meilleur moyen de trouver et identifier des personnes qui partagent nos valeurs. Et cela nous force à apprendre à communiquer à la fois ce que nous avons achevé et ce que nous voulons achever. Le but de la collecte n’est pas de faire changer d’avis les personnes mais plus de trouver celles qui partagent de mêmes opinions.

       

      Messages radicaux

      Faire une collecte de dons de masse est un défi pour les groupes radicaux, car ils doivent rendre intéressants leur objectif, leur problème. Bien sûr ce n’est pas évident d’aller frapper à la porte d’inconnus pour leur parler de sujets qui ont été socialement marginalisés. Il n’y a pas de solution toute faite, il faut se lancer, essayer, et voir ce qui fonctionne, quelles histoires intéressent le plus les gens. Mais au bout du compte, une attitude militante ou radicale peut vraiment fonctionner lors d’une collecte à condition de réellement croire que votre groupe fera la différence. Les groupes radicaux peuvent obtenir de nombreux dons en se différenciant des groupes libéraux qui s’attaquent aux même sujets. Ils peuvent par exemple montrer qu’ils sont plus courageux ou plus efficaces en s’attaquant aux racines du problème.

      Si vous avez le cran, vous pouvez aller parler d’anticapitalisme dans les quartiers riches. Vous allez énerver les gens, vous prendre beaucoup de portes au nez, mais les personnes qui vous soutiendrons seront de grand sympathisants qui vous respecteront pour votre courage.

       

      Créez des relations et escaladez

      La première année est la plus difficile, il faut du temps avant d’instaurer des relations de confiance, et essuyer beaucoup de refus. À partir de la deuxième ou troisième année, quand on dispose d’une base de personnes qui soutiennent le groupe la situation est plus facile. D’abord psychologiquement car on sait qu’on reçoit du soutien, et financièrement car des dons plus importants peuvent arriver.

      Il faut pour cela garder le contact avec les personnes qui soutiennent et les tenir au courant des victoires du groupe.

       

      Différentes sources de financement

      Pour commencer une collecte, il faut déterminer de combien d’argent le groupe a besoin et quelles sont les sources de financement les mieux adaptées au groupe. Une diversité de sources permet au financement d’être plus stable. Voici quelques exemples :

       

      Petits dons

      Le premier contact devrait se faire par une approche personnelle, en face à face. Les petits dons nécessitent beaucoup d’effort mais ils sont les fondations d’une organisation locale. Les dons importants et les subventions offrent des opportunités intéressantes mais risquent de laisser trop de pouvoir à un petit groupe d’individus. Alors que qu’une grande quantité de petits dons forment une réelle base, et une communauté à laquelle le groupe est redevable.

       

      Évènements et ventes

      Des évènements comme des projections de films, des conférences, des concerts etc. peuvent être des sources de financement importantes pour certains groupes. Un évènement bien organisé peut parfaitement correspondre à votre base, peut être renouvelé et amélioré. Mais attention car ces évènements peuvent aussi devenir des gouffres en terme d’énergie, de temps, et parfois d’argent en cas d’échec.

      La vente de produits peut aussi être une alternative au risque d’un seul gros évènement. Attention néanmoins aux coûts de production, de stockage, de transports qui peuvent aussi détourner le groupe de ses objectif. Privilégier des objets plutôt symboliques (comme des cartes, autocollants, badges etc), ou même une loterie pour réduire les frais.

       

      Cotisations

      Les cotisations et abonnements sont le cœur le plus stable d’une organisation qui part de la base. Pour les petites organisations, les membres peuvent vendre des adhésions en personne. Non seulement les cotisations ou adhésions apportent un soutien matériel stable, mais elles augmentent le pouvoir politique du groupe.

      Les mouvements de résistance sont souvent basés sur des adhésions payantes. Par exemple les Deacons for Defense avaient des frais d’adhésion de 10$ puis des cotisations mensuelles de 2$. Les personnes qui donnent sont souvent appelées « soutiens » car elles n’ont pas forcément besoin ni envie d’être des participant·es actif·ves, elles donnent car elles ne veulent rien faire d’autre. Bien sûr les dons pour la résistance n’incluent pas seulement l’argent mais peuvent être sous forme d’approvisionnement en matériel, équipement, locaux, etc.

       

      Bourses, subventions et dons importants

      Cela dépend des activités et objectifs du groupe, mais les bourses de certaines fondations ou institutions sont parfois accessibles. Elle peuvent valoir le coût si elles sont faciles à obtenir et qu’elles permettent de faire des actions qui ne seraient pas possible autrement. Les dons importants arrivent avec le temps, après avoir construits des relations de confiance et des visites sur la durée.

       

      Fonctionnement plus efficace
      • Réduire les dépenses est parfois aussi important que de collecter des dons. Mais ce dont les révolutionnaires manquent le plus souvent, ce n’est pas de l’argent mais du temps disponible. Voilà quelques stratégies possibles pour trouver du temps libre pour le groupe :
      • vivre en communauté, en colocation
      • Avoir une vie simple, autosuffisante
      • Trouver des jobs bien payés à temps partiel
      • Travailler pour une institution ou ONG et utiliser les heures de travail pour aider un peu le groupe
      • Recevoir de l’aide de la famille ou des ami·es
      • Être payé·e pour parler, écrire ou enseigner à propos de sujets radicaux
      •  

        Expropriation et activités illégales

        Lorsque des groupes rejettent l’autorité légale, il y a une certaine logique à utiliser l’expropriation comme une source de financement (par exemple Robin des bois). De plus, les groupes clandestins bénéficient déjà d’une infrastructure sécurisée pour les actions illégales. Les squats, le vol à l’étalage, ou petites combines ne sont pas trop risqués. Certains mouvements du passé ont imprimé de la fausse monnaie. Parfois les groupes anticapitalistes utilisent l’expropriation publique (de nourriture, de matériel, de terres) à la fois comme une forme d’action et comme support logistique.

        Certaines organisations sont allées plus loin, jusqu’au vols de voiture, attaques de fourgons, braquages de banque, trafic de drogue. Mais c’est un chemin très dangereux pour un mouvement, car ça devient difficile de conserver un certain niveau moral, sans parler des nombreux problèmes liés au recrutement des personnes qui veulent s’impliquer dans ce genre d’activités criminelles.
        Par ailleurs, les petits délits sont une mauvaise idée pour les personnes clandestines qui veulent faire profil bas. Et les groupes à visage découvert doivent faire attention avant d’enfreindre des lois pour éviter d’être trop facilement diabolisés par les puissants.

         

        Logistique révolutionnaire

         

        Quels sont les besoins logistiques ?

         

        1. Les besoins de base des membres : alimentation, habits, logement, etc
        2. L’équipement nécessaire au conflit : mégaphones, bannières, antivols etc pour les actions directes non-violentes. Pour les guérillas cela inclurait plutôt des armes, munitions, explosifs, etc
        3. Entretien et stockage
        4. Transport des personnes et des équipements
        5. Installations : lieux d’entrainement, de rencontre, cantines, etc
        6. Aide médicale et premiers secours
        7. Soutien pour les familles des résistant·es
        8. Autres services importants (communication, énergie, etc)
        9.  

          Comment planifier la logistique

           

          1. Évaluation des besoins. Quel genre de logistique ? Quelle quantité ? Les personnes qui s’occupent de la logistique ont besoin de savoir ce qu’elles doivent fournir, et les personnes mobilisées sur l’action ont besoin de savoir si la logistique dont elles ont besoin sera disponible.
          2. Réserves avant le conflit. Les groupes accumulent les provisions nécessaires aux opérations, avec de la marge pour faire face aux imprévus.
          3. Pré-conditionnement. Les provisions sont conditionnées de façon à ce quelles soient utilisables et transportables facilement pour les personnes sur le terrain.
          4. Cachettes préparées avant le conflit. Les provisions sont placées au plus proche du conflit. Elles ne sont pas cachées toutes au même endroit pour éviter la capture ou la destruction.
          5.  

            Les principes clés de la logistique

             

            1. Prévoyance : Anticiper les besoins pour éviter la confusion et la pénurie
            2. Économie : Minimiser la consommation des ressources
            3. Souplesse : Faire avec les moyens du bord
            4. Simplicité : Utiliser des systèmes d’approvisionnement basiques et fonctionnels
            5. Coopération : Partager les systèmes logistiques et les ressources quand c’est possible
            6. Auto-suffisance : Mettre en place des chaînes d’approvisionnement courtes et locales
            7.  

              La résistance construit son propre système logistique révolutionnaire tout en détruisant le soutien logistique de l’adversaire. Les mouvements de résistance efficaces de l’histoire étaient basés sur des technologies simple et des économies à l’échelle communautaire. Pour réussir dans un contexte d’effondrement économique et industriel, des mouvements de résistance à visage découvert ont eux aussi besoin de développer des moyens locaux de subvenir aux besoins en nourriture, eau, abris, etc.

              La logistique est une catégorie coûteuse, c’est pourquoi la majorité des personnes dans les mouvements de résistance passent leur temps à s’en occuper, et que seulement un petit pourcentage est sur le front. La logistique est essentielle pour passer de la dissidence à la résistance active. Les militant·es passionné·es qui se focalisent trop sur le conflit négligent parfois le soutien matériel nécessaire pour mener à bien ce conflit. Les campagnes et organisations efficaces ont besoin d’une puissante base de soutien. Si un groupe échoue à développer cette capacité logistique, il est limité aux actions les plus basiques, ponctuelles et de petite échelle.

              Comme dans l’exemple du Vietnam, la logistique d’une organisation de résistance est très différente de celle d’une armée conventionnelle. Les armées régulières ont besoin d’entrepôts, de convois de transport, elles ont besoin d’énormes capacités pour se déployer et occuper un vaste territoire. Les mouvements de résistance au contraire sont très localisés. C’est particulièrement vrai pour la logistique de guérilla qui se contente de stockages clandestins, de cachettes, de distribution décentralisée très mobile et créative. Elle peut exploiter les failles d’une armée régulière, de ses routes, de ses chemins de fer et de son économie industrielle qui constituent autant de cibles potentielles.

              Il y a d’autres raisons pour lesquelles les militant·es peuvent manquer de soutien logistique, c’est parce que les combattant·es dénigrent parfois les personnes qui travaillent pour la justice sociale et qui peuvent fournir les services ou le travail d’organisation de la communauté. Ces personnes peuvent fournir l’aide et les conseils logistiques pour les personnes sur le front, mais c’est impossible si les militant·es jouent au plus radical et n’établissent aucune relation avec les personnes modérées. Par ailleurs la logistique est sous-estimée dans l’histoire des mouvements de résistance car elle a bien souvent été l’œuvre des femmes. C’est un énorme travail invisible qui s’efface sous les exploits guerriers, pourtant les capacités logistiques ne se construisent pas en une simple nuit. Les infrastructures de résistance se développent parfois plusieurs années en amont du début des hostilités.

              Nous avons vu dans ce chapitre à quel point la logistique est primordiale pour envisager les questions de stratégie et de tactique. Les combattants et combattantes ne peuvent pas se battre s’il n’y a pas les moyens matériels de soutenir la lutte. Et disposer de grandes quantités de matériel et de personnes est inutile si vous ne pouvez pas déplacer ces personnes et ce matériel efficacement là où il faut, au moment où il faut. Les actions efficaces, les tactiques efficaces, émergent des communautés de résistance et nécessitent les capacités de soutien que nous venons de décrire.

              Dans les deux chapitres suivants, nous allons maintenant parler d’action plus en détail. L’action est le but ultime d’un mouvement de résistance. Le chapitre 11 se concentre sur la tactique, le niveau le plus détaillé du conflit, tandis que le chapitre 12, sur la stratégie, s’intéresse à une vision plus globale en terme de campagnes. Mais en réalité, la tactique et la stratégie ne fonctionnent pas séparément. Les tactiques ne peuvent être évaluées que dans le cadre d’une bonne stratégie, et les stratégies sont basées sur les tactiques disponibles. Voilà pourquoi ces deux derniers chapitres forment une paire.

               

               

               

              Chapitre 11. Actions et Tactiques

               

               

              « Ce n’est pas l’oppressé qui détermine les moyens de résister, mais l’oppresseur » —Nelson Mandela

               

              Aric McBay raconte qu’en tant que jeune activiste on lui a enseigné des connaissances tactiques (comment tenir une barricade, comment se protéger des lacrymos, comment écrire un communiqué de presse), ainsi qu’une analyse politique sur l’économie, l’état, le capitalisme. La tactique et l’analyse politique sont très importantes, mais sans solides connaissance sur l’organisation, sans perspectives stratégiques , le flot continu de mauvaises nouvelles sur les atrocités et les destructions dans le monde peut devenir déprimant, démobilisateur. Nous devons étudier, pratiquer et enseigner la stratégie.

               

              Principes stratégiques et tactiques

               

              La stratégie de résistance commence avec la compréhension que les dirigeants ont beaucoup plus de ressources que nous (armes, tanks, grands médias, police anti-émeute), et que dans une bataille rangée, ceux au pouvoir gagneront presque toujours. Les mouvements de résistance réussissent en étant rusés, en engageant leur ennemi aux lieux et moments où ils peuvent gagner. Ces principes tactiques et stratégiques ont été développés pendant des milliers d’années de conflits, que ce soit les guérillas, les grèves et les campagnes de désobéissance civile. Ils ont été exprimés par Sun Tzu, Clausewitz, par les partisans soviétiques et les guérillas d’Amérique latine, par les formateurs à l’action directe non-violente et les théoriciens militaires. Ils sont étudiés par les officiers de l’armée et les commandants de guérillas, car si ces personnes ne suivent pas une bonne stratégie, les conséquences sont immédiates, évidentes et sanglantes. Mais trop de mouvements sociaux modernes oublient ces principes parce qu’ils se basent sur le lobbying plutôt que sur la perturbation, et parce qu’ils ne s’attendent pas à gagner.

              Voici 11 principes stratégiques et tactiques pour l’action directe et la perturbation. Ils ne sont pas utilisés dans chaque conflit mais un mouvement de résistance efficace en utilisera plusieurs suivant la situation.

               


              1. Objectif clair

              Les résistant·es passent à l’action avec des objectifs clairs et atteignables à l’esprit. Dans l’idéal, cet objectif est décisif. Ce but motive les membres, et définit la structure, les stratégies et tactiques du mouvement.

              Les objectifs à long terme sont faciles à déterminer (par exemple la paix mondiale), mais si les objectifs à court terme ne sont pas définis clairement, alors la campagne risque de s’arrêter. Les objectifs à court terme doivent être atteignables dans un futur proche afin d’encourager le groupe à continuer. Ils doivent être mesurables, avec une échéance, et doivent être un pas significatif vers l’objectif à long terme.

              Si l’objectif est clair, les résistant·es peuvent examiner leur action passée et déterminer si du progrès a été réalisé. Les stratèges militaires distinguent 3 différents types d’opérations :

              • Opérations décisives : elles accomplissent directement l’objectif final
              • Opérations de mise en forme : elles changent les conditions de la lutte pour rendre la victoire plus probable
              • Opérations de soutien : elles aident les opérations décisives ou de mise en forme
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                Par exemple pour un groupe de guérilla sous l’occupation nazie en Europe, les opérations décisives pouvaient signifier assassiner les officiers Nazi, les opérations de mise en forme pouvaient être la distribution de presse clandestine, et les opérations de soutien pouvaient être l’attaque d’un poste de garde pour les munitions. Chaque action de résistance a besoin d’un objectif tactique clair qui permet d’avancer dans la stratégie globale.

                 

                Voici quelques objectifs clairs possibles :

                • Action directe décisive. Accomplir quelque chose directement (gêner, bloquer quelque chose, prendre un territoire, détruire une cible, se défendre)
                • Dissuasion : Une menace, une démonstration de force pour décourager les dirigeants de faire des mauvaises actions, pour réduire les risques de répression.
                • Escalade : Faire grandir les enjeux, la radicalité pour maintenir l’avancée d’une campagne (ex Fenêtre d’Overton)
                • Renforcement et accentuation : Une action directe qui rappelle que le problème est toujours présent, ou pour désigner une cible en particulier
                • Moral et acte de défi : Après avoir subi un revers, une action directe peut remonter le moral et renouveler la lutte.
                • Solidarité : Aider les luttes des allié·es pour construire des relations, des réseaux et renforcer le mouvement.
                • Recrutement : Certaines actions à faible risque permettent d’inviter des nouvelles personnes pour qu’elles s’engagent.
                • Entrainement et renforcement des capacités : Aider les personnes à pratiquer et se familiariser à de nouvelles méthodes d’action, à se radicaliser, à planifier des actions plus ambitieuses que dans le passé
                • Communication : Envoyer un message ou attirer l’attention, des gens, des dirigeants, des allié·es.
                • Expérimentation et créativité : Casser la routine, partager de nouvelles idées, inspirer grâce à des actions insolites.
                • Provocation : Provoquer une réponse des personnes au pouvoir, ou les distraire, les manipuler, les tourmenter.
                • Récolter des informations.
                • Obtenir des ressources : pour améliorer le soutien logistique
                • Une bonne tactique permet d’accomplir plusieurs des points précédents. Presque toutes les actions directes fructueuses arrivent dans le contexte d’une campagne. Ce qui signifie que du travail politique (et pas seulement logistique) a été fait en amont. Un débat revient souvent, est-ce que les actions doivent être ou non «symboliques » ? L’histoire de la résistance montre que les actions directes décisives doivent être une priorité quand elles sont possibles. Mais la plupart des actions ont aussi une composante symbolique, elles envoient en même temps un message, que ce soit de la solidarité envers les camarades, un avertissement pour les puissants, ou un appel au défi en général.

                  Dans l’idéal, une action est planifiée pour que chaque issue possible achève certains objectifs stratégiques. Et dans l’idéal le juste équilibre est trouvé entre des objectifs atteignables à court terme et une stratégie qui a du sens sur le long terme.

                   


                  2. Attaque / Initiative

                  Le combat de guerre, et par extension les actions moins violentes, dépendent de quelques règles générales.

                  1. On ne gagne que grâce à l’attaque. Même si on doit être capable de bien défendre, on ne gagne pas en s’asseyant et en laissant l’opposition faire ce qui lui plaît, mais en attaquant.
                  2. On doit chercher à initier le combat selon nos propres termes : à décider où, quand, et comment il aura lieu.
                  3. L’initiative est la clé. On doit chercher à avoir l’initiative et à ne jamais l’abandonner si c’est possible.
                  4. On doit chercher à construire le mouvement rapidement et à gagner de façon décisive.
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                    3. Concentration

                    Les forces éparses et isolées sont facilement écrasées et défaites. Les résistant·es efficaces concentrent leurs efforts pour avoir une force écrasante là où c’est important. Ils et elles convergent sur les points les plus efficaces, où leurs actions auront le plus d’impact, sur les points faibles de ceux au pouvoir.

                    C’est par exemple ce qu’ont appris les résistant·es Irlandais·es après le Easter Rising. Ils ont d’abord engagé leur forces pour occuper des bâtiments du gouvernement, en sacrifiant leur mobilité et flexibilité. Ce choix les a engagé dans une action de longue durée où ils se sont retrouvés dépassés par l’adversaire, beaucoup plus puissant. Ce n’est qu’à partir du moment où ils ont changé leur approche (isoler et attaquer des plus petites cibles avec leur force écrasante) que le conflit a basculé en leur faveur.
                    Trop souvent, les dissident·es politiques combattent sur le terrain de l’ennemi suivant ses règles. Les requêtes parlementaires, les tribunaux, les doléances publiques… tout cela est conçu pour que les dissident·es aient le moins de chance de réussir. Pour un mouvement de résistance, augmenter ses chances c’est choisir les tactiques qui lui permette de maximiser ses forces. Et les tactiques disponibles dépendent du nombre de personnes prêtes à passer à l’action.

                     


                    4. Mobilité / Flexibilité

                    Pour gagner, les résistant·es doivent être capable de s’engager là où leur force est supérieure, en utilisant les tactiques qui leur donnent l’avantage. Cela peut signifier être physiquement mobile, ou faire preuve de flexibilité et agilité tactique. Les mouvements de résistance devraient être capable de changer rapidement entre différentes tactiques, d’en utiliser de nouvelles, de délaisser celles qui sont inefficaces, de varier leur « mix tactique ».

                    Les mouvements efficaces maintiennent cette flexibilité nécessaire en évitant d’avoir une approche doctrinaire ou puriste des tactiques. Ils ajustent leur tactiques selon les circonstances, et autorisent les personnes à utiliser une variété de tactiques appropriées à la situation.

                     


                    5. Coordination

                    Une forme de coordination et de prise de décision efficace est nécessaire pour unir les forces, que ce soit pour les actions individuelles ou pour les plus grandes stratégies de campagne. Les résistant·es désorganisé·es sont facilement isolé·es. Les guérillas armées ont souvent une unité de commande, une hiérarchie militaire est en place durant le conflit. Même les groupes anti-autoritaire ont besoin d’un processus de décision pour réagir rapidement pendant les urgences tactiques.

                    Un processus efficace de prise de décisions est encore plus important pour les groupes résistants que pour ceux au pouvoir. Une armée d’occupation est plus puissante que la résistance même si elle est mal administrée. Les résistant·es doivent maximiser leur coordination pour utiliser au mieux leur faible nombre et faible force politique. Le processus de décision n’a pas à être hiérarchisé ou unifié. Qu’il soit orienté vers la commande, ou plutôt participatif, le plus important est qu’il soit adapté à la tâche à accomplir. Des méthodes qui nécessitent trop de discussions peuvent causer des problèmes, tout comme celles qui sont trop directives.

                     


                    6. Surprise

                    La surprise est fondamentale pour toute action perturbatrice. La résistance combat souvent de grandes bureaucraties organisées de façon très formelle. Elles sont puissantes mais lentes à répondre. L’élément de surprise peut exploiter cette faiblesse pour prendre l’avantage tactique et stratégique.

                    La surprise est un outil puissant pour toute sorte de mouvement de résistance. Les guérillas armées utilisent des attaques surprises, des embuscades. Les groupes non-violents utilisent la surprise pour multiplier l’effet de leurs actions. Elle n’est pas seulement importante d’un point de vue tactique, mais aussi d’un point de vue stratégique : une nouvelle tactique inattendue sera imitée et diffusée dans le reste du mouvement, donnant un avantage temporaire à la résistance.

                     


                    7. Simplicité

                    Les bons plans sont des plans simples. Une expression dit qu’aucun plan ne survit au contact de l’ennemi. Les plans inutilement complexes se désagrègent rapidement en cas de changement rapide des circonstance du conflit. Ils sont difficiles à communiquer, et prennent trop de temps de discussion quand le consensus est nécessaire. Les plans simples exécutés dans les temps sont meilleurs que les plans détaillés exécutés en retard. En situation d’urgence, seulement les plans simples fonctionneront.

                     


                    8. Planification prudente

                    Les actions irréfléchies gaspillent du temps et des ressources, voilà pourquoi les mouvements de résistance planifient souvent en avance, avec précaution. C’est encore plus valable pour les actions de groupes décentralisés, pour pouvoir faire face aux différents imprévus sans structure de commande. Les organisateur·trices envisagent différentes options et éventualités pour planifier une action et être sûr·es d’avoir les plus grandes chances de succès. Cela incluent notamment les renseignements, la reconnaissance, s’assurer que la logistique est disponible, l’entrainement des participant·es, etc.

                     


                    9. Exécution décentralisée

                    Les mouvements de résistance sont rarement concentrés ou monolithique ; ils sont souvent constitués de nombreux petits groupes, parfois éloignés géographiquement. Ils ont rarement une commande hiérarchique claire et unifiée. Et comme ils ne peuvent remporter de batailles rangées, ils maximisent leurs forces en déployant un grand nombre de petites actions décentralisées.

                    La stratégie peut être améliorée grâce à une planification centralisée, mais les tactiques sont souvent plus efficaces quand elles sont décentralisées. Une multitude de groupes décentralisés ou semi-autonomes n’est pas encombrée par la logistique des grosses organisations centralisées. L’exécution décentralisée permet un plus haut niveau d’agilité tactique et d’imprévisibilité stratégique.

                     


                    10. Action de courte durée

                    L’action de courte durée est une caractéristique primordiale de la guérilla. Les guérillas ont besoin de combiner les actions de courte durée avec la surprise pour tendre une embuscade, détruire ou voler une cible, et disparaître avant que les renforts ennemis arrivent. Des actions courtes et fréquentes sont plus faciles à réaliser, et plus perturbatrices qu’une seule action parfaitement planifiée et organisée.

                    Les occupations et blocages de longues durée ont leur place mais doivent être initié après un examen attentif. Les occupations peuvent ralentir les mauvais projets et servir de point de ralliement, mais peuvent devenir une routine fastidieuse si aucun progrès n’est fait. Une action ne devrait pas être ennuyeuse. Les perturbations sont mieux accomplies lorsque c’est rapidement, mais il ne faut pas pour autant être dogmatique car dans certains cas c’est l’action de longue durée qui est plus adaptée.

                     


                    11. Actions multiples

                    Les résistant·es utilisent souvent une multitude de petites actions, surtout des actions simultanées, pour submerger ceux au pouvoir. Les actions simultanées sont particulièrement efficaces quand elles respectent les principes de courte durée, de simplicité et d’exécution décentralisée. Et s’il y a un problème avec une des actions, les autres actions vont probablement réussir.

                    Ces différents principes évoqués ci-dessus ne sont pas à appliquer à la lettre mais suivant la situation. Il sont des schémas récurrents qui aident à amplifier la force de perturbation qu’un groupe peut déployer. Si votre groupe ou votre situation vous empêchent d’utiliser un principe efficacement, demandez-vous quel autre vous pouvez utiliser. Les tactiques qui fonctionnent utilisent souvent ces principes, que ce soit consciemment ou pas.

                     

                     

                    Bien choisir sa cible

                    Voici 5 critères de sélection utilisés pour évaluer et prioriser les cibles potentielles. Ces critères viennent des militaires, mais sont transposables dans les luttes non-violentes ou n’importe quelle campagne de perturbation ou de confrontation, qu’il s’agisse de sabotage ou de sit-ins de masse.

                    • Accessibilité : Est-ce que la cible est facile d’accès ? Les cibles accessibles peuvent être atteintes avec le moins de problème et de désordre possible.
                    • Vulnérabilité : Est-ce que la cible est facile à déranger, à bloquer, à détruire ?
                    • Réparabilité : Combien de temps nécessaire avant que ceux aux pouvoir puissent refaire fonctionner la cible normalement ? Une vitrine de magasin est facilement réparable, alors qu’un équipement très cher, rare, spécialisé prendra beaucoup de temps.
                    • Criticité : À quel point la cible est-elle importante pour le système de pouvoir ? Les cibles très critiques vont causer d’importantes perturbations ou confusion, comme par exemple une centrale électrique ou une autoroute.
                    • Menace : Dans quelle mesure la cible constitue une menace ou un dommage à notre camp ?
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                      Une erreur courante des mouvements inexpérimentés est de s’attaquer à des cibles accessibles et réparables qui ne sont pas très importantes (comme casser la vitrine d’un magasin). Cela peut faire beaucoup de bruit sans provoquer de perturbation conséquente.

                      Cependant, selon l’objectif de l’action, l’importance d’une cible peut être aussi bien symbolique que matérielle. Par exemple imaginons que vous essayez de fermer une série de décharges toxiques. Si vous voulez en bloquer une, vous allez peut-être en bloquer une qui est déjà très célèbre, plutôt que simplement la plus grande, parce que l’attention que vous allez recevoir peut vous aider à mobiliser plus de personnes et de ressources et continuer votre campagne.

                      Un autre critère qui peut être important pour un mouvement de résistance est que la cible soit visible. Cela augmente les chances que l’action en inspire d’autres ou serve de propagande par le fait.

                       

                      Planifier une action

                      Alors de quoi avons-nous besoin pour planifier efficacement une action? Voici quelques questions à se poser, valables pour des actions de perturbations ou autres.

                       

                      Quel est notre objectif opérationnel ?

                      Les bonnes tactiques découlent des bonnes stratégies. Choisissez un objectif qui soit décisif, de mise en forme, ou de soutien. Puis faites un brainstorm de toutes les tactiques et cibles potentielles pour atteindre cet objectif.

                       

                      Quelle notre cible et notre tactique ?

                      Dans la liste de cibles potentielles, évaluez-les suivant les critères d’accessibilité, vulnérabilité, criticité, etc. Soyez clair·es sur la façon dont l’action va aider à accomplir l’objectif opérationnel. En choisissant la tactique, demandez vous : Est-ce que ça va nous aider à avancer dans la campagne ? Avons-nous considéré toutes les parties pertinentes de la Taxonomie de l’Action ? Ces tactiques vont-elles développer nos capacités d’action ?

                       

                      Qui sera impliqué ? Et comment les décisions seront prises ?

                      Qui va aider à planifier l’action ? Qui devrait être consulté ? Et qui va l’exécuter ? Les réponses dépendent de votre organisation, de son niveau d’ouverture, du niveau de risque, et des compétences et ressources nécessaires. La planification et la consultation peuvent être de belles opportunités de se connecter avec des allié·es et d’élargir le spectre de la résistance. Ceci dit il est bon de rester prudent au moment d’inviter des personnes pour planifier car inviter trop de monde ou les mauvaises personnes peut ralentir les choses et créer des conflits inutiles.

                      Quand vous savez qui est impliqué, organisez-vous si nécessaire en sous-groupes ou rôles pour la logistique, la planification, l’entraînement, etc. Si vous invitez un grand nombre de participant·es, vous devez clarifier comment sont prises les décisions et les règles de base pour l’opération. Dans l’idéal ceci doit être réalisé au maximum avant que d’autres personnes arrivent, pour éviter les conflits et avancer correctement.

                       

                      À quels différents scenarios devons-nous nous attendre ?

                      Vous avez besoin d’un plan détaillé, et d’anticiper au maximum différents scénarios et plans d’urgence. Comment se déroulera l’action étape après étape sur le terrain ? Où seront placées les différentes personnes ? Combien de personnes assignées à chaque tâche ? Y a-t-il une structure de commande particulière sur le terrain ? Comment les personnes communiqueront-elles ? Qui est responsable de donner le signal de feu vert ou d’abandon ? Combien de temps durent chaque élément de l’action ? Faites au plus simple.

                       

                      Quel est notre plan d’évacuation ?

                      Il peut s’agir d’une simple dispersion rapide en petits groupes, ou il peut impliquer des couvertures, des véhicules, des changements de vêtements, d’équipement, l’utilisation de cachettes. En général, ayez une idée de quand et comment l’action va finir, par exemple en faisant en sorte que l’action ne traîne pas inutilement sans conclusion, ou que les personnes se dispersent pour ne pas se faire arrêter.

                       

                      De quelles compétences et entraînements avons-nous besoin ?

                      Est-ce que toutes les personnes impliquées ont les compétences nécessaires ? Comment pouvons-nous utiliser cette action pour développer les compétences requises d’une culture de résistance ? Quel entraînement est nécessaire pour que cette action soit un succès ?

                      C’est souvent important de mettre en scène des répétitions de l’action en amont, de la façon la plus réaliste possible. Des problèmes importants peuvent être identifiés pour empêcher de les voir surgir au moment de la véritable action. Ces répétitions lient les membres d’une équipe et donnent une estimation du temps nécessaire. Essayez de simuler le stress pour le prendre en compte.

                       

                      Quel sera la date et le moment de l’action ?

                      Il n’y a peut-être qu’une seule date pour mener l’action, ou au contraire plusieurs possibles. C’est bien d’avoir des dates de secours au cas où quelque chose de mauvais se produit avant le début de l’action. Quand la date est fixée, essayez de faire un rétro-planning détaillé du travail à accomplir pour être prêt·es dans les temps.

                       

                      Quels sont les risques en terme de sécurité ?

                      Est-ce que l’action comporte des dangers ? Comment les réduire ou leur faire face ? Est-ce qu’il y a un risque de blessure qui nécessite un medic dans l’équipe ? De quelles mesures contre la répression avons-nous besoin ? Est-ce que les personnes auront besoin d’une aide juridique ou d’une aide en prison ? Est-ce que quelqu’un a la possibilité d’annuler l’action à la dernière minute si elle apparaît trop dangereuse ou que la situation change de façon imprévue ?

                       

                      Quelle couverture médiatique voulons-nous ?

                      Est-ce que nous voulons faire la promotion de l’action en avance ou bien c’est une surprise ? Voulons-nous une couverture médiatique ? Sous quel angle  et par quel médium ?

                       

                      Y a-t-il des potentiels effets secondaire ou représailles ?

                      Comment l’action peut affecter les spectateur·trices ? Est-ce qu’elle peut faire s’abattre la police ou la justice sur nos allié·es ? Devons-nous ajuster l’action, avertir les allié·es ou autre pour minimiser les effets secondaires ?

                       

                      De quel équipement avons-nous besoin ?

                      Assurez-vous que tout l’équipement adéquate est prêt à l’emploi. Assurez-vous que tout le monde sait comment utiliser l’équipement nécessaire à l’opération. Préparez des éléments de rechange pour les outils critiques. Les groupes clandestins peuvent avoir besoin d’un équipement anonymisé et d’un plan pour s’en débarrasser.

                       

                      Avons-nous une checklist pour le jour de l’action ?

                      Une checklist pour les heures précédents l’action est très précieuse. Elle résume qui est responsable de quoi, l’équipement nécessaire, les horaires et autres informations clés. Les dernières tâches peuvent inclure quelques mots de motivation ou d’encouragement mutuels avant l’action.

                       

                      Après l’action : debrief et analyse.

                      Assurez-vous que toutes les personnes impliquées vont bien physiquement et psychologiquement. Assurez-vous que tout s’est passé comme prévu, ou comprenez ce qui s’est mal passé. Identifiez ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré. Réfléchissez à l’action juste après l’avoir exécutée, puis plus tard avec plus de recul. Est-ce que l’action a atteint son objectif ? Est-ce qu’il y a eu répression ou d’autres perturbations ? Comment les organisateur·trices y ont fait face ? Intégrez les leçons aux futures planifications, tactiques et organisation.

                      Pour gagner, nous devons construire des mouvements et des organisations qui nous rendent fort·es, qui nous permettent de dépasser les demi-mesures éparpillées et nous engager dans une réelle action collective. Convertir les actions isolées en une sérieuse stratégie de résistance est une des tâches les plus importantes — et les plus difficiles — de tout mouvement. Évidemment, juste avoir l’idée d’une stratégie n’est pas suffisant pour la mettre en place. Les stratégies qui réussissent requièrent toutes les capacités dont nous avons discuté dans cet ouvrage (des organisations fortes de différentes échelles, la capacité de recruter, de se protéger, et la logistique pour soutenir la lutte). Assembler tous les éléments nécessaires pour mettre en place une stratégie victorieuse est peut-être le plus grand défi de n’importe quel mouvement de résistance. C’est le sujet que nous allons aborder dans le dernier chapitre.

                       

                       

                      Chapitre 12. Campagnes & Stratégie

                       

                       

                      « Un bon plan aujourd’hui vaut mieux qu’un plan parfait demain » – George Patton

                      « La stratégie sans tactique est le chemin le plus lent vers la victoire. Les tactiques sans stratégie est le bruit avant la défaite » — Sun Tzu

                       

                      Les mouvements de résistance ont des objectifs, leur stratégie est la manière dont ils atteignent ces objectifs. La stratégie est la façon dont sont assemblées des séries d’actions pour développer la capacité d’exercer un changement. Les résistant·es stratèges utilisent avec intelligence leurs ressources limitées pour atteindre leur but. Ils et elles ajustent en permanence leur approche en fonction des circonstances et de l’opposition. Certains mouvements de résistance ont des objectifs ambitieux qui prennent une génération ou plus pour être accomplis (la fin de l’apartheid, de l’esclavage, la journée de 8h de travail, etc).

                      Les organisateur·trices se rapprochent peu à peu de leur objectif par une série de courtes campagnes avec des objectifs plus petits. Ces campagnes aident à faire grandir le mouvement, elles développent la confiance des membres et les capacités d’escalader vers des objectifs de plus en plus grands. Diviser les stratégies à long terme en campagnes plus courtes permet aussi de trouver des allié·es le temps d’une campagne, d’évaluer les succès et les échecs et d’améliorer les connaissances stratégiques.

                      Dans Full Spectrum Resistance, McBay étudie certains conflits passés au regard de la stratégie et tactique développées. Il se penche par exemple sur la Rébellion du Nord-Ouest au Canada, sur la campagne contre les laboratoires d’expérimentation animales d’Huntingdon, le Front de Libération des Animaux, la lutte écologiste contre la décharge du Site 41 au Canada, les mouvements de Tempérance aux États-Unis, les Rébellions chinoises du 19e siècle, ou encore la lutte syndicale des United Farm Workers en Californie. Tous ces exemples apportent des éléments intéressants à ce qui peut constituer une culture de résistance, mais je n’ai pas le temps d’en parler dans ce podcast, je vous conseille donc vraiment la lecture du livre complet.

                      Ce chapitre va parler de la stratégie pour des campagnes de plusieurs mois ou années. Il n’y a malheureusement pas de plan tout tracé, universel, qui revient pour chaque mouvement. Tout dépend du contexte. Ceci dit il y a des schémas qui reviennent, de succès et d’échec. Peu importe la stratégie que vous utilisez en particulier, les mouvements efficaces ont quelques éléments en commun. Ils ont besoin de procédures de conception et d’évaluation de la stratégie. Ils ont aussi besoin d’organisations qui permettent de développer leur stratégie, de faire des alliances, et une trajectoire de stratégie d’escalade.

                       

                      Anatomie d’une campagne

                      Les mouvements efficaces mettent en scène tous les éléments abordés dans les chapitres précédents. De nombreux éléments ont leur propre cycle qui se répète : le cycle du renseignement, le cycle de la logistique, le cycle tactique de la planification, exécution et évaluation d’une action. Ces cycles mis tous ensemble, s’enroulent un peu comme une spirale avec le temps, un peu comme une solide corde :

                      Au cœur de la corde il y a l’action, car l’action est ce qui distingue un groupe résistant d’un ensemble de dissident·es. Autour de ce cœur s’enroulent toutes les capacités qui protègent, renforcent et soutiennent une campagne. L’action directe est une partie essentielle de la résistance , mais les actions directes seules accomplissent rarement quoi que ce soit sans l’appui des personnes qui s’occupent des communications, renseignements, recrutements et tout le reste. Ces capacités sont des multiplicateurs de force, ils contribuent de fait directement à l’action. La stratégie globale et l’organisation d’une campagne déterminent la façon dont ces différents éléments indispensables s’enroulent ensemble.

                      McBay utilise une autre image, celle du tonneau, pour décrire la loi du minimum :

                      Chaque douelle qui forme la paroi du tonneau représente une capacité de résistance (Recrutement, Communications, Logistique, etc). Si une capacité est réduite, la capacité totale est d’autant réduite. Vous pouvez avoir les évènements les mieux organisés du monde, vous n’allez rien accomplir si vous n’avez pas la communication nécessaire pour entrer en contact avec les personnes qui vont y assister. Ou encore si vous avez les activistes les plus militant·es et engagé·es qu’on puisse imaginer, mais pas les sécurité et les renseignements nécessaires pour les protéger… Bien sûr chaque campagne et stratégie requiert ces capacités en différentes quantités, mais dans tous les cas une faiblesse majeure sera exploitée par ceux au pouvoir.

                       

                      Trajectoires stratégiques

                       

                      En son cœur, chaque stratégie contient une trajectoire, une chemin qui nous emmène de notre situation actuelle jusqu’à l’objectif que nous voulons atteindre. Chaque mouvement qui réussit suit une telle trajectoire, que ce soit planifié ou pas. D’ailleurs la trajectoire empruntée est rarement celle qui a été planifiée. La stratégie est un procédé itératif : on essaye, on regarde ce qui fonctionne ou pas, et on s’adapte. Le problème est que le camp d’en face apprend lui aussi, et il a souvent une meilleure expertise que nous de la répression des mouvements de résistance. Les mouvements jeunes font forcément des erreurs au début et mettent du temps à apprendre.

                      Pour l’expert en contre-insurrection britannique Franz Kitson, les mouvements passent par trois phases :

                      • La phase préparatoire
                      • La phase non-violente
                      • La phase violente/insurrectionnelle
                      • Les dirigeants surveillent et infiltrent les mouvements pendant la phase préparatoire, pendant que le mouvement prend conscience de lui-même, car c’est là qu’il est le plus vulnérable pour la collecte de renseignements. Dans la seconde phase, les mouvements épuisent les méthodes conventionnelles de manifestation et ont la possibilité d’impliquer un grand nombre de personnes. Quand ces méthodes échouent, les résistant·es se sentent « légitimes » à escalader vers des actions plus sérieuses, et dans l’idéal le soutien et l’organisation nécessaires à l’escalade sont disponibles.

                        Les 3 phases de Kitson ne sont pas universelles, elles ne s’appliquent pas dans toutes les situations, mais l’élément clé à retenir est l’idée d’escalade. L’escalade est rarement linéaire ou continue, mais nécessaire.

                         

                        Pour le leader communiste Mao Zedong ; la lutte révolutionnaire passe par 3 phases :

                        • La phase défensive de survie et d’organisation : les révolutionnaires forment des groupes, recrutent et entraînent de nouveaux cadres, font de la propagande et se préparent à escalader
                        • La phase d’équilibre stratégique et de guérilla : les révolutionnaires pratiquent le sabotage et harcèlent les armées d’occupation, tout en sécurisant leurs propres organisations et en construisant des institutions parallèles.
                        • La phase d’offensive stratégique : les révolutionnaires passent aux formations militaires conventionnelles pour défaire de façon décisive les forces ennemies affaiblies.
                        • Le succès historique de cette approche réside dans sa flexibilité, si les révolutionnaires font face à la répression ou à des pertes, ils et elles peuvent toujours revenir à la phase précédentes en maintenant leur réseau de survie. Un concept intéressant dans ce modèle est l’importance de l’empilement des capacités, plutôt que de juste changer de stratégie. Les activités principales ou visibles des groupes peuvent évoluer, mais la construction des capacités organisationnelles de base ne disparaît jamais.

                          Les militant·es radicaux s’intéressent rarement à ces trajectoires, et veulent la transformation politique totale et instantanée. Ça nous arrive souvent de réfléchir ainsi, un peu en attendant le grand soir, mais dans la réalité historique, les mouvements qui réussissent suivent des trajectoires d’escalade qui prennent du temps. Les théories révolutionnaires qui priorisent le conflit armée aux dépens de la construction de soutien et des capacités ont un pauvre bilan historique. Construire une solide culture de résistance est presque toujours plus important que la force armée. On apprend de chaque campagne et on grandit ainsi. Parfois cet apprentissage et l’escalade stratégique s’étend sur des mois ou des années, et dans certains cas sur des décennies ou des siècles. Et même s’ils échouent à atteindre leur objectif, les efforts de résistance ne sont jamais vains, les vétérans d’une lutte peuvent garder vivante une culture de résistance jusqu’à ce que les « conditions matérielles » soient plus favorables, ou que de meilleures stratégies soient imaginées.

                          Pour l’anarchiste Michael Albert, n’importe quel mouvement qui a escaladé et semble avoir atteint un plateau, peu importe la hauteur du plateau, n’a plus de trajectoire pour aller en avant et devient alors gouvernable. On peut imaginer une trajectoire stratégique en terme de nœuds de pouvoir. Chaque champ de bataille a des nœuds où le pouvoir est concentré. S’ils sont capturés ou influencés, le mouvement est renforcé et l’ennemi est affaibli. Ces nœuds peuvent être sociaux et politiques, que ce soit des groupes de voisinages, des partis, des syndicats. Pour le stratège Marshall Ganz, la stratégie c’est comment on change ce qu’on a en ce qu’on veut, c’est transformer ses ressources en possibilité d’atteindre l’objectif.

                          Une des plus grandes faiblesses des groupes radicaux est qu’ils sont souvent peu disposés à faire ce travail d’influence et de dialogue. Dans une culture de défaite, les radicaux sont souvent répugnés à l’idée d’interagir avec des gens différents. Parfois par mépris de classe, ou mépris intellectuel. Mais les mouvements victorieux n’ont pas ce luxe s’ils veulent de réels changements révolutionnaires. Les gens ont probablement des défauts qu’il faut accepter plutôt que d’essayer de les corriger et d’avoir de parfaits petits spécimens avant de commencer à interagir avec eux. Ce qui nous emmène à la questions des alliances.

                           

                          Alliances et coalitions

                          Nous avons vu que certaines parties d’un mouvement peuvent être complémentaires même si elles ne travaillent pas formellement ensemble. Mais parfois des alliances et coalitions plus claires peuvent être faites. Les coalitions, même temporaires, ont de nombreux bénéfices. Elles renforcent les mouvements en liant les différents groupes et leurs membres. Elles permettent aux groupes de partager des informations et des ressources, et elles peuvent en partie aider à radicaliser les participant·es.

                          Les coalitions aident les mouvements à éviter la répression du « diviser pour mieux régner ». Les coalitions peuvent être « faibles », plutôt informelle, ce qui est parfois une chance de leur succès car cela évite les bagarres sur les identités, idéologies et objectifs. Qu’est-ce qui rend une coalition utile et victorieuse ? Voici quelques facteurs.

                           

                          Idéologie et objectifs en commun

                          Pour réussir, les coalitions doivent partager un objectif, et les membres doivent avoir suffisamment d’idées en commun pour se sentir appartenir au même camp. Les groupes doivent donc identifier un problème commun pour lutter ensemble. Une culture en commun aide à faire coalition, mais cette culture est parfois développée justement grâce à la coopération et l’action commune. Dans tous les cas, la diversité renforcent les coalitions et elles doivent avoir des méthodes de prises de décisions efficaces et de résolution de conflit pour permettre aux différents point de vue de créer un plan d’action partagé.

                           

                          Liens sociaux préexistants

                          Comme pour les groupes, les personnes rejoindront plus facilement une alliance si des relations sociales préexistent. Les coalitions fonctionneront mieux si les personnes se connaissent au préalable et ont déjà appris à se faire confiance. Certaines personnes peuvent aussi jouer le rôle de créateur de passerelles, en étant familière avec deux groupes différents. Elles jouent un rôle critique pour aider les différentes organisations à surmonter les divisions de classe qui peuvent rendre la coopération difficile.

                           

                          Crises et objectifs tangibles

                          Une urgence — et idéalement un ennemi commun — est très importante pour former des alliances et coalitions. Les crises externes peuvent agir comme des catalyseurs, rendant l’activisme coopératif à la fois plus nécessaire et plus faisable. Attention, les crises seules ne créent pas de coalitions, mais elles restent des terrains fertiles pour mobiliser les activistes, encore plus si l’organisation a commencé avant la crise.

                           

                          Opportunité politique

                          Les coalitions peuvent aussi se former parce qu’elles ont déceler une opportunité commune, comme une faiblesse chez ceux au pouvoir. Dans certaines situations, comme des guerres ou l’instabilité économique, certains changements politiques peuvent devenir possible.

                           

                          Ressources abondantes

                          Les coalitions sont plus susceptibles d’être victorieuses quand elles ont suffisamment de ressources, quand elles ne sont pas en compétition les unes contre les autres, notamment au sujet du financement.

                          Les coalitions ne sont pas toujours attirante, car des facteurs importants, ou la confiance, le respect ne sont pas présents. Mais parfois l’obstacle est une question d’identité, d’identité militante ou radicale. Quand l’identité prend le dessus sur la stratégie à long-terme. Quand certains groupes font déjà des hypothèses sur les meilleures façons de s’organiser avant même d’avoir décider de l’objectif à suivre, cela laisse peu de place à la coopération entre différentes formes d’organisation. Pourtant les coalitions peuvent permettre quelque chose de précieux pour un mouvement : d’augmenter sa capacité stratégique.

                           

                          Capacité stratégique

                          On étudie trop souvent ce que les leaders d’un mouvement font, et comment la stratégie fonctionne, plutôt que d’expliquer pourquoi les leaders de certaines organisations imaginent des stratégies plus efficaces que les autres. Les récits populaires d’insurrection victorieuses attribuent les stratégies efficaces seulement à des leaders doués et oublient de mentionner les conditions dans lesquelles de bonnes stratégies émergent. Certains groupes sont intrinsèquement meilleurs pour créer de bonnes stratégies.

                          Marshall Ganz, qui a participé à l’organisation de United Farm Workers, a identifié un nombre de facteurs clés qui donnent au groupe une capacité stratégique.

                           

                          Forte motivation

                          La motivation influence l’imagination du groupe car elle affecte la possibilité de se concentrer, d’avoir de l’énergie pendant des périodes prolongées, l’obstination, la détermination à prendre des risques. Les personnes motivées cherchent de nouvelles directions, apprennent de nouvelles compétences et informations, ne se contentent pas de la routine. Cette motivation augmente quand les personnes ont de l’autonomie et qu’elles reçoivent des retours positifs des autres.

                           

                          Connaissances manifestes

                          Elles incluent les compétences et les informations. Il faut savoir comment planifier une action directe avant de pouvoir véritablement être flexible et créatif dans la façon d’utiliser l’action directe. Les connaissances manifestes comprennent de bons renseignements sur les régions, les opposants, et sur les tiers avec qui interagir. On en revient à la culture de résistance, la mémoire des tactiques qui ont fonctionné ou pas, nécessaire pour une approche innovante ici et maintenant.

                           

                          Processus heuristique

                          C’est-à-dire l’utilisation des informations disponibles dans de nouvelles façons créatives.

                           

                          Leadership diversifié

                          La caractéristique la plus importante de bonnes équipes de leadership, de direction, c’est la diversité. Des équipes composées de personnes aux points de vue hétérogènes sont plus à même de prendre de bonnes décisions que des équipes homogènes. C’est particulièrement valable pour résoudre de nouveaux problèmes car elles peuvent avoir accès à plus de ressources, une plus grande variété de compétences et de visions. Les équipes avec une bonne capacité stratégique sont en général formées de personnes qui viennent de milieux différents avec des expériences différentes.

                           

                          Bonne organisation

                          Pour Ganz il est important d’avoir un bon processus de délibération qui inclue des réunions régulières et des sessions de stratégies ouvertes à une diversité de points de vue. Être sûr·es que chacun·e a un chance de parler est la clé. Les réflexions collective et les délibérations suscitent la créativité, encouragent l’innovation. Quand le groupe choisit une approche autoritaire, et que les personnes ont peur de s’exprimer, les points de vue différents ne peuvent pas être intégrés dans la stratégie.

                           

                          Nous nous battons pour gagner mais on apprend souvent plus de ses échecs que de ses succès. Même une perte peut être un bon enseignement pour un groupe qui veut réellement développer sa capacité stratégique. Nous pouvons gagner à condition d’avoir la stratégie pour employer nos ressources limitées efficacement. Un facteur fondamental qui détermine la réussite d’un mouvement est sa capacité à apprendre et s’adapter plus vite que ceux qui sont au pouvoir.

                          Eisenhower disait : pendant la guerre, les plans sont inutiles, mais la planification est essentielle. C’est ce qui nous permet d’explorer les imprévus futurs et de s’y préparer. Tout bon stratège réfléchit plusieurs coups à l’avance. L’agilité est ce qui permet de s’adapter mieux que l’adversaire aux changement rapides, une capacité supérieure à accepter le chaos. Avoir un objectif à long terme est important mais être malin·e, rapide et tenace est plus utile qu’un plan rigide.

                           

                          Planifier des stratégies

                          Dans le livre Self-Liberation, Gene Sharp et Jamila Raqib nous avertissent : on ne peut pas obtenir des connaissances stratégiques avancées, ou développer des analyses stratégiques, uniquement grâce à quelques conférences ou ateliers, car elles sont trop complexes. Trois types de connaissances sont nécessaires :

                          1. Les renseignements stratégiques sur la situation du conflit
                          2. Une connaissance approfondie des tactiques, des compétences
                          3. La capacité d’analyser, de penser et planifier de façon stratégique
                          4.  

                            Faire une équipe avec des personnes qui ont tel ou tel type de savoir est insuffisant, il faut aussi pouvoir synthétiser ces trois types de connaissances pour faire émerger une grande stratégie intelligente. C’est pourquoi les personnes qui ébauchent des stratégies doivent être considérées avec attention, elles doivent avoir prouvé leur capacité à penser et planifier de manière stratégique. Des personnes inconnues qui n’ont pas de connaissances essentielles sur le pays ou la société, qui sont pauvrement informées, dogmatiques ou égotiques, peuvent produire des désastres dans la planification d’une lutte.

                            N’importe quelle stratégie de campagne tournée vers la réalisation son objectif doit répondre à ces 4 questions :

                            1. Objectifs. Quels sont nos objectifs principaux ?
                            2. Stratégies. Quelles stratégies, quelles campagnes ou opérations intermédiaires sont nécessaires pour atteindre ces objectifs ?
                            3. Tactiques. Quelles tactiques pouvons-nous employer pour avancer dans ces stratégies ?
                            4. Capacités. Quelles capacités et alliances devons-nous cultiver pour réussir ?
                            5.  

                              Outils pratiques pour la stratégie

                              Par quoi commencer pour imaginer une stratégie ? Il faut d’abord se rappeler que la stratégie est un processus itératif. N’attendez pas d’avoir la stratégie parfaite avant de commencer. Vous essayez avec les ressources et les personnes dont vous disposez, vous voyez si ça fonctionne, vous réévaluez, et vous réessayez. Il vaut mieux identifier les objectifs intermédiaires qui permettent d’avancer la stratégie dans le court et moyen terme, tout en renforçant le mouvement et les capacités qui seront utiles à long terme.

                              Méfiez-vous des idéologies et des écoles de pensée politique qui donnent des plans stratégiques orthodoxe clé en mains. Il n’y a pas de formule universelle et parfaite pour la réussite, une stratégie efficace passera toujours par une adaptation et une résolution de problèmes. Le mieux est certainement de disposer d’outils à utiliser de façon créative dans votre propre situation particulière. Cette approche non dogmatique constitue un peu le fil rouge de l’ouvrage Full Spectrum Resistance. Pour terminer ce chapitre, voici quelques outils pratiques pour imaginer et améliorer la stratégie.

                               

                              Avancez avec ce que vous avez

                              Que pouvez-vous accomplir avec les personnes et les ressources que vous avez déjà? Quelle étape concrète pouvez-vous atteindre maintenant ?

                               

                              Imaginez le résultat

                              Clarifier votre objectif peut beaucoup vous aider. Les indécisions et les conflits apparaissent souvent quand il n’y a pas d’image assez claire de l’objectif à atteindre. En remontant en arrière à partir du résultat, quelles étapes intermédiaires pouvez-vous développer ?

                               

                              Maximisez votre capacité stratégique

                              Nous avons vu plus tôt différents moyens d’augmenter cette capacité. Développez ces capacités au sein de votre groupe. Préservez des moments réguliers pour parler spécifiquement de stratégie entre camarades. Permettez à des personnes très motivées aux opinions différentes d’atteindre un objectif commun.

                               

                              Utilisez et développez votre capacité de renseignements

                              Les discussions stratégiques sont plus pointues avec de bons renseignements. Des informations bien conditionnées (listes de cibles, avertissement, analyses du spectre politique etc) améliorent votre développement stratégique.

                               

                              Analysez les points forts et points faibles

                              Posez-vous les questions suivantes : Quelles sont les forces et les faiblesses du groupe ? Quelles sont nos opportunités ? À quelles menaces devons-nous faire face ?

                               

                              Brainstorm de tactiques et opérations

                              Faites une liste des différentes campagnes et actions que vous pourriez mener. Puis commencez à les évaluer. Quelles tactiques pourraient être accomplies ? Lesquelles requièrent plus d’entraînement, de personnes et de ressources que vous avez actuellement ? Lesquelles sont excitantes et essentielles et pourraient former le cœur d’une campagne ? Lesquelles devraient être laissées de côté pour le moment ? Vous pouvez écrire vos idées favorites sur des petites cartes, et puis les réorganiser pour construire une campagne vraisemblable qui escalade.

                               

                              Apprenez votre histoire et les évènements actuels

                              Pas besoin de connaître tous les aspects d’une lutte historique pour réfléchir à la stratégie. Mais vous devez vous intéresser au passé pour comprendre et innover.

                               

                              Créez et jouez des scénarios

                              Divisez un groupe en deux camps. Le premier va simuler la résistance qui essaye d’implémenter sa stratégie, et l’autre camp va tout faire pour l’empêcher et l’arrêter. Essayez plusieurs scénarios avec plusieurs imprévus. Que se passe-t-il dans ce cas ou dans cet autre cas ?

                               

                              Questions pratiques

                              Les stratégies et visions de haut niveau sont merveilleuses mais le succès d’un mouvement en revient souvent aux basiques questions de capacité. Qui sont vos allié·es et comment vous vous organisez? Vos réseaux de communication?Avez-vous les capacité de support de votre campagne ? Pouvez-vous faire une liste de vos besoins pratiques et un calendrier sommaire pour votre campagne ?

                               

                              Considérez l’inquantifiable

                              Ce livre insiste terriblement sur les éléments concrets de la stratégie. Mais dans un mouvement de résistance, tout ne peut pas rentrer dans des listes ou inscrit sur des cartes. Certains mouvements ont aussi trouvé la victoire grâce au courage spirituel, au zèle révolutionnaire, ou la capacité d’inspirer des efforts et des engagements extraordinaires.

                               

                               

                              Épilogue

                               

                               

                              Voilà la fin du 4e et dernier article/podcast consacrés à Full Spectrum Resistance d’Aric Mc Bay. Cet ouvrage essaye de répondre à une question : Qu’est-ce qui rend les mouvements de résistance efficaces ? Il présente des leçons précieuses des mouvements du passé et du présent. Pour le podcast c’est encore plus valable que pour le livre, nous avons seulement gratté la surface. L’histoire de la résistance est vaste, profonde, et incroyablement riche. Heureusement il y a d’autres livres, et d’autres auteur·trices.

                              Comme l’a dit Peter Dundas « Nous n’aurons jamais une révolution quand tout le monde aura lu les bons livres ». Les livres nous apprennent beaucoup de choses, mais l’action encore plus. C’est une période décisive, le capitalisme, la civilisation industrielle accélèrent chaque jour la catastrophe écologique et mondiale. Le besoin d’une résistance courageuse ne fait que grandir face à des situations de plus en plus extrêmes. Ce système mortifère ne fait pas que détruire sa propre base sociale, il dévore sa base physique, la planète. La Révolution n’est pas un choix entre le capitalisme ou le socialisme. C’est un choix entre le renversement violent de l’ordre existant ou bien notre extermination par cet ordre existant, par cette machine. Un point est clair : soit nous nous battons, soit nous mourrons.

                              Apprendre à nous battre est la tâche qui nous attend. Parce que les changements révolutionnaires proviennent de la conscience des gens et de leur pratique. Les gens doivent apprendre à se défendre, à se battre, avant d’apprendre à gagner. Nous devons construire des mouvements qui commencent par des petites victoires pour dépasser l’inertie collective et la culture de défaite.

                              Pour récapituler : Nous savons que les mouvements militants fonctionnent, et que l’aile militante rend les grands mouvements modérés plus efficaces, grâce notamment à la fenêtre d’Overton. Nous savons aussi que des groupes de résistance de types très différentes peuvent former des mouvements complémentaires. Que les approches modérées et militantes peuvent se renforcer l’une l’autre pour créer des changements impossibles autrement, qu’elles peuvent combiner sensibilisation et action directe. La diversité rend les mouvements forts.

                              Nous savons cela, mais Aric Mc Bay termine son ouvrage avec un discours très fort de Martin Luther King prononcé quelques mois avant son assassinat :

                              « En fin de compte vous devez faire le bien, car c’est bien de faire le bien… Vous devez le faire parce que ça vous a empoigné si fort que vous êtes prêt·e à mourir si nécessaire. Et je vous dis ce matin, que si vous n’avez jamais trouvé une chose assez chère et assez précieuse à vos yeux au point de mourir pour elle, et bien vous n’êtes pas capable de vivre.

                              Vous avez peut-être 38 ans comme c’était mon cas, et un jour une grande opportunité se présente à vous et vous invite à vous battre pour un grand principe, pour un grand problème, pour une grande cause — et vous refusez de le faire parce que vous avez peur ; vous refusez de le faire parce que vous voulez vivre plus longtemps ; vous avez peur de perdre votre emploi, ou vous avez peur d’être critiqué·e, ou que vous perdrez votre popularité ou vous avez peur que quelqu’un vous poignarde ou vous tire dessus ou attaque votre maison, et donc vous refuser de prendre position.
                              Eh bien vous pouvez continuer et vivre jusqu’à 90 ans, mais vous êtes autant mort·e à 38 ans que vous auriez été à 90 ! Et le moment de votre vie où vous arrêtez de respirer n’est rien d’autre que l’annonce en retard de la mort votre esprit. Vous êtes mort·e quand vous aviez refusez de vous battre pour le bien, vous êtes mort·e quand vous aviez refusé de vous battre pour la vérité, vous êtes mort·es quand vous aviez refusé de vous battre pour la justice. »

                               

                              Au-delà des podcasts et articles floraisons, je conseille vivement la lecture de cet ouvrage en entier, et d’ailleurs je vous avais parlé d’une future traduction en français, eh bien c’est plus que jamais d’actualité puisqu’avec floraisons et les Éditions libre, nous lançons une campagne de financement participatif pour rendre possible la traduction et l’édition des deux livres. Retrouver la campagne Ulule ici. Parlez-en autour de vous, pré-commandez les livres si vous êtes intéressé·es, pour aider à produire et diffuser ce merveilleux manuel de résistance.

                              S’il y a aujourd’hui un dernier espoir de permettre un futur qui vaut la peine de vivre, alors nous devons dédier nos vies à cette lutte. Nous devons nous consacrer à cette tâche immense d’un million de façons différentes. C’est quelque chose que je suis prêt à faire. J’espère que toi aussi chère lectrice, cher auditeur, tu feras ce choix. Peut-être que tu l’as déjà fait. Peut-être serons-nous camarades. Peut-être que je te verrai sur le front. Peu importe ta lutte, battons-nous ensemble pour un futur qui en vaut la peine.

                              Merci à toutes et à tous pour votre écoute. Ni dieu, ni maitre, ni mari. Vive la Liberté et vive l’Anarchie.

                               

                              Pour pré-commander et rendre possible la traduction des livres en français :

                              L’article Full Spectrum Resistance 4/4 : Logistique, Tactiques, Stratégies est apparu en premier sur Floraisons.

                              1 hr 34 min
                            6. Entraide, Anarchie, Black Bloc (avec Francis Dupuis-Déri)

                              https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-11-6/36926991-44100-2-91eb202373373.m4a
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                              Aujourd’hui nous sommes heureuses et heureux de recevoir Francis Dupuis-Déri, professeur de Sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal. Il a milité dans des groupes de sensibilité anarchiste, contre le racisme, contre la guerre, contre le capitalisme. Dans ce podcast, nous allons approfondir l’idée d’Anarchie, un sujet qui nous tient vraiment à cœur. L’anarchisme fait partie de notre grille de lecture, de nos pratiques et horizons politiques.

                              Nous aimons beaucoup le travail de vulgarisation mené par Francis, ainsi que ses réflexions sur la place du féminisme dans la lutte, ses positions anti-masculinistes. Nous discuterons ici de l’idéologie anarchiste, de son horizon, de sa morale, des sociétés sans gouvernement.

                              Nous en profiterons aussi pour parler du mouvement écologiste en France où nous voyons se dégager deux tendances, que Francis nomme écologiste/environnementaliste. Un première tendance radicale, qui trouve son inspiration dans les mouvements de résistance, l’anarchisme, l’action directe, le sabotage, le luddisme, etc. Et une deuxième tendance citoyenne libérale, citoyenniste, réformiste, bourgeoise, qui joue le jeu des institutions et du pouvoir.

                              Et pour finir nous verrons l’histoire, le rôle et les enjeux de la tactique du Black Bloc. Nous discuterons de quelle place, quelle légitimité, quelle limite pour des formes d’actions plus radicales. De quel horizon possible pour la diversité des tactiques. Et en quoi le Blac Block est-il à la fois porteur des principes d’égalité et de liberté, et une mise en pratique dans l’action de ces mêmes principes.

                               

                              RÉFÉRENCES

                              DUPUIS-DÉRI Francis, Les black blocs — la liberté et l’égalité se manifestent

                              DUPUIS-DÉRI Francis, L’anarchie expliquée à mon père

                              CLASTRES Pierre, La Société contre l’État

                              KROPOTKINE Pierre, L’Entraide, un facteur de l’évolution

                              SAHLINS Marshall, La nature humaine : une illusion occidentale

                              EARTH FIRST, Manuel d’action directe

                              L’article Entraide, Anarchie, Black Bloc (avec Francis Dupuis-Déri) est apparu en premier sur Floraisons.

                              1 hr 18 min
                            7. Jauniversaire : Rond-point des luttes



                              https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-10-14/34128699-44100-2-f35cd58f75d86.m4a
                              TÉLÉCHARGER LE PODCAST

                              Cela va faire un an que les Gilets Jaunes montrent leur détermination à ne plus se laisser dominer par un système mortifère. Il s’agit de faire politique autrement pour la dignité de tous et toutes. Il s’agit de démanteler le capitalisme moribond qui détruit la planète et asservit les espèces. Il s’agit de refaire commun, société, de créer des solidarités, de libérer des espaces de la domination économique et de l’État.

                               

                              À quelques jours de la date anniversaire du mouvement nous retransmettons et signons l’appel à une convergence écrit par Désobéissance Écolo Paris, Radiaction et YFC Paris.

                              « Le 16/17 novembre, c’est l’anniversaire du mouvement des Gilets Jaunes. Depuis un an qu’ils existent, le mouvement climat et le mouvement des Gilets Jaunes communiquent, convergent, discutent, même s’il y a parfois des incompréhensions. Après les tentatives avortées de se rejoindre et de manifester ensemble le 21 septembre, le 16/17 est une nouvelle occasion de nous mêler dans la rue, de discuter, et de fêter dûment nos anniversaires respectifs (le mouvement climat a recommencé à prendre de l’ampleur en septembre 2018). »

                              Floraisons a à plusieurs reprises appelé à une convergence des écologistes vers le mouvement des Gilets Jaunes. Les écologistes doivent rejoindre et être solidaires des luttes sociales. Et pour toutes les personnes qui diraient que les Gilets Jaunes ne sont pas écolo voici un extrait de l’Assemblée des Assemblées de Saint-Nazaire sur l’impératif écologique que nous devons tous et toutes affronter. Le mouvement des Gilets Jaunes se positionne clairement du côté de celles et ceux qui luttent pour la préservation du vivant :

                              « L’Assemblée des Assemblées des Gilets Jaunes prend acte de l’urgence environnementale, sociale et démocratique. C’est la même logique d’exploitation infinie du capitalisme qui détruit les êtres humains et la vie sur Terre. La limitation des ressources nous oblige à poser la question de leur partage et du contrôle de la production. Les dérèglements climatiques, l’effondrement de la biodiversité et le péril nucléaire sont autant de menaces qui pèsent sur notre avenir. Les biens communs (eau, air, sol, droit à un environnement sain) ne doivent pas être transformés en marchandises. La taxe carbone est l’exemple parfait de la fausse écologie punitive qui cible les gens qui ne sont pas responsables. Or il y a des responsables et des pollueurs à qui s’attaquer directement par des actions coordonnées. Les Gilets Jaunes invitent toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du Vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires un nouveau mouvement social écologique populaire. L’indignation ne suffit plus, passons à l’action ».

                              Revendiquer une écologie populaire c’est déjà rassembler, en s’adressant au plus grand nombre, autour de la préservation du vivant. C’est refuser de faire de l’enjeu de l’écologie un outil de domination des classes les plus riches sur les plus pauvres, des hommes sur les femmes, des blancs sur les personnes racisées. Affirmer une écologie populaire, c’est être radicalement en opposition au système d’oppression et de domination de l’État et du capitalisme.

                              La quatrième Assemblée des assemblées a été un véritable succès, près de 500 délégué·es venus des 200 groupes locaux et ronds-points se sont rassemblé·es du 1er au 3 novembre à Montpellier pour débattre des suites du mouvement et des thématique essentielles. C’était un moment très fort. Faire politique ensemble, créer et expérimenter l’autonomie, réfléchir et construire la lutte et le mouvement. Les assemblées sont des espaces de création des communautés de lutte. Voir autant de Gilets Jaunes exercer les tâches que leurs assemblées respectives leurs ont attribué·es (alors qu’ils et elles n’ont aucune capacités particulières pour les exercer) est un véritable signe de la vitalité politique et démocratique de ce mouvement. L’assemblée populaire des Gilets Jaunes est une expérimentation, une prémisse, et peut-être un des piliers fondateurs d’un autogouvernement émancipateur.

                              Pour l’occasion nous sommes parti·es en balade à Montpellier pour l’Assemblée des assemblées afin de prendre part à celle-ci et d’en rendre compte. Désolé pour le son, on a eu des problèmes techniques, voilà ça a été enregistré sur le terrain avec les moyens du bord. L’écoute n’est pas optimale mais on trouve que les témoignage ont vraiment beaucoup de valeur. Pour terminer ce podcast voici l’appel pour la grève du 5décembre voté majoritairement de manière consultative (car les Gilets Jaunes n’étaient pas mandaté.e.s pour le faire).

                              « L’AdA réunie à Montpellier ce jour estime, après une année de mobilisation acharnée, que la situation est à un tournant. L’heure est à la convergence avec le monde du travail et son maillage de milliers de syndicalistes qui comme nous, n’acceptent pas. Il faut un rassemblement du peuple français dans toutes ses composantes : paysan[·ne·]s, retraité[·e·]s, jeunes, artistes, personnes en situation de handicap, petits artisan[·ne·]s, ouvrier[·ère·]s, chômeur[·euse·]s, précaires, travailleur[·euse·]s du public comme du privé….

                              Nous avons cette occasion à saisir, à partir du 5 décembre, date à laquelle des centaines de milliers de travailleurs seront en grève et en assemblées générales pour la reconduire jusqu’à la satisfaction de nos revendications. L’AdA de Montpellier appelle les Gilets Jaunes à être au cœur de ce mouvement, avec leurs propres revendications et aspirations, sur leurs lieux de travail ou sur leurs ronds-points, avec leurs Gilets bien visibles !

                              La défaite du gouvernement sur sa réforme des retraites ouvrirait la voie à d’autres victoires pour notre camp. Tous [et toutes] dans la rue à partir du 5 décembre, en grève ou sur le rond-point ou en action de blocage ! »

                              La grève n’est pas seulement un moyen de paralyser le système, elle est aussi le moyen de suspendre le cours de nos existences aliénées par le travail, elle est le moyen de se retrouver tous et toutes, d’occuper véritablement nos lieux et nos espaces, interrompre les rythmes et les cadences du travail pour retrouver d’autres temporalités bien moins aliénantes.

                              Cependant la grève n’est pas suffisante, Jérome Baschet souligne dans « Une juste colère » que les antagonistes au système capitaliste ne se trouvent plus seulement dans la sphère de la production mais aussi dans la finance et le marché mondialisé, la circulation, le bénévolat etc. Il faut donc envisager une diversité de stratégies d’action : grève, blocage, retrait de la consommation, suspension de l’ordre social (grève des femmes).
                              Cessons de lutter pour les miettes d’un système, envisageons des ailleurs et des autrements.

                              Pour terminer cette longue balade nous finirons par les mots de Jérôme Baschet :

                              « Vive la digne rage de celles et ceux qui ne sont rien !

                              Dehors Macron et autres apprentis-jupiter !

                              Mort au système inique, destructeur et inhumain qu’ils servent !

                              Vive la puissance du peuple qui se soulève et s’organise par lui-même et pour lui-même ! »

                               

                              Lors de cette AdA, Floraisons était présente sur les ondes de Radio GI.NE en partenariat avec La Mule Du Pape et Rapports de Force

                              Lien du live : https://radiogine.fr/evenement/assemblee-des-assemblees-des-gilets-jaunes-04/

                              Aussi Floraisons a participé à une rencontre avec plusieurs Gilets Jaunes ainsi que les médias Sanglier Jaune, Demos Kratos et Cemil choses à te dire.

                              Lien du live en entier : https://www.youtube.com/watch?v=kscDdknUzRM

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                              23 min
                            8. Prisons partout justice nulle part (avec Julia)


                              https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-10-11/33720791-44100-2-3b1fc3ed8518f.m4a
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                              Nous recevons Julia, militante au Genepi et étudiante en droit pénal. Il sera question tout d’abord de comprendre en quoi la prison nous concerne toutes et tous. Puis nous verrons en quoi le système judiciaire pénal est un outil discriminatoire. Enfin nous aborderons les conditions de détention.

                               

                              La prison c’est un sujet dont on parle peu, alors qu’elle nous concerne toutes et tous. Pas seulement les personnes incarcérées ou leurs proches, mais en fait l’ensemble des citoyen·nes. Sous couvert de protection et de justice, le pouvoir coercitif s’exerce aussi sur nous, car il est une menace permanente, et qu’il influe (de manière consciente comme inconsciente) nos comportements, voire même nos pensées. Elles sont à l’origine d’une autocensure constante, due à la peur de la privation de liberté. Les structures pénitentiaires symbolisent et illustrent l’autorité, le contrôle et la violence qu’un état peut exercer sur son peuple. Elles sont un moyen légal de se débarrasser des parasites du système.

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                              1 hr 21 min
                            9. L’Anarchie de Malatesta

                              https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-9-18/29850250-44100-2-996c7a79e2e8e.m4a
                              TÉLÉCHARGER LE PODCAST

                              Fiche de lecture. Floraisons est un média qui est inspiré par la pensée anarchiste, par la lutte contre toutes les formes de domination, d’exploitation, d’aliénation. Nous rejetons les fondements culturels à l’origine de la destruction du vivant. Dans cette perspective il nous semble important de présenter nos notes de lecture de ce texte de Malatesta, L’Anarchie, rédigé à la fin du XIXe siècle. L’anarchisme, c’est entre autre la critique radicale de l’État, du gouvernement, comme outils d’asservissement des peuples. Il s’agit d’en finir avec la seule initiative d’un petit nombre de personnes, qui entraîne nécessairement l’oppression de tous les autres.

                               

                              Qu’est-ce que l’Anarchie ?

                               

                              L’Anarchie signifie « Absence de gouvernement » mais est souvent confondue avec « désordre » ou avec « la loi du plus fort » à cause d’un préjugé : que le gouvernement serait nécessaire à la vie sociale.

                              Imaginez une personne qui a les deux jambes attachées depuis sa naissance mais qui arrive à marcher. Elle peut imaginer que si elle arrive à marcher, c’est justement grâce à ses liens, qui pourtant la gênent ! Si en plus de ça, un médecin lui dit que sans ces liens, elle risque de mourir… alors cette personne défendra elle-même ses propres liens et considèrera comme ennemi celui qui veut le détacher (c’est-à-dire l’anarchiste). Nous sommes dans une situation comparable.Esclaves depuis leur naissance, les humains ont cru que l’esclavage était la caractéristique de la vie.

                              Ainsi, les travailleurs et travailleuses ont fini par croire que c’est le patron qui leur permet de manger. Ils et elles ont fini par croire que sans patron, ils et elles ne pourraient pas survivre.

                              Nous avons l’habitude de penser que patrons et l’État sont nécessaires, nous sommes éduqué·es dans ce sens par les patrons eux-mêmes, par l’école, les prêtres, les grands médias, etc. Et pour celles et ceux qui pensent ou agissent différemment, on les fait taire grâce à la police et la justice.

                              Du temps de la monarchie, pour dire « désordre » on ne disait pas : « ils veulent l’anarchie ! » On disait : « ils veulent la République ! » parce qu’on n’imaginait pas pouvoir se passer d’un roi. Donc si « Anarchie » est un mot repoussoir pour l’instant, il faut quand même en être fièr·es. Le problème ne vient pas du mot utilisé par les anarchistes, mais que leurs idées sont contraire aux préjugés actuels.

                              Quand les anarchistes disent « À bas l’État », c’est une définition particulière de l’État : celle d’un groupe qui impose sa volonté aux autres grâce aux institutions, aux lois, à la force, à la contrainte. Les anarchistes ne veulent pas tout casser, ni abolir tout lien social. Ce qu’ils et elles veulent c’est détruire l’autorité de certain·es sur les autres. Ce qu’ils et elles veulent instaurer : L’harmonie entre des hommes et femmes libres et égaux fondée sur le concours volontaire de toutes et tous.

                              On comprend mieux pourquoi le discours dominant, les grands médias, dépeignent souvent les anarchistes comme des fous dangereux assoiffés de violence qui veulent semer le chaos sur terre et brûler des hôpitaux : Ils préfèrent dire n’importe quoi et créer l’image d’un ennemi intérieur parce que l’idée d’Anarchie est dangereuse pour le pouvoir en place.

                               

                              Qu’est-ce que le gouvernement ?

                               

                              L’anarchisme propose une critique radicale de l’appareil d’État. Pour limiter la confusion sur le terme État, Malatesta préfère dire « Abolition du gouvernement ». De nos jours l’expression « Soyons ingouvernables » connaît aussi un certain succès.

                              Qu’est-ce que le gouvernement ? Pour beaucoup, c’est un principe, un être moral, suprême et abstrait qui représenterait des valeurs universelles, garant de « l’intérêt général », la « vertu », etc. Mais pour les anarchistes, le gouvernement c’est plus concret, c’est l’ensemble des gouvernants (les rois et reines, president·es, ministres, député·es, etc) qui peuvent :

                              • faire la loi
                              • décréter et collecter les impôts
                              • diriger la production
                              • diriger l’économie
                              • faire la guerre et la paix etc
                              • Bref le gouvernement c’est les personnes qui peuvent se servir de la force de tout le monde (physique, intellectuelle, économique) pour obliger tout le monde à faire ce qu’elles veulent elles, grâce à l’autorité. Mais au fond, qu’est-ce que ces personnes ont de si exceptionnel ? Est-ce qu’elles ont tellement de qualités qu’elles ont le droit de nous dire ce qu’il faut faire même si on n’est pas d’accord ? Sont-elles infaillibles et incorruptibles pour défendre nos intérêts mieux que nous-mêmes ?

                                Imaginons que les personnes au pouvoir aient une bonté et un savoir infinis (même si ça n’est jamais arrivé et que ça n’arrivera jamais). Après quelque temps, ces personnes changent, se transforment, car elles doivent imposer leur volonté, s’occuper de tout, remercier les ami·es, mater l’opposition, bref le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument…

                                Et par quelle ruse ces personnes arrivent-elles au pouvoir ? Si c’est par la force, alors comment être sûr qu’elles défendent « l’intérêt général » ? Si elles sont choisies par une classe ou un parti, elles représenteront leur classe ou leur parti au détriment des autres. Et s’il s’agit d’un président ou d’une députée élue au suffrage universel, le seul critère retenu c’est le nombre. Donc les élu·es seront celles et ceux qui manipulent le mieux la population, les médias, et qui reçoivent des financements de la part des riches.

                                Comment la nécessité d’un gouvernement est-elle justifiée ? Toujours de la même façon : « Les humains ont des intérêts différents donc il faut les obliger à se respecter les uns les autres, leur imposer des règles de conduite pour que tout se passe bien et que tout le monde se sente libre ». Malheureusement, cette « théorie » est fausse car elle n’est pas basée sur des faits. Elle a au contraire été inventée pour justifier les faits, pour défendre les privilèges des personnes au pouvoir et les faire accepter par les victimes, les personnes dominées.

                                 

                                La démocratie bourgeoise est un leurre

                                 

                                Qu’est-ce que le pouvoir politique ? C’est opprimer les autres par la violence physique.

                                Qu’est-ce que le pouvoir économique ? C’est maintenir les autres dans une condition servile, en crève-la-faim impuissants, notamment grâce à la propriété privée, au salariat, au marché.
                                Qu’est-ce que le pouvoir religieux ou universitaire ? C’est agir sur l’intelligence et les sentiments des autres pour justifier les deux premiers pouvoirs.

                                Contrairement aux petites sociétés, celles qui sont très peuplées peuvent difficilement contenir le pouvoir entre les mains d’une seule personne. Les dominants doivent donc s’appuyer sur une classe privilégiée et s’assurer de la laisser suffisamment libre. Mais avec le temps, cette classe va accumuler tous les moyens de production jusqu’à se constituer en véritable pouvoir, maitre de la vie, si puissante qu’elle transforme le pouvoir politique en simple flic à son service.

                                Autrefois, les rois devenaient progressivement des gendarmes au service d’une classe capitaliste, tout en gardant une attitude hautaine et méprisante. Aujourd’hui, la classe capitaliste est si riche et puissante que les membres du gouvernement sont issus de cette même classe, elle ne s’embarrasse pas forcément d’un roi.

                                La démocratie est un leurre où la bourgeoisie donne l’espoir aux prolétaires, aux pauvres, aux femmes etc. d’arriver un jour au pouvoir grâce au vote. C’est une illusion car par exemple si le gouvernement menaçait d’être hostile à la bourgeoisie, cette dernière utiliserait tous les moyens pour le rappeler à son rôle de flic. Certes, le gouvernement se donne la peine de protéger plus ou moins la vie de ses sujets, tant qu’ils et elles restent dociles. Il organise et dirige certains services publics. Mais en y regardant bien, tout ce qu’il fait a pour but de protéger ses privilèges et ceux de la classe dominante dont il est défenseur… Et le gouvernement cesse de protéger la vie de ses sujets lorsque ces derniers se rebellent contre son autorité.

                                Le gouvernement veut protéger la société, lui et la bourgeoisie ont besoin de personnes à exploiter. Mais le gouvernement ne peut pas laisser les gens s’organiser par eux-mêmes car ils auraient vite fait de comprendre la supercherie, et se débarrasseraient alors du gouvernement et des propriétaires ! Voici donc la solution trouvée par le gouvernement : déguiser ses actions derrière le fameux « intérêt général » ou « intérêt commun ». Mais dans une société composée de classes dominantes et de classes exploitées, « l’intérêt général » dansdémocratie bourgeoise correspond toujours à celui de la classe dominante.

                                Les capitalistes se font la guerre (physique ou économique). Pour protéger cette classe bourgeoise, le gouvernement tente de garder une relative autonomie par rapport au Capital. C’est un jeu de va-et-vient entre concessions faites au peuple, puis retirées, puis faites aux conservateurs. Quand l’illusion fonctionne, on appelle ça l’alternance. On invoque la Justice. Mais dans la réalité, la notion de Justice selon tout gouvernement c’est :

                                • Interdire et punir tout ce qui heurte ou menace les propriétaires et les gouvernants
                                • Autoriser et faciliter la plus terrible exploitation par les propriétaires, par les hommes, par les blancs, etc.
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                                  L’entraide

                                   

                                  Malatesta montre que la loi qui gouverne l’humanité n’est pas la lutte permanente de chacun contre tous, mais la solidarité. (Kropotkine parlait plutôt de l’entraide). L’humain a deux instincts fondamentaux : sa propre survie et celle de son espèce. Il défendra donc envers et contre tout et tous son bien-être ainsi que celui de ses enfants.

                                  Pour assurer ce bien-être, deux stratégies de lutte pour la survie sont possibles :

                                  • Lutter individuellement contre les autres individus et contre les éléments ou menaces
                                  • Lutter par association en coopérant avec les autres individus contre les éléments ou menaces
                                  • Loin devant la lutte individuelle, la lutte par coopération est devenue l’unique moyen de progrès humain. Où que l’on regarde, c’est en s’unissant que les humains s’assurent une meilleure survie et un plus grand bien-être.

                                    Pour survivre dans un environnement hostile, les premiers humains [comme presque tous les animaux, même les carnivores ndlr.] n’ont de toutes façons pas eu d’autre choix que de s’associer. Cet instinct d’entraide nous vient de là.

                                    L’empathie est la base de notre comportement social. Ce besoin de vie sociale est inscrit en nous par habitude et hérédité. Il s’est transformé en sympathie, en amitié, en amour. Ce sentiment est si fort que nous en éprouvons le besoin indépendamment des avantages matériels procurés. À tel point que certaines personnes mettent volontairement leur vie en jeu pour satisfaire ce besoin, elles se sacrifient parfois pour sauver un autre être humain. Pourquoi ? Parce que la solidarité à l’échelle de l’espèce est ce qui permet d’atteindre le plus grand bien-être : Le concours de chacun au bien de toutes et tous et de toutes et tous au bien de chacun. Bref, contrairement au discours dominant, la liberté des autres n’est pas la « limite » de ma propre liberté, mais plutôt son « complément », et même sa « condition nécessaire ».

                                    Selon Bakounine : « Aucun homme ne peut s’émanciper s’il n’émancipe avec lui tous les hommes [et les femmes] qui l’entourent. Je ne suis réellement libre […] en fait que quand ma liberté et mon droit trouvent leur confirmation et sanction dans la liberté et le droit de tous les hommes [et les femmes], mes égaux »

                                    Si la solidarité nous procure le plus grand bien-être, alors l’opposition entre altruisme et égoïsme disparaît. Ce qui est bon pour la société, pour les autres, est bon pour moi. Désirant être égaux et libres nous sommes à la fois égoïstes et altruistes, c’est la même chose !

                                    Quand un groupe de dominants exploite d’autres humains, d’autres animaux, c’est encore une forme de coopération mais imposée et contrôlée au profit seulement de quelques privilégiés. L’Histoire est pleine de la contradiction entre ces deux tendances :

                                    • La tendance à être comme des frères et à s’associer pour conquérir le monde extérieur
                                    • La tendance à se diviser en autant de petits groupes qui ont conquis un privilège et qui sont déterminés à le conserver contre des groupes qui souffrent et se révoltent pour se libérer.
                                    • L’humanité [et le reste de la Nature] souffrent de ces conflits, guerres, haines, crimes. Historiquement, le principe « chacun pour soi » est venu paralyser l’augmentation du bien-être général, dont le succès dépend du principe « un pour tous et tous pour un ». La coopération et les sympathies, plus fortes que tout, se sont néanmoins développées dans ce contexte d’oppression, entre les opprimé·es, malgré tous les obstacles, antagonismes et la façon dont la société est organisée. Cette vaste solidarité est en grande partie inconsciente. Peu à peu, les masses commencent à comprendre qu’elles ne pourront s’émanciper que grâce à l’union et à la solidarité des opprimé·es du monde entier.

                                      Question : Si les opprimé·es refusaient de travailler pour les autres, si ils et elles ne voulaient plus subir aucune domination, si la fraternité entre les peuples, la solidarité mettait fin aux guerres et aux conquêtes, le gouvernement aurait-il encore une raison d’être ? Si la propriété individuelle était abolie, une nouvelle organisation sociale naîtrait du libre concours de tous et toutes, grâce à des groupes formés librement selon les besoins et les sympathies. Cette organisation sociale aurait pour but le plus grand bien-être et la liberté de toutes et tous. Cette société de femmes et d’hommes libres, cette société d’ami·es, c’est l’Anarchie.

                                       

                                      Ingouvernables

                                       

                                      Mais vous allez me dire : Bien c’est formidable une société sans classe et sans privilège, mais même dans une telle société, on aura quand même besoin de gouvernement pour protéger cet équilibre. Pour éviter justement que certaines personnes reprennent le dessus, il faut un gouvernement. Sans gouvernement, qui va s’occuper des choses importantes ?

                                      Qui va organiser le bon fonctionnement des services publics ? De l’eau ? De l’énergie ? Des soins ? De l’éducation ? L’écologie ? Et il y aura toujours des crimes, qui va les réprimer s’il n’y a plus de gouvernement pour le faire ?

                                      Et les pédophiles qui violent les enfants ? Et les personnes dangereuses qui font n’importe quoi ? Sans gouvernement, ce sera la loi du plus fort encore une fois, et la société va exploser ! De gauche à droite, presque tout le monde dit ça. De nombreux socialistes et communistes autoritaires disent ça. Que répondre aux autoritaires ?

                                      Tout d’abord, il n’y a pas de « bon gouvernement ». Sa fonction de maintien des privilèges ne change pas quand la situation change. S’il n’y a plus de privilèges, alors le gouvernement n’a que deux solutions :

                                      • soit fabriquer les privilèges à défendre
                                      • soit disparaitre
                                      • C’est le cas pour tout organe politique. Prenons l’exemple de la police. Là où il n’y a ni crimes à découvrir, ni délinquant à arrêter, pour ne pas disparaître, la police provoque et invente des crimes. Les institutions qui ont pour rôle de « lutter » contre un problème ne le feront jamais radicalement. Elles ont besoin de maintenir un minimum ce problème en place. Sinon, que feraient les agents qui la composent ?

                                        Un gouvernement, n’importe lequel, même dans une société égalitaire, constitue déjà une classe privilégiée : les gouvernants ont le droit de faire les lois et d’utiliser la force pour se faire respecter. Cette classe dirigeante voudra constamment étendre ses droits, et sera obligée de contenter certaines personnes plutôt que d’autres, de créer de nouveaux privilèges, des faveurs, des dominations et c’est la bonne vieille histoire qui se répète…

                                        Les gouvernant·es habitué·es à commander redoutent de retourner à l’anonymat de la foule. Ils feront donc attention à se réserver les meilleures places et à privilégier leurs ami·es qu’ils leur rendront ce service plus tard… la société égalitaire deviendrait donc vite une oligarchie.

                                        Bon, supposons maintenant que le gouvernement ne soit pas une classe privilégiée et puisse exister sans développer de nouveaux privilégiés, (même si c’est impossible et que ça s’est toujours passé ainsi) : À quoi servirait un tel gouvernement ? Rappelez-vous l’histoire de la personnes née avec les jambes attachées qui pense qu’elle vit grâce à l’existence de ses chaînes, qu’elle ne pourrait pas survivre sans elles… Pensez au travailleur qui cultive les terres d’un propriétaire à son profit, qui se fait exploiter et ne reçoit en échange que le minimum vital. Lui aussi, il imagine que sans patron, il ne pourrait pas survivre, comme si le patron créait la terre et les forces de la nature…

                                        Eh bien c’est la même chose avec le gouvernement : nous avons appris à croire que l’État, le gouvernement était nécessaire à la vie, à l’organisation, à la solidarité (comme un dieu), alors que toute cette énergie vient de nous-mêmes. Ce sont nos forces qu’utilise le gouvernement, et d’ailleurs il les utilise très mal puisque beaucoup d’énergie est perdue dans la répression ou dans les privilèges d’une classe ou d’un petit groupe !

                                        Qui est responsable des plus grands progrès, l’action sociale ou les initiatives individuelles ? Les deux puisqu’on parle de la même chose. Le gouvernement n’est pas une abstraction, c’est un groupe d’individus. L’action sociale est la résultante de toutes les actions individuelles. Dans la lutte pour la liberté, contre l’autorité, la question n’est donc pas de modifier les rapports entre l’individu et la société, mais plutôt d’empêcher certains individus d’opprimer les autres. Et pour ça, une seule solution : l’égalité de droits et de moyens. Tant qu’il y aura exploitation et domination, la société privilégiera les intérêts de certains individus contre d’autres. Abolissez l’exploitation et la domination, et alors les intérêts des individus seront ceux de la société, pour le profit de toutes et tous.

                                        D’ailleurs, en y regardant de plus près dans notre société actuelle, est-ce que l’État est la source du progrès, de la solidarité, bref de tout ce qui est essentiel à la vie sociale ? En réalité non, le gouvernement ne fait pas grand chose à part protéger les dominant·es et se protéger lui-même. Et dès que quelque chose de bien, de bon, apparaît dans la société, un quelconque progrès qui se fait souvent contre lui, le gouvernement se l’accapare et le revendique. Dans la vie de tous les jours, on s’active, on échange, on se comporte cordialement entre nous sans que personne nous dicte notre conduite. C’est d’ailleurs là où le gouvernement est absent (ou les patrons), qu’on s’arrange le mieux entre nous.

                                        Des milliers d’associations volontaires se sont construites loin de l’ingérence du gouvernement et elles sont des merveilles d’entraide. Par exemple les sociétés et congrès scientifiques, [Wikipedia], l’association internationale de sauvetage, les sociétés géographiques, la Croix-Rouge, lles bénévoles organisé·es à la suite d’une catastrophe alors que le gouvernement montre son impuissance, les organisations ouvrières etc.

                                        En fait, si l’entraide volontaire ne s’est pas complètement généralisée sur Terre, c’est bien parce que les gouvernements mettent des bâtons dans les roues en privilégiant les intérêts des dominant·es, la propriété individuelle et l’accaparement des richesses qui en découle. Aujourd’hui, le gouvernement (ou les patrons) organisent la poste, les chemins de fer, etc… mais en quoi aident-ils vraiment ? Les techniciens n’ont pas besoin d’un ordre quand le peuple ressent un besoin. Et plus le besoin est général et urgent, plus il y a de volontaires ! Si le peuple pouvait penser par lui même la production et l’alimentation, aucun doute, les gens ne se laisseraient pas mourir de faim en attendant les ordres du gouvernement ! Le grand moteur de toutes les activités, c’est la recherche de l’intérêt personnel : Quand l’intérêt de toutes et tous sera l’intérêt de chacun, toutes et tous agiront.

                                         

                                        La police et la justice

                                         

                                        Presque tout le monde pense que les fonctions régaliennes de l’État sont indispensables, et que le gouvernement doit assurer la défense interne et externe (guerre, police, justice). Tout le monde… sauf les anarchistes. Si les gouvernements sont abolis et que la richesse sociale n’est plus accaparée par un groupe, pourquoi irait-on faire la guerre ? Sans tyran, sans classe dominante, la guerre est inutile.

                                        Si vous demandez « D’accord, imaginons qu’on soit libres, mais si il reste des gouvernements méchants qui décident de nous attaquer ? Comment on se défend ? » Eh bien on se défend, évidemment on se défend, mais sans gouvernement !
                                        De quoi a-t-on besoin pour se défendre ? D’hommes et de femmes entraîné·es au combat et à la stratégie, et surtout d’une masse populaire qui veut se battre. Un gouvernement ne peut ni augmenter les capacités des premiers, ni le courage des second, bien au contraire.

                                        Qu’en est-il de la police et de la justice ? Vous l’aurez compris, les anarchistes veulent voir disparaître les flics, les juges et les matons. Mais vous vous dites sûrement : « Quoi ? Mais sans police, sans justice, sans prison, vous allez laisser tout le monde s’entretuer, voler et violer au nom de la liberté ?! Vous êtes fous ! » Mais bien sûr, comme si c’était notre objectif ! Comme si on allait laisser faire ça. Comme si, dans une société égalitaire, les anarchistes allaient dire du délinquant social : « Non laissez-le faire, il s’agit seulement d’un esclave révolté ». Imaginer ça c’est faire semblant de ne pas comprendre nos idées.

                                        Est-ce que c’est par peur du gendarme qu’on ne tue pas ? Si c’était le cas, les forêts, les montagnes et les campagnes seraient les endroits les plus dangereux du pays car les moins surveillés. On n’oserait plus faire une balade tranquille à plus de 50 mètres d’un commissariat ! [Alors que pour un nombre considérable de personnes opprimées dans notre société, il est en réalité plus dangereux d’être proche des policiers qu’à bonne distance. Ces personnes ont les meilleures raisons d’avoir peur de la police].

                                        Les statistiques montrent que le nombre de délits (qui ont pour principal objet la propriété privée), ne diminuent presque pas avec la répression. En revanche, les délits diminuent avec les inégalités économiques et l’état de l’opinion publique. Plus d’égalité = moins de délits. Soyons clair·es à ce sujet : Si quelqu’un voulait faire du mal à nous-mêmes et aux autres, à cause de son ancienne éducation, d’une maladie ou d’une autre raison, nous l’empêcherons par tous les moyens. Nous ne confondons pas l’absurdité de la punition avec le besoin de se défendre.

                                        Dans un monde libre et égalitaire, quelqu’un qui commet un acte anti-social est plus à considérer comme une personne malade. Quand un frère ou une sœur se comporte ainsi, nul besoin de réprimer avec haine, de punir plus que nécessaire, il faut aider et soigner. Quoique peuvent dire ou penser les anarchistes, le peuple trouve le moyen de se défendre contre les tendances antisociales de certaines personnes, sans recourir à des professionnels de la loi [comme les zapatistes au Chiapas].

                                        Dans la vie de tous les jours, nous nous soumettons très rarement à la justice pour régler nos différents. Tous les usages traditionnels de la vie quotidienne sont plus importants à la vie sociale qu’un code pénal. La sanction est la perte d’estime, la mauvaise réputation. L’opinion publique a presque toujours une morale plus élevée que la loi. Le couple police/justice a le même rôle que le gouvernement : protéger les intérêts de la classe dominante, des propriétaires. Alors que le peuple ne considère généralement pas ça comme un délit. Pas étonnant que 75% de la population française pensent que la Justice fonctionne mal ! Quelques exemples de la justice et police toujours au service des mêmes, même lorsque l’opinion publique est défavorable :

                                        • Calais : quatre associations accusent la police de violenter les bénévoles qui aident les migrants
                                        • Mobilisation autour d’un SDF condamné à de la prison pour avoir volé des pâtes et du riz
                                        • Prison avec sursis pour un SDF qui a volé de la nourriture dans les poubelles d’un supermarché
                                        • Une famille expulsée la veille de la trêve hivernale
                                        • Certaines personnes disent : « Oui c’est bien beau l’anarchie, on a compris, c’est génial, mais dans le détail, comment ça se passe tout ça ? Comment tout va s’organiser ? À quelle heure ? Et comment ? Et où ? Et avec qui ? Dans quel pays ? À quelle vitesse ? » Si vous demandez tout ça, de prédire et organiser nous-mêmes à l’avance tous les détails futurs, alors désolé, nous avons mal expliqué ce qu’est l’Anarchie. Les anarchistes ne sont pas des prophètes avec la science infuse capables de prédire des solutions officielles. Évidemment nous avons chacun et chacune des idées, des intuitions de solutions. Nous faisons tout notre possible pour faire advenir la société nouvelle. Mais nous serions bien orgueilleux et ridicules d’avoir des solutions toutes faites maintenant sur l’organisation future.

                                          Où ? Quand ? Comment ? Cela est bien impossible à prévoir tant que la misère et l’oppression ne seront pas affranchies. On construit chemin faisant, la science augmente avec la pratique. Plus qu’un plan détaillé, l’anarchie est une « méthode » qui se pense en fonction des situations. Les anarchistes ne sont pas les seul·es à avoir une « méthode » pour viser le plus grand bien de chacun et de tous. Voici deux autres méthodes, à vous de juger des résultats :

                                          L’autoritarisme : On confie à un petit nombre d’individus la direction de la vie sociale, et on arrive vite à une oppression de masse.
                                          Le libéralisme : La propriété individuelle n’est pas abolie, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous, tout le monde est libre mais surtout les riches et les propriétaires, les inégalités augmentent continuellement en même temps que la répression. Bref, c’est la situation actuelle.
                                          Pour résumer, le libéralisme c’est la liberté sans l’égalité ; l’autoritarisme c’est l’égalité sans la liberté. Et l’Anarchie c’est l’égalité et la liberté, jamais l’une sans l’autre.

                                          Comment éduquerons-nous les enfants ? Nous avons des idées, mais pas de dogme. Les parents, les pédagogues et tous les concernés se réuniront, échangerons, et choisirons la meilleure méthode, la plus efficace. Et il en sera de même pour tous les problèmes qui se poseront.

                                          • L’anarchie a pour base l’égalité des conditions
                                          • L’anarchie a pour phare la solidarité
                                          • L’anarchie a pour méthode la liberté
                                          • Elle n’est pas la perfection, mais elle est la voie ouverte à tous les perfectionnements réalisés dans l’intérêt de toutes et tous. L’Étatisme a fait son temps. L’anarchie est possible car elle ne fait que débarrasser l’humanité de son plus gros obstacle : le gouvernement. Les autoritaires, même s’ils disent vouloir la liberté, en sont effrayé·es. Ils veulent encore des bergers et des troupeaux.

                                            Certains diront : « C’est magnifique, c’est un idéal, mais les humains sont trop habitués à se comporter en maitres et en esclaves. L’homme est un loup pour l’homme, ils sont ignorants, c’est trop dangereux. Ce n’est pas prudent. Est-ce que ce ne serait pas plus prudent de les éduquer petit à petit grâce à l’État ? » Encore une fois, s’il vous plaît arrêtez avec le gouvernement ! Le gouvernement n’est pas une force abstraite venue de l’extérieure, il est simplement composé d’humains qui font déjà partie de la société. Il n’y a rien de magique ou vertueux dans le gouvernement lui-même. Pour le redire autrement, la seule chose qu’ajoute le gouvernement, c’est la tendance d’une classe à privilégier ses propres intérêts et d’ignorer ce qui ne va pas dans sons sens. On a besoin de forces individuelles et de forces collectives, mais sûrement pas de gouvernement.

                                            Certes, dans l’état actuel des choses, on ne pourra pas faire que tous les humains s’élèvent du jour au lendemain, qu’ils sentent qu’ils doivent agir pour leur plaisir autant que celui des autres. Ce n’est pas pour autant une raison pour conserver un gouvernement. Est-ce que les gens, est-ce que les enfants ont besoin d’être éduqués à agir de façon libre et solidaire ? Si oui, alors la meilleure chose est de commencer par abolir cette force négative qu’est l’État. Puis, si des personnes instruites veulent transmettre leur savoir, alors elles organiseront des écoles et transmettront le goût d’apprendre. Si ces personnes instruites n’existaient pas, le gouvernement ne pourrait de toutes façons pas les créer par magie ! Il ferait comme aujourd’hui : prendre ces personnes, les empêcher d’enseigner, et les utiliser pour rédiger des règlements à faire appliquer par la police. L’institution négative qu’est le gouvernement transforme des potentiels enseignants passionnés et intelligents en politiciens, c’est-à-dire en parasite inutile dont le seul souci est d’imposer ses propres lubies et de se maintenir au pouvoir.

                                            S’il y a des médecins, des infirmières, c’est à eux-mêmes d’organiser les services de santé. S’ils n’existaient pas, le gouvernement ne pourrait pas les créer. La seule chose que le gouvernement est capable de faire, c’est de les discréditer en interférant avec les intérêts des classes privilégiées.

                                             

                                            Révolution sociale

                                             

                                            Si on abolit le gouvernement et la propriété individuelle, la Révolution ne créera aucune force nouvelle, mais laissera aux forces existantes la possibilité de se déployer. La Révolution fera disparaître la classe qui a intérêt à maintenir les autres ignorants. Pourquoi un dictateur ne peut pas « éduquer » le peuple ? Parce qu’entre partisans d’une dictature, la lutte sera toujours féroce, le gagnant ne s’imposera que par la brutalité. Au pouvoir, il devra se défendre constamment et n’aura pas le temps d’éduquer (s’il a jamais pu ou voulu).

                                            Pourquoi un gouvernement élu ne peut pas « éduquer » le peuple ? Si vous considérez que la masse n’est pas assez éduquée, incapable de s’occuper de ses propres intérêts, alors comment faire jaillir l’élection d’un génie du vote de la majorité d’une masse imbécile ?

                                            Il n’y a qu’un moyen de résoudre le problème social [et écologique] :

                                            • Chasser révolutionnairement le gouvernement,
                                            • Chasser révolutionnairement celles et eux qui détiennent la richesse sociale
                                            • Mettre tout à la disposition de toutes et tous
                                            • Faire en sorte que toutes les forces, capacités et bonnes volontés qui existent chez les humains agissent pour répondre aux besoin de toutes et tous.
                                            • L’anarchie doit se réaliser immédiatement ! Il y aura certainement des difficultés et inconvénients, mais ils trouveront leur solution en appliquant la « méthode anarchique ». Souvenez-vous, l’anarchie c’est une méthode intelligente, pas un plan clés-en-main : elle se réalise par l’action directe des intéréssé·es et par leurs libres accords.

                                               

                                              Merci d’avoir écouté ou lu ces notes de lectures. L’Anarchie de Malatesta est un texte qui a plus d’une siècle mais qui reste d’actualité sur de nombreux points. On pourrait insister sur la nécessité d’inclure le féminisme, l’antiracisme, l’antispécisme, pas ou peu présentes dans ce texte là, la lutte contre toutes les formes de domination et d’exploitation. Malatesta mobilise aussi beaucoup le concept de peuple pour parler des sujets d’un État. Un concept qui peut être problématique, et on aura peut-être d’autres occasion d’en faire la critique.

                                              Et dans une perspective écologiste radicale on pourrait aussi inclure une critique de l’industrie, de l’énergie et de la technique à la critique radicale du gouvernement. Bref ce livre est une porte d’entrée sur la lutte radicale pour l’égalité et la liberté, l’Anarchisme est un outil majeur pour penser les problèmes sociaux et écologiques actuels.

                                              Ni dieu, ni maitre, ni mari, que flotte dans les airs notre grand drapeau noir. Vive la liberté et vive l’Anarchie.

                                               

                                              LIENS

                                              Errico Malatesta, L’Anarchie : https://cras31.info/IMG/pdf/malatesta_-_l-anarchie.pdf

                                              Aux éditions Lux : https://www.luxediteur.com/catalogue/lanarchie-2/

                                              Ni dieu ni maitre, une histoire de l’anarchisme : https://youtu.be/4SAjq4WaLaA

                                              L’École du chat noir, L’anarchie c’est pas ce que tu crois : https://youtu.be/U3Rs7Pjd8gM

                                               

                                              L’article L’Anarchie de Malatesta est apparu en premier sur Floraisons.

                                              37 min
                                            • Ni gourou ni gourelle (avec Nicolas Jacquette)


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                                              Dans cet épisode Ni gourou ni gourelle, nous rencontrons Nicolas Jacquette, auteur de Nicolas, 25 ans, rescapé des Témoins de Jéhovah. Nous parlons de religion, de croyances, de communauté, de sectes, de recrutement, d’oppressions et de dérives sectaires. Nicolas a écrit un livre passionnant qui décrit très bien les mécanismes religieux associés à son expérience personnelle. Son travail est intéressant pour comprendre les systèmes qui créent des situations d’oppression au sein des Témoins de Jéhovah.

                                              Pourquoi se concentrer sur ce sujet aujourd’hui ? Parce qu’un mouvement de résistance passe nécessairement par la constitution de groupes, d’une communauté, et qu’il est impératif de ne surtout pas tomber dans l’horreur que l’on appelle les dérives sectaires. Et de ne pas se laisser manipuler par nos croyances, par des gourous, des gourelles, de s’en méfier comme de la peste.

                                              “La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole“. Karl Marx.

                                              Selon ce raisonnement, lutter contre la domination religieuse ne se produit pas en interdisant les religions, en interdisant aux gens de croire (d’ailleurs ce serait une bêtise car nous avons toutes et tous des croyances). Lutter contre la domination religieuse, c’est d’abord abolir ce qui fait naître le besoin de croire à une autre vie : l’exploitation, le travail, le racisme, le sexisme, etc.

                                               

                                              Le rôle de l’État dans la domination religieuse est toujours une question d’actualité. Cette religion peut être traditionnelle, nouvelle, républicaine, séculaire ou sectaire, basée sur des textes anciens ou de la télé-réalité, ça peut être la religion de l’argent et du mérite, celle des coachs et des transhumanistes.

                                              Le 21 juin 2005, selon l’AFP, le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy déclarait au cours d’une réunion publique : «On m’a soupçonné de vouloir instrumentaliser les Églises. Je n’ai fait que constater que, lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! […] En quoi le fait d’espérer serait-il un danger pour la République ? […] Les religions sont un plus pour la République.»

                                              Une déclaration que l’on peut mettre en parallèle avec un texte de Sébastien Faure :

                                              “La religion. Ce terme étant pris dans son sens le plus étendu et s’appliquant à tout ce qui est dogme – est la troisième forme de l’autorité. Elle s’appesantit sur l’esprit et la volonté ; elle enténèbre la pensée, elle déconcerte le jugement, elle ruine la raison, elle asservit la conscience. C’est toute la personnalité intellectuelle et morale de l’être humain qui en est l’esclave et la victime.

                                              Le dogme religieux ou laïc – tranche de hauts, décrète brutalement, approuve ou blâme, prescrit ou défend sans appel : « Dieu le veut ou ne le veut pas. – La patrie l’exige ou l’interdit. – Le droit l’ordonne ou le condamne. – La morale et la justice le commandent ou le prohibent. »

                                              Se prolongeant fatalement dans le domaine de la vie sociale, la religion crée, entretient et développe un état de conscience et une moralité en parfait accord avec la morale codifiée, gardienne et protectrice de la propriété et de l’État, dont elle se fait la complice et dont elle devient, ainsi, ce que, dans certains milieux férus de superstition, de chauvinisme, de légalité et d’autoritarisme, on appelle volontiers « la gendarmerie préventive et supplémentaire ».”

                                               

                                              La discussion s’articule en deux temps, une première partie consacrée à l’organisation des Témoins de Jéhovah, à leur histoire, à leur fonctionnement. Nous allons présenter et décrire cette organisation cultuelle, souvent mal connue. On connaît les Témoins de Jéhovah quand ils et elles viennent frapper à notre porte, nous parler à la sortie du métro etc. Mais on en sait généralement très peu sur leur fonctionnement, leur recrutement et leurs croyances.

                                              Et dans une deuxième partie nous essayerons de dégager quelques conseils et avertissements à destination de nos groupes de résistance, de notre mouvement, pour ne pas tomber dans le travers des religions et des dérives sectaires. Comment ne pas nier les individus au sein d’une communauté tout en poursuivant un objectif de résistance ? Comment se prévenir des dogmes et des violeurs ? Quelle justice, quels dangers ? Autant de questions complexes qui attirent l’attention des écologistes qui veulent construire des groupes sains et inclusifs.

                                              Ni dieu Ni déesse. Ni gourou Ni gourelle.

                                               

                                              RÉFÉRENCES

                                              Nicolas Jacquette, Nicolas, 25 ans, rescapé des Témoins de Jéhovah

                                              Conférence Nicolas Jacquette « Les enfants chez les Témoins de Jéhovah »

                                              Sébastien Faure, Les anarchistes, ce qu’ils sont, ce qu’ils ne sont pas.

                                              Karl Marx : « La religion est l’opium du peuple »

                                              Michel Bakounine, Dieu et l’État

                                              Pierre Kropotkine, La morale anarchiste

                                              Jérôme Baschet, Farce doit rester à la justice

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                                              1 hr 33 min
                                            • C’est le capitalisme qu’il faut décrocher (avec Vincent Verzat)


                                              https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-8-26/25019687-44100-2-25938fd2fc588.m4a
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                                              Dans un format audio un peu plus court que d’habitude, les « stagiaires en balade ». Nous explorons sur le terrain des actualités que nous commentons. Pour cette balade du 11 septembre 2019, on s’est dit qu’on irait bien faire un tour au Tribunal de Grande Instance de Paris, où huit personnes sont jugées pour vol en réunion avec ruse d’un portrait d’Emmanuel Macron d’une valeur de 8,70€.

                                              À l’occasion d’un procès de décrocheuses et décrocheurs de portraits du mouvement climat, nous discutons avec Vincent Verzat.

                                              Nous tenons à rappeler notre soutien aux activistes écologistes, qu’ils et elles utilisent des tactiques pacifistes ou non, si l’objectif est l’arrêt de l’écocide en cours. Solidarité donc avec les personnes qui décrochent des portraits, celles qui désobéissent pour sauver la Planète de façon non-violente ou non-non-violente. Mais si nous sommes solidaires, nous sommes aussi critiques. Le décrochage de portrait est une action symbolique et un peu burlesque qui peut probablement attirer la sympathie d’un certain public. Nous pensons par ailleurs qu’il est possible de mener des actions directes de résistance :

                                              • qui bloquent et endommagent réellement l’économie, le capitalisme, la pollution
                                              • qui soient clairement identifiées en tant que telle pour communiquer aussi un symbole
                                              • qui attirent l’attention des grands médias car elles sont efficaces
                                              • qui permettent de reconquérir des ressources et du territoire
                                              • qui ne laissent aucune chance au système de se rétablir suivant ses propres termes
                                              • qui désignent les coupables de l’écocide et délégitiment le gouvernement
                                              •  

                                                Après avoir assisté aux 5 longues heures d’audience ce 11 septembre, nous constatons que certaines croyances citoyennes, c’est-à-dire des croyances libérales, sont tenaces dans notre mouvement. En voici trois :

                                                1. L’État est censé protéger la population

                                                Une première croyance libérale voudrait que l’État, le gouvernement aie comme rôle la protection de la population. Si c’était le cas, ce serait donc au gouvernement de nous protéger contre le réchauffement climatique. En réalité, NON, l’État n’a pas principalement pour but de protéger la population, l’État a pout but de préserver l’ordre établi, l’Économie, les dominations de classe, de genre, de race, de faire respecter les contrats, et de garantir la sécurité des marchandises. L’État protège la population si celle-ci constitue une marchandise. Si la marchandise vivante se révolte, il emploie la violence contre elle pour la mater. Par ailleurs l’État est complice de la destruction du vivant. Il n’est pas un frein à l’écocide en cours, il est un outil pour le mener à bien. L’État, ainsi que la civilisation industrielle, est en guerre contre les femmes, les Noirs et les Arabes, les pauvres, les étrangères, etc. Ce système qui tue le monde ou le transforme en marchandise doit rapidement être démantelé dans son ensemble.

                                                2. La Justice est indépendante

                                                Une deuxième croyance libérale voudrait que la Justice soit quelque chose séparée de l’État, du gouvernement. Si c’était le cas, on pourrait utiliser un tribunal pour faire trembler le pouvoir d’État. Or on rappelle que la juge qui s’occupe de l’affaire, tout comme les autres magistrats du siège, a été nommée par décret par le Président de la République. L’indépendance de la Justice est une fable. On ne libérera pas la planète des États et du Capitalisme en mobilisant l’appareil judiciaire qui leur permettent de se maintenir en place. Le constat est le même avec l’Affaire du siècle, c’est à dire attaquer l’État grâce à l’État. Non seulement c’est inefficace pour arrêter la destruction du monde, mais cela renforce l’idée qu’on pourrait utiliser l’État pour régler les problème dont il est à l’origine. Cela humanise un Etat au lieu de le détruire.

                                                3. Les idées sont les actrices du changement social

                                                Une troisième croyance libérale , l’idéalisme, voudrait que les idées soient à la fois les sources de l’oppression, et les solutions contre cette oppression. Il faudrait donc éduquer, dialoguer, débattre, faire entendre, etc pour que les idées, quand elles sont partagées, soient les actrices du changement social. Si c’était le cas, décrocher des portraits du Président de la République, et la médiatisation qui suit, permettraient un éveil des consciences à grande échelle, une épiphanie chez les dirigeants, peut-être des élections palpitantes, et finalement un changement complet de la société vers un modèle écologiquement soutenable. En réalité, peu importe qui est aux commandes d’une machine qui ne peut que détruire le monde, cette personne va détruire le monde. Les changements majeurs n’arrivent pas quand on met les bonnes personnes au pouvoir ou grâce à l’éducation. Les changements de société majeurs arrivent par la force. La société n’est pas organisée autour d’idées mais repose sur le pouvoir, c’est à dire des systèmes concrets d’oppression. Les prises de conscience sont importantes, notre mouvement en a besoin, mais elles sont nécessaires seulement dans le but de construire un mouvement de résistance qui va mettre à terre les systèmes d’oppression. Nous ne devons pas éduquer les dirigeants, mais nous devons les arrêter.

                                                 

                                                Pour compléter notre critique, nous avons constaté pendant l’audience que la juge, le procureur et les flics, bref que l’État a notamment cherché à déterminer trois points avant de décider de l’intensité de la répression qui sera infligé. Voici ces points et ce qu’ils nous révèlent :

                                                1. À quel point les activistes sont organisé·es ?

                                                Est-ce qu’ils et elles ont des structures, des moyens de communication, des plans ingénieux, des véhicules, des subterfuges, une intelligence de terrain, des renseignements tactiques pour enfreindre la loi et mener à bien leur action.

                                                On en déduit donc que l’État redoute que la résistance soit organisée, intelligente, qu’elle puisse communiquer, se répartir les tâches, être furtive, bien choisir sa cible et l’atteindre. Si l’État craint l’organisation, alors la Résistance doit être organisée.

                                                2. À quel point les activistes sont pacifistes ?

                                                Est-ce qu’ils et elles ont réellement respecté les dogmes de la non-violence ? Quelle organisation les forme aux actions non-violentes ? Cette organisation est-elle suffisamment sérieuse du point de vue de l’État ? Quelqu’un a-t-il intimidé ou poussé un fonctionnaire d’État pour voler le portait ? Est-ce que les activistes se sont rendu·es en coopérant ou bien ont fui ?

                                                Et plus grave encore, est-ce que ces mêmes activistes, lorsqu’ils et elles découvriront que le Président de la République ignore l’urgence qui les poussent à décrocher, lorsqu’ils et elles se rendront compte que la non-violence seule est inefficace, est-ce que ces activistes passeront à des tactiques plus risquées, feront des dégâts, ou la promotion de l’action clandestine ?
                                                On en déduit donc que l’État redoute que la résistance sorte de la non-violence dogmatique, qu’elle attaque, qu’elle s’en prenne directement aux infrastructures du malheurs et aux propriétés des destructeurs du monde. Si l’État craint que la Résistance ne reste pas docile, alors la Résistance doit être offensive.

                                                3. À quel point les activistes sont solidaires ?

                                                La presse, les journalistes sont-ils solidaires de la Résistance ou bien restent-t-ils fidèles à l’ordre des choses ? Les décrocheuses et décrocheurs de portraits sont-ils solidaires des gilets jaunes ou bien acceptent-ils de coopérer avec la police et la justice ? Sont-ils du côté de toutes celles et ceux qui désobéissent, des éléments radicaux, où bien font-ils en dernier ressort allégeance aux lois du capitalisme démocratique ?

                                                On en déduit que l’État redoute que les citoyennistes s’allient à d’autres groupes résistants comme les gilets jaunes etc, qu’il perde le contrôle sur les organisations de masse libérales. Si l’État veut diviser pour mieux régner, alors les groupes de résistance doivent être solidaires et unis avec les éléments radicaux.

                                                 

                                                En conclusion on peut dire que Décrocher les portraits d’Emmanuel Macron c’est bien, démanteler la civilisation industrielle c’est mieux. C’est le Capitalisme qu’il faut décrocher.

                                                L’article C’est le capitalisme qu’il faut décrocher (avec Vincent Verzat) est apparu en premier sur Floraisons.

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                                              • Limites de l’écologie citoyenne (avec Juliette, Julien et Cemil)

                                                https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-8-22/24564768-44100-2-df9674e02c801.m4a
                                                TÉLÉCHARGER LE PODCAST

                                                Quelle serait la victoire pour le mouvement climat ? C’est certainement un point aveugle de notre mouvement, cette question si mal posée qu’elle nous rend pour l’instant irréconciliables à l’intérieur même de ce mouvement. Si on ne la pose pas correctement, impossible de réfléchir, impossible d’être stratèges, impossible de gagner.

                                                 

                                                Un mouvement de résistance doit avoir comme objectif à long terme la résolution de ce problème, et donc le démantèlement des systèmes qui en sont à l’origine. Et par quels moyens nous allons démanteler ces systèmes. Nous discutons avec Juliette (La meuf avec les mots), Julien (de la chaîne Demos Kratos) et Cemil (de la chaîne Cemil choses à te dire). Ce podcast a été inspiré par deux vidéos tournées sur le Camp Climat d’Alternatiba, ANV-COP21 et Les Amis de la Terre : « Il est E̶n̶c̶o̶r̶e plus temps » (réalisée par le JTerre) et « Non-violence : Peut-on être populaire et radical ? » (réalisée par Demos Kratos).

                                                 

                                                QU’EST-CE QUE L’ÉCOLOGIE CITOYENNE ?

                                                 

                                                Dans sa vidéo  Julien dit : « Ce n’est pas tant qu’ils [les groupes non-violents] n’ont pas réussi à déranger ce sommet, ils ne l’ont pas voulu.» C’est une phrase qui résonne énormément avec la critique que l’on peut justement faire des organisations citoyennistes. Nous avions déjà défini ce qu’était le citoyennisme, mais c’est toujours bien de revenir là-dessus, car c’est une idéologie qui ralentit et mine notre mouvement.

                                                Citoyen·ne : Personne jouissant, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote.

                                                Citoyennisme : L’idéologie libérale mettant le citoyen au cœur du renforcement de l’État, comme un moyen de lutter contre le capitalisme.

                                                 

                                                Le citoyennisme est une forme de contestation qui apparaît dans un contexte où la révolution a été mise de côté, une contestation qui ne remet pas en cause l’exploitation qui elle, suit son cours.

                                                L’écologie citoyenne est une idéologie produite par des groupes ou organisations n’ayant pas de réelle perspective de dépassement du capitalisme. Là où des groupes résistants voudraient construire en parallèle des institutions de la destruction, de l’État, du capitalisme, et passer à l’offensive contre ces institutions, les groupes évoqués dans la vidéo légitiment ces institutions comme étant les seules à pouvoir régler le problème (dont elles sont pourtant à l’origine). Ils et elles ne s’opposent pas à l’État car ils et elles voudraient s’en servir. Comment est-ce possible que ces personnes continuent de penser qu’on pourra sortir du capitalisme, du système qui détruit le monde en passant par ses institutions ? Et le veulent-elles vraiment ?

                                                 

                                                QU’EST-CE QUE LA RADICALITÉ ?

                                                 

                                                On entend beaucoup ce mot, il y a presque un effet de mode, mais très peu souvent défini. Beaucoup d’organisations ou d’individus libéraux se proclament radicaux parce que c’est vendeur. Mais qu’est-ce que la radicalité pour un mouvement de résistance ? Au lieu de s’en tenir au lieu commun que la radicalité c’est de remonter aux « racines », on propose la définition suivante : Les radicaux, les résistant·es radicaux et radicales s’opposent aux systèmes d’oppression, comme le Capitalisme, l’État, le Patriarcat, le racisme etc. Ils et elles veulent démanteler ces systèmes et leurs institutions car ils les considèrent comme injustes et oppressifs.

                                                Les libéraux, ou citoyennistes, au contraire, veulent jouer leur bon rôle de citoyens et citoyennes, et se servir des institutions pour une transformation sociale. Ces personnes ne considèrent pas les institutions comme mauvaises, elles ne voient pas ou ne veulent pas voir que des institutions comme le Marché, l’État, le système judiciaire, reproduisent à grande échelle des oppressions de classe, de genre, de race… Ils et elles se placent donc souvent comme des intermédiaires, qui seraient, eux, capables de gérer les institutions de façon plus éthique, prendre des décisions plus justes, mieux gérer un existant qui n’est pas foncièrement mauvais. Les radicaux ne veulent pas évoluer au sein d’un système d’oppression avec le plus d’intégrité personnelle, mais veulent démanteler le système en question. Les libéraux citoyennistes n’ont pas pour objectif de dépasser le capitalisme, les radicaux oui.

                                                 

                                                QUELLES SONT LES LIMITES DE L’ÉCOLOGIE CITOYENNE ?

                                                 

                                                On aimerait évidemment ne pas critiquer d’autres écologistes, mais parfois ça va trop loin. Pourquoi et comment ça ?

                                                En 2015, les principaux représentants de la destruction du monde on négocié les accords de Paris sur le climat. Loin d’avoir produit quoi que ce soit d’utile pour réduire les émissions de GES, ils ont surtout créé un battage médiatique pour sauver les apparences, ne surtout pas remettre en question la dynamique de croissance capitaliste, et signé des accords non-contraignants. Les lobbyistes ont récolté des milliards d’euros de subventions pour les soi-disantes « énergies vertes », qui ne sont qu’une nouvelle forme de destruction, de pollution, et d’exploitation, avec la bénédiction de certaines organisations soi-disantes « écologistes ». Certaines ONG ont essayé de donner à tout ça une allure positive, par des actions symboliques et des déclarations d’auto-congratulation et de succès. Alors que dans le même temps, elles ont condamné de courageux·ses manifestant·es qui ont bravé l’interdiction de manifester imposée par l’État d’urgence à Paris le 29 novembre 2015. Ces ONG ont non seulement annulé leur propres manifestations mais ont critiqué les autres activistes résistant·es : plutôt que de soutenir les 100 personnes arrêtées, une puissante organisation du mouvement climat a déclaré que « ces personnes ne sont pas affiliées au mouvement climat ».

                                                Depuis cette COP, c’est le même problème qui revient encore et toujours, jusque dernièrement au contre-sommet du G7 au Pays Basque, où la plateforme se félicite d’une « réussite » après s’est totalement désolidarisée des manifestant·es les plus déterminé·es.

                                                De l’aveu même des lobby du pétrole, ce sont bien les groupes radicaux qui représentent la plus grande menace pour l’État et l’industrie. Le pouvoir va tout faire pour faire taire cette contestation et les séparer du reste de la population. Notamment en simulant le dialogue et le changement avec certains groupes libéraux d’écologie citoyenne. Si ces citoyennistes s’assoient dans les palais et les mairies pour discuter, ce n’est pas parce qu’ils sont « respectables et légitimes », c’est parce que

                                                Le pouvoir a peur des radicaux et veut mettre un terme à la colère
                                                Le pouvoir utilise les éléments les plus dociles et inoffensifs.
                                                Le mouvement de résistance écologiste a besoin d’une diversité de tactiques, ce qui implique entre autres certaines actions pacifistes symboliques. Mais si ces activistes pacifistes symboliques dénigrent les actions et risques pris par les militant·es les plus radicaux, non seulement ils se coupent de la force qui leur permettrait de négocier, mais ils mettent en danger les radicaux qui se retrouvent isolés du reste de la population.

                                                Les institutions n’organiseront jamais leur propre destitution, et ne prendront aucune décision réellement contraignante pour leur fonctionnement. En s’associant constamment avec le pouvoir en place, les organisations libérales se condamnent à mener des actions inefficaces concernant le démantèlement des institutions et des mécanismes d’oppression, même si, certes, elles peuvent être de super coups de communication ou galvaniser les militant·es, permettent des rencontres, etc.

                                                Du fait de cette association, les organisations libérales sont redevables des personnes, groupes, entreprises, gouvernements qui les financent. Elles sont donc incapables d’accueillir, mais pas non plus de soutenir des militant·es et des actions plus radicales, qui voudraient sortir du cadre proposer pour mener des actions efficaces. C’est aussi vrai dans leur communication: Elles sont incapables de nommer clairement l’ennemi, les causes dans leur globalité, de proposer des actions et des stratégies efficaces, car elles ne peuvent (et ne veulent peut-être) pas couper la main qui les nourrit. Finalement, ces organisations ont le plus souvent pour effet de subventionner et donner du crédit à tout ce qui se revendique du développement durable (c’est-à-dire subventionner ces mêmes personnes qui détruisent le vivant). Ces organisations font donc malheureusement perdurer en partie le problème, tout en induisant des militant·es en erreur.

                                                Si l’on regarde l’histoire des associations écologiques ces 50 dernières années, il est probable que les réelles victoires (qui ont permis un ralentissement de l’écocide) se comptent sur les doigts de la main alors que les ONG et autres associations revendiquent constamment des « victoires » qui n’en sont pas. Il est impératif de poser la question des objectifs réels de ces organisations.

                                                 

                                                QUELLE POSITION PAR RAPPORT AUX ORGANISATIONS MODÉRÉES ?
                                                AUX ALLIÉES POTENTIELLES ?

                                                 

                                                Un mouvement de résistance ne peut réussir que s’il reste uni, soudé face à l’adversaire. Aujourd’hui ce n’est pas le cas. De nombreuses organisations libérales (même si elles se prétendent radicales), divisent notre mouvement entre les bon·nes manifestant·es et les mauvaises. Le dialogue n’est plus qu’un combat de communication,  et ces organisations sont plus enclines à dialoguer avec les représentants du pouvoir qu’avec les radicaux.

                                                De l’autre côté, certain·e·s radicaux·les fustigent des actions pacifistes qui sont pourtant essentielles.

                                                Le dialogue entre les groupes modéré·es et radicaux est rendu très difficile, pourtant nous avons besoin des deux. Comment dialoguer sans diviser ? Il n’est pas question de seulement critiquer le mouvement climat. Nous voudrions rappeler que si nous sommes toutes et tous embarqué·es dans un mouvement de résistance, alors nous avons besoin de stratégies diverses et complémentaires. Mais pour s’unir et partager un même objectif, il faut d’abord prendre conscience de faire face à un ennemi commun : le capitalisme. Un mouvement de résistance entre en conflitc ontre un système d’oppression et ne cherche pas à gérer ses institutions, mais les à démanteler.

                                                 

                                                HYPOCRISIE

                                                 

                                                Voilà ce que déclarent certains leaders d’organisations citoyennes libérales : « Nous touchons aujourd’hui un public plus large qu’on doit accueillir. Il est important que chacun puisse trouver sa place avec différents niveaux d’engagement » ou encore : « Il ne faut pas voir cela de façon pyramidale mais plutôt par cercles connectés les uns aux autres. Je ne veux pas perdre mon temps ni mon énergie à convaincre un collectif qui a envie de faire des actions violentes. Il ne faut pas chercher à uniformiser la lutte. Mieux vaut mener la bataille de différentes façons et avancer au lieu de perdre du temps à savoir qui a raison. » (source)

                                                Pourtant, quand on regarde les documents internes de ces organisations (comme ici ou ici) ce qu’elles imposent réellement à leurs militant·es est à l’opposé de leurs discours de façade. En pratique, ils interdisent aux activistes les paroles ironiques, les moqueries, ou même de hausser la voix en cas de répression policière. Ils interdisent aussi de mal regarder les agents de police, comme si un regard pouvait blesser un police surentraîné à taper du gauchiste et suréquipé pour mater la plèbe. Ils liment les griffes de la contestation sociale et de la force populaire. Mais là où c’est encore plus grave, c’est qu’ils dénigrent les autres, et les dénoncent littéralement. Ils appellent à la délation des autres activistes ! Dans un document circulant dans les manifestations on lit :

                                                Si vous voyez des personnes qui se masquent le visage, prévenez les supérieurs.
                                                Si vous assistez à une dégradation de biens, faites interface entre l’objet visé et les personnes qui dégradent
                                                Isolez ces activistes, créez un cordon pour les séparer du reste de la manifestation
                                                Dissuadez le passage à l’acte, et si ce n’est pas possible, dénoncez-les
                                                En cas de charge policière, votre hiérarchie vous demandera éventuellement de vous asseoir par terre
                                                Bref, on a du mal à faire la différence entre ces indications, et ce que demanderaient de faire la police. Ce n’est pas un comportement de résistant·es, mais plutôt de flic bénévole et ce comportement ne respecte absolument pas les différents niveaux d’engagements, alors que c’est pourtant ce qu’ils se vantent de faire publiquement. Cette hypocrisie doit être dénoncée.

                                                 

                                                MASSIFICATION,  RAPPORT DE FORCE ET DIVISION

                                                 

                                                Les organisations citoyennistes libérales répètent sans cesse qu’elles veulent massifier le mouvement pour augmenter le rapport de force. Certes il faut être plusieurs pour s’organiser politiquement, recruter et résister. Nous avons d’ailleurs mis en ligne un podcast sur cette tension organisationnelle entre grand et petit. Mais massifier pour massifier peut difficilement être qualifié de stratégie pertinente. À part s’il s’agit de constituer un électorat, donc de créer un parti à la conquête du pouvoir de l’appareil d’État par les urnes, la massification ne peut être l’objectif principal d’un mouvement. Pourtant historiquement, la taille d’un mouvement a en réalité peu d’impact sur ses chances de réussite.

                                                Un rapport de force doit être instauré et amplifié, car le pouvoir ne comprend que la force. Cette force peut être politique, sociale, économique et/ou physique, mais c’est toujours de la force. La force non-violente et les stratégies électoralistes sont limitées en partie pour une raison simple : la quantité de force par déployée par un·e individu non-violent·e est si faible qu’il faut des dizaines, des centaines de milliers de personnes impliquées dans une lutte pour commencer à ressentir quelques effets. Mais du coup c’est la course à la massification, la course aux médias, l’épuisement.

                                                Là où les citoyennistes libéraux nous tirent une balle dans le pied, c’est quand ils vont s’asseoir à la table des destructeurs du monde pour papoter et leur servir de caution, alors qu’ils refusent de s’asseoir à la table des organisations plus radicales. Ils et elles tombent dans le piège de la cooptation..

                                                Comme évoqué dans le paragraphe La leçon de Stonewall de nos notes de lecture de Full Spectrum Resistance :

                                                “ C’est une leçon qui concerne à la fois les libéraux et les radicaux. D’importants progrès peuvent être réalisés en combinant action et organisation. Nous avons déjà vu que les libéraux ne comprennent pas le rôle clé des militants radicaux dans un mouvement de résistance. Ok. Mais de leur côté, trop souvent les militants radicaux ne comprennent pas le rôle important que des organisations modérées peuvent jouer dans un changement radical.

                                                Certes, l’activisme militant est essentiel, indispensable pour une résistance victorieuse. Mais pour gagner du territoire, les gains obtenus par le militantisme le plus offensif doivent être incorporés dans des organisations durables et dans la vie de tous les jours. La critique est valable pour les militants comme pour les modérés les deux doivent sérieusement apprendre à s’écouter et comprendre le rôle clé de chacun dans cet effet de cliquet : les petites organisations militantes offensives poussent la résistance en avant, et les grands groupes modérés défendent et consolident les gains ainsi obtenus.”

                                                L’unité fait la force et les citoyennistes libéraux ne jouent pour l’instant pas assez le jeu. Ils et elles pourraient par exemple faire en sorte d’être sûrs d’être mandaté·es par tous les groupes écologistes résistants avant d’aller négocier. Ou bien quand ils et elles sont sommé·es de se prononcer pour ou contre les actes de sabotage (par les grands médias par exemple), plutôt que de jouer les bons élèves, ils et elles pourraient plutôt focaliser leur discours sur l’urgence de la situation, dénoncer la violence de la police (comme cela a été le cas lors de la marche pour le climat du 21 septembre), du mode de production capitaliste, du patriarcat, du racisme, etc. Ils et elles pourraient aussi rappeler que quelques vitrines cassées ne sont pas grand chose comparées aux vies détruites chaque jour par ce système mortifère.

                                                Ainsi, sans qu’ils et elles n’aient à s’engager dans des actions risquées tout, et en laissant la possibilité à d’autre de le faire, c’est-à-dire en adoptant un comportement de solidarité, le rapport de force serait décuplé. Et notre mouvement de résistance pourrait augmenter ses chances de gagner, c’est-à-dire mettre fin à l’écocide en cours.

                                                 

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                                                JTerre, Il est E̶n̶c̶o̶r̶e plus temps »

                                                Demos Kratos, Non-violence : Peut-on être populaire et radical ?

                                                Reporterre, Au camp climat, plus de militants et plus déterminés

                                                Union communiste libertaire, De quoi le citoyennisme est-il le nom ?

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                                                Lundi matin, Le pire contre-sommet de l’histoire

                                                Acta, En finir avec l’écologie policée et policière

                                                Gelderloos Peter, Comment la non-violence protège l’État

                                                Submedia / Stimulator, Ce n’est pas votre mouvement pour le climat

                                                Alain C. L’impasse citoyenniste

                                                Aric McBay, Full Spectrum Resistance

                                                Edgy politics, Onestprêt, écologie citoyenne : une impasse ?

                                                 

                                                L’article Limites de l’écologie citoyenne (avec Juliette, Julien et Cemil) est apparu en premier sur Floraisons.

                                                47 min
                                              • Contre Amazon et son monde (avec David Gaborieau)

                                                https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/staging/2019-8-18/24090791-44100-2-cfe5f5b87ae5e.m4a
                                                TÉLÉCHARGER LE PODCAST

                                                Alors que la multinationale Amazon affiche près de 180 milliards de chiffre d’affaires pour l’année 2017, des voix s’élèvent partout en Europe (Allemagne, Pologne, Espagne …) contre le « modèle Amazon » : promesses d’emplois non réalisées, usage massif d’intérimaires, précarisation et conditions de travail insupportables, casse du droit du travail et pression sur les syndicats, fraude fiscale et subventions publiques, destruction des librairies et des commerces locaux, bétonnisation des terres et augmentation massive du trafic routier, et plus récemment, le scandale des milliers de produits qui sont secrètement détruits parce qu’ils ne se vendent pas assez.

                                                 

                                                Les enjeux sont trop importants. Amazon ne recule devant rien pour s’imposer, à nous de faire de même pour résister aux Grands Projets Inutiles et Imposés qui servent les intérêts des puissants et détruisent nos environnements.

                                                Ce podcast a été enregistré à la librairie la Gryffe à Lyon le 6 septembre 2019 lors d’une conférence de David Gaborieau.

                                                L’article Contre Amazon et son monde (avec David Gaborieau) est apparu en premier sur Floraisons.

                                                58 min

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