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Or


Il ne peut écrire sans écouter Oum Kalthoum ou Edith Piaf. Et cela donne une assez bonne idée non seulement de ses deux amours, son pays et Paris, mais aussi de l’exigence d’Alaa El Aswany vis de sa propre écriture et vis à vis de ses personnages de roman sculptés à l’aune de deux voix sublimes.
Le plus célèbre des écrivains égyptiens ne vit plus au Caire, mais à New-York, depuis que le Parquet général militaire a porté plainte, en mars 2019, contre lui pour insultes contre le « Président, les forces armées et les institutions judiciaires égyptiens ».
En cause, ses articles critiques publiés en arabe sur Deutsche Welle et son dernier roman sorti fin 2018, J’ai couru vers le Nil (Actes Sud), dont l’action se déroule Place Tahrir, en 2011, pendant ces journées révolutionnaires qui chassèrent Hosni Moubarak du pouvoir et dans la ferveur desquelles le mot peuple, soudain, n’était plus une abstraction. Le roman polyphonique mettant en scène riches et pauvres, privilégiés, démunis, arrivistes, héros et bourreaux, hypocrisie religieuse, tractations entre l’armée et les islamistes, exactions du régime, est interdit en Égypte et dans le monde arabe, à l’exception du Liban, de la Tunisie et du Maroc.
Pendant longtemps le succès planétaire de L’immeuble Yacoubian a protégé le romancier. Ce n’est plus le cas désormais. Depuis 2014, Alaa El Aswany, militant engagé en faveur de la démocratie et de la justice, qui, en 2011 par exemple, organisait chaque jour un point presse pour les journalistes notamment étrangers suivant les événements de la place Tahrir, ne peut plus chroniquer dans les journaux égyptiens comme il le faisait auparavant régulièrement. Il ne peut plus paraître à la télévision et même le séminaire de littérature qu’il animait depuis 20 ans est interdit à partir de 2015.
De passage à Paris, et pour Radio Cause commune, il parle de l’Égypte d’aujourd’hui et d’hier, de la recherche de la troisième voie – qui ne soit ni dictature militaire ni extrémisme religieux – les deux faces d’un même malheur historique dans lequel est enfermée la société égyptienne depuis des décennies-de la place et du rôle déterminant des femmes durant la Révolution, de la jeunesse de son pays qui n’oublie pas ce qu’elle a vécu en 2011, qui rêve de liberté, qui veut construire l’Égypte de demain dans le respect de la dignité de chaque être humain. Pour mémoire, 60% de la population a moins de 40 ans.
Il salue ainsi l’attribution du prix de la littérature arabe 2019 (créé par l’Institut du monde arabe et la Fondation Jean-Luc Lagardère) à l’écrivain Mohammed Abdelnabi pour son roman La chambre de l’araignée (Actes Sud/Sindbad).
Économiste de formation et journaliste free-lance spécialisée dans les alternatives écologiques, Anne-Sophie Novel s’interroge sur la défiance de l’opinion vis à vis des médias. Le phénomène est-il nouveau ? Quelles sont les causes ou les facteurs aggravant de cette crise de confiance ? Ne généralise-t-on pas trop vite ?
Et que faire une fois qu’on a campé le décor entre d’un côté un public ne faisant plus confiance aux médias et de l’autre des journalistes confrontés à la profonde transformation de leur métier, devant produire de plus en plus vite du contenu standardisé et soumis à des contraintes économiques et financières.
Anne-Sophie Novel place l’urgence écologique au cœur de sa réflexion. Elle sonde l’impensé écologique. Pourquoi l’un des enjeux majeurs pour l’avenir de la planète et de l’humanité, a-t-il tant de mal à s’imposer comme un sujet central, repéré comme tel depuis la fin des années 60 ?
Notre maison brûle et nous regardons ailleurs
Disait Jacques Chirac en 2002. Pourquoi continuons-nous de détourner le regard ?
Produire et consommer différemment s’applique aussi à l’information.
Femme compositeur, pianiste et professeur de composition, Tiziana De Carolis nous parle de son travail de créatrice, mais aussi de son engagement pour faire connaître l’histoire oubliée des compositrices et de leurs œuvres.
Peu encouragées à la création, peu initiées à la composition, des femmes ont néanmoins de tout temps produit, parfois sous le nom de leur mari ou de leur frère, des œuvres musicales qui furent souvent par préjugé, lors de leur réception, considérées comme mineures, peu ou jamais jouées, et dont les partitions furent perdues ou jamais rééditées.
Tiziana de Carolis nous invite à partir à la rencontre de ce répertoire musical quasiment inconnu, en pointant le silence de l’histoire de la musique au sujet des compositrices.
Mais, qui a entendu parler de Rita Strohl, de Claude Arrieu, d’Elsa Banaine, d’Amy Beach ou de Mel Bonis ? Et si, de manière générale, il est difficile pour les compositeurs contemporains de faire jouer leurs œuvres, la difficulté redouble quand il s’agit de faire entendre l’œuvre d’une femme.
Pourtant, les choses bougent.
Grâce notamment à l’association Présences féminines, au festival du même nom qui a lieu chaque année depuis 2011 et dont la prochaine édition aura lieu du 17 au 28 mars 2020. Sa directrice artistique Claire Bodin intervient en ligne au cours de l’émission pour nous en dire davantage.
Grâce aussi au projet de production discographique intitulé Voies(x) de Femmes, lancé par Tiziana De Carolis et Théodora Cottarel afin de mettre en lumière la richesse et la qualité des œuvres vocales des compositrices du XXème siècle comme Lili Boulanger, Régine Poldowski et Germaine Tailleferre, et celles du XXIème siècle telles que Isabelle Aboulker, Graciane Finzi sans oublier celle de Tiziana de Carolis.
Grâce aussi à l’éducation, la pédagogie ainsi qu’à la possibilité désormais offerte aux jeunes enfants d’une initiation et d’un apprentissage de la composition musicale.
Enfin, si la musique est l’art des sons, les œuvres vocales nous amènent à nous interroger sur la voix, sur son timbre et sa tessiture, ainsi que sur le rapport que chacun d’entre nous entretient avec sa propre voix.
Géographe et enseignant-chercheur à l’Université Lyon 2, Fabrice Balanche est un spécialiste de la Syrie, du Liban et du Proche-Orient en général.
Sa grande connaissance du terrain et la cartographie à la fois originale et innovante qui en résulte, font de lui l’un des grands experts internationalement reconnus de la région. Ses cartes de géographie politique donnent à voir et ses propos rendent intelligibles des questions complexes. Fabrice Balanche nous invite dans le cadre d’une analyse géopolitique à ne négliger ni le terrain ni la géographie pour appréhender de façon pertinente le réel et tenir à distance autant que possible les lectures idéologiques du réel qui pourraient nous le faire manquer ou altérer notre jugement.
De retour du Nord-Est de la Syrie, où il se trouvait lors de l’annonce du retrait effectif des forces américaines des régions contrôlées par les Kurdes, il parle de l’offensive de l’armée turque que ce retrait rend possible.
Sont abordées les questions relatives aux milices supplétives en première ligne dans l’offensive turque, au retrait des Kurdes des territoires qu’ils avaient contribué à libérer de l’État islamique avec l’appui militaire américain et européen, au cynisme des puissances abandonnant les Kurdes à leur sort après les avoir utilisés et laissés bernés d’illusions, au positionnement de l’armée syrienne au fur et à mesure du retrait des forces combattantes kurdes.
Retour sur huit années de guerre qui n’auront pas vu le régime syrien s’effondrer, contrairement aux prédictions de nombreux analystes. Sont abordés dans cette émission les questions et thématiques suivantes :
Enseignante-chercheuse à l’Université Paris-Dauphine et Sciences Po Paris, Aurélie Daher est une spécialiste du Liban et notamment du Hezbollah.
Depuis le 17 octobre 2019, des manifestations pacifiques se déroulent au Liban, dans la capitale, à Beyrouth comme dans les principales villes du pays, pour dénoncer la corruption de la classe politique dirigeante et son incurie. Un quart de la population du pays, toutes confessions confondues, serait descendu dans la rue pour appeler au renouvellement des élites dirigeantes issues des partis confessionnels.
Aurélie Daher explique les raisons du mécontentement de chacune des communautés sunnite, chrétienne et chiite vis-à-vis de leurs leaders respectifs. Ces raisons sont multiples et peuvent différer d’une communauté à l’autre, chacune n’ayant pas le même poids démographique ni les mêmes intérêts à une remise en cause de l’équilibre confessionnel ou la promulgation d’une nouvelle loi électorale.
Dans ces conditions, la déconfessionnalisation du paysage politique libanais est-elle possible ? Une citoyenneté libanaise est-elle en train de naître ?
Si, le 24 octobre, le discours du Président Aoun n’a rien changé à la détermination des manifestants, le discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le lendemain, appelait les chiites à rentrer chez eux. La démission du Premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre, ne signifie ni la fin de la crise ni qu’il ne puisse être le prochain Premier ministre, dans un pays où, conformément à la Constitution en vigueur, le président du Liban doit être maronite, le premier ministre sunnite et le président de la Chambre des députés chiite.
La mobilisation faiblira-t-elle ou se renforcera-t-elle dans un contexte économique difficile? S’agit-il d’une parenthèse destinée à se refermer ou bien tout retour en arrière, à l’identique, est-il désormais devenu inacceptable ?
Malgré le ras-le-bol exprimé par les manifestants et l’usure d’un système semblant à bout de souffle, la société civile sera-t-elle en mesure de présenter un projet alternatif ? Des nouvelles personnalités émergeront-elles pour imaginer un nouveau contrat social et le mettre en œuvre, cent ans après la création du Liban ?
Pour l’heure, le Hezbollah, né en 1982, est devenu un acteur majeur de la scène politique libanaise et régionale. Aurélie Daher revient sur la montée en puissance du mouvement chiite (dirigé depuis 1992 par Hassan Nasrallah), sur son action sociale et politique, sur ses capacités militaires considérablement renforcées à la faveur de sa participation déterminante à la guerre en Syrie aux côtés du régime d’Assad.
Joumana Haddad, invitée de ce nouveau numéro de Le monde en questions, est une intellectuelle libanaise et une militante qui, dans ses livres comme dans sa vie de femme et de citoyenne, déconstruit avec patience et passion les représentations aliénantes de la femme arabe, de l’homme arabe, de la rue arabe. Solaire, elle dénonce l’hypocrisie des sociétés moyen-orientales, la corruption, l’incurie des pouvoirs publics. Incandescente, elle brise les tabous, notamment sur le corps et la sexualité des femmes, que les sociétés patriarcales veulent contrôler.
Sa force, elle la puise dans la littérature, dans l’écriture et l’action politique, ainsi que dans ce mot de liberté qu’elle découvre, écolière, dans le poème homonyme de Paul Eluard. Car Joumana Haddad est aussi poétesse. Et pour elle, la poésie n’est pas seulement le puissant vecteur de sa révolte face à l’injustice et aux discriminations, elle est au commencement de toute chose, dans ce pouvoir inaliénable que possède tout être humain de dire oui ou bien de dire non.
Son engagement culturel et social pour la liberté d’expression et l’éducation fait d’elle l’une des figures les plus influentes de la société civile libanaise et du monde arabe. Fille des Lumières, sa voix transcende les frontières, tisse des liens entre les humains en donnant corps au combat universel de chacun et chacune pour la reconnaissance et le respect de son inviolable dignité. Par-delà la diversité des temps et des lieux, des personnes et des cultures. Quel que soit l’héritage reçu à sa naissance.
Après avoir écrit de nombreux essais, de la poésie et du théâtre, Joumana Haddad se lance dans l’écriture romanesque avec Le Livre des Reines, son premier roman. Une hallucinante saga familiale mettant en scène quatre femmes et un siècle de violences. Quatre générations de femmes à la même chevelure rouge, prises dans le tourbillon tragique de l’histoire d’un Orient compliqué et meurtri, de 1915 à nos jours.
Une plongée dans un volcan en activité.
Je ne reverrai plus le monde, textes de prison, traduits du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud, 2019
Ahmet Altan, est un écrivain et journaliste turc, connu pour son engagement démocratique et ses prises de position courageuses. L’ancien rédacteur en chef du journal Taraf est emprisonné depuis 3 ans, accusé d’avoir participé au putsch raté du 15 juillet 2016. Le 5 juillet 2019, la Cour suprême a cassé sa condamnation à perpétuité aggravée, estimant qu’il n’avait pas commis l’infraction de « violation de la Constitution », mais retînt contre lui celle « d’aide à un groupe terroriste sans en être membre » et décida de son maintien en détention. Décision confirmé le 8 octobre dernier par la 26ème chambre pénale d’Istanbul : Ahmet Altan restera en prison jusqu’à son prochain procès, dont le verdict devrait être rendu le 4 novembre.
Je ne reverrai plus le monde sont des textes qu’Ahmet Altan a rédigés en prison. Avec une puissante ironie et un profond humanisme, le romancier, âgé de 70 ans, analyse la nature contradictoire et volatile des accusations portées contre lui, qui peuvent néanmoins lui valoir une condamnation à perpétuité. Il médite sur l’univers carcéral et la cohabitation avec d’autres détenus, sur la condition humaine, sur le dénuement extrême engendré par la privation de liberté, sur la force miraculeuse puisée en soi pour résister à l’anéantissement de sa propre personne ainsi que sur le rôle salvateur de la littérature, de la lecture et de l’écriture.
Le livre parait en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, mais pas en Turquie.
L’écrivain Daniel Arsand est l’invité de ce cinquième numéro de Le monde en questions. Daniel Arsant fut libraire, conseiller littéraire, attaché de presse avant de devenir l’éditeur bien connu de littérature étrangère chez Phébus.
Formidable passeur de culture, il a fait connaître aux lecteurs francophones des auteurs irlandais, tels que William Trevor, Keith Ridgway, Hugo Hamilton, des auteures turques telles qu’Elif Shafak et Oya Baydar, l’auteure américaine d’origine japonaise, Julie Otsuka et bien d’autres encore. Beaucoup de ces auteurs qu’il a fait connaître furent récompensés par le prix Fémina étranger.
Lui-même écrivain, il reçut le prix du premier roman pour La Province des ténèbres, le prix Jean Giono du deuxième roman pour En silence, le grand prix Tyde-Monnier pour Des amants, le Prix chapitre du roman européen pour Un certain mois d’avril à Adana et le prix du roman gay pour Je suis en vie et Tu ne m’entends pas.
Grand connaisseur de littérature française, passionné notamment par George Sand, il a préfacé Les beaux messieurs de Bois doré, lors de la réédition de l’ouvrage.
Une émission proposée par Isabelle Kortian. Avec la participation de Taline Kortian.
Pierre Haski. Chroniqueur à L’Obs ainsi que dans la matinale de France Inter, Pierre Haski est également Président de Reporters sans frontières (RSF).
Pierre Haski nous invite à un tour du monde géopolitique commençant par la Chine, avec son livre paru aux éditions Arte et le film (réalisé avec le producteur Hikari) qu’il consacre à Liu Xiaobo, l’homme qui a défié Pékin.
Trente ans après le printemps de Pékin et le massacre de la place Tienanmen, le 4 juin 1989, la mémoire de ce vaste rassemblement pour la démocratie est devenue un tabou. A quoi ressemble la Chine d’aujourd’hui, premier pays de la planète par son poids démographique, deuxième puissance économique et militaire après les États-Unis.
Qui était Liu Xiaobo, cet intellectuel chinois qui échappa à la répression en 1989, qui refusa l’exil, et fut l’un des principaux rédacteurs de la Charte 08 signée par plus de 300 personnalités prônant une libéralisation de la Chine en 2008 (sur le modèle de la Charte 77 initiée par Vaclav Havel) ?
Le prix Nobel de la paix lui fut attribué en 2010. Il mourut en prison en juillet 2017.
Le Président de Reporters sans frontières (RSF) revient aussi sur les évolutions et les difficultés du métier de journalistes. Il rappelle qu’en dix ans, plus de 700 journalistes sont morts dans l’exercice de leur profession dont 2 récemment assassinés en Europe. En outre, de nombreux journalistes sont emprisonnés un peu partout dans le monde pour avoir simplement informé leurs concitoyens. La montée des populismes ne facilite pas la tâche des journalistes. Pierre Haski souligne aussi les nouveaux défis auxquels l’organisation est confrontée, face notamment à la désinformation, ce qui l’amène à ouvrir de nouveaux chantiers de réflexion.
Auteur de nombreux livres, dont la rédaction fut souvent suscitée par les postes de correspondant qu’il a occupés en Afrique du Sud, à Jérusalem et en Chine, Pierre Haski en évoque quelques-uns et en particulier l’exception que constitue dans sa bibliographie Le droit au bonheur.
L’Europe quant à elle, dans un monde incertain et précaire, représente un espoir.
En avril, les Tutsi, les Juifs et les Arméniens se recueillent en souvenir de leurs morts, victimes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, victimes de la Shoah en Europe durant la Seconde guerre mondiale et victimes du génocide de 1915 dans l’Empire ottoman durant la Première guerre mondiale.
Yves Ternon, chirurgien et historien, spécialiste des violences de masse et des génocides, évoque les combats de sa vie et surtout son engagement exceptionnel dans l’étude des génocides du XXème siècle dont il s’est fait en France le passeur de mémoire.
Frère arménien, Frère juif, Frère Tutsi. Mémoires.
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Dans un monde incertain et précaire, en manque de repères clairs, il devient difficile de s’orienter dans la pensée et d’agir en…