Le monde en questions - Comprendre le monde tel qu’il est et tel qu’il n’est pas

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Le monde en questions - Comprendre le monde tel qu’il est et tel qu’il n’est pas episodes

  • #138 – Cercles dirigeants russes : infaillible loyauté au système Poutine ?
    En plateau

    Régis Genté, journaliste, correspondant dans l’ancien espace soviétique pour RFI, mais aussi pour France 24 et Le Figaro, est installé depuis plus de vingt ans à Tbilissi, capitale de la Géorgie. Il est l’auteur pour l'IFRI (Institut français des relations internationales) du rapport: « Cercles dirigeants russes. Infaillible loyauté au système Poutine? »

    Contexte

    En dépit des sanctions inédites décrétées contre la Russie à la suite de la décision de Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine le 24 février 2022, aucun membre important des cercles dirigeants russes n’a fait défection, constate Régis Genté. Les milieux économiques affichent la même loyauté. Personne n’a même véritablement émis des critiques publiques contre cette décision, même si, en privé et selon des fuites dans la presse russe et diverses autres sources, certains la jugent ou la jugeraient catastrophique.

    Deux remarques s’imposent à ce stade. Sachant que les régimes autoritaires s’effondrent davantage en raison des conflits internes (intra-élitaires) qui les minent qu’en raison des protestations de la société civile et manifestations dans la rue, le silence des cercles dirigeants et milieux économiques signifie qu’il n’y a pas, ou pas encore, de faille (du moins menaçante) au sein de la classe dirigeante russe. Et que les dissensions, si elles existent, ne font pas le poids par rapport aux risques courus par ceux qui oseraient défier Poutine et s’opposer à la prolongation de la guerre en Ukraine. D’où la question : comment en est-on arrivé là ? Comment Poutine est parvenu à mettre au pas les élites, les milieux économiques et les services sécuritaires gravitant autour de lui ?

    Que désigne l’expression « élites » russes ? Quels sont les cercles dirigeants russes, les divers groupes souvent informels qui participent au fonctionnement, à la perpétuation et au développement du pouvoir suprême en Russie et/ou l’influencent. Qui sont les hommes d’affaires, ex-oligarques redevenus simples hommes d’affaires sans pouvoir se soumettant aux règles du jeu du dirigeant russe et au service de ses ambitions ? Qui parmi les cadres de l’armée et les services de sécurité font partie de son proche entourage ?

    D’où vient la résilience du système poutinien ? Quelles sont les raisons d’une telle solidité du système ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont les facteurs de division qui le travaillent néanmoins ?

    A l'oreille
    • Victor Tsoi – Peremen
    • Alla Pougacheva – Million Roses
    • Basiani Ensemble – Suliko
    Pour aller plus loin
    • Régis Genté, « Cercles dirigeants russes : infaillible loyauté au système Poutine ?», Russie. NEI. Reports, n°38, IFRI, juillet 2022
    • Régis Genté et Stéphane Siohan, Volodymyr Zelinsky. Dans la tête d’un héros, éditions Robert Laffont, 2022.
    • Régis Genté, Poutine et le Caucase, Buchet-Chastel, 2014

    ET

    • Radio Cause commune, Le monde en questions, n°122 et n°124
    1 hr 9 min
  • #138 – Cercles dirigeants russes : infaillible loyauté au système Poutine ?
    En plateau

    Régis Genté, journaliste, correspondant dans l’ancien espace soviétique pour RFI, mais aussi pour France 24 et Le Figaro, est installé depuis plus de vingt ans à Tbilissi, capitale de la Géorgie. Il est l’auteur pour l’IFRI (Institut français des relations internationales) du rapport: “Cercles dirigeants russes. Infaillible loyauté au système Poutine?”

    Contexte

    En dépit des sanctions inédites décrétées contre la Russie à la suite de la décision de Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine le 24 février 2022, aucun membre important des cercles dirigeants russes n’a fait défection, constate Régis Genté. Les milieux économiques affichent la même loyauté. Personne n’a même véritablement émis des critiques publiques contre cette décision, même si, en privé et selon des fuites dans la presse russe et diverses autres sources, certains la jugent ou la jugeraient catastrophique.

    Deux remarques s’imposent à ce stade. Sachant que les régimes autoritaires s’effondrent davantage en raison des conflits internes (intra-élitaires) qui les minent qu’en raison des protestations de la société civile et manifestations dans la rue, le silence des cercles dirigeants et milieux économiques signifie qu’il n’y a pas, ou pas encore, de faille (du moins menaçante) au sein de la classe dirigeante russe. Et que les dissensions, si elles existent, ne font pas le poids par rapport aux risques courus par ceux qui oseraient défier Poutine et s’opposer à la prolongation de la guerre en Ukraine. D’où la question : comment en est-on arrivé là ? Comment Poutine est parvenu à mettre au pas les élites, les milieux économiques et les services sécuritaires gravitant autour de lui ?

    Que désigne l’expression « élites » russes ? Quels sont les cercles dirigeants russes, les divers groupes souvent informels qui participent au fonctionnement, à la perpétuation et au développement du pouvoir suprême en Russie et/ou l’influencent. Qui sont les hommes d’affaires, ex-oligarques redevenus simples hommes d’affaires sans pouvoir se soumettant aux règles du jeu du dirigeant russe et au service de ses ambitions ? Qui parmi les cadres de l’armée et les services de sécurité font partie de son proche entourage ?

    D’où vient la résilience du système poutinien ? Quelles sont les raisons d’une telle solidité du système ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont les facteurs de division qui le travaillent néanmoins ?

    A l’oreille
    • Victor Tsoi – Peremen
    • Alla Pougacheva – Million Roses
    • Basiani Ensemble – Suliko
    • Pour aller plus loin
      • Régis Genté, « Cercles dirigeants russes : infaillible loyauté au système Poutine ?», Russie. NEI. Reports, n°38, IFRI, juillet 2022
      • Régis Genté et Stéphane Siohan, Volodymyr Zelinsky. Dans la tête d’un héros, éditions Robert Laffont, 2022.
      • Régis Genté, Poutine et le Caucase, Buchet-Chastel, 2014
      • ET

        • Radio Cause commune, Le monde en questions, n°122 et n°124
        • 1 hr 9 min
        • #137 – Le Géant empêtré
          En plateau

          Anne de Tinguy, historienne et politologue, professeur émérite des universités à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), chercheuse au CERI (Centre de recherches internationales) de Sciences Po et ancienne auditrice de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), publie Le Géant empêtré. La Russie et le monde de la fin de l’URSS à l’invasion de l’Ukraine aux éditions Perrin.

          Contexte

          Spécialiste de la Russie, en particulier de sa politique étrangère, Anne de Tinguy souligne d’emblée que la Russie est difficile à comprendre. En interrogeant le rapport de la Russie avec le monde extérieur, l’observateur est en effet confronté à une situation paradoxale. La Russie est un géant doté de formidables atouts : une profondeur stratégique grâce à l’immensité de son territoire, des richesses en matières premières, un marché du travail dynamique (du moins jusqu’à une période récente), une population bien formée, un formidable héritage culturel.

          Autant d’atouts qui font d’elle un acteur incontournable des relations internationales, d’autant plus qu’elle a une ambition de puissance séculaire, datant de l’époque tsariste, qui a perduré durant l’époque soviétique et à laquelle elle n’a pas renoncé à la fin de la Guerre froide et lors de l’implosion de l’Union soviétique. Qu’il s’agisse des élites ou bien des Russes en général, les uns et les autres considèrent que leur pays est voué à être une grande puissance du fait de son histoire et de sa géographie. Telle est la carte mentale imprimant leur vision pérenne du monde. Cette puissance peut être momentanément affaiblie (comme à la fin de l’Union soviétique), mais est appelée à se redresser. Mais, cette ambition de puissance est devenue chez Vladimir Poutine une obsession, depuis son arrivée au pouvoir, il y a 20 ans déjà.

          Comment en est-on arrivé là où nous en sommes aujourd’hui, avec l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 et la guerre qui fait rage depuis ? Anne de Tinguy s’interroge : Poutine représente-t-il une parenthèse ou bien, au contraire, l’époque de la Perestroïka et de la Glasnostinitiée par Gorbatchev, et poursuivie par Eltsine, est-elle une parenthèse ? Comment la Russie est-elle un géant empêtré ayant du mal à transformer ses atouts et rentabiliser son potentiel à son avantage ? Quel rôle joue dans l’histoire russe sa préoccupation identitaire (une constante) caractérisée notamment par une tension durable entre pro-européens et pro-eurasiatiques, tropisme eurasien ou tropisme occidental et la question de savoir qui sont les alliés « naturels » de la Russie ?

          Anne de Tinguy rappelle que le choix du recours à la force, effectué par Poutine, marque une rupture par rapport à la décision historique de Gorbatchev de ne pas envoyer l’armée réprimer les désirs de liberté et la volonté d’indépendance des peuples d’Europe centrale et orientale, soviétisés ou satellisés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque ces derniers ont voulu faire sécession de l’Union soviétique. C’est aussi une rupture nette avec la décision de mettre fin à la course aux armements et de s’engager dans des processus de désarmement nucléaire et conventionnel, prise par Gorbatchev. Décision non remise en cause par Eltsine, mais par l’actuel dirigeant russe lorsqu’il donne la priorité à l’outil militaire et à la conflictualité, convaincu que la Russie ne sera respectée que si elle est forte militairement. La guerre de 2008 qui opposa la Géorgie et la Russie, où des avions russes furent abattus par erreur par des tirs amis (russes), cette guerre de 5 jours, révélant de nombreux dysfonctionnements et la faiblesse de l’armée russe, conduisit Poutine à lancer une grande réforme des forces armées. Ce privilège accordé à l’outil militaire et à des leviers non militaires (tels que la propagande, la cyber-attaque, etc.) se manifesta sur le terrain en Syrie, en Afrique, en Amérique latine, aux dépens du développement interne, économique du pays et de sa modernisation. L’annexion de la Crimée en 2014 est un prélude au changement de paradigme.

          Comment la Russie sortira-t-elle de ce conflit dont on ignore quand il prendra fin ? Tragédie pour l’Ukraine, pour la Russie, et pour l’Europe qui se retrouve divisée. En voulant récupérer l’Ukraine dans le giron russe, Poutine l’a perdue. La fracture est profonde et durable. Comment Poutine a-t-il pu sous-évaluer à ce point la situation, le rapport de forces, la détermination des Ukrainiens à défendre leur indépendance et intégrité territoriale ? Aujourd’hui, la Russie isolée n’a que la Biélorussie comme allié. L’alliance de revers que pourrait constituer son partenariat avec la Chine tourne progressivement à son désavantage conduisant à sa vassalisation.

          Quant à la question de l’humiliation de la Russie, Anne de Tinguy rappelle que si humiliation il y a eu, on aurait tort d’en imputer la seule responsabilité aux occidentaux. La Russie fut humiliée lorsque ses nations satellisées d’Europe centrale et orientale, ainsi que les 14 Républiques soviétisées de l’Union soviétique la lâchèrent du jour au lendemain en proclamant toutes leur indépendance en 1991, sans jamais depuis remettre en cause depuis 30 ans leur volonté de se séparer de la Russie.

          A l'oreille
          • Stravinsky – L’oiseau de feu, 2ème tableau
          • Moussorsky – Boris Godounov, prologue et début de l’acte un
          • Rachmaninoff – Symphonie n°2, premier mouvement : largo-allegro moderato
          Pour aller plus loin

          Anne de Tinguy, Le Géant empêtré. La Russie et le monde de la fin de l’URSS à l’invasion de l’Ukraine, éditions Perrin

          1 hr 10 min
        • #137 – Le Géant empêtré
          En plateau

          Anne de Tinguy, historienne et politologue, professeur émérite des universités à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), chercheuse au CERI (Centre de recherches internationales) de Sciences Po et ancienne auditrice de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale), publie Le Géant empêtré. La Russie et le monde de la fin de l’URSS à l’invasion de l’Ukraine aux éditions Perrin.

          Contexte

          Spécialiste de la Russie, en particulier de sa politique étrangère, Anne de Tinguy souligne d’emblée que la Russie est difficile à comprendre. En interrogeant le rapport de la Russie avec le monde extérieur, l’observateur est en effet confronté à une situation paradoxale. La Russie est un géant doté de formidables atouts : une profondeur stratégique grâce à l’immensité de son territoire, des richesses en matières premières, un marché du travail dynamique (du moins jusqu’à une période récente), une population bien formée, un formidable héritage culturel.

          Autant d’atouts qui font d’elle un acteur incontournable des relations internationales, d’autant plus qu’elle a une ambition de puissance séculaire, datant de l’époque tsariste, qui a perduré durant l’époque soviétique et à laquelle elle n’a pas renoncé à la fin de la Guerre froide et lors de l’implosion de l’Union soviétique. Qu’il s’agisse des élites ou bien des Russes en général, les uns et les autres considèrent que leur pays est voué à être une grande puissance du fait de son histoire et de sa géographie. Telle est la carte mentale imprimant leur vision pérenne du monde. Cette puissance peut être momentanément affaiblie (comme à la fin de l’Union soviétique), mais est appelée à se redresser. Mais, cette ambition de puissance est devenue chez Vladimir Poutine une obsession, depuis son arrivée au pouvoir, il y a 20 ans déjà.

          Comment en est-on arrivé là où nous en sommes aujourd’hui, avec l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 et la guerre qui fait rage depuis ? Anne de Tinguy s’interroge : Poutine représente-t-il une parenthèse ou bien, au contraire, l’époque de la Perestroïka et de la Glasnostinitiée par Gorbatchev, et poursuivie par Eltsine, est-elle une parenthèse ? Comment la Russie est-elle un géant empêtré ayant du mal à transformer ses atouts et rentabiliser son potentiel à son avantage ? Quel rôle joue dans l’histoire russe sa préoccupation identitaire (une constante) caractérisée notamment par une tension durable entre pro-européens et pro-eurasiatiques, tropisme eurasien ou tropisme occidental et la question de savoir qui sont les alliés « naturels » de la Russie ?

          Anne de Tinguy rappelle que le choix du recours à la force, effectué par Poutine, marque une rupture par rapport à la décision historique de Gorbatchev de ne pas envoyer l’armée réprimer les désirs de liberté et la volonté d’indépendance des peuples d’Europe centrale et orientale, soviétisés ou satellisés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque ces derniers ont voulu faire sécession de l’Union soviétique. C’est aussi une rupture nette avec la décision de mettre fin à la course aux armements et de s’engager dans des processus de désarmement nucléaire et conventionnel, prise par Gorbatchev.  Décision non remise en cause par Eltsine, mais par l’actuel dirigeant russe lorsqu’il donne la priorité à l’outil militaire et à la conflictualité, convaincu que la Russie ne sera respectée que si elle est forte militairement. La guerre de 2008 qui opposa la Géorgie et la Russie, où des avions russes furent abattus par erreur par des tirs amis (russes), cette guerre de 5 jours, révélant de nombreux dysfonctionnements et la faiblesse de l’armée russe, conduisit Poutine à lancer une grande réforme des forces armées. Ce privilège accordé à l’outil militaire et à des leviers non militaires (tels que la propagande, la cyber-attaque, etc.) se manifesta sur le terrain en Syrie, en Afrique, en Amérique latine, aux dépens du développement interne, économique du pays et de sa modernisation. L’annexion de la Crimée en 2014 est un prélude au changement de paradigme.

          Comment la Russie sortira-t-elle de ce conflit dont on ignore quand il prendra fin ? Tragédie pour l’Ukraine, pour la Russie, et pour l’Europe qui se retrouve divisée. En voulant récupérer l’Ukraine dans le giron russe, Poutine l’a perdue. La fracture est profonde et durable. Comment Poutine a-t-il pu sous-évaluer à ce point la situation, le rapport de forces, la détermination des Ukrainiens à défendre leur indépendance et intégrité territoriale ? Aujourd’hui, la Russie isolée n’a que la Biélorussie comme allié. L’alliance de revers que pourrait constituer son partenariat avec la Chine tourne progressivement à son désavantage conduisant à sa vassalisation.

          Quant à la question de l’humiliation de la Russie, Anne de Tinguy rappelle que si humiliation il y a eu, on aurait tort d’en imputer la seule responsabilité aux occidentaux. La Russie fut humiliée lorsque ses nations satellisées d’Europe centrale et orientale, ainsi que les 14 Républiques soviétisées de l’Union soviétique la lâchèrent du jour au lendemain en proclamant toutes leur indépendance en 1991, sans jamais depuis remettre en cause depuis 30 ans leur volonté de se séparer de la Russie.

          A l’oreille
          • Stravinsky – L’oiseau de feu, 2ème tableau
          • Moussorsky – Boris Godounov, prologue et début de l’acte un
          • Rachmaninoff – Symphonie n°2, premier mouvement : largo-allegro moderato
          • Pour aller plus loin

            Anne de Tinguy, Le Géant empêtré. La Russie et le monde de la fin de l’URSS à l’invasion de l’Ukraine, éditions Perrin

            1 hr 10 min
          • #136 – Des Sex Pistols à l’Intifada
            En plateau

            Raphaël Jerusalmy, écrivain, ancien élève de l’École normale supérieure (ENS), ancien officier du renseignement militaire israélien devenu négociant en livres anciens à Tel Aviv, s’est imposé sur la scène littéraire en quatre romans, après avoir quitté l’armée pour s’engager dans des actions éducatives et humanitaires. Dans une précédente émission, au printemps 2022, il avait présenté In absentia, son dernier roman paru aux éditions Actes Sud en 2022. Il nous parle cette fois Des Sex Pistols à l’Intifada (éditions Balland, 2020), un livre qui se révèle a posteriori comme la matrice de son œuvre romanesque.

            Contexte

            Des Sex Pistols à l’Intifada ! De l’ENS à Tsahal ! De l’armée à la littérature, tous les chemins ne conduisent pas nécessairement à Rome. S’agissant de Raphaël Jerusalmy, il serait plus exact de dire que tout le ramène aux livres, à la lecture et à l’écriture, aux livres anciens bien sûr et au Livre par excellence. L’histoire, on le sait, avance parfois par des chemins de traverse, le temps pour un individu de se forger un destin.

            Des Sex Pistols à l’Intifada, c’est d’abord le récit autobiographique d’un parcours, celui d’un jeune étudiant parisien de 1968 devenu officier des services secrets israéliens. La chronique d’un révolté qui n’a pas sa langue dans la poche et qui excelle dans l’art de la provocation. Il jubile à bousculer son auditeur ou son lecteur qui, perplexe, se demande comment se fait-il que ce brillant étudiant ne rêve pas de Che Guevara, mais lui préfère le visage d’un jeune soldat israélien vu un jour à la télé, perché sur son tank, en plein désert ? Issu d’une famille juive fuyant la Turquie et la Russie, ce fils de migrants intègre Normal’Sup, pour faire plaisir à ses parents, mais préfère de loin les nuits folles du Palace, l’originalité artistique et la créativité du mouvement punk. Il le dit sans détour, il doit beaucoup aux punks, un mouvement de révolte mal compris, assimilé à tort à la drogue, à la violence et au sexe, alors qu’il était l’expression non violente de la subversion, propre à la jeunesse, capable d’une grande force de conviction. Il doit aussi beaucoup aux rabbins, rencontrés un peu par hasard, dit-il, car dans sa famille on est laïc et non pratiquant. De la sagesse, voilà ce qu’il a gagné auprès des punks et des rabbins, deux autres écoles de vie, à côté du lycée Henri IV et la rue d’Ulm. Quant à la passion pour la bibliophilie, elle démarre très tôt et ne l’a jamais quitté.

            Si Raphaël Jerusalmy raconte volontiers quelques-unes des actions secrètes qu’il a menées aux quatre coins du monde, il précise avoir effectué son parcours militaire, si brillant fut-il, en « dilettante », sans jamais être dans la posture de l’individu embrigadé. Il a su garder son indépendance, fixer les lignes rouges à ne pas franchir. Liberté de jugement, esprit critique. Il questionne, il dit son désaccord, il s’inquiète. Lucidité oblige. Sans jeter le bébé avec l’eau du bain. La narration de son parcours militaire au sein de Tsahal se fait œuvre littéraire détruisant bien des idées préconçues sur l’armée, Israël mais aussi la littérature. Apollinaire, Villon, Maïmonide ne sont jamais loin, tout gravite autour d’eux. Si Des Sex Pistols à l’Intifada, est publié trente ans après qu’il quitté l’armée (devoir de réserve), le livre se révèle post festum comme la matrice de son œuvre romanesque, alors qu’il s’est imposé deuis longtemps déjà sur la scène littéraire. L’écriture y est une exaltation rabelaisienne de la force du langage, de sa vitalité, de la verve et du tonus. Souffle haletant du thriller, poésie du voyage, éloge du risque et de la prudence, goût de l’aventure, force épique et dérision. Humour, distance et engagement. Une vie, un parcours, un destin scellé par la parole, le langage, l’écriture et la conviction. Plus qu’une histoire d’amour, une preuve d’amour. A l’image de ces reliures anciennes dont l’auteur se délecte et qui donnent en offrande à chaque livre la forme destinée à le protéger et le parer.

            À l'oreille
            • Sex Pistols – God Save the Queen
            • Ennio Morricone – Pour quelques dollars de plus
            • Naomi Shemer – Lu Yehi
            Pour aller plus loin
            • Raphaël Jerusalmy, Des Sex Pistols à l’Intifada. Confidences d’un officier israélien du renseignement, Balland, 2021
            • Raphaël Jerusalmy, In absentia, Actes Sud, 2022
            • Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart, Actes Sud, 2012, Prix Emmanuel Roblès 2013, Prix de l’ENS-Cachan 2013
            • Raphaël Jerusalmy, La Confrérie des chasseurs de livres, Actes Sud, 2013
            • Raphaël Jerusalmy,Evacuation, Actes Sud, 2017, Prix Amerigo Vespucci
            • Raphaël Jerusalmy, La Rose de Saragosse, Actes Sud, 2018

            ET :

            • Radio Cause commune, Le monde en questions, n°114
            1 hr 15 min
          • #135 – La vie en bleu
            En plateau

            Philippe Tournon, chef de presse historique de l’équipe de France de football de 1983 à 2006, puis de 2010 à 2018, celui qui vécut durant trente ans, au plus près, la réalité des Bleus, dans le très réservé staff, publie La vie en bleu aux éditions Albin Michel.

            Contexte

            Philippe Tournon, l’homme incontournable de la parole des Bleus durant 30 ans ! Responsable du Service de presse de la Fédération française de football de janvier 1983 à juillet 2006, il devient chef de presse de l’Equipe de France de 1983 à 2004, avant de reprendre les rênes en juillet 2010. Trente ans aux côtés des plus grands sélectionneurs : Michel Hidalgo, Henri Michel, Michel Platini, Gérard Houllier, Aimé Jacquet, Roger Lemerre, Jacques Santini, Laurent Blanc, Didier Deschamps. Il raconte pour la première fois son parcours professionnel jalonné de 337 matchs sur le banc, 76 pays visités, 253 joueurs en bleu. Une exceptionnelle conquête de 7 titres : 2 Coupes du monde (1998 et 2018), 2 championnats d’Europe- ou Euro- (1984 et 2000), 2 Coupes des Confédérations (2001 et 2003), 1 Coupe intercontinentale (1985). C’est le palmarès de l’Equipe de France, et c’est aussi le sien.

            Sans jamais vraiment pratiquer lui-même le football même en club amateur, il sait néanmoins très jeune qu’il veut être journaliste à L’Équipe. Pigiste pour commencer, journaliste ensuite, puis responsable de la rubrique Football et rédacteur en chef adjoint du journal. Les belles années du journalisme sportif, avant internet, les téléphones portables et les réseaux sociaux, où l’on pouvait encore monter avec son petit carnet et son crayon dans la chambre d’un joueur pour l’interviewer. Une époque d’ailleurs où les Bleus ne s’appelaient pas encore les Bleus, sans huitièmes ni quarts de finale de la Coupe du monde et sans carton jaune ou rouge. Les choses ont bien changé depuis. Le football est devenu en France un phénomène social et sociétal, il s’est modernisé et vraiment professionnalisé en concentrant tous les efforts sur la formation des jeunes sportifs, garçons et filles désormais. Grâce à quoi, la France a pu rejoindre, ou ne pas se laisser trop distancée par les grandes nations européennes du football que sont l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie. Aujourd’hui, elle est en mesure de produire à chaque nouvelle génération plusieurs « champions » que les clubs étrangers, carnet de chèques à l’appui, s’arrachent à peine sortis de Clairefontaine, voire avant. Travail de longue haleine qui a fini par payer. Née en 1904, l’Equipe de France conquiert son premier titre en 1984.

            Mais, à quoi ça sert un chef de presse de l’équipe de France ? Quel est son rôle dans le dispositif mis en place pour gagner, au sein du staff ? Philippe Tournon a été le premier à occuper ce poste. Créé pour lui, il répondait à un besoin dans le cadre du processus de modernisation évoqué plus haut, mais il existait depuis longtemps ailleurs, en Allemagne, en Espagne, en Italie par exemple. Il n’a rien à voir avec un chargé de communication ! Son rôle, explique Philippe Tournon, consiste à faire communiquer deux populations qui ne sont pas naturellement portées l’une vers l’autre. Les journalistes d’un côté considèrent qu’ils ont leur place (ou sont à leur place) partout. Les sportifs de très haut niveau de l’autre côté revendiquent le droit de se préparer tranquillement à une compétition, sans être dérangés par les médias. Comment tracer une juste frontière entre ces deux populations : celle des joueurs détenteurs incontestables d’un savoir-faire et celle des journalistes dont la mission tout aussi incontestable est de faire savoir. Mission délicate, s’il en est, de présider à cette articulation entre le savoir-faire et le faire savoir qui place souvent le chef de presse dans l’inconfort d’en entre-deux, entre le marteau et l’enclume. Qu’on se rassure toutefois ! A en croire Didier Deschamps, Philippe Tournon s’en est sorti au bout du compte pas trop cabossé !

            Témoin et acteur de l’ascension extraordinaire du football français et de sa qualité sur le maillage territorial, il souligne tout ce que le ballon rond doit à l’engagement indéfectible et la détermination sans faille de personnalités remarquables, tels Georges Boulogne ou Fernand Sastre pour ne citer qu’eux. Sans jamais oublier ceux et celles qui localement, bénévolement ou non, dans chaque commune ou ville, font vivre au quotidien le foot qui le leur rend bien. Il rappelle aussi le rôle historique joué par l’UNFP : l’organisation syndicale a gagné son combat pour mettre fin à ce que Raymond Kopa, lanceur d’alerte avant l’heure, avait dénoncé dans une formule restée célèbre, comme un état d’esclavagisme dans lequel les clubs maintenaient les joueurs. Ces derniers traités comme « propriété » d’un club étaient vendu d’un club à l’autre, échangés, sans jamais avoir leur mot à dire dans les transactions conclues.

            A quelques jours de l’ouverture de la 22ᵉ édition de la Coupe du monde de football qui se déroulera au Qatar du 20 novembre au 18 décembre 2022, que dire de cette compétition organisée par la FIFA, et réunissant les meilleures sélections nationales ? Très critiquée, depuis les conditions de son attribution jusqu’au désastre humain et écologique qu’elle représente. Exploitation des travailleurs, nombreuses victimes sur les chantiers dirigés sans protection des travailleurs, non-respect des droits humains et sociaux, inégalité statutaire entre les femmes et les hommes, aberration écologique, soupçons de corruption. La Coupe du monde 2022 qui va se dérouler dans l’Émirat indigne autant (davantage ?) qu’en son temps le fit la Coupe du monde 1978, organisée en Argentine, en pleine dictature et sale guerre du général Jorge Rafael Videla, qui s’était servi de la compétition comme d’une arme de propagande massive en sa faveur et celle de son régime.

            L’émotion aujourd’hui, l’opprobre, les appels au boycott, tout cela arrive bien tardivement ! Il fallait se réveiller plus tôt ! clame Philippe Tournon. Les fédérations se sont engagées depuis longtemps à jouer au Qatar. Toutefois, une prise de conscience qu’on espère durable s’est produite. L’opinion publique internationale peut se retourner contre les Etats, les régimes qui veulent instrumentaliser en leur faveur les événements sportifs et les organisations internationales qui y contribueraient. Un progrès est déjà enregistré : l’attribution de la Coupe du monde se fera de façon plus transparente dans le cadre d’un Congrès et non plus au sein du comité exécutif de la FIFA.

            Philippe Tournon rappelle la décision des Bleus d’apporter un soutien financier à des ONG œuvrant pour la protection des droits humains. Ils reverseront à titre individuel une partie de leurs primes à Génération 2018, un fonds de dotation destiné à financer des actions à impact social.

            Un pronostic sur la nation gagnante ? Argentine ou Brésil ? Ou bien Angleterre ? La France tenante du titre ? Une chose est sûre, c’est l’inédit de la situation. Une Coupe du monde en novembre et décembre, pas le temps d’une préparation, et pour la première dans l’histoire de l’équipe de France, la photo officielle des Bleus, avant le départ (pour Doha en l’espèce), s’est faite non pas en extérieur, mais en intérieur, en raison de la pluie.

            À l'oreille
            • Bedrich Smetana – Moldau
            • Maurice Jarre – Un jour Lara (Jean-Claude Borelly à la trompette)
            • Léo Ferré – Nous deux
            Pour aller plus loin
            • Philippe Tournon, La vie en bleu, Albin Michel, 2021
            1 hr 23 min
          • #135 – La vie en bleu
            En plateau

            Philippe Tournon, chef de presse historique de l’équipe de France de football de 1983 à 2006, puis de 2010 à 2018, celui qui vécut durant trente ans, au plus près, la réalité des Bleus, dans le très réservé staff, publie La vie en bleu aux éditions Albin Michel.

            Contexte

            Philippe Tournon, l’homme incontournable de la parole des Bleus durant 30 ans ! Responsable du Service de presse de la Fédération française de football de janvier 1983 à juillet 2006, il devient chef de presse de l’Equipe de France de 1983 à 2004, avant de reprendre les rênes en juillet 2010. Trente ans aux côtés des plus grands sélectionneurs : Michel Hidalgo, Henri Michel, Michel Platini, Gérard Houllier, Aimé Jacquet, Roger Lemerre, Jacques Santini, Laurent Blanc, Didier Deschamps. Il raconte pour la première fois son parcours professionnel jalonné de 337 matchs sur le banc, 76 pays visités, 253 joueurs en bleu. Une exceptionnelle conquête de 7 titres : 2 Coupes du monde (1998 et 2018), 2 championnats d’Europe- ou Euro- (1984 et 2000), 2 Coupes des Confédérations (2001 et 2003), 1 Coupe intercontinentale (1985). C’est le palmarès de l’Equipe de France, et c’est aussi le sien.

            Sans jamais vraiment pratiquer lui-même le football même en club amateur, il sait néanmoins très jeune qu’il veut être journaliste à L’Équipe. Pigiste pour commencer, journaliste ensuite, puis responsable de la rubrique Football et rédacteur en chef adjoint du journal. Les belles années du journalisme sportif, avant internet, les téléphones portables et les réseaux sociaux, où l’on pouvait encore monter avec son petit carnet et son crayon dans la chambre d’un joueur pour l’interviewer. Une époque d’ailleurs où les Bleus ne s’appelaient pas encore les Bleus, sans huitièmes ni quarts de finale de la Coupe du monde et sans carton jaune ou rouge. Les choses ont bien changé depuis. Le football est devenu en France un phénomène social et sociétal, il s’est modernisé et vraiment professionnalisé en concentrant tous les efforts sur la formation des jeunes sportifs, garçons et filles désormais. Grâce à quoi, la France a pu rejoindre, ou ne pas se laisser trop distancée par les grandes nations européennes du football que sont l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie. Aujourd’hui, elle est en mesure de produire à chaque nouvelle génération plusieurs « champions » que les clubs étrangers, carnet de chèques à l’appui, s’arrachent à peine sortis de Clairefontaine, voire avant. Travail de longue haleine qui a fini par payer. Née en 1904, l’Equipe de France conquiert son premier titre en 1984.

            Mais, à quoi ça sert un chef de presse de l’équipe de France ? Quel est son rôle dans le dispositif mis en place pour gagner, au sein du staff ? Philippe Tournon a été le premier à occuper ce poste. Créé pour lui, il répondait à un besoin dans le cadre du processus de modernisation évoqué plus haut, mais il existait depuis longtemps ailleurs, en Allemagne, en Espagne, en Italie par exemple. Il n’a rien à voir avec un chargé de communication ! Son rôle, explique Philippe Tournon, consiste à faire communiquer deux populations qui ne sont pas naturellement portées l’une vers l’autre. Les journalistes d’un côté considèrent qu’ils ont leur place (ou sont à leur place) partout. Les sportifs de très haut niveau de l’autre côté revendiquent le droit de se préparer tranquillement à une compétition, sans être dérangés par les médias. Comment tracer une juste frontière entre ces deux populations : celle des joueurs détenteurs incontestables d’un savoir-faire et celle des journalistes dont la mission tout aussi incontestable est de faire savoir. Mission délicate, s’il en est, de présider à cette articulation entre le savoir-faire et le faire savoir qui place souvent le chef de presse dans l’inconfort d’en entre-deux, entre le marteau et l’enclume. Qu’on se rassure toutefois ! A en croire Didier Deschamps, Philippe Tournon s’en est sorti au bout du compte pas trop cabossé !

            Témoin et acteur de l’ascension extraordinaire du football français et de sa qualité sur le maillage territorial, il souligne tout ce que le ballon rond doit à l’engagement indéfectible et la détermination sans faille de personnalités remarquables, tels Georges Boulogne ou Fernand Sastre pour ne citer qu’eux. Sans jamais oublier ceux et celles qui localement, bénévolement ou non, dans chaque commune ou ville, font vivre au quotidien le foot qui le leur rend bien. Il rappelle aussi le rôle historique joué par l’UNFP : l’organisation syndicale a gagné son combat pour mettre fin à ce que Raymond Kopa, lanceur d’alerte avant l’heure, avait dénoncé dans une formule restée célèbre, comme un état d’esclavagisme dans lequel les clubs maintenaient les joueurs. Ces derniers traités comme « propriété » d’un club étaient vendu d’un club à l’autre, échangés, sans jamais avoir leur mot à dire dans les transactions conclues.

            A quelques jours de l’ouverture de la 22ᵉ édition de la Coupe du monde de football qui se déroulera au Qatar du 20 novembre au 18 décembre 2022, que dire de cette compétition organisée par la FIFA, et réunissant les meilleures sélections nationales ? Très critiquée, depuis les conditions de son attribution jusqu’au désastre humain et écologique qu’elle représente. Exploitation des travailleurs, nombreuses victimes sur les chantiers dirigés sans protection des travailleurs, non-respect des droits humains et sociaux, inégalité statutaire entre les femmes et les hommes, aberration écologique, soupçons de corruption. La Coupe du monde 2022 qui va se dérouler dans l’Émirat indigne autant (davantage ?) qu’en son temps le fit la Coupe du monde 1978, organisée en Argentine, en pleine dictature et sale guerre du général Jorge Rafael Videla, qui s’était servi de la compétition comme d’une arme de propagande massive en sa faveur et celle de son régime.

            L’émotion aujourd’hui, l’opprobre, les appels au boycott, tout cela arrive bien tardivement ! Il fallait se réveiller plus tôt ! clame Philippe Tournon. Les fédérations se sont engagées depuis longtemps à jouer au Qatar. Toutefois, une prise de conscience qu’on espère durable s’est produite. L’opinion publique internationale peut se retourner contre les Etats, les régimes qui veulent instrumentaliser en leur faveur les événements sportifs et les organisations internationales qui y contribueraient. Un progrès est déjà enregistré : l’attribution de la Coupe du monde se fera de façon plus transparente dans le cadre d’un Congrès et non plus au sein du comité exécutif de la FIFA.

            Philippe Tournon rappelle la décision des Bleus d’apporter un soutien financier à des ONG œuvrant pour la protection des droits humains. Ils reverseront à titre individuel une partie de leurs primes à Génération 2018, un fonds de dotation destiné à financer des actions à impact social.

            Un pronostic sur la nation gagnante ? Argentine ou Brésil ? Ou bien Angleterre ? La France tenante du titre ? Une chose est sûre, c’est l’inédit de la situation. Une Coupe du monde en novembre et décembre, pas le temps d’une préparation, et pour la première dans l’histoire de l’équipe de France, la photo officielle des Bleus, avant le départ (pour Doha en l’espèce), s’est faite non pas en extérieur, mais en intérieur, en raison de la pluie.

            À l’oreille
            • Bedrich Smetana – Moldau
            • Maurice Jarre – Un jour Lara (Jean-Claude Borelly à la trompette)
            • Léo Ferré – Nous deux
            • Pour aller plus loin
              • Philippe Tournon, La vie en bleu, Albin Michel, 2021
              • 1 hr 23 min
              • #134 – Lula is back !
                En plateau

                Hervé Théry, géographe, spécialiste du Brésil, directeur de recherche émérite au CNRS-Creda, Professeur à l’Université de Sao Paulo, co-coordinateur de la revue Confins, et auteur du blog

                Contexte

                De la prison à la présidence, Lula effectue un retour spectaculaire sur le devant de la scène politique brésilienne. Commentant les résultats du second tour de l’élection présidentielle du 30 octobre dernier, Hervé Théry note tout d’abord, que le risque de chaos et de contestation majeure du scrutin par les partisans de son rival Jair Bolsonaro, a été limité par la déclaration de ce dernier, après deux jours de silence, de respecter l’ordre constitutionnel et par celle de Ciro Nogueira, ministre de la Casa Civil précisant : « Nous commencerons le processus de transition en suivant rigoureusement la loi ». C’est un soulagement. Jair Bolsonaro, à défaut de reconnaître la victoire de Lula, a acté sa défaite. Il n’avait, en réalité, guère le choix, alors que ses soutiens le quittaient un à un. Dès le 30 octobre, son crucial allié, Arthur Lira, président de la Chambre des députés, félicitait Lula pour son élection. Son ami, le pasteur pentecôtiste ultra-conservateur Silas Malafaia déclarait, mardi 1er novembre, ne pas vouloir se lancer sans « preuve robuste » dans une « aventure » putschiste et disait « prier » pour le nouveau président de gauche. Bolsonaro a également perdu le soutien des barons de l’agro-négoce et de plusieurs gouverneurs, dont ceux de Sao Paulo et du Minas Gerais, qui ont envoyé leur police dégager les axes routiers.

                Le scrutin (entièrement électronique) s’est donc relativement bien déroulé, les irrégularités furent peu nombreuses. Et dans l’ensemble, les institutions du pays souvent malmenées par Jair Bolsonaro ont bien résisté durant les quatre années de son mandat.

                Mais, en recueillant seulement 50,9% des voix au second tour des élections présidentielles, la victoire de Lula n’est pas triomphale et le « phénix du Brésil » hérite d’une situation compliquée et dégradée économiquement, ainsi que d’un pays politiquement divisé. La mauvaise gestion de la crise sanitaire, qui fit plus de 700 000 morts au Brésil, n’a pas fait perdre autant de voix qu’on aurait pu le penser à Jair Bolsonaro. Indice que le vote des électeurs fut plutôt marqué par un phénomène de rejet : « Tout sauf Bolsonaro ! » ou bien « Tout sauf Lula !». Si Bolsonaro a perdu ses alliés politiques ou institutionnels, qui ont proclamé qu’ils respecteraient le sort des urnes, il a perdu aussi une partie du cœur de son électorat, que l’on a résumé sous la formule choc des « 3 B » : Beef, Bible, Balls. Il a perdu un peu de ses soutiens dans l’agro-business en raison de ses excès qui pourraient pénaliser les exportations de bovins ou de soja, voire susciter un boycott des produits brésiliens. Il a perdu aussi un peu du soutien des évangélistes. Il n’a en revanche que peu perdu d’électeurs dans le lobby des armes à feu, dont les partisans étaient ouvertement défendus par le président, convaincu comme ces derniers que le port d’armes et l’auto-défense étaient le moyen efficace de lutter contre l’insécurité chronique bien réelle du pays, faisant chaque année de nombreuses victimes.

                L’ancien leader syndical, fondateur du Parti des travailleurs (PT), président d’une décennie dorée (2003-2011), et que Barack Obama avait qualifié d’« homme politique le plus populaire au monde », avait promis à sa sortie de prison de « sauver le Brésil » du « projet de haine » de Jair Bolsonaro. Mais au lendemain d’un scrutin serré, il va devoir convaincre le « marais » : pour beaucoup, le PT reste un repoussoir et un parti corrompu ayant acheté les voix de partis du centre pour gouverner. Or, le PT ne semble pas avoir depuis bénéficié d’un renouvellement de ses cadres et Lula est conscient qu’il devra rassembler au-delà du PT, lorsqu’il accèdera à la présidence en janvier 2023, et former une coalition.

                Confronté à un Congrès hostile où les bolsonaristes sont majoritaires, à une situation économique incertaine, à un pays violent et polarisé depuis 2013 (et les manifestations de rue contre Dilma Roussef), quelles seront les marges de manœuvre de Lula ?

                À l'oreille
                • Tiago Doidao, Juliano Maderada- Tá na Hora do Jair Já Ir Embora (Il est temps que Jair parte)
                • Musicas do Lula
                • morceau instrumental, hommage au Nordeste qui a voté massivement pour Lula, avec ses rythmes et instruments typique (accordéon et triangle)
                Pour aller plus loin
                • Hervé Théry,Le Brésil, pays émergé, collection Perspectives géopolitiques, Armand Colin, 2e édition 2016
                • Hervé Théry, Le Brésil, Armand Colin, 6e édition 2012
                • Hervé Théry, « Brésil 2016, l'écume et les courants profonds », EchoGéo
                • Hervé Théry,« Le Brésil est un pays anthropophage… », Portraits de géographes, Site de la Société de Géographie

                Et

                • Radio Cause commune, Le monde en questions, n°31
                • Revue Confins
                • Blog de recherche Braises
                51 min
              • #133 – Rencontre avec le dessinateur Pancho
                En plateau

                Pancho, dessinateur notamment pour Le Monde et Le Canard Enchaîné, publie La vérité ou je mens, aux Éditions Baker Street.

                Contexte

                Pancho vit en France depuis 1983 où ses dessins paraissent dans Le Monde diplomatique, Lire, Le Magazine littéraire, et surtout dans Le Canard Enchaîné et Le Monde. Il est né en 1944 au Venezuela et a publié ses premiers dessins à 24 ans en Uruguay où il a contribué notamment à l’hebdomadaire Marcha jusqu’au coup d’Etat militaire qui signe la fermeture du journal et son départ pour Buenos Aires. En 1975, au Venezuela, le journal El Nacional lui confie les caricatures de politique internationale. Sa renommée devient alors rapidement mondiale, il est publié dans les Amériques du Nord et du Sud et en Europe.

                Est-ce que le métier de dessinateur politique a changé, ou bien, autant changé que les autres métiers du journalisme, à l’heure d’internet, des multimédias, ou des réseaux sociaux ? Quelles contraintes pèsent sur le dessinateur qui n’a que peu de temps devant lui pour « illustrer », « accompagner » un article de presse ? Quel rapport le dessin entretient-il avec l’écrit ? Poser un autre regard sur le même sujet ? Créer un décalage intempestif ? Compléter une analyse ou la synthétiser, révéler par une fulgurance ce que la discursivité du langage expose plus lentement ? Rendre concret l’abstrait ? Quels sont les défis que posent au journaliste et au dessinateur la désinformation, l’émergence d’une vérité alternative, ou bien encore la vision complotiste de l’histoire, et la rapidité avec laquelle elles se propagent sur les réseaux sociaux ?

                Dans Fakebook. La vérité ou je mens, Pancho présente une sélection de ses meilleurs dessins politiques, enrichi de nombreux inédits. L’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022 par la Russie de Poutine a bousculé la trame du projet initial du livre. De nombreux dessins se rapportant à la guerre en cours y occupent une place de choix ainsi que la crise internationale qui s’ensuit depuis. Comment exprimer son émotion ou sa révolte sans tomber dans l’excès ? Forcer le trait, mais pas trop. La politique intérieure de la France, l’écologie, l’économie, les problèmes de société sont également présents dans l’album. Il y a toujours dans les dessins de Pancho une défense de David contre Goliath, une empathie pour les sans voix, les laissés pour compte de la dérégulation, de l’ultralibéralisme, du cynisme des relations interétatiques, de la démesure qui frappe nombre de dirigeants. Si le projet émancipateur de la modernité a échoué à transformer les rapports de force en rapport de droit, si les démocraties sont de plus en plus déstabilisées ou brutalisées par des régimes autoritaires, populistes ou non, quelles en sont les raisons ? Il n’y a ni défaitisme ni nihilisme sous le crayon ou le fusain de Pancho. Une inquiétude, certes. Mais, le fil conducteur est toujours là, il défend envers et contre tout, l’inaliénable liberté de l’être humain, et le respect de toute personne.

                C’est sans doute l’importance qu’il donne à la personne humaine, au visage humain, qui fait de Pancho un grand portraitiste. La série de splendides portraits, fascinants, émouvants, figurant dans son livre rappelle que le dessinateur, l’éditorialiste, le sociologue, le satiriste, est aussi un peintre dans l’âme. Un artiste peintre et pas seulement un peintre des mœurs. En noir et blanc ou en couleurs, ses portraits interrogent l’époque, avec ses avancées ou ses reculs, ses combats, ses victoires et ses défaites, ses excès. Quelques figures d’ici ou d’ailleurs traversent le temps, persistent et signent. Etoiles filantes ou phares éclairant la route dans la tempête et le doute. Figures apaisantes, bienveillantes, accueillantes et accessibles.

                À l'oreille
                • Chico Buarque et Maria Bethania – Sem Fantasia
                • Neva Raphaelo et le Dutch Swing College – When you’re smiling
                • Leo Masliah – Jonathan Harker
                Pour aller plus loin
                • Pancho, La vérité ou je mens, Album, Éditions Baker Street, 2022
                • Pancho (avec la collaboration de), Nathalie Wolff et Elsa Oriol, Dracula et moi, éditions Drôle de zèbre, 2019
                • Pancho, Un monde de brut, Album, Éditions Baker Street, 2015
                • Pancho, Signes et figures, catalogue, Galaade Éditions, Maison de l’Amérique latine, 2009
                • Pancho, C’est parti ! Art International Publishers, 1993

                Et

                • Radio Cause commune, Le monde en questions,n°17
                49 min
              • #132 – Consolée
                En plateau

                Beata Umubyeyi Mairesse, lauréate du Prix des cinq continents de la Francophonie pour son premier roman, Tous tes enfants dispersés (Autrement, 2019), publie chez le même éditeur Consolée, un superbe roman sortant notamment de l’oubli un scandale méconnu de l’histoire coloniale.

                Contexte

                Année 1954. Nous sommes au Rwanda alors sous tutelle belge. Consolée, l’enfant d’un Blanc et d’une Rwandaise, est retirée à sa famille noire afin d’être placée dans une institution pour « enfants mulâtres ». Le discours colonial n’autorise pas le métissage, considéré comme un désordre. L’erreur doit être corrigée, tout doit rentrer dans l’ordre. Que se passe-t-il dans la tête de l’enfant saisissant à travers les bribes d’une conversation entre sa mère et l’un de ses oncles, qu’elle doit être rendue aux Blancs ? Qu’emporte avec elle Consolée arrachée à sa mère et à son grand-père avec qui elle a tissé une relation si forte qu’elle guidera tout au long de sa vie sa recherche de l’harmonie et d’une relation pleine d’empathie pour le monde, la nature, le cosmos, en phase avec tous les vivants ?

                Soixante-cinq plus tard, Ramata, une quinquagénaire d’origine sénégalaise, effectue un stage d’art-thérapie dans un Ehpad du Sud-Ouest de la France. Elle y rencontre Madame Astrida, une vieille femme métisse atteinte de la maladie d’Alzheimer qui perd l’usage du français et s’exprime dans une langue inconnue. En tentant de reconstituer le puzzle de la vie de cette femme, en menant une véritable enquête, à l’instar de l’enquête menée par Beata Umubyeyi Mairesse pour faire sortir de l’oubli cet aspect peu connu de l’histoire coloniale, Ramata va se retrouver confrontée à son propre destin familial, amenée à repenser sa trajectoire migratoire à la lumière de la relation qu’elle entretient avec sa fille, à réfléchir son histoire et la considérer comme une histoire inachevée, ayant besoin d’être relayée, reprise par d’autres, pour être transmise enfin.

                Beata Umubyeyi Mairesse dit la difficulté d’être noire aujourd’hui dans l’Hexagone. Elle rend audible l’inaudible, visible l’invisible. Les trous de la mémoire, les absences, les amnésies de l’histoire, le déni. Elle pointe aussi un phénomène social et sociétal, quelque chose qui demain pourrait demain arriver à plus d’un parmi nous, à savoir ne plus se souvenir dans sa vieillesse que de la langue de son enfance.

                Beata Umubyeyi Mairesse signe un roman poétique, bouleversant qui met en résonance le passé colonial et la condition des enfants d’immigrés. Une écriture tout en nuances, pour dégoupiller les héritages et les idées reçues. Un roman polyphonique, où alternent sans se contredire, plusieurs voix narratrices. Juste ce qu’il faut pour déstabiliser le lecteur et la lectrice et l’inviter à prendre son temps, à emprunter des chemins de traverse, à faire des détours, autant de postures nécessaires à toute réflexion sur la pluralité des identités, trop souvent confondue avec la cacophonie ou la négation de l’universel. Consolée dit la possibilité d’une réparation symbolique et d’une langue retrouvée. L’enfant arrachée aux siens retrouve à la fin de sa vie la langue dont elle a été privée, l’univers, l’environnement dont elle a été séparée. Magnifique méditation sur le langage et sa puissance du langage avec tout ce qu’il charrie, véhicule, mais aussi tout ce qu’il porte comme promesse. Condition de possibilité du vivre ensemble. Reprendre langue, vaincre l’oubli, l’occultation, se parler, au-delà des effets de communication, vaincre les silences et les souffrances par la mémoire, reprendre ensemble le fil de la narration.

                À l'oreille
                • Zap Mama – Je T’aime Toi Coco
                • Somi – Black enough
                • Nirere Shanel – Araho
                Pour aller plus loin
                • Beata Umubyeyi Mairesse, Consolée, roman, éditions Autrement, 2022
                • Beata Umubyeyi Mairesse, Ejo, suivi de Lézardes et autres nouvelles, Autrement, 2020 (edité aux Editions La Cheminante en 2015 et 2017. Ejo reçut le Prix François Augiéras, en 2016 et Lézardes, le Prix de l’Estuaire- Prix du Livre Ailleurs, en 2017.
                • Beata Umubyeyi Mairesse, Tous tes enfants dispersés, Autrement, 2019. Le livre est nominé pour plusieurs prix littéraires (Prix Wepler, Prix André Malraux, Prix Jean Giono, Prix du premier roman de la SGDL)
                • Beata Umubyeyi Mairesse, Après le progrès, 45 poèmes en prose, éditions La Cheminante, 2019.
                • Beata Umubyeyi Mairesse, Le fardeau de la femme blanche, nouvelle publiée dans La Nouvelle Revue Française, août 2019

                Et

                • Radio Cause commune, Le monde en questions,n°29 et n°47
                55 min

              About Le monde en questions - Comprendre le monde tel qu’il est et tel qu’il n’est pas

              From the publisher's feed

              Comprendre le monde tel qu’il est et tel qu’il n’est pas

              Dans un monde incertain et précaire, en manque de repères clairs, il devient difficile de s’orienter dans la pensée et d’agir en…