durée : 00:05:38 - “« Ici au Nouveau Cirque, Rafael Padilla (1868 ?-1917), dit le Clown Chocolat, né esclave à Cuba, et George Foottit (1864-1921) ont inventé la comédie clownesque. » En dévoilant ce texte inscrit sur une plaque de marbre apposée sur la façade du 251, rue Saint-Honoré, Anne Hidalgo, la maire de Paris, a rendu mercredi matin un vibrant hommage au premier artiste noir français, ainsi surnommé en raison de la couleur de sa peau, rapporte _Le Parisien_. Chocolat et George Foottit « ont bouleversé l’ordre établi, participant à l’histoire universelle pour la cause de l’antiracisme », a déclaré l’élue. Le réalisateur Roschdy Zem, dont le film "Chocolat" retraçant la vie du clown sort dans deux semaines en salle (heureux hasard !), et les comédiens Omar Sy et James Thierrée, qui jouent respectivement les rôles de Rafael Padilla et du clown blanc George Foottit, ont participé à la cérémonie.”
## Des Oscars "blancs comme neige"
Et en plus il faisait beau, contrairement à New York, frappée par le monstre Snowzilla. Une monstrueuse tempête de neige annoncée par le _New York Post_ avec “le titre de une le plus drôle de vendredi, selon _Libération_ : « This weekend will be whiter than the Oscars » (« Ce week-end sera encore plus blanc que les oscars »), en référence au regrettable manque de diversité des nominations aux oscars, dont la cérémonie aura lieu le 28 février.” Eh oui, “pour la deuxième année d'affilée, la polémique sur l'absence de Noirs dans les nominations pour les Oscars agite Hollywood, rapporte la correspondante à San Francisco du _Monde_, Corine Lesnes. Mais, cette fois, plusieurs célébrités – Spike Lee, Jada Pinkett (par ailleurs épouse de Will Smith), Michael Moore – ont annoncé leur intention de boycotter la cérémonie du 28 février à Los Angeles. […]. Comme en 2015, sur les vingt acteurs et actrices nommés le 14 janvier, aucun n'est afro-américain. Les juges ont snobé Samuel L. Jackson, l'un des _8 Salopards_ de Quentin Tarantino, et Will Smith, le pathologiste du film _Concussion_, sur le football américain. Ils ont ignoré Michael B. Jordan, l'apprenti boxeur de _Creed_ – quoiqu'ils aient retenu Sylvester « Rocky Balboa » Stallone. Jason Mitchell, le gangsta rappeur de _Straight Outta Compton_, n'a pas non plus été sélectionné. Le film, qui raconte l'histoire du groupe de Los Angeles N.W.A, est un succès commercial (160 millions de dollars – soit 146 millions d'euros de recettes). Il a obtenu une nomination dans la catégorie du meilleur scénario original, mais les spécialistes ont aussitôt fait remarquer que les scénaristes – Jonathan Herman et Andrea Berloff – sont blancs. Lundi 18 janvier, jour de commémoration nationale de la naissance de Martin Luther King, Spike Lee a annoncé qu'il boycotterait la cérémonie de remise de ces Oscars « blancs comme neige ». Dans un texte sur Instagram, le réalisateur – dont le film sur la violence à Chicago, _Chi-Raq_, n'a pas été retenu non plus – remercie la profession pour l'Oscar honorifique qu'elle lui a attribué en novembre 2015, avant d'ajouter : « Quarante acteurs blancs en deux ans et aucune couleur. Ne pouvons-nous pas agir ? »”
## Sénescence
“Devant la montée des périls (les Noirs et Latinos représentent 37 % de la population américaine mais achètent 46 % des places de cinéma), l’institution s’est sentie obligée de réagir rapidement”, rapporte la même Caroline Lesnes deux jours plus tard dans _Le Monde_. “Réuni en séance extraordinaire, le bureau des gouverneurs de l’Académie, l’organe exécutif de 51 membres, a annoncé, vendredi 22 janvier, des mesures qualifiées de « spectaculaires » par le _Los Angeles Times_, pour améliorer la représentativité des votants. Il s’est engagé à doubler le nombre de femmes et de professionnels issus des minorités à l’horizon 2020 : une campagne « globale » va être lancée pour « identifier et recruter » ces nouveaux membres.” “En 2014, rappelle Julien Gester dans _Libération_, à la veille de la victoire historique de _12 Years a Slave_ (le premier film réalisé par un Noir jamais sacré), le _Los Angeles Times_ avait [en effet] relevé que les quelque 6 000 votants, désignés à vie, consistaient en 94 % de Blancs et 76 % d’hommes, suffisamment mûrs pour que la moyenne d’âge s’élève à 63 ans. Au passage, on apprenait que la majorité d’entre eux ne figuraient au générique d’aucun film de la décennie en cours, ce qui achevait de les rendre guère plus représentatifs de l’état présent de l'industrie que de la société dont le cinéma américain se rêve le reflet. C’est ce dérèglement sénescent que [l’académie des oscars] s’est enfin décidée à liquider, entérinant non seulement le projet de doubler d'ici quatre ans la part des femmes et des minorités en son sein, mais aussi le retrait du droit de vote à ses membres inactifs.
## Sentiment saumâtre
Ce n’est certes pas rien, commente Julien Gester, au regard des rustines d’abord envisagées, testées sur l’opinion à coups de fuites anonymes (gonfler le nombre des nominations pour ratisser plus large, en gros). Quitte à s’émouvoir de cette foire aux médailles où les distinctions se quêtent à coups de campagnes à plusieurs millions de dollars, et à défaut d’attendre d’elle qu’elle distingue les grands films et les grands artistes (hier, Hitchcock ne fut jamais récompensé et Robert Mitchum jamais nommé ; aujourd’hui, DiCaprio, meilleur acteur américain en circulation, court encore comme un perdu après sa première statuette, et cela commence à se voir), on voudrait pouvoir prêter à l’oracle des oscars au moins cette vertu minimale de réfléchir comment Hollywood s’envisage lui-même. Reste que, comme il est d’usage dans tout concours au mérite soumis au suffrage majoritaire (élection de miss ou présidentielle), filtres préalables (au stade de la production, en l’occurrence) et vote de la majorité demeurent systémiquement appelés à écraser les voix plurielles et minoritaires. D’où le sentiment saumâtre que, par ces réformes de convenance, l’académie aura éteint l’incendie polémique de la même eau dont elle se lavera les mains à l’heure du prochain.”