Dans son disque « Tangents in Jazz », Jimmy Giuffre voulait « que la pulsation soit perçue plutôt qu'entendue ».
Il y a également en matière de rapports sexuels, quelques théories de ce genre, et les écrivains romantiques abondent en descriptions de frôlements qui font défaillir.
N'en déplaise à ces branlotins, ce jazz bourré d'intentions est aussi excitant qu'un paquet de chiffons mouillés !
En matière de jazz, je crains d'être assez retardataire pour exiger de lui une émotion physique plutôt qu'intellectuelle. Il va de soit qu'il n'y a pas de différence fondamentale, vu que c'est le cerveau qui fait le boulot dans les deux cas. Mais le phénomène de résonance, pour se produire, exige dans la réalité, un seuil minimum d'intensité de l'excitation.
En d'autres termes, quand les soldats qui marchaient au pas firent péter le pont suspendu, ils représentaient une certaine masse mobile. Eussent-ils été de plume, je doute que le pont eût réagi de la même façon.
Tout ça, c'est pas du tout pour décourager Jimmy Giuffre !
Boris Vian, Jazz Hot, Janvier 1956Chroniques de Jazz chez 10/18(musique : Jimmy Giuffre – Finger Snapper (1956)
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