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Or


Vous emmener au bal aujourd’hui, non pas tant, pas seulement pour y danser, mais pour y croiser, dans le foisonnement des étoffes et des personnages, le romanesque en grand, le scintillement. Une foule, magnificence, à l’intérieur de laquelle se jouent des nœuds d’intrigues plus intimes. Deux regards quand ils se rencontrent, deux élans, deux héros de grands livres, deux parmi beaucoup, des mises en scènes multiples d’un monde, l’élan des grandes fresques.
Trois temps d’une valse ?
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Une ville aspire les élans de la jeunesse, celle qui se projette et embrasse le monde. Elle efface aussi, rend amnésique, perd et assourdit, blanchit les reliefs des sentiments et des souvenirs. Qui touche de près la solitude entend résonner un mot : l’hospitalité. Il y a le seuil, ou les fenêtres. Dans nos promenades hallucinées, rêves nocturnes ou marches vers l’autre, l’étrangeté est à apprivoiser. L’étranger, l’hôte, sera qui nous laissera entrer, que nous laisserons entrer. Il y a une si forte persistance, de l’étrangeté dans les images contemporaines. Théâtre ou poésie, images fixes ou films, tant de hors-lieux. Avec cette peur, qui est en fait une hâte de pouvoir « entrer ».
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Promenons-nous dans la langue si ample et impériale d’Aragon, un paysan de Paris, quelques vers, promenade en vrac et en passant. Je me suis dit, j’aimerais beaucoup avec vous aujourd’hui retourner dans Paris, le parfum d’un album partagé, un tout petit peu, presque rien, sans pourquoi.
Nuit d’exil, Aragon pendant la guerre, pleurant sa ville. Un air comme une traîne immense, des rues et des pluies, des mois d’octobre ; une saison par laquelle nous pourrions entrer dans ces gris luisants, déclinant les lumières vers une effervescence lointaine.
Et puis Nice, Louis Aragon toujours, en 1941. Il va à la rencontre du peintre Henri Matisse, à Cimiez, sur les hauteurs des collines. Il aime déjà profondément sa peinture. Il a 44 ans, le peintre en a 72.
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« Presque rien. Comme une piqûre d’insecte qui vous semble tout d’abord très légère. Du moins c’est ce que vous vous dîtes à voix basse pour vous rassurer » Commence ce qui pourrait être l’engrenage d’un roman noir. Pour vous, pour nous aujourd’hui, je choisis de nous promener dans le Paris déliquescent, bouleversant, en même temps que neutre, étrange de n’être pas, d’être au-delà, le souvenir malgré soi, ce qui ne s’avoue pas; à force d’oubli, ne lâche pas : le Paris de Modiano. Le même et l’autre d’une éternelle quête en rond et en absence. Le son mat de mes pas, des siens, Modiano, son personnage, Daragane, va nous faire suivre un chemin que j’entends, presque plus que je ne le vois.
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Un banc, une place, miroitement d’eau. Le temps où les barques craquaient sous le soleil poudré d’une vie plurielle, commerçante; craquaient, croquées, gardées et restituées par les toiles de Canaletto, de Guardi. Beaucoup de ciels, d’un bleu mêlé de blanc, infiniment délicat. L’eau de la lagune rosit l’image de son halo d’apparition. C’est un mi-temps du jour irisé, et tranquille. Malgré toutes les traces, osons, voulez-vous, nous y promener ensemble…
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Odilon Redon, peintre ami de Mallarmé, de Huysmans, nous laisse une œuvre totalement singulière et reconnaissable entre toutes; un œil qui flotte dans des océans, des pupilles renversées, les longs cils, les cyclopes, les lignes de fuites de sourires mystérieux, au bord; les limbes, point de passage entre le soi intime et l’infini de la nature; et d’ailleurs, l’étrange, l’au-delà de ce que l’on voit. De la vitalité sombre et ardent du noir, à la joie advenue avec la couleur…
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« Il faut que le théâtre passe à travers les larmes », disait le metteur en scène Klaus Michaël Grüber.
Comment le théâtre peut-il donner chair à ce que des mots ont déjà de brûlant, sans pervertir leur puissance propre ? Comment nous transmettre dans le souffle le mystère intact ? Le verbe incarné ?
Elvire, Phèdre, Bérénice, le chemin qui s’exprime est celui de la passion pure. C’est ce qui fera toujours la force incantatoire et unique d’un plateau de théâtre. Sa face sacrée.
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Chez Maupassant la tragédie, souvent, n’est pas loin. L’autre versant est celui du plaisir. Certaines de ses nouvelles exhalent, du côté de la lumière, une jouissance sans drame, les sens traversés par la douceur de l’été et les mœurs villageoises.
Dans La Maison Tellier il y a Madame et ses « filles ». Les hommes du bourg y ont leurs habitudes. Un soir, bouleversement inattendu : ils trouvent porte close. Madame a emmené ses « filles » à Virville, pour la communion de sa nièce et filleule.
Un voyage en forme de partie de campagne rieuse et d’émotions tendres.
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Le jardin d’Eden, pour Oblomov, a sa clef magique : l’Oblomovka. Le domaine de l’enfance, dont Oblomov refuse de sortir, ou plutôt d’où il est sorti de force et qui l’a fait échouer, dans une chambre, adulte tendre et perdu pour le monde. Une chambre, un canapé, où il rêve. Ce roman russe est le chef-d’œuvre d’un auteur, Gontcharov, qui avec son personnage nous a donné en héritage un adjectif : l’Oblomovisme. Perdre sa vie par nostalgie ? Ou bien réinventer, encore et encore, le chemin du bonheur innocent, éternel, la passion pure du jardin et du premier rire ?
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« Sylvie » est l’un des récits des « Filles du feu ». Il y a Angélique, Jemmy, Octavie, Corilla, Emilie… Et puis il y a ce petit miracle de mystère simple qu’est « Sylvie ». Voyage dans le temps, l’espace, d’un mirage amoureux qui, surtout, est poursuite des paradis perdus, noms de pays, visages des jeunes filles, fêtes d’autrefois…
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