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Or


C’est le livre qui a bouleversé le monde éditorial français, signé l’arrêt de mort d’une maison d’édition plus que centenaire et déclenché une fronde inédite d’auteurs et d’autrices venant d’horizons littéraires et politiques hétérogènes contre la mainmise croissante de Vincent Bolloré sur le champ culturel.
On évoque La Légende, le dernier livre de Boualem Sansal que publient les éditons Grasset. Cet ouvrage raconte sa détention dans les geôles du régime algérien tout en réglant ses comptes avec son ancienne maison d’édition, Gallimard, mais aussi une bonne partie de la presse française, la France insoumise et plus généralement toutes celles et ceux qu’il juge complice de dérouler le tapis rouge à l’islamisation de la France et, à le lire, ils sont nombreux.
A la fois journal d’un prisonnier, manifeste et commentaire politique, autoportrait d’un écrivain récemment reçu à l’Académie française mais s’imaginant entrer dans la légende pour s’assurer peut-être davantage une forme d’immortalité, La Légende est un texte étrange, hétéroclite et parfois confus, dont il faudrait pouvoir parler « en oubliant le bruit qui l’entoure » comme le disait l’article du Monde le chroniquant récemment.
Mais il est néanmoins difficile d’oublier ce bruit, tant ce texte écrit en quarante jours surfe précisément sur le vacarme médiatique qu’a eu l’emprisonnement de l’écrivain, puis sa décision de quitter son éditeur historique pour rejoindre l’empire Bolloré et les sommes astronomiques que ce dernier était prêt à mettre pour obtenir cette prise de guerre.
Un livre qui étonne moins par ses qualités littéraires que par l’absence de travail éditorial ayant entouré un texte qui regorge d’erreurs, et le gouffre entre ce qu’il est et ce qu’il prétend être, par exemple lorsque Sansal écrit qu’il se réjouit de rejoindre Grasset, « une grande maison qui compte tant d’auteurs fameux dont beaucoup sont mes amis, où j’ai trouvé ce que je venais de perdre : de l’amitié, de l’attention, de la confiance, de la correction, et même, chose rare, de la modestie. Chez son directeur, Olivier Nora, que je ne connaissais pas, j’ai trouvé les qualités humaines que ses auteurs lui reconnaissent sans restriction. Je me suis renseigné, quand même. Se tromper deux fois serait grave ».
Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
« L’esprit critique » discute de l’ouvrage qui a fait imploser l’édition française et une maison plus que centenaire ; d’un roman monstre sur le monde du travail dans la Vénétie industrieuse de la dernière partie du XXe siècle et d’un recueil de nouvelles américaines qui saisissent leurs personnages – le plus souvent des femmes – à un instant décisif de leurs trajectoires.
On évoque en effet successivement La Légende, le livre écrit en quarante jours par Boualem Sansal après sa détention en Algérie et dont il n’aura échappé à personne qu’il est publié chez Grasset ; de Works signé Vitaliano Trevisan traduit en français par les éditions Verdier dix ans après sa parution initiale en Italie, et enfin de La bagarre, recueil de nouvelles de Lauren Groff qui est sorti aux éditions de l’Olivier.
Avec :
• Blandine Rinkel, écrivaine, musicienne et critique
• Lise Wajeman, professeure de littérature comparée qui chronique l’actualité littéraire pour Mediapart.
• Youness Bousenna, qui chronique l’actualité littéraire pour Télérama
Cet « esprit critique » a été enregistré en public depuis Le Point Fort d’Aubervilliers, à l’occasion du festival de Mediapart.
« L’esprit critique » est un podcast enregistré et réalisé aujourd’hui par Étienne Bottini et les équipes de Gong.
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La Bataille de Gaulle. L’âge de fer est la première partie d’un film de près de cinq heures dont le second tronçon intitulé J’écris ton nom sortira au début du mois de juillet. Il est signé Antonin Baudry, ancien diplomate, auteur de la bande dessinée à succès Quai d’Orsay en 2013, puis du film de guerre sous-marine Le Chant du loup.
Le réalisateur se concentre ici sur les deux premières années de la guerre, c’est-à-dire sur le moment où le « petit colonel » devient général à l’occasion de la débâcle des armées françaises devant les troupes hitlériennes, puis entend incarner la France et la Résistance depuis Londres, en dépit de son isolement, de l’hostilité des Américains et des réticences des Britanniques vis-à-vis de ce militaire dont le film raconte la légende tout en lui donnant, aussi, un aspect chaplinesque, jouant ainsi tout au long du film d’un contraste entre l’hagiographie et la pantomime.
Avec un budget de près de 100 millions d’euros et produit par Pathé, une pelletée d’acteurs stars incarnant les grands noms de la Seconde Guerre mondiale, des moments de dialogue entre Churchill et de Gaulle et des scènes de batailles sur mer ou dans le désert, le diptyque entend être un grand film populaire, et prendre directement sa place au sein d’un certain patrimoine historique et cinématographique français.
Tout en mettant sur un piédestal une figure pour laquelle les principes républicains et la vision de la France étaient totalement incompatibles avec le fait d’accepter, directement ou indirectement, le fascisme : ce qui n’est pas forcément inutile par les temps qui courent…
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Bouchra est le titre d’un film d’animation signé Meriem Bennani et Orian Barki en forme d’autofiction, puisque Bouchra est, comme Meriem Bennani, une jeune femme vivant sa vie d’artiste et de lesbienne à New York, portant blouson de cuir et piercing.
Mais Bouchra est représentée ici sous la forme d’une coyote aux grands yeux et aux dents acérées dans un monde peuplé d’animaux anthropomorphes : ours, béliers, girafes…
Le film est construit comme une mise en abyme, puisque Bouchra travaille dans son studio à l’écriture d’un film dans lequel elle raconte sa vie amoureuse et son identité queer, vécue ouvertement à New York, mais encore niée au Maroc, dont elle est originaire, même si ses parents sont au courant depuis une décennie et si les échanges avec sa mère restée dans son pays d’origine – et les difficultés d’échanger avec elle sur ce sujet – scandent un film rythmé, dans tous les sens du terme.
Ce film s’inscrit aussi dans cette tendance des films d’animation pour adulte, à l’instar de deux films présentés à Cannes, Jim Queen, dans lequel un virus étrange transforme tous les hommes gays en hétérosexuels, ou encore Le Vertige, projet animé de Quentin Dupieux.
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Notre Salut a été une des révélations du Festival de Cannes (où nous n’étions pas), mais a été projeté dans quelques salles en avant-première la semaine dernière, avant une sortie prévue le 30 septembre.
L’idée n’était ni de parler d’un film qu’il n’est pas encore possible de voir pour faire les malins, ni d’absolument vouloir évoquer un long métrage récompensé par le prix du scénario lors du Festival de Cannes. Mais Notre salut d’Emmanuel Marre nous intéressait tout particulièrement.
D’abord parce qu’il s’inscrit dans un moment du cinéma obsédé par l’époque vichyste et la question de la résistance et de la collaboration. Le film d’Emmanuel Marre arrive en effet en écho au biopic sur de Gaulle, mais aussi au long métrage de Xavier Giannoli, Les Rayons et les Ombres, qui retraçait le parcours du collaborationniste Jean Luchaire exécuté à la Libération, et au nouveau film de László Nemes sur Jean Moulin, avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre, qui était en compétition à Cannes et sortira en salles à l’automne.
Ensuite parce qu’il s’inscrit dans ce moment avec une grammaire cinématographique qui percute de plein fouet le genre du film d’époque, avec une forme « d’anachronisme contrôlé », pour reprendre les termes de l’helléniste Nicole Loraux, et qu’il parvient peut-être ainsi à être autre chose qu’un film d’histoire dont on attendrait soit de la véracité, soit des leçons.
Et ce même s’il est fondé sur une histoire bien réelle, en l’occurrence celle de l’arrière-grand-père du cinéaste, petit fonctionnaire de la collaboration ordinaire, ayant adhéré avec enthousiasme à la « révolution nationale » pétainiste, après avoir écrit un livre à compte d’auteur intitulé précisément Notre salut sur le choc qu’a été la défaite rapide des armées françaises face à celles d’Hitler.
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Aujourd’hui, « L’esprit critique » s’intéresse plus particulièrement à l’intérêt que le cinéma porte en ce moment à la période de Vichy et aux questions de résistance et de collaboration, avec deux films qu’en apparence tout oppose.
D’un côté, La Bataille de Gaulle, signé Antonin Baudry, film à grand spectacle et gros budget sur le parcours de l’homme qui a emblématisé la résistance à Pétain depuis Londres.
De l’autre, Notre salut, d’Emmanuel Marre, prix du scénario à Cannes, qui innove esthétiquement et politiquement pour retracer le parcours d’un petit fonctionnaire rallié à la « révolution nationale » et qui se trouve être l’arrière-grand-père du cinéaste.
Pour terminer cette émission, on changera totalement de registre en évoquant un objet cinématographique peu identifié : une autofiction prenant la forme d’un film d’animation pour adultes. Il s’intitule Bouchra et est signé Meriem Bennani et Orian Barki.
Avec :
Cet « esprit critique » a été enregistré en public depuis Le Point Fort d’Aubervilliers, à l’occasion du festival de Mediapart.
« L’esprit critique » est un podcast enregistré et réalisé aujourd’hui par Étienne Bottini et les équipes de Gong.
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La nouvelle saison du Palais de Tokyo, pour citer son directeur Guillaume Désanges « interroge positivement les notions de vulnérabilité, de fragilité, de handicap et d’écarts par rapport aux normes pour proposer des expériences artistiques qui bouleversent les idées reçues », et entend bousculer le validisme « ce système qui établit, par des critères physiques et psychologiques une hiérarchie entre les corps, entre ceux dits “normaux“ et ceux jugés “anormaux“ afin de restituer la « puissance subversive du handicap ».
Pour cela, le Palais de Tokyo présente six expositions monographiques d’artistes qui explorent la fragilité, le handicap ou la différence regroupés sous le titre générique « Normes Corps ».
Parmi ces derniers, on trouve les artistes français Pauline Curnier-Jardin et Benoît Piéron et les Britanniques Jesse Darling et Cathy de Monchaux, ainsi que deux sections plus petites consacrées l’une au travail sur les rampes d’accès de l’artiste américain Joseph Grigely, l’autre à celui de Cheryl Marie Wade, morte en 2013, figure tutélaire d’une scène d’artistes handicapés développée à Berkeley, en Californie, à la fin des années 1970, qui revient sur l’invention même du terme « crip », réappropriation positive du terme péjoratif « cripple », pour estropié.
« Normes Corps » a ouvert au début du mois d’avril et demeure visible jusqu’au milieu du mois de septembre.
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Le musée de la Chasse et de la Nature à Paris s’est fait une spécialité d’inviter des artistes contemporains à investir ses espaces pour dialoguer avec ses collections si particulières, faites d’animaux empaillés, de trophées et massacres, de fusils de toutes époques et de toute dimension, de crottes d’animaux divers, de peintures et de tentures.
Celle qui est proposée depuis le 14 avril et jusqu’au 15 septembre par la plasticienne Annette Messager semble relever de l’évidence tant le motif de l’animal traverse l’ensemble de l’œuvre de la plasticienne née en 1943 à Berck-sur-Mer, connue pour un travail fait aussi bien de broderies, de sculptures, de dessins de photographies que d’installations composées à partir d’objets du quotidien, qui a été exposée dans les plus grandes institutions muséales de la planète, du Moma de New York au Centre Pompidou de Paris et a été lauréate du Lion d’or à la Biennale de Venise en 2005
Araignées en bronze ou en assemblage de soutien-gorge, peluches de lapins et d’oursons, mais aussi dessins « d’escargot-cocotte » ou petite sculpture noire de « cheval-chaussure » : le bestiaire d’Annette Messager est vaste et oscille entre le chimérique et l’onirique, entre le sexuel et le sensuel, entre l’humour et le tragique.
Le commissariat de cette exposition intitulée « Une Hirondelle ne fait pas le printemps » est signée Colin Lemoire, historien d’art et écrivain.
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Un bestiaire artistique composé sur plusieurs décennies immergé dans des collections de chasse et d’animaux empaillés ; un plasticien africain-américain travaillant la mémoire noire et les objets de consommation exposé en une centaine d’œuvre en miroir des tableaux de Picasso et six expositions monographiques qui composent ensemble une réflexion visuelle sur la « puissance subversive des handicap » en entendant faire vaciller le « normcore » en montrant d’autres type de corps.
On discute et dispute aujourd’hui de l’investissement du Musée de la Chasse et de la Nature par Annette Messager avec une exposition intitulée « Une hirondelle ne fait pas le printemps » ; de la grande rétrospective que le Musée Picasso consacre au peintre et sculpteur Henry Taylor et enfin de la proposition intitulée « Norme Corps » qui ouvre la nouvelle saison du Palais de Tokyo.
Avec :
• Guslagie Malanda, actrice et curatrice d’exposition indépendante
• Margot Nguyen, travailleuse de l’art indépendante
• Rose Vidal, critique et autrice
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Cinéma, littérature, spectacles, expos : chaque semaine, L’esprit critique, c’est le nouveau podcast proposé par Mediapart pour inciser l’actualité culturelle, renouveler les voix qui…
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