L'invité(e) du jour

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L'invité(e) du jour episodes

  • Anne Paceo: "Je pense que la musique est politique"

    Figure majeure de la nouvelle scène jazz en France, la batteuse et compositrice Anne Paceo découvre le jazz à l'âge de 13 ans lors du stage « Les Enfants du jazz » à Barcelonnette. En assistant à un concert du quartet de Kenny Garrett, avec le batteur Chris Dave, elle a une révélation : "C’est cela que je veux faire de ma vie", se dit-elle alors. Pour l’artiste, la batterie est synonyme de stabilité : "J'y ai trouvé beaucoup de joie, et un endroit où je me sentais en sécurité, comme un refuge. La batterie a toujours été un phare, quelque chose de constant dans ma vie."

    Avec son disque Atlantis sorti en 2025, Anne Paceo compte aujourd’hui huit albums à son actif. En 2026, Atlantis a été réédité dans une version enrichie de nouveaux titres, dont la chanson « Tant qu’il y a de l’eau ». L’artiste raconte que l’album est né de plusieurs sorties en mer et de sa passion pour la plongée sous-marine. Elle se confie sur son rapport à l’eau : " La sensation folle que je peux éprouver lorsque je plonge est semblable à celle que je ressens quand je joue de la musique. Cela me donne l'impression de faire partie d'un grand tout", explique-t-elle en faisant référence au « sentiment océanique » popularisé par l’écrivain français Romain Rolland.

    Pour enregistrer l’album, la batteuse, pour qui le travail collectif occupe une place importante, raconte sa manière d’inspirer son groupe de musiciens et musiciennes à travers ses propres expériences : "Je cherche à convoquer l'intime et les expériences de chacun et chacune, dit-elle, je leur raconte mes histoires de plongée, je leur parle de mon rapport à l’eau", poursuit-elle, se comparant à une réalisatrice qui conditionnerait ses acteurs et actrices. Elle souligne également l’importance de l'improvisation dans ses processus de composition : "Il y a des morceaux où tout est absolument écrit jusqu'à un certain moment et où l’on sait que la partie suivante est 100% improvisée", précise-t-elle.

    Pour se rapprocher d’un univers sonore aquatique, Anne Paceo explique qu’un important travail de mixage a été réalisé : "Nous avons cherché à mettre en valeur certains sons plutôt que d'autres. Il y a eu une recherche assez longue dans le choix de la réverbération acoustique et l’utilisation d’effets audio comme le delay, " développe-t-elle avant d’ajouter : "Chacun et chacune apporte sa pâte sonore et son imaginaire. "

    Une artiste engagée

    Dans son album inspiré du mythe platonicien de l’Atlantide, Anne Paceo explique qu’il faut y lire un message politique. Elle y interroge notre rapport à l'environnement et à l'urgence climatique : "Nous courons à la catastrophe et c'est important de le rappeler", avant d’ajouter : "On nous demande, en tant que musiciens, de ne pas être politisés, mais je pense que la musique est politique."

    En parallèle de la scène, Anne Paceo transmet également son expérience lors de masterclasses et de projets d’accompagnement. En 2024, elle lance le programme de mentorat Wizz, destiné à accompagner les femmes et les minorités de genre dans tous les aspects de leur carrière. Une idée qui lui est venue après avoir été contactée par une jeune musicienne sur les réseaux sociaux, qui lui faisait part de ses propres difficultés à évoluer dans le secteur musical resté encore très machiste :"Cela m'a fait beaucoup réfléchir, car j'avais l'impression que cela avait changé pour les générations après la mienne, dit-elle. J'ai eu envie de rajouter ma pierre à l'édifice et de contribuer à faire changer les choses en créant un espace de sororité", justifie-t-elle. Cette année, le programme a reçu 80 candidatures : "C’est incroyable car nous ne sommes pas tant de femmes. Cela démontre un réel besoin dans le secteur", conclut-elle.

    L’artiste sera en tournée pour plusieurs mois, à commencer par le festival Jazz in Marciac ce mercredi 29 juillet. Elle sera également les 14 et 15 octobre au musée national de la Marine à Paris pour deux soirées exceptionnelles, à l’ouverture de l’exposition « L’Appel des profondeurs », où elle jouera en live Atlantis.

    • L'album Atlantis sur le label Jusqu'à la nuit.
    • 30 min
    • Marc André : "J'ai toujours rêvé de m'exprimer avec mon instrument"

      À seulement 23 ans, le contrebassiste Marc André sort un premier album en soliste au sein de la prestigieuse maison de disques Warner Classics, une petite révolution dans l'univers de la musique classique : « Signer chez Warner était pour moi un rêve de contrebassiste mais aussi un rêve personnel : celui d'enregistrer de la belle musique, celle que j'ai toujours aimée, sur cet instrument et avec des musiciens que j'admire énormément », confie-t-il.

      Un instrument aux possibles encore inexplorés

      Avec ce premier album Mirage paru en avril dernier, le jeune musicien souhaite révéler la contrebasse sous un jour inédit, en la plaçant au premier plan, comme véritable instrument soliste. « On connaît souvent la contrebasse pour son rôle dans l'orchestre, mais la mettre sur le devant de la scène, c'est encore quelque chose de rare, constate-t-il. Beaucoup de personnes l'associent aussi au jazz. En revanche, lorsque l'on parle de contrebasse en solo, cela suscite souvent beaucoup d'interrogations. » Un constat qu'il fait aussi dans le cadre de l'enseignement de la contrebasse : « Juste après avoir obtenu mon bac, j'ai cherché un peu partout dans le monde pour trouver où il était possible d'étudier la contrebasse comme instrument soliste, mais la plupart des professeurs vous forment avant tout pour intégrer un orchestre, affirme le contrebassiste, le répertoire est donc largement centré sur les traits d'orchestre et les quelques concertos exigés pour les auditions. »

      Dans ce projet, Marc André revisite donc des œuvres emblématiques de Debussy, Piazzolla ou encore Schumann, initialement écrites pour d'autres instruments comme la voix ou le piano : « En tant que contrebassiste, on a beaucoup de défis, ironise le musicien, ne serait-ce que pour le transport, mais aussi dans le choix du répertoire. Je pense que pouvoir 'voler' une pièce et l'adapter à son instrument, c'est toujours intéressant parce que l'on découvre les possibilités mais aussi les limites de son propre instrument. J'ai donc essayé d'avoir une palette de morceaux différents que j'admire et qui, je pense, ont un intérêt pour la contrebasse », raconte le musicien.

      Pour développer une sonorité de soliste, Marc André joue sur une contrebasse conçue sur mesure, avec une cinquième corde qui lui permet d'élargir la tessiture et de mettre en valeur les couleurs de l'instrument, tout en lui donnant de la brillance : « Le son de la contrebasse est très beau, mais il a tendance à vouloir se mélanger, ce qui rend l'instrument parfait pour l'accompagnement, mais moins évident lorsqu'il s'agit du répertoire soliste, analyse-t-il. C'est aussi un instrument tellement grave que l'on peut avoir des difficultés à vraiment l'entendre. » Le musicien regrette aussi une forme de dogmatisme autour des réglages sur les instruments : « Pendant la période baroque, il était normal de changer les cordes sur la viole de gambe pour d'autres cordes plus aiguës ou plus graves. La lutherie était en mouvement perpétuel. On a un peu perdu cela de nos jours, remarque-t-il. On est resté fixé sur une seule façon de jouer. Giovanni Bottesini, notre grand compositeur romantique, avait commencé à accorder sa contrebasse un demi-ton puis un ton plus aigu que d'habitude pour pouvoir avoir une tessiture un plus brillante. Avec la technologie que l'on a aujourd'hui, pourquoi ne pas rajouter une corde ? », déclare Marc André.

      Un coup de foudre musical

      Né dans une famille de musiciens, le jeune contrebassiste a toujours su qu'il voulait faire de la musique, et en particulier un instrument à cordes, car frotter son archet contre les cordes « était un peu comme respirer, dit-il. Je souhaitais créer moi-même cette sorte d'intimité ». Il commence alors par le violon, « un instrument trop aigu, trop petit pour ma personnalité », puis continue avec le violoncelle qui le rend plus heureux. Mais à l'adolescence, alors qu'il exprime le souhait de se mettre à la guitare électrique suite à un accident qui lui rompt les deux poignets, une nouvelle idée se présente à lui : « C'était ma période rebelle, je me cherchais et voulais intégrer un groupe de rock'n'roll. J'en ai parlé à un dîner de famille et mon oncle qui est pianiste de jazz m'a donné l'idée de la contrebasse. Il m'a convaincu en m'expliquant que la contrebasse m'ouvrait les portes de tous les mondes : classique, jazz mais aussi de la basse électrique pour faire du rock ou de la pop. » La contrebasse le met alors face à un monde infini : « L'idée d'un instrument me permettant de faire tout ce que je voudrais plus tard, même si je ne le savais pas encore, était assez séduisante », reconnaît-il.

      Loin des idées reçues, la contrebasse déploie aussi un grand potentiel lyrique, que Marc André souhaite continuer à défendre : « Avec sa couleur chaude et intime, comme du velours, la contrebasse me permet de m'exprimer. J'ai toujours voulu chanter et m'exprimer sur mon instrument. C'est vraiment la raison pour laquelle j'ai fait de la musique », affirme enfin le musicien.

      26 min
    • Victor Dekyvère : "La vie met sur notre chemin des gens qu'on ne pensait pas rencontrer, et c’est pareil en musique"

      Journaliste, réalisateur et auteur d'un premier roman intitulé "Les années bleues" paru en début d'année, Victor Dekyvère explique en quoi le bleu est une couleur qui l’inspire : " C'est une couleur pop que j'aime », commence-t-il avant d’ajouter qu’elle n’est pour lui pas seulement une couleur, mais également un vecteur émotionnel et une porte d’entrée vers la nostalgie et la mélancolie. "Le bleu fait penser au bleu de l’enfance, au bleu du ciel, au bleu de la mer, raconte-t-il. C’est une couleur à laquelle on revient avec plaisir et, parfois aussi, avec une petite pointe de tristesse. " Omniprésent dans son roman où la musique a aussi la part belle, le bleu dépeint les jeunes années de quatre personnages à Roubaix, en 1965 : le héros, Elias, et ses amis Julien, Benoît et Violaine.

      Le récit, qui s’apparente à un roman d’apprentissage, suit le parcours d'un jeune homme, Élias, issu de la classe ouvrière et dont la vie est marquée par des aspirations sentimentales et musicales. Le héros tombe follement amoureux de la jeune fille à la robe bleue, issue quant à elle de la classe bourgeoise : "J'avais envie de prendre un personnage romantique dans la vie duquel l'amour prend toute la place. Il est nostalgique, mélancolique et imprégné de sentiments tumultueux qu’il a des difficultés à comprendre et à gérer ", explique l'auteur qui pose à travers Élias la question suivante : " Comment un personnage très romantique va-t-il traverser les évolutions de l'amour du XXe siècle ?"

      Au cours du roman, le héros traverse le monde élitiste de la musique classique et devient célèbre. Son apprentissage artistique est alors un moyen de transcender les barrières sociales et de forger sa propre identité : " Il a du mal à trouver sa voie et ses notes. J’aime aussi raconter son chemin de musicien, son errance avant d’arriver à trouver sa singularité dans son art. "

      Inspiré par son propre vécu

      Victor Dekyvère a lui aussi grandi à Roubaix et se reconnaît dans le parcours d’apprentissage de son héros. Il évoque son rapport à la musique : " À la maison, nous n’écoutions pas de musique classique. Nous écoutions de la pop, Véronique Sanson, Starmania et Daniel Balavoine. Ce sont les sons de mon enfance ", raconte-t-il avant de préciser : " La musique classique, c’est le symbole d'une élite dont j'ai été privé. C’est une musique intimidante et il faut oser la toucher." Pour trouver de l’inspiration et écrire son roman, Victor Dekyvère a donc puisé dans sa culture musicale et ce n’est pas par hasard que son personnage principal devient compositeur de musiques de film : " J’ai une passion pour la musique de film, dit-il. Georges Delerue est un personnage que j'adore. Il a inspiré mon personnage de roman puisqu'il est né dans les années 20, à Roubaix, et qu’il s’est dirigé vers la musique de film, souvent méprisée par les autres musiciens ", rappelle l'auteur. La musique de film, un genre qui l'a aussi amené à s'intéresser à tout un pan de la musique américaine : "J’adore le courant musical des années 60 et ses figures minimalistes comme Philip Glass. Cela vient justement en réaction à la mainmise intellectuelle de la musique européenne, et Élias, le héros du récit, en devient un fervent admirateur parce que c'est une musique assez novatrice", explique Victor Dekyvère.

      L'art, un moyen de rassembler

      Pour l’auteur, la musique et l’art de manière générale permettent de rassembler. "Certaines formes d'art comme le théâtre, le cinéma ou la musique classique nécessitent de s’y connaître un peu, mais peuvent transmettre des émotions auxquelles on ne s’attendait pas, même si l’on ne vient pas d'un milieu intellectuel. C’est surtout cela qui est beau ", explique Victor Dekyvère avant de faire le parallèle avec l’histoire d’amour de son roman, entre deux personnages de classes sociales différentes : "On pense savoir ce que l’on cherche, ce que l’on veut, mais finalement, on ne sait pas vraiment. La vie est beaucoup plus marrante que cela. Elle nous met sur le chemin des gens qu'on ne pensait pas rencontrer et c’est pareil en musique ", conclut-il.

      Les années bleues de Victor Dekyvère est paru le 7 janvier 2026 aux éditions Rivages.

      30 min
    • Antoine Touche et Josèphe Cottet : "La vie des compositeurs anime notre imaginaire et nourrit notre musique"

      Co-fondateurs de l'Escadron Volant de la Reine, Antoine Touche et Josèphe Cottet reviennent sur la référence historique qui a inspiré le nom de leur ensemble, créé en 2012 : "L'Escadron Volant de la Reine correspond au nom donné aux dames de compagnie de Catherine de Médicis. C'étaient des femmes chargées de diffuser la culture dans toutes les cours européennes ", explique Josèphe Cottet. Une référence qui les a immédiatement séduits : "Le nom nous plaisait pour sa sonorité mais aussi pour ce qu'il représente. Il y a quelque chose de rigoureux et en même temps de très fantaisiste. Comme un petit escadron, on travaille en collectif pour essayer d'essaimer la culture."

      Animé par une volonté de transmission, le collectif explore les répertoires méconnus des XVIIème et XVIIIème siècles. Cette curiosité les conduit notamment vers la musique italienne qui est au cœur de leur nouvel album.

      Un disque autour de Christine de Suède

      "Avec l'Escadron, nous sommes fascinés par la musique de Scarlatti depuis plusieurs années, et notamment par sa musique sacrée. Nous nous sommes intéressés à sa vie à Naples, à toute la musique autour du temps de Pâques et à la Messe des défunts", expliquent nos invités qui ont aussi été attirés par la musique d'Alessandro Melani, "compositeur à Saint-Louis-des-Français à Rome." Pour les deux musiciens, les parcours des compositeurs nourrissent directement leur interprétation : "La vie des compositeurs anime beaucoup notre imaginaire et permet de nourrir notre musique", affirment-ils.

      En cherchant ce qui reliait ces différents répertoires, le personnage de Christine de Suède a émergé. "Notre projet est une sorte d'hommage, c'est toute la musique qu'on aurait voulu lui jouer à ce moment-là", résume le violoncelliste Antoine Touche. Figure singulière du XVIIème siècle, Christine de Suède intéresse Josèphe Cottet et Antoine Touche pour son importance historique : "C'est un grand personnage de l'histoire, elle était extrêmement passionnée et semblait aimer profondément l'art qu'elle défendait. C'était une femme très érudite, très scientifique et qui parlait onze langues", raconte la violoniste et altiste Josèphe Cottet. Après avoir découvert la musique italienne lors de son voyage à Rome, elle devient une mécène incontournable. "Christine de Suède était passionnée par la musique qui s'y passait, elle est devenue la protectrice de compositeurs et de sculpteurs, rappelle Antoine Touche. Dans son palais, elle a organisé des manifestations extraordinaires avec un nombre incalculable d'artistes. Corelli lui dédiera d'ailleurs son dernier opus."

      Pour traduire le foisonnement artistique de l'époque dans leur disque, l'Escadron Volant de la Reine imagine alors un programme conçu comme un récit : "Notre manière de construire le programme va dans le sens d'une œuvre totale, révèle Josèphe Cottet, quelque chose qui s'enchaîne d'un bout à l'autre". La violoniste accorde aussi une place prépondérante aux transitions et explique pourquoi, parfois, les musiciens de l'ensemble ne jouent pas les oeuvres dans leur intégralité : "La Messe de Scarlatti, par exemple, est découpée, afin de montrer le visage le plus kaléidoscopique possible de cette époque et de cet univers musical", conclut-elle.

      L'Escadron Volant de la Reine jouera :

      • aux SuPercheries d'été du 31 juillet au 2 août.
      • au Festival Lumière du Baroque du 20 au 23 août.
      • Le site de L'Escadron Volant de la Reine.

        30 min
      • Yoann Gasiorowski : "L'essence même du travail de comédien c'est écouter, être en réception de l'autre"

        Membre de la Comédie-Française depuis 2018 mais aussi musicien de formation, Yoann Gasiorowski raconte la place de ces deux disciplines dans son travail. Pour le comédien, la musique et le théâtre se nourrissent mutuellement. "La musique me procure des vibrations qui ne sont pas exactement les mêmes que celles du théâtre, mais qui me construisent tout autant" confie-t-il. Un lien qui s'est imposé comme une évidence dès sa formation à l'École supérieure de la Comédie de Saint-Étienne, où ces deux pratiques ont commencé à s'entremêler dans son parcours.

        Cette relation s'est concrétisée sur scène avec Les Serge, un spectacle créé il y a sept ans et dans lequel il travaillait pour la première fois avec des musiciens. "Au théâtre, je peux jouer de la musique en groupe", explique-t-il. Une aventure artistique qui s'est achevée "en apothéose" l'an dernier aux Eurockéennes de Belfort et qui lui a permis d'explorer ce dialogue entre jeu et musique. Aujourd'hui, Yoann Gasiorowski affirme être "dans la plénitude par rapport à la musique et au théâtre. C'est super pour moi de pouvoir mêler les deux."

        Au-delà de sa pratique artistique, Yoann Gasiorowski rappelle que Molière soulignait déjà, dans Le Bourgeois gentilhomme, le rôle essentiel de la musique et de la danse dans la société. "Il y a cette utopie de dire que si on enseignait la musique et la danse, on aurait beaucoup moins de guerres et on apprendrait forcément à vivre ensemble, beaucoup plus que dans le conflit : dans la collectivité, dans le respect de l'autre". Une vision dont il se sent proche : "Je trouve que c'est une très belle utopie. On aimerait que ce soit réalisable, mais malheureusement c'est beaucoup plus complexe."

        Yoann Gasiorowski évoque aussi la place centrale qu'occupe l'écoute dans la conception de son métier. "En tant que comédien, on oriente toute notre concentration sur l'écoute de l'autre. L'essence même de notre travail c'est d'écouter, être en réception de l'autre. Je m'attache à écouter énormément mes partenaires, c'est la base du travail théâtral", déclare-t-il. Cette exigence passe aussi par un travail quotidien sur la voix et le souffle. À la Comédie-Française, les comédiens bénéficient d'un accompagnement avec une professeure de chant. "La respiration est quelque chose que l’on travaille avec rigueur et régularité. Le but est d’apprendre à la maîtriser puisque notre souffle peut être très contraint ou abîmé en fin de saison. C’est un travail à faire tout au long de l’année", explique-t-il.

        Une préparation d'autant plus essentielle dans le cadre de son rôle dans La Vie parisienne d'Offenbach, opéra bouffe donné récemment au Théâtre du Châtelet à Paris, dans la mise en scène de Valérie Lesort. Yoann Gasiorowski explique avoir recherché une proximité entre la voix chantée et la voix parlée : "L'une va vers l'autre, dit-il. Évidemment, ce n'est pas la même voix que l'on utilise puisque ce n'est pas le même médium." Pour interpréter la baronne de Gondremarck, il raconte avoir dû adapter sa tessiture : "Je cherchais un médium assez haut, mais finalement, dans la transposition de l'air, je cherchais plutôt dans mes bas pour être un peu plus à l'aise. Il y avait donc ce conflit de timbres qui est devenu un outil de jeu."

        Actualités
        • Du 15 octobre au 27 janvier, Yoann Gasiorowski sera Don Manuel Arias et un marquis dans Ruy Blas de Victor Hugo à la Comédie-Française, dans la mise en scène de Julie Duclos (spectacle de réouverture de la Salle Richelieu).
        • Du 13 novembre au 27 décembre, il sera l'écrivain Viktor Viktorovitch dans Le Suicidé de Nicolaï Erdman à la Comédie-Française, dans la mise en scène de Stéphane Varupenne.
        • 29 min
        • Chloé Dufresne : "Orienter la programmation artistique est un peu ma manière de montrer que la musique est inclusive"

          La cheffe d'orchestre Chloé Dufresne a travaillé à travers le monde pour les orchestres philarmoniques de Tokyo, Hong Kong, Munich et Liège. Aujourd’hui à la tête de l'Orchestre philharmonique du Colorado Springs, elle est partagée entre la France et les États-Unis et souligne l'importance des rapports humains dans son métier. Lorsqu’elle rencontre un nouvel ensemble, la cheffe d’orchestre met en effet un point d’honneur à laisser jouer les musiciens dès le début des répétitions : " En général j'aime les saluer, leur dire quelques mots et rentrer tout de suite dans la musique, sans les arrêter au bout de trois mesures, pour se rencontrer en musique", commence-t-elle. " Je suis attentive à leur manière de répondre à mes gestes", continue la cheffe. Cette première approche lui permet de réfléchir d'emblée aux moyens qu'elle devra mettre en œuvre pour obtenir l'interprétation souhaitée.

          Dans un métier où tout doit aller très vite et où le devoir d’adaptabilité est indispensable, Chloé Dufresne insiste également sur sa préparation mentale en amont, avant de se retrouver face au groupe : " Lorsque je connais des collègues étant déjà allés dans tel ou tel orchestre, je peux les appeler, leur demander comment ça s’est déroulé pour eux et quelles sont les personnalités fortes de l’orchestre", explique-t-elle, "on a trois ou quatre répétitions avant le concert, il faut donc avoir les outils le plus vite possible", justifie-t-elle.

          La culture américaine

          Sa première expérience aux États-Unis comme assistante du chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel a profondément marqué Chloé Dufresne : "Cela m'a appris l'importance de l’acoustique de la salle dans laquelle on joue. Ce qui a été une révélation cette année-là, c’est que l’instrument principal de l’orchestre c’est vraiment la salle, et la manière dont on l’appréhende" se souvient-elle.

          Aujourd’hui directrice musicale de l'Orchestre philharmonique du Colorado Springs, Chloé Dufresne confie avoir bénéficié d’un accueil chaleureux à son arrivée. Elle apprécie particulièrement la culture orchestrale américaine, mais aussi plus largement la culture américaine : "Il y a quelque chose de très positif. Parfois, on peut croire que c'est un peu trop quand on vient de France, mais cela met en confiance et surtout cela motive", remarque-t-elle. Toujours en comparant avec la France, elle met également l’accent sur la communauté de mécènes très présente dans la vie de l’orchestre aux États-Unis, ce qu’elle considère comme un réel avantage.

          La directrice musicale a des projets bien précis pour son orchestre :" J'aimerais leur apporter un peu plus de musique française, parce qu'ils n'en jouent pas beaucoup et ont un répertoire très romantique", dit-elle, " j'aimerais aussi leur faire découvrir davantage de musique contemporaine française, notamment des œuvres de compositrices" poursuit-elle.

          L’orchestre n’étant pas financé par l’État, Chloé Dufresne explique qu’il ne souffre pas des effets de l’administration Trump et bénéficie d’une grande liberté dans sa programmation artistique : "Malgré tout, j'ai quand même cette visée un peu politisée et politique dans la manière dont je construis mes programmes. Faire passer certains messages et orienter la programmation artistique, c'est ma manière de résister et de montrer que la musique est profondément inclusive" conclut-elle.

          Dans quelques semaines, Chloé Dufresne fera ses débuts au Hollywood Bowl avec l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles le 31 juillet et le 1er août dans un programme Tchaïkovski.

          Le site de Chloé Dufresne.

          30 min
        • Romain Thiery : "Redonner vie au piano par l'image est quelque chose de très important pour moi”

          Certains photographes ont des idées fixes, des sujets qui reviennent comme des refrains. C'est le cas de Romain Thiery : pianiste depuis l'enfance, c'est en tant que photographe qu'il s'est fait connaître, lui qui photographie des pianos abandonnés partout dans le monde depuis très longtemps. Il évoque l'origine de ce projet, et le premier piano découvert : “Ça commence à remonter, dit-il, il y a un peu plus de quinze ans. J'ai trouvé par hasard un Pleyel quart de queue, abandonné dans une maison en ruine à Périgueux, en Dordogne, là où j'ai grandi.” Une découverte qui lui a permis de lier ses deux passions : la musique et la photographie.

          Au fil des années, Romain Thiery ne s'est pas contenté de photographier des instruments laissés à l'abandon. Il s'est attaché et a toujours à coeur aujourd'hui de raconter l'histoire des lieux qui entourent ces instruments. “On ne mettait pas un piano par hasard dans sa maison, rappelle-t-il en évoquant l'époque où le piano était un symbole du mobilier bourgeois. Il était installé dans la pièce la plus prestigieuse, c’était le marqueur d'un certain rang social, c'était l'âme du lieu” poursuit-il. Ces pianos restent donc pour lui les témoins d'histoires sociales mais aussi familiales : “Même resté là, seul, le piano est toujours aussi noble et puissant. Il était le marqueur des événements de la maison. C'est aussi ce que j'essaie de montrer", raconte l'artiste.

          Un travail construit à travers le monde

          Le travail de Romain Thiery intrigue souvent les interprètes. “On a l'habitude de voir le piano en majesté, explique-t-il. On est loin d'imaginer qu'il peut y avoir autant de pianos délaissés !” Pourtant, il ne considère pas ses photographies comme des images tristes et revendique plutôt une forme de nostalgie dans son travail : “Beaucoup de gens voient de la mélancolie dans mon projet artistique”, déclare-t-il. Une mélancolie qu'il va chercher dans le monde entier, car trouver ces pianos oubliés constitue la partie la plus complexe de son métier : “Il faut créer des réseaux dans chaque pays où je décide d'aller, il faut enquêter, chercher dans des journaux locaux, contacter des gens sur place et surtout faire connaître son projet”, explique le photographe qui est récemment allé jusqu'au Japon, où sa quête des pianos abandonnés a pris une tournure particulière. D'abord parce qu'il les a principalement trouvés dans des écoles, mais aussi pour l'atmosphère des lieux : "J'étais loin de m'imaginer que j'allais découvrir un pays aussi intéressant, avec une certaine sensibilité aux choses, un regard différent. Il y a un certain silence, même dans des grosses mégalopoles comme Tokyo, et on s'y sent apaisé", confie-t-il.

          L'image et le son

          Depuis quelques années, Romain Thiery a ajouté une dimension supplémentaire à son projet afin de “redonner vie au piano par l'image et par le son”. Une idée qui l’a conduit à enregistrer chacun des pianos découverts depuis seize ans : “J'ai toujours fait résonner ces pianos que je découvrais, raconte-t-il, jusqu'au jour où je me suis dit : pourquoi ne pas les enregistrer ?" Une manière d'en transmettre l'âme, à travers un processus précis et avec l'aide d'ingénieurs du son : "J'enregistre note par note chaque piano que je découvre, détaille Romain Thiery. Parfois seules deux ou trois notes sonnent, mais c'est ce que l'instrument a à nous dire à ce moment-là. J'enregistre donc tout, et ces sons sont ensuite directement intégrés dans les œuvres. On peut alors voir le piano abandonné, et écouter le son qu'il émet", conclut le photographe.

          Actualités :
          • Exposition "Requiem pour Pianos", photographies et sons de pianos abandonnés, dans le Off des "Rencontres de la photographie d'Arles" jusqu'au 6 octobre (3 rue de la liberté à Arles).
          • "Requiem pour Pianos" est une œuvre en cours, un inventaire de ces instruments qui ont survécu. Dans cet accrochage, les images dialoguent avec un environnement sonore conçu spécialement en collaboration avec le compositeur et ingénieur du son Jules Wysocki. À partir des sons des pianos enregistrés depuis des années, note par note, sur les pianos abandonnés au cours de ses voyages, Jules a créé un paysage sonore unique qui accompagne les photographies. Les œuvres sont liées à un casque où l'on peut écouter le son de chaque piano. Cette démarche immersive s'intitule Résonance pour pianos.

            Exposition "Requiem pour Pianos" également visible :

            - au musée Baburizza à Valparaiso, Chili, jusqu'au 6 août 2026
            - à The PhotoGallery à Halmstad, Suède (exposition permanente)
            - au "Ras Al Khaimah Art festival" à Ras Al Khaimah (Émirats arabes unis), en janvier et février 2027

            • Exposition "Les pianos du silence - voyage au Japon", à l'Abbaye de Valmagne (Hérault) jusqu'au 30 septembre.
            • Cette exposition est une traversée entre des mondes qui, à première vue, ne se rencontrent jamais : la quiétude du Japon, la sérénité de l'Abbaye de Valmagne et la poésie mélancolique des pianos abandonnés.

              Le site officiel de Romain Thiery.

              28 min
            • Alice Taglioni : "La musique, plus que tout, je l’ai dans le sang"

              Bercée par un univers musical familial, Alice Taglioni a été en contact avec le piano dès l'enfance : "Je pense que le moment le plus sincère et le plus spontané de ma vie où j'ai voulu être pianiste, c'est quand j'avais 4 ans ", se souvient-elle, "je suis allée vers ce clavier où je voyais mon frère essayer laborieusement de travailler avec sa professeure. Je me disais que moi aussi, j'avais envie d'aller poser mes mains sur cet instrument." Alice Taglioni commence donc la musique et poursuit au lycée en horaires aménagés avant d'intégrer le Conservatoire à rayonnement régional de Paris avec l’ambition de faire du piano son métier. Elle passe des concours mais choisit finalement de s’orienter vers le théâtre : " À un moment, cela ne me correspondait plus, cela ne correspondait plus à mes attentes. C'était trop solitaire.", explique-t-elle.

              Trente ans plus tard, un album reflet de son chemin personnel

              Il y a quelques semaines, Alice Taglioni a sorti son premier album intitulé ADN, un titre qu'elle explicite : "ADN, cela veut tout dire : on l’a dans le sang, et la musique, plus que tout, je l'ai dans le sang", justifie-t-elle. Longtemps freinée par le regard des autres et la question de sa légitimité en tant que musicienne, Alice Taglioni explique avoir fini par trouver la confiance nécessaire pour assumer pleinement sa facette de pianiste-compositrice : "Cela arrive l'année de mes 50 ans. Ce n’est pas voulu, mais je pense que ça va avec une certaine maturité et avec un gain de confiance en soi", raconte-t-elle.

              Dans "Synthèse", la première chanson interprétée par Thibaut Barbillon, la musicienne raconte d’ailleurs son parcours musical et les difficultés rencontrées. Elle y fait passer un message sur la peur de se lancer : "Il y a un côté un peu universel. J’ai rencontré beaucoup de gens qui, comme moi, n'osaient pas et qui étaient toujours en train de se remettre en question", explique-t-elle avant de défendre le choix d’une voix d’homme pour chanter ce titre si personnel : "Cette peur est aussi liée à la féminité, à tout ce que l'on entend depuis que l'on est petite et à toutes ces choses que l'on nous impose depuis toujours. C'est donc aussi cela qui était intéressant dans le fait de faire parler un homme et d'avoir une voix d'homme sur ces fragilités et ces entraves que j’ai rencontrées", dit-elle.

              L’artiste chante aussi sur deux des titres de l’album et se confie sur son rapport à la voix : "Il y a une exigence qu'il faut absolument avoir et je ne peux pas m'improviser chanteuse comme ça. Même si je chante depuis toujours, que je chante avec mon piano, que j'ai chanté dans des chorales et que j'adore cela, je me rends compte au fil du temps et en chantant mes morceaux qu'il faut bien sûr travailler sa voix", reconnaît-elle.

              Musique et cinéma : deux mondes distincts

              Inspirée par un répertoire de musique très varié, Alice Taglioni égrène quelques-uns de ses compositeurs et interprètes favoris : "Cela va de Bach à Mozart en passant par Rachmaninov, Fauré et Ravel", détaille-t-elle avant d'évoquer d'autres inspirations, en-dehors de la musique classique : "Le jazz aussi avec Brad Mehldau ou Keith Jarrett, Pat Metheny beaucoup à un moment, j'ai toujours aimé ces sons de guitare électrique", confie-t-elle.

              Revenant sur son métier de comédienne, Alice Taglioni déclare que c’est son rôle de pianiste dans Réparer les vivants réalisé par Katell Quillévéré en 2016 qui lui a redonné l’élan vers le piano. Une manière d'unir ses deux univers, la musique et le cinéma, même si elle affirme préférer les dissocier : "Au cinéma, j'adore l'idée de créer des personnages et de découvrir des métiers et des vies que je ne pourrais jamais avoir, donc pourquoi aller vers quelque chose que je connais déjà avec la musique ? La musique et le cinéma sont deux mondes différents que j'aime bien séparer", conclut-elle.

              • Le premier album d'Alice Taglioni “ADN” est disponible depuis le 5 juin
              • 29 min
              • Louise Jallu : "Je m'amuse à être sur un fil rouge entre jazz et classique"

                Louise Jallu a 5 ans lorsqu’elle découvre le bandonéon : "C'est ma sœur qui me l'a mis sur les genoux, elle en jouait elle-même depuis quelques années, et ça m'a énormément touchée ; c'est un lien très fort que j'ai avec elle", se souvient-elle avant d’ajouter : "C'est aussi ce timbre qui vous prend immédiatement, ce souffle extraordinaire. C'est très sensible, on peut aller du tout petit chuchotement à une hargne folle." Ce qui lui plaît, c’est aussi que l'instrument soit très physique pour l'interprète : "On voit danser le musicien parce qu'il faut que tout le corps soit pris par l'instrument pour le mettre en mouvement. C'est absolument bouleversant", raconte-t-elle.

                Louise Jallu a étudié au Conservatoire de Gennevilliers, sa ville natale. Un conservatoire pionnier dans l’enseignement encore rare de l'instrument, puisqu'il a accueilli la première classe de bandonéon en Europe dans les années 1990. Aujourd’hui, passée de l’autre côté, elle enseigne dans ce même établissement et a même développé sa propre méthode d'apprentissage : "Historiquement, l'enseignement du bandonéon se faisait par tradition orale. Il y a donc vraiment une pédagogie écrite qui reste à construire", explique-t-elle. "J'ai depuis dix ans élaboré tout un travail progressif pour les élèves, qui va mener à la sortie d'une méthode en septembre aux éditions Henri Lemoine." Pour élaborer cette méthode ludique, la musicienne explique s'être appuyée sur son travail de professeure et les retours de ses élèves. Elle espère que cette démarche permettra à davantage de personnes de jouer de cet instrument : "Il y a malheureusement encore trop peu d'enseignants. J'ai conçu cette méthode pour que tout le monde puisse l'apprendre. Elle est très progressive, j'espère donc que cela fera naître des vocations", dit la musicienne, qui remarque cependant que la part des femmes dans la pratique du bandonéon augmente et se réjouit de pouvoir contribuer au rayonnement de son instrument : "C'est un réel plaisir aujourd'hui de continuer cet héritage, d'aller explorer de nouvelles créations avec les élèves eux-mêmes, de pouvoir transcrire, de pouvoir développer son langage", remarque-t-elle.

                Élargir les frontières

                Par ailleurs compositrice, Louise Jallu montre que le bandonéon est un instrument riche, capable de naviguer entre les styles : "Je m’amuse à toujours essayer d'élargir les frontières. Cela me plaît assez d'être sur un fil rouge entre le jazz et le classique." La musicienne insiste aussi sur le caractère ambivalent de l’instrument : "À l'origine, on jouait cet instrument dans les clubs de bandonéon en Allemagne. On pouvait aussi l'utiliser comme accompagnement de la chanson, c'était le cas en Argentine et il est finalement devenu un instrument phare du tango. J'aime beaucoup l'associer à la danse et faire des ponts entre les musiques populaires et les musiques classiques", développe-t-elle tout en soulignant l'importance de faire évoluer l’instrument, "transporter ce timbre ailleurs, dans d'autres contrées, affirme Louise Jallu avant de poursuivre : "Je pense que c'est essentiel pour que l'instrument perdure dans le temps, soit écouté d'une autre manière. Je me plais à le redécouvrir, à le faire entendre d'une autre façon aujourd'hui." Après la sortie de son album JEU en 2024, la musicienne publiera un disque en 2027 : « Tanz » avec le Quatuor Hanson et la pianiste Fiona Mato.

                • Louise Jallu sera, le 19 juillet, en concert à l'église de Calès pour le festival Souillac en Jazz, et le 12 août au festival international de guitare de Hersbruck, en Allemagne.
                • 29 min
                • Robin Pharo : "J'ai été inspiré par les Doors, puis tous les groupes anglo-saxons des années 1960"

                  Robin Pharo est l'un des gambistes les plus recherchés de sa génération, amoureux de son instrument, la viole de gambe, typique des musiques que l'on appelle "anciennes" et dont il souligne la polyvalence. "La viole de gambe est capable de faire de la polyphonie, c'est-à-dire de jouer plusieurs notes à la fois ; elle est proche de la guitare avec les frettes, mais elle est aussi un instrument monodique comme le violon ou le violoncelle, décrit-il. L'autre élément c'est le son et les cordes frottées de la viole de gambe. La corde est assez tendue et sa mise en vibration procure une sensation d'immersion assez intense dans le spectre harmonique, peut-être plus encore que sur le violon ou le violoncelle où le son est un peu plus rond", précise-t-il.

                  Rechercher de nouvelles partitions

                  S'il partage sa vie musicale entre divers ensembles, et notamment la formation Près de votre oreille qu'il a créée il y a près de dix ans, Robin Pharo est aussi en perpétuelle recherche de nouvelles partitions à interpréter : "Cela me procure beaucoup de bonheur, explique le musicien. Ce n'est pas chercher pour chercher ou jouer de la musique méconnue, c'est plutôt comme aller en montagne, sur un sentier de randonnée, ou sur la mer : il y a dans ces pièces que l'on connaît très peu un territoire d'exploration infini", s'émerveille-t-il. Un travail de recherche qui s'accompagne d'une réflexion sur les programmes de concerts de son ensemble, pour permettre au public d'accéder de manière plus directe aux œuvres proposées.

                  The Doors et le baroque anglais

                  Spécialisé dans les répertoires de la Renaissance et du premier baroque, Robin Pharo raconte qu'il s'est pourtant forgé une identité artistique forte, dès son adolescence, grâce à des influences variées. Il évoque la musique traditionnelle et, surtout le rock anglo-saxon des années 1960 : "J'ai d’abord découvert les années 60 et The Doors, avec notamment Jim Morrison, Ray Manzarek et d'autres, explique-t-il. Puis très vite, je les ai tous écoutés, des Pink Floyd jusqu'aux Beatles, en passant par Jimi Hendrix, évidemment."

                  Un pan de la musique qui continue de l'accompagner et qui l'a peut-être également amené à la musique anglaise de la Renaissance et du baroque, répertoire qu'il affectionne aujourd'hui particulièrement et qu'il a enregistré avec son ensemble. "Il y a un paysage harmonique anglais qui se dégage dans ce que nous proposent les compositeurs dès la fin de la Renaissance, et qui m'a particulièrement séduit, confie le musicien, et puis la musique anglaise est aussi quelque chose de très proche pour les violistes, j'en ai beaucoup joué en concerts". Une musique dont il souligne l'élégance à l'occasion de l'écoute d'une pièce de William Lawes, compositeur majeur du premier baroque : "À cette époque-là, dans les années 1630, la musique anglaise commence aussi à se faire le lieu de rencontre de styles différents – la suite de danses française, les airs traditionnels anglais, écossais ou irlandais… – et ce mélange, ce melting-pot musical qui est intrinsèque à la musique britannique du XVIIe, est probablement ce qui en fait toute la noblesse", conclut-il.

                  • Robin Pharo sera en concert avec Anaïs Bertrand le 18 juillet à Évaux-les-Bains et, le 8 août, avec son ensemble Près de votre oreille à la cathédrale de Lisieux.
                  • 30 min

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                  Un(e) ou invité(e) artiste - musicien mais aussi cinéaste, comédien, écrivain, plasticien... - tous les jours à 12h dans Autour de midi