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Or


Iris Daverio ne prend décidément pas de vacances. À l'année, elle est la première flûte solo de l'Orchestre de l'Opéra de Paris – un poste auquel elle a accédé dès ses 22 ans en 2023. Et cet été, elle retrouve à nouveau la fosse d'opéra, cette fois au Festival de Salzbourg, dans Carmen avec l'Utopia Orchestra. "Ça a toujours fait partie de ma personnalité, j'ai toujours détesté rester sur ma chaise sans rien faire", sourit-elle. La flûtiste mesure le caractère singulier de cette expérience salzbourgeoise, marquée par l’effervescence artistique qui anime la ville. Elle décrit Salzbourg comme “une maison de poupées”, une image qui traduit à ses yeux l’atmosphère si unique qui y règne. La flûtiste souligne également la particularité du festival, qui compte parmi les rares à disposer de son propre orchestre. Une spécificité qui la réjouit puisqu’elle sait qu’elle y “retrouve des amis musiciens”.
Il y a trois ans, Iris Daverio est entrée au Palais Garnier par la grande porte et devient première flûte solo. "Ce concours-là, on le prépare pendant des mois. Ma vie a changé du jour au lendemain. C'était la première fois que je gagnais un concours d'une telle ampleur, se remémore-t-elle, j'étais étudiante puis, tout d'un coup, flûte solo à l'Opéra de Paris."
Iris Daverio attend avec impatience la saison prochaine, au cours de laquelle elle aura l'occasion de jouer la tétralogie de Wagner dirigée par le chef Pablo Heras-Casado : "C'est une chance de commencer ma carrière à l'Opéra par le Ring, indique-t-elle. De plus, j'ai peu de choses à jouer dans la musique de Wagner, donc je suis assez libre d'écouter et de regarder mes collègues, c'est magique".
Cette année 2026 a été marquante à plus d'un titre pour Iris Daverio : c'est aussi l'année de la sortie de son premier disque solo, Les Amoureux en bleu. Et même pour cette expérience soliste, l’importance du collectif semble être au cœur de la démarche d’Iris Daverio : “Il était hors de question pour moi de faire un premier disque toute seule, explique-t-elle. Le faire avec plusieurs musiciens a beaucoup de sens pour moi, c’est mon quotidien à l’orchestre”. Elle s'est ainsi entourée de plusieurs amis musiciens au fil du disque : le pianiste Jean-Paul Gasparian, le hautboïste Gabriel Pidoux, ou encore la contrebassiste Lorraine Campet, sa collègue à l'Orchestre de l'Opéra de Paris.
S’ouvrant sur le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, ce disque explore le répertoire français du début du XXème siècle, une période riche qu’elle choisit de mettre en regard avec le peintre Marc Chagall afin de “rendre ces œuvres plus concrètes, originales et actuelles”. Un peintre qu'elle “a la chance de le voir tous les soirs au-dessus de sa tête” à l'Opéra Garnier, dont le plafond est orné de ses fresques. Cela nourrit son imaginaire de musicienne, et lorsqu’elle joue avec l’orchestre, elle aime “s’inspirer d’une partie de la fresque pour chacune des œuvres jouées”.
Si l'on devait décrire Paul Smith en un seul adjectif, c'est peut-être "enthousiaste" qui ressortirait en premier. Le chanteur et chef de chœur co-fondateur de l'ensemble VOCES8 a une énergie communicative quand il s'agit de chanter. "C'est la grande passion de ma vie, sourit-t-il. Ça n'est pas important si vous êtes professionnel ou si c'est la première fois que vous chantez, c'est toujours bon de chanter avec d'autres personnes." Depuis une décennie, Paul Smith a arrêté ses activités de chanteur pour se consacrer corps et âme au projet éducatif de l'ensemble à travers la Fondation VOCES8, qui développe son projet entre l'Angleterre, les États-Unis et en France. "J'imagine que c'est près de 50000 enfants chaque année, affirme le maestro, et nous avons beaucoup de projets ici en France !"
L'un de ces projets hexagonaux aura lieu ce mardi 11 août au Festival de la Vézère, avec lequel Paul Smith collabore depuis dix ans. "Le festival de la Vézère est un partenaire parfait pour nous, parce que c'est une opportunité de travailler avec beaucoup d'enfants, peut-être 600 chaque année, issus de beaucoup d'écoles différentes, développe le musicien. Ce sont aussi beaucoup d'enfants qui ne chantent pas normalement donc, quelques fois, c'est la première fois pour eux avec nous."
Pour cette nouvelle édition, Paul Smith propose un atelier vocal ouvert aux enfants et aux adultes de tous niveaux, en compagnie de l'Ensemble vocal Evna et de la cheffe d'orchestre Romane Belliot, en vue d'un concert le soir même. "Pour le répertoire participatif, nous avons un petit peu de musique ancienne, avec Hildegard von Bingen, mais aussi quelques mélodies un peu plus connues," raconte-t-il. J'espère que la combinaison de tous les répertoires sera une expérience incroyable et aussi un peu immersive pour les personnes qui chantent avec nous."
D'un simple octuor a cappella britannique, Paul Smith a fait de VOCES8 et de sa fondation un véritable empire du chant choral. "Chanter a cappella, ce n'est pas seulement l'opportunité d'utiliser sa voix, mais plutôt celle d'écouter et de sentir les autres personnes", revendique-t-il. VOCES8 va d'ailleurs continuer d'étendre ses ramifications avec le lancement la saison prochaine, de VOCES8 Scholars en France, un programme de bourse et d'accompagnement pour les jeunes professionnels qui existe déjà aux États-Unis et en Angleterre.
En septembre 2025, le jeune pianiste Paul Lecocq remportait le premier prix et le prix du public de la 31e édition du Concours international de piano Clara Haskil, à Vevey en Suisse, devenant le quatrième lauréat français de l'histoire de cette compétition, seize ans après Adam Laloum. Une expérience dont le musicien garde un bon souvenir : "C'était très intense avec beaucoup de stress et de pression sur le moment, mais j'ai bien vécu le concours car il était étalé sur une période assez longue", explique-t-il, se rappelant aussi le plaisir d'avoir partagé la scène avec de grands musiciens comme Marc Coppey : une chance pour un pianiste en tout début de carrière.
Issu d'une famille d'ingénieurs, Paul Lecocq n'a pas grandi entouré de musiciens professionnels : "Mes parents sont mélomanes et me soutiennent", indique-t-il néanmoins, lui qui a commencé le piano à l'âge de 8 ans. Il raconte : "J'ai eu la chance d'être accompagné tout de suite par mon premier professeur Christine Fonlupt, que j'ai gardé jusqu'à mon entrée au Conservatoire national supérieur de Paris". Dès lors, le pianiste entre dans un cursus qui forme au métier de musicien, lui qui avait initialement pris le piano comme un loisir, également amateur de dessin et de peinture : "J'ai toujours été attiré par les arts visuels. Je voulais faire une carrière d'artiste peintre", confie-t-il.
En parallèle du piano, Paul Lecocq joue aussi du clavecin, et s'apprête même à entamer un cursus avec cet instrument au CNSMD de Paris, pour une durée de trois ans. "Chaque instrument a ses avantages, déclare-t-il. Le piano apporte quelques possibilités expressives et le clavecin m'ouvre à un nouveau répertoire, très différent de ce que l'on a l'habitude de jouer au piano. Je pense que cela m'apporte, en tant que pianiste, d'avoir cette pratique de claveciniste", affirme-t-il.
De retour d'Helsinki où il vient de passer un an en Erasmus comme élève à l'Académie Sibelius, Paul Lecocq remarque des différences entre le système français et le système finlandais : "L'Académie Sibelius met davantage l'accent sur les individualités, dit-il. Nous avons plus le choix, nous sommes plus libres, notamment sur les options. Cela permet de construire son parcours et de réfléchir à l'artiste que l'on a vraiment envie de devenir", explique-t-il, indiquant avoir pu "jouer un peu de pianoforte", une manière d'enrichir encore sa pratique de la musique ancienne.
À 36 ans, le violoncelliste et chef d’orchestre Victor Julien-Laferrière multiplie les projets, aussi bien en tant que musicien que chef d’orchestre, mais aussi en tant que directeur artistique de festivals : le Festival du Comminges depuis cinq ans, le Festival de La Roque d'Anthéron dont il a intégré le comité artistique cette année et le Festival "Les Sensationnelles".
Premier prix du Concours Reine Élisabeth à Bruxelles en 2017 - il y a presque dix ans -, le violoncelliste garde un lien fort avec cette compétition qui a lancé sa carrière : "Ma vie musicale reste intimement liée à la Belgique car le concours conserve une forte relation avec ses lauréats, explique-t-il, ce qui ravive d'ailleurs chez moi des souvenirs heureux mais aussi difficiles : le stress, la solitude et des problèmes physiques qui étaient apparus, sûrement dus à l’accumulation d’efforts", se souvient-il.
Fondateur de l'Orchestre Consuelo, Victor Julien-Laferrière a entrepris l’enregistrement des neuf symphonies de Beethoven avec cet ensemble qu'il dirige depuis cinq ans. Une "épopée", selon ses propres mots, portée par le Festival de La Chaise-Dieu où ont déjà été enregistrées, durant les concerts, huit symphonies, publiées ensuite sur le label B Records. Ne reste que la Symphonie n9 qui sera donnée l'an prochain à l'occasion du bicentenaire de la disparition du compositeur.
Devenu chef d'orchestre en parallèle de sa carrière de soliste, Victor Julien-Laferrière allie maintenant ces deux facettes : "Je vis avec les deux activités quotidiennement", raconte-t-il avant d'évoquer la méfiance du monde musical envers les jeunes chefs d’orchestre venant d’une carrière de soliste : "Il y a régulièrement des abus, déclare-t-il. Il arrive que des musiciens se retrouvent dans cette position-là sans forcément respecter le métier, le rôle, la position de musicien d'orchestre", explique-t-il. Mais le violoncelliste nuance également son propos et rappelle que le métier de chef recouvre "beaucoup de réalités très différentes, que ce soit dans un orchestre baroque, un orchestre de musique contemporaine, un orchestre symphonique ou encore un orchestre de jeunes. Ce sont des métiers qui sont quasiment différents à chaque fois", affirme-t-il enfin.
A 28 ans, la violoncelliste Lisa Strauss sort son premier disque solo, après deux parutions en duo et trio. Un nouvel enregistrement intitulé Brutal baroque qui paraîtra à la rentrée, mêlant un corpus d'oeuvres baroques et une pièce avec bande électronique commandée au compositeur Régis Campo qui donne son nom à l'album. "C'est l'énergie baroque très flamboyante qui m'a inspirée, explique la musicienne avant de revenir sur son choix du terme "brutal" : "Brutal au sens de brutaliste, de viscéral et primitif."
Ces jours-ci, Lisa Strauss se produit au Festival Pablo Casals à Prades dans les Pyrénées-Orientales. L’édition célèbre cette année le 150e anniversaire de Pablo Casals, fondateur du festival et figure majeure du violoncelle. "C'est un lieu complètement mythique, commente la violoncelliste, j'ai grandi en regardant ces vidéos de Pablo Casals à Prades, avec les fameuses six Suites de Bach. C'est un personnage qui m'a énormément inspirée, l'homme comme l'interprète. Il s'est battu contre le régime de Franco. C'est très important et symbolique pour moi d'y retourner cette année."
La musicienne y joue avec le Philia Trio, formation comportant un accordéon, un violon et un violoncelle, dans un programme "De Venise à Buenos Aires" faisant dialoguer Vivaldi et Astor Piazzolla. Puis elle se produira seule le 7 août en récital dans un lieu pour le moins insolite : la Grotte des Canalettes. "J'aime beaucoup jouer dans des lieux qui ne sont pas dédiés à la musique classique, mais qui portent, par leur architecture ou la nature qui les entoure", indique la musicienne qui a aussi à coeur de "libérer le classique" c'est à dire de mélanger les genres - baroque et électronique, musiques slaves et spectacles visuels - en se laissant volontiers inspirer par d'autres arts, du cinéma à l'architecture en passant par la mode, le théâtre et le chant.
À la rentrée, la violoncelliste publiera son nouvel album, Brutal baroque, convoquant Penderecki, Vasks, Dall'Abaco ou encore Marin Marais, mais aussi le compositeur et arrangeur contemporain Régis Campo, auteur pour elle d'une pièce pour violoncelle et bande électronique en deux mouvements. Lisa Strauss dévoilera son album le 16 novembre prochain à la Salle Cortot à Paris, dans une soirée scénarisée. "J’aspire à une sorte d’art total, c’est mon rêve, confie-t-elle. Dans mes productions, j’essaye toujours d’apporter de la narration. L’ordre des pièces est aussi très important. L'image, le cinéma, la photographie sont des arts qui m'inspirent beaucoup. Je ne peux pas faire autrement, c’est vraiment qui je suis, et j’essaye de faire ce métier avec une grande honnêteté."
Lisa Strauss évoque également le projet d’un spectacle en collaboration avec la flûtiste et percussionniste Anna Oustinov, centré autour de chants slaves. Originaires de Russie mais nées en Occident, les deux musiciennes partagent des sensations quant à cet héritage : "Nous avons passé beaucoup de temps en Russie, Anna en Sibérie et moi dans l'Oural. Nous avons grandi avec une sorte de nostalgie soviétique d'une époque que nous n'avons pas connue, explique Lisa Strauss. Cependant, en écoutant des musiques de cette époque-là, en regardant des films, c'est quelque chose qui a bercé notre enfance. Nous avions envie de nous retrouver autour de ce répertoire significatif pour nous", conclut la musicienne.
Le pianiste Jean-Efflam Bavouzet cultive un lien particulier avec le Festival de la Roque d’Anthéron. En effet, il y a joué pour la première fois en 1983 puis s'y est régulièrement produit depuis. Il y sera à nouveau ce mercredi, pour un concert placé sous le signe de Vienne avec, au programme, des sonates de Haydn et de Beethoven ainsi que le Menuet sur le nom de Haydn de Ravel : "C'est toujours un plaisir extraordinaire, raconte le pianiste à propos de La Roque d'Anthéron. C'est un lieu magique où l’on dialogue avec les cigales. Il y a une acoustique très particulière mais, bien que ce soit en plein air, on se sent comme dans une petite salle", précise-t-il.
Il y a quelques mois, Jean-Efflam Bavouzet a également publié le douzième et dernier volume de son intégrale des Concertos pour piano de Mozart chez Chandos Records. Une sortie qui clôt plus de dix années de travail avec la Manchester Camerata, orchestre de chambre britannique dirigé par le violoniste et chef d’orchestre hongrois Gábor Takács-Nagy, avec lequel le musicien a tissé des liens forts : "Gábor Takács-Nagy fait travailler l'orchestre d'une manière absolument inimitable, et nous sommes arrivés à une cohésion. C’est un excellent ensemble de musique de chambre et nous sommes très fiers de ce travail ", se réjouit le soliste.
Jean-Efflam Bavouzet, qui a déjà sorti plusieurs intégrales dont celles de Claude Debussy, Joseph Haydn et Maurice Ravel, revient sur le plaisir qu’il ressent à entreprendre ces projets d'envergure : "Il y a encore vingt-cinq ans, je ne trouvais pas forcément utile de faire des intégrales, de tout jouer. Mais avoir couvert une intégrale c'est un peu comme être en haut d'une montagne : on a devant soi tout le panorama des oeuvres, leurs rapports, les distances entre elles, et ce point de vue, on ne peut l'avoir que quand on a tout parcouru. C'est quelque chose que j'avais sous-estimé à l'époque", constate le pianiste, également très attaché à la création comme en témoigne une pièce récente commandée au compositeur Bruno Mantovani.
Régulièrement programmé en récitals à l'étranger, Jean-Efflam Bavouzet évoque finalement son plaisir à donner des concerts en Asie : "Quand on joue en Chine, au Japon ou en Corée, l’enthousiasme du public est extraordinaire", remarque-t-il avant d’ajouter : "Les plus belles salles du monde se construisent en Chine par douzaines, actuellement. C'est surprenant de voir que cet intérêt exceptionnel pour la musique classique vient peut-être maintenant plus d'Asie que d'autres parties du monde ", conclut-il.
Après la Roque-d'Anthéron, Jean-Efflam Bavouzet se produira le 22 novembre avec l'Orchestre philharmonique de Marseille ainsi qu’à Paris le 24 avril 2027 pour un récital Salle Gaveau.
Récompensée l'an dernier aux Victoires de la Musique Classique dans la catégorie "Soliste instrumentale", la gambiste Lucile Boulanger est sur la route des festivals tout l'été et se produit ce mardi au Festival du Périgord Noir, en duo avec le théorbiste Gabriel Rignol. Elle est également la fondatrice de l'ensemble le Consort des Lucioles, avec lequel elle sortira un nouveau disque à la rentrée dédié au compositeur anglais baroque Christopher Simpson, et intitulé The seasons, the monthes & other divisions of time - II (Alpha Classics).
Pour la gambiste, qui est souvent amenée à se produire seule dans le format du récital, la musique au sein d'ensembles reste essentielle : "J'aime faire du solo, explique-t-elle, mais il y a quelque chose qui finirait par se tarir et par tourner en rond si je ne jouais jamais avec d'autres musiciens. J'apprends beaucoup et cela continue de me faire avancer. C'est même l'une des choses qui maintiennent mon intérêt pour la viole de gambe ", confie-t-elle.
Longtemps considéré comme un instrument de musée austère, la viole de gambe est aujourd'hui mise en lumière et attire de plus en plus de public grâce à davantage de concerts, de représentations mais aussi des collaborations et un travail de commandes d'oeuvres pour nourrir le répertoire contemporain de l'instrument. Un travail initié par des musiciennes et musiciens comme Marianne Muller, et qui montre que la viole de gambe est un instrument bien vivant : "Il y a encore quelques années, un récital de viole avait du mal à convaincre. Cela faisait très peur aux programmateurs parce qu'ils n'étaient pas certains de pouvoir ramener du public", raconte Lucile Boulanger. Aujourd’hui, nous prouvons que c'est possible et que la viole de gambe touche les gens", se réjouit-elle.
En parallèle et depuis un an, Lucile Boulanger est professeure au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où elle encourage ses élèves à s’affranchir du seul répertoire ancien : " Les jeunes violistes n'ont pas toujours l'habitude de jouer de la musique contemporaine alors qu'ils sont habitués à aller au-delà du texte lorsqu’ils font de la musique ancienne", observe-t-elle. La pédagogue fait en effet référence à la pièce Ay luna que reluzes du compositeur Clément Pauvert, interprétée par ses élèves durant le Festival international de la viole de gambe : " Avec ce langage contemporain, cela a été plus difficile pour eux, ils ont été assez déstabilisés", raconte-t-elle.
Actuellement, un important travail est mené par des musicologues pour faire redécouvrir les musiciennes et compositrices de musique ancienne. Assez présentes sur le devant de la scène à l’époque, elles n’ont pas été répertoriées et n’apparaissent pas sur les registres musicaux : "Pour les personnes qui travaillent sur le sujet comme la violoniste Sophie de Bardonnèche, ce ne sont pas forcément des découvertes. Finalement, ce sont des femmes qui ont toujours été connues ; certaines ont même dirigé des opéras. Leur place n'était pas cachée", explique-t-elle. Par conséquence, pour le festival « Musiques en Écrins » le 13 août prochain, la gambiste et son ensemble ont décidé de rendre hommage à toutes ces artistes méconnues en proposant un programme de compositions entièrement féminines.
Lucile Boulanger sera le 4 août au Festival du Périgord Noir, le 6 août au Festival Midis-Minimes à Bruxelles et le 13 août Musiques en Écrins à Vallouise-Pelvoux.
Michèle Pierre et Paul Colomb se sont rencontrés sur les bancs de la Haute École de Musique de Lausanne. Tous deux formés au classique et au jazz, ce sont leurs ressemblances qui les poussent à jouer ensemble : "On avait fait d'autres musiques dans notre enfance", explique Michèle Pierre, "des musiques jazz, improvisées, mais aussi du rock, plein de groupes divers et variés. En discutant, on s'est rendu compte qu'on se ressemblait pas mal... Nous nous sommes mis à improviser ensemble, à jouer des standards, et c'est comme cela que tout a commencé."
La collaboration musicale des deux violoncellistes est nourrie par une complicité particulière depuis seize ans : "On grandit ensemble, notre langage évolue en permanence, affirme Michèle Pierre. La communication est la clé, d'autant que nous composons tout ensemble. On se retrouve dans un studio et on improvise, ou alors on échange des idées... Notre duo musical se nourrit donc beaucoup du temps passé ensemble", analyse Paul Colomb. Le temps de travail et de création, mais pas seulement : "On écoute aussi beaucoup de musique ensemble, en soirée ou aux concerts", confie-t-il.
Les deux albums du duo Brady témoignent de l'évolution de leur langage musical. Si le premier était né d'un travail largement fondé sur l'improvisation, La Vie d'après, leur deuxième opus paru sur le label Le Ponton des Arts et primé par Jazz Migration 2025, marque une nouvelle étape : "On l'a écrit ensemble, mais sur partition et avec des effets électroniques, précise Michèle Pierre. C'est un projet qui est né à la fin de la période du Covid, un moment où l'on s'est beaucoup questionné sur le futur, où il y avait beaucoup d'inconnu. On a déposé dans cet album certaines inquiétudes, c'est presque une fable écologique, mais il y a aussi beaucoup de morceaux très joyeux qui rendent hommage à la fête et à la danse."
Faire du jazz à côté du classique est une pratique assez singulière. En effet, il est rare d'étudier simultanément ces deux disciplines au conservatoire. Est-ce une limite du monde académique ? "Je suis très heureuse d'avoir fait les deux en parallèle, défend Michèle Pierre, car ces pratiques musicales sont extrêmement complémentaires. Étonnamment, l'improvisation m'a apporté beaucoup de technique de violoncelle. Par exemple, pour régler une difficulté, au lieu de s'acharner sur un démanché qui ne passe pas ou des notes très rapides, pouvoir improviser autour est un outil extraordinaire, en plus d'être une grande joie. Et vice-versa : la connaissance du répertoire et des époques, la technique que l'on apprend en conservatoire permettent de se sentir libre en improvisant", développe la musicienne.
"Notre duo interroge beaucoup", confie Michèle Pierre. En effet, la formation du duo de violoncelles n'est pas fréquente dans le paysage du monde classique, même si quelques pièces existent au répertoire, "comme les duos de Jean-Baptiste Barrière ou d'Offenbach", souligne la violoncelliste. Pour créer leur propre duo, les deux violoncellistes ont donc dû innover et créer leur propre style : "On a vraiment voulu garder ce jeu classique que l'on adore et que l'on a appris dans les conservatoires avec le travail du timbre, du son, du vibrato", raconte Paul Colomb. "D'un autre côté, on est allé chercher tout un tas de façons de jouer du violoncelle auxquelles nous n'étions pas habitués et que l'on ne trouve pas dans le répertoire, un peu comme un laboratoire avec nos deux instruments. C'est notamment le cas lorsque l'on va chercher à imiter de la musique électronique, de la techno : on a passé un bon moment à trouver les paramétrages pour faire sonner le violoncelle comme on le souhaitait. Par exemple, on a trouvé un endroit dans le dos du violoncelle pour imiter une grosse caisse, un kick. Ces expériences sont une source acoustique hyper intéressante."
Le violoncelle, un instrument techno ? "Oui, le violoncelle peut tout faire ! Le thème, la basse, les aigus, les graves...", énumère Michèle Pierre. "On s'est amusé à imiter des sons qui nous plaisaient, et qui font partie des musiques que l'on écoute régulièrement, comme les musiques électroniques, la techno. Ce que l'on aime, c'est utiliser notre violoncelle comme un instrument pour pouvoir jouer nous aussi ces musiques !"
Musicienne dans l'âme et dévouée à son instrument, Hélène Escriva est euphoniumiste. L'euphonium est un instrument récent, méconnu du grand public et qui appartient à la famille des cuivres. "Un très bel instrument", déclare-t-elle, qui se compose d'un large pavillon et de quatre pistons, et qu'elle décrit comme "une espèce de grosse trompette, ou un mini tuba" au timbre chaleureux et profond. Soliste, chambriste et professeure, Hélène Escriva développe aujourd’hui une carrière multiple, qu'elle a récemment étoffée en se tournant vers la création d'un spectacle où elle est seule en scène avec ses deux instruments, l'euphonium et la trompette basse.
Hélène Escriva revient sur sa découverte de la musique : "J'ai commencé la musique avec ma famille, puisque toute ma famille est musicienne. Je les accompagnais aux répétitions", explique-t-elle avant d'évoquer la rencontre avec son instrument : "A l'orchestre d'harmonie, j'ai découvert les instruments graves et la fonction de basse dans un groupe, les fondations, et ça a été le coup de foudre", dit-elle, chérissant immédiatement dans l'euphonium l'équilibre qu'il offre entre ses "vociférations dans l'orchestre" et "des moments extrêmement lyriques et chantés" qui la bouleversent. Elle commence alors à pratiquer cet instrument dans l’école de musique de sa ville avant de poursuivre ses études au Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse puis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Au cours de son parcours, Hélène Escriva élargit aussi sa pratique instrumentale en apprenant à jouer de la trompette basse.
Pour l'artiste, le collectif occupe une place majeure, non seulement dans la pratique musicale mais aussi dans le processus de création : "À la fin de mes études à Paris, j'avais besoin de retrouver une énergie de groupe. J'avais besoin de vivre des étapes de création partagées, car on apprend beaucoup des autres." Un travail en groupe qui la mène sur des pièces davantage scénographiées, comme l’opéra Décaméron de Matteo Franceschini ou les spectacles théâtraux ROOM et MO’s, créés par James Thierrée :"Ce fut pour moi une révélation absolue, celle de mon corps : ce corps qui bouge et produit du jeu scénique", raconte-t-elle.
Avec son nouveau spectacle solo Musas, Hélène Escriva offre un récital augmenté d'une heure consacré aux figures féminines qui l’inspirent : "Créer une pièce comme Musas, c'était repenser tous mes imaginaires et rassembler ce que j'aime sous toutes ses formes", explique-t-elle. L’esthétique et la dimension visuelle à travers les décors, les costumes et la mise en scène sont au cœur de ce projet qui donne à entendre mais aussi à voir la beauté de son instrument : "L’idée m'est venue d'un besoin de repenser le récital, dont la forme est à la base très classique. J'avais envie d'y intégrer une troisième dimension, avec quelque chose à voir", précise-t-elle, avant de confier qu'elle aimerait, à l'avenir, travailler avec des chorégraphes et faire une place à sa propre voix - parlée et chantée - sur scène.
Hélène Escriva présentera Musas, le 12 novembre à Lyon, à la chapelle de la Trinité, puis les 12 et 13 décembre à la Philharmonie de Paris. Elle sera aussi au festival Les Musicales de Normandie le 29 août, en duo avec Vassilena Serafimova au marimba.
La chanteuse Pauline Croze fête les 20 ans de son premier album sorti en 2005, un enregistrement qui lui avait alors valu un disque d'or et deux nominations aux Victoires de la Musique 2006. C'est avec nostalgie et tendresse qu'elle regarde cette jeune version d'elle-même, et constate le chemin parcouru depuis : "J'avoue que je ne réécoute pas ce que j'ai fait, parce que c'est déjà en moi. En réalité, cela peut me donner un peu le cafard parce que cette période était à la fois extraordinaire et difficile, tout est arrivé très vite. Ce qui reste, toutefois, c'est la sincérité et l'authenticité, consent-elle, même si je pense que je ne suis plus forcément la même personne aujourd'hui".
Au fil des années, l'autrice-interprète a développé un univers intimiste et poétique, où texte et musique doivent refléter de manière authentique ses sentiments et états d'âme. Comme un artisanat, elle taille ses chansons avec précaution, car c'est "quelque chose que l'on doit pouvoir emporter avec soi, comme un petit objet", analyse-t-elle. "C'est un art de la concision : il faut savoir raconter mais pas trop à la fois, parce qu'il faut que cela reste digeste, et le curseur n'est pas évident à replacer", explique-t-elle. Dans le processus de composition, il y a toute une organisation pour que l'alchimie opère : "Je commence en général par le support musical, que ce soit à la guitare ou au chant. Le texte, je le cherche après. Mais il y a parfois des chansons pour lesquelles le texte et la mélodie viennent en même temps, et parfois j'ai le texte en premier..." avoue-t-elle avant de préciser : "Il est quand même plus dur pour moi de trouver une musique à partir du texte, parce que le texte a sa propre musicalité, et je ne parviens pas toujours à l'articuler avec une mélodie." Son étape favorite ? "C'est le moment où l'on se dit qu'il se passe quelque chose, que l'on tient quelque chose !, sourit-elle. C'est très excitant."
"Quand on délivre quelque chose aux gens, il faut qu'il y ait du vécu dedans, du ressenti. Il faut essayer d'être au plus proche de ce que l'on vit, de ce que l'on a envie de raconter", déclare Pauline Croze. La musicienne s'est toujours promis de rester authentique, raison pour laquelle elle a créé son propre label en 2017. Filma Musica lui permet en effet de garder "une forme d'indépendance et de pouvoir prendre le temps d'écrire mes chansons pour trouver ce que je veux dire." Un choix de vie qui peut être "coûteux", reconnaît-elle, mais qu'elle ne regrette pas au regard de l'industrie musicale : "Ce n'est pas l'univers où je me sens le plus à l'aise, étant quelqu'un de réservée. On vous exhorte à vous montrer, à vous exprimer... Et même si je veux bien prendre ma place, je ne veux pas le faire à n'importe quelles conditions. Aujourd'hui, j'ai réussi à trouver une façon de naviguer entre mon côté privé et ma participation à cette industrie", explique la chanteuse.
Cette année, Pauline Croze a présenté une réédition anniversaire de son tout premier disque, avec des reprises de ses chansons par d'autres artistes. En 2027 sortira un nouvel album, actuellement en cours de préparation. "J'ai été très influencée par Sade pour cet album, dans les couleurs et le chant. On retrouve aussi un peu de Cocteau Twins, du Nick Drake, du Daft Punk... Au niveau des textes, j'ai évolué vers un univers entre Bashung et Laurent Voulzy", détaille-t-elle. "Je suis fière de cet album, j'ai hâte qu'il soit délivré au monde et surtout que les concerts arrivent pour retrouver la scène, parce qu'elle me manque énormément", confie-t-elle enfin.
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