L'invité(e) du jour

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L'invité(e) du jour episodes

  • La chanteuse Célia Kameni : "J'ai eu besoin de sortir des costumes et des masques pour me trouver"

    Lauréate des Victoires du jazz l'année dernière dans la catégorie artiste vocale, Célia Kameni attaque cette rentrée sur les chapeaux de roues. Ce samedi 29 août, elle foulera la scène du Parc Floral de Vincennes pour présenter au public son premier album solo avec son groupe : "C'est un peu "mon" concert de rentrée...", s'enthousiasme-t-elle. La chanteuse, désormais autrice-compositrice, mesure le chemin parcouru depuis ses débuts sur scène avec l'Amazing Keystone Big Band.

    L'envol d'une grande

    Célia Kameni est sortie diplômée du Conservatoire de Lyon en musique classique et en jazz en 2015. Mais elle ne se destinait pas à une carrière musicale : "J'ai commencé le jazz sur le tard. En fait, j'avais arrêté la musique après la classe Cham, donc autour de 14-15 ans. Je n'étais donc absolument pas dans l'optique de devenir musicienne", affirme la chanteuse. "J'avais plein d'idées, juriste, commissaire priseur... J'ai même fait des études de droit ! Puis un jour, je me suis demandée comment est-ce que je pouvais revenir à la musique et faire un style musical qui me parle, dont les influences sont peut-être plus proches de ce que j'écoute vraiment dans ma chambre. C'est le jazz que j'ai choisi de faire, mais je n'y connaissais pas grand-chose, à vrai dire, au moment où j'y suis allée", nous confie celle qui devient très vite l'étoile montante de la scène jazz hexagonale.

    A 19 ans seulement, elle fait son entrée dans le monde des grands en tant que chanteuse soliste du fameux Amazing Keystone Big Band, prenant ainsi la relève de la vocaliste franco-américaine Cecile McLorin-Salvant : "Je pense que ça a été une espèce de révélation vocale et artistique que d'avoir la chance de prendre la suite de Cécile, que j'admirais absolument." A cette occasion, elle enregistre avec l'ensemble de jazz deux albums-hommage à Ella Fitzgerald, dont le dernier "We Love Ella" qui est couronné d'une Victoire du jazz en 2018. S'ensuit une série d'albums et de collaborations, où la vocaliste explore un panel musical très large en y apportant sa sensibilité propre, de Yael Naïm au pianiste Alflo Origlio, en passant par Nu Genea.

    L'émancipation par la création

    Le 28 février 2027, Célia Kameni endossera le costume de Billie Holiday sur la scène de la Philharmonie pour sa création intitulée Elianora, le vrai prénom de celle qui se faisait appeler Lady Day. Elle raconte : "Lorsque l'on est artiste comme Billie Holiday, on est exposé et on devient alors une personnalité tellement énorme que ça dépasse la personne. C'est cela qui m'a interpellée, c'est par ce billet-là que j'ai eu envie de construire un spectacle autour de la personne de Billie Holiday, justement, derrière l'icône." Ce concert sera également un spectacle. Pourquoi avoir choisi d'intégrer la danse au projet ? :"J'ai choisi de travailler avec la danseuse Cassandre Mounios. Son idée de fabriquer des masques pendant son propre spectacle, inspirée d'un livre de Franz Fanon "Peau noire, masque blanc", m'a beaucoup plu et s'est tout de suite connectée avec l'idée que j'avais pour la création autour de Billie Holiday."

    La vocaliste de jazz s'affirme ainsi comme compositrice, depuis son premier EP "Méduse" sorti chez Naïve en 2025 et qui sera prolongé par une nouvelle création intitulée Gorgones à partir de 2027. Un projet né d'un besoin d'émancipation : "J'ai fait beaucoup de styles musicaux différents, et j'avais envie de trouver ma voix. J'ai eu besoin de sortir des costumes d'Ella Fitzgerald, des catégories cloisonnées. Ce projet solo Méduse, c'est quelque chose qui travaillait dans ma tête depuis longtemps, qui restait un peu enfoui." L'expérience d'introspection du confinement est un véritable déclic pour la chanteuse-compositrice : "A ce moment-là, tout s'est arrêté et je me suis rendu compte que je me mettais beaucoup de pression avec cette idée de faire enfin un projet solo. Je me suis dit qu'au final, je n'étais pas obligée, que ce n'était pas grave si je le ne faisais jamais : si ça n'arrive pas, je serais encore vivante. Et je crois que c'est ça qui a fait redescendre la pression. Juste après, j'ai commencé à travailler sur mes chansons, mais il a fallu que je passe par cette étape décisive."

    Actualités de Célia Kameni

    • Son premier EP Méduse est paru en 2025
    • Création Eleanora, autour de Billie Holiday, le 28 février 2027 à la Philharmonie de Paris
    • Nouvelle création Gorgones, avec quatuor à cordes, guitare et chœurs le 10 mars 2027 au Centquatre à Paris puis en tournée : 31/3 Metz, l’Arsenal, 01/4 Malakoff, Scène Nationale
    • 28 min
    • Léo Margue : "Avec 2e2m, on continue à être des aventuriers"

      Léo Margue se présente ce matin avec une actualité bien riche, puisque nous pouvons le retrouver en tant que directeur artistique de l'ensemble 2e2m (études et expressions des modes musicaux) au Festival Ravel le 2 septembre, du 9 au 13 septembre au Festival Ensemble à Bagnolet, toujours avec 2e2m, puis au Festival Musica.

      Léo Margue rappelle la signification du nom de l'ensemble 2e2m : "études et exploration des modes musicaux, la formule est de 1972 mais je crois qu'elle est toujours d'époque puisqu'on continue à être des aventuriers."

      Avec l'Ensemble 2e2m, le chef d'orchestre remet au goût du jour des compositeurs moins connus et fait vivre la création. Le dernier album de l'ensemble, Désobéissance, est notamment consacré au compositeur roumain Aurel Stroë, "réfugié en France après avoir fui la dictature de son pays", explique le maestro. "C’était un projet partagé avec le compositeur Bernard Cavanna, la violoniste Noémie Schindler en soliste et l’ensemble 2e2m. Aurel Stroë a d'ailleurs été hébergé en France par Bernard Cavanna. Il a été assez joué à une époque et puis ensuite un peu moins, donc c’était une manière de rendre hommage à ce compositeur qui a vraiment de très, très grandes qualités. On le sent dans l’orchestration et dans ses inspirations roumaines aussi", s'enthousiasme Léo Margue.

      Le Festival Ravel

      L'ensemble 2e2m et son directeur artistique seront présents au Festival Ravel le 2 septembre prochain. À l'occasion de cette édition 2026 aux couleurs de l'Espagne, l'ensemble rejoint le festival pour un ciné-concert autour du cinéma de Luis Buñuel et des musiques de Martin Matalon, et en particulier, les films "Terre sans pain" et "Un chien Andalou". La musique sublime l'oeuvre et l'univers du cinéaste, souligne Léo Margue : "On est quand même dans un cinéma qui est provocateur et transgressif, et la musique de Matalon vient nourrir cet aller-retour entre réalité et rêve. Dans l'orchestration", détaille le chef d'orchestre,"il utilise l'électronique qui est synchronisé à l'image. Mon rôle de chef d'orchestre est dans ce cas de synchroniser le tout. Ce qui est intéressant," ajoute-t-il, "c'est que l'on retrouve des sonorités instrumentales dans l'électronique, mais qui sont retravaillées par le compositeur."

      L'Ensemble LIKΣN

      L'Ensemble de musique contemporaine et improvisée LIKΣN a été cofondé par Léo Margue et Timothée Quost en 2015. En octobre prochain sortira La Toute Multiple, un nouveau disque que l'ensemble a pensé "comme une expérience immersive. En plus de la composition, on a incorporé des montages sonores", explique Léo Margue. "On aime beaucoup réaliser un ensemble qui plonge l'auditeur dans une écoute longue et dans une sorte de documentaire sonore, où les scènes de vie sont incorporées à la composition. Nous nous sommes servis d'enregistrements réalisés au Phare à Lucioles, où nous avons enregistré l'album." La post-production de l'album a été un défi pour l'ensemble : "On a passé beaucoup de temps, toute l'année 2026, à réaliser ces montages. Mais cela fait partie de notre démarche de faire tout ensemble à LIKΣN", sourit-il.

      Léo Margue dissocie la manière de travailler entre LIKΣN de celle de 2e2m : « Chaque ensemble est différent. Le travail réalisé avec LIKΣN se rapproche plus de celui d’un groupe, et c'est d'ailleurs ce que l'on souhaite montrer sur scène, c’est-à-dire vraiment un groupe avec les mêmes musiciens, qui ont l’habitude de travailler des heures ensemble et qui se connaissent par cœur", insiste le chef de la formation."Là où, à 2e2m, on se doit de jouer la musique de tous les compositeurs et compositrices de notre temps, à LIKΣN, il y a vraiment quelque chose de focalisé sur le travail de Timothée Quost par exemple."

      Actualités de Léo Margue :

      • Le 2 septembre : Ciné-concert avec l'Ensemble 2e2m au Festival Ravel
      • Du 09 au 13 septembre : 7e édition “Festival Ensemble(s)” au Théâtre de l'Echangeur (Bagnolet) avec l'Ensemble 2e2m
      • Le 19 septembre : Festival Musica - avec l'Ensemble 2e2m à a Salle de la Bourse, Strasbourg
      • Octobre : Sortie du nouvel album de LIKΣN : “La Toute Multiple”
      • 29 min
      • Agathe Peyrat et Pierre Cussac : "On s'est rendu compte qu'on avait en commun ce goût des grands écarts musicaux"

        Agathe Peyrat est soprano et joueuse de ukulélé. Pierre Cussac est, quant à lui, accordéoniste et chanteur. Ensemble, ils sortent le 11 septembre un album intitulé Je Chante la Nuit sous le label Alpha Classics, autour du fil rouge thématique de la nuit et du soir. Le duo y propose un répertoire éclectique allant de la musique classique ; de Mozart à Camille Saint-Saëns en passant par Debussy, a des reprises du XXème siècle comme Le Soleil et la Lune de Charles Trenet.

        Une association peu commune

        Agathe Peyrat et Pierre Cussac se sont rencontrés sur une adaptation de La Flûte Enchantée, il y a 10 ans. Ils se recroisent quelques années plus tard, avant le Covid, lors de l’enregistrement de l’album Le Code la Route, hommage à Boris Vian avec les Lunaisiens et Arnaud Marzorati. C’est à ce moment-là que l’idée d’un possible duo commence à prendre forme : " On s'est rendu compte qu'on avait ce goût en commun des grands écarts musicaux ", explique Agathe Peyrat.

        S’affranchissant des barrières entre les genres, l’association de l’accordéon, de la voix et du ukulélé s’est faite tout naturellement pour le duo : "C'était nos personnalités qui comptaient mais également les instruments qui se complètent très bien", raconte Pierre Cussac, "ce ne sont pas les mêmes manières de faire le son. L'accordéon peut vraiment tenir les sons, faire du liant tandis que le ukulélé a un côté beaucoup plus rythmique et percussif." Pour travailler sur les arrangements, le duo raconte qu'ils ont systématiquement fait une première lecture ensemble : "On essaye, on déchiffre. Il peut y avoir une petite part d'improvisation ou alors des idées qui vont venir. C’est Pierre qui écrit les partitions. Quant à moi, je peux donner des idées," confie Agathe Peyrat.

        Des voies musicales variées

        En revenant sur leur parcours, on comprend que les deux musiciens aiment explorer des voies musicales variées. Après avoir étudié pendant dix ans à la Maîtrise de Radio France le chant lyrique, Agathe Peyrat raconte notamment comment elle a découvert le ukulélé par hasard pour s’accompagner : " C’est très différent de chanter avec un ukulélé. Je pense que je préfère quand même chanter sans instrument, car je me sens plus libre, mais j’ai beaucoup de plaisir à en jouer. Et puis, ça m’a permis de faire de belles choses dans ce duo", confie-t-elle.

        De son côté, Pierre Cussac revient sur ses débuts à l’accordéon : "J’ai commencé l’accordéon à l’âge de 5 ans dans le Cantal. C’est un peu un hasard que je fasse de la musique à la base, mais pas forcément de l’accordéon. Dans le Cantal, il y a quand même une tradition de l’accordéon assez poussée." Il poursuit ensuite ses études au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, avant de s’essayer au bandonéon. Dans le duo et pour ce nouvel album, c'est également la posture de chanteur qu'il défend.

        En dehors de leur duo, les deux artistes mènent des projets hétéroclites. En parallèle de ses rôles en solo, Agathe Peyrat aime continuer sa pratique au sein des chœurs : "Cela apprend plein de choses sur l'écoute et forcément, sur le travail en communauté. Cela reste très important pour moi." Elle sera d'ailleurs du 9 au 12 septembre avec l'ensemble Pygmalion dans Zaide ou le chemin de lumière, d'après Mozart au Lycée Carnot à Paris. Quant à Pierre, il sera dans le spectacle musical adressé à un jeune public Le Voyage de Wolfgang pour voix, accordéon et viole de gambe, le 3 octobre à Gruissan : "L'accordéon est un instrument polyphonique avec plein de registres différents qui a quand même vocation à être un porteur de musique. Cela a toujours été le cas depuis qu'il a été inventé et puis pourquoi pas pour Mozart finalement ? Cela marche plutôt bien, je pense."

        Actualités d'Agathe Peyrat et Pierre Cussac :

        • Le nouvel album d'Agathe Peyrat et Pierre Cussac, "Je chante la nuit", paraîtra le 11 septembre chez Alpha Classic
        • 06/10 Festival Baroque de Pontoise, Théâtre de l’Usine, Eragny (95)
        • 09/10 La cidrerie, Beuzeville (27)
        • 13/10 L’envers du Bocal, Poitiers (86)
        • 15/11 Salle du Patio, Ploulec’h (22)
        • 19/11 Concert de sortie de l'album au Zèbre de Belleville (75)
        • 22/11 Auditorium des Maisonnettes, Gargenville (78)
        • 28 min
        • William Shelton : "La musique de Bach est vraiment centrale pour la voix de contre-ténor"

          À l'affiche de plusieurs festivals cet été avec son programme de disque Une vénitienne à Paris, William Shelton se prépare à une saison riche, entre le répertoire de Bach qu'il connaît bien, un grand office de vêpres avec l'Ensemble Pygmalion et plusieurs prises de rôles à l'Opéra (Le Retour d'Ulysse et Le Couronnement de Poppée de Monterverdi).

          Antonia Bembo, l'exil d'une vénitienne

          En découvrant la biographie d'Antonia Bembo par Claire Fontijn, le contre-ténor de 32 ans sait qu'il est face à la matière de son premier projet de disque en solo. "J'ai été absolument abasourdi par son histoire de vie, une vie extraordinaire et vraiment singulière pour l'époque", raconte-t-il, à propos de cette femme divorcée, qui a quitté Venise et s'est installée à Paris sous la protection de Louis XIV. "C'était le matériau idéal pour en faire un disque et la mettre à l'honneur." William Shelton a transcrit pour sa voix de contre-ténor les partitions d'Antonia Bembo écrites pour soprano, et complété le programme avec des compositeurs et compositrices affiliés, comme son professeur Francesco Cavalli et une autre de ses élèves, Barbara Strozzi.

          Sur la dernière plage du disque, William Shelton se permet un pas de côté inattendu : il interprète un passage de beat box sur Elegia a Venezia de la compositrice Marina Valmaggi, une pièce de 1970. "J'ai découvert le beat box en regardant une audition de la Star Academy, détaille William Shelton, j'ai trouvé ça extraordinaire mais je ne m'en sentais pas capable. Il y a 2 ou 3 ans, j'ai pris mon courage à deux mains et je m'y suis mis. J'ai demandé l'autorisation à la compositrice elle-même, elle a écouté le disque et m'a dit que c'était super".

          Bach, comme une évidence

          Souvent présenté comme un interprète reconnu de Bach, William Shelton a été lauréat de la World Bach Competition en 2020. Un compositeur qui permet aux voix de contre-ténor de s'épanouir facilement. "Au niveau de la tessiture, sa musique est vraiment centrale dans ma voix, je n'ai donc pas forcément besoin de beaucoup travailler techniquement, parce que c'est vraiment dans ma zone de couleur, vocalement, explique-t-il. Pour moi c'est une évidence, la musique de Bach, c'est à chaque fois un bonheur de le chanter."

          William Shelton chantera le Magnificat de Bach avec le Chœur Accentus et Laurence Equilbey à la Halle au Grain de Toulouse le 8 décembre, à la Seine Musicale les 12 et 13 décembre, à l'Arsenal de Metz le 16 décembre. "J'ai très hâte de rencontrer Laurence Equilbey, ce sera la première fois, s'enthousiasme-t-il. Pour le contre-ténor, il y a de magnifiques choses dans le 'Magnificat'. Le duo « Et misericordia » bien sûr, « Esurientes », l'air qui comporte des vocalises à n'en pas finir, et le « Suscepit Israel » aussi, le trio absolument extraordinaire."

          Actualités de William Shelton

          • William Shelton présente le programme "Une Vénitienne à Paris" le vendredi 21 août au Festival de Sablé-sur-Sarthe, en trio avec Léo Brunet (guitare, luth, théorbe) et Alice Trocellier (viole de gambe).
          • Le disque "Une vénitienne à Paris" est paru en 2025 sur le label Oktav Records.
          • William Shelton chantera dans le Magnificat de Bach avec le Chœur Accentus et Laurence Equilbey à la Halle au Grain de Toulouse le 8 décembre, à la Seine Musicale les 12 et 13 décembre, à l'Arsenal de Metz le 16 décembre.
          • William Shelton sera Ottone dans Le Couronnement de Poppée de Monteverdi au Capitole de Toulouse du 19 au 26 mai.
          • 28 min
          • Anna Besson : "Ce sont les flûtes irlandaises qui m'ont amenée vers la musique ancienne"

            En concert hier aux Musicales de Normandie, Anna Besson a fait spécialement l'aller-retour depuis la Seine-Maritime, où elle joue à nouveau ce soir en duo avec la harpiste Clara Izambert, dans un programme entre musique du XIXe siècle et airs traditionnels irlandais. Selon les répertoires, la flûtiste change d'instrument, afin de coller au mieux à l'époque : traverso, flûte en bois ou en métal. Un amour des instruments anciens qui lui vient de l'enfance : "J'ai commencé par la flûte moderne à sept ans, qui est le parcours un peu classique quand on commence un instrument en France, raconte-t-elle. Et puis très tôt, j'ai été prise dans les mailles de la musique irlandaise. Je me suis mise à jouer de la flûte irlandaise vers 10 ou 12 ans, puis à prendre des cours avec des irlandais par rapport à l'ornementation et à apprendre les morceaux à l'oreille, dès mes 13 ans. Ce sont ces flûtes-là qui m'ont amenée vers la musique ancienne et vers les flûtes en bois en général".

            La flûte de Mozart

            Pour son nouvel album, Anna Besson revient à Mozart, un compositeur à qui elle avait déjà consacré son dernier disque de Concertos pour flûte. Cette fois, c'est la formation assez méconnue du quatuor pour flûte et cordes qu'elle a choisi d'explorer : "Dans les années 1770-1780, la flûte est très à la mode, explique-t-elle. C'est l'instrument par excellence des amateurs, tout le monde joue de la flûte ou presque. Il y a des princes électeurs qui jouent de la flûte, ou encore le roi Frédéric II de Prusse. Il y a pas mal de quatuors pour flûte qui sont composés, mais on ne connaît pas beaucoup les compositeurs, qui ont été oubliés. Ce qui reste évidemment, ce sont ceux de Mozart".

            Anna et Reinoud

            Ce nouveau disque est réalisé avec des musiciens de son ensemble A Nocte Temporis, dont elle est co-directrice avec son mari Reinoud Van Mechelen, qui est contre-ténor et chef d'orchestre. Une formation qui fête ses 10 ans cette année : "On a créé l'ensemble à deux, l'idée de départ était de se voir tout simplement, sourit Anna Besson. On s'était rencontrés sur une production, mais on avait chacun nos projets et on ne se voyait jamais. On a donc beaucoup de musique de chambre ensemble, puis on a ouvert l'ensemble, et on s'est retrouvés à une vingtaine de musiciens. L'ensemble marche extrêmement bien, je me dis que dans ce monde qui vacille, on a énormément de chance".

            La musicienne développe ainsi de plus en plus de projets solistes avec son ensemble, comme avec ses deux précédents albums de Sonates pour flûte de Corelli & Quentin en 2024 et de Concertos pour flûte de Mozart l'année dernière. "On a aussi décidé d'ouvrir une branche plus autour de moi, raconte-t-elle. Je ne suis pas fan d'être devant un énorme ensemble, donc c'est plutôt en musique de chambre".

            Par monts et par vaux

            Loin de se contenter d'un seul projet, Anna Besson est aussi une membre fondatrice du quatuor Nevermind, avec le claveciniste Jean Rondeau, le violoniste Louis Créa'ch et le gambiste Robin Pharo. Les musiciens ont beau avoir développé leurs carrières en tant que solistes, ils continuent de se réunir régulièrement, comme autour d'un album d'arrangement des Variations Goldberg de Bach paru en 2025. "Beaucoup de gens me demandent si on se voit encore avec Nevermind, explique-t-elle. En fait, ça dépend vraiment des années, des agendas de chacun. Il y a pas mal d'ensembles, notamment des quatuors à cordes, qui ne changent jamais et qui peuvent se lasser. L'avantage de ne pas se voir tout le temps, c'est qu'on s'adore et qu'on continue de vouloir jouer ensemble".

            L'enseignement prend aussi une place grandissante dans la vie d'Anna Besson, qui est professeure de traverso depuis 2020 au Conservatoire royal de Bruxelles et à l'Amsterdam Conservatorium. "J'adore faire des concerts, mais c'est aussi très éphémère, reconnaît-elle. Alors que dans l'enseignement, il y a vraiment une évolution. Et c'est ça que je trouve très beau. Je me retrouve en larmes je pense à la fin de chaque master 2. C'est certainement aussi mon côté Maman, mais j'y vais à fond et je trouve ça extraordinaire".

            • Anna Besson sera en concert le 19 août aux Musicales de Normandie, le 20 août au Festival de Sablé-sur-Sarthe, le 24 août au Festival de La Chaise-Dieu, le 26 août aux Bozar de Bruxelles, le 27 août à Louvain.
            • Son nouvel album des Quatuors pour flûtes et cordes de Mozart est à paraître le 28 août chez Alpha Classics.
            • 29 min
            • Franck-Emmanuel Comte : "Ma vision de la musique baroque n'est pas du tout muséale"

              Claveciniste et chef d'orchestre, Franck-Emmanuel Comte a fondé il y a 35 ans Le Concert de l'Hostel Dieu, un ensemble qui ancre la musique baroque dans le XXIe siècle en explorant des formes de créations hybrides, avec le théâtre, la danse contemporaine, la musique électronique, le hip-hop, etc. Il évoque aujourd'hui ses projets en cours, reflet d'une grande curiosité et un goût pour le métissage des genres. "Ma vision de cette musique du XVIIIe siècle n'est pas du tout muséale", s'amuse le musicien.

              Vivaldi : l'étoile divine

              Parmi les nombreux projets de l'ensemble, le programme Divina Stella est conçu autour de la musique de Vivaldi. Franck-Emmanuel Comte explique le choix de son titre : "C'est une musique qui est absolument rhétorique, très imagée, qui utilise des métaphores telles que les tempêtes, les débordements de la nature. Elle présente toujours dans un premier temps une forme d'inquiétude musicale, et puis la "divina stella", l'étoile divine, arrive toujours. C'est la lumière qui montre le chemin et qui donne de la joie et de l'espérance." Un programme conçu sur mesure pour la mezzo-soprano Blandine de Sansal, avec notamment trois motets qui condensent l'art de Vivaldi sous forme d'"opéras miniatures".

              Les multiples visages d'Orlando

              Le Concert de l'Hostel-Dieu a fait paraître en avril dernier un nouveau disque, Furioso ; une traversée des représentations du personnage d'Orlando Furioso, ce personnage du poème d'Ariosto écrit au XVIe siècle et qui a inspiré de nombreux compositeurs. "On connaît bien sûr l'Orlando Furioso de Vivaldi, l'opéra Orlando de Haendel, mais aussi celui de Porpora, de Steffani, de l'allemand Fux, énumère Franck-Emmanuel Comte. L'idée était de dresser un portrait de Roland Furieux, en s'appuyant sur les talents de Xavier Sabata qui est un grand chanteur, mais aussi un acteur de premier plan qui montre tout l'excès et la folie de ce personnage théâtral".

              Incarner la musique baroque sur scène

              Franck-Emmanuel Comte imagine toujours ses programmes comme des spectacles racontant une histoire : "Lorsqu'on s'éloigne des formes pensées par les compositeurs, lorsqu'on reconstruit, il faut trouver une pertinence, une logique et surtout un intérêt pour le public.", affirme-t-il. Dans cette perspective, le musicien a beaucoup travaillé avec le théâtre et la danse : "Il faut, quand cela est possible, proposer un voyage, une mise en récit pour que l'auditeur ne décroche pas et reste en connexion avec la scène".

              Son nouveau projet, Locura, en collaboration avec Mourad Merzouki et la Compagnie Käfig, sera l'occasion de tenter de nouveaux métissages audacieux entre musique baroque et danse contemporaine. Une collaboration qui a abouti à la création de 4 spectacles : "J'ai toujours le souci de pouvoir incarner le baroque, de faire en sorte qu'il puisse respirer, rebondir, vivre dans toutes ses dimensions, raconte-t-il. Travailler avec les danseurs est donc assez naturel. Locura est un spectacle où les musiciens dansent, en complicité avec les danseurs, pour proposer un spectacle complètement décloisonné et noyer les frontières entre concert et ballet".

              Les actualités de Franck-Emmanuel Comte :

              • En concert le 19 août au Festival Musiques en Vivarais et le 20 août au Festival de Rocamadour avec le Concert de l'Hostel Dieu, programme "Divina Stella" autour de Vivaldi
              • Disque Furioso paru en avril dernier sur le label Aparté, avec le contre-ténor Xavier Sabata et le Concert de l'Hostel-Dieu
              • En novembre 2026 : tournée du spectacle Locura – nouveau projet co-créé avec Mourad Merzouki et la Compagnie Käfig dans la continuité du spectacle Folia.
              • 29 min
              • Philippe Mouratoglou : "Je me bats contre l'idée selon laquelle le répertoire pour guitare serait pauvre"

                Philippe Mouratoglou fera paraître très prochainement son nouvel album, Arcane 17, dont le titre est un clin d'œil à un texte poétique du même nom d'André Breton, écrit en 1944. "André Breton est un écrivain que j'ai beaucoup lu quand j'avais une vingtaine d'années, qui m'a beaucoup marqué comme le mouvement surréaliste, raconte le guitariste. "Arcane 17" est une carte du tarot : c'est l'Étoile qui symbolise l'élan vital et la créativité, c'est ce qui réunit pour moi les compositeurs de ce disque." Un disque en forme d'hommage aux compositeurs du XXe siècle qui ont écrit pour la guitare, de Manuel de Falla à Heitor Villa-Lobos, en passant par Franck Martin, mais aussi quelques compositions du musicien. Philippe Mourtatoglou explique : "J'essaye d'aller un peu à rebours de l'idée que je trouve encore trop répandue selon laquelle la guitare classique serait un instrument avec un répertoire assez pauvre et qui a attiré assez peu de grands compositeurs".

                Voyage au Japon

                Parmi les compositeurs célébrés sur le disque "Arcane 17", Philippe Mouratoglou évoque son attachement au travail du compositeur Tōru Takemitsu,"l'un des plus grands compositeurs japonais du XXème siècle, qui a écrit une œuvre foisonnante dont beaucoup de pièces pour la guitare."

                Le guitariste s'intéresse au style riche de Takemitsu : "Comme beaucoup de compositeurs non-européens, son style est vraiment marqué à la fois par l'influence de la musique européenne, qui est vue comme un idéal, et par l'influence des musiques traditionnelles de son pays", détaille-t-il.

                La rencontre de la mandoline et du violoncelle

                Philippe Mouratoglou se produit régulièrement en concert aux côtés du mandoliniste Julien Martineau, notamment dans un programme autour de Paganini :"Ce sont des œuvres originales pour mandoline et guitare, ce qui est assez surprenant quand on ne connaît pas bien la mandoline, ce qui était mon cas avant de jouer avec Julien, se remémore-t-il. Paganini a beaucoup écrit pour la guitare, il en jouait lui-même même en concert. Nous avons enregistré l'intégrale de l'œuvre pour mandoline et guitare de Paganini, qui tient en six minutes." Pour le guitariste, l'association des deux instruments est "d'une évidence totale : avec la mandoline, c'est parfaitement équilibré au niveau du volume sonore. Si la mandoline est vraiment dans le brillant et dans l'aigu, la guitare a ce son plus feutré : ça forme un instrument magnifique".

                Philippe Mouratoglou propose un autre programme de concert en duo, cette fois avec le violoncelliste Henri Demarquette. "Cela faisait très longtemps que je voulais faire un duo avec violoncelle, mais j'attendais de trouver la bonne personne, explique le guitariste. Je l'ai entendu jouer et j'ai vraiment adoré : j'ai su que c'était lui." Le duo a imaginé un programme autour de la musique sud-américaine, avec beaucoup de transcriptions, parmi lesquelles des œuvres de Piazzola, Villa-Lobos, Radamés Gnattali.

                • Philippe Mouratoglou fait paraître son nouvel album Arcane 17, le 28 août sur son label Vision Fugitive
                • Il sera en concert le 21 août aux Escales en Musique à Auxelles-Haut (Territoire de Belfort), en duo avec le mandoliniste Julien Martineau
                • Il sera également au Festival de la Chaise-Dieu (Haute-Loire) le 28 août, en duo avec le violoncelliste Henri Demarquette
                • 29 min
                • Geoffroy Jourdain : "Il ne faut pas regarder la musique ancienne comme un antiquaire"

                  Chef de chœur et directeur artistique de la compagnie des Cris de Paris depuis plus de 25 ans, Geoffroy Jourdain revient sur la genèse de son programme “Warum?,” avec lequel les Cris de Paris ouvriront le festival de la Chaise-Dieu le 18 août. Ce programme est né d’un désir de retourner vers un répertoire que le maestro fréquente depuis longtemps : celui du chant choral germanique, de Bach à Schoenberg, en passant par Brahms. “C’était aussi une manière de revenir aux fondamentaux, explique-t-il. Très souvent, dans le répertoire allemand, les pièces religieuses sont davantage mises en avant, alors qu’il existe un interstice au sein duquel beaucoup de poètes ont écrit des pièces métaphysiques.” Ainsi, le “Warum?”(“Pourquoi ?”) de Brahms permet de poser des questions qui “dépassent de très loin le discours qu'on a l'habitude d'entendre dans des pièces strictement religieuses”, poursuit-il.

                  Quand on n'a que l'amour

                  Après avoir abordé les chansons d'amours italiennes dans son dernier disque Strana armonia d'amore, Geoffroy Jourdain prépare un album sur l'amour français, intitulé French Kiss, à paraître en février prochain. Il y sera plus précisément question de chansons d’amours de la Renaissance Française : “Amour courtois ou grivois, mais aussi amour malheureux, dit-il. L’idée est de chanter tous les états amoureux avec les compositions de Clément Janequin ou Josquin des Prés”.

                  Geoffroy Jourdain s’intéresse notamment à cette période où “le XVIe siècle français commence à faire la distinction entre un langage poétique et un langage musical”, conférant au poème “une existence propre, capable de générer une forme musicale”, raconte-t-il. À la différence de l’Italie, qui, à la même période, voit naître “l’idée de théâtraliser les textes”.

                  La musique en mouvement

                  Cette fameuse musique italienne, Geoffroy Jourdain compte bien continuer de l'investir. Son prochain projet de spectacle, intitulé “Sù!”, se construit d’ailleurs autour de Monteverdi, qu'il tente d'approcher de manière très actuelle. “Il ne faut pas aborder la musique classique comme on aborde des antiquaires, raconte-t-il. Il faut se souvenir qu’à un moment donné, la musique ancienne a été la seule musique entendue. Comprendre cela est aussi une manière de se reconnecter à la musique de création”.

                  Il s'est ainsi entouré de Camille Boitel et de Sève Bernard de la Compagnie L’Immédiat, pour en faire un spectacle aux frontières de la danse et du théâtre. “Les instrumentistes, chanteurs et chanteuses vont jouer avec l’apesanteur dans ce répertoire de Monteverdi”, relate-t-il. Nous allons travailler sur la question du mouvement du corps des chanteurs et chanteuses.” Un spectacle que l'on pourra découvrir les 25 et 26 septembre au théâtre du Beauvaisis, avant une tournée à partir de novembre.

                  Le renouvellement et la diffusion du répertoire vocal tiennent particulièrement à cœur à Geoffroy Jourdain, qui a fondé le dispositif A.V.E.C (Ateliers Voix et Compositions) en 2021. “Je suis très attentif à la création, aux jeunes compositrices et compositeurs, précise-t-il. L'idée est de mettre en place un réseau de personnes qui souhaitent s'investir dans la création vocale”. Ce programme accompagne ainsi chaque année quatre jeunes compositrices et compositeurs, qui travaillent au plus près des chanteurs et chanteuses et bénéficient d'un enseignement “à la fois sur la physiologie, l'histoire ou l'analyse de la musique vocale", raconte-t-il.

                  • Le concert d'ouverture de La Chaise-Dieu, avec Geoffroy Jourdain et Les Cris de Paris, aura lieu le 18 août.****
                  • 29 min
                  • Hortense Fourrier et Rémi Carlon du Quatuor Elmire : "C'est le répertoire qui dicte notre emploi du temps"

                    Le Quatuor Elmire, du nom d'un personnage dans Tartuffe de Molière, soufflera ses dix bougies en 2027. Un anniversaire qui coïncide avec les 200 ans de la mort de leur compositeur fétiche : Beethoven. "Je n'ai pas fait exprès en fondant le quatuor en 2017, mais il se trouve que ça tombe bien", sourit Rémi Carlon le violoncelliste de l'ensemble. La formation a d'ailleurs sorti en novembre dernier un album consacré au compositeur, et plus précisément à ses trois Quatuors à cordes op.59 "Razumovzky", composés en 1806 alors que la surdité de Beethoven était grandissante. "C'est une période qui a été extrêmement difficile pour lui, de vivre avec ce handicap et surtout de l'accepter, raconte Rémi Carlon. Il pensait que ça allait être vraiment un frein à sa vie artistique, mais il a finalement décidé de le dépasser, d'où le titre de notre album « Beyond the Limits » (« Au-delà des limites »). On ressent cette pulsion de vie, ces quatuors sont très intenses, on ne ressort pas indemne d'un concert du triptyque, que ce soit physiquement ou psychiquement."

                    Le Quatuor Elmire présentera ces trois quatuors lors de deux soirées de concerts au Festival de quatuors du Luberon, les 22 et 23 août prochains, ainsi qu'une création mondiale de Rodolphe Bruneau-Boulmier. "On n'est pas spécialisés dans la musique contemporaine, mais ça nous arrive de faire des commandes, comme on avait fait il y a trois ans à la compositrice britannique Héloïse Werner", raconte Hortense Fourrier, l'altiste du quatuor. "On a déjà échangé avec lui par rapport à cette œuvre-là et on va se voir très prochainement, avec les instruments cette fois-ci", complète Rémi Carlon.

                    Une vie de quatuor

                    La vie d'un quatuor est loin d'être un long fleuve tranquille : Rémi Carlon est le seul membre de l'ensemble original de 2017. Aujourd'hui, le fonctionnement du quatuor est bien rodé. "On est passés par quelques systèmes, mais on va dire que le répertoire nous dicte notre emploi du temps", résume Rémi Carlon. Et cet agenda bien rempli laisse peu de place aux projets personnels : "On fait du quatuor à 95 ou 98% de notre temps ", affirme Hortense Fourrier.

                    À partir de la rentrée d'octobre, le Quatuor Elmire pose ses valises à la Villa et Bibliothèque Marmottan, pour une saison de concerts et de masterclass avec le Pôle supérieur de Paris Boulogne-Billancourt. "On n'a pas la prétention de leur apporter une expertise de 50 ans de carrière, mais je trouve que c'est aussi un moment intéressant de transmettre quand on est assez proche en âge", explique Hortense Fourrier. Une manière pour l'ensemble de transmettre les bons conseils obtenus par des quatuors plus expérimentés, en particulier le Quatuor Modigliani. "Ils ont été investis très tôt dans notre vie artistique, on a grandi avec eux et ils nous ont beaucoup aidés", raconte l'altiste. Les Elmire et Modigliani vont d'ailleurs s'associer au cours de l'année prochaine pour interpréter une intégrale des quatuors de Beethoven le 24 janvier à Rouen. "C'est un peu une consécration de pouvoir faire ces intégrales ensemble", s'enthousiasme Hortense Fourrier.

                    • Le Quatuor Elmire sera au Festival de quatuors du Luberon le samedi 22 et le dimanche 23 août
                    • 28 min
                    • Farnaz Modarresifar : "On ne parle pas très souvent du chemin des artistes exilé(e)s"

                      Née à Téhéran en 1989, Farnaz Modarresifar a intégré le Conservatoire national et la Faculté des beaux-arts de la ville. Elle y a appris à jouer du santûr dès l’âge de 6 ans, instrument historique en bois, traditionnel d’origine perse, puis s’est plus tard consacrée à la composition. C’est à l’âge de 22 ans qu’elle s’installe à Paris.

                      Toute juste revenue de sa résidence à la Villa Médicis, où elle a été lauréate pour l’Académie de France à Rome en composition musicale, elle revient sur cette expérience : "Je garderai pour toujours en moi tous les paysages que j'ai vus depuis ma fenêtre. Cette belle vue de Rome, les chants, les oiseaux et l'odeur des pierres qui m'entouraient pendant un an dans ce merveilleux monument historique chargé d’histoire, " confie-t-elle avec sourire. Elle y a notamment composé cinq nouvelles pièces de musique de chambre et travaillé sur son nouvel opéra pour orchestre et chœur inspiré d’Œdipus Rex d'Igor Stravinsky, intitulé Dans ses yeux d’albâtres. Ce denier, réalisé et mise en scène par le metteur en scène français Vincent Huguet, qu’elle a rencontré à la Villa Médicis, a été enregistré et sera présenté à la librairie 7L de Karl Lagerfeld à Paris, le 26 novembre prochain. Dans l’intervalle, ses œuvres sont exposées à la Villa Médicis aux côtés de celles des autres pensionnaires : "L'idée de cette exposition est de créer ou de présenter un avant-goût ou un extrait de l'œuvre que chaque pensionnaire a travaillé durant l’année à la Villa".

                      Un destin musical

                      Farnaz Modarresifar a commencé la composition à la suite d’un voyage étudiant en Allemagne, en 2009, alors qu’elle avait 17 ans. Elle y découvre la pièce Atmosphères de György Ligeti, interprétée par l’Orchestre philharmonique de Cologne : "Je me souviens de l'état d’étonnement dans lequel cela m’a plongée, en me demandant comment il était possible qu’un orchestre sonne de cette manière, explique-t-elle. Je suis rentrée en Iran et j’ai commencé à étudier la composition. C’était mon destin de venir en France, continuer mes études en composition auprès des grands compositeurs français".

                      Cette année, Farnaz Modarresifar a également été lauréate du prix Nouveau Talent SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) et du prix Fabuleuse Signature, qui récompense une femme venue en France pour vivre de sa vocation artistique : "J'ai été touchée profondément par l'existence d'une telle récompense. On ne parle pas très souvent du chemin que l’on parcourt quand on est une artiste immigrée ou exilée, de tout ce que nous avons traversé en tant qu'humains avant d'arriver à un certain point dans notre carrière", dit-elle.

                      Entre musique et poésie

                      En plus d’être instrumentiste et compositrice, Farnaz Modarresifar s’exprime également par la poésie. Elle évoque la place particulière de cette forme d'art pour elle : "Je pense que tous les iraniens ont une relation très intime avec la poésie. Les grands livres de poésie nous accompagnent dans les moments importants de l’année, comme le Nouvel An", raconte-t-elle.

                      Revenant sur son parcours, l’artiste raconte avec émotion : "J'avoue que je suis à chaque fois profondément honorée et émue parce que je n’aurais jamais cru en arriver là en dix ans. Surtout moi, qui ai commencé la musique sous des contraintes sociopolitiques et religieuses très dures".

                      • L'exposition Oracles au-delà des mers à la Villa Médicis du 8 juin au 7 septembre
                      • Le concert en duo avec Majid Khaladj à la Gaité Lyrique, le 20 octobre dans le cadre du programme Viva Villa
                      • Le concert avec les pièces d’Aurélien Dumont et Misato Mochizuki, le 8 novembre à la Philharmonie de Slovénie
                      • Le concert avec l’Ensemble intercontemporain et Bertrand Chamayo, le 14 novembre à la Philharmonie de Paris
                      • 28 min

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