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Or


Après avoir accompagné pendant des années Vanessa Paradis, Alain Souchon ou encore Matthieu Chedid , Albin de la Simone s’est lancé en solo. Sur la scène du théâtre du Petit Saint-Martin à Paris, il goûte aujourd’hui à une liberté nouvelle : "En solo, c'est moi qui définis le tempo. Je peux ralentir le refrain, faire une intro plus longue, rechanter un refrain si j’en ai envie." Un rapport plus direct au public, dans l’intimité du théâtre.
Avec son spectacle "Mes battements", également décliné en un roman graphique de deux volumes, il revient sur son enfance picarde et son histoire familiale. "Je n’ai que cela à raconter", confie-t-il avec humour. Mais derrière cette apparente confession, il voit surtout une façon de parler aux autres : "Mon enfance n’intéresse personne dans l’absolu, mais elle intéresse parce qu’on a tous été enfant."
Le dessin, longtemps laissé de côté au profit de la musique, a lui aussi retrouvé une place centrale dans son univers. "Le dessin m’est revenu trente ans plus tard grâce à cette tablette", raconte-t-il. Il lui aura fallu du temps pour oser montrer ses dessins sur scène : "Assumer de dessiner devant 200 personnes", une nouvelle manière de se confronter au regard du public.
Sur le temps qui passe, Albin de la Simone porte un regard étonnamment serein. "J’aime d’autant plus la vie que je vieillis", affirme-t-il. Et s’il continue de chercher sa voix, après vingt-cinq ans de carrière, il sait désormais ce que lui ont appris les artistes qu’il a accompagnés : "La seule chose à considérer, c’est la voix."
C'est un pianiste qui, en dix ans, s'est hissé parmi les plus demandés du monde classique. En 2015, lorsque Lucas Debargue remporte le 4ᵉ prix ainsi que le prix de la critique au Concours Tchaïkovski à Moscou, sa vie bascule, sa notoriété explose. Le monde de la musique découvre un artiste iconoclaste, en partie autodidacte, libre penseur, dont les interprétations fascinent les uns et agacent quelques autres. Un pianiste avide de projets hors normes : Scarlatti — il a enregistré 52 sonates sur les 555 écrites par le compositeur ; Fauré — l'intégrale de l'œuvre pour clavier ; et désormais Gershwin. Un double album avec des pièces du compositeur américain, mais aussi des études signées Lucas Debargue d'après des thèmes écrits par l'auteur de Rhapsody in Blue. Le disque s'appelle Gershwin Variations, et paraît dans dix jours chez Sony.
Derrière le choix de ce compositeur, se cache une conviction que Lucas Debargue défend depuis longtemps : celle que les frontières entre « classique » et « jazz » sont largement artificielles. Pour lui, ce sont des "catégories utilitaires — pour les historiens de la musique, les musicologues, mais aussi pour le marketing — avant d'être des catégories réellement nécessaires pour l'art, pour les passionnés de musique ou pour les musiciens eux-mêmes. Au fond, aucun des compositeurs qu'on révère — Bach, Beethoven, Mozart, Rachmaninov, Chopin — ne s'est jamais considéré comme un « musicien classique ». C'est une catégorie créée a posteriori, souligne-t-il, rappelant que leur musique restait toujours ancrée dans un terreau populaire et folklorique, que ces compositeurs ont ensuite transcrit et réinventé avec fantaisie." Selon le pianiste, c'est précisément cette séparation en genres qui a fini par couper la musique de ses racines : "Le problème avec des catégories comme "jazz" et "classique", c'est qu'elles détachent la musique de sa source. Et c'est là que naissent les frontières." Un constat qu'il élargit d'ailleurs bien au-delà du seul champ musical.
Pour illustrer son propos, Lucas Debargue prend l'exemple de Duke Ellington : "il avait une ambition sérieuse de compositeur, et je ne veux pas le réduire à un simple pianiste de jazz. Même chose pour Gershwin : il a produit des choses significatives aussi bien dans la musique symphonique — qu'on rattachera au classique —, que dans le jazz via ses standards, ou dans la comédie musicale. C'était un artiste multiple, aussi peintre, d'une grande sensibilité : il possédait une très belle collection de tableaux qui montre à quel point il voyait clair dans l'art de son temps. Et quand on pense à son travail avec son frère, parolier, à la façon dont il articulait le langage et la musique, on comprend que c'est un artiste qui va bien au-delà de l'étiquette « musicien de jazz » ou même « hybride jazz-classique ». C'est vraiment une individualité de son époque, dans une Amérique en pleine effervescence — et c'est l'une des choses qui m'intéressent le plus chez lui", conclut-il.
C'est Lucas Debargue qui a choisi notre deuxième invité : le chroniqueur, vidéaste et essayiste Pacôme Thiellement — un doux punk érudit à la longue barbe, qui a écrit sur Paul McCartney et Frank Zappa, qui produit des vidéos pour le média en ligne Blast, et qui publie dans quelques jours le troisième tome de L'Empire n'a jamais pris fin. Pour lui, la musique de Gershwin appartient d'abord à un imaginaire visuel et populaire : "La musique de Gershwin produit tout de suite des images. Je ne sais pas si c'est parce qu'on a un imaginaire lié au cinéma américain, mais on voit tout de suite des rues pleines de taxis qui vont dans tous les sens, de très grands buildings, des bateaux qui arrivent au port... Je connais très mal la musique classique, donc je connais Gershwin à travers le filtre des interprétations multiples qu'en ont fait tous les musiciens de jazz. Et cette musique est inscrite très fort dans mon imaginaire musical", nous confie Pacôme Thiellement.
Formé à la musique classique à La Havane, passé par le Buena Vista Social Club et successeur de Chucho Valdés, le pianiste Roberto Fonseca est aujourd’hui l’une des plus grandes figures du renouveau du jazz cubain. Il vient de publier Nuit parisienne à La Havane en compagnie du violoncelliste Vincent Ségal, un album intimiste où se mêlent compositions écrites et improvisations. Un projet né d’une première collaboration à Biarritz : « J'avais pensé faire quelque chose d'original », explique le musicien, avec « l'influence de la musique classique », du romantisme et, bien sûr, « un côté cubain », continue-t-il.
Formé à l’Institut supérieur d’art de La Havane, Roberto Fonseca continue de jouer chez lui, en privé, Chopin, Rachmaninov, Bach, Beethoven et Scriabine. Pour lui , sa formation classique nourrit encore aujourd’hui son langage musical. Mais son apprentissage ne s’est pas fait uniquement à l’école. À Cuba, il découvre également le jazz, la rumba et les musiques afro-cubaines dans les clubs et dans la rue. «L'académie, l'école te donnent des choses, mais la rue te donne beaucoup aussi », avoue le pianiste.
Installé à La Havane, il évoque aussi les difficultés actuelles de son pays, entre crise économique, embargo pétrolier américain et coupures d’électricité : « Je fais partie des derniers fous qui restent vivre là-bas », dit-il. Même s'il ne se considère pas comme un musicien politique, il reconnaît que cette pénible réalité fait partie de son quotidien et constate, sans trop en dire qu' « il y a beaucoup de choses qui ont besoin de changer ».
Roberto Fonseca jouera ce samedi 5 septembre au festival Jazz à la Villette, puis au Tourcoing Jazz Festival et au Nîmes Métropole Jazz Festival.
Elle est l'une des sopranos les plus demandées du moment. Sabine Devieilhe a été une nouvelle fois saluée, cet été, au Festival d'Aix-en-Provence, en Reine de la nuit dans La Flûte enchantée de Mozart. A 40 ans, la chanteuse retrouve le compositeur la semaine prochaine avec un spectacle autour de Zaïde, son singspiel inachevé dont s'emparent le chef Raphaël Pichon et le dramaturge Wajdi Mouawad pour en faire une fresque humaniste, où l'art devient résistance.
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