L'invité(e) du jour

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L'invité(e) du jour episodes

  • Suzana Bartal : "Michel Blanc pourra entendre cette création depuis le ciel"

    La pianiste franco-hongroise Suzana Bartal revient au disque en associant le concerto de Grieg, romantique et lyrique, au deuxième concerto de Saint-Saëns, virtuose et plus spirituel – enregistrés avec l'Orchestre national de la Sarre et le chef Sébastien Rouland. "Je suis un peu de la vieille école", confesse la pianiste, "parce que je préfère enregistrer des œuvres après les avoir beaucoup jouées en concert." Elle choisit de mûrir ses interprétations avant de les fixer sur disque, refusant ainsi toutes les pressions liées aux tendances éditoriales : "Pour chacun de mes disques, j'ai eu la chance d'avoir la liberté de choisir mon répertoire. Le hasard a fait, qu'un jour, j'ai découvert que ces deux concertos – celui de Saint-Saëns et celui de Grieg – avaient été créés la même année, en 1868, et je me suis dit que ce serait une bonne idée pour un disque."

    Est-ce une raison suffisante pour les jouer ensemble au disque ? "Pour moi, c'est l'attachement à l'œuvre, la relation à son propre jeu et à son univers musical qui prime et justifie l'enregistrement", explique-t-elle, "c'est le fait d'avoir quelque chose à dire avec cette œuvre. Ce n'est pas une raison d'enregistrer quelque chose simplement parce que personne ne connaît la pièce, et inversement, il ne faut pas s'empêcher d'enregistrer des œuvres qui ont déjà été jouées et enregistrées par d'autres. Je décide, d'une manière peut-être hédoniste, que j'aime une œuvre et que je veux l'enregistrer", ajoute-t-elle.

    Une création à la Philharmonie

    Dans quelques semaines, Suzana Bartal se produira sur la scène du Studio de la Philharmonie de Paris pour la création mondiale de l'opéra de chambre Photo d'un enfant avec une trompette d'Éric Tanguy, son mari, composé sur un livret du comédien Michel Blanc, disparu en 2024. "À la base, il s'agit d'une pièce de théâtre écrite par Morris Panych qui avait été adaptée en français par Michel Blanc en 2005. Éric Tanguy et Michel Blanc étaient allés voir ce spectacle et ça a été un vrai déclic pour Éric qui a tout de suite voulu en faire un opéra", raconte-t-elle. "Michel Blanc a donc écrit le livret, et puis l'œuvre a connu un parcours sinueux puisque la pièce a été terminée en 2012. Ensuite il y a eu plusieurs aléas de coproduction. C'est la seule pièce du catalogue d'Éric Tanguy qui a connu autant de difficultés avant sa création. Nous avons finalement la chance de pouvoir la créer à la Philharmonie de Paris : le drame, c'est que Michel n'est plus avec nous…"

    Elle se souvient : "Michel Blanc était absolument adorable, très accessible et vraiment fou de musique !" C'est même le premier ami que lui présente son mari. "Il était aussi un pianiste amateur de très haut niveau : il jouait des ballades de Chopin par exemple – c'était quelqu'un de vraiment passionnant, qui connaissait tout sur la musique." Elle ajoute, à propos de sa relation avec Éric Tanguy : "Je pense que deux musiciens ne peuvent pas être en couple s'ils n'admirent pas mutuellement leur travail. Je connaissais la musique d'Éric bien avant de le rencontrer, et nous nous sommes vraiment liés autour de la musique."

    Derrière le rideau

    Depuis deux ans, Suzana Bartal enseigne également à l'École normale de musique Alfred Cortot : elle envisage cette fonction avec la même exigence que sa propre pratique artistique. "J'aborde l'enseignement avec mes élèves comme si j'apprenais moi-même les pièces pour préparer un concert. J'essaye de trouver des images et des solutions techniques pour arriver à une musicalité la plus profonde possible. Il faut aussi les accompagner, vis-à-vis des dangers et du stress de la scène. J'essaye de me mettre dans leur tête pour les aider. C'est passionnant", indique-t-elle.

    Elle accompagne ainsi des élèves qui se destinent à être pianistes professionnels : "Il n'y aura clairement pas assez de place pour tout le monde. Même si j'ai des élèves d'un très bon niveau, ils ne pourront pas tous devenir soliste ou concertiste et en vivre…", regrette-t-elle, "mais il y a aussi beaucoup d'autres travails pour les pianistes : déjà, il y a beaucoup de concerts avec piano, et il faut des professeurs pour tous les niveaux, des accompagnateurs, etc. Il faut simplement décider quelle sorte de travail on préfère", explique-t-elle.

    • Le disque de Suzana Bartal, Grieg et Saint-Saëns : piano concertos, avec le l’Orchestre national de la Sarre dirigé par Sébastien Rouland, est sorti en octobre 2025 sous le label Channel Music.
    • La création de l'opéra Photo d'un enfant avec une trompette d'Éric Tanguy sur un livret de Michel Blanc, aura lieu le 19 mai à la Philharmonie de Paris. Il sera enregistré et diffusé par France Musique le 27 mai à 20h, dans Le Concert du soir.
    • Le Festival Piano à Riom qu'elle dirige depuis 2020 fêtera ses quarante ans cette année, du 2 au 16 juin. Elle y donnera deux concerts : le 3 juin, avec Mark Minkovski et Les Musiciens du Louvre, pour le Concerto de Mendelssohn, et le 11 juin en duo avec la violoniste Liya Petrova.
    • 26 min
    • Olivier Py : "Il ne faut pas se laisser voler notre liberté et notre joie de vivre"

      À la tête du Théâtre du Châtelet depuis trois ans, Olivier Py est parvenu à reconquérir le public parisien avec une programmation hybride et audacieuse. Des spectacles comme les reprises des Misérables ou La Cage aux folles continueront de côtoyer, la saison prochaine, opéra et ballets, entre les festivals et les concerts de musique classique, de jazz, de rock : "C'est une manière d'agrandir le public du Châtelet", explique aujourd'hui le metteur en scène, "avec ce genre de programmation, on touche forcément à un public très large et on se confronte aussi à un véritable exercice de démocratisation culturelle – c'est la mission que la ville de Paris m'a confiée."

      Le Théâtre du Châtelet produit en ce moment la comédie musicale Top Hat, adaptation du film avec Fred Astaire et Ginger Rogers qui triomphe sur les planches : "Les claquettes, ça marche toujours", commente Olivier Py, "parce que c'est magnifiquement fait et que le public adore cette virtuosité, et puis cette musique est divine ! La pièce pourrait paraître insubstantielle, parce qu'elle raconte des histoires d'amour, avec des quiproquos à gogo qui servent surtout d'excuse aux grands numéros de musique et de danse, mais elle raconte aussi une époque insouciante et une société qui ne voit pas qu'elle est en train de foncer dans le mur. Ce sont les années trente…", conclut-il. Quand on lui demande si son établissement ne serait pas en train de se transformer en Broadway-sur-Seine, le directeur du Châtelet sourit : "En partie, mais dans le cas de 'La Cage aux folles' par exemple, il faudrait plutôt parler de 'Paris-sur-Hudson', parce que la pièce est française à l'origine ! Je tiens à montrer qu'on peut aussi faire de grandes comédies musicales à Paris."

      "La musique, toutes les musiques et pour tous les publics !"

      La direction artistique du Châtelet privilégie ainsi une programmation largement décloisonnée. En misant sur le format des festivals et sur des tarifs accessibles, le Châtelet d'Oliver Py cherche à favoriser l'appropriation des tous les arts vivants par tous les publics, même les plus empêchés. "C'est un véritable combat et cela demande beaucoup d'engagement pour arriver à faire sauter les phénomènes d'auto-exclusion de la culture", répète-t-il, et pour cela, "Il faut changer la forme des concerts : je crois que le monde du classique se rend compte aujourd'hui qu'il doit travailler pour démocratiser cette musique qui recouvre des époques tellement différentes – c'est tout simplement de ma belle musique", indique-t-il. "Je pense que le Théâtre du Châtelet représente le lieu idéal pour faire sauter tous les a priori : on y va comme dans une salle de concert normale, pour écouter de la musique classique, mais aussi du jazz, du rock ou pour écouter du rap."

      "Les temps sont vraiment difficiles pour le théâtre et pour le monde du spectacle en général", ajoute Olivier Py, "nous ne savons pas très bien où nous allons, et la prochaine élection présidentielle est tout de même très inquiétante pour le monde de la culture", s'alarme-t-il. Maisil tient à rappeler qu'à ce jour sa "feuille de route consistait à faire en sorte que le Châtelet retrouve un peu de stabilité financière et ouvre ses portes à un public beaucoup plus grand : c'est désormais le cas, et il faut maintenant tenir le coup !" Au fond, conclut-il, face aux guerres, à la montée des fascismes et des populismes, "Le spectacle sert à nous rappeler que nous sommes mortels et que notre conscience politique vient après : il ne faut pas se laisser voler ni notre liberté, ni notre joie de vivre. Je trouve que c'est tout le génie d'Irving Berlin ou de Jerry Herman de nous rappeler sans cesse que nous avons une sorte de droit inaliénable au bonheur. Et ça, le spectacle et la musique peuvent le faire mieux qu'aucun autre art."

      • La saison 2026-2027 du Théâtre du Châtelet à Paris vient tout juste d'être annoncée.
      • La comédie musicale américaine Top hat d'Irving Berlin est actuellement à l'affiche jusqu'au 3 mai.
      • La deuxième édition du festival classique Les Folies Musicales aura lieu du 6 au 11 mai.
      • La Bal(l)ade de Nijinski, prochain spectacle qu'Olivier Py mettra en scène, d'après l'œuvre littéraire autobiographique du danseur, et interprétée par le comédien Bertrand de Roffignac et le pianiste Guilhem Fabre, sera présentée du 29 mai au 5 juin.
      • 27 min
      • Pauline Clément : "J'ai du mal avec ma tête, mais je vis en harmonie avec ma voix"

        Sociétaire de la Comédie-Française depuis le 1er janvier, Pauline Clément est partout : elle reprend en ce moment avec la troupe La Puce à l'oreille de Georges Feydeau au Théâtre des Amandiers à Nanterre ; elle incarne également Clémence dans Une fille en or, film de Jean-Luc Gaget, son premier rôle principal au cinéma. "Les choses s'alignent parfois, tout sort en même temps, mais ce sont des choses sur lesquelles je travaille depuis des années", explique-t-elle. "'La Puce à l'oreille', nous l'avons créée il y a huit ans, j'adore la jouer, elle me suit et je grandis avec. J'ai tourné 'Une fille en or' il y a deux ans maintenant, et pour 'De la Comédie-Française', on l'a écrit avec Bertrand Usclat et Martin Darondeau avec qui on fait la série 'Broute' et nos sketchs sur Internet", ajoute-t-elle à propos du film qui sortira le 22 juillet.

        "C'est un peu mon rêve de faire une comédie musicale"

        "J'écoute de la musique tout le temps, chez moi, dans la rue… J'ai une enceinte dans ma salle de bain, une autre dans mon salon, j'ai même fait installer tout un système pour avoir un son vraiment enveloppant", confie celle qui se rêvait danseuse. "Je rêve de danser, mais je ne le fais pas trop parce que je suis assez timide, mais j'ai toujours eu cette envie d'enflammer le dancefloor, j'adore aussi la danse Gaga que je pratiquais pendant le confinement sur Zoom", ajoute-t-elle. "Quand j'étais petite, je faisais de la danse classique, pas très longtemps parce que c'était trop strict pour moi : mes premiers spectacles, c'était devant mes parents, dans le salon, je dansais au milieu d'eux. Le public était conquis, on se sent toujours fort dans le regard de ses parents", se souvient-elle avec tendresse.

        Maintenant, à la Comédie-Française, Pauline Clément joue, chante, danse : pour la production du spectacle Mais quelle comédie !, elle se souvient d'une "comédie musicale très joyeuse, nous étions plusieurs à ne pas être chanteurs mais à aimer chanter, c'était super de pouvoir le faire avec tant de générosité." Elle rit : "Quand je chante, j'ai toujours peur d'oublier mon texte, parce que la musique continue quoiqu'il arrive, c'est hyper stressant, alors qu'au théâtre, on peut faire une pause, prendre une posture ou faire une petite blague le temps que le texte revienne."

        Les planches de salut

        "J'ai découvert que je faisais rire à l'occasion d'un spectacle en sixième", évoque la comédienne. "Je jouais le rôle d'une professeur et je me suis rendu compte que je disais des choses que je n'aurais pas pu dire en classe et qui faisaient rire le public. Il y avait là, dans ce public, une professeur, et je n'aurais pas pu dire dans sa classe ce que mon personnage disait sur scène : sur les planches, on peut se permettre des choses qu'on n'a pas le droit de faire dans la vie, et j'ai trouvé ça très libérateur", raconte-t-elle fièrement.

        Après un parcours scolaire laborieux, compliqué par des troubles de l'apprentissage, la jeune Pauline Clément trouve alors refuge dans le théâtre : "J'aimais beaucoup ça, explique-t-elle, je prenais des cours de théâtre amateur et j'adorais y aller, je m'habillais et je me maquillais différemment pour l'occasion." Elle repense à son entrée au Cours Florent : "Je passais mon CAP d'esthétique et je devais faire les ongles dans un salon de coiffure pour un stage. Mon père avait appelé le stage pour que je puisse aller faire du théâtre en parallèle, mais l'entreprise a refusé. Mon père m'a alors dit 'S'ils ne te laissent pas faire du théâtre, tu ne fais pas ce stage !' Donc j'ai finalement pris une année sabbatique au Cours Florent." Tout est parti de là.

        Aujourd'hui 546e sociétaire de la Comédie-Française, Pauline Clément se reconnaît dans le personnage qu'elle incarne dans le film de Jean-Luc Gaget, Une fille en or : "Clémence est taiseuse de temps en temps, elle n'ose pas s'exprimer, et puis elle est complétement à côté de la plaque dans ses entretiens d'embauche, un peu comme moi avec mes premiers castings ou dans mes premiers messages aux agents. Je me rends compte que c'était impossible d'être prise avec les lettres que j'envoyais", plaisante-t-elle. Elle aura désormais sa propre loge au Palais-Royal, "Je vais aussi devoir participer aux réunions, discuter de budget. Je ne sais pas si je vais tout comprendre tout de suite, mais je vais m'y mettre petit à petit."

        • Pauline Clément est Lucienne Homénidès de Histangua dans La Puce à l'oreille de Georges Feydeau, mis en scène par Lilo Baur au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, jusqu'au 10 mai 2026.
        • On la retrouve également au cinéma : à l'affiche d'Une fille en or de Jean-Luc Gaget, sorti le 15 avril, et à partir du 22 juillet dans De la Comédie-Française – film qu'elle co-écrit avec Bertrand Usclat, Martin Darondeau et Clémence Dargent.
        • 26 min
        • Alexander Neef : "À l'Opéra de Paris, nous sommes le théâtre du monde"

          L'Opéra de Paris dévoile une programmation ambitieuse pour sa saison 2026-2027 : sept nouvelles productions lyriques avec deux créations contemporaines, dont une adaptation du roman de Pierre Lemaître – Miroir de nos peines. Alexandre Neef, directeur de l'institution depuis 2020 et prolongé jusqu'en 2032, mise sur cet équilibre entre le répertoire classique et des œuvres plus modernes : "Nous essayons de représenter, chaque année, des aspects différents de ce que peuvent être le monde et l'humanité", explique-t-il, "je crois que le succès des saisons futures résidera dans cet accord entre la curiosité des programmateurs et la curiosité des publics", comme l'illustre, cette saison, l'engouement pour la nouvelle production de Satyagraha – œuvre emblématique du compositeur Philip Glass –, ou la production, pour la saison 2024-2025, d'un opéra de Pascal Dusapin qui avait fait salle comble.

          L'économie de la salle pleine

          Derrière cette dynamique artistique, et dans un contexte de crise du spectacle vivant, l'Opéra de Paris affiche une bonne santé financière, fondée sur un taux de fréquentation très élevé et une augmentation régulière du nombre d'abonnements vendus. "Le modèle économique de l'Opéra de Paris a beaucoup changé au cours des vingt dernières années, et nous sommes arrivés aujourd'hui à 60 % de ressources propres pour 40 % de subventions", se félicite Alexander Neef : "Ça a été un défi considérable pour l'institution."

          L'équilibre financier de cette grande maison lyrique repose ainsi, en grande partie, sur la billetterie – autrement dit sur sa capacité à remplir ses salles –, ainsi que sur la confiance de l'État et des mécènes qui soutiennent de plus en plus activement les activités de l'Opéra national de Paris. "Les événements privés – les visites du Palais Garnier, les privatisations ou la location d'espaces – font aussi partie du modèle économique de l'Opéra", précise son directeur : "Ils représentent une part importante de nos recettes, et nous permettent d'exercer pleinement nos missions et d'être vraiment au service des œuvres que nous défendons sans pour autant faire peser de risque sur l'indépendance de l'institution", souligne-t-il. "Nous sommes et nous resterons une institution publique et internationale", ajoute-t-il avant d'insister : "Le modèle économique de l'Opéra de Paris se base surtout sur des salles pleines."

          Une grande maison en chantier

          La saison prochaine sera aussi la dernière avant plusieurs années de travaux au Palais Garnier et à l'Opéra Bastille qui feront l'objet de rénovations successives à partir de 2027 puis de 2030. "Tout Garnier ne fermera pas au public à l'été 2027", précise cependant Alexander Neef, soucieux de dissiper les inquiétudes : "Les bâtiments resteront ouverts pour les visites et l'activité se poursuivra selon l'évolution du chantier, qui se concentrera sur les plateaux qui ont vraiment besoin de rénovations et de mise à jour."

          Il y a quelques mois, Alexandre Neef a également nommé le chef Semyon Bychkov futur directeur musical de l'Opéra de Paris à compter du 1er août 2028 : "Il a su construire, au fil des rencontres, une très belle relation avec l'Opéra de Paris et avec l'Orchestre, et quand l'opportunité d'une collaboration plus étroite s'est présentée cet été, lui et moi l'avons saisie pour consolider cette relation." Lui-même se dit finalement "très heureux et très humblement fier de pouvoir diriger l'Opéra de Paris qui est la plus magnifique maison au monde !"

          • La billetterie des abonnements pour la saison 26/27 de l'Opéra national de Paris a ouvert ce lundi 13 avril.
          • L'opéra Satyagraha de Philip Glass est sur la scène du Palais Garnier jusqu'au 3 mai. Il sera enregistrée par France Musique et diffusé le 23 mai 2026 à 20h dans l'émission Samedi à l'Opéra, présentée par Judith Chaine.
          • 26 min
          • Nour Ayadi : "La musique exige une dévotion totale, mais elle ne doit pas couper du monde"

            À vingt-sept ans seulement, la pianiste Nour Ayadi est déjà diplômée d'un Master en politiques publiques à Sciences Po Paris, mais aussi du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris en piano, où elle passera également le Certificat d'Aptitude aux fonctions de professeure dans les prochaines semaines. "Avoir poursuivi ces deux cursus en parallèle m'a permis de garder les pieds sur terre", explique-t-elle, "j'ai pris conscience de l'artiste que je suis en société en étudiant la science politique et en baignant dans ce milieu qui parle des enjeux contemporains". En ce qui concerne la formation CA et son désir d'enseigner, elle déclare : "Depuis que je suis toute petite, je veux que ma vie d'artiste se passe sur scène, mais je veux aussi pouvoir accompagner d'autres artistes et transmettre à mon tour ce que j'ai pu apprendre auprès de tant de professeurs."

            Nommée Révélation soliste instrumentale aux Victoires de la musique classique 2024, Nour Ayadi sort cette année son troisième album solo, Ombres et Visions, sur le label Scala Music. Elle y explore les métamorphoses de la musique à travers les œuvres de Bach, Busoni et Liszt.

            De l'ombre à la lumière

            Ce dernier disque suit les évolutions du langage musical et les mutations de la matière sonore : "J'introduis l'album avec Bach", raconte-t-elle, "puis au fur et à mesure, on voyage au gré des transformations de la matière tonale avec plusieurs pièces de Liszt – ce grand romantique qui, à la fin de sa vie, va nous montrer une toute autre facette de la musique dans un langage presque atonal –, et puis Busoni que tout le monde connaît pour ses qualités d'arrangeur, mais que je voulais montrer aussi comme ce compositeur qui s'émancipe en quelque sorte de la tonalité et de la métrique. Ces compositeurs ont participé a créer un nouveau langage musical." Des impressions qui éclairent son titre : "L'ombre, c'est la projection visuelle que l'on peut se faire d'un objet – ces sortes de connexions entre l'objet tel qu'on l'imagine et son ombre –, et la vision, c'est aussi une manière de rendre hommage à tous ces compositeurs qui sont, à mes yeux, des visionnaires", précise notre invitée.

            Faust ou les vertiges du savoir

            Ce programme, pensé et construit autour du délitement de la tonalité, convoque également les révolutions scientifiques modernes. "Le son et la musique se transforment, mais à l'époque de Busoni, on voit aussi apparaître quelques doutes sur les certitudes scientifiques modernes", rappelle Nour Ayadi, "ce sont les débuts de la théorie de la relativité d'Einstein, les premières observations de Freud sur l'inconscient : cette réflexion sur une matière qui devient énergie nourrit ma vision artistique" , explique-t-elle. Dans ce contexte qu'apparaît la figure de Faust, qui hante le disque : "Faust est une légende très contemporaine puisqu'il représente le scientifique insatisfait de la vie, car pris dans une quête perpétuelle de connaissances. Seul un pacte avec le diable lui permet de revenir à ses premiers plaisirs et à ses premiers amours." Une situation que la pianiste compare à celle que nous vivons aujourd'hui : "L'intelligence artificielle et l'ère du numérique nous donnent l'impression d'un savoir illimité qui, je pense, pose des questions morales et éthiques : jusqu'où sommes-nous prêts à sacrifier notre morale pour atteindre une certaine forme d'immortalité ?"

            Une double culture comme moteur artistique et académique

            Revenant à son parcours, la pianiste précise : "On pense souvent que je me suis lancée dans un parcours universitaire par peur de ne pas réussir dans la musique, mais c'est presque l'inverse. Avant d'arriver en France, j'étais au Maroc où les classes à horaires aménagés n'existent pas. C'était donc très naturel pour moi de faire des études académiques après le baccalauréat en parallèle de la musique. J'ai même décidé d'intégrer Sciences Po avant d'intégrer le CNSM." Elle ajoute : "Au Maroc, j'ai eu une professeure française qui m'a incitée à passer le concours d'entrée au CNSM. J'ai été élève à la Mission française donc c'était aussi tout à fait naturel de venir en France, et ça m'a permis de m'ouvrir à une pratique plus professionnelle de la musique classique." Désormais, Nour Ayadi retourne régulièrement sur sa terre natale, "en tout cas, plus souvent qu'avant", raconte-t-elle amusée, "parce que maintenant que je termine mes études, je souhaite m'investir davantage dans mon pays, où je suis très fière et très heureuse de voir que la scène classique se développe énormément."

            • L'album de Nour Ayadi, Ombres et Visions, est sorti le 6 mars sous le label Scala Music.
            • Elle sera en concert le 21 avril à Rabat au Maroc, le 24 avril à l'Abbaye de La Celle dans le cadre du Festival Présences Compositrices, et du 7 au 9 juin au Festival Chopin à Nohant.
            • 27 min
            • Lorien Testard : "Chaque note est pensée pour accompagner le joueur dans son aventure"

              En seulement un an, Lorien Testard a connu un succès mondial avec la bande originale du jeu vidéo Claire Obscur: Expedition 33 – huit heures de musiques en tous genres (orchestral, lyrique, mais aussi jazz, rock, électronique et folk) qui ont remporté, en décembre dernier, le Game Award de la meilleure bande originale, parmi les neufs prix obtenu par le jeu français dans cette cérémonie équivalente aux Oscars pour le jeu vidéo.

              "Je n'avais jamais écrit de musique de manière professionnelle avant ce jeu", indique Lorien Testard, "mais j'écrivais quotidiennement, sur mon temps libre, une musique par semaine que je postais en ligne – c'est sur ce portfolio qu'est tombé Guillaume Roche du studio Sandfall Interactive avant de me proposer de travailler avec lui sur ce projet." Pendant cinq ans, il œuvre au plus près des équipes à construire l'univers musical du jeu : "On ne savait pas du tout à quoi ressemblerait cette bande originale. Elle s'est créée morceau par morceau, avec le temps, au fur et à mesure que l'univers narratif s'étoffait", explique-t-il. Le compositeur s'inspire alors des concepts arts – ces dessins préfigurant l'univers visuel du jeu – , du script et du développement des personnages pour réfléchir à l'instrumentation et aux couleurs de sa musique.

              Une création au service de l'immersion

              Au cœur de son univers, la voix occupe une place singulière : "La voix imprègne vraiment tout le monde de 'Clair Obscur', elle est omniprésente." Il raconte : "Je cherchais absolument une voix française pour correspondre à l'univers du jeu et à cet imaginaire. J'ai finalement eu un énorme coup de cœur pour la voix d'Alice Duport-Percier qui me donnait des émotions très fortes." Cette dernière a même dépassé son rôle d'interprète : elle est devenue co-compositrice des lignes vocales de ses chansons.

              La musique de jeux vidéo n'est pas une entreprise linéaire, "mais dynamique", précise Lorien Testard : "Le joueur doit pouvoir rester soixante, cent ou cent-vingt heures dans le jeu s'il le souhaite, et la musique doit pouvoir le suivre." Il faut donc que la musique s'adapte, et se transforme sans cesse pour éviter les répétitions. D'un personnage à l'autre, d'une situation à l'autre, la musique change de texture : "J'ai utilisé des notions de jazz, pour les créatures un peu fantasques, et des mélodies plus ancrées, au violoncelle, pour des personnages comme Alicia ou Gustave, plus nostalgiques. C'est vraiment l'univers du jeu qui guide la musique", résume-t-il.

              • Le jeu vidéo Clair Obscur : Expedition 33, développé par le studio Sandfall Interactive, est sorti en avril 2025.
              • Lorien Testard est en tournée avec Alice Duport-Percier et l'Orchestre Curieux autour de la bande originale du jeu : ils seront le 23 avril à Strasbourg, le 24 à Reims, le 25 à Nantes, le 30 à Bordeaux, le 2 mai à Lille, le 6 à Genève, le 27 à Toulouse, du 28 au 30 mai à la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt, le 13 juin au Festival de Nîmes et le 2 juillet au Festival de Carcassonne.
              • À la Philharmonie de Paris, l'exposition Video Games & Music, retrace jusqu'au 1er novembre l’histoire des liens entre musique et jeu vidéo. On pourra notamment y voir exposée une partition du jeu Clair Obscur, confiée par le compositeur.
              • 26 min
              • Natacha Kudritskaya : "Si on n'entend plus la voix des artistes ukrainiens, le pays n'existe plus"

                Pour son nouvel album, la pianiste Natacha Kudritskaya s'est plongée dans l'œuvre monumentale de François Couperin. Elle conçoit, autour de quelques pièces sélectionnées avec soin, une dramaturgie toute personnelle, circulant entre les titres charmants et évocateurs du compositeur – Les Barricades mystérieuses, Les Ombres errantes ou Le Rossignol-en-amour : "Toutes ces pièces ont des noms pittoresques qui invitent l'imagination à vagabonder", indique-t-elle simplement.

                Ce travail sur l'œuvre de Couperin, amorcé à l'occasion des confinements liés à la pandémie de Covid-19, s'est construit dans la durée : "Déjà, jouer toutes les deux-cent-vingt pièces dans l'ordre, ça prend beaucoup de temps", constate la pianiste amusée, "et une fois arrivé à la fin, on a complétement oublié le début !" Alors, très vite, elle renonce à enregistrer l'intégralité des vingt-sept ordres imaginés par Couperin : "J'ai compris que ce n'était pas la bonne solution", expose-t-elle, "j'ai donc choisi de picorer dans les partitions pour construire une sorte de récit cohérent, avec une montée et une détente vers la fin, parce que certaines pièces fonctionnent mieux que d'autres au piano."

                La poétique des oiseaux

                "J'avais envie de parler de ce qui nous occupe aujourd'hui : des guerres et des migrations qu'elles impliquent", explique la pianiste. Sa rencontre avec l'artiste plasticienne Leslie Laugero, qui travaille sur les oiseaux et la destruction de leur habitat, fait alors apparaître un parallèle inattendu : "Nous nous sommes rendu compte que les routes migratoires des oiseaux étaient parallèles à celles des humains." Elles constatent toutes les deux que "les guerres, les catastrophes naturelles et les bouleversements climatiques font que les oiseaux sont obligés de changer leur trajectoire, ils sont obligés de bouger, comme les humains."

                Ce rapprochement trouve aussi écho dans l'histoire personnelle de Natacha Kudristkaya : "Je suis restée en Ukraine jusqu'à mes dix-neuf ans", raconte-t-elle, "j'avais déjà été accueillie en France à la suite de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl – je suis en quelque sorte, comme les oiseaux, une exilée climatique." Une expérience qu'elle reconsidère à l'aune de la guerre : "Je n'étais pas traumatisée, j'ai vécu une immigration heureuse et c'est seulement avec ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine que j'ai compris que j'étais moi aussi une immigrée, que j'avais moi aussi vécu l'exil." Et de rappeler, avec beaucoup d'émotions : "En Ukraine, avec la guerre, les oiseaux migrateurs sont obligés de changer leurs trajectoires. Ils partent, mais ils reviennent toujours au printemps, même si les endroits où ils nichent sont complétement dévastés." Elle-même retourne régulièrement en Ukraine, retrouver sa famille restée sur place.

                "Ces pièces sont comme des ombres errantes du passé"

                "C'est toujours un défi d'oser jouer Couperin au piano plutôt qu'au clavecin", confie Natacha Kudristkaya. "Au piano, on a tellement de liberté qu'on peut être un peu perdu, tandis que le clavecin donne tout de suite des réponses très claires sur l'interprétation." Aussi, elle alterne entre les deux instruments : "Quand je reviens au clavecin, je comprends beaucoup mieux les rubatos, les tempos et les articulations qui s'imposent et tout se remet en place", explique-t-elle.

                Sur scène, le programme du disque est accompagné d'un théâtre d'ombres installé par Leslie Laugero : "Je souhaitais que ces pièces prennent vie à côté du piano", indique la pianiste. Les silhouettes d'oiseaux prolongent ainsi une réflexion engagée qui ne cherche pas à illustrer la musique : "Nous voulions aborder le sujet des migrations, des racines et de l’identité de manière politique sans donner de réponse, mais en figurant quelques questions." Dans ce dispositif, dialogue entre musique et images, Couperin incarne les contradictions de l'homme face à la Nature : "Comme tous les grands artistes, il se sent lié à la nature et à son environnement, mais il reste parisien – il aime bien voir quelques oisillons, mais pas trop loin de la capitale", plaisante-t-elle.

                Dans ce contexte de guerre, la culture devient un enjeu essentiel pour la pianiste. "Quand la culture d'un pays s'efface et qu'on n'entend plus la voix des artistes, le pays n'existe plus", affirme-t-elle. "La culture est vraiment le deuxième front de cette guerre." À travers son engagement au sein de l'association Music Chain for Ukraine, Natacha Kudritskaya contribue à soutenir les musiciens ukrainiens et leur permet d'exercer leur métier. En parallèle, "la chorale que nous avons fondée permet aux Ukrainiennes venues se réfugier à Paris de se retrouver, d'échanger et de chanter ensemble" explique-t-elle. Une manière de dire, pour conclure : "Je chante donc j'existe."

                • Le nouveau disque de Natacha Kudristkaya, Couperin : Œuvres pour piano, sortira la 10 avril dans la Collection 1001 Notes.
                • Elle sera également en concert à Paris, Salle Gaveau, le 10 avril, et le 5 mai au centre culturel Jean-Gagnant de Limoges.
                • 26 min
                • La Maîtrise de Radio France fête ses 80 ans

                  La Maîtrise de Radio France, fondée en 1946, célèbre les quatre-vingts ans d'une vocation à la fois artistique et pédagogique. Cette institution forme gratuitement plus de cent-cinquante enfants, âgés de huit à dix-huit ans, et les accompagne dans leur parcours musical et scolaire. Sandrine Piau, ancienne élève de la Maîtrise dans les années 1970, artiste lyrique et harpiste, se souvient : "Le rythme est très exigeant, mais ça nous donne une vraie colonne vertébrale pour plus tard, et cela développe aussi une force de travail qui est précieuse."

                  Tatiana Probst, soprano et compositrice, également ancienne élève de la Maîtrise au tournant des années 2000, se rappelle "d'une expérience très fédératrice : la Maîtrise, c'est de l'exigence et de l'excellence bien sûr, mais c'est aussi la passion et la joie de faire de la musique entre amis", dit-elle, "je pense que ça fait du bien, dans ce monde, de commencer sa vie par une telle expérience." Pour Raphaëlle et Gaspard, deux jeunes "maîtrisiens", la Maîtrise représente "une grande effervescence : il y a toujours des concerts, des auditions où l'on peut se produire individuellement, on change très régulièrement de programme… C'est une expérience que je souhaite à tout le monde de vivre, parce que c'est vraiment puissant", ajoute Raphaëlle.

                  Une fabrique du collectif

                  Répartie sur deux sites – Paris et Bondy –, la Maîtrise de Radio France est un peu "comme une grande famille : on est mélangé entre les âges, les classes, les niveaux et les parcours scolaires", explique Raphaëlle, "mais on se connaît tous par la Maîtrise." Tatiana Probst se remémore avoir passé les concours sans même imaginer devenir un jour chanteuse : "Je détestais les voix lyriques", sourit-elle, "mais j'aimais faire partie du chœur, entendre la puissance du chœur, j'ai vraiment adoré le collectif." Elle continue : "Le fait d'avoir école le matin et musique l'après-midi m'a énormément aidée, parce que je n'étais pas forcément très scolaire – ça m'a permis d'être mauvaise le matin à l'école, et forte en musique l'après-midi", plaisante-t-elle, "mais, mine de rien, ça joue sur le moral, parce que les camarades qui se moquaient le matin, parce que j'étais nulle en mathématiques, étaient impressionnés en solfège, parce que je réussissais mieux qu'eux mes dictées musicales. Ça m'a beaucoup aidée et c'était très formateur."

                  Sandrine Piau évoque, elle, "un truc un peu magique : j'étais une enfant un peu malade, et quand je suis rentrée à la Maîtrise, je n'ai plus rien attrapé pendant deux ans. Cette sorte d'impulsion donnée par le rythme de la Maîtrise et par l'art, m'a aidée dans toutes les dimensions de mon être – pour le corps, le mental, le moral. En général, on se développe mieux quand on est heureux", conclut-elle.

                  Un espace de création et de découvertes

                  Dirigée depuis 2008 par Sofi Jeannin, la Maîtrise de Radio France se produit dans le monde entier et pour de grands événements, comme aux JO de Paris en 2024, avec un répertoire très large, de la musique ancienne jusqu'aux créations les plus contemporaines. Tatiana Probst, à qui la Maîtrise avait commandé Du Gouffre de l'aurore en 2024, revient sur cette création : "C'était une émotion indescriptible de retrouver ainsi la Maîtrise, et de revenir à l'essence de la Maîtrise par la création musicale." Pour Gaspard, "C'est aussi très intéressant de travailler avec les compositeurs, parce que ça permet de comprendre comment a été écrite la musique et de faire le lien avec ce que l'on chante. C'est sympa aussi de composer sur des logiciels et avec des instruments plus actuels." Et Raphaëlle d'ajouter : "Ça peut permettre d'explorer plein d'autres types de musiques que le classique, comme du jazz par exemple. On emporte un bagage musical assez conséquent", conclut-elle.

                  • Le week-end anniversaire de la Maîtrise se déroulera les 11 et 12 avril à la Maison de la Radio et de la Musique.
                  • Sandrine Piau sera le 9 avril à l'Auditorium du Musée d'Orsay, avec le Quatuor Psophos, pour un programme autour de Renoir et la musique ; le 11 avril à la Sainte-Chapelle pour Les miroirs du temps ; et sur les planches de l'Opéra Bastille en mai et juin pour Ercole amante d'Antonia Bembo, dans une mise en scène de Netia Jones.
                  • Tatiana Probst vient de sortir un disque sous le label Continuo Classics – Vox Atramentum ou l'encre de la voix –, et elle sera en concert le 28 avril à Romans-sur-Isère, le 6 juin à la Sainte-Chapelle, et les 12 et 13 juin à l'Église de la Sainte-Trinité de Paris.
                  • 27 min
                  • Paul Lay : "Tout part du chant et de la voix quand je compose"

                    Pour son dernier album Waves of Light, le pianiste et compositeur Paul Lay a souhaité mêler le chant choral classique au monde du jazz. Un projet étonnant né d'une volonté de collaborer avec le chœur de chambre Les Éléments, dirigé par Joël Suhubiette : "Nous nous connaissons depuis de nombreuses années, explique Paul Lay, nous sommes tous les deux nés à Orthez, une petite ville du Béarn, et nous voulions travailler ensemble depuis longtemps." Mais c'est seulement au moment des confinements liés à la pandémie de Covid-19, dans ce temps suspendu, que le projet prend vraiment forme : "Les Éléments m'ont proposé d'écrire pour eux, à partir de relectures d'œuvres du répertoire de musique chorale classique, mais aussi un corpus de compositions sur le thème de la lumière, car ils m'ont fait confiance."

                    Une collaboration originale

                    "Pour créer ce répertoire, j'ai surtout travaillé avec Joël Suhubiette, explique le pianiste. Il m'a beaucoup aidé à agencer les voix les unes avec les autres." Nouveau terrain d'expérimentation pour Paul Lay, le chœur lui permet, par tâtonnements, d'inventer des couleurs originales et vivifiantes. "En concert, le public se demande souvent quelle va être la teneur de ce programme, et dès le premier morceau, on embarque tous ensemble pour un voyage", indique-t-il. Il déclare aussi : "Pour le chœur, je tenais vraiment à mélanger l'écrit et l'improvisé, ce qui fait que dans de nombreuses sections, nous ne savions pas nous-mêmes à quoi ressemblerait la mesure suivante. Cette musique se recrée, toujours différemment, et produit ainsi une tension que le public vit avec nous."

                    Pour permettre à l'ensemble des dix-sept choristes des Éléments d'improviser, Paul Lay imagine des modes de jeu : "Je leur écris des grappes de notes sur la portée musicale et chaque voix choisit, sur le moment, la note qu'elle va chanter. Cela crée spontanément des accords", explique-t-il, avant de poursuivre : "Il peut donc y avoir dix-sept notes différentes qui évoluent et changent au fur et à mesure des représentations, et le trio vient se poser sur cette masse harmonique mouvante."

                    "Dans mon travail, il y a toujours cet aller-retour incessant avec l'histoire de la musique"

                    Au-delà de ses propres compositions à travers lesquelles il s'empare des textes de Victor Hugo, d'Emily Dickinson ou d'Henry David Thoreau, Paul Lay a construit avec Joël Suhubiette un parcours jalonné de reprises de classiques : "Pour ces pièces, j'ai souhaité ne rien modifier de ce que chante le chœur à l'origine ou d'en faire simplement une suite, à partir de la mélodie, et de proposer par-dessus des harmonies qui lui donneront une couleur plus proche du gospel. Nous voulions créer du contraste pour engager une conversation entre les instruments du trio et cette musique chorale magnifique de Bach ou de Purcell", indique-t-il. "Si je suis avant tout musicien de jazz, confesse finalement Paul Lay, j'ai aussi suivi une formation classique, il est donc important pour moi d'y revenir et d'aller régulièrement puiser dans ce répertoire, pour essayer de se le réapproprier et de caractériser son interprétation." Le pianiste n'en est pas à son coup d'essai, il avait déjà repris des thèmes de Beethoven ou Bach, à l'occasion de précédents disques. Un besoin de revenir aux sources de la musique qu'il poursuit donc ici avec Les Éléments et leur directeur musical.

                    • Le disque de Paul Lay avec le Chœur de chambre Les Éléments, Waves of Light, est sorti le 30 janvier dernier sous le label Libellule Records.
                    • Ils seront en concert ensemble à l'Arsenal de Metz le 10 juin.
                    • 28 min
                    • Birds on a Wire : "L'art de la reprise, c'est de réussir à faire quelque chose qui nous ressemble"

                      Depuis 2012, la chanteuse Rosemary Standley forme avec la violoncelliste et chanteuse Dom La Nena le duo Birds on a Wire. Plus de cinq ans après leur dernier album, elles font paraître, Nuées ardentes, un nouvel opus qui évoque le délicat passage à l'âge adulte avec des reprises de Bronski Beat, The Cure, The Doors, Barbara ou Bobby Lapointe.

                      Un hommage volcanique à l'adolescence

                      Emprunté au vocabulaire de la volcanologie, le titre de l'album Nuées ardentes cache aussi un double sens. "Ce sont ces fumées qui sont rejetées, qui peuvent accompagner la lave, mais qui sont en perpétuel mouvement, comme l'état d'adolescence", raconte Rosemary Standley. En effet, après deux premiers disques formés de souvenirs d'enfance, ce nouvel album regarde vers cette période intermédiaire avant l'âge adulte. "L'adolescence, c'est un état mouvant, mais c'est aussi quelque chose qui passe et on reste, quelque part, orphelin de cet état, tente de définir Rosemary Standley. C'est quand même un moment assez extraordinaire dans la vie, à la fois bon et mauvais".

                      La genèse de l'album elle-même a été un bouillonnement créatif, qu'il a fallu canaliser en un tout cohérent : "On a beaucoup remué, retravaillé ce disque dans tous les sens, explique Dom La Nena. Quand on commence à enregistrer ou à travailler un morceau, on essaye de s'éloigner au maximum de sa version originale pour se l'approprier au mieux et pour essayer de faire quelque chose de différent de l'original".

                      "On peut garder une intimité même à cinquante sur scène"

                      Pour ce projet autour de l'adolescence, les deux musiciennes ont choisi de travailler avec la Maîtrise de Radio France, composée de jeunes filles et garçons de 7 à 18 ans : "C'est une collaboration qui date d'il y a quelques années, explique Rosemary Standley. Nous avions l'envie d'élargir le duo à d'autres voix, en plus de jeunes filles. Ça permet de ne plus être deux, mais d'élargir cette intimité que l'on peut avoir. On peut garder une intimité quand même à cinquante sur scène, mais ce n'est pas exactement la même chose." "C'est vrai que les chansons prennent une autre tournure et racontent autre chose quand on est avec elles", complète Dom La Nena. Entourées de dizaines de voix, les deux musiciennes atteignent une forme de transcendance : "Il y a quelque chose qui nous porte énormément, cet espèce de bain de voix de jeune fille qui est assez incroyable, magnifiquement dirigée", conclut Rosemary Standley.

                      28 min

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