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Or


À l’occasion de son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris avec Vers un pays sage, Jean-Christophe Maillot revient sur les rencontres, les blessures et les musiques qui ont façonné son parcours de chorégraphe. De ses débuts chez John Neumeier à la direction des Ballets de Monte-Carlo, il raconte une trajectoire placée sous le signe de la rencontre : « La chorégraphie ne m’intéresse pas suffisamment en soi pour pouvoir la différencier de ceux avec qui je la fais. Ce qui m’intéresse, moi, c’est avec qui je fais le travail chorégraphique. » La musique, elle, demeure au cœur de son écriture : « C’est toujours le moteur de l’écriture chorégraphique » et même, pour lui, « l’art suprême ».
De Bartók à Ravel, de Mahler à Britten, il évoque ces découvertes souvent fortuites qui provoquent « une espèce de flash, de nécessité à rencontrer la musique parce qu’elle va me parler ». Une écoute qui guide jusqu’au mouvement : « Pour moi, le mouvement ne peut venir que de l’écoute. […] Quand on compte les huit temps de la danse, on n’écoute plus la musique. » Avec Vers un pays sage, créé en 1995 après la disparition de son père, le peintre Jean Maillot, il reconnaît « presque [sa] naissance de chorégraphe » et voit dans sa reprise par les danseurs de l’Opéra une nouvelle étape de la vie de l’œuvre. Quant à son arrivée à Paris, longtemps redoutée après l’accueil douloureux réservé à l’un de ses premiers ballets au Théâtre de la Ville, elle prend aujourd’hui une autre dimension avec l'entrée au répertoire de l'Opéra de Paris de son ballet : « Ce n’était pas le moment. Mais aujourd'hui c'est le moment. »
Sandrine Kiberlain a grandi dans une famille où la musique était très présente. Son grand-père jouait de la clarinette et son père de la flûte traversière. Pour Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé, elle a appris le violon pendant huit mois, en travaillant jusqu’à trois heures par jour. « J’ai mis un mois à sortir un son du violon », se souvient-elle. Depuis toujours, la musique irrigue son travail de comédienne mais aussi de réalisatrice.
À l’écoute de la Pavane pour une infante défunte de Ravel, qu'on entend dans le nouveau film de Marc Fitoussi, dans lequel elle donne la réplique à Isabelle Huppert, elle voit aussitôt des images : « un couple qui se retrouve, qui n’arrive pas à s’aimer, un amour impossible ». Et certaines chansons la ramènent directement à son adolescence : « Je trouve que la musique apporte vraiment ça comme rien d’autre. Des émotions, des choses qui remplacent les mots, qui remplacent les gestes, qui remplacent les regards… »
Elle s’en sert aussi lorsqu’elle travaille. Sur ses tournages, elle peut faire écouter une musique aux comédiens pour les aider à entrer dans une scène. Pour son prochain film, elle dit même avoir écrit certaines séquences en pensant à des morceaux. Et puis il y a la chanson, qu’elle a elle-même enregistrée sur deux albums. Parmi les voix qui lui sont chères, celle de Françoise Hardy tient une place particulière : « Je la reconnaîtrais entre mille. » Ses chansons, ainsi que celles de Barbara ou encore Jane Birkin, l’ont accompagnée toute sa vie, comme des guides, l'enjoignant à rester « singulière » et à suivre sa propre voie.
Ni vue ni connue, un film de Marc Fitoussi. Avec Sandrine Kiberlain, Isabelle Huppert, Anne Marivin, Vincent Dedienne, Ana Girardot... En salle le 7 octobre 2026
Avec Le Pays des étés, Pierre Adrian retourne dans la grande maison familiale où il a passé ses vacances d’enfance, en Bretagne. Une maison qui disparaît avec la mort de sa grand-mère et qu’il faut désormais vendre. Derrière cette histoire très intime, l’écrivain parle surtout de ce que l’on perd : « Quand les êtres chers viennent à nous manquer, quand ils partent, [on ressent] au plus profond, au plus intime, cette fragilité : ce qu’on a toujours connu peut nous être arraché à n’importe quel moment », raconte-t-il. Quitter une maison peut alors ressembler à un deuil : « Apprendre à quitter un lieu qu’on a toujours connu, c’est une expérience très proche du deuil. » La maison reste pourtant là, comme un témoin silencieux : « Elle était là avant nous, elle sera là après ». Et avec elle, ce sont les souvenirs qu’il cherche à retenir. « J’ai de grandes interrogations sur la mémoire », confie-t-il, évoquant sa « grande crainte de la disparition, de l’évaporation des choses » et surtout « la disparition des souvenirs ». Écrire, pour lui, c’est aussi chercher comment « continuer à vivre dans le souvenir de ceux qui ne sont plus là » et « continuer à habiter les lieux qu’on a toujours connus et dont on a dû se séparer ». Une réflexion qui explique aussi la place de la mélancolie dans son livre : « Je suis un grand mélancolique, je n’ai pas peur de le dire. »
C'est aussi la musique qui est partout dans ces étés bretons : le vent, le ressac, l’orgue de Barbarie de sa grand-mère qui jouait La Mer de Charles Trenet, les chants de marins de son grand-père, puis Schubert, Ravel, Keith Jarrett ou Jeff Mills. Certaines musiques ramènent à un souvenir précis, d’autres sont simplement liées à une période de sa vie. Mais Pierre Adrian lui accorde surtout un pouvoir bien particulier : celui de nous sortir du temps. « Je trouve que la musique est peut-être l’expression artistique la plus forte, celle qui nous touche immédiatement », dit-il. Lui qui écrit « dans le silence total » explique que la musique lui permet de faire une pause dans une vie très cérébrale : « Je ne m’arrête jamais de penser, de réfléchir, et donc peut-être que justement la musique, c’est un moment qui m’arrête dans le temps. » Dans un quotidien où « on est toujours projeté, toujours à faire dix choses à la fois », elle offre une pause rare : « La musique, c’est une rencontre avec l’instant présent ».
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