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Or


Le 15 octobre, à 43 ans, Dorothée Gilbert fera ses adieux à l’Opéra de Paris sur la scène du Palais Garnier, dans L’Histoire de Manon de Kenneth MacMillan, aux côtés d’Hugo Marchand. Un choix qui tient autant à la nature du ballet, particulièrement théâtral, qu’au lien qui l’unit depuis plus de dix ans à son partenaire : « Je voulais faire mes adieux avec Hugo Marchand. On s’est rencontrés sur L’Histoire de Manon, je trouvais donc ça beau de terminer aussi là-dessus. » Pour cette dernière représentation, retransmise sur la plateforme Paris Opera Play (POP), la danseuse étoile dira plutôt « au revoir » qu'adieu », un mot qu’elle trouve « trop définitif », comme s’il n’y avait « pas de retour en arrière possible ». Alors, plutôt que de penser à ce qui s’achève, elle entend profiter de chaque instant : « Toute cette dernière saison, j’ai vraiment profité de chacun de mes spectacles. »
Car ces adieux sont aussi ceux d’une interprète qui mesure ce que les années ont changé dans sa manière de danser. Elle sait ce que son corps ne lui permet plus de faire avec la même facilité, mais aussi tout ce que l’expérience lui a apporté : « On gagne en artistique et en simplicité. » Avec la maturité, explique-t-elle, il devient plus facile d’accepter les silences, les moments où « il ne se passe rien », et surtout d’être simplement soi face au public : « C’est difficile de s’accepter, d’accepter qu’on suffise au spectateur. » Une évolution qu’elle a notamment éprouvée dans Giselle, rôle qu’elle a repris douze fois au cours de sa carrière et dont elle a dansé la dernière représentation l’an dernier. En quittant l’Opéra, Dorothée Gilbert ne renonce pourtant pas à la scène : après Garnier, elle retrouvera Manon avec Hugo Marchand au Teatro Colón en Argentine et partira danser en Guyane. Et si elle quitte le corps de ballet, elle emporte avec elle une autre définition de son titre d’Étoile : « Le titre d’Étoile, pour moi, c’est aussi être un guide. »
Depuis peu, le pianiste Emmanuel Ax est passé de l’autre côté du micro. Le musicien présente un podcast produit par WQXR, une radio new-yorkaise de musique classique. Une nouvelle activité qui lui permet de satisfaire une curiosité ancienne : « Je ne suis pas moi-même très intéressant, mais je voudrais connaître beaucoup de gens intéressants et j’ai la chance de faire ça. » Interroger les artistes lui donne ainsi l’occasion de parler de leur manière de travailler, de créer et de collaborer : « Je peux demander beaucoup de choses, j’espère, pour un public qui n’est pas seulement musical, mais intéressé un peu en musique. »
Né à Lviv en 1949, arrivé au Canada avec ses parents puis aux États-Unis, Emmanuel Ax est devenu l'un des grands pianistes de sa génération. « Je suis naturellement tout à fait Américain, mais les musiciens, je crois, sont des citoyens du monde », affirme-t-il. Interrogé sur la situation politique actuelle aux États-Unis, il reconnaît une période difficile, et pose un regard incertain sur son pays d'adoption : « Je ne comprends pas très bien quelle politique est arrivée aux États-Unis. À l'époque, quand je suis arrivé, l'Amérique représentait un rêve pour beaucoup de gens, et notamment pour les Polonais. Maintenant, c’est un temps difficile : Je ne sais pas qu’est-ce qui va se passer cette année, dans deux ans. »
Avec Yo-Yo Ma et Leonidas Kavakos, Emmanuel Ax participe depuis plusieurs années à un projet consacré aux arrangements de Beethoven pour trio avec piano. Le cinquième volume de Beethoven for Three, paru chez Sony, propose une version de la Symphonie héroïque arrangée par Shai Wosner. Une aventure née pendant la pandémie du covid, lorsque les orchestres étaient à l’arrêt : « Nous étions chez nous, nous n'avions rien à faire », raconte Emmanuel Ax. « Et Yo-Yo a toujours des idées ! Il téléphone un jour pour nous proposer cette idée. Nous l'essayons, et ça sonnait pas mal ! Alors nous avons continué. »
Entre théâtre et musique, Lambert Wilson revendique aujourd’hui pleinement sa double identité artistique. Passionné par Maurice Ravel, dont il admire "le talent d’orchestrateur ", il se passionne aussi pour le personnage derrière l’œuvre : "C’est le personnage qui m’intrigue", explique-t-il, évoquant "ce monsieur si bien mis, si étroit, fluet, si bien peigné" dont la musique est pourtant "tellement large, émotionnelle, colorée et émouvante". À l’occasion des Journées Ravel dans les Yvelines, il revient sur le concert-lecture consacré au compositeur et sur cette musique qui lui évoque "un paradis perdu". Il raconte également son rapport au chant, travaillé depuis près de quarante ans : "Je me donne l’espace de vivre ce que j’aurais peut-être dû vivre plus tôt.", avoue-t-il. Le chant et la musique qui occupent une place désormais essentielle dans son parcours, jusqu’à lui faire dire : "J’ai beaucoup plus de joie à me trouver en compagnie des chefs, des musiciens, des chanteurs."
Avec le musicien Bruno Fontaine, Lambert Wilson explore ensuite leur longue complicité artistique autour de Kurt Weill, de Gershwin et du répertoire américain. Pour le spectacle consacré à Weill, le pianiste, compositeur et arrangeur explique avoir voulu atteindre "une certaine liberté pour repasser cette musique [...] à travers mon filtre plus personnel" et avoir " tout réarrangé, réorchestré". Une liberté que les deux artistes cultivent également dans leur travail commun : Lambert Wilson décrit Bruno Fontaine comme "un improvisateur fou" et raconte avoir appris à ses côtés "à écouter", tandis que le musicien évoque "sa passion incroyable de la scène" et "son obstination".
"Cassadó: Sonate, Suite / Casals: Cello Pieces" a paru le 18 septembre sur le label Aparté.
"Et soudain, la musique" paraît le 30 septembre aux éditions Actes Sud
Avec Une nuit à l’Opéra, son nouveau disque consacré à Liszt, Jean-Paul Gasparian retrouve une passion qui remonte à l’enfance. Son père lui faisait découvrir les grands opéras en DVD, et certaines de ces œuvres restent très présentes dans sa mémoire. Aujourd’hui encore, le pianiste fréquente assidûment l’Opéra de Paris et puise dans le chant et le théâtre une partie de son inspiration.
Dans les transcriptions des airs d'opéras de Liszt qui composent son disque, il voit bien plus qu’un exercice de virtuosité : "Il se sert de tous les outils pianistiques à sa disposition pour faire renaître une deuxième fois l’opéra et l’œuvre de ses contemporains." Si, avec Wagner, Liszt reste très proche de la partition originale, il s’autorise davantage de liberté avec Verdi ou Bellini, jusqu’à recréer au piano l’univers dramatique de l’œuvre.
Car faire entendre l’opéra avec un seul piano est aussi un véritable défi pour l’interprète : "Avec le piano, on peut sonner comme un orchestre, on peut essayer de sonner comme un quatuor à cordes, comme un chœur, ou comme la voix humaine", explique le musicien. Pour trouver cette voix, il faut de la technique, mais aussi beaucoup écouter et beaucoup regarder : les chanteurs, les autres instrumentistes, les spectacles.
Chose aisée pour ce trentenaire élevé dans une famille de musiciens, son père, Gérard Gasparian, est un pianiste et compositeur d'origine arménienne et sa mère, Branka Balevic, une pédagogue formée à l'académie Gnessine de Moscou. Mais l'omniprésence de la musique n'a pas empêché le pianiste de développer un goût prononcé pour la philosophie — "la philosophie m’a fait aimer la musique davantage", avoue-t-il, faisant référence aux textes de Deleuze sur la musique.
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