Mais que faire de Georges Louis Bouchez ? C’est la question à laquelle le MR ne parvient pas à répondre. Son mandat de président arrive à échéance fin novembre et le parti est profondément divisé sur la suite. Le MR est à un tournant. Oui, l'histoire du MR est marquée depuis ses débuts par d'âpres sagas de luttes fratricides pour le pouvoir au sein du parti. Bien sûr, ces luttes existent aussi dans les autres partis, mais chez les libéraux, c'est devenu une tradition. Ces luttes sont publiques, profondes et très souvent duel, virant à la bataille clanique. On se souviendra des duels Gol-Michel père, Reynders-Michel père et fils qui ont émaillé près de 30 ans de vie politique. En 2019, lorsque Georges Louis Bouchez est devenu président, c'est parce que le leader incontesté de l'époque, Charles Michel, est parti faire carrière en Europe. Le clan Michel, qui dominait de la tête et des pieds le parti, a choisi son candidat, le candidat de l'appareil donc, Georges Louis Bouchez, qui l'a emporté contre Denis Ducarme, qui se présentait lui-même comme le candidat de la base. À l'époque, c'était très clair pour les barons du parti que Georges Louis Bouchez était "l'homme de", l'homme des Michel, un président de transition. Mais lui ne l'entend pas de cette oreille et compte bien devenir le numéro 1. Oui, c'est sa seule ambition, il ne s'en cache d'ailleurs pas. Aucune place autre que celle de numéro 1 ne pourrait lui convenir. Depuis 4 ans, il cherche donc à s'émanciper en imposant son style sans s'inquiéter beaucoup des conséquences sur la participation du MR dans les différents gouvernements. On le sait, cette stratégie a passablement énervé ses partenaires et suscité l'intervention forcée des poids lourds, tels que Borsus, Wilmès, Jeholet et Michel, afin de l'encadrer, c'est le mot qui a été trouvé, le président. Mais ces tentatives se sont révélées vaines. Georges Louis Bouchez n'a jamais dévié de sa ligne de rupture. Parce que sa ligne, ce n'était pas celle d'un président qui gérait des gouvernements, mais plutôt celle d'un président qui a mené une longue campagne de 4 ans auprès de la base du parti pour chercher une légitimité qu'il ne trouvait pas auprès des cadres du parti. Et aujourd'hui, Georges Louis Bouchez est en position de force dans le parti ? Lui, en tous cas, le pense. Il se dit que la posture radicale qu'il a suivie lui vaudra les suffrages de la base des militants. Lui qui a dit un jour "Le seul défaut de la Belgique, c'est qu'il n'y a pas d'élection présidentielle". Là, il a une élection où sa posture sarkozyste peut payer. Il n'a donc pas peur de l'élection ouverte et se permet donc de refuser toutes les tentatives de prolongation avec conditions que lui proposent les cadres, tels que Borsus, Wilmès, Michel, etc. Ils veulent éviter une guerre ouverte avant les élections, ils veulent aussi en profiter pour une nouvelle fois tenter d'encadrer leur président durant la campagne et les négociations à venir. Plus le temps passe, moins on trouve une solution, plus Georges Louis Bouchez se rapproche d'une élection qu'il est convaincu de remporter. Bien évidemment, c'est un parti. D'autres personnalités dans le parti me disent qu'il bluffe, qu'il a une base de fans, mais aussi une solide opposition parmi les militants, qu'il n'est pas du tout certain de gagner. Un ministre me disait hier, même un chien avec chapeau gagnerait contre lui. Comme dans toute négociation, on se trouve dans une phase de dramatisation. Une phase où les acteurs bluffent en se disant "ça va saigner" pour mieux rendre trop coûteuse l'absence de compromis. Mais voilà ce qui se joue. Il y a quatre ans, Georges Louis Bouchez était l'otage des barons, en particulier du clan Michel. Il ne cesse depuis lors de s'émanciper. Aujourd'hui, la question qui se pose c'est de savoir si le MR n'est pas devenu l'otage de Georges Louis Bouchez. Car lui n'a qu'une ambition, que le MR devienne son parti. Comme avant lui, le parti était celui de Jean Gol, le parti De Reynders ou le parti de Michel. Peut-être qu'il bluffe en disant qu'il serait facilemnet réélu, mais sur ses intentions, celle de régner sans partage, ce n'est pas du bluff, par contre...