Comme une traînée de poudre. La mobilisation des agriculteurs gagne un peu partout en Europe. Chez nous, des actions sont prévues en fin de semaine. Peut-elle peser sur le scrutin ? Voire faire basculer l’opinion ? C’est la crainte de nombreux partis en Europe. Le BBB Tout le monde a en tête ce qui s’est passé aux Pays-Bas. En mars de l’année passée, le BBB, le Boer Burger Beweging, le mouvement agriculteur citoyen, est devenu le premier parti du royaume. Le BBB s’était formé suite au mouvement de protestation des agriculteurs néerlandais contre l’imposition de normes limitant la pollution par l’azote. Ce qui avait frappé à l’époque, c’était la capacité d’un mouvement corporatiste, le syndicalisme agricole, à agréger avec lui de nombreux citoyens mécontents. Des mécontents envers des mesures climatiques, comme les taxes sur les carburants, l’installation d’éoliennes, mais aussi d’autres mécontents en particulier contre l’immigration, contre le manque de démocratie en Europe ou contre les élites d’Amsterdam ou de La Haye, jugée trop éloignée des préoccupations des citoyens ruraux. Le BBB n’a pas confirmé aux récentes élections nationales, mais ses thèmes ont été largement repris et exploités par Geert Wilders, le leader de l’extrême droite. En tout cas, ce mécontentement n’a pas pu être canalisé par les partis classiques. C’est la crainte des grands partis européens. Que cette colère leur échappe. Canaux et relais Oui, généralement, les grands syndicats agricoles ont des relais dans les partis de droite ou de centre-droit. C’est le cas chez nous, par exemple, entre le Boerenbond et le CD&V, et de plus en plus la N-VA. Ou dans le sud du pays entre la FWA et le MR ou Les Engagés, l’ex-CDh. Un peu partout en Europe, d’autres syndicats qui défendent les intérêts d’une agriculture moins industrielle et plus paysanne pèsent aussi avec d’autres relais. Chez nous, c’est par exemple la Fugea. Or, cette fois, cette colère pourrait bien leur échapper. Entre l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Roumanie, la Pologne, bientôt la Belgique, l’Espagne et l’Italie, les revendications varient parfois. A l’Est c’est notamment la concurrence avec l’Ukraine qui pose problème. Mais on retrouve partout dans le monde agricole le sentiment de " se faire imposer " des mesures trop drastiques dans le cadre de la transition écologique, selon la patronne de la FNSEA en France. Un sentiment encore exacerbé par le fait que des produits agricoles qui ne respectent pas ces normes en matière de pesticides ou de bien-être animal continuent d’entrer en Europe, ce qui suscite selon les agriculteurs une concurrence déloyale. À quelques mois des élections, si ce mouvement dure et échappe aux relais classiques des organisations agricoles, qui sont largement au pouvoir en Europe, il y a un risque que ce mouvement coalise dans l’opinion des électeurs qui partagent eux aussi un sentiment de ras-le-bol face aux contraintes imposées par les politiques climatiques, ou un ras-le-bol face à une Europe jugée trop libérale et pas assez protectrice. L’extrême droite à l’affût Ce qu’on a observé aux Pays-Bas, on l’observe aussi en Allemagne, en France ou en Flandre. Où respectivement l’AFD, le Rassemblement national ou le Vlaams Belang tentent de récupérer le vote des agriculteurs. Pourtant, cette colère du monde agricole n’est pas destinée à soutenir le récit de l’extrême droite. En Wallonie, par exemple, la colère des syndicats agricoles contre le CETA, le traité de libre-échange avec le Canada en 2015, avait été partagée avec d’autres organisations de la société civile et largement soutenue par le monde politique, à l’exception à l’époque des libéraux. Au fond, l’enjeu est bien la politisation du mouvement : est-ce que les grandes familles politiques, libéraux, socialistes, écologistes, communistes, démocratie chrétienne peuvent donner un sens à ce qui se passe, l’intégrer à leur logiciel, proposer des réponses crédibles ? De leur côté, est-ce que les syndicats agricoles veulent rester dans ce cadre ? Si ce n’est pas le cas, alors la situation pourrait favoriser les partis eurosceptiques et conduire l’affaiblissement de l’Europe.
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