Paul Magnette rejette finalement la loi "anti-casseur". Un coup de canif dans la solidarité gouvernementale. Un coup à gauche, alors que la position du PS était devenue petit à petit intenable. Oui, cette loi anti-casseur, portée par l'ancien ministre Vincent Van Quickenborne, prévoyait des dispositions ayant pour but de punir les casseurs lors de manifestations, en prévoyant la possibilité d'interdire à une personne condamnée pour un délit lors d'un "rassemblement revendicatif" de participer à d'autres manifestations. Depuis le début, cette limitation à la liberté de manifester a été contestée par la Ligue des droits humains, Amnesty, Greenpeace, les syndicats et la FGTB en tête, évoquant une loi liberticide. Thierry Bodson, le président de la FGTB, en a fait un combat personnel, menaçant publiquement le PS et ECOLO en leur signifiant qu'il y aurait un avant et un après en cas de vote. Comprenez, la FGTB se lancerait dans une campagne contre les partis de gauche au gouvernement alors que les élections arrivent. Le PS était de plus en plus mal pris. Il a bien demandé et obtenu des amendements au texte, mais ils n'ont pas calmé les choses, d'autant plus que le Conseil d'État vient de critiquer assez sévèrement le texte. Pour le PS, c'est un revirement. Comment expliquer ce changement d'attitude de Paul Magnette? Alors, ce n'est pas un revirement complet, puisque le PS avait déjà averti que certains éléments lui posaient problème. Mais il y avait bien eu un accord au sein du gouvernement. Accord aujourd’hui rayé d’un trait par Paul Magnette. Pour comprendre, il faut rappeler qu'au PS, cette loi faisait débat. Elle était soutenue notamment par les municipalités, les bourgmestres des grandes villes souvent confrontés à des actes de vandalisme lors de manifestations. Philippe Close, à Bruxelles, était demandeur. Mais depuis que Thierry Bodson en a fait un combat personnel, le PS était en grande difficulté. Sa position, comme nous l’avions déjà écrit en juin, était devenue intenable. Car le PS n'a pas oublié 2013. Cette année-là, un an avant les élections, Thierry Bodson avait pris en grippe Elio di Rupo, alors Premier ministre, sur la suppression des allocations d'insertion pour les jeunes chômeurs. La fronde de Thierry Bodson avait sans doute coûté quelques pourcents au PS. Le PTB avait réalisé à l'époque ses deux premiers sièges. Elio di Rupo, chose rare chez lui, avait reconnu son erreur stratégique. Le 6 janvier 2015, il avait prononcé dans "Matin Première" une contrition restée célèbre... Paul Magnette voulait éviter d'avoir lui aussi le cœur qui saigne. Oui, en quelque sorte. Paul Magnette ne pouvait pas prendre le risque d'une répétition des élections de 2014 où tout le bilan gouvernemental du PS avait été éclipsé par la suppression des allocations d'insertion. Avec un PTB désormais à 12 sièges, c'était tout simplement trop risqué Cela risque de jeter un froid dans la Vivaldi. Le MR menace déjà de bloquer d'autres accords. Oui, c'était déjà l'hiver pour la Vivaldi, mais on entre sans doute désormais dans une période de glaciation politique. Le calcul du PS est simple : certes, il risque de faire échouer plusieurs dossiers qu'il poussait encore, certes, il risque de passer pour un partenaire déloyal, mais le risque d'entrer en campagne contre la FGTB liguée avec le PTB a été jugé encore plus grand. L'hiver va être long pour la Vivaldi.