FRANCOIS : La Chine s’enfonce dans une crise économique. Elle devrait annoncer aujourd’hui un ralentissement de sa croissance au troisième trimestre. C’est un signal d’alerte important pour la deuxième économie mondiale. On va voir quelles conséquences cela pourrait avoir chez nous mais avant cela on va prendre le temps de bien comprendre. C’est l’heure des comptes. Aline Delvoye que de passe-t-il exactement en Chine ? Aline : La première raison de cette crise c’est la dégringolade du secteur immobilier. Il faut dire qu’il représente 25 % de l’économie chinoise. Depuis deux ans, les plus gros promoteurs chinois sont au bord du précipice, ils ne parviennent plus à rembourser leur dette. Certaines de ces sociétés ont une dette équivalente à la dette grecque. On parle de plusieurs centaines de milliards d’euros. Ce sont des entreprises monumentales qui emploient directement ou indirectement des millions de personnes. FRANCOIS : Et comment ça se fait que ces géants de l’immobilier se cassent la figure ? Depuis les années 1990, le secteur immobilier connait une croissance folle en Chine dopé par la démographie. 1 ménage sur 5 qui habite en ville est multipropriétaire. Pendant des années, les promoteurs immobiliers lèvent facilement des fonds pour de nouveaux projet en empruntant auprès des banques ou en vendant à l’avance des logements sur plans . Il y avait beaucoup trop de crédits disponibles et des entreprises ont construit alors même que la demande n'était plus là. On estime qu’il y a deux ans, on construisait deux fois trop par rapport à la demande. FRANCOIS : Et donc, il y a eu une bulle ? Oui une bulle spéculative qui a commencé à se fissurer quand le gouvernement chinois a décidé de resserrer la vis. Il y a trois ans, il a restreint les accès aux crédits, ce qui a plongé de nombreux promoteurs immobiliers dans les difficultés. FRANCOIS: Les promoteurs ont donc abandonné des centaines de chantiers en cours. Que sont devenus tous ces logements vides ou inachevés? Le gouvernement chinois intervient au compte-goutte pour les terminer quand on ils déjà été vendus mais c’est un fameux manque à gagner pour ces autorités publiques. Et c’est une deuxième explication à cette crise chinoise. Les provinces chinoises tiraient revenus de la vente de terrains à ces promoteurs immobiliers. Avec la crise immobilière, elles ont donc perdu une part importante de leurs recettes. A cela il faut ajouter que la crise du covid et les mesures prises ont couté beaucoup d’argent aux gouvernement locaux. Or ils ont besoin d’argent pour rembourser car ils sont très endettés. En effet, poussés par Pékin, les gouvernements locaux ont beaucoup emprunté pour financer les infrastructures et soutenir la croissance. Dans cette situation, certaines provinces manquent aujourd’hui de liquidités et appellent le gouvernement central à l’aide. FRANCOIS : Des promoteurs immobiliers exsangues, des gouvernements locaux en manque de liquidités et des banques chinoises qui doivent gérer les défauts de paiement. Est-ce que cette crise, pourrait comme en 2008, lors de la crises des subprimes aux Etats-Unis, pourrait toucher le monde entier ? Alors sans doute pas directement d’un point de vue bancaire. En dehors de la banque britannique HSBC, dont le principal investisseur est un assureur chinois. Les banques européennes ne sont pas étroitement liées aux banques chinoises. Ecoutez Pascal Coppens ; il est sinologue, auteur et conférencier et s’intéresse particulièrement à l’économie chinoise. ¨ (( BANQUES CHINOISES : PROBLEME INTERNE SI CROISSANCE)) ((« les banques sont surtout des banques d’état ; c’est un problème domestique … tant qu’il y a de la croissance on peut payer les dettes. Le problème c’est que la croissance est en berne.)) Effectivement la croissance de la Chine ralentit au troisième trimestre. Les analystes ont récemment abaissé les prévisions de croissance de la Chine pour 2023 à 4,5 %. C’est très peu pour la Chine qui a toujours été bien au-delà de 5 % en dehors du covid. FRANCOIS : Mais donc, pas de risque chez nous ? C’est une crise qui reste cantonnée à la Chine ? Ce n’est pas aussi simple, parce que si on a très peu de connexions bancaires avec la Chine, on en a beaucoup au niveau commercial, la Chine c'est atelier du monde et cet atelier tourne au ralenti. écoutez Pascal Coppens. ¨ ((« IMPACT DE LA BAISSE DE PRODUCTION EN CHINE : le usines produisent moins, plus lentement et les prix des produits chinois augmentent »)) Ce n’est pas franchement une bonne nouvelle quand on sait notre économie est liée à la bonne santé de l’économie chinoise. Au cours de la dernière décennie, la Chine a été à l’origine de plus de 40 % de la croissance économique mondiale dont 9 % pour la zone euro.