Midi Bascule

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  • S3E31 Reportage - Que pensent les libraires des sensitivity readers?

    De quel oeil a-t-on vu la démarche de Kevin Lambert, mais aussi des relectures d’ouvrages classiques qui ont piqué certaines personnes? Lucie Eidenbenz est allée enquêter auprès des libraires Le Temps d’un livre et Atmosphère.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 14 juin 2024

    Publiée le 20 juin 2024

    Crédits photo: Le temps d'un livre

    7 min
  • S3E30 Interview - Former les graphistes de demain avec Dimitri Broquard

    Un style reconnu



    Le graphisme est une discipline qui a sa place dans les cursus de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève. Le responsable du département communication visuelle de l'école, Dimitri Broquard, revient sur le graphisme suisse et sa notoriété. Également appelé style international, le graphisme suisse est rigoureux et structuré et a été créé dans les années 1950. L'uniformisation du style permet de laisser la place à l'information pure. Ainsi, la forme est simplifiée autant que possible, les typographies sont neutres.



    Apprendre le graphisme



    Les étudiant·e·s de l'HEAD apprennent, entre autres, à se familiariser avec le graphisme suisse. Un autre aspect du métier est essentiel, celui de la prise de position:




    Les étudiant·e·s doivent avoir un regard critique, s'ils n'apprennent que des méthodes et outils de travail, nous formons des technicien·ne·s.




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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 7 juin 2024

    Publiée le 18 juin 2024

    Crédits photo: DR

    10 min
  • S3E31 Intégrale - Les sensitivity readers

    Réécrire, adapter ou censurer?



    La société londonnienne Inclusive Minds a récemment réédité des œuvres de Roald Dahl, avec à la clef plusieurs centaines de changements dans le texte original, un traitement qui a fait polémique et suscité la consternation de Salman Rushdie par exemple. Dans L’homme surnuméraire, publié en 2017, l’écrivain français Patrice Jean attribuait à l’un de ses personnages, chômeur, un nouveau job dans une maison d’édition: celui de réécrire les textes classiques en les édulcorant pour qu’ils n’indisposent pas les sensibilités contemporaines. Il ne se doutait pas que le temps allait lui donner si vite raison.



    Quelques mois plus tard, le metteur en scène Leo Muscato changeait la fin de l’opéra Carmen: puisqu’il lui semblait inconcevable que l’affaire se termine sous les applaudissements après le meurtre de Carmen par Don José, c’est finalement l’héroïne de Bizet qui allait faire la peau de Don José. Réécriture scandaleuse, liberté coupable prise par rapport à l’original? Si on répond par l’affirmative, est-ce qu’on n’oublie pas qu’un certain Olivier Py avait déjà modifié la fin de l’opéra dans l’une de ses mises en scène, Carmen se relevant de son trépas et abandonnant Don José à son triste sort? Et au fond, quel est l’objectif de ces relectures sensibles? Quel est l’intérêt, quelles sont les limites et les risques d’une telle pratique?



    Un nouveau métier de l'édition



    Stéphane Bovon est éditeur et écrivain, c’est l’une des têtes fumantes qui se cachent derrière la très recommandable maison veveysanne Hélice Hélas. Il est également scénariste, enseignant, auteur de romans graphiques et du colossal Cycle de Gérimont, un cycle dystopique en plusieurs volumes qui nous plonge dans une Suisse submergée par la montée des eaux. Il s'exprime sur le sujet des lectures sensibles, une idée qui n'est pas si nouvelle que cela, puisque retoucher des œuvres pour ne pas heurter les contemporains est une pratique assez ancienne. Lorsque qu'un auteur écrit un personnage médecin légiste ou physicien quantique, il est tenté de faire relire le manuscrit par un spécialiste en anatomie ou en physique quantique et ça ne choque personne. Qu’est-ce qui fait que dans le cas de la relecture sensible, la réaction de pas mal de monde est bien plus hostile?



    Candice Savoyat s’y est intéressée de près. Elle a essayé de démêler le vrai du faux, d’en comprendre les rouages et ce n'est pas chose facile. Dans les librairies genevoises, qu’en est-il de la polémique des relecteurs et relectrices sensibles? De quel oeil a-t-on vu la démarche de Kevin Lambert, mais aussi des relectures d’ouvrages classiques qui ont piqué certaines personnes? Lucie Eidenbenz est allée enquêter auprès des libraires Le Temps d’un livre et Atmosphère.



    Sensibilité et accessibilité



    Ludmilla Reuse est comédienne, autrice et metteuse en scène. Après des études à l'Institut National Supérieur des Arts du Spectacle à Bruxelles, elle revient en Suisse, où elle est aujourd’hui directrice de la Cie 2LA. Son travail explore en particulier les formats interdisciplinaires, avec un focus sur la participation du public, son ressenti et son expérience dans l'espace fictionnel. Elle partage sa vision de la lecture sensible. Si l'on ne doit pas oublier que dans une fiction, le narrateur n’est pas forcément l’auteur, qu'il n’est pas son porte-voix ni son double et que les convictions d'un auteur peuvent être aux antipodes de celles de son protagoniste, Ludmilla Reuse explique que l'objectif du lecteur ou de la lectrice sensible est de rendre une œuvre accessible au plus grand nombre, afin que celles et ceux qui, sans cette relecture, n'auraient pas pu s'identifier aux personnages ou à l'intrigue puissent le faire.



    Le métier de lectrice ou de lecteur sensible semble à la fois plein de mérites et de bonne volonté, dans le sens où il nous aide à prendre conscience des stéréotypes que nous véhiculons parfois inconsciemment, et comporte dans le même temps des risques proches de la censure ou de l’autocensure, car sa généralisation ferait planer comme une épée de Damoclès sur la tête des artistes. L’une des vertus, l’une des qualités les plus éminentes du romancier ou du dramaturge, c’est la capacité d’inventer d’autres subjectivités que la sienne. Cela ne signifie pas que tout et n’importe quoi peut être dit, mais cela implique par principe que l’écrivain doit être libre de sortir de lui-même.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 14 juin 2024

    Publiée le 14 juin 2024

    Crédits photo: DR

    57 min
  • S3E30 Interview - Communication et culture, avec Hamoudi Shubber et Sonia Dominguez

    Lier art et marketing



    Le graphisme est une profession à la croisée des chemins entre beaux-arts et désirs capitalistes. Le fondateur et directeur de l'agence de communication Yomira Studio Hamoudi Shubber explique son attrait pour ce domaine. Yomira Studio est fondée en 2017 et se veut audacieuse, engagée et humaine. Pour son fondateur, l'agence est un pont entre le créatif et le commercial. Il faut comprendre à la fois le monde du graphisme et celui du marketing:




    Faire bouger les choses et ne pas simplement remplir un cadre.




    Être graphiste en Suisse



    Sonia Dominguez est une graphiste diplômée en 2012 de la HEAD, une expérience qui lui a permis, comme à d'autres étudiant·e·s, d'effectuer des mandats professionnels en cours d'étude. Elle se lance ensuite dans l'indépendance et collabore notamment avec L’Orchestre de Chambre de Genève, la fondation ForPro, la fondation Le Plaza, la HES-SO Genève, le CICR et la Comédie de Genève. Elle observe aujourd'hui les différences de pratiques selon les villes suisses:




    À Genève, on ose peut-être moins sur certaines choses.




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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 7 juin 2024

    Publiée le 12 juin 2024

    Crédits photo: Hamoudi Shubber © Aurlien Bergot et Sonia Dominguez @ Jennifer Suvannasorn

    25 min
  • S3E30 Reportage - Rien n’est une stratégie de communication

    Riens, le titre de leur exposition actuelle, s’impose comme un défi, un appel à la curiosité, une provocation. Parce qu’en termes de stratégies de communication, ils s’y connaissent... Lucie Eidenbenz nous emmène découvrir la proposition originale du musée.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 7 juin 2024

    Publiée le 10 juin 2024

    Crédits photo: Lucie Eidenbenz

    7 min
  • S3E30 Chronique de José - Ode à la joie, la vraie

    Salut à toi qui a assez de puissance de joie en toi à opposer au flux acharné de démoralisation humaine qui nous parvient quotidiennement avec une intensité qui ne fait que s’accroître. Et je ne parle pas de cette joie qui ne peut se maintenir que parce qu’elle s’applique à faire l’économie d’un affrontement avec tous les désagréments géopolitiques et sociaux, industriels et climatiques, susceptibles de l’amoindrir. Que vaudrait une joie qui ne devrait son existence qu’à la condition de perdre le réel de son déni, qu’à la condition de jeter le monde tel qu’il apparaît dans une béance où la perception s’amoindrit et se dissout, à l’exception de tous les succédanés de consolation où elle peut seule se loger?



    Raisonnements fallacieux de confort, industries du divertissement, du sport spectacularisé, consommations compulsives, des marchandises et des êtres, demandes effrénées de l’attention sur soi seul, narcissismes de compétition, jeux sociaux de dupes accélérés par le développement illimité des modes d’existences numériques, promises à toujours plus de performativités conditionnées. Nous savons de plus en plus exister sous ces techno-aspects. Mais savons-nous encore voir? Ou même lire:



    Il faut toujours dire ce que l’on voit: surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit, écrivait Charles Péguy en 1910, cité par l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau en ouverture de son bouleversant opuscule consacré au Rwanda Une initiation.



    Voir ce que l’on voit - tous domaines confondus. Comme par exemple que le rythme du réchauffement climatique est plus rapide que jamais, qu’il se traduit par des canicules extrêmes en Inde, où à New Delhi les températures sont supérieures à 49 degrés, tuant plus de 50 personnes en 3 jours. Qu’elles sont de plus de 52 degrés au Pakistan, dépassant de six à huit degrés les normales saisonnières. Qu’un nouveau record de chaleur au Mexique a provoqué la mort de 48 personnes à Mexico et que le pays s’attend à de nouveaux records de températures dans les prochaines semaines, pendant qu’ici ça cafardait sous la pluie en attendant les J.O. et l’été dans l’espoir que d’autres records plus festifs soient battus et pas seulement, mois après mois, les records des températures globales.



    Voir ce que l’on voit. Qu’en Suisse, qui se félicite d’être une patrie du droit international, le Conseil des États s’est ligué contre les avis de la Cour européenne des droits de l’Homme, après que le pays ait été condamné par elle pour inaction climatique. La Suisse l’accuse d’outrepasser ses compétences, barrant ainsi la voie à une extension de la condamnation et donc de l’action climatique cohérente à d’autres pays. Orgueil démesuré des patriotismes de catastrophe, prospérité économique du désastre. Offensés de l’action responsable, fossoyeurs patentés de l’avenir munis de mandats électoraux en bonne et due forme, comme il vous est difficile de voir ce que l’on voit.



    Egos nationalisés sur la défensive permanente, comme par exemple, de l’autre côté de l’Atlantique. La chambres des représentants des États-Unis exigeant l’instauration des sanctions contre les membres de la Cour pénale internationale après sa demande de mandats d’arrêt contre des dirigeants israéliens pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, invalidant dans le même temps les mandats d’arrêt émis par elle contre les dirigeants du Hamas.



    Voir ce que l’on voit, que l’on assiste à une volonté partagée et issue des rangs occidentaux d’affaiblissement et de discrédit de nos propres dispositifs de droit international, enfantés dans les douleurs et les effarements de l’après Seconde Guerre mondiale, lorsque l’on s’est enfin efforcé de voir ce que l’on voit. Les agonies, les exterminations, les génocides. Et que pour conjurer ces morts et dans l’espoir qu’elles n’adviennent plus a émergé, dans un long processus de jurisprudence, le droit international. Ses objectifs et ses tragiques limites, sabotage concerté de nos seules instances en humanité, un comble total.



    Nous démondialisons nos valeurs dans la fierté et l’arrogance, dans l’isolement et le discrédit généralisé, mais certainement pas dans la joie. Aucun être authentiquement tourné vers la joie ne peut ni les accomplir, ni les cautionner, ni détourner les yeux. Elles sont le fruit d’un voir de cécité et pas d’un voir ce que l’on voit. La joie qui nous constitue humainement est la force de voir le monde tel qu’il va et de lui opposer en puissance ce que nous sommes, où ni la mort, ni le déni, ne peuvent avoir leur place.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 7 juin 2024

    Publiée le 10 juin 2024

    Crédits photo: Anne Bouchard

    6 min
  • S3E30 Intégrale - L'impact des visuels culturels

    Quand l'image divise



    Les Bains des Pâquis avaient annoncé leur calendrier de l’avent artistique via une image qui montre une Vierge auréolée tenant dans ses bras un paresseux à la place de l’Enfant Jésus. Certains ont crié au blasphème. La scène Ella Fitzgerald lance sa saison estivale à venir avec une affiche contenant un brocoli et une orange que d’aucuns qualifient sur les réseaux sociaux d’assez moche. Les exemples sont nombreux.



    La communication culturelle



    Pourquoi ces posters suscitent-ils tant de réactions? Certaines campagnes publicitaires pour des produits de consommation courante sont autrement plus choquantes et pourtant personne ne s’en offusque. Pourquoi ce qui est accepté à des fins commerciales ne l’est pas pour des activités culturelles? Pour remplir sa salle, un théâtre doit bien toucher son public, d’une manière ou d’une autre. Comment d’ailleurs les institutions arrivent-elles à marquer les esprits et à développer une identité visuelle qui leur est propre? Les codes utilisés seraient-ils les mêmes dans les secteurs de la vente et de la culture?



    Des métiers de l'image



    Le graphisme est une profession à la croisée des chemins entre beaux-arts et désirs capitalistes. Le fondateur et directeur de l'agence de communication Yomira Studio Hamoudi Shubber explique son attrait pour ce domaine. Yomira Studio est fondée en 2017 et se veut audacieuse, engagée et humaine. Pour son fondateur, l'agence est un pont entre le créatif et le commercial. Il faut comprendre à la fois le monde du graphisme et celui du marketing:




    Faire bouger les choses et ne pas simplement remplir un cadre.




    Le graphisme est une discipline qui a sa place dans les cursus de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève. Le responsable du département communication visuelle de l'école, Dimitri Broquard, revient sur le graphisme suisse, notamment sur la notoriété du style international, rigoureux et structuré, créé dans les années 1950. Sonia Dominguez est une graphiste diplômée en 2012 de la HEAD, une expérience qui lui a permis, comme à d'autres étudiant·e·s, d'effectuer des mandats professionnels en cours d'étude. Elle observe aujourd'hui les différences de pratiques selon les villes suisses:




    À Genève, on ose peut-être moins sur certaines choses.




    José Lillo propose une ode à la joie, la vraie, tandis que Lucie Eidenbenz nous emmène à l’exposition RIENS, au Musée de la communication, à Berne. Le titre de cette exposition, s’impose comme un défi, un appel à la curiosité, une provocation.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 7 juin 2024

    Publiée le 7 juin 2024

    Crédits photo: Affiche du calendrier de l'avent des Bains des Pâquis 2023 © Cédric Marendaz


    56 min
  • S3E29 Chronique de José - Plaidoyer pour l’humanité

    Salut à toi qui, comme moi, devant l’incapacité des mots à restituer un univers de sens et d’émotions à la hauteur de l’horreur des faits et des images qui nous parviennent à flux continu depuis l’actualité de notre monde, réfrènes à grand peine l’expression de plus en plus pressante d’un simple cri pour tout résultat de pensée. Misère du chroniqueur qui articule du langage là où la dignité exigerait que la chronique de notre temps dans son présent immédiat soit l’exacte réplique de l’épouvante et du dégoût qu’il inspire. Un cri assidu, ininterrompu, inéluctable. Mais, comme toi qui m’écoutes, je suis le produit d’un processus de civilisation qui a institué le Logos en tant qu’instance de médiation de soi à l’autre, et même de soi à soi pour tout ce qui relève du sens.



    Le sens, c’est ce qui vient à manquer désormais et c’est exactement là que vient se loger le cri, dans la révélation de ce qui n’a pas de nom, qui ne peut relever par les mots que des catégories conceptuelles, que la rationalité n’épuise pas, ni n’impose. D’où ces perpétuelles querelles philologico-juridico-sémantiques où tout et son contraire peut être prouvé, argué, contesté, démoli, sans que les faits hors les mots en soient inchangés.



    Néanmoins, il arrive que dans les milliers de milliers de phrases, de commentaires, d’analyses, d’informations, de contre-informations, par lesquels nous cherchons à nous orienter et renouer avec un minimum de cohérence commune, partageable, universalisable, surgisse soudain un segment de sens indestructible.



    Assassiner des enfants, causer leur mort, cela ne fait pas sens, il n’y a aucun sens dans des opérations qui incluent le meurtre d’enfants, leur mise à mort.



    Je cite la phrase de mémoire, entendue dans l’une des nombreuses conférences disponibles sur le net de son auteur. Elle est issue de l’un des plus grands historiens contemporains français du nazisme, j’ai nommé Johann Chapoutot. Il faut prendre la mesure d’une telle affirmation et il n’y a aucun doute qu’elle ait été pensée par lui comme paradigmatique. Reconnu comme l’un des experts mondiaux du nazisme, la singularité de Johann Chapoutot dans son apport majeur à notre connaissance de la période consiste à avoir travaillé à reconstituer l’univers culturel et mental du nazisme et à nous donner à percevoir sa répugnante logique interne, en se plongeant dans les archives, les documents, lettres, textes et discours qui en reconstituaient les processus de causalités, les adhésions à un univers de sens dévoyé, l’élaboration progressive de la déshumanisation de l’ennemi et les instrumentalisations forcenées de la rationalité ayant abouti à une normalisation collective et donc à une application désinhibée de ce que nous nommons désormais crimes contre l’humanité.



    Car c’est bien un faisceau de sens qui rend les crimes de guerre possibles, qui les légitime pour les assassins, là où cela ne devrait précisément pas faire sens, en aucun cas. C’est bien un univers culturel, aussi douloureux cela soit-il à admettre, une vision du monde dans l’entrelacements de récits élaborés à cette fin qui permet de persuader leurs auteurs et contempteurs que, par leur signification, leurs actes inhumains sont nécessaires et dignes et que les indignations qu’on leur oppose sont relatives et incompréhensibles, malintentionnées.



    Rien ne légitime la tuerie d’enfants.



    Il n’y a pas de sens à ça. La présence de la construction d’un sens pour la légitimer est en elle-même un élément de non-sens, un élément de nihilisme. La marque d’un dévoiement hors de l’humanité. Et il faut tenir ferme le mot humanité dressé comme un rempart contre l’horreur en cours et à venir, contre toutes les forces insidieuses agissantes en nous et hors de nous qui nous mèneraient, par désespoir, à en abolir la notion, car notre perte alors serait totale.



    Il faut parvenir à penser qu’il n’y a pas de sens au massacre d’enfants. Des opérations de guerre incluant la mort inévitable et intensive d’enfants, leur mise en famine, l’assassinat indirect d’enfants par bombardements incessants, le démembrement de leurs membres, cela n’a pas de sens. Il faut comprendre que le sens justificatif par lequel il est tenté d’effacer l’abomination de ce crime n’en est pas un.



    Il n’y a là qu’un nihilisme forcené où gît un cri.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 31 mai 2024

    Publiée le 3 juin 2024

    Crédits photo: Anne Bouchard

    5 min
  • S3E29 Intégrale - Spéciale podcast: Histoires de cris

    Lutter contre le cri



    Il existe des défouloirs reconnus: les stades, les concerts, les manifestations. Mais attention, celle ou celui qui se permet de brailler hors de ces espaces sera mal vu. Il s’agit de lutter contre une nature animale portée vers les sens et l’excès. Que faire alors lorsque le cri est salvateur? Lorsqu’il prévoit un danger ou libère d’un chagrin? Certaines personnes ont tellement appris à retenir ce son qu’elles deviennent incapables de le produire lorsque cela serait bénéfique pour elles.



    Comprendre le cri



    Amélie Charcosset est la créatrice du podcast Histoires de cris, qui a remporté l’appel à projets Radio Bascule 2023. Dans sa création sonore, l'autrice et animatrice d’ateliers d’écriture explore les cris que l’on porte en nous, ceux qui nous hantent, ceux qui sortent ou pas, ceux qui heurtent. Elle a recueilli plus d’une trentaine de récits pour tenter de comprendre d’où ils viennent et pourquoi il est parfois difficile de les expulser.




    Quels cris est-ce qu’on porte en soi? Qu’est-ce qu’ils racontent de nous? Comment fait-on pour les laisser sortir? Et pourquoi est-ce que c’est si difficile? Comment est-ce qu’on vit avec nos cris, et est-ce qu’on peut se réconcilier avec eux?




    Comme une tentative de réconciliation avec nos beuglements, elle entremêle les témoignages, accompagnée de Jeanne Thomas au mixage et à la conception sonore. Parfois joyeux, d’autres fois colériques ou tristes, ils se répondent et forment à eux tous, une seule et même voix.



    De son côté, José Lillo réprime lui aussi un cri face à l'actualité glaçante.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 31 mai 2024

    Publiée le 31 mai 2024

    Crédits photo: Histoires de cris

    53 min
  • S3E28 Interview - Le rapport au corps sur les planches, selon Viviana Aliberti

    Renouer avec le corps



    Viviana Aliberti est comédienne, elle a débuté sa carrière dans les années 1970 et a joué sans bénéficier de l'appui de coordinateurices d'intimité. Enseignante de théâtre à l'Ecole de Culture Générale durant plusieurs années, elle a pu observer le rapport au corps, envahi par la gêne, des jeunes de 15 à 21 ans. Avant même de se lancer dans l'improvisation, l'échauffement est une épreuve difficile: marcher dans la salle et croiser le regard des camarades, respirer sans dissimuler le bruit produit, ce n'est pas chose facile pour les élèves, comme pour la plupart des gens.




    Le corps, c'est tout.




    L'intimité au théâtre



    Malgré la gêne, les jeunes l'ont à plusieurs reprises questionnée sur son métier: est-ce qu'elle embrassait sur scène? Si ça lui est arrivé, ce n'était pas sans un certain malaise, qui pouvait être brisé par la discussion et des jeux exorcisant l'embarras.




    L'intime c'est extrêmement simple mais c'est complexe.




    L'important lorsque des scènes intimes sont présentes, c'est qu'elles soient justifiées par le scénario. Viviana Aliberti se souvient avoir refusé certains rôles, même principaux, pour cette raison.



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    Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 24 mai 2024

    Publiée le 27 mai 2024

    16 min

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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?