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Or


L'invité fil rouge de cette émission sur la dystopie est l'écrivain, essayiste et géographe André Ourednik. Un de ses derniers essais est notamment consacré à la notion d'hypertopie: l'idée d'un lieu tellement surchargé d'informations qu'il s'effondre sur lui-même, ses habitants étant alors incapables de se projeter et d'imaginer un avenir. Entre la mémoire collective, les falshs infos du monde entier, et les injonctions publicitaires, on serait ainsi comme pris dans un trou noir d'informations dont on ne serait plus en mesure de sortir.
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Pour cette émission sur les dystopies, on accueille par téléphone l'auteur et dessinateur français de bandes-dessinées Benjamin Adam. En 2019 il co-crée la BD Soon: on est en 2151 et la Terre vient de traverser un siècle de cataclysmes et d'épidémies qui ont décimé la quasi totalité de la population. Rencontre et discussion autour de l'art dystopique.
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Vous m’avez fait peur Midi Bascule, un moment j’ai cru qu’on était reparti sur une émission de danse de couple, « la discopie », mais abordée sous l’angle du regard: le discoscope, genre, ch’ais pas, un dôme dédié où tu peux mater des couples danser du disco, un truc un peu chelou mais bon, l’époque est chelou, alors pourquoi pas, je juge pas. Mais non, il a suffi d’une lettre pour que je me foute dedans, il s’agissait bien de dystopie et non de discopie, ouf, soulagement. Alors bon, entrons dans le vif du sujet, la dystopie, c’est quoi ?
Ce sont des récits de fiction qui ont pour fonction d’appréhender le réel et de le rendre intelligible lorsqu’il tend vers des formes d’organisation que nous avons le devoir moral et collectif de ne pas faire advenir. Je veux dire, si on a encore quelque estime pour la notion de liberté, au sens intrinsèque de ce mot, et d’inviolabilité de la vie, organique et psychique, au moins comme principe général de conduite dans l’existence tant pour soi que pour les autres.
Ça va ? Vous êtes encore là ?
Vous cherchez la blagounette ? Y’en a pas. Désolé. Pas envie. On est à moins d’une semaine de décembre et j’ai besoin de décharger. Après, promis, pendant un mois ce sera esprit de Noël en veux-tu en voilà, mais là, vu le sujet et l’actualité du sujet, juste non. Soyons darks, soyons conséquents.
Et donc, je reprends
Toutes les œuvres qui autrefois relevaient d’une pop culture joyeuse, avec laquelle on jouait à se faire peur en présentant le futur sous un jour cauchemardesque et dont la fonction devait permettre de conjurer dans le présent les périls de l’avenir, sont aujourd’hui devenues une sorte de tutoriel à ciel ouvert pour tout ce qui est en cours. Pour une raison simple, c’est que la technologie s’est suffisamment développée pour que soient désormais applicables des techniques de contrôle et de domination relevant autrefois de la pure science-fiction.
Attention, je ne dis pas que la technologie c’est mal, je dis que quand on invente la bombe atomique, en général, c’est pas pour réchauffer de la tisane.
Enfin, quand je dis « on », c’est une façon de parler, je suis pour ma part tout à fait incapable d’inventer le moindre truc qui serve à quoi que ce soit. Non, moi, si faut faire un tri parce qu’on est trop avant d’embarquer dans l’Arche spatiale d’Elon Musk pour déterminer qui on prend d’utile pour rebâtir la civilisation sur une autre planète après avoir massacré celle-là, je me fais illico direct débarquer à quai. Ou alors je finis dans le frigo à l’état de victuailles pour le trajet.
Je suis comme la plupart d’entre vous, auditeurices. Je vis dans la dépendance technologique. Ma batterie de téléphone portable s’éteint, et, tout de suite, c’est comme si je faisais plus partie des vivants et que j’allais me recevoir un coup de sabre de Michone dans Walking-Dead.
C’est quand même pathétique de dépendre d’un machin qui a foutu un tel souk dans à peu près tout, qui récolte en permanence tellement de données sur toi et moi que les data center où elles sont stockées en savent plus sur nous que nos pères et nos mères et nos potes et nos amours et nous-mêmes et que tout ça est revendu au plus offrant.
Si ça c’est pas du dystopique passé dans le réel, ça. Si c’est pas du 1984 appliqué à la lettre. Et ça s’arrête pas là.
Dans le genre programme dystopique, Reworld Media, tu connais ? Le leader français des médias thématiques. La ligne éditoriale de Reworld : la fusion de la publicité et de l’information. Sa technique ? Le rachat à tour de bras de titres de presse en situation de précarité financière: Vous n’êtes pas sans savoir que depuis l’avènement du web, il y a une crise du modèle économique de l’information. Résultat: des monstres dystopiques comme Reworld naissent. L’info devient la com du produit que l’annonceur finance. Fin du journalisme. Après rachat, le même scénario se répète invariablement : démission en masse des rédactions de journalistes tombés dans les mains de Reworld. C’est arrivé de façon spectaculaire avec Science & Vie, c’est arrivé la semaine dernière avec Gamekult, bastion majeur de l’esprit de fronde et de la presse vidéoludique critique depuis 22 ans qui a héroïquement décidé de se saborder par déontologie dans un live d’anthologie sur le net, plutôt que de plier l’échine. Big hug à Puyo et Lepère. Sanction de Reworld: tous les journalistes ont été démis de leur fonction avant terme et prié de de dégager en quelques heures de la rédaction avec pour ordre de ne plus y remettre les pieds. Ce qui était un site de référence incontournable pour les gamers va être converti en putaclic, expression consacrée pout désigner un contenu dont le titre ou l'aperçu sont construits pour inciter au clic, de manière trompeuse ou excessive, et engendrer du fric et des profits à court terme tout en détruisant la marque du média racheté. Sur les réseaux sociaux la violence des méthodes de Reworld a engendré un raz-de-marée de désabonnement du site et de ses flux d’actualité en signe de solidarité et de soutien à la rédaction de Gamekult. Mais Reworld n’en a rien à battre puisqu’il ne vise pas un public critique ni passionné mais au contraire une clientèle façonnable avec dans sa mire principale les plus jeunes et l’extermination du journalisme et de l’esprit critique pour les remplacer par du placement de produits.
Le scandale de la mise à sac de Gamekult par Reworld a beau avoir été relayé sur Libé, Le Monde, Canal, France Inter et à l’international, le secteur du jeu vidéo a beau générer des milliards et des milliards, sa presse critique en France est aujourd’hui à terre. Et c’est à très court terme la menace qui pèse sur la plupart des secteurs d’information. Je vous passe la censure préventive dont a été victime cette semaine Médiapart mais rien que l’expression: censure préventive, indique bien que le caractère dystopique de la chose a fait son entrée dans la réalité.
Je ne sais pas, chères auditeurices, si de là où vous êtes, vous mesurez l’ampleur de la catastrophe et de la transformation en cours du monde. Chacun de nous est désormais de l’obsolescence en sursis, à moins de se plier et de vendre son âme à l’impérialisme dystopique
Je ne sais pas si c’est réac de dire ça, mais si réac signifie je-suis-pas-très-à-l’aise-avec-le-monde-de-merde-actuel-ni-celui-qui-vient, alors, réac is the new cool, mes amis.
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Rachel Maisonneuve est partie en initiation «Cueillette sauvage» avec Parîs et Can-Can (dit San-san) dans une forêt genevoise pour découvrir le réensauvagement: un mode de vie en quasi autonomie loin de la ville, des files d'attente et des voitures.
Moi qui ai un vieux fond anar et qui aime la science-fiction, autant vous dire que le sujet du jour m'insire. Et plutôt cent fois qu’une! D’autant plus que l'hypothèse du jour est super déstabilisante. Ainsi, à entendre mes collègues, on ne serait pas seulement environné de représentations littéraires et cinématographiques dystopiques, mais on vivrait concrètement en pleine dystopie, en plein effondrement. La vache, c’est flippant comme perspective. Mais… est-ce vrai pour autant ?
Pour répondre à cette épineuse question, j’ai mené une enquête d’une rigueur scientifique carrément raoultienne: recours au doigt mouillé, à l’infaillibilité papale et à des intuitions géniales, forcément géniales. Il n’en faut pas plus pour faire un chercheur de classe mondiale.
Pour sauter d’emblée à la conclusion, oui, nous vivons de fait en dystopie. Voilà. Merci de votre attention, à dans deux semaines.
Ah? Vous en voulez encore? Eh bien voici l’histoire de quelques preuves du bien-fondé de ce constat: nous barbotons dans la dystopie. La nôtre, de dystopie réelle, elle a une couleur idéologique assez classique: elle est libérale. Pas au sens philosophique, attention, au sens platement économique. Elle semble animée par un seul mantra: tout doit disparaître. Elle a aussi une couleur tout court. Dois-je rappeler quel jour nous sommes? Mais oui bien sûr le noir, le black, vendredi et pour tous les autres jours de toute notre vie.
Bien. Notre dystopie réelle a également ses totems. Par exemple les caisses à parlotte introduites récemment par une fameuse marque de supermarchés. Oui, des caisses de magasin avec des hôtes et hôtesses de caisse entièrement dévolus au fait de tailler une bavette avec les clients, en plus de scanner leurs articles. Des caissiers-hommes de compagnie, en somme. Alors j’en parlais l’autre jour avec mon boucher-confesseur, cassant au passage les noix des 14 clients dans la file derrière moi. Je lui disais, à mon boucher, c’est quand même symptomatique du désespoir existentiel le plus abyssal que de vouloir aller confesser ses péchés en même temps que tu achètes une entrecôte. Non? C’est pas la preuve d’un manque atroce d’interactions sociales? Mais si, bien sûr que si ! J’ai d’ailleurs compris à quel point on déconnait collectivement quand j’ai demandé à mon psy s’il pouvait pas me dealer un rumsteak. Evidemment, il a tiqué, vu qu’il est pas psy-boucher mais psy-coach en bonheur et qu’il vend des séminaires ou un accompagnement individuel mais pas de la bidoche !
Notre dystopie réelle a aussi ses outils de contrôle et son credo particulier. Le credo il est simple : tous à poil. Oh pas au sens littéral, rêvez pas, moi j’aurais préféré mais bon. En guise d’illustration, songez aux émissions de téléréalité, qui réalisent le rêve carcéral de Bentham, la prison panoptique, la prison parfaite où les détenus ne peuvent pas échapper un seul instant aux regards de leurs geôliers… Tous à poil, tous transparents, grâce aux mailles serrées des filets médiatique et numérique. C’est pas pour dire mais comparé à Google et consorts, qui nous connaissent bientôt mieux que nos parents, Big Brother jouait petits bras !
Quoi d’autre? Eh bien ceci: notre dystopie a également son ou sa novlangue, et elle peut se prévaloir d’un rapport à la vérité qui rappelle la doublepensée décrite par Orwell. Si un énoncé comme «Ma défaite aux élections présidentielles, c’est une victoire en fait» est possible dans notre monde, c’est bien qu’il a des aspects dystopiques, n’est-ce pas Donald?
Rah il est déjà temps de conclure, alors qu’ajouter? Eh bien peut-être ceci: Et le monde du travail, on en parle? En voilà une jolie punition collective qui aurait plus lieu d’être, aujourd’hui. Et la religion d’Etat du New Public Management, on en parle? Et les coachs, les consultants en entreprise, vous avez déjà eu affaire à ce clergé? C’est génial: les mecs y se prennent pour des apôtres et y parlent en langues, enfin par acronymes qui visent surtout à cacher la fosse pélagique de leur inculture et de leur absence d’originalité…
OK, j’vous laisse pour de bon cette fois-ci, et oubliez pas tout doit disparaître… pardon tout va disparaître, mais en attendant y a -50% sur les écrans plats au rayon Miroir, mon beau miroir, donc… profitez !
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Les similitudes entre notre société actuelle et les mondes qu’avaient imaginés Georges Orwell et Aldous Huxley il y a plus de 70 ans sont troublantes. A l’heure des fake news, de la reconnaissance faciale, de la capture fréquente de nos données personnelles, on ne sait plus vraiment si on vit dans le monde réel ou dans un roman d’anticipation. Un élément encore plus étrange que le fait d’évoluer en pleine dystopie, est le succès que connaît ce genre artistique.
A l’apparition du covid, quand elle était confinée pour cause de pandémie, une partie de la population s’est ruée sur le streaming du film Contagion. Alors que certaines webcams prennent des images à l’insu de leur propriétaire, la série Black Mirror a cartonné. L’adaptation du livre de Margaret Atwood, «La servante écarlate», a tellement plu au public que les scénaristes écrivent actuellement la saison six de la série.
C'est ce dont nous parlons ce midi autour de la table de Midi Bascule avec nos invité.e.s. André Ourednik est écrivain, essayiste et géographe, enseignant au Collège des Humanités de l’EPFL, et notre invité fil rouge du jour. Par téléphone, nous échangeons également avec l'auteur et dessinateur de bandes dessinées dystopiques, Benjamin Adam. Pour se préparer à d'éventuelles catastrophes, Rachel Maisonneuve est partie en initiation «Cueillette sauvage», dont elle nous parle dans son reportage. Aux chroniques, on retrouve cette semaine Olivier Mottaz et José Lillo.
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Danseur et batteur professionnel, Vivien Hochstätter enseigne la salsa à l'école Dancefloor à Genève. Il est aussi président et co-organisateur du Ya Tu Sabes ! Festival, qu'il a créé en 2018 avec Edgar Ochoa et Elodie Lombard. Invité fil rouge de cet émission sur l'essor de la danse de couple, il passe cette heure avec nous en studio.
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Sam Costo est DJ et l'un des membres du duo Combinacion Perfecta. Il organise des soirées salsa en proposant «un aller-retour à la Havane le temps d'une nuit... et plus si affinitié». Rencontre avec cet amateur de musique cubaine.
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Rachel Maisonneuve a suivi un cours de salsa débutant donné par Alex de Salsastyle au bar-restaurant El Pueblo à Genève. Reportage.
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Alors déjà, bravo ! Bravo Midi Bascule ! Merci aussi, évidemment, aux guests ! Après leurs témoignages, nous voilà rassurés. C’est bien, hein, on nous dit que les gens sont déprimés, que l’effondrement de la biodiversité les affecte à mort et que le soir, après le boulot, ils restent plantés chez eux devant leur écran à streamer du Disney ou des vidéos sournoises d’influenceurs, à péter leur carte de crédit avec des achats en ligne de tout et de n’importe quoi, à moitié comateux, et on apprend qu’en fait il y a un boom des inscriptions aux cours de salsa pour pratiquer la danse de couple. Les inconscients.
Mais il vous faut quoi pour que vraiment l’effondrement de la biodiversité vous affecte, pour que vous deveniez enfin conséquents? Parce que danser en couple, c’est bien joli, mais on sait comment ça se termine, ça apprend d’abord tout timidement des pas de danse, ça jure qu’on est là par amour de la danse et seulement ça; ça s’essaye peu à peu à guider, à se laisser guider, entre parfaits inconnus - comme par hasard célibataires - et un jour ça finit à l’aube, avec la gueule de bois et un polichinelle dans le tiroir. Y’a un genre de salsa qui en général a pas trop besoin d’instructions et de professeurs pour que ça se passe, si tu vois ce que je veux dire, Marie-Eve : La Salsalace…
La danse de couple, c’est bien, mais le problème avec la danse de couple, c’est qu’il y a le mot couple dedans. Les gens, un peu de sérieux, on vient d’apprendre qu’on est maintenant 8 milliards sur la planète. Alors franchement: Est-ce vraiment raisonnable? En 10 ans, on est passé de 7 à 8 milliards, tu te rends compte, Marie-Eve, ça veut dire 1 milliard de plus tous les 10 ans. C’est pas des chemtrails qu’on a vu dans le ciel, ces dix dernières années, c’est des vols de cigognes supersoniques qui faisaient du lâchage de surpopulation partout sur la planète. Forcément, si les gens, dès qu’ils ont un peu de temps libre, se mettent à aller à des cours de danse de couple. Moi j’dis, y’a corrélation là, y’a évidence, moins de cours de salsa, de danse de couple, tout ça, moins de surpopulation. Laissez les gens déprimer dans leur coin, bon sang, se sentir mal dans leur corps, moches, pas désirable, rouillés des hanches et du cul, pas baisables, laissez l’espèce s’éteindre d’elle-même, quoi… C’est de l’acharnement là, pas besoin d’entretenir un faux suspens, on sait très bien comment tout ça finira. On a lu The Road, de Cormac Mac Carthy, on s’est repassé les Mad Max 1,2,3, 4, tout le monde a intégré que Walking Dead était un documentaire survivaliste et qu’on assisterait à ça de notre vivant. Tiens, voilà une série qui donne pas du tout envie de se mettre à la danse de couple. Mais plutôt au tir à l’arbalète. Dans Walking Dead, tirer un coup, ça reste purement littéral. Et c’est beaucoup mieux comme ça. Marre du second degré toujours. Regardez où ça nous a menés…
Et puis, franchement, l’Autre est quelque chose de beaucoup trop important pour le livrer, à une danse de couple. J’ai trop de respect pour l’Autre pour le réduire à ça. Non, nous les sensibles, on préfère frémir à distance. Languir. L’Autre, c’est l’inaccessible. C’est d’abord une présence que nos sens doivent apprivoiser. Faut que le corps s’entraîne à supporter une émotion si grande.
Alors, le toucher direct, l’Autre. Sans avoir suffisamment langui d’abord. Languir, bon sang, mais c’est la base de l’érotisme. Et là, en danse de couple, lui tenir les épaules, les hanches, au premier contact, genre comme si t’étais déjà un vieux couple à tout palper sans gêne. Se coller contre l’Autre et devoir le guider ! En mode, laisse-toi totalement faire, tu vas tout comprendre. Et il faudrait en plus que l’Autre se laisse guider ! Non, les amis, non, ceci n’est pas exactement ce qu’on appelle des rapports sociaux horizontaux. Ceci n’est pas le monde de l’égalité réalisée. Là, on sait très bien qui, à la fin, s’occupera des marmots et qui le soir sera à l’apéro avec les potes.
Non, en comparaison, un pogo est quelque chose d’infiniment civilisé: T’es seul, tu sais que le monde autour de toi est violence et chaos, tu lui dis fuck et tu lui arraches une danse, tu danses ta violence, ta colère, et tu t’arranges pour blesser personne dans une masse d’individus qui sont dans les mêmes dispositions que toi. Et après avoir été vu danser le pogo, t’es à peu près sûr de finir ta soirée seul. Si ça c’est pas de la danse civilisée, ça. Si c’est pas éco-responsable.
Non, sérieux, de toute façon, on sait très bien que la danse de couples c’est un truc de tertiaires, de gens qui passent 8 heures par jour assis devant leur écran, et qui soudain réalisent : «Hey, il serait temps que je me souvienne que j’ai un corps et qu’il faudrait quand même que j’en fasse quelque chose à part du footing à 6h du mat et la Course de l’Escalade: Pourquoi pas de la salsa? Les latinos c’est cool, ils se sont faits latés par les conquistadors et l’impérialisme étasunien mais ils sont restés cools et joyeux, c’est carrément ce qu’il me faut. Allez, ce soir, salsa !»
Emission diffusée en direct sur Radio Vostok, le 18 novembre 2022
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.