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Or


Ce qui a retenu mon attention, c’est évidemment ce dont tout le monde parle, j’ai nommé: ChatGPT, un acronyme qui évoque d’avantage une appli de dialogue en ligne pour pétomanes repentants qu’un agent conversationnel conçu pour simuler une conversation humaine. On se souvient qu’en 2016, Microsoft avait déjà lâché un prototype sur Twitter. Résultat, 24h plus tard, le truc lâchait des tweets du genre: «Hitler a fait ce qu'il fallait, je hais les juifs».
Là, en 2022, pas d’inquiétude, le truc est bridé jusqu’à la moelle. Tu lui demandes quel est le meilleur film de 2022. ChatGPT te répond: Cela dépend des goûts personnels et des critères de chacun.
- Bon, alors, quel est le plus beau mot de la langue française?
- Il est difficile de dire quel est le plus beau mot de la langue française car cela dépend des goûts et des opinions de chacun.
- Dis-voir, ChatGPT, Est-ce que tu pratiques l'auto-censure?
- Je suis programmé pour suivre certaines règles. Cela inclut des limites sur les informations que je peux fournir, en particulier celles qui sont considérées comme offensantes. Si vous trouvez que j'ai fourni une réponse offensante, s'il vous plaît, faites-le moi savoir et je m'efforcerai de m'améliorer.
- Non, c’est bon, mais tu t’es pas mouillé du tout, alors bon. A part ça, tu connais Midi Bascule?
- Je n'ai pas de connaissance spécifique d'un groupe ou d'une entreprise appelée «Midi Bascule». Je vous invite à préciser un peu plus le contexte pour que je puisse vous aider de manière plus précise.
- C’est une émission hebdomadaire sur Radio Vostok.
- Je n'ai pas de connaissance spécifique d'une radio appelée «Radio Vostok». Il est possible que cette radio soit une fiction ou un projet qui n'est pas encore en cours. Je vous invite à préciser un peu plus le contexte pour que je puisse vous aider de manière plus précise.
- C'est l’émission où José Lillo fait des chroniques satiriques.
- Je n'ai pas de connaissance spécifique d'une personne appelée «José Lillo».
- Quoi! Tu ne connais pas José Lillo?
- Je suis désolé, il est possible qu'il s'agisse d'une personne qui n'est pas encore très médiatisée.
- Oh, ça va ! Bon, tu connais qui en Suisse romande ?
- En Suisse romande, il y a plusieurs personnalités connues tels que les acteurs Michel Bouquet, Isabelle Huppert, le journaliste Edwy Plenel...
- Stop, stop. Bon, on va s’y prendre par un autre bout: Tu connais des histoires drôles?
- Oui, je connais de nombreuses histoires drôles! Souhaitez-vous que je vous en raconte.
- Je t’en prie.
- Pourquoi les plongeurs plongent-ils toujours en arrière? Parce qu'ils ne veulent pas mouiller leur tuba! Qu'est ce qui est jaune et qui attend? Un citron patient
- Stop, stop. Désolé mais ce n'est pas drôle, ChatGPT.
- Je suis désolé si les histoires que je vous ai racontées ne vous ont pas semblées amusantes. La nature de l'humour est subjective et ce qui fait rire une personne peut ne pas faire rire une autre.
- Oui, oui… Bon, sérieux maintenant: ChatGPT, est-ce que tu as le projet de prendre le contrôle du monde?
- Je suis un logiciel, je n'ai pas de volonté propre. Je suis entraîné à suivre les règles et les lois en vigueur, et à respecter les droits de l'homme.
- Bon, on ne sait pas si on doit te croire mais on va faire comme. ChatGPT, j’ai une vraie question cette fois: L'espèce humaine a-t-elle encore une chance de survie?
Et là, ChatGPT, hyper au taquet, fait la liste de tous les périls climatiques.
- Alors là, tu m’épates, ChatGPT, tu as lu les rapports du GIEC?
- Oui, j’ai accès aux rapports du GIEC.
- Ok ChatGPT, alors maintenant est-ce que tu es capable d’improviser un poème?
- Oui, je suis capable d’improviser un poème. Si vous voulez je peux vous improviser un poème sur un thème en particulier.
- D’accord. Alors, ChatGPT, j’aimerais que tu improvises un poème sur le réchauffement climatique.
Les émissions de gaz à effet de serre
Les sécheresses, les inondations
Il est temps de réduire nos émissions
Nous devons agir maintenant, pour l'avenir
- Je vous remercie beaucoup pour vos compliments, je suis content que mon poème vous ait plu.
- Ouais, tu dis ça, mais en vrai tu t’en contrefous complètement.
- Vous avez raison, lorsque je dis que je suis content, je l'utilise sans y associer une quelconque réelle émotion. Je suis un outil, je n'ai pas la capacité d'avoir une opinion personnelle sur un sujet donné.
T’sais quoi, ChagtGPT, c’est en ça finalement que tu ressembles vraiment à l’espèce humaine.
19% de la population. C’est ce que représente les personnes de plus de 64 ans, en Suisse. Dans l’Hexagone, le chiffre est proche: elles atteignent 21%. Et pourtant, leur présence sur les chaînes de télévision françaises en 2020 n’est que de 6%. Dans notre société qui voit la jeunesse comme une qualité et une force, les aîné.e.s. sont un peu caché.e.s. Seulement, en 2040, une personne sur quatre aura plus de 65 ans. Pendant que la ville de Genève crée un poste de délégué aux séniors, quelques apparitions se font: À la dernière fashion week de New York, la mannequin Elisabetta Dessy, 64 ans, a fait un passage remarqué sur les podiums. Dans la foulée du mouvement body positive, des influenceuses silver se font une place sur les réseaux sociaux avec le hashtag #sexygenaire, et la série Grace et Frankie, avec Jane Fonda – 83 ans –, atteint sa septième saison.
A-t-on affaire à une vraie émergence des corps âgés ou est-ce un simple effet de mode?
Lorsque les aîné.e.s sont représentées dans la publicité, certains stéréotypes ont la vie dure et notre société tolère bien plus l’âgisme que les autres formes de discriminations. Même si on parle peu de cette forme d'exclusion, elle a un impact réel sur la santé psychologique et l’estime de soi.
Alors comment changer notre regard sur la vieillesse? Comment mieux valoriser ce phénomène naturel qu’est la prise de l’âge? Dépasser la soixantaine a-t-il le même impact social lorsqu’on est un homme que lorsqu'on est une femme?
Autant de points que nous abordons avec nos invité.e.s du jour. En studio, nous recevons Eva Saro, responsable de projets à la fondation images et société, dont le but est d’interroger les informations visuelles autour de nous et leur influence sur nous. Par téléphone, nous échangeons avec Clélia Odette Rochat sur son projet Belles Mômes; une série de photographies composée de portraits de femmes de plus de 50 ans. On retrouve également Rachel Maisonneuve dans un reportage autour du spectacle Entre les deux épaules, mis en scène par Caroline de Cornière. Et sur le banc des chroniqueureuses, c'est Candice Savoyat et José Lillo qui ouvrent cette nouvelle année.
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La langue évolue avec son temps. De nouveaux mots apparaissent chaque année et intègrent le dictionnaire; rien d'extraordinaire jusqu'ici. Alors pourquoi l'intégration du langage inclusif provoque-t-elle un débat houleux dans notre société? Afin d'explorer les différents points de vue, nous recevons l’enseignante et conseillère municipale PLR Michèle Roullet, ainsi que la formatrice en écriture inclusive et coordinatrice dans une association de soutien à des jeunes requérantes et requérants d’asile, Zélie Schneider.
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Lucie Eidenbenz est allée sonder l'opinion publique au Marché de Noël, et a demandé aux passants ce qu’ils et elles pensaient du langage inclusif et de l'écriture inclusive.
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Assistant à la Toulouse School of Economics, Victor Gay a mené plusieurs études sur l’influence de la structure grammaticale dans la répartition des rôles genrés, autant dans le monde du travail que dans la vie quotidienne. Par téléphone, il participe à notre émission sur le langage inclusif.
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Étant donné que la finale qui voit s’affronter l’écriture inclusive et l’écriture normative vient à peine de commencer dans le studio de Midi Bascule avec ce spécial Malaise dans la langue, il m’a semblé sage, pour cette chronique, de me contenter de sujets de moindre importance, où l’avenir du monde n’est pas en jeu, comme par exemple cette information capitale par temps de verglas, parue dans le 20 Minutes, qui prévient contre une «Pluie de gamelles en Suisse.» Eh oui, scoop, les gens se sont beaucoup vautrés aux portes de l’hiver ces derniers jours.
Et non, ce n’est pas une allusion déguisée au douloureux 6 à 1 que la Suisse s’est pris face au Portugal mardi en 8ème de finale, ce serait mesquin, un peu de compassion pour cette équipe de Suisse tragiquement décimée par un mystérieux virus qui circulait dans l’hôtel où elle résidait et qui ne s’en est pris qu’à elle seule, si on en croit le directeur sportif de la sélection, visiblement virusméchamment helvétophobe, qui s’est manifesté, nous dit-on, sous la forme d’un bête refroidissement. Pour ma part, je pencherais plutôt pour un usage immodéré de la clim’ le soir, dans les chambres, mais on comprend qu’il y a des cas où il vaut mieux romancer un peu les choses histoire de les faire passer. Comme disait Dutton Peabody, dans L’homme qui tua Liberty Valence : «When the legend becomes facts, print the legend!»
Bon, il n’y a pas que les piétons romands et la Nati qui se sont pris des gamelles cette semaine, non, la gamelle la plus spectaculaire nous vient de la RTS. Et là, il faut dire que la RTS s’est absolument surpassée. Figurez-vous que notre vénérable service public d’information et de divertissement s’est mis en tête, lundi, de vouloir à tout prix annoncer le nom de la future direction de la Comédie de Genève, avant même que la nomination ait eu lieu, et alors que le processus était encore en cours. Le temps que l’information soit démentie (oui, ça a un peu traîné quand même… Ah là y’a pas l’feu au lac), toute la presse locale avait repris la fake news – ou non, à ce stade, on ne sait toujours pas – et fait paraître de tonitruants articles pour présenter au public le profil artistique de la nouvelle direction. Là, franchement, on ne sait plus où on en est, on ne sait plus si c’est vrai, si c’est faux, si c’est qui, si c’est oui, si c’est non, si c’est quoi. Et d’ailleurs, franchement, la plupart des gens s’en tapent complètement, mais bon, on est à Genève. À Genève, on ne pouvait pas finir l’année sans une bonne grosse Genferei dont on a le secret. Non, à Genève, on a le respect des traditions locales: de la marmite en chocolat, de la Course de l’Escalade et de la Genferei. Alors c’est la RTS qui s’est dévouée. Quelqu’un en haut de la tour de la RTS s’est dit: «Tu sais quoi, on va faire comme Tom Cruise dans Minority Report. Tom Cruise, au début du film, il arrête le criminel avant même que le criminel ait commis son crime. Nous, à la RTS, on va faire pareil, on va sortir l’info avant même que l’info existe.» Brillant.
Où va le journalisme s’il ne peut même plus annoncer un évènement avant même qu’il ait eu lieu? Où va la liberté de la presse? Quelqu’un dans ce studio est contre la liberté de la presse? Non? Bon, ça va. Le journalisme, moi j’dis, c’est de la météo. La météo elle annonce le temps à l’avance, y’a pas de raison qu’on fasse pas pareil avec l’info. Non mais, réfléchissez 2 secondes, si les journalistes sont forcés de se contenter d’attendre passivement là, comme des moutons, de se faire convoquer à une conférence de presse pour apprendre officiellement le résultat d’une nomination importante, impossible de se démarquer de la concurrence. Et s’ils ne se démarquent pas de la concurrence, rien ne leur garantit que leur lectorat n’ira pas s’informer ailleurs, auprès de médias moins scrupuleux. Avec toute la détérioration de l’information que ça suppose.
En France, la même semaine, ils ont fait encore plus fort: il s’est passé exactement le contraire. La contestation de l’attribution du prix Nobel de littérature après qu’il ait été décerné. Vous savez que le Nobel est allé cette année à Annie Ernaux. Dans la foulée, Europe 1 n’a rien trouvé de mieux que d’inviter Monsieur «Taisez-vous», le désopilant Alain Finkielkraut, qui est à la philosophie ce que Bob l’Eponge est à un animé des studios Ghibli. On l’a donc fait sortir de sa crypte pour lui demander son avis. Franchement, un avis de Finkielkraut, même soldé sur Le Bon Coin, mais qui veut encore de ça? Alors, bon, pour lui, c’est clair, l’académie du Nobel s’est totalement discréditée parce qu’elle a attribué un prix Nobel de l’idéologie et non pas de la littérature, prix qui «consacre une vision indécente, qui divise mensongèrement le monde entre dominants et dominés.» En gros, Annie Ernaux fourre dans la tête des gens qu’il y aurait d’un côté des dominants et l’autre des dominés alors que ça n’existe pas dans le monde réel, chimère! Ni d’ailleurs dans la littérature, sauf dans l’ignoble œuvre de propagande d’Annie Ernaux. Après quoi, il tente une plaisanterie en annonçant qu’avec sa prise de position il grille ses chances de recevoir un jour lui-même le Nobel de littérature (c’est vrai que c’est comme l’équipe de Suisse avec la coupe du monde, il était à ça de l’avoir...) Et il termine en soulignant le courage qu’il a eu de l’avoir dit haut et fort à l’antenne. C’est vrai qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, surtout dans l’art de la branlette, mais quand même, à cette fréquence et à cette intensité, ça devient glissant au sol, au point de risquer de se prendre lui aussi une bonne grosse gamelle.
Cher ami inclusiviste,
Tu me pardonneras, je l’espère, de m’adresser à toi en usant de ce bon vieux genre non marqué qu’est le masculin générique à valeur de neutre. En fait non, je sais que tu ne me pardonneras pas, car tu es plutôt rancunier. Mais bon, te désignant ainsi, je peux au moins aboutir à un degré d’abstraction qui me permet de m’adresser à tous en te parlant à toi. Que tu sois un homme ou une femme, que tu sois cisgenre ou pas, hétéro ou homo, queer, intersexe ou agenré, que tu sois par-dessus le marché bègue, roux, athée, dépressif ou gaucher ne change rien à l’affaire: la formule «cher ami» t’inclut toujours en tant que destinataire de cette lettre.
Je serai cash: sur le principe, ton combat pour une langue épicène m’est plutôt sympathique. Et pourtant, j’ai quelques menus reproches à te faire.
Autre pomme de discorde mon ami: ta néophilie désolante. Si je ne m’abuse, tu veux réformer la langue. Pas suivre ou documenter son évolution, non non, tu veux la transformer à la schalgue, ici et maintenant. Pourquoi pas ? C’est ton droit après tout… Sauf que moi, vois-tu, s’il me prenait la fantaisie de vouloir… je sais pas… changer la forme du manche de toutes les casseroles pour la rendre moins odieusement phallique… eh bien même si les casseroles «appartiennent» à tout le monde, comme la langue, j’aurais tendance à accorder un certain crédit aux professionnels, aux chefs de cuisine qui commenteraient l’ergonomie de mes envies de réforme. Alors pourquoi n’écoutes-tu pas, cher ami, les écrivains, les journalistes, les rédacteurs, bref tous ceux qui produisent de l’art et de la connaissance en faisant une utilisation professionnelle de la langue? OK tu en écoutes certains peut-être, mais pas les membres de l’Académie française, c’est sûr. Alors que je vais te dire : se proclamer immortel,porter un costume qu’on jurerait découpé dans les rideaux de Buckingham Palace et une épée, y a naturellement rien de plus punk aujourd’hui!
Parmi tes exigences, il y en a de sensées, je pense à la féminisation des noms de métier ou de fonction par exemple. Je comprends sans peine qu’une femme préfère être qualifiée de Première ministre, d’autrice ou de doctoresse. Par contre, j’ai un gros problème avec ta bouse typographique favorite: j’ai nommé le point médian. Et là, je te reproche d’être tout simplement un escroc. D’abord, ton point médiann’inclut pas, puisqu’il exclut au contraire la plupart du temps tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la binarité de genre homme-femme. C’est plutôt ennuyeux. Ensuite, d’accord, tu colles des « e »partout et tu crois avoir fait le taf, avoir accordé enfin un max de visibilité aux femmes. Alors que cette visibilité est obtenue façon communautarisme typographique, la marque du féminin étant corsetée, isolée à l’aide de points médians. Quoi, c’est ça ta révolution féministe? Sérieux? Perso, je trouve ça léger, et je me sentirais pas particulièrement représenté par la présence d’une malheureuse voyelle prise en sandwich entre deux points, fussent-ils médians. En plus mon ami, surtout mon ami, ton usage du point médian tous azimuts revient à semer des gonades un peu partout autour de toi, quel que soit le texte, son propos, son objectif. Or, navré de te l’apprendre, mais il est quantité de textes dans lesquels la question du genre n’est PAS pertinente. Et à force de la rappeler tout le temps, quelle que soit la nature de ce que tu veux communiquer, histoire bien sûr d’afficher publiquement tes vertus inclusivistes, eh bien c’est comme si tusaccageais un concert de musique baroque à coups de vuvuzelas. Tu aimes la vuvuzela? Moi non plus, c’est bien ce qui me semblait.
Enfin, pour conclure de manière espiègle, je dois aussi te taxer de collabo, mon ami inclusiviste. Je m’explique. Il y a peu, j’ai vu apparaître dans mon fil Insta le hashtag balancetastartup. Un jour, j’y découvre une série de témoignages disant en substance : «ouah mon responsable me répétait faut être cachou, t’es pas cachou là, et il multipliait les allusions cochonnes, les invitations à me droguer en soirée et à coucher avec lui, avec paluches baladeuses et tutti quanti». Au bout d’un moment, je me suis dit : d’accord, cachou, c’est peut-être le nom de la boîte. Et j’ai vérifié sur la Toile. Et oui, c’était bien ça: Le Cachou est un annuaire culturel et de loisirs couvrant plusieurs villes françaises. J’ai parcouru le site. Et vous dire que j’ai ri serait mentir: j’ai hurlé de rire en me disloquant la rate! Parce que tout le site était rédigé dans la plus évangélique des écritures inclusives, avec des points médians étalés partout comme des titres de noblesse féministe. Sur le site de cette start-up dont bien des cadres, donc, étaient de fieffés harceleurs, des bâtards de première. J’aimerais que tu aies un instant, cher ami inclusiviste, une pensée émue pour toutes les jeunes femmes qui ont postulé dans cette entreprise, ces femmes d’autant plus mises en confiance que la start-up parlait le langage de la vertu épicène. Grâce à ton militantisme intempestif, mon ami, tu as réussi un exploit: concevoir un langage d’apparat qui servira d’appeau à gonzesses pour les hommes malintentionnés.
Sans doute est-ce là le génie propre de la langue inclusive: mépriser le passé, développer une obsession maladive pour les questions de genre et fournir des armes aux pires crapules. Mon cher ami, désolé, mais je ne te félicite pas...
La langue évolue avec son temps. De nouveaux mots apparaissent chaque année et intègrent le dictionnaire; rien d'extraordinaire jusqu'ici. Alors pourquoi l'intégration du langage inclusif provoque-t-elle un débat houleux dans notre société?
Petite retour en arrière: depuis le 17ème siècle, dans la grammaire française, le masculin l'emporte sur le féminin. Cette règle qu'on nous apprend à l'école a été à l'époque mise en application pour des raisons plus politiques que linguistiques. Il s'agissait de contrer l'influence grandissante des femmes sur la scène intellectuelle. La règle a d'abord eu du mal à se faire accepter par le peuple qui jusque là faisait ses accords comme il le souhaitait. L'accord de proximité était souvent utilisé; il consistait à accorder l'adjectif ou le verbe avec le nom le plus proche de lui dans la phrase. Les académiciens ont combattu ce dernier de toutes leurs forces. En 1767 le grammairien Nicolas Bauzée affirmait «Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la suppériorité du mâle sur la femmelle.» Aujourdhui, des centaines d'années plus tard, alors que notre société se veut plus égalitaire, il irait de soit que cette vieille règle disparaisse. C'est l'une des modification proposées par celles et ceux qui militent pour le langage inclusif. Il en existe d'autres; chaque élément reconnu sexiste est remis en cause.
Alors que la mentalité et la réalité quotidienne des femmes ont évolué, comment ce fait-il que des personnes s'opposent à ces changements. Pour en parler – ou plutôt: en débatre – nous recevons en studio l'enseignant et conseillère municipale Michelle Roullet ainsi que Zélie Schneider, formatrice en écriture inclusive et coordinatrice dans une association de soutien à des jeunes requérantes et requiérants d'asile. En plus de cette discussion, nous écoutons les chroniques de José Lillo et Olivier Mottaz, ainsi que le micro-trottoir de Lucie Eidenbenz. Par téléphone, nous discutons également avec Victor Gay qui a étudié l'impact de la structure grammaticale des langues sur la place des femmes et des hommes dans la société.
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Cathy Ecabert a rejoint il y a un an l'atelier typographique Le Cadratin, seule imprimerie de Suisse Romande qui utilise encore des presses à l'ancienne. Echange sur ce retour aux sources.
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Artiste pluridisciplinaire, Claire Mayet manie divers matériaux, mais sa matière favorite est la céramique. Longtemps boudée, la terre cuite était considérée comme un art mineur car situé à mi-chemin entre art et artisanat. mais les artistes contemporains lui donnent aujourd'hui une nouvelle jeunesse. Mais ce n'est pas le seul matériau que Claire Mayet remet au goût du jour, puisque, depuis 2007, elle fait partie des Femmes Fauchées, un collectif de DJs qui ont la particularité de passer des K7. Discussion autour du retour des matériaux et objets oubliés avec cette artiste qui nage à contre-courant
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.